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Bombardements.
-La compote de calva, Léone ! Vite, les Prussiens approchent !
-Je voudrais un renseignement.
Le 4 de la rue des Moulins. -Voilà.
-Rue des Moulins, connais pas. -Bon.
-Hep !
C'est la 2e à droite. -Merci.
Bombardements lointains.
-Madame Fernande, s'il vous plaît !
-Au salon. -Le monde à l'envers !
-Vous êtes prête, Mme Fernande ? -Oui, je m'occupe de la caisse.
Bombardements.
-Que fais-tu là ? -Mme Fernande ?
-Oui. -Je m'appelle Babette.
Je viens de Conflans de la part de Simon, maréchal des logis.
-Je n'ai pas le temps. -Je vous aide ?
-Oui, mon p'tit ! Allez, Gaby ! Ouvre les volets en grand !
Tu venais pour quoi ? -Travailler.
-Le pays est à feu et à sang. La civilisation est menacée.
Et mademoiselle oserait batifoler ! -Batifoler ?
-On ne manque pas de souffle à Conflans !
-Les Allemands sont à 10 km ! -Et la marée, à 5 h 20.
Le capitaine va faire un raffut ! -L'appel au calme,
..c'est pour tous !
Que fais-tu là ? Rentre chez toi. -Mais où ?
-T'es seule ? T'as personne ? -Personne.
-Monte, on t'emmène !
Non, pas de vélo ! -Merci, vous êtes gentille.
-Je ne laisserai pas une Française aux mains des vainqueurs !
Ils se croient tout permis !
Comme dit Monsieur, on nous passera peut-être dessus, pas sans payer !
-Mesdames, la marée est à 5 h 22 !
L'"Intrépide" n'étant pas amphibie, après 8 min,
..je ne réponds plus de rien ! -Vite, il est à cran !
-Mais non !
Tiens, une nouvelle. Charmante personne.
Capitaine Gustave Frémont, retraité de la marine marchande.
30 ans de naufrage, mais bon pied, bon oeil !
Vous êtes ravissante ! Bienvenue à bord.
-Ça va comme ça ! Le temps presse !
-Très juste. -Posez vos valises, dépêchez-vous !
-Mesdemoiselles, asseyez-vous !
Alors M. Marcel, paré ? -Paré, capitaine !
-Mettez la machinerie en route. Larguez les amarres !
En avant toute !
Le moteur s'arrête. -Alors, M. Marcel !
-Je ne sais pas ce qu'il a. -J'aurais dû prendre mon vélo !
Ça redémarre. -Bravo ! Merveilleux enfant !
Cap sur le vent et pavillon !
-Allez, M. Marcel, la gomme ! On vaut mieux que ça !
Du nerf, de l'audace ! -C'est pas prudent.
-Nous ne contrôlons plus les routes mais nous maîtrisons les mers.
Sur les grands flots bleus...
On admire les étoiles... Rire.
...
-On sera au Havre pour dîner. -Cris de joie.
-Je connais personne ! -Dans le métier,
..les relations se font vite. -Comment t'es entrée en maison ?
-J'y ai toujours été. -Si Monsieur t'entendait,
..tu lui plairais !
Qui t'a placée la première fois ? -L'assistance. A 14 ans.
-Hein ? -Fraîche, l'administration !
-Chez un notaire à Nîmes.
Rires.
-Pourquoi vous riez ?
Rires.
-Nous ne parlons pas des mêmes maisons. Il était gentil ?
-Trop. Le lendemain, je suis partie et j'ai été me placer à Conflans.
La brasserie du "Lion d'Or". Le patron a eu les oreillons.
-C'est embêtant ! -Seuls les dominos..
..et la pêche l'intéressaient. -Pourquoi t'es partie ?
-C'est eux. Ils avaient peur des Allemands.
-Ils auraient pu t'emmener ! -Pas de place.
C'était l'argenterie ou moi. Vous pensez... marquée à leur nom !
-Écoute, Babette, t'es belle fille, t'as bon coeur...
Ça ne va pas ensemble. Attention. -A quoi ?
D'abord... Le moteur éclate.
-Eh ben, M. Marcel !
-Fallait s'en douter !
-Le moteur est pété. -Simple avarie ! Ça se répare.
-Plus à cet âge-là ! -La panne !
-On va couler ! -Apprenez-moi à nager !
-Silence ! Tout le monde assis !
-Nous maîtrisons la situation ! Réactions.
-Hisse les signaux de détresse.
Maintenant, c'est une affaire entre la mécanique et l'esprit humain !
On parle anglais dans un haut-parleur.
-Au nom de Sa Majesté britannique,
..mettez votre bâtiment à disposition des alliés.
-Je ne mets rien du tout ! On est en panne, on nous a remorqués.
C'est gentil à la flotte de Sa Majesté,
..mais une fois réparé, je retourne en France !
-Impossible.
Vous êtes réquisitionné.
-Merde ! Réactions.
-Ce qui flotte participe au sauvetage..
..de l'armée de Dunkerque.
Nous mettrons votre moteur en état.
Mesdames, suivez-moi.
Réactions.
-Monsieur, moi, je veux retourner à Conflans !
-Descendez, s'il vous plaît !
Pas de femmes sur un navire de guerre.
-Un navire de guerre ? -Descendez.
-Excuse-moi ! Tu ne m'en veux pas ?
-On nous débarque ? -La loi.
-Imbécile ! -C'est un bateau de plaisance.
Et ça devient un navire de guerre. -La guerre, une histoire de fous !
-Au revoir, mon p'tit !
-Au revoir ! -Au revoir, les filles !
-Ça va, vous !
Dépêchez-vous un peu !
Coups de feu.
-Stop ! Stop !
Stop !
-Come on !
Coups de feu.
Il parle anglais.
-Que se passe-t-il ?
-L'invasion ! -J'en ai peur.
-Hitler nous suit partout ! -Il devient collant ! Je vais voir.
-T'es folle ! -Une attraction !
- Regarde à l'intérieur ! - Il est parti !
-Miss !
Miss !
Ne craignez rien !
-Vous êtes Français ?
-Vous aussi ?
-De Conflans ! On s'embrasse ! -Et comment !
-A moi !
-Haut les mains !
-Oh, celui-là ! Tirez pas, ils sont Français !
-Français ? -Bien sûr !
-Votre avion n'est pas très français, lui !
-On l'a fauché. -Ça alors !
-On était prisonniers sur un aérodrome. Par ici la bonne soupe !
-Mais qu'êtes-vous venus faire ici ?
-Rejoindre de Gaulle. -Qui ?
-Il donne des billets de retour pour la France.
-Voilà celui que je cherche ! -Vous aussi ?
Elle parle anglais.
-Stand over there.
-Passe devant.
Si les militaires attaquent, défends-toi !
Je vais les embrouiller. Va !
-Mon bas a filé ! -Please !
Nous sommes dans la route ! Twelve... Thirteen.
-Que cherchez-vous, là ? -Oh !
-Comment ça va ? -Bonjour !
-Je viens voir le général.
-C'est une idée ! -Et vous ?
-Je suis à la rafle. -Et le lieutenant ?
-Lui, il reste. Il est là-haut. -Bonne chance.
-Vous aussi.
-Qu'allez-vous faire de moi ? -J'aimerais vous garder ici.
-Aux renseignements ?!
Je viens pour me battre, pas pour écouter aux portes !
-Contre qui ? Nous n'avons ni armes, ni équipements.
A moins de nous battre tous les 2.
Le général a besoin de renseignements sur ce qui se passe en France.
-J'y connais rien. -Parfait, moi non plus.
-J'ai fait les Beaux-Arts. -Mata Hari était danseuse...
Sonnerie. Les arts mènent à tout. Allô !
Qui ? Le lieutenant.
-Allô ! Oui, j'écoute.
Qui êtes-vous ? -Devinez !
C'est moi ! -Anonymat, mystère et discrétion.
Sans doute, un de vos agents. -Allô !
Qui êtes-vous ?
-Babette, voyons !
Vous changez de voix, on dirait une vieille pantoufle !
Ha ha ha ! Je suis en bas, alors qu'est-ce que je fais ?
-Ce que vous voulez, je m'en fous !
-Allô ! Mais qui demandez-vous ?
Non... ça par exemple ! C'est moi Gérard !
Notre petite Française ! Allô ! Mais venez vite ! On vous attend.
-D'accord. Vous voyez bien qu'on m'attend !
Où c'est ? -Au-dessus.
-C'est ainsi que vous m'attendez ? -Je vais voir le général.
-Dites-lui que je veux retourner en France avec vous autres.
Je vais lui dire. -Il est occupé.
-Jusqu'à quand ? -Notre départ.
-Oh ! -Ce n'est pas pour tout de suite.
-Ah bon... Vous ne partirez pas sans moi, c'est promis ?
-C'est juré. Lieutenant !
-Merci. Merci, monsieur !
-Afin d'éviter les malentendus, pas de "Monsieur", ni de Babette.
Il y a un général, des officiers... Je suis le capitaine Darcy.
Soldat, bienvenue.
Une porte claque.
-Bonjour, capitaine ! -Bonjour !
-Bonjour, Babette ! -Tes cigarettes !
-Merci. -Les miennes ?
T'as du rab ? -Pas question.
Mes respects, mon lieutenant. -Mes hommages, militaire.
-Dis-moi, Babette.
-Mon lieutenant.
-Il y a chaque jour des fleurs sur mon bureau. D'où ça vient ?
-Des fleurs ? Tiens... -Regarde-moi.
Braverais-tu un as du contre-espionnage ?
J'ai des antennes. -Et ?
-Ne dépense pas toute ta solde. -Vos antennes sont déréglées.
Je les pique. -Où ça ?
-Chez le général. -Et les cigarettes ?
-Planton !
Chefs de groupe !
Officiers ! -Mon capitaine.
-Ah, lieutenant !
Ordonnez une fouille. On a volé mes cartouches.
-Vos cartouches ?
-Des cartouches de "Gauloises" bleues ramenées de France !
-Vous avez droit à 2 cigarettes. -Je veux les miennes !
-Ce sont les vôtres. -Nous vivons en communauté.
Pour les questions domestiques, nous dépendons de Babette.
-Vous plaisantez ? -Bon...
-J'ai droit à ma ration ! -Ah...
-Puisque c'est ça ou rien...
Rires.
- La lumière !
Éteignez la lumière !
- Oui, oui ! J'y vais !
-Le black out, qu'en faites-vous ? -Excusez-moi, mon lieutenant !
J'ai oublié de fermer les rideaux. J'arrive, mon lieutenant !
Regardez pas le désordre.
Sirène.
-Ça va être de ma faute.
Elle frappe. -Entrez !
-Vous n'avez pas entendu..
..l'alerte ?
-C'est si extraordinaire ! Je suis équipée pour descendre à la cave.
-Tu descends jusqu'où ? Au pôle Sud ?
-Vous ne venez pas ? -Autre chose à faire.
-Je vais pas m'geler seule à la cave !
Ça représente quoi, vos punaises ?
-Des maisons, des familles. Le début de la Résistance.
Encore un peu d'amateurisme et enfin, un espoir.
-C'est où Conflans ?
-Hum...
Ce petit point.
-Dites donc, c'est pas grand !
Sans la guerre, j'en serais jamais sortie.
Je vous aurais jamais rencontré.
-T'as envie d'y retourner ? -Où ?
-A Conflans ! -Hum.
Bombardements.
-Ils vont les empêcher de passer ? -J'espère.
Tu n'as pas peur ? -Ça non, alors !
-Tu es une drôle de fille.
Tu es devenue indispensable, ici.
-Pour balayer et éplucher les pommes de terre.
Une petite femme de ménage.
-Bien mieux que ça. Tu es notre sourire.
Pourquoi es-tu..
..si gentille ?
-Personne ne l'a été avec moi.
-Même pas les garçons ?
-Si je les avais laissés faire... -Tu as bien aimé quelqu'un ?
Bombardements.
-Attention ! Oh, toi alors !
-Je suis le colonel Fitzpatrick, annoncez-moi au capitaine Darcy.
-Tout de suite.
-Ça s'est allumé, là ! Qu'est-ce que je fais ?
-Là, dans le trou. Tu vois ? Oui.
-Allô !
Oui. Tout de suite.
-Ne quittez pas.
-Le colonel Fitzpatrick est en bas, capitaine.
-Que veux-tu que j'en fasse ?
-Oh, c'est toi Mimile ? Excuse-moi.
Ça s'est rallumé ! -Là, c'est ici, dans le trou.
-N'importe où ?
-Mademoiselle, Je vous demande l'amirauté, pas l'évêché !
-Ah, mon capitaine ! Vous tombez bien.
Y a Fitzpatrick qui vous demande en bas.
-Qu'il monte.
-D'accord.
Faites grimper le colonel.
Allô !
-Vous me passez mon numéro ! Vous êtes sourde ?
-Pas d'affolement.
Une petite fiche... et voilà.
Sonnerie de téléphone.
-Poupette !
J'ai la permission de minuit. On fait la dînette chez toi ?
-Impossible. Voix du général de Gaulle.
-T'énerve pas. Pour un début, c'est pas si mal.
Tout s'apprend.
Quand tu comprendras que ça n'est pas un jeu de hasard...
-Ne vous moquez pas de moi ! -Je ne me moque pas.
Je te donne une mission. Là-haut, nous avons un Anglais important.
C'est toi qui lui serviras le thé.
-Calais. Renforcement des batteries côtières.
Mouvement de troupe et à Dunkerque, concentration navale.
-Les nazis vont envahir notre vieille Angleterre.
On n'est pas prêts à les recevoir.
On est tous d'accord. -Ou et quand aura lieu la tentative ?
-Les avis diffèrent. Nous aimerions que ce soit cet hiver.
Le "foreign office" préférerait le printemps prochain.
Vous auriez une épingle ? -Quel est votre avis ?
-Je souhaiterais, tant je trouve ce projet déplaisant,
..qu'Hitler y renonce.
Il n'a aucune raison de le faire. -Quelle solution proposez-vous ?
-La solution, c'est d'interdire aux militaires...
-C'est moi qui m'excuse. N'êtes-vous pas militaire ?
-Oh non ! Si peu...
Dans le civil, je suis professeur de psychologie à Oxford.
Un canif ?
-Passionnant, non ?
-La psychologie ? Non.
-Peu de choses..
..vous intéressent. -Le bricolage.
Principalement les briquets à mazout. Les théières siffleuses.
Les verrous à combinaison.
Et alors... les explosifs. J'adore les explosifs !
La psychologie amène tôt ou tard aux explosifs.
Yes, yes ! Mais restons-en..
..à la psychologie. -Oui.
-Vous auriez un ciseau ?
L'ennui, c'est que j'oublie toujours la combinaison.
Merci.
Ici, sont réunis les seuls Allemands connaissant..
..les préparatifs d'invasion.
L'un d'eux a sûrement un plan.
A nous de le découvrir. Procédons par ordre.
Hitler, rien à faire !
L'idée est de lui. Vanité d'auteur. Goering, marié à une chanteuse.
Il lui a promis..
..de la faire chanter à Covent Garden. Rien ne les arrêtera.
Ni l'argent...
Il s'est servi. Les décorations, il les a toutes.
-Voilà le thé ! -Amiral Walder...
35 ans de navigation, liquéfié par les mers de Chine.
Abruti par l'air du large.
-Celui-là, c'est Von Arenberg. Stratège de valeur.
Homme du monde, mais officier incorruptible.
Trop aristocrate, le parti s'en méfie. Mais...
Quoi ?
-Combien de sucres ? -Un et dans la tasse,
..si possible.
Hilda !
Hilda !
Hilda...
Voici Hilda et Von Arenberg au début de leurs amours à Berlin.
Les voici deux ans après. C'est toujours le grand amour.
Toujours Hilda et Von Arenberg. Next, please.
3 ans plus tard.
Toujours Hilda.
Toujours le grand amour. Mais ce n'est plus Von Arenberg.
Il ne s'en est jamais consolé.
La ressemblance entre Hilda et Mlle Babette..
..ne vous échappe sûrement pas.
Avouez que c'est étonnant. -Évidemment
-Ça, je dois dire ! -La silhouette, surtout.
-Verriez-vous un inconvénient à ce que le général Von Arenberg...
Tombe amoureux de vous ? -Aucun, il a l'air gentil.
-Elle est très agréable. -C'est pas sérieux ?
Il est affreux ! -Vous êtes difficile.
-Ça serait pas mon type.
-Aucune importance. Vous n'êtes pas celui du général.
La mission que j'entrevois pour Mlle Babette,
..que vous accompagnerez,
..est plus délicate.
-Excusez-moi, mon colonel. -Je voudrais vous parler.
-Bien sûr.
-Si c'est une mission délicate, Babette n'est pas qualifiée.
C'est une petite tête, une toute petite tête, un petit pois.
-Un petit pois, elle ?
-Avant-guerre, elle était serveuse dans un petit café de province.
-Ce sont des détails. J'ai besoin de vous et d'elle.
-Confier la moindre responsabilité à Babette, ce serait...
-Une folie ? Les gens raisonnables ne gagnent pas les guerres !
-Non, pas folle, inconsciente. -Oh, bravo ! Bravo !
Le ciel me l'envoie..
..et je ne devrais pas faire profiter mon pays de ce miracle ?
Ils chuchotent.
-Donc, le salut de l'Angleterre..
..repose entre ses mains ? -Oui, vous l'avez dit.
-Que Dieu protège l'Angleterre.
-Qui va croire cela ? -Hitler, naturellement.
-J'apprécie votre humour, mais les Français libres..
..ne sont pas assez nombreux pour tester vos travaux de psychologie.
La guerre n'est pas une farce.
-Vous avez fini vos messes basses ?
-Vos chefs pensent que vous n'accepteriez pas la mission..
..en France, avec le lieutenant Gérard.
-Mais si ! -Mais non !
-Y a qu'à m'expliquer !
-Avez-vous déjà vu, par une belle nuit d'été,
..les papillons voletant autour d'un bec de gaz ?
-Heu... oui.
-Mlle Babette serait le bec de gaz. Et Von Arenberg, le papillon.
-Ah. -C'est facile pour un bec de gaz..
..d'enflammer un papillon.
Surtout s'il a une prédilection pour un type de bec de gaz.
C'est clair !
-Pas très... -Pas du tout.
-C'est pas compliqué !
Je rencontre le général, je lui plais et hop !
-Et hop ! Les Allemands renoncent à envahir l'Angleterre..
..et se suicident ! -Il a préparé ce débarquement..
..avec un état-major.
-On enlève Arenberg en faisant croire qu'il a déserté..
..avec les plans de l'invasion.
Les Allemands devront recommencer. -Ça ne se fera pas en un jour.
Vraiment. -Un mois de gagné.
Ça suffit à l'Angleterre.
-Une vue de l'esprit basée sur des hypothèses.
-Vous tracassez pas, mon colonel, on vous le ramènera.
C'est simple d'enlever un général allemand à Paris.
Ça me changera du ménage.
-Ha ha ha ! Formidable ! Vous avez une belle équipe !
Pour en faire une machine de guerre, reste à la sculpter.
L'entraînement commence demain. -L'entraînement ? C'est un détail.
-Et vous m'avez dit qu'elle était sotte !
-Vous avez dit ça, mon lieutenant ?
-Non non non non !
-Non !
Je veux pas "go" ! -Go on !
Babette crie.
Cri de joie.
-Oh là là là là là là !
Elle grimace.
Tirs.
-Formidable !
- Une, deux, une, deux Une, deux, une, deux !
Une, deux, une, deux !
Plus vite !
Grimpez ! Une, deux, une, deux !
Une, deux, une, deux...
On entend jouer du piano.
-Cette initiative est très charmante, mais...
C'est un peu... superflu.
Ce n'est pas ce que j'ai demandé. -Mais pour séduire un général...
-Pas Von Arenberg.
-Vous savez, les hommes... Ouh ! C'est bien tous les mêmes !
-Von Arenberg n'est pas un homme, c'est un mélomane.
Il vous faut, vis-à-vis de lui, des réflexes conditionnés.
Si l'on vous parle de Bach... Il joue.
-Vous devez dire le canto, évoquer les fugues...
Et la "Magnifica", si vous êtes en forme.
Bon. Mozart...
-Ah oui, Mozart. -Et alors ?
-Mozart est olympien. -Oh !!! Il est divin !
Ça ne se discute plus.
C'est Beethoven qui est olympien. Il joue.
-Debussy, il est une source.
Et Wagner, un torrent ! -Eh bien non !
J'y arriverai jamais ! Ils sont trop nombreux.
-Mais non, ne pleurez pas.
Mozart peut à la rigueur être olympien, ce n'est pas grave.
Mais, dans la littérature, ne restez pas dans le vague.
Quand on vous parle de Shakespeare, répondez "Hamlet".
-Je vais l'enquiquiner. -Il adore ça.
Shakespeare, vous répondez...
-Vous dérangez pas !
Merci quand même !
La vitre s'est brisée.
-Quand on vous parle de Shakespeare, vous répondez ?
-Gérard... -Ohh...
-Jolie, l'entente cordiale ! La loyale Angleterre !
On peut s'y fier !
A Sainte-Hélène !
Et si on parlait de Jeanne d'Arc !
Et Fachaudin ! Pas mal non plus. -Chut ! Je m'entraîne !
-Ils nous ont pris le Canada !
Vous gênez plus, vous ! Vous voulez de l'aide ?
-Yes, sir. -Bon, on va rire !
J'en ai marre ! Marre ! Marre !
La vitre s'est brisée.
On frappe. -Come in !
-Mon colonel, pour la mission, c'est elle ou moi !
-Qui ? -Babette.
-Au revoir, mon vieux. -Comment ?
-Partez, vous êtes un homme libre. Nous nous battons pour ça.
-Vous connaissez mes raisons ? -Je le sais.
-Ah, vous savez ?!
-Je vous paye une cigarette !
-Son attitude est correcte ? -Oh...
-Sa conduite vous paraît morale ?
Hein ? Qu'est-ce qui se passe ?
-Ha ha ha !
Vous fumez trop. C'est mauvais pour les nerfs.
C'est une dose de démonstration.
Prenez une cigarette Fitzpatrick et vous sautez avec la maison !
Sérieusement, j'ai quelque part par là, une note.
Il y a dedans les instructions pour l'enlèvement de Von Arenberg.
Où est-il ? Ah, le voilà.
Vous partez demain soir. -Déjà ?
-Le général n'est plus à Paris que pour deux semaines.
-15 jours pour l'enlever et le ramener ?
-Vous êtes Français. Vous vous débrouillerez.
Voilà votre matériel de travail.
Costume, argent, cigarettes...
Tout ça français, authentique. -Babette est au courant ?
-Non. Invitez-la à dîner ce soir. Vous le lui direz en tête à tête.
Naturellement, champagne, caviar.
Les femmes sont sentimentales. -Vous ne dînerez pas avec nous ?
-Non. J'ai horreur du caviar.
-Vous êtes prêts ? -Oui.
-On est bien tous les deux. On se croirait en voyage de noces.
Bombardement. -Ahh !
-Batterie côtière. On arrive bientôt.
-Tu te souviens de tout ? -Hum.
-Si nous sommes séparés... -J'appelle Ségur 75 20.
-Pas de nom. Et le code ? -Il est là, avec l'adresse.
-L'adresse en cas d'urgence. C'est chez mes parents.
-Oh, j'aimerais bien les connaître. -Mais oui...
-On dirait que ça vous ennuie... -Mais non !
C'est pas le moment.
-Préparez-vous à sauter. Excuse me !
-Devant eux, comment je vous appelle ?
-Les Allemands s'en foutent. -Vos parents !
-C'est le moment ! Bonne chance !
-A tout de suite !
-Jumping station !
-Non ! -Go !
-Vous avez qu'à y aller, vous ! -15 secondes, 1 km !
Vous vous retrouverez jamais ! Sautez ! Sautez !
Babette hurle.
-Vieux cochon !
Il fait 1 cri d'oiseau.
Les soldats parlent allemand.
-Ouh ouh ouh !
...
...
-Ouh ouh ouh !
La vache meugle.
...
Elle hurle.
Aboiements.
...
... Il frappe.
...
-M. Gérard ! -Chut !
Vous n'avez pas vu une fille ? -Non.
Chant des Allemands.
-Jolie mademoiselle ! Oh là là ! Donnez valise.
-Non non. -Donnez ! Vous, pas peur !
Nous, civilisés avec mademoiselle !
Vous, Paris ? -Oui.
-Nous aussi, à Paris !
La "folie bergère" !
Joli, tout ça...
- Halte !
Attention !
-Oh !
Ils chantent.
-Venez, n'ayez pas peur. Nous, civilisés.
Vous allez au chemin de fer ? -Oui.
-Montez, je vous prie. nous vous accompagnons à la gare.
-Alors ? -Rien.
On n'a rien vu. -Et si son parachute..
..ne s'était pas ouvert ? -On l'aurait entendue.
-Comment va-t-elle regagner Paris ? Toute seule, elle n'arrivera pas.
Au fait, et moi ?
Je dois être à Paris avant 5 h. -Oh oh !
On ne circule plus comme ça !
Y aurait peut-être ben un moyen !
-Ça se pourrait.
-Pourquoi pas !
-La carriole à l'Antoine ! -Y a de la place.
-Antoine ? Quel Antoine ? -Le Parisien.
Un résolu. Venez voir !
-Il pourrait m'emmener ? -Ah, le transport...
Il est équipé pour.
Quand y a de la place pour un, y en a pour deux.
- Vos papiers, s'il vous plait,
Qui c'est ça ? Mari ?
Fiancé ? -Non.
-Frère, peut-être ? -Oui... oui, c'est ça.
- Bien.
Il est marié ? -Non, malheureusement.
-Joli.
Très joli.
Prenez place, s'il vous plaît. Oh, je vous prie.
Lourd ! Ravitaillement ?
-Heu... -Je ne veux pas savoir.
-Vous allez à Paris ? -Oui.
-Folies Bergère ? -Bah ! Sale !
Comment s'appelle votre frère ? -Gérard.
-Ah... Joli petit nom français. Gérard. Ha ha ha !
Le rapprochement de nos 2 jeunesses..
..reste l'idée maîtresse du Führer
Notre Führer bien aimé, Adolf Hitler.
Où je peux rencontrer votre frère ? -Que lui voulez-vous à Gérard ?
-Faire camarade avec lui.
Je peux lui être utile, très utile.
Je suis à l'état-major.
-Ahh...
Qu'y faites-vous ? -Je le surveille.
-Alors, vous êtes important.
-Ya. Le Führer m'a serré la main 1 fois.
Je fréquente nos grands chefs. Je suis leur petit Heinrich.
-Vraiment ? Ça, c'est quelque chose.
Dommage qu'on doive se quitter. -Mon automobile m'attend à la gare.
Je pourrais vous raccompagner. -Si mes parents m'attendaient !
-Gérard, peut-être ? -Non, sûrement pas.
Il a ses cours. -A quelle heure il finit ?
-Ça ! -Vous revoir, j'aimerais beaucoup.
Prenez mon téléphone.
J'ai noté. Hôtel Continental, poste 16.
Parlez à moi seul. Inutile de nommer Gérard.
Dites où je peux vous voir. -D'accord.
-Téléphonez, promis ? -Juré.
-Allô ?
Ségur 75 20 ? Je voudrais parler à la libellule.
-La quoi ?
Voulez-vous épeler ?
La libellule ?
-Il est pas encore là ?
Dès qu'il arrivera, vous lui direz..
..que le léopard marche à pas de géant.
Terminé. Alors, répétez.
-Écoutez, mademoiselle !
Je ne me ferai pas le complice de ces espiègleries.
Fâcheuse époque !
Les gens deviennent fous. -Quoi ?
-Rien, un mauvais plaisantin !
Mon Dieu ! Dans quel temps vivons-nous ?
-En temps de guerre. -Ne me parlez plus de la guerre,
..des restrictions et du manque de tabac.
Quand vous ajouterez que notre fils est engagé..
..dans une formation rebelle, ce sera le comble !
-Le mot rebelle n'est pas très heureux.
-Comment nommer un général condamné à mort par son gouvernement ?
-Gérard ne va pas pactiser avec l'ennemi !
-J'ai plus rien ! Plus rien à fumer, pour tout arranger !
Ah !
J'ai terminé l'eucalyptus et la camomille.
Qu'est devenue votre ravissante capeline en paille ?
-Vous l'avez fumée !
Vous n'avez laissé que le ruban. -Nom d'une pipe !
-Rendez-vous demain, ici. Tu trouveras des gars ?
Y en a qui attendent que ça. -Au revoir !
-Ma chère amie ! Voyons voyons.
-Monsieur le Duc ! C'est monsieur... Gérard.
-Gérard ! -Papa !
-Mon fils. -Je suis content.
-Mon enfant !
Tu n'as pas une cigarette ? -Bien sûr. Où est maman ?
-Évanouie Vous lui avez causé une telle émotion.
-Oh ! -Non !
Maman ! -Mon petit !
-C'est une surprise ! Dites, papa, on m'a appelé ?
Libellule...
-Si un léopard. A voix de gazelle ! Ha ha ha !
Le téléphone sonne.
Bip.
-Allô ? Il parle en allemand.
-Que dites-vous ? C'est Babette. -La petite soeur !
-Mes parents sortent. On peut se voir si vous êtes sage.
-Vous êtes seule ? -Venez. 60 bd Saint-Michel.
C'est un café. -J'arrive.
Il siffle.
-Heinrich !
Il parle allemand.
-Je croyais que nous devions dîner ensemble.
On abandonne le pauvre oncle Schultz.
Hum ? On préfère peut-être la compagnie..
..de Mlle Babette !
Allez ! Ce soir, au lit ! Demain, en Pologne !
-Police allemande, personne bouge !
-Mlle Babette ?
Gestapo.
-Bonjour, monsieur.
-Suivez-moi, je vous prie.
-Oui, monsieur...
-La valise.
-Schnell !
Où est-il ce traître ?
Aristocrates...
Francs-maçons..
Ah !
Parfait.
Très bon...
Excellent !
Fantastique !
Fantastique !
Tout à fait ça.
Vous ne voulez pas être fusillée ? -Non alors !
-Toutes les mêmes !
Alors...
Écrivez !
"Je..
"..soussignée..
"..reconnais..
"..avoir transporté dans ma valise..
"..des objets..
"..interdits,
"..sous peine de mort.
"Beurre.
"Saucisson.
"Camembert."
-Pas du tout ! -J'ouvre ?
-Inutile. -Alors. Datez.
Et signez.
Si vous êtes sage et obéissante...
Le papier ne sort pas du coffre.
Si vous n'êtes pas sage...
Le papier revient.
Et vous serez fusillée ! Pan ! Pan ! Pan !
Compris ?
-Je peux m'en aller ? -Oust !
Vous permettez ?
Oh ! Delicatessen !
Il parle allemand.
-Ha ha ha !
Mon petit doigt me dit tout !
Venez avec moi.
Vous, mignonne, gentille !
Vous intéressez beaucoup papa Schultz.
Vous pouvez m'aider à démasquer les ennemis de notre Führer.
-Il y en a qui ne l'aiment pas ? -Personne ne l'aime.
Il n'y a que la Gestapo. Tout le reste est marxiste !
Ils se sont trahis en m'enfermant 5 ans..
..dans une maison de santé. Le Führer m'a fait sortir.
Je les détruirai tous ! Pan !
Le monde est plein d'ennemis du Reich. Camouflés, clandestins...
Têtus !
Essaye de faire avouer à un Japonais qu'il est Juif.
Vous verrez si c'est facile ! Arh !
Ils sont partout ! -Ah oui ?
-Votre chambre. Asseyez-vous. -Oui.
- Les juifs !
Les plus dangereux sont à l'état-major. Un, surtout.
Tenez.
Celui-là.
C'est un traître.
Mais grâce à vous, Mlle Babette, je le tiens !
A vous, il parlera. -Pourquoi ?
-Ha ha ha ! Une idée de moi. Colossale finesse !
Vous avez des cheveux brunes fausses, tout à fait Hilda.
Vous ne regretterez pas. -Que dois-je faire ?
-Papa Schultz s'occupe de tout. Tactique, costume, nourriture...
Ha ha ha ! Vous, mignonne, gentille !
Je permets. Vous pouvez embrasser le portrait de notre Führer.
-Je ne l'ai pas mérité.
-Oh oh oh ! Modeste, en plus !
Merveilleux !
-Ségur...
On parle allemand.
-Gunther ! Siegfried !
Heil Hitler ! -Heil Hitler !
Langage morse.
Langage morse.
Il répète la même chose, en allemand.
Quelqu'un arrive.
-Je suis toute nue !
-Savez-vous monter à cheval ?
-Non.
On m'a pas appris.
-On a bien fait.
Ha ha ha ha !
Merveilleux !
-Ahhh ! Enfin !
-Je monte pas là-dessus ! Trop haut !
-Non, il est très gentil ! -Vous le connaissez depuis 5 min !
-Très sympathique ! Je vais vous montrer !
Insultes en allemand.
-Ha ha ha !
Insulte en allemand.
-Saloperie !
Anglo-normande !
En Pologne !
Ha ha ha...
Vous voulez que papa Schultz sorte le petit papier du coffre ? Toi !
Tu oublies aussi ton petit papier !
Assassin ! -Assassin ? Bof...
2 ou 3 petits trucs...
-A cheval ! -Oh non !
Vous n'en avez pas un plus petit ? -Non, celui-là, très sympathique.
Allez ! Hue ! Schnell !
Schnell ! C'est pour le Führer !
Elle minaude.
-Vous êtes blessée ? -Oui...
Oh...
Oh...
-J'espère que ce n'est rien.
Mademoiselle.
-Monsieur, monsieur !
Je peux pas marcher. Ma jambe est sûrement cassée.
Peut-être les 2. -Vous souffrez ?
-Oh là là, si je souffre ! Ça craque ! Vous n'entendez pas ?
Je peux plus marcher. Que vais-je devenir ici toute seule ?
-Un moment.
Je vous accompagne.
Vous permettez ? -Je n'osais pas demander.
-Où habitez-vous ?
-42... heu... rue de Varenne.
-Voilà.
-Voilà.
-Voilà les outils.
On a tout. Paroles et musique. On peut ouvrir le bal.
-Il manque la danseuse, Babette. -J'y comprends rien.
Elle aurait pu donner signe de vie.
Qu'est-ce qui a pu lui arriver ? -Ne transformez pas notre hôtel..
..en camp retranché ! -Pas maintenant. Plus tard.
-Vous m'obligeriez, messieurs, en renfermant vos instruments.
Pas de concert de chambre, aujourd'hui.
Je respecte vos idées,
..mais en échange, respectez ma tranquillité.
-Seriez-vous lâche ?
-Mes a eux répondent de moi.
-Mon fils fait de la Résistance, moi aussi !
-Tenez ! Là... de...
-Que vous arrive-t-il ?
-Le...
-Babette !
-Mon Gérard !
Permettez-moi de vous présenter mon grand frère.
Le général Von Arenberg ! -Général.
-La famille..
-Von Arenberg...
-Gérard, fais les présentations ! -Bien sûr.
Ma mère. -Bonjour, p'tite mère !
-Mon père. -Bonjour, papa !
-Duc de Crécy-Lozère. -Oui, papa est duc.
Je vous présente de vieux amis de la famille. De très vieux amis.
-Oh, musiciens ? -Oui... à nos moments perdus...
-Mon père organise un concert pour les familles des prisonniers.
Asseyez-vous, général. -Qu'il nous demande pas de jouer...
-Merci. -P'tite mère, votre tricot !
-Votre jambe a l'air d'aller mieux.
-Heu... -Tu as eu un accident ?
-J'ai relevé Mlle votre soeur dans une allée cavalière au bois.
-Tu faisais du cheval ? -Comme tous les jours !
Je montais Pomme d'Amour. J'ai fait un de ces vols planés, mon cher !
S'il n'avait pas était là. -Je vous remercie.
-Vous prendrez bien du porto ? -Du porto ! Oh !
Elle veut dire imitation grenache.
Ou simili banyuls.
-Je ne bois pas. -Fumez-vous ?
-Non plus. -Cette guerre devient inhumaine !
-Edmond !
-Monsieur comprend sûrement les malheurs des civils.
Non, Général ? -C'est pas toujours..
..compatible..
..avec mon uniforme.
Souhaitons que ces choses aient une fin.
Que la victoire vienne vite ! -Laquelle ?
-Hélène. -Votre mari a raison.
La question n'est pas si simple. Je me la pose parfois.
-Tu es fier de moi, hein ? -Mais oui.
-Qu'attends-tu ? -Regarde. La 2e voiture.
S'il ne descend pas, ils montent.
Il faut que les Allemands se croient trahis.
Son enlèvement doit passer pour une désertion.
-Je garderai un charmant souvenir de votre accueil. Je prends congé.
-Zut, il s'en va.
Vous partez ? -A mon grand regret.
Messieurs.
-Nous vous reverrons ? -Je quitte Paris demain.
-Ne nous faites pas ça ! -Hélas...
Le lit du guerrier dont parle Shakespeare est fait..
..de rocailles et d'acier. -"Hamlet", acte I, scène 3.
-Vous avez voulu dire Othello. -Non, j'ai dit "Hamlet".
Je vous parie même un dîner.
-Alors, je serais heureux de perdre.
Mais je crains... Encore charmé.
-Au revoir !
-Pourrais-je prendre de vos nouvelles ?
-J'y compte bien.
Alors, rendez-vous à quelle heure ?
-Tu crois avoir gagné ton pari ? Elle a la tête comme ça !
Il connaît Shakespeare par coeur ! -Et alors ?
-C'est perdu. -C'est gagné !
Si je gagne, il invite, sinon, c'est moi.
Comme on le kidnappe, l'aubergiste payera.
-Pas bête ! -Merci.
-Déblayez la table.
Les enfants, c'est pour ce soir !
-Messieurs, je sens que nous allons bifurquer dans le clandestin,
..je préfère ne rien savoir. Personne n'a de cigarette ?
-On en avait avant de venir. -Naturellement !
-Au revoir, papa ! Pardon... -Au revoir, ma petite fille.
-Elle est formidable ta mère ! -Oui...
L'avion se posera ici.
L'auberge est là. -Tu lui as parlé de moi ?
-A qui ? -Ta mère.
-C'est pas le moment !
Nous serons postés vers 9 h. Tu nous l'amènes.
Vous resterez pas ensemble 107 ans. -Oh, non ! Ha ha ha !
-Quoi ? -Rien.
-Quoi rien ?
-Je préviens Londres qu'on nous envoie l'avion à 10 h.
-Où est le poste de radio ? -Au Continental.
-Tu habites le Continental ? Comment y es-tu entrée ?
-Par papa Schultz, le chef de la Gestapo.
-Tu plaisantes ? Tu fréquentes pas la Gestapo ?
-Si, j'en fais partie !
-Quoi ?
Il parle allemand.
42 rue de Varenne.
Quelle sorte de gens habitent là-bas ? Des Juifs ?
Juifs !
-Juifs !
Il parle allemand.
Bip.
-Allô ! Mlle de Crécy-Lozère, je vous prie.
Il parle allemand. -C'est moi, Babette.
-Je ne sais si je dois m'en réjouir ou le déplorer,
..mais j'avais raison. C'était d'"Othello" qu'il s'agissait.
-Les vers sont :
-J'ai perdu. Vous serez mon hôte, ce soir.
-J'en suis très heureux.
J'ai beaucoup de choses à vous dire.
Des choses à peine croyables de la part d'un général allemand.
Je vous les dirai ce soir !
-Où puis-je vous retrouver ? -Au Continental ?
-A tout de suite.
Frantz ! -Oui.
-Je suis folle de joie.
-Bravo, Babette !
Colossale petite fée !
-Colossale !
-Elle va lui faire dire tout ! Tout ! Tout ! Ha !
Après... plus tard...
Elle fera parler Titl, Rommel !
Goebbels !
Goering.
-Hitler !
-Hitler.
Idiots !
-Fantastique !
Vous êtes une colossale petite Mata Hari !
Qu'est-ce qu'il a dit ? -Rien, je dîne avec lui.
-Oui, il a promis de parler.
Babette, enfin, je peux avoir confiance dans quelqu'un !
Toute la Gestapo est à votre disposition.
Ceux qui vous désobéissent seront impitoyablement fusillés !
D'ailleurs avec ça... tenez !
Personne n'osera. -Occupez-vous plutôt d'Arenberg !
Je ne dois pas le voir en descendant.
-Pourquoi ? -Car il saura que j'habite ici !
-Ahhhhh !!! Colossale finesse !
Je vais le retenir en bas. Prenez votre temps.
Babette, petit ange, à nous deux, on en fera fusiller du monde !
Pan ! Pan ! Pan ! Ha ha !
Que vous êtes joli, que vous me semblez beau !
-Vous parlez français maintenant ? -Naturellement.
Un vrai titi parisien ! Nous nous connaissons trop peu.
Devenons des copains ! Nous avons le même idéal, non ?
-Pas de la même façon. Je n'écoute pas aux portes !
-Ah... ha ha ha !
Général ! Général, je vous offre un verre.
A notre camaraderie ! A présent, on se dit "tu".
-Trop aimable, mais nous n'avons jamais gardé les prisons ensemble !
-Vous refusez de prendre un verre à la santé du Führer ?
-Rien ne me fera plus plaisir.
On entend des pas.
Bruit de clés.
La porte s'ouvre.
Il ressort.
Langage morse.
Freins.
Il parle allemand.
-Tenez-vous vraiment à me rendre service ?
-Si je pouvais avoir ce bonheur. -Vous pouvez.
Débarrassez-moi de ces deux imbéciles.
Je trouve cette surveillance offensante.
-On ne vous surveille pas.
On vous protège mon cher general.
-Vous êtes trop aimable.
-Excusez-moi, pas de vélo-taxi. -J'aurais dû envoyer mon chauffeur.
-J'aimerais bien être présenté.
-Führer Schultz, Mlle de Crécy-Lozère.
-Enchanté.
Excusez-moi de me retirer, vous avez des choses à vous dire.
Heil Hitler !
-Il est bruyant. Un de vos amis ? -Pas précisément.
Je me réjouis de passer la soirée avec vous. Où voulez-vous dîner ?
-Pas ici.
-Trop d'Allemands ? -Trop d'uniformes.
-Merci. -Voulez-vous me laisser faire ?
J'organise tout. Je voudrais que ce soit ma soirée.
-Bon. -Vous venez ?
-Je vous en prie.
-Ha ha ha ! Une maîtresse clandestine à l'hôtel Continental !
Vos appareils sont cassés.
Il dit la même chose en allemand.
-Ah, le traître !
Alarme !
Alarme !
Alarme !
Il est parti avec les plans !
Pour les vendre aux Juifs ou aux Anglais !
-Führer ! -Ya.
- Cigarette anglaise ?
- Quoi ?
-Le traître ! Cette fois, je le tiens !
Il sera fusillé ! Pan ! Pan ! Pan !
Babette... Babette !
Il va me la tuer !
Mais je saurai où, bientôt. On va le rattraper.
On va lui faire avouer ! Ça ! Ça !
Et ça ! Ha ha ha !
Colossale fusillade !
Il parle allemand.
-Vous comprenez le choc que j'ai eu en vous voyant ?
Excuserez-vous mon attitude ? -Bien sûr.
C'est pas juste. C'est ma faute si je ressemble à Hilda ?
Est-ce que je lui ressemble tant ? -Elle était ennuyeuse.
Vous êtes gaie.
Elle était supposée être cultivée, elle était vulgaire.
Vous êtes distinguée. -Me feriez-vous la cour, général ?
-Si vous le permettez.
Quelle bonne idée d'être venus ici. -J'ose à peine vous le dire.
Vous allez me trouver sentimentale. J'y venais, enfant.
Pas ici ! Mes parents avaient une propriété aux environs.
Nous allions à la messe dans une adorable petite chapelle.
Pour la 1re fois j'ai entendu, les larmes aux yeux, l'Ave Verum.
-Vous aimez Mozart ? -Il est divin !
-Pour toute chose, vous trouvez le mot juste.
Comme nous sommes bien ! -Frantz !
Il fait chaud, non ? Vous permettez ?
Quelle merveilleuse nuit ! Allons faire un tour !
Vous voulez bien ? -Il fait froid !
-Mais non ! Venez courir avec moi dans les bois !
J'aime la nature, le vent, les saisons !
Si ma mémoire est bonne, il y a ici un écho étonnant.
Ouh ouh ouh !
Ouh ouh ouh !
Ouh ouh ouh !
-Ouh ouh ouh !
Il le fait mal.
-L'écho déforme la voix. -Oui...
Tout change quand vous êtes proche.
-Je suis très ému, Babette.
Vous avez peur de moi ? -C'est flatteur, non ?
-Je ne vous reverrai peut-être jamais.
Je pars demain. -Pourquoi ?
-La guerre... Ici, on l'oublie, mais ailleurs, elle continue.
-Vous ne l'aimiez pas, je croyais. -Je suis Allemand.
Mon pays est en guerre. -Vous reviendrez !
-Nous ne sommes pas en Angleterre. -Ouh !
Peut-être plus vite que vous ne le pensez !
-Venez. J'ai peur que vous ayez froid.
-Non, pas tout de suite !
-Il l'embrasse !
Regarde-moi ça !
Il l'embrasse ! -Faut bien !
-Je vais lui casser la gueule ! -Gérard, fais pas le zouave !
-Soyez sérieux !
-Ne vous gênez plus !
-Ah ! -Gérard, t'es fou !
C'est le moment d'être jaloux ! -Ne bougez pas !
Jaloux...
Alors, ce n'était pas le frère.
Vous n'êtes pas la soeur.
Ce n'était pas un rendez-vous, c'était un guet-apens.
Très joli.
Je déplore ce travail de policier, mais je vous prie de me suivre.
Allez, avancez ! Allez !
Allez ! Vite !
-Emmenez-le à la voiture. -Bringen sie ihn zum wagen.
-On est foutus.
-Demande-leur s'ils n'ont pas envie d'être fusillés. Gestapo !
-Non, par là !
Il parle allemand.
-Et voilà le travail !
-Beau jumelé ! -On a assez perdu de temps !
-Oh là !
Il parle allemand.
-Bolcheviques !
-Sabotage ! -Sabotage !
Sabotage...
Mlle Babette, vous me le payerez cher.
...
...
-Prend le volant !
Une voiture ! On va se faire piquer !
-Vite !
-Haut les mains, tous !
Allez, allez ! Avancez !
Plus vite ou nous tirons !
Allons, dépêchez-vous !
Ha ha ha !
Formidable !
Cigarettes anglaises ? Il répond en allemand.
-Chère petite Babette..
..qui a voulu peiner son vieux papa Schultz !
Nous allons lui arracher les ongles !
Feu ! Nous lui brûlerons la langue !
Nous lui casserons les dents !
Et ensuite, nous trouverons bien quelque chose de plus amusant !
Ha ha ha !
Plus vite !
...
-Vous avez pas l'air content. Je vous comprends !
Vous devriez me remercier. -Remercier...
Prisonnier de guerre, c'est bien ! -C'est pas le comble..
..de mon ambition. -Vous allez être planqué.
-Oh, planqué...
Et dire que j'ai pu vous prendre pour une duchesse de Crécy-Lozère !
-Elle pourrait le devenir.
-Ne vous réjouissez pas trop vite. Vous n'avez pas gagné la guerre.
-Moi, si !
-Congratulations, colonel !
Félicitations, capitaine !
-Ça alors !
-C'est un beau jour.
-Un jour solennel.
-Votre plan m'avait paru bizarre. Il fut génial.
-Vos subordonnés étaient étranges, mais ils furent incomparables.
-Bravo, colonel. -Bravo, capitaine.
Le gouvernement de Sa Majesté et celui de la République française..
..vous remercient de ce que vous avez fait.
Quel auteur parlait si justement de l'abnégation des obscurs,
..des sans-grade ? -Shakespeare dans "Hamlet" ?
-Jamais décoration ne fut plus méritée.
-Vous n'avez pas volé ce petit cadeau, non plus.
-Vous êtes gentille.
Très touché, jeunes gens.
Explosion.
Rires.
-C'est formidable !
Rires.
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