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Maladroite ! Vite, dépêche-toi, lambine.
Tu veux nous faire prendre ?
On ne vous a donc pas appris à plier les robes ?
Ce n'est pas parce que les Français arrivent qu'il faut les froisser.
Maman...
Juan refuse de nous suivre à Arosa.
Si les Français arrivent, il n'ira pas s'enfermer avec nous.
Il va rejoindre les guérilleros.
Vous n'allez pas le laisser faire ?
Juan est un homme, maintenant.
À son âge, votre père était déjà parti se battre.
Nous ne pouvons que l'embrasser et prier Dieu qu'Il le protège.
C'est tout.
Vous ne l'aimez pas.
Pardonnez-moi. Je ne le pensais pas, maman.
Vous ne pouvez pas comprendre. -Je ne te comprends que trop bien.
Si son père vivait, il aurait dit à Juan d'y aller.
Voilà qui doit nous suffire.
"Son père"...
Ce n'est pas à Pilar que vous parlez.
J'étais déjà grande quand on l'a apporté
après le naufrage. Conchita,
tu as juré devant Dieu de ne jamais en reparler.
Juan doit croire
qu'il est un Arranda.
S'il était espagnol, je comprendrais qu'il risque sa vie.
Mais il y avait des mot français gravés sur sa médaille.
Cette guerre n'est pas la sienne.
Je m'accrocherai à lui, je crierai, je lui dirai tout.
Tu es en train de te déshonorer, Conchita.
Je ne voulais pas le croire.
Tu n'aimes pas Juan comme un frère.
Quel mal y a-t-il puisqu'il n'est pas mon frère ?
Tu as de la fièvre. Tu as dû prendre froid.
Va te coucher.
Les domestiques t'apporteront à dîner.
Ce soir, j'accompagnerai Juan quand il viendra te dire adieu.
Juan ?
Juan ? Oui ?
Ça t'amuse, de te battre ? C'est mon devoir, Pilar.
Moi, c'est jamais mon devoir, c'est le reste qui m'amuse.
Un jour, tu seras grande et c'est ton devoir qui t'amusera.
Je suis assez grande pour qu'on ne me pince plus le nez.
Je t'avertis d'une chose,
libre à toi de ne pas faire attention ou de te promener devant les fusils,
mais si tu meurs, le lendemain, je me tuerai.
En buvant du chocolat ?
En buvant du chlore ou de l'ammoniaque.
Je ne mourrai pas, je te le promets.
Et les sœurs ne se tuent pas à la mort de leur frère.
Elles font ce qu'elles veulent. Moi, je me tuerai.
Tu n'es pas ordinaire ? Non.
Voilà.
Pour t'éviter toute tentation, j'emporte la clé.
Il y a sur cette table une vie de sainte Marie de l'Alcazar.
Je t'engage à la lire et à la méditer.
Faites ce que vous voulez.
Depuis la mort de mon frère, vous êtes maîtresse de vous-même.
Moi, je ne partirai pas. C'est absurde.
Une dame de qualité
ne s'enferme pas sur des rochers à la montagne
quand ce n'est pas la saison.
C'est là que les vrais Espagnols se donnent rendez-vous.
Les Français peuvent arriver.
Le roi Joseph a reçu serment des grands d'Espagne.
Pourquoi craindre les Français ?
Notre roi nous protège et c'est le frère de Napoléon.
Je ne veux pas voir les Français chez moi.
Ils occupent l'Allemagne,
l'Italie, les Pays-Bas, ils occupent tout.
Assassinent-ils les châtelains ?
Ce sont des occupants corrects.
Mon oncle, je viens vous dire adieu.
J'ai une longue route à faire. Je vais rejoindre les guérilleros.
Les "guérilleros" ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
Des gens qui ne trouvent pas les Français corrects.
Salut, Teresa.
Je suis venu me battre avec vous.
Je suis le comte Juan d'Arranda. Comme ça se trouve !
Moi, je suis Fregos-les-Papillottes.
C'est parce que je frise.
Où est le marquis de Villa Campo ?
Le chef, c'est Moi. C'est le marquis qui commande.
C'est un trop gros monsieur pour que t'arrives jusqu'à lui.
C'est à moi qu'on a affaire.
Recevez-vous les engagements ?
Qui t'a dit de venir ici ?
J'ai demandé au village où étaient les guérilleros.
Voilà, c'est tout.
"Voilà, c'est tout !"
D'abord, j'aime pas les chapeaux ni les cravates.
Foutez-le à la cave pour aujourd'hui,
après lui avoir enlevé ses fringues.
J'aime pas voir ça. Ça me donne des aigreurs.
Puisqu'il veut rentrer dans la résistance,
au lieu de lécher la main des dames chez maman,
vous le foutrez à la cuisine !
Il lavera les plats. Et il fera les chiottes.
Parfaitement. Pour la grandeur de l'Espagne.
Il y a pas de sot métier. Il faut bien que quelqu'un le fasse.
Nous, on va se faire trouer la peau.
Je vous dis que je veux me battre, bande d'idiots !
Ah, tu veux te battre ?
Sale brute ! Lâächez-le.
Allez, emmenez-le.
Et s'il fait mine de se sauver.…
J'aime pas les gens qui ont les mains propres.
Garcia, mon cheval.
On t'a amené un amoureux, Teresa.
Il y a un convoi de Français sur la route de Napolina.
2 chariots, 15 hommes. Allez, à cheval !
À cheval ! Allez, à cheval !
Ils ont dit que vous m'aideriez.
Je viens me battre, pas les servir.
Ils ont déjà tué un homme de la ville qui n'obéissait pas.
Ils ont attaqué un convoi français. Il y avait de l'alcool…
Ils sont soûls comme des cochons, et quand ils le sont…
Eh ben, prenez le bois.
Bon à rien !
Et maintenant, le gâteau ! AH !
Merde ! Rien que des lettres.
Cochons de Français ! Ils nous ont encore roulés.
Hé ! Le marquis !
Allez, arrive !
Tu diras pas qu'on partage pas.
Je te donne les lettres.
Parce que Monsieur sait peut-être lire, en plus.
Ranime le feu avec, ça servira à quelque chose.
Avoue que t'es gâté.
Petit salaud.… Tu voles les chevaux, maintenant ?
Il y avait une lettre importante. Je vais la porter au marquis.
Tu profites qu'on ne sait pas lire pour nous raconter n'importe quoi.
Je vais t'en foutre moi, un billet doux.
Pour avoir voulu déserter, tu seras fusillé demain matin.
Pour avoir volé le cheval de ton chef,
tu seras pendu par les pieds, toute la nuit avant de mourir.
C'est tout.
Tu vois, on est encore bons princes.
Attache-le.
Courage.
Je vais couper la corde.
Je n'aurai pas la force de vous retenir.
Même si vous vous faites mal, ne criez pas.
C'est bien, il n'a rien dit.
Pas trop mal ?
Non.
C'est toi ?
Pourquoi m'as-tu sauvé ?
Buvez ça.
Vous poserez des questions tout à l'heure.
Ça va mieux ?
Oui.
Ne me regardez pas comme ça, je suis à moitié nue.
Il faut seller un cheval. Vite, venez.
Je vous ai mis un couteau.
Pourquoi fais-tu ça ? Ils te tueront.
Il te plaisait, le beau marquis ? Petite putain.
Bon.
Demain, ça fera deux pendus au lieu d'un.
On s'occupera de toi, petite garce.
J'en peux plus. Courage, il y a une cabane.
Ben, ici, on sera bien.
Il faut faire un peu de ménage.
Tu n'as pas froid ?
Non. J'ai chaud.
Pourquoi tu m'as sauvé la vie ?
Pourquoi tu me le demandes ?
Je vais t'emmener chez moi, et après je repartirai à la guerre.
Tu regretteras pas la maison de tes parents ?
Pourquoi tu me poses toujours des questions ?
Ça grouille, là. Où êtes-vous ? À qui parles-tu ?
Je sais pas.
Un garçon et une fille, on dirait.
Il paraît que nous avons dérangé une idylle.
Qui es-tu ?
Il y a un pistolet sur ta selle.
Que fais-tu armé dans nos lignes ?
Je suis le comte Juan d'Arranda. Je cherche le marquis Villa Campo.
Qu'est-ce que tu lui veux ?
J'ai une lettre. Montre.
Je dois la lui remettre.
C'est dangereux de déranger pour rien le marquis de Villa Campo.
Allez, emmenez-les. Doucement.
En route.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
C'est toi qui te prétends un Arranda ?
Attifé comme tu es ?
C'est un imposteur.
Fais-en ce que tu veux. M. de Villa Campo,
un Arranda n'autorise personne à critiquer sa façon de s'habiller.
Je demande réparation par les armes de votre insolence.
Pardon, mais vous parlez comme quelqu'un de bonne race.
Laissez-nous.
En vous regardant, il me semble reconnaître
un jeune homme qu'on m'a présenté à un dîner, il y a 3 ans.
Vous avez beaucoup changé.
Asseyez-vous. Voilà une bouteille de xérès,
il reste aussi du pain et du jambon.
Faites-leur honneur, vous en avez besoin.
Votre oncle ne vous a pas persuadé
que le rôle des nobles espagnols
était de prêter serment de fidélité au roi Joseph ?
Ma présence ici le prouve.
Vous savez ce qu'il y a dans cette lettre ?
Le maréchal Bessières avertit le général de Sallanches
qu'il sait par un espion que je serai le 28 août
dans le village de Rioja, ce qui est exact.
Il dit qu'il envoie cet espion pour le guider et me tomber dessus.
J'ai besoin que quelqu'un aille là-bas.
C'est un genre de mission ou on a 1 chance sur 10 de réussir.
Ça ne vous fait pas peur ?
Non.
Vous allez monter à cheval,
et porter, avant le matin, cette lettre aux Français.
Vous direz que vous l'avez ouverte
pour être capable de la réciter après l'avoir détruite.
Le 28, vous guiderez le général jusqu'à Rioja.
OÙ il ne vous trouvera pas. Où il me trouvera,
mais averti, et c'est lui qui tombera dans une souricière.
Pedro,
donne ton meilleur cheval au comte.
Mon général, la jeune fille qui m'accompagnait
m'a sauvé la vie.
Elle ne peut pas retourner d'où elle vient.
Je voulais la conduire au château de ma mère.
Chevaleresque, en plus ?
Vous êtes décidément très jeune.
Je vous promets de la faire conduire chez Madame votre mère…
et intacte.
Mais croyez-moi, mon vieux, ne pensez qu'à la guerre.
C'est encore plus amusant que les femmes.
Bonjour, duchesse.
C'est amusant, d'être duchesse ? C'est récent.
Enfin, ça me change.
C'est un nom à coucher dehors : duchesse d'Albuquerque.
Durand gagne une bataille, mais il aurait pu la gagner ailleurs.
Les Berthier, par exemple : prince de Wagram.
Ça sonne mieux, non ? Vous avez raison.
Si jamais j'en gagne une,
je choisirai un nom qui plaise à Caroline.
Elle est toujours à Paris ? Oui. Je suis veuf.
L'Espagne est charmante, mais elle préfère Paris.
Je ne peux pas la décider à venir ici.
Plaignez-vous.
J'ai pu me convaincre que les Espagnoles étaient belles.
J'ai bien fait de venir retrouver mon mari.
Je parierais qu'elles vous aident à supporter ce veuvage.
Vous perdriez.
Vous êtes fidèle à Caroline ? Par superstition.
Et dans l'espoir qu'elle me rendra la pareille.
C'est dommage, ce que vous dites là.
J'avais tant de plaisir à vous voir.
Je ne dis pas que si une femme divine comme vous..….
Qu'est-ce que c'est ?
Je m'excuse de vous déranger, mon général, mais c'est important.
Il y a un Espagnol qui se dit envoyé par le maréchal Bessières.
Il a une lettre qui porte les cachets du maréchal.
La voici. Je m'excuse.
Pourquoi est-elle ouverte ?
Son escorte a été attaquée par les guérilleros.
Il l'a lue afin de pouvoir en dire le contenu s'il devait la détruire.
Drôle d'histoire.
C'est bien l'écriture du maréchal Bessières.
Je vais devoir m'occuper de ceci.
Juste un instant. Recevez-le ici.
Il faut que j'aie des choses à raconter à mon retour,
et je n'ai jamais vu d'espion en chair et en os.
C'est rarement intéressant à voir , je vous en préviens.
Enfin…. comme vous voulez.
Faites entrer.
Avancez un peu.
Pourquoi êtes-vous au service du maréchal ?
Notre roi ayant remis sa couronne entre les mains de l'empereur,
notre devoir est de le servir.
En espionnant.
Non, au contraire…
"Au contraire" ?
Je suis de ces Espagnols qui préfèrent rester fidèles
au serment prêté au roi Joseph,
et pour qui les guérilleros n'attirent
que des représailles méritées.
Vous devez avoir raison.
Ce n'est pas à moi de vous en dissuader.
J'ai demandé ça, car j'ai l'habitude des espions,
des délateurs.
Ils se ressemblent les uns les autres.
Mais vous, vous ne leur ressemblez pas.
Cela m'a surpris.
Pour un espion, il est charmant et si jeune.
Je dirai à M. Fouchet, qui en emploie d'ignobles,
qu'avec du soin, on a un espion charmant.
Je n'en suis pas un !
Il n'aime pas ça.
Depuis quand êtes-vous au service du maréchal ?
Un an.
Vous l'avez approché ? Qui.
C'est un vieux camarade, des années que je ne l'ai pas vu.
J'aime avoir de ses nouvelles. Toujours aussi sourd ?
Un obus lui a éclaté dans l'oreille.
Oui. Toujours aussi sourd.
Quel dommage ! Vraiment ? Toujours aussi sourd ?
Ça ne semble guère le gêner. Non.
Il s'y est très bien habitué.
Cet homme sera gardé à vue ici jusqu'à nouvel ordre.
Rompez.
Pourquoi lui avez-vous parlé si méchamment ?
Il est tellement sympathique. Trop sympathique, beaucoup trop.
Vous vous méfiez de lui ? Plus maintenant.
Il approuvé la surdité de Bessières,
or le maréchal possède les 2 meilleures oreilles de l'armée.
Donc il ne l'a jamais vu.
C'est un envoyé de Villa Campo qui a réussi à voler cette lettre.
Qu'allez-vous faire ? Aller au rendez-vous.
Comme je serai averti, j'irai par un autre chemin.
Je surprendrai Villa Campo.
Et le jeune homme ?
Le petit si sympathique ? Qui.
Je vais le faire fusiller.
Ne vous occupez pas de notre petite cuisine.
J'espère que vous serez au bal que je donne
en l'honneur du passage de Sa Majesté à Burgos.
Je n'ai qu'un principe,
et je l'ai rappelé à l'empereur, lors de mon passage à Paris :
étant roi d'Espagne,
je dois me montrer plus espagnol que français.
Votre majesté n'a pas à se demander si elle est espagnole ou française.
Elle n'est ni l'une ni l'autre. Vraiment ?
Peut-on savoir, général Lasalle, quelle est ma nationalité ?
Vous êtes un serviteur de l'empereur.
Ça doit vous suffire. Non, ça ne me suffit pas.
J'ai des devoirs envers l'Espagne.
Quand je vois ces misérables que nous prenons,
que nous sommes contraints de décimer,
comme roi des Espagnols, j'ai le cœur serré.
Votre Majesté, si les Espagnols ne veulent pas se faire fusiller,
ils n'ont qu'à ne pas prendre les armes. C'est simple.
Nos soldats aussi risquent leur peau.
Si vous étiez espagnol, vous feriez comme eux.
Foutaises, madame la duchesse !
Un soldat qui se pose des questions est foutu.
Je suis français,
et je dois assurer la sécurité des troupes françaises.
Quand je trouve dans les buissons des jeunots pas rasés
avec un couteau dans leur poche, je ne perds pas mon temps,
je les fais fusiller !
Sans même réunir une cour martiale ?
Et quand ils égorgent nos isolés, quand ils tuent nos cantinières,
quand ils brûlent nos traînards, ils réunissent des cours martiales ?
Mais c'est un crime.
Vous êtes passible d'un conseil de guerre, Lasalle.
Je suis tranquille.
L'empereur est un homme qui sait qu'il faut ce qu'il faut.
La duchesse est bouleversée.
L'occupation d'un pays à des lois atroces, mais nécessaires.
Le petit noble espagnol que nous avons condamné ce matin
m'a fendu le cœur. Le jeune de ce matin a été jugé ?
Parlons d'autre chose. N'assombrissons pas cette soirée.
Vous comptez l'exécuter ? Évidemment.
Quand ? Demain matin.
À moins que notre général,
en qualité de gouverneur, n'use de son droit de grâce.
J'ai assez d'ennuis avec cette province,
ne m'en créez pas avec la duchesse.
Alors seule sa majesté
pourrait décider de cette grâce.
Détrompez-vous, colonel,
l'organisation de l'Espagne est si curieusement faite par mon frère
que je n'ai aucun pouvoir sur les décisions de l'armée.
Pouvez-vous ouvrir le bal avec le général de Sallanches ?
Car depuis que je suis roi,
j'ai, entre autres choses, dû renoncer à danser.
Pensez-vous que j'ai le cœur à danser ?
Vous êtes la femme d'un soldat.
Les soldats dansent entre deux morts subites.
Je veux voir ce jeune homme.
Il est détenu ici ?
Certes. Mais à quoi bon ?
Vous allez gâcher la soirée.
Lui donner de faux espoirs,
c'est aller à l'encontre de vos bons sentiments pour lui.
Si votre mari était là, il me donnerait raison.
Il y a deux ans, au Portugal, au château de Montasa,
mon mari n'était pas là,
et vous vous êtes bien passé de lui pour prendre une décision.
Vous m'aviez interdit d'évoquer certains souvenirs.
Écoutez, Sallanches,
je vous permets de les évoquer, ce soir, ces souvenirs,
et de la façon la plus précise, si vous faites grâce à cet homme.
Ne me faites pas ce chantage.
Il est sympathique, mais il a pris les armes.
C'était son devoir.
Ne vous mêlez pas de… Mais je m'en suis mêlée.
Quand je me mêle de quelque chose, ça réussit toujours.
Je meurs d'envie de vous, mais mon honneur…
Et le mien ? Sans compter celui de Durand.
Donnant donnant.
Nous serons déshonorés et ce sera merveilleux.
Réfléchissez. Je vais prendre un sorbet.
Mais, Laure, je…
Un sorbet. Quel parfum ?
Aucune importance, je ne vais pas le Mmanger.
J'ai pensé que cette grâce marquerait votre passage à Burgos.
Et la famille d'Arranda
est une très vieille, très noble famille.
Ce geste peut avoir un retentissement de haute politique.
Je suis toujours heureux qu'on ne tue pas quelqu'un.
Faites grâce.
Étes-vous sûr que seule la haute politique vous a poussé ?
Quand on va être tué, il faut du courage pour dormir.
C'est l'heure ? Non. Inutile de vous lever.
Vous êtes gracié. Dormez.
Mon général… Ne me remerciez pas.
Une femme, la duchesse d'Albuquerque, m'a forcé la main pour vous gracier.
Une fois la décision prise,
je ne pouvais m'endormir en pensant qu'un condamné attendait l'aube.
Je ne me doutais pas que vous dormiez.
Quel âge avez-vous ? 20 ans.
Si mon fils avait vécu, il aurait votre âge.
J'aurais aimé qu'il ait cette lumière dans les yeux,
qu'il ait votre courage.
Cécile, ouvrez.
C'est le lieutenant Bogard.
Entrez, lieutenant.
Je suis confus. Je vous dérange, madame.
Dès les formalités de la levée d'écrou.….
Vous levez vos écrous à l'aube, mon cher.
Mais il est midi, madame.
Je suis confuse de vous recevoir à ma toilette,
mais on m'a chargée de vous faire la morale.
Ça va être très ennuyeux.
Depuis ce matin, plus rien n'est ennuyeux.
Vous me le confiez, Bogard. Je vous le rends dans une heure.
Son escorte viendra le prendre.
Vous avez encore une escorte ? Allez.
L'édit prévoit mon internement au collège des jeunes nobles
jusqu'à la fin des hostilités. Vraiment ?
Vous, je ne sais pas, mais moi, je hais les escortes.
J'ai aussi horreur de la morale. Je ne sais pas ce que c'est.
On a dû vous dire du mal de moi.
En prison, vous savez.… C'est une chance.
C'est peut-être le seul endroit où on n'en dit pas.
J'ai la plus mauvaise réputation, entièrement justifiée.
Et ça parce qu'il m'arrive de faire ce dont les autres ont envie.
La vie est si courte.
Vous avez failli vous en apercevoir, ce matin.
Je suis sûre qu'à votre âge, vous ne vous en doutez pas encore.
Je me couvre de honte. Vous n'êtes pas muet ?
Je vous demande pardon. Tout ça est tellement inattendu.
Je reviens de loin et vous êtes si belle…
Je ne sais comment vous remercier.
Je voudrais me jeter à vos genoux…
C'est absurde. Mais non.
Ça me paraît une très bonne idée, au contraire.
Je ne devrais pas te le dire, mais avec des yeux comme ça,
tu peux te faire condamner à mort tous les 8 jours.
Il y a toujours une femme qui te sauvera.
Signé "Joseph, roi d'Espagne”.
Juan d'Arranda,
tu étais condamné à mort, on t'a fait grâce.
Tu n'es pas un élève ordinaire, mais un prisonnier.
Je sais que tu as souffert.
Tu as cru combattre pour l'Espagne et Dieu.
Tes mobiles étaient grands,
mais les plus grands crimes ont les plus grandes excuses.
Le roi Joseph a été légalement porté au pouvoir.
Il représente les institutions monarchiques et religieuses.
La résistance, c'est le désordre.
Tu auras le temps de te repentir.
Merci, capitaine.
Je prends bonne garde de ce jeune homme.
Voici la décharge. -Merci, mon père.
Juan d'Arranda, c'est un collège dont on ne s'évade pas
comme d'un camp de prisonniers français.
Nous avons de bonnes portes et de bonnes grilles.
Je vais devoir
te faire prêter serment sur le Christ
que tu ne sortiras jamais d'ici sans mon ordre.
Je te laisse seul un instant
pour prévenir le surveillant de ta division.
La fenêtre de mon bureau donne sur le parc,
qui donne sur une ruelle déserte.
Le mur est haut, mais des arbres le bordent.
Pour qui nous prennent-ils, ces Français ?
Des imbéciles ou des traîtres ?
Enfin, tu te réveilles.
J'allais être obligé de repartir. -C'est toi ?
Où suis-je ?
Des braves gens t'ont trouvé évanoui. Ils t'ont porté chez eux.
Leur voisin est un ancien cocher qui t'a reconnu et nous a prévenus.
Tu es dans l'ancien appartement du prince Masserano.
Du prince Ma... -Chut, ne parle pas,
on peut nous entendre des pièces voisines.
L'appartement est occupé par un général français.
Le prince Masserano a pu se réserver ces deux pièces
où l'on accède par un escalier de service.
C'est lui qui a proposé de te cacher ici.
Personne ne viendra chercher un évadé
chez un général français.
Je suis heureuse de vous accueillir.
Hugo va être ravi.
Je n'ai pas voulu quitter Burgos sans lui serrer la main.
Vous êtes merveilleusement logée.
C'est le palais réquisitionné du prince Masserano.
Teresa m'a accompagnée ici.
Elle va rester avec toi pour te soigner.
Je comprends rien à tout ce que tu me racontes.
Ne cherche pas à comprendre.
Dors. C'est ce que tu as de mieux à faire, selon le médecin.
Tu pars ? Qui.
Je reviendrai à la nuit tombée.
Adieu, mon chéri.
Il faut manger, monsieur le comte. Vous avez dormi toute la journée.
Pourquoi m'appelles-tu "monsieur le comte" ?
Maintenant, je suis servante chez vous.
Que Monsieur le comte m'excuse, je ne suis pas très bonne cuisinière.
Tu vas m'appeler longtemps "monsieur le comte" ?
Tu me tutoyais, quand on faisait la vaisselle.
C'est mon devoir, maintenant.
Je ne savais pas que vous étiez noble.
Tu regrettes la ferme ? On ne regrette jamais les coups.
Et chez ma mère, tu t'ennuies pas trop ?
Je suis traitée comme les autres servantes.
Ni mieux ni plus mal.
Il n'y a que Conchita qui me déteste.
C'est toujours des coups d'éventail et des insultes.
Conchita est méchante avec toi ? Pourquoi ?
Parce que.
Elle croit que j'ai été votre maîtresse.
Ça la regarde ? Il faut croire.
Monsieur Juan.… Non, monsieur Juan…
Le médecin a dit que vous restiez tranquille.
C'est une ordonnance du médecin.
Petite saleté !
Ne me touche pas. Mais écoute, j'ai le droit.
Tu n'es qu'un chien. Je ne veux plus te voir !
Le général français reçoit.
Qu'ils viennent, les Français, ils t'arrêteront,
et ils m'enverront mourir en prison.
Teresa ira dans une maison faite pour leurs troupes.
Tu es folle. On dirait une femme jalouse.
Mais enfin, tu es ma sœur.
Non, je ne le suis pas.
Je t'aime.
Tu ne le comprendras jamais ?
Nous nous reverrons quand tu auras repris ta raison.
Si je pouvais te dire la vérité.…
Rien ne peut nous empêcher d'être frère et sœur.
Si.
Tu n'es pas espagnol, Juan. Tu n'es pas mon frère.
Il y a longtemps de ça, j'étais encore toute petite,
il y a eu un combat naval
près d'une petite crique proche de la maison de nos parents
entre un navire anglais
et un bâtiment de guerre français.
Le navire anglais a été coulé.
Je suis anglais ?
Tu ne parlais pas, on n'a pas pu savoir.
Tu avais une médaille avec un portrait de femme
et deux mots français gravés dessus.
Ne dis pas à maman que je te l'ai dit, elle me tuerait.
Tu comprends pourquoi j'ai le droit de t'aimer ?
Laisse-moi au moins mettre la tête sur ton épaule.
Pilar savait ?
Non. Elle est née après. On ne lui a jamais dit.
Conchita, je voudrais être seul.
Reviens demain.
Je ne suis pas espagnol.
Qu'est-ce que vous faites ? On peut vous voir.
Il y a un général qui vient de sortir.
Je vais te le montrer.
Tu le rattrapes et tu lui dis que je veux lui parler, que c'est grave.
Tiens. Le grand général en bleu. Cours. Va vite.
Je ne suis pas espagnol.
Je vous remercie d'avoir bien voulu me rencontrer.
Entrez, je vous en prie.
Je redoutais
un autre guet-apens.
J'ai une question. Vous êtes drôle.
C'est moi qui en ai une.
Toute la ville parle de votre évasion,
et vous me faites appeler dans la rue ?
Vous êtes fou ?
Écoutez-moi, je vous en supplie.
Pour des raisons que je viens de connaître,
je ne hais plus les Français.
Ah oui ? Voilà une bonne nouvelle.
Je ne suis probablement pas
espagnol.
Il faut que je quitte l'Espagne le plus tôt possible.
Des étrangers servent dans l'armée française.
Pouvez-vous faire qu'elle veuille de moi ?
Tant que c'est pas contre l'Espagne, je me battrai de tout mon cœur.
Vous êtes décidément un drôle de pistolet.
Drôle d'idée pour un rendez-vous.
Tu ne voulais pas qu'on le dise à maman, ni à Conchita, ni à Teresa.
J'ai prétendu porter des fleurs sur la tombe d'oncle Martinez.
J'ai un peu triché.
L'anniversaire de sa mort est dans 15 jours,
mais personne n'a fait attention.
Pauvre oncle Martinez.
Pourquoi "pauvre" ? Il a eu un gros pot de fleur.
Je ne peux pas t'embrasser ? Faisons semblant de prier.
Je vais partir, Pilar, pour très longtemps.
J'ai voulu te revoir. Et pas Conchita ?
Non.
Tu es très petite encore, Pilar.
Il s'est passé des choses que je ne peux pas te dire.
Je te les dirai la prochaine fois.
Je suis un petit peu plus grande que la dernière fois.
Je n'ai plus mes tresses. Tu as vu ? Qui.
Écoute…
Je vais te demander quelque chose.
U? Pendant que je ne serai pas là…
Ben, pense souvent à moi et deviens encore plus grande.
C'est tout ? Qui, mais c'est beaucoup.
Tu comprendras plus tard.
Je vais m'en aller.
Je dois me cacher jusqu'à mon départ.
Tu ne m'embrasses pas ?
Quand je reviendrai, je te promets de t'embrasser fort.
Aux armes, à vos postes !
Mon capitaine !
Mon capitaine !
Des Français. Prenez leur ordre de mission.
Bien.
Halte ! Tu fais peur aux chevaux.
T'as jamais vu de hussards ? Et t'as jamais vu de gendarmes ?
Ton ordre de mission. Nos lieutenants l'ont.
Qu'est-ce qui se passe ?
Contrôle.
Nous n'arriverons jamais à Paris.
Ces gens ne se doutent pas que je dîne le 28
chez la princesse Borghèse. Dites-le-leur.
Dites-leur vous-même.
Non.
Les gendarmes français ont horreur des mondanités.
Lieutenant Guéneau ? Qui, mon capitaine.
Lt de Tinteville, aide de camp du maréchal Berthier.
Oui, mon capitaine ?
Ça voyage comme ça, les aides de camp ?
À l'aller, je portais un pli secret. J'avais une berline rapide.
Maintenant, on me renvoie comme on peut.
Je vais protester.
D'autant plus que je dîne le 28 chez la princesse Borghèse.
Je n'ai pas de temps à perdre.
Ça, je m'en fous.
Je vous l'avais dit. Aucun sens mondain.
Vous êtes espagnol ? Oui… Non.
Euh… Les soldats l'ignorent, capitaine.
Si nous étions pris par des guérilleros,
il serait dangereux qu'on sache sa nationalité.
Bonne route, messieurs. Si l'on peut dire…
Vous avez un poste de gendarmes à 1 km.
Il n'y a plus qu'à se confier à sa bonne étoile jusqu'à Avila.
Nous ne contrôlons pas plus loin.
Après les gendarmes, il faudra discuter avec les guérilleros.
Discutez peu, monsieur l'aide de camp.
Un conseil d'un vieil habitué :
ne marchez que tant qu'il fait jour, et tirez sur ce qui brille.
C'est un mousquet.
Allez, bonne route.
En avant !
Et bonjour à la porte Saint-Antoine,
bande de veinards.
S'ils y arrivent.
Halte !
Mon lieutenant. Oui ?
On a le temps de soigner le blessé ? Oui. Allez-y.
Décidément, cette route ne me dit rien de bon.
Nous sommes à une demi-heure d'un village.
Il serait prudent d'y passer la nuit plutôt qu'ici.
Prenez un cavalier.
Interrogez les villageois et préparez le cantonnement
si l'endroit est calme. Lavaud !
Va en éclaireur.
Bien, mon lieutenant.
Mon lieutenant, ils nous tirent dessus.
Aimable.
Ho !
Entrez.
Pour une nuit, ça ira.
J'espère que tout se passera bien, señor.
Si nous étions attaqués,
le village serait rasé par nos escadrons.
Avertissez vos administrés.
Halte !
Pied à terre !
Cantonnement prêt. Par là.
Demi-tour. Cantonnement.
Tout le monde est rentré ? Barricadez tout.
Bien.
Bonsoir, señor, et merci.
Lieutenant !
Il y a une chose ennuyeuse.
Le curé nous invite à dîner au presbytère.
C'est peut-être un traquenard… Qui.
S'il est de bonne foi, nous devons être bien avec lui.
Qu'en pensez-vous ?
Je n'ai pas faim. Je n'aime pas la cuisine espagnole.
Allez-y. Je reste avec les hommes.
Au moindre soupçon, tirez. On arrivera en une minute.
Bien.
Mes camarades sont forcés de rester en service.
Ils doivent refuser votre invitation,
mais moi, je l'accepte volontiers.
Va avec le lieutenant et veille. Bien, lieutenant.
Allez, fermez.
Mon lieutenant,
le Lt Guéneau m'a dit de rester avec vous.
C'est mon ordonnance. Il restera devant la porte.
Que l'Espagne est belle !
Ne savez-vous pas que l'Espagne est l'orgueil de Dieu ?
Malheur à qui la viole.
Il ne me reste qu'à vous remercier et à rejoindre mes camarades.
Mon fils,
vous m'offenserez en refusant de coucher sous mon toit.
Chez nous, "où on a mangé, on dort". C'est un vieux proverbe.
Je serai navré de vous peiner, mais un officier n'est pas libre.
Je dois rejoindre mon chef.
Si ce n'est que cela, vous pouvez rester.
J'étais si sûr que vous seriez mieux chez moi que là-bas
que j'ai fait prévenir le lieutenant que vous dormiriez ici.
Si vous doutez de moi,
interrogez votre ordonnance.
C'est elle qui m'a rapporté la réponse de votre chef.
Il ne voit aucun inconvénient
à ce que vous passiez la nuit dans mon presbytère.
Vous devez être fatigué.
Je vous conduis à votre chambre.
Vous dormirez dans mon propre lit.
Je vous souhaite une bonne nuit, mon fils.
Je vous remercie de vos bontés, mon père.
J'aimerais simplement dire deux mots à mon ordonnance.
À votre guise.
Je suis honteux de voir un prêtre espagnol manquer à sa parole.
Je n'ai pas de leçon d'honneur à recevoir de vous.
Nos évêques ont permis, pour sauver l'Espagne,
d'aider notre peuple dans sa guerre contre les Français.
Nos guérilleros descendent de la montagne
et se rassemblent pour anéantir votre détachement.
Vous serez épargné
parce qu'à table, vous avez récité le bénédicité comme un vrai chrétien
et parce que vous avez dit que l'Espagne était belle.
Il y avait quelque chose de sincère dans votre voix.
Vos complices périront cette nuit,
et la gloire de l'Espagne sera immense.
En saucisson aussi, lieutenant, ils vous ont déguisé ?
Oui.
Ah, il est traître, leur petit vin, même pour un Bourguignon.
Vous pourriez me faire passer en conseil de guerre,
mais ce serait de l'acharnement de votre part.
Ils nous auront fusillés avant.
Ce que ça pue l'oignon.
Il bouffe tant d'oignon, ce curé ?
C'est pas possible. C'est un collectionneur.
Personne ne peut bouffer tant d'oignon.
Ça va nous aider à nous rendormir.
Pas question. Ils vont assassiner nos camarades.
Ils en seraient capables, ces saligauds.
Je les craque, leurs ficelles.
J'ai une main. Je suis libre.
Ne criez pas comme ça. Je ne peux pas m'empêcher de gueuler.
C'est de famille, chez moi. Ah, les vaches. Ils l'ont serrée.
Allez, j'y arrive.
Je vais vous enlever ça.
Hé, les gars.
Hé !
Mais ils n'entendent pas ?
Tu ne me reconnais pas ?
Va prévenir le lieutenant en vitesse.
En selle, vite. Ferme la porte.
Allez, en selle.
Allez, allez, ouvrez.
Au galop !
Ça nous servira de leçon. Plus de souper chez l'habitant.
La paille avec les hommes et la gamelle.
Il faut sauver notre peau sur ce satané pays, hein ?
Si nous rencontrions trois filles qui nous invitent à dîner…
Maintenant on peut le dire,
leur vin n'était pas si mauvais.
La vie de château, quoi.
J'ai été surpris de trouver chez ces provinciales
un sens aussi raffiné de l'hospitalité.
Le petit rouge, ça n'a rien à voir avec la piquette du curé.
Pourquoi nous recevoir ainsi ? Je trouve ça louche.
Elles s'ennuient, dans ce château.
Imaginez ce que pensent les femmes qui s'ennuient.
Elles ont vu que nous étions des gens convenables.
Peut-être leur plaisons-nous. Je suis sûr de plaire à l'aînée.
Et la petite boit
Juan des yeux.
Et moi, personne ne me boit ? Vous, vous buvez, en revanche.
Cette étape est merveilleuse.
On nous offre ce que nous aimons le plus.
Si nous acceptons de coucher ici comme elles nous l'ont proposé,
je parie que ces filles sont à nous.
J'ai une certaine expérience.
Pour Guéneau, il aura la bonne.
C'est celle qui doit faire
le mieux l'amour.
On laissera le détachement sans officiers ?
Pour une nuit,
ils dormiront bien sans nous.
Il ne faut pas être trop égalitaire.
On ne peut tout de même pas leur trouver une femme à chacun.
Qui. Mais enfin, pourquoi…
Pourquoi tout ça ? Je voudrais comprendre.
Ne cherchez pas toujours à comprendre.
Elles sont pour le roi Joseph. Il y a des Espagnols.…
pour le roi Joseph.
Pas beaucoup.
Je ne te demande pas non plus de leur céder,
mais de m'aider à les retenir jusqu'au milieu de la nuit.
Pedro doit être arrivé là-bas.
Vers minuit, les guérilleros descendront de la montagne.
Même si nous avons dû les retenir
avec la seule chose qu'une fille puisse donner,
eux, ils mourront.
Ma sœur et votre ami sont rentrés.
Elle a dû le conduire à sa chambre. Je vous conduis à la vôtre. Venez.
Ça vous fait pas peur, un château désert en pays ennemi ?
Mais je ne suis pas tout à fait en pays ennemi.
Pas la peine de rallumer la chandelle.
Votre mantille est toute mouillée.
Ta bouche…
C'est moi qui suis prise au piège.
Sauve-toi.
Les guérilleros vont arriver.
Notre domestique est allée les prévenir dans la forêt.
Mais comment le sais-tu ?
C'est moi qui l'ai envoyée.
Ma sœur et moi voulions faire quelque chose pour l'Espagne.
Mon père et mes frères sont en prison à Avila.
Maintenant.…
Maintenant, je voudrais être morte.
Mais qu'est-ce que tu racontes, voyons ?
Prends ton cheval.
Au village, avec tes hommes, tu ne risqueras rien.
Mais les autres ?
Je me fiche des autres. C'est toi que je veux sauver.
Je ne partirai pas sans eux.
Ils sont là.
Tinteville ! Guéneau !
Tinteville !
Tinteville !
Tinteville ! Guéneau !
Pedro !
C'est moi qui vous les ai livrés. J'ai mes conditions.
Remettez-les à l'armée régulière.
J'interdis qu'on touche un cheveu de leur tête.
Bien, señorita. On vous obéira.
J'ai 15 personnes dans mon antichambre.
Je vous ai reçues en premier car vous étiez jeunes et jolies.
Mais je dois les recevoir. Résumons-nous :
votre mère est morte, votre sœur est entrée au couvent,
et vous cherchez votre frère dans l'armée française.
Il était officier ?
Il s'était engagé avec le grade de sous-lieutenant.
Dans quelle arme ?
La cavalerie.
C'est grand, la cavalerie. Il est hussard.
J'étais venue vous dire dans la rue…
Hussard ? C'est déjà mieux. Son nom ?
Juan d'Arranda.
Juan d'Arranda… Ce nom me dit quelque chose.
Arranda.… Mais c'est mon pistolet !
Je ne finirai donc jamais d'en entendre parler.
Si tous les soldats faisaient autant d'histoires.…
Arranda que j'ai fait engager, ça ne vous dit rien ?
Il regagnait Paris avec le détachement Guéneau.
Ils ont été attaqués avant Avila. On croit les survivants
internés à Cabrera.
- Merci.
Ma pauvre petite fille,
je crains que nous ne puissions plus grand-chose pour lui.
Il est prisonnier.
C'est loin, Cabrera ?
À vol d'oiseau, non.
Mais c'est le bout du monde.
Un Îlot où les Anglais mettent le trop-plein de leurs pontons.
À boire ! De l'eau !
Dans deux jours.
Ne poussez pas, les nouveaux. Vous avez encore de la force.
C'est là depuis 15 jours et ça s'imagine que ça crève de faim.
Fais voir la ration. Tiens.
Combien de fèves ? 24. Pour 4 jours.
Et l'eau ? Tintin.
Dire que petit,
je faisais des histoires à ma mère pour manger.
Ça m'avait passé en grandissant.
Oh, qu'est-ce qu'on s'est tapé comme gueuletons avec les copains !
Je vous parle de 1800, 1802, après les restrictions.
Une fois, je me souviens,
j'avais parié de bouffer 6 poulets à moi tout seul.
Je m'installe à 18 h, bien tranquille…
OH ! ÇA VA.
Ça vous emmerde, que j'aie bouffé 6 poulets ?
Ils étaient gros comment ? Comme ça. Des Bresse.
Ma tante les avait élevés exprès pour moi.
Il y avait de la salade ?
OH !
Moi, c'est de salade que j'ai envie, avec beaucoup d'huile.
Laisse-le raconter les poulets.
Ils étaient tendres ? Du beurre.
Je devais les manger en une heure.
J'avais une cuisse dans chaque main…
Et tu prenais de la salade ?
J'ai mis de l'herbe, ça donnera du goût.
Ces fèves, pas moyen de les ramollir avec l'eau de mer.
Elles sont encore plus dures que la dernière fois.
Quand je pense à mes poulets… Moi, c'est la soupe.
Celle que ma mère faisait.
La cuillère y tenait dedans.
Aux choux ?
Quelquefois aux choux,
quelque fois aux pois et au lard.
"Quelquefois aux choux, quelquefois aux pois et au lard."
Le chef de la princesse Borghès
est incomparable.
J'en aurais mangé samedi dernier sans ces fâcheux contretemps.
Imaginez, mon cher, une tranche de foie gras sur toast,
et posée dessus, une petite écrevisse elle-même farcie…
- Ta gueule. C'est trop compliqué, ton truc.
Mon lieutenant, redites-nous la soupe.
"La soupe” ?
Quand ma mère faisait la soupe…
Flûte.
Pilar était la plus tendre, la plus douce…
la plus folle aussi.
Bien sûr, c'était encore une petite fille.
C'était ma petite sœur.
Elle ne le savait pas ? Non.
Elle était née après. On ne lui avait jamais dit.
Elle ne le sait peut-être même pas encore.
Et Teresa alors ? Continuez.
Ma sœur, je veux dire Conchita, est entrée.…
Avant que.… ? Avant, oui.
Elle m'a fait une scène terrible et s'est jetée dans mes bras.
Elle était belle ? Très belle.
Plus belle que Pilar, sûrement, plus… plus femme.
Mon cher, vous êtes fou. Cette fille s'offrait.
Ce n'était pas votre sœur.
Moi, à votre place…
Ce n'est qu'une supposition. Ma sœur à moi est un vrai monstre.
Un nez deux fois comme le mien, et elle louche, en plus.
La question ne se serait pas posée. En plus, c'est ma sœur.
Mais là…
Une sorte de répulsion s'est emparée de moi.
Ses yeux de femme derrière ceux de ma sœur…
C'était pas votre sœur.
Je vous comprends.
Les femmes qui s'offrent, c'est d'un ennui.
Remarquez, les prudes sont assommantes.
Moi, j'aime les filles faciles et qui ne s'offrent pas.
Pilar était secrète et farouche.
Elle me guettait dans les couloirs
et se sauvait en courant quand j'approchais.
Je croyais qu'elle jouait.
Elle était si petite.
C'est ça. Reparlons de Pilar.
C'est quand nous parlons de Pilar que nous sommes le plus heureux.
Alors ses yeux sont améthyste, et quand elle est émue,
ils deviennent bleus comme l'eau profonde.
Plus profonds que l'eau.
Vous allez me rendre amoureux, à force d'en parler toutes les nuits.
On demande le lieutenant de Tinteville,
aide de camp du maréchal Berthier,
dans le bateau du commandant.
Tinteville !
Les Angliches demandent Tinteville.
On demande le lieutenant de Tinteville.
Je me croyais mort.
J'ai été échangé contre l'aide de camp d'un général anglais.
Entre généraux, ils se font des politesses.
Arrivé en zone française,
le temps d'avoir un uniforme convenable, et me voici.
Elle est ravissante, votre petite duègne.
Comment vous appelez-vous ? Teresa.
Teresa… C'est un nom que j'ai beaucoup entendu aussi.
Je vous connais très bien, mademoiselle.
Nous parlions de vous. Nous n'avions que cela à faire.
Je sais la couleur de vos yeux quand vous êtes amoureuse.
En ce moment, ce n'est pas la bonne couleur.
Tant pis pour moi.
Juan vous a parlé de moi ? Tout le temps.
On ne parlait que de la petite sœur, de Teresa aussi, peu de Conchita.
Elle s'est faite religieuse. Parfait.
Vous habitez avec cette duègne ? Quelle amusante famille !
Ma mère vient de mourir. Je suis seule au monde.
Pardon. Mes condoléances les plus émues.
Je suis ici pour faire évader Juan.
J'espère que vous m'aiderez. Je ne suis venu que pour ça.
J'ai demandé un congé pour raison de santé,
j'ai décommandé mes dîners à Paris
pour me consacrer entièrement à la petite sœur.
Et au petit frère, bien sûr.
Vous ne voyez pas d'inconvénient à ce que je loge ici ?
Cela sera plus commode pour échafauder nos plans.
Le problème est simple : Cabrera est une Île,
une étendue de terre entourée d'eau.
Donc il nous faut une barque. Où y a-t-il des barques ?
Dans les ports.
Nous allons tous les deux, tous les trois, pour les convenances,
une jeune fille ne sort pas sans sa duègne,
déjeuner dans une auberge du port.
Alors la belle !
Chère petite Pilar,
moi aussi, je pense à lui.
Merci beaucoup.
Vous croyez qu'il faut que j'aille parler aux pêcheurs ?
Je suis en civil, une cravate neutre
pour ne pas attirer l'attention.
Je… Je vais déjà interroger le patron.
J'ai entendu qu'il baragouinait le français.
Il est gentil. Il ne pense qu'à Juan.
Il n'oublie pas de prendre votre main à chaque fois.
Quel mal y a-t-il ?
C'est parce que je suis sa sœur.
Ce n'est pas une raison pour avoir une chambre à côté de la vôtre
et d'y venir tout le temps.
Un jour où je ne serai pas là… Et alors ?
Si j'étais une jeune fille noble, je me conduirai comme telle.
Je ne te permets pas de juger ma conduite. Rentre.
Non, mademoiselle.
Un homme avec une jeune fille dans une auberge, c'est dangereux.
Giflez-moi tant que vous voudrez, je reste.
Ce que tu peux être agaçante.
Les Espagnols sont patriotes ou ils ont peur des Anglais.
Pas un pêcheur honnête n'acceptera d'approcher Cabrera.
Il en faut un malhonnête. "Un malhonnête" ? Le patron.
Mais il risque de prendre notre argent sans y aller.
Il paraît que vous aimeriez faire une promenade en barque.
Par les temps qui courent, ça coûte cher.
Mais si le señor a de l'or, on pourrait peut-être causer.
Qu'est-ce qu'il raconte ?
Je vais lui parler.
Moi, il ne me roulera pas.
Venez avec moi. Nous arriverons à nous entendre.
Si vous n'êtes pas trop gourmand.
Laissons-les faire.
Les gens du peuple s'entendent entre eux.
Et comme ça, nous allons pouvoir enfin être seuls.
Pourquoi ?
Vous vouliez bien, tout à l'heure.
Vous aimez bien que je sois près de vous ?
Oui. Il me semble que je suis près de Juan.
N'est-ce pas ?
Je suis un peu Juan.
S'ils n'avaient pas eu le message ? Ils attendaient bien là ?
- Écoute…
Je les aperçois. Approchons un peu.
Vous auriez pas pu approcher plus près ?
J'ai cru que j'arriverai jamais.
Où est Tinteville ?
À l'hôtel. Au chaud avec la señorita.
Il a donné l'or, on donne la peau.
On a une chance sur 10 d'échapper aux Anglais.
Il y a des vêtements pour vous à l'intérieur.
Et priez la Madone, si vous y croyez.
Allez, hissez.
Allons.
Vite.
Allez, en avant.
Vu que nous ne pouvions pas dormir de la nuit,
c'était mieux d'attendre dans ma chambre.
Cette petite Teresa et sa surveillance m'exaspéraient.
J'ai froid.
Là.
Le petit oiseau va avoir chaud.
Pourquoi le petit oiseau tremble-t-il ?
Je ne sais plus ce que je fais. Je ne sais plus ce que je veux.
Le petit oiseau veut que je lui dise la vérité ?
Le petit oiseau est au bord d'un très grand péché.
Le petit oiseau est amoureux de son frère depuis longtemps.
Mais il n'est pas possible d'aimer son frère.
C'est un bien trop grand péché.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire ?
Entrer au couvent comme Conchita.
Le petit oiseau est comme tous les petits oiseaux.
Il aime qu'on le caresse,
qu'on lui parle doucement,
qu'on le réchauffe quand il a froid.
Ce que jamais, jamais…
ne pourra lui faire son frère.
Ils sont là !
Ouvre, Pilar. C'est moi. C'est moi, Juan.
Chez lui.
Elle est là.
Juan !
Juan !
Tu sais que je n'ai pas le droit de t'aimer.
Lieutenant, j'ai l'honneur de vous demander la main de votre sœur.
Monsieur de Tinteville,
vous savez que Pilar n'est pas ma sœur,
que je ne suis qu'un enfant recueilli par sa mère.
Je n'ai aucun titre pour accorder sa main.
Je ne suis pas ta sœur ? Non.
J'ai honte, j'ai honte.
Guéneau est en bas. Trouvez un autre témoin.
Je veux qu'on se rencontre dans une heure.
Épargnez-moi l'ennui de vous souffleter.
Je ne cesserai jamais d'en entendre parler ?
Il est passé d'une prison espagnole à une prison française.
Il passe en conseil de guerre.
Il a à moitié tué un homme, et un aide de camp.
La moitié qui n'est pas tuée vous demande de le gracier.
Sallanches… Non, non et non !
Même si une femme ou un fou vient me supplier pour lui,
je ne ferai rien.
Vous n'êtes pas raisonnable.
Caroline arrive à Burgos cet après-midi.
Si vous lui faites une scène pour un motif sérieux,
elle est capable de repartir à Paris.
Qui dit Paris pour une femme qui a à se venger dit tout.
Mme la duchesse d'Albuquerque,
le duc d'Albuquerque, mon camarade du rang, sera là aussi.
Précisément, monsieur le gouverneur militaire.
Ça me semble une excellente raison pour gracier cet homme.
Nous éviterons des explications.
Que vous a-t-il fait ?
Ben, il est… il est tellement sympathique.
Il vous était déjà "sympathique" quand.…
Vous rêvez, mon ami.
Une bonne sœur, maintenant ! Il ne manquait plus que ça.
Faites-la entrer.
Ma sœur ?
Général,
la mère supérieure m'a remis une lettre cachetée
trouvée dans les bijoux de ma mère, la comtesse d'Arranda.
Les documents réunis semblent prouver que Juan d'Arranda,
recueilli par mes parents lors du naufrage d'un navire anglais,
serait en réalité français.
Dans cette lettre se trouve la médaille qu'il avait au cou
et qui porte en français les mots : "Ma maman."
"Ma maman" ?
Même si votre frère, dont vous niez être la sœur,
était mon fils, je ne pourrais…
Caroline ?
Caroline.
Caroline ! Caroline !
Caroline !
C'est pas régulier.
Pour la levée d'écrou, il me faut un papier.
Il te faut un papier, bougre d'imbécile ?
Une médaille, ça ne te suffit pas ?
On n'a jamais eu de médaille comme pièce justificative.
Je suis fonctionnaire. Il me faut un papier.
Ouvre cette porte ou ton papier, ce sera un faire-part.
Si les généraux se mettent à se rebeller, maintenant,
je ne donne pas cher de l'armée française.
- Bougre d'animal.
Général,
je m'excuse…
Je te reconnais. J'étais pareil il y a 20 ans.
Embrasse-moi.
Tu donneras du fil à retordre à ta mère.
Je la plains.
Ma mère ? Mais oui.
Ne demande pas des explications. Vite.
Il faut la surprendre sur la route.
Hé, mon général !
Et la médaille pour mon dossier ?
L'empire est foutu.
Je n'y comprends rien. Tu comprendras plus tard. Galope.
Pourquoi se presser tellement ? Tu es en retard de 20 ans, animal.
Brigadier.
La berline de la générale de Sallanches est passée ?
Un éclaireur vient de les annoncer. On prépare le relais.
Écoute-moi bien, Juan.
Tu es très grand, tu es beaucoup trop grand.
Ta mère est jeune et petite.
Quand on lui dira que tu es son fils,
fais-toi tout petit.
Je ferai de mon mieux, général. Ne m'appelle plus général.
Je ne peux vous appeler papa. Ce sera ridicule aussi.
Ne m'appelle pas. Fais-moi signe.
Tout cela est si brusque. Il faut le temps de s'habituer.
C'est elle.
Non.
Quant à ta mère, elle va être très intimidée.
Pas tant que moi.
Pour la 1re fois, elle sera intimidée par un homme.
- Teresa !
Mais c'est Pilar !
Maintenant qu'elle sait que je ne suis pas son frère, elle fuit.
Juan !
Juan !
Juan, où vas-tu, bougre d'animal ?
Ce n'est pas par là.
Il n'a pas encore vu sa mère
qu'il l'abandonne pour courir les filles.
Pilar !
Je t'ai tuée ?
Non. Elle est au fond, mais elle refuse de sortir.
Pilar !
Pilar !
C'est toi, Pilar ? Non.
Mais si. Sors.
Je ne savais pas que tu n'étais pas mon frère.
D'abord, il ne m'a pas touchée. Sors donc, crétine.
Allez, saute.
Vous n'êtes pas mon frère, ne me traitez pas de crétine.
À quel titre, après tout ?
Qu'est-ce que je suis pour vous, puisque je ne suis plus votre sœur ?
Ma femme.
Qu'est-ce que c'est ? Des ennuis de famille, mon amour.
C'est papa et maman qui viennent nous dire bonjour.
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