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Musique intrigante
Musique douce
-Encore !
-Hop ! -Encore !
Moi, je veux le faire.
-Hop !
-Oh, Jimmy. Jimmy, voyons, soyez raisonnable.
Vous êtes un méchant garçon.
Allez, il faut dormir maintenant.
Allez, allez dormir.
Il a pris sa potion ? -Oui, madame.
-Bonsoir.
-Que vous êtes belle, maman.
-Oh, Peggy, vous me décoiffez.
Bonsoir.
Ils ont dit leur prière ? -Oui.
-Je n'ai pas oublié un seul mot.
-Moi non plus !
-Si vous êtes sage, je vous en achèterai un pour Noël.
-Jimmy !
Jimmy !
-Maman !
Votre gant.
-Merci, Jimmy.
Allez vous coucher, vous allez prendre froid.
-Dormez, petit diable. -Ou Ellis ne jouera plus avec vous.
-Oui.
Je dors déjà.
-Ah, celui-là est bien de moi.
Je me reconnais en lui.
-Bonsoir, madame.
-Vous, Mlle Bert ? Si tard ?
M. Shaw ne vous ménage guère.
Vous avez dîné, j'espère ? -Non, pas encore, mais…
-Pas même dîné ?
Votre dévouement pour mon mari est sans limites.
Bonne nuit, Mlle Bert.
Pourvu qu'elle vous ait pas entendu. -Qu'ai-je dit ?
-À propos de Jimmy. -Oh, qu'allez-vous chercher ?
-Elle nous épie, j'en jurerais. -Ah !
-Parker, une autre cravate.
-Allô ? Allô, oui, monsieur ?
De la part du Secrétaire général du Comité de l'Acier ?
M. le président vient de sortir.
Je n'y manquerai pas, M. le secrétaire général.
À quelle heure faudra-t-il réveiller monsieur ?
-Quoi, me réveiller ? -À quelle heure monsieur désire…
-À quelle heure est mon 1er rendez-vous ?
-9h30. Conseil d'administration des Forges de Pittsburg.
-Bon, alors, 8 h.
Merci, j'ai plus besoin de vous.
Non, merci.
Introduisez Mlle Bert dans mon bureau.
-Monsieur vient tout de suite.
-Bonsoir. Je vous ai convoquée tard.
-Vous pouvez disposer de moi. -Je sais.
Asseyez-vous.
MIle Bert, depuis que nous travaillons,
enfin, que vous travaillez avec moi,
j'ai apprécié votre intelligence,
une certaine qualité de dévouement,
une intuition que nous ne sommes pas habitués à rencontrer et…
Voilà, je vais ce soir vous demander un service
qui dépasse vos attributions de secrétaire.
Je vais vous demander…
de remplir une mission.
Vous refuserez si vous jugez.… -Je n'ai pas à juger.
-Merci.
J'ai là des enveloppes préparées.
Celle-ci, vous l'apporterez immédiatement chez Mme Shaw, ma mère.
Remettez-la-lui en mains propres. -Bien, monsieur.
-Et l'autre, je vous demande de la garder.
-La garder ? -Oui, vous-même.
Et si dans un an,
je n'ai pas été en mesure de la réclamer, ouvrez-la.
Quant à celle-ci, elle doit rester là.
Sacrée serrure !
-Permettez, monsieur.
-Merci.
Dites-moi.
Je n'ai jamais rien fait pour vous. Si vous avez un souhait…
-Je ne souhaite que continuer à travailler avec vous.
-Cela va de soi. -C'est tout pour moi, monsieur.
Je suis venue de ma ville française, vous m'avez prise comme secrétaire.
-Je choisis ce qu'il y a de mieux.
-Vous avez manié les hommes, les événements.
J'ai entrevu ce qu'était la puissance.
-Oh.….
La puissance…
Et…
vous avez été déçue.
-Non, j'ai éprouvé de la surprise.
Et puis après, de l'admiration.
-Vraiment ?
Ah, mon chapeau.
J'avais pourtant mon chapeau. -Il est là.
-Merci.
Mais vous ne m'avez toujours rien demandé.
-Je vais vous demander…
Oh, c'est peut-être un peu… -Dites, dites.
-Je vous demanderai de me promettre,
M. Shaw,
n'entreprenez rien ce soir que vous n'ayez pesé froidement.
-Je vous le promets.
Musique douce
- - -
-Vous avez beau dire, je la trouve épatante.
Ce M. Ellis Lowton, qui est-ce ?
-Un type très fort. 5 CV de Polo, 2 Rolls Royce.
Trouve chaque année 50000 dollars pour un ballet d'avant-garde.
Ne s'attaque qu'aux femmes les plus riches.
-Il a de grands revenus ? -Quelle question !
- - -
-C'est un couple absolument divin. N'est-ce pas, Mme la présidente ?
-Oh, ensorcelant.
-Il ne danse pas si bien que ça.
Ainsi, avec Pat, avant ma sciatique…
-Oh, ce M. Lowton est vraiment beau.
Comme un Apollon.
-Mais sans aucune expression, Mme la présidente.
Voyez-vous, ce qui m'attire, c'est l'expression.
Ainsi, avec Pat, lorsque j'étais en Floride…
-M. le président ? -La table de Mme Shaw.
-3 tables après celle de M. Patterson.
-Bien. -Merci.
Pardon. Vous ne vous êtes pas trompé ? -Non, ça va.
- - -
-Qu'avez-vous, Bob ? -Rien, Patterson.
-Venez à notre table. -Un moment.
-Mais si… -Non !
J'aurai peut-être besoin de vous dans quelques minutes.
-Qu'est-ce qu'il a ? On dirait qu'il ne me reconnaît pas.
- - -
PN
S
S
S
-C'est une robe perdue. Oh !
-Salaud ! -Tuez-le !
-En arrière ! En arrière !
S
-Oui, Robert Shaw, le roi de l'acier. Faites vite, ils vont le lyncher.
-En arrière ! En arrière !
-Tuez-le ! Tuez-le ! Tuez-le !
S
L
S
-L'amitié qui vous liait à M. Lowton a donné lieu à certaines calomnies.
-Nos relations étaient d'ordre purement moral.
Il m'a soutenue dans l'abandon où me laissait mon mari.
-Qui a vu M. Shaw en dernier avant le meurtre ?
-Sa secrétaire, Mlle Bert.
On est sortis à 21 h et 30 min après…
-Faites-vous un rapport… -Grotesque !
Il n'a pas le droit de demander ça.
-Objection valable.
-Le jury appréciera. Je n'ai rien à ajouter.
-Votre mari voyait rarement M. Lowton. -Mon mari était très occupé.
-Avait-il des raisons d'hostilité contre M. Lowton ?
-Aucune que je sache. -Je proteste !
Elle doit être interrogée sur des faits, non sur des sentiments.
-Objection valable.
-Bien. Vous avez donné de l'argent à M. Lowton.
L
-Non.
-Vous lui avez remis 20000 dollars le 21 février.
-Mais pas à lui personnellement.
Il représentait l'Art Moderne qui montait des ballets.
-Saviez-vous que ses dépenses dépassaient ses ressources connues ?
-M. Lowton était un gentleman. Il ne parlait pas d'argent.
-Bravo ! -Silence !
-Je proteste contre ces procédés d'insinuation.
Sous couvert de la défense, on tente de traîner dans la boue
la vie privée d'une Américaine de la meilleure société.
-La séance est suspendue.
PN
S
-Monsieur, s'il vous plaît !
-Allons, vous savez qu'il est interdit de faire des photos ici.
-Shaw n'est point un homme qui s'est fait lui-même.
Il est fils et petit-fils de milliardaires et ces gens…
Il n'a pas fondé d'hôpital.
-Il a fondé un Observatoire. -Justement. Ça sert à quoi ?
-Ben… -Ah ah !
Prendre une Française comme secrétaire, ça…
-Voyez-vous un autre moyen au point où ça en est ?
-Non. Mais pouvons-nous faire ça sans consulter Shaw ?
-On peut tenter de lui sauver la vie. -Soit.
-Allons, allons. Le silence !
-Croyez-vous, mademoiselle, que M. Shaw aimait sa femme ?
-Il ne pensait qu'à lui embellir la vie.
Je suis convaincue que M. Shaw aimait passionnément sa femme.
-J'ai fini.
-MIle Bert.
N'étiez-vous pour M. Shaw
rien de plus que sa secrétaire
particulière ? -Je ne comprends pas.
-Je proteste !
-Objection non valable. La question
est maintenue.
-Que voulez-vous dire ? Prétendez-vous m'insulter ?
-Répondez à la question.
-Je n'étais pour M. Shaw
rien de plus que sa secrétaire.
-Vous avez entendu M. Lowton
prononcer exactement ces mots :
"Celui-ci, je me reconnais en lui.” ?
-Oui.
-M. Lowton a-t-il clamé cette phrase à haute voix ?
-Non, il parlait à mi-voix.
Depuis la porte située ici,
près de laquelle aurait parlé M. Lowton,
jusqu'à cette encoignure où Mlle Bert était assise,
il y a une distance de 56 pieds 5 pouces.
Je défie n'importe qui de comprendre à cette distance
les termes d'une conversation privée.
-Nous tenterons l'expérience. J'accepte le défi.
Je demande à rappeler Mme Shaw.
-Silence !
-CÇa va très mal pour Shaw. Oui, très mal.
La petite Française s'embrouille. Elle ne s'en tire pas. Comment ?
C'était certainement sa maîtresse. AIl6 ? Un pronostic ?
La chaise électrique, c'est couru.
-Pas malheureux !
-Pesez bien vos paroles, madame.
Vous affirmez
que M. Lowton n'a pas dit la phrase rapportée par Mlle Bert ?
-Je le jure.
-Entre la parole de Mme Shaw
et les ragots d'une secrétaire, le jury appréciera.
L
-Silence ! La loi est formelle quant aux manifestations de l'assistance.
-Cet avocat Patterson dépasse les limites.
-Mme Shaw a été parfaite. Quelle dignité dans la douleur !
-Vous avez connu Lowton ? -Non.
-L'homme le mieux habillé de New York.
-Dr Mills, directeur de l'Institut de neurologie ?
-Oui.
-Une de nos sommités médicales. -Je vous en prie.
-Vous connaissez l'accusé ? -On a été étudiants ensemble.
-Voulez-vous nous dire ce que vous pensez de lui ?
-C'est une intelligence d'élite, un imaginatif et un grand nerveux.
Ces hommes se créent un univers à part où ils vivent.
Ce sont des disharmoniques, ils souffrent…
-Vous verrez, ils vont le faire passer pour fou.
C'est un comble. -lls sont les proies désignées
de l'obsession qui peut conduire à la violence.
La plus fréquente de ces obsessions est la jalousie.
Souvent sans cause réelle.
Si Mme Shaw en avait donné les motifs,
je conclurais à la responsabilité de l'accusé.
Mais l'inanité même.… -Ça veut dire quoi ?
- À agi sous l'influence… -Je n'accepte pas !
C'est faux ! Je suis absolument responsable !
-Ils ignorent leur état et affirment leur responsabilité
même si elle devait leur coûter la vie.
-Je proteste ! Le témoin n'a pas été cité comme expert.
-Je demande la réunion d'une commission d'experts
pour examen mental de l'accusé.
PN
Musique douce
- - -
-Comment va-t-il ? -Il est très sage, il s'habitue.
Il a de l'occupation. -Ah ?
-Oui, il termine l'inventaire de notre bibliothèque.
- - -
-Oh, bonjour, Mlle Bert.
-Bonjour, Mme Barec.
Voyons. Voilà pour l'arbre de Noël.
-Merci beaucoup, mademoiselle. Jeanne, Marie ?
-Voyons. Ça, c'est pour Mme Russel.
-Oh, merci.
-Et voilà pour votre petite fille. -Vous êtes trop bonne.
-C'est par là ? -Oui, tout droit.
-Bonjour, Robert. -Bonjour.
-Je préviens M. le médecin-chef que vous êtes là.
-Je suis si contente de vous voir occupé.
-Oh, belle occupation !
-Qu'est-ce que vous avez ?
-15h25.
-J'ai eu tant de choses à faire… -Naturellement.
Je passe après tout le monde. -Voyons…
-Vous allez, vous venez,
vous vous rendez pas compte.
Mais ces attentes… -Robert, vous êtes injuste.
-Injuste ?
S
Si vous étiez enfermée ici, tenez, trois mois seulement,
vous ne deviendriez pas injuste ?
Ou même pire !
-Tenez, voilà une lettre de votre mère.
Puis le stylo, et les revues, les journaux.
-Merci, j'ai reçu le chèque pour la caisse de retraite du personnel.
-Je n'y suis pour rien. -Oui, c'est la mère de M. Shaw.
Dites-lui bien notre gratitude.
Annoncez-lui aussi que sur nos rapports favorables,
je vous assure que dès le 1er janvier, notre malade aura l'autorisation
de se promener dans le parc sans limites d'heure. Qu'est-ce ?
-C'est pour le président du Sénat. C'est très pressé.
-Naturellement.
Mademoiselle, regardez notre malade. Vous devez être satisfaite.
Plus de dépression, l'un des plus beaux cas d'amélioration rapide,
de ce que nos aïeux appelaient la mélancolie,
qui est de la schizomanie cyclique à évolution paranoïaque.
Triomphe de ma méthode : silence, douceur, harmonie.
-Oh, plutôt crever… -Voyons, Robert.
-Qu'être comme un cobaye entre les mains de ce maniaque !
-Vous avez lu la lettre de votre mère ?
-Non. Pas jusqu'au bout.
Pardonnez-moi, je.…
Je suis odieux.
Jacqueline…
Vous gâchez votre vie.
Et moi…
Qu'est-ce que je vous donne en échange ?
Rien.
-Si vous ne désespérez pas, je serai payée de tout.
Il faut penser à l'avenir. ll faut se tenir prêt.
Vous aurez besoin de votre force, un jour.
-Oh, à quoi bon ?
S
-Lâchez-moi !
Vous croyez que je suis fou ? Non, je suis pas fou !
Lâchez-moi !
Lâchez-moi, je vous dis que je suis pas fou !
Vous croyez que je suis fou ? Vous allez voir ! Lâchez-moi !
Lâchez-moi, je vous dis !
N
-Hé, là-bas !
L'Événement et La Presse.
Et puis La Voix Canadienne.
-Ca, comme manchette ! -En effet.
-C'est une vieille affaire. -Mais qui rebondit.
-Le fou le plus riche d'Amérique fuit quand l'asile change de directeur.
Personne connaît le responsable. Quel pays !
-Vous pouvez me laisser lire ?
-Chez nous, en Écosse, un truc pareil…
Ce qui m'étonne le plus, c'est qu'il n'ait pas fui plus tôt.
Un milliardaire…
-Un journal, mademoiselle ? -Merci.
-La secrétaire, vous la trouvez bien ?
Elle est noire comme un pruneau et même pas jeune.
-C'est une mauvaise photo. -À sa place, comme bonne amie,
l me semble que… -J'avais suivi l'affaire,
je doute que cette Française… -Vous la défendez.
Bien sûr, c'est une compatriote.
Moi non plus, je n'aime pas qu'on discute le scotch whisky.
Tenez, ces feuilles me fatiguent.
-Pourquoi les lisez-vous, alors ? -Justement, tenez.
Dans le Grand Nord,
j'apprécie mon bonheur. 6 mois sans journaux, quelle cure !
N
Merci. Mon train part en face, moi.
J'ai été content de vous revoir.
-Moi aussi. -Si vous repassez…
-C'est le train pour Richardson ? -Oui, monsieur.
-J'ai vu cette tête-là quelque part.
-Sûrement un Américain. À l'année prochaine !
-C'est ça. Au revoir, vieux. -Oui.
PN
-Excusez-moi. -Je vous en prie.
Vous lisez les classiques français ?
-Oh, non, c'est-à-dire que…
On en a vaguement lu en classe, mais en classe, vous savez…
Vous êtes français ? -Français authentique,
mais qui bourlingue depuis 3 ans dans la prairie.
-Vous êtes trappeur ?
-Pas exactement. J'achète les fourrures aux Indiens.
C'est moins romanesque.
-C'est un métier aventureux. -L'aventure, c'est un mot un peu gros.
Mettez que ma profession comporte quelques risques.
-Est-il vrai qu'on peut voyager pendant des semaines
sans rencontrer des Blancs ?
-Oui, c'est vrai. Vous vous intéressez à ces pays sauvages ?
-Justement, c'est ce qui est passionnant.
Et…
Vous rassemblez de bons attelages dans ce trou de Richardson ?
-C'est le meilleur marché du Canada pour les chiens racés.
-Vraiment ?
-C'est là que commence le Nord, le vrai Nord.
Ne me mettez pas sur ce chapitre, car là-dessus, je suis intarissable.
C'est ma marotte.
N
La question est la bonne répartition du chargement et l'équilibre,
le centre de gravité le plus bas possible.
Virage à droite, tout le poids du corps à gauche.
-Oui. Ces machins glissent bien ?
-Si ça glisse ? Mais grande surface portante,
en terrain plat, aucune peine pour les chiens.
-Le freinage est difficile ? -Non, on attache un fagot derrière
ou On se penche à l'arrière du paquetage comme ça.
Et on freine avec les pieds, comme ça.
Vous voyez la position ?
Bon sang.
Je crois qu'on arrive.
-C'est bien Richardson ici ? -Oui, Richardson, terminus.
-Bien.
-M. Louis ? -Salut, Charlie !
-Ça va ?
-Comme vous voyez.
-Mais vous êtes marié cette année ? -Occupez-vous des bagages.
-Vous n'avez pas d'autres bagages ? -Merci.
-Pardon. -Hue !
-Quoi de neuf dans le patelin ? -Quand y aura du neuf à Richardson…
Allez, Fanny !
Allez !
-M. et Mme Hearne ?
-Oui, M. Hearne, mon mari, arrivera par la ligne de Dunvegan à 15h30.
-J'avais bien le 5 et le 6,
mais si madame insiste pour 2 chambres,
je devrai mettre M. Dumontier à l'annexe.
-Mais trop heureux !
-Mon mari sera ravi de vous connaître
et de vous remercier de vos soins pour moi.
-Le 5 etle 6. -Bien, madame.
-Deux chambres ?
Je croyais que cette dame était avec vous.
-Vous voyez comme on se trompe.
Je l'avais prise pour une jeune fille.
-Cigare, inspecteur ? -Merci.
Combien de voyageurs ont payé en billets américains ?
-Pas plus de 7 ou 8.
En billets américains, c'est tout, Hervé ?
-Oui, c'est tout, chef.
-B4256-A...
Ah non, non. B4256-A.
-Is vous en donnent un boulot ?
-C'est pour l'affaire Shaw.
Il n'est pas en règle avec l'Immigration.
-Shaw est passé par ici ?
-L! paraît !
-Sans blague ?
-Il faut vous dire qu'on est dans le cinéma.
-Le cinéma ? -Oui, ça vous étonne ?
-Je n'aurais jamais supposé à vue de nez…
-Je compte tourner un documentaire dans le Grand Nord.
Alors, j'ai une proposition à vous faire.
Permettez-nous de vous accompagner dans votre randonnée.
-M'accompagner ? Avec vos appareils ?
-Oui. Et ma femme. -Et votre…
-Oui.
-Pardon.
Le Nord, vous savez ce que c'est ? -Non, justement, je désire le savoir.
-Étes-vous entraîné au froid ? -Je crois.
-Et puis… Avec votre matériel, il vous faudra pas mal de chiens.
Les chiens, c'est cher. -Oh, ça…
La question d'argent ne se pose pas.
Je veux les meilleurs chiens et le meilleur guide.
M. Dumontier, lle cinéma est un filon.
-S'il ne s'agissait que de vous… Il y a madame.
Les blizzards, les marches à la raquette, c'est dur.
-Ne vous inquiétez pas, j'ai fait du sport.
-Le sport, ça n'a rien à voir.
-Enfin, quelle est votre décision ?
Pour votre indemnité… -Avec une femme, M. Hearne,
c'est une folie !
Mais je me mets à votre disposition pour vous renseigner, l'équipement…
Justement, voilà Doug.
Hé, Doug ! -Oh !
Salut, Louis. Vous revoilà. -Salut.
-CÇa sent l'hiver.
-Voici Doug, le roi des pistes du Nord.
-Enchanté. -Mme Hearne.
-Madame. -Que prenez-vous ?
-Un petit whisky, comme d'habitude.
-Il s'y connaît le mieux en chiens.
-Alors, vous êtes amateur de chiens… -Mais oui.
-J'espère, madame,
que vous ne m'en voulez pas de ma sincérité.
Une sincérité qui m'a bien coûté.
-Oh, mais croyez bien que j'ai compris.
J'ai parfaitement compris.
*-Ici Ottawa Radio.
*L'évasion du milliardaire fou et meurtrier passionne l'opinion.
*D'après le Winnipeg Tribune…
-ll vous faut des chiens avec… *- . auraient franchi la frontière.
-Des chiens avec une forte goutte de sang Airedale.
Nez fin, durs à la fatigue ! *-… ex Mme Shaw,
*offre une prime de 10000 dollars à qui donnera des renseignements
*sur les fugitifs. Au petit jour…
-Il y a beaucoup de fumée. Je vais… -Non, merci.
C'est inutile d'aller si loin
pour être poursuivis par les informations sensationnelles.
Le blues était si joli.
*-Le Toronto Globe…
-Voulez-vous danser, M. Dumontier ? -Oh, mais…
e S D E
-J'ignore si vous m'avez bien compris.
-Mais si.
*-.…. 347 livres. -Coupez pas les infos.
-Frenchy, tu pourrais attendre ?
-Madame voudrait danser. -Si, coupez. On aime mieux danser.
-Mais quand même ! -Si madame voudrait danser !
-Allons, allons.
Musique blues
- - -
-Vous n'aimez pas le cinéma ? -Pas trop.
Ça me paraît toujours un peu de la blague.
-Comment trouvez-vous mon mari ? -Sympathique.
-Vraiment ? -Entièrement sympathique, mais…
-Mais ? Mais quoi ?
-Je me rappelle pas où je l'ai vu.
- - -
-Vous n'avez pas confiance en moi pour le Grand Nord ?
Vous ne voulez pas nous accompagner ?
- - -
C'est dommage.
Parce que, moi, j'ai…
J'ai tellement confiance en vous.
Hé, monsieur !
Vous ne voulez pas nous aider à décharger ?
N
Vous avez trouvé assez de harnais ? -C'est complet.
Couché, là !
Je maintiens que vous allez faire une folie.
-Mais vous avez cédé.
-À défaut de pouvoir vous empêcher, je tâcherai de limiter les dégâts.
-Harnachement 320 et bâches 110.
-Mais il y a beaucoup trop.
-Gardez, Doug. Vous êtes très aimable. -Merci ! Merci !
En tout cas, sans me vanter,
je vous ai eu les meilleurs chiens du pays.
Malgré ça, si je partais demain, comme chaque semaine,
j'arriverais avant vous à Fort-Chamberlain.
-Ah oui ? -L'habitude, vous comprenez.
Dommage qu'on soit forcés d'attendre mercredi soir ou jeudi.
-Qu'attendez-vous ? -Des paperasses de l'Immigration.
Y en a pour tous les postes du Nord. Urgent, qu'ils disent !
Ah, les bureaucrates !
Je vous quitte. Service, service !
-Alors, c'est prêt ? -Ben oui.
-Que pensez-vous des attelages ? -Y a pas mieux.
-Vous ne trouvez pas qu'on aurait une belle nuit pour voyager ?
-Tout est arrimé, mais je suis d'avis d'aller nous coucher.
Demain… -Je suis d'avis de partir ce soir.
-C'est un ordre ?
-Oh, non. Une fantaisie de cinéaste.
-La fantaisie dans le Nord, ça peut coûter cher.
Je vous indique 12 chiens, maximum. Vous en achetez 24.
IIs sont superbes, mais comment les nourrirez-vous ?
-Si on arrive à la disette,
on tuera lles moins forts. Ça se fait, je crois.
-Oui, mais c'est une chose qui me répugne.
Vous êtes cruel, Hearne.
PN
S
-Arriver à Fort Chamberlain, avant le courrier, c'est l'essentiel !
-Le courrier de Doug ? -Oui !
Arriver avant les mandats d'arrêt !
-On va camper là.
-Dites-moi, Louis.
Pourquoi on ne continuerait pas ?
-Vous êtes étonnant, Hearne.
À quoi bon ? Si on est sur le flanc dans 8 jours ?
Encore une lubie de cinéaste ? -Non, pas une lubie, j'ai décidé.
-Vous avez décidé. Et de quel droit ?
-Vous avez parlé vous-même
de la nécessité d'un chef, d'une discipline.
-Quand l'apprenti veut en remontrer au maître, ça n'en est plus.
C'est de l'anarchie.
J'en ai assez. -Allons, Louis, vous vous emballez…
-Moi, je m'emballe ? -Louis.
Le vent s'est fixé à l'est.
On aura une grosse chute de neige avant demain.
-Hum ?
C'est assez probable. -Vous voyez ?
-Arriver à Fort Chamberlain avant la neige,
ça représente pour les chiens une grande économie de fatigue. Non ?
-Oui, oui.
-Alors, relayons les bêtes et je prends la tête.
-Soit. Allons-y, mais vous m'apprendrez votre truc.
Je ne désespère pas de vous filmer râlant dans la neige. Quel clou !
-Je sais quelqu'un qui vous paiera votre film très cher, Louis !
-Dites-moi ? -Oui.
-Cet officier vit tout seul à Fort-Chamberlain ?
-C'est un caporal, mais qui commande une province.
-Un caporal ? -Mais de la police montée.
Et la police montée, vous savez…
-Qu'est-ce que c'est que ça ?
Oh, vieux Louis !
-Alors, Dal ? Ça va ? -Ah !
Vieux Frenchy ! -Mon vieux !
-Ça me fait plaisir. -CÇa va.
-Comment ça va ? -CÇa va bien.
-Des amis à vous ? -Je vous expliquerai.
-Eh bien, entrez, chauffez-vous. -Merci.
-Sacré vieux haricot, va !
Ça me fait plaisir !
-On a marché toute la nuit. -Vous avez bien fait,
parce que tout à l'heure, la tempête va souffler, et du coup,
le courrier, lui, aura trois jours de retard.
Au moins. -On a battu tous les records.
Les chiens sont claqués. -Ah.
-Mais ils auront 24 h de repos, et nous aussi.
-Vous êtes généreux aujourd'hui.
-Mon nom est Douglas Hearne.
-C'est vrai, les présentations. Mon ami
Dalrymple, caporal de la police royale du Nord-Ouest.
Et voici
madame Hearne.
-Bonté divine, une femme !
-Oui, mon vieux Dal.
Une dame.
-Oh.….
Louis, c'est…
Mais ça change tout ! Je vais vous préparer ma chambre.
-Je ne voudrais pas. -Mais si !
Je me caserai avec ces messieurs dans la chambre des hôtes.
On est le caporal de la police, mais on connaît les usages.
Ma sainte mère ne m'a pas élevé sans me donner des notions
de respect. Laissez-moi faire ! Non !
Laissez-moi. -Je m'occupe des chiens.
-Je vous accompagne.
-Mèche de Lampe donnera les rations. -Bien.
-Vous allez m'aider.
J'ai une paire de draps blancs qui ont jamais servi.
-Allons-y.
-Oui, tu en auras. Tiens, voilà.
Attends.
L
Tiens, tiens, tiens. Il y en a encore un, là, non ?
-Quand même, 24 chiens ! -Ce sont des gens de cinéma.
Des gens qui dépensent plus d'argent que nous n'en aurons jamais.
Et de plus, ce sont des gens qu'il faut pas essayer de comprendre.
-Ah, c'est cela, même.
-Voilà.
Allez, entre.
Allez.
-Vous avez été magnifique.
Vous nous avez menés d'un train.
Je vous reconnais bien là.
-Jacqueline…
ll joue de l'harmonica.
- - -
-Tiens, voilà le poivre. Voilà le gingembre, voilà le curry.
Tu as le riz. Tu as assez de beurre ? -Oui.
-Bon, l'eau, il y en a assez. Hop !
Empoigne.
-Entrez.
-Attends.
Voilà.
Voilà, madame.
Ah, c'est rustique, mais…
on est dans un pays perdu.
J'espère quand même que vous serez pas trop mal.
-Mais la chambre est charmante. Vous l'avez ornée avec goût.
-Oh, mon goût, vous savez.…
-Je sais qui est cette dame.
-Ah, ça, c'est…
-C'est votre mère.
-Ah oui.
-Le dessin de la bouche, l'expression…
-Ah…
Et elle n'a pas sa pareille pour le pudding, vous savez.
-C'est votre fiancée ? -Non, c'est ma sœur cadette.
Non, j'ai pas de fiancée.
Avec mon métier, ma femme me verrait trop peu.
-Dommage, M. Dal.
Onh..….
Voilà votre Bible.
-Puis là, mon père.
Maintenant, il cultive les pois de senteur,
mais c'est lui qui m'a appris l'honneur, la discipline…
-Pas commode.
Là, c'est l'oncle.
Sergent tué en Mésopotamie.
-Belle famille, M. Dal.
La Mésopotamie,
l'Inde,
les pois de senteur,
le pudding et la Bible.
On se croirait en Angleterre. -N'est-ce pas, madame ?
Mais j'abuse. Puis il y a le déjeuner, alors sans moi…
-Voulez-vous que je vous aide ? -Non, vous êtes mes hôtes.
Louis !
Hé, Louis !
Oh, vieux haricot ! -Ouais.
-Ah, ça, c'est une femme. Oh.….
Une femme !
Mais mieux, c'est une marguerite, c'est…
Qu'est-ce que je dis ? C'est une dame. Une vraie.
L faut la voir pour croire qu'il y en a vraiment de comme ça.
Vous avez bientôt fini, vous ? -Pourquoi ?
-Parce qu'il n'y a qu'un miroir. -Attendez une minute.
Oui.
N
-D'un coup, on sait pas pourquoi, il y a une saute de température, -1….
C'est curieux.
-Très intéressant.
-Alors, là, vous avez les courbes des chutes de neige.
Avec toutes les dates pour la statistique de la météorologie.
Et là, vous avez des courbes hygrométriques.
-M. Hearne a conquis Dal.
-Vous croyez ?
-Pour montrer les gens à leur avantage,
il s'y connaît.
Ça va loin, pour la conquête d'un homme.
-Mais cependant, l'université d'Ottawa m'a…
-Quel diplomate il aurait fait !
-Toutes mes félicitations, M. Dal.
-Ah !
-Oh, quelle orgie !
-Alors…
Dans ces pays rudes, il est permis de considérer
une goutte d'alcool,
une légère goutte d'alcool,
comme un médicament et non comme une débauche.
Voulez-vous me faire l'honneur de boire dans la chope royale ?
Musique solennelle
- - -
Bonne chance à tous. Au revoir, Louis !
-Au revoir, vieux !
-Mon cher Louis,
l'heure est venue de prendre une grave détermination. Oui…
Nous n'allons plus vers le nord, nous allons couper vers l'ouest
et traverser les rocheuses. Nous partons tout de suite.
-Nous partons tout de suite ? -Oui.
-Vous avez un fier culot ! -Comment ?
-Vous deviez m'accompagner à ma randonnée.
-Eh bien ?
-À l'ouest, nous rentrons en plein désert, près des Indiens.
Après, c'est la muraille infranchissable.
-Qu'en savez-vous ?
-Les prospecteurs s'y sont cassé les dents.
C'est la mort pour vous, pour moi…
Et plus grave, pour Mme Hearne. Non, non et non !
-M. Dumontier, ce n'est pas une plaisanterie,
nous partons vers l'ouest.
-Qui êtes-vous pour me donner des ordres ?
-Je suis Robert Shaw, le meurtrier évadé d'une maison de fous.
Et celle que vous prenez pour Mme Hearne, ma femme,
est MIle Jacqueline Bert, votre compatriote.
Nous avons du poids en trop, je vais m'en débarrasser.
-Louis, je crois sincèrement
qu'il vaudrait mieux que vous nous quittiez.
Je voudrais pas que vous soyez entraîné.
J'aurais tant de remords si, par sympathie…
S'il n'y allait que de votre vie…
Je sais que vous êtes brave.
Mais vous risquez aussi de vous compromettre devant la justice.
Pour des gens rencontrés par hasard.
Des gens qui ne vous sont rien.
-Je suis prêt.
-Ah ! Ah!
Allez, ah !
-Voyez-vous, Louis,
j'ai horreur du mensonge.
Et ça me gênait surtout vis-à-vis de vous.
-Vous m'avez fait confiance vite.
C'est curieux.
-On s'accordait autrefois
à me trouver bon juge en hommes.
Et puis, j'aime autant être franc.
J'avais remarqué que Jacqueline avait pris beaucoup d'empire sur vous.
-Non… -Inutile de vous disculper.
Ah.
Elle dort.
Musique douce
- - -
-Jacqueline est votre fiancée naturellement ?
-Pas officiellement.
Lui demander de s'engager dans les circonstances ou j'étais…
Où je suis… Non…
Il y a plutôt entre nous une entente tacite.
Mais…
Son attitude à mon égard peut être interprétée comme une preuve d'amour ?
-Évidemment.
-Pour moi,
comment pourrais-je ne pas l'aimer
avec passion ?
Mais cependant,
si elle en aimait un autre,
ce que je ne crois pas,
je m'inclinerais.
C'est l'enfer d'être le mari d'une femme qui ne vous aime pas.
-Ce qui me paraît curieux, c'est qu'on puisse aimer deux fois.
L
-Hum, on n'aime pas réellement deux fois,
on… poursuit un idéal.
Parfois, on le trouve,
d'autrefois, on s'imagine l'avoir trouvé
et l'on n'étreint qu'un fantôme.
S
S
L
S
-Alors, Dal !
-Oh !
Bonjour, vieux Doug. -Urgent et priorité.
-Tiens.
-Caporal, belle corvée qui vous tombe sur le nez.
Courir après ces clampins-là,
je préfère être à ma place qu'à la vôtre.
-Hé, Mèche de Lampe !
Traîneau, tout de suite ! T'es déjà à la traîne !
-Aïe aïe !
Aïe aïe !
Aïe !
-Tâche d'être sage !
Allez, hop ! Hop !
E
-Jacqueline, où est le daim que vous avez tué ?
-Oh, à 200 pas de la pointe du bosquet.
-Ah bon, j'y vais.
-J'ai cru que Shaw et les chiens, ça ne collerait pas.
Il les possède, il les domine.
-N'est-ce pas ? Ah oui, c'est un chef né.
J'ai travaillé à ses côtés, j'ai vu comment il groupait les volontés,
comment il assemblait les hommes, comment il tranchait,
comment il forçait les événements.
Pour Robert, l'argent n'était qu'un moyen.
Les autres, c'était comme des fourmis à côté de lui.
-Faut-il que vous l'aimiez pour l'admirer comme ça ?
-Oui.
Je l'admire.
-C'est très joli,
mais le temps qu'on emploie à chasser, Dal le gagne sur nous.
Un homme de la police montée, ça réussit ou ça crève.
Alors il faut bien que vous le sachiez :
s'il nous rattrape,
ce sera lui ou nous.
-Allez, allez, couché, couché !
À quoi pensez-vous ?
-À Dal.
-Oh ! Ah, allez !
Allez, ah!
Allez, ah!
Ah, ah!
Arrêt.
Musique intrigante
- - -
-Y a pas de temps à perdre.
-Je dois réparer un collier. -Je vais vous aider.
- - -
-C'est King Jack. -Ah bon.
-Couché !
Passez-moi un bout de lacet.
- - -
-Ah ! Ah!
- - -
e
- - -
S
- - -
S
S
- - -
Musique douce
- - -
-Jacqueline, maintenant Dal ne peut plus gagner sur nous.
On est en montagne et il perd toute sa supériorité.
-C'est à voir.
Pour ce qui est de lâcher la poursuite, n'y comptez pas.
-Louis, pas de mauvais présage.
On franchira la muraille, l'escalade, ça me connaît.
L
-Ils sont affamés. 2 jeunes chiennes sont fourbues.
Il serait humain de les achever… -S'il le faut…
-Je n'aime pas ce genre de travail.
Je vous ai prévenu, au départ.
-C'est exact.
S
- - -
-Merci.
Jacqueline,
qu'est-ce qui vous a poussée à tuer les chiens de Dal ?
-Il fallait pas que vous tiriez. Non, pas vous.
-Pourquoi ?
-Pour beaucoup de raisons.
Vous êtes déjà assez compromis comme ça.
C'est moi qui vous ai entraîné,
il faut pas qu'on puisse vous accabler à cause de nous.
Surtout pas vous.
-Pourquoi surtout pas moi ?
-Parce que je vous aime, Louis.
-Louis ?
Louis, venez m'aider !
Louis ?
Je m'en sors pas !
Louis ?
Musique intrigante
- - -
- - -
- - -
-Deux boîtes de corned-beef.
Une de bacon.
Le thé, ça va. Et une boîte de lait condensé.
-C'est tout ? -Oui. C'est tout.
-Oh.….
En somme, deux repas.
Mais on a besoin de se refaire. On va faire un bon repas ce soir.
La moitié de nos vivres.
Tant pis, mais on chassera ici et on se ravitaillera
en gibier.
-Le gibier est rare. -Oui.
-Et on a plus que deux chiens. -C'est plutôt une chance.
Ils n'ont fait que nous encombrer pendant la montée.
Quand on franchira la passe du Nord…
-Si elle existe.
-Vous êtes de mauvais poil ce soir, Louis ?
Vous ne me fâcherez pas.
On aura le temps de discuter quand on sera libres.
N
L
S
-Je vous arrête.
-Dal, nous sommes trois contre un.
-Ah, vous êtes trois ?
Trois seulement ?
Moi, je suis la couronne britannique.
Peut-être devrais-je vous montrer mon mandat.
-On ne doute pas de sa régularité.
Je vous crois sur parole, caporal.
-Si nous nous étions défendus, qu'auriez-vous fait ?
-Je suppose que je serais mort, voilà tout.
D'autant que je n'avais plus une seule cartouche.
Mais l'honneur de la police montée aurait été sauf.
Onh..….
Et maintenant, puis-je vous demander de m'inviter à souper ?
-Mais bien sûr !
-Ce qui m'embête, dans cette affaire-là,
c'est le cas de madame.
Madame a tué mes chiens.
La loi est sévère pour ces choses-là.
-C'est moi qui ai tué vos chiens. -Ah, je suis pas aveugle !
Personne n'aurait pu se tromper. -Dal,
on est 3 prêts à jurer contre vous.
-Je vous ai déjà dit que c'était peu. Je représente la Couronne.
Puis…
Louis, vous seriez deux.
Madame ne jurerait pas. Elle laisserait personne
se sacrifier pour elle.
-Merci, M. Dal.
Vous me jugez bien.
-Moi aussi, je suis criminel. J'avais chargé ma carabine.
C'est sur vous et pas sur vos chiens que j'aurais tiré.
-Ah…
Oh, cher vieux haricot.
Vous savez pas l'effet que ça fait de tirer sur un copain.
Vous m'auriez manqué.
S
Vaudrait mieux que le voyage de retour
se fasse comme si nous étions des amis.
Si M. Shaw me jurait de ne pas s'échapper,
ça simplifierait les rapports entre nous, et puis…
ça me permettrait de dormir. J'en ai besoin.
-Il va de soi que je me suis rendu à vous. Je vous donne ma parole.
-Ah…
ll fait encore nuit ?
-Non, M. Dal.
-Comment ? J'aurais…
-Parfaitement, vous avez dormi 20 h d'affilée.
-Oh là là…
Les autres, où sont-ils ? -lls sont à la chasse.
Pas encore rentré.
Nous n'avions plus de vivres.
-Comment.… Alors, hier, vous…
-Parfaitement. Vous avez mangé nos dernières rations.
-Oh, ben ça…
Ben ça, par exemple !
-Une chance d'avoir eu ce mouflon.
Un bien rare par ici.
-J'espère que ce n'est pas contraire au régime du caporal.
-Oh, c'est une bonne fourchette.
-Ça oui, alors !
-Un type épatant, tout de même !
-Un peu trop.
-Oui, j'ai cru que ce serait facile de l'acheter…
-Ca, rien à faire !
La police montée est un corps de gentlemen.
-Hélas pour nous.
-Je fais régner la paix sur les quartiers du Nord.
Avez-vous troublé cette paix ? Non, la loi est stupide !
-Oh.…. -Mais si, stupide !
Mais si je me mets à relâcher les gens,
car la loi est stupide, c'est l'anarchie.
On n'y comprend plus rien. Plus rien.
Onh..….
Alors, quoi ? ll faut que je vous ramène ?
-Ben, bien sûr, Dal.
Vous ne pouvez pas rendre sa parole à Shaw.
Vous devez accomplir votre mission. -Hein ? Je vous le fais pas dire.
-Passez-moi votre toque. -Oh.….
Onh..….
-Mais cependant, M. Dal…
-Il n'y a pas de cependant.
C'est des choses qu'on peut pas trancher avec des mots.
Non, pour une fois que je rencontre un ange sur mon chemin,
il faut que je me déshonore, que je fasse un malheur…
-Allons, buvez, Dal.
Vous êtes encore fatigué, vous réfléchirez demain. Buvez.
-Ce que vous êtes un ange !
-Eh bien, mon vieux Dal,
c'est la vie de château !
Vous avez bien dormi ?
-Ah, m'en parlez pas, Louis !
Mais j'en ai assez de vivre en pique-assiette.
Demain, moi aussi, je pars à la chasse.
-Dal !
Robert, Louis !
Dal est tombé !
-Le monde renversé, ça continue. -Quoi ?
-Il était à nos trousses et là, on le cherche.
-Oui !
Dal !
-Dal ?
-Dal !
-Dal ?
-Dal ?
Dal ?
-Hé, Louis !
Dal ? Il a glissé ici, sûrement. -Dal ?
Dal ?
Il répond pas.
-Des chances qu'il soit évanoui.
-Passez-moi la corde, je descends. -Non, j'ai l'habitude.
-Pile ou face ? -Pile.
-Face, je descends.
Dal ?
Dal ? Dal, me voici.
-Je vois.
-Alors, rien de grave ?
Rien de cassé ?
Vous vous en êtes tiré à bon compte. Hé oh !
Attention, je l'ai !
Musique inquiétante
- - -
Musique mélancolique
- - -
-Mais où est Jacqueline ?
-Madame est dans son bain de vapeur. -Quoi ?
-Construit de mes propres mains,
un bain indien, ça me connaît.
Madame fait sa toilette de Noël, et après elle, ce sera nous.
Et ça sera pas de trop.
-Dal !
Les vêtements. -Oui !
-Mais non, pas comme ça.
-Vous faites une drôle de tête, Louis.
Est-ce que vous seriez jaloux de la police montée ?
-Que voulez-vous dire ? -Rien, rien.
Vous êtes comique, parfois.
Vous avez l'air de vous imaginer que…
que je me sers de Jacqueline pour ramollir Dal, l'incorruptible.
Mais ça vous fait pas plaisir, ça se voit.
Ça se voit trop ! -Je vous interdis de…
-La vérité offense, mon cher !
-Vous jouez un jeu dangereux.
Vous l'avez joué avec moi… -Dangereux ? Avec vous ?
-Vous m'avez acheté au prix le plus bas.
-Quoi ? -Le plus bas !
Je vous connais, maintenant.
Vous vous croyez irremplaçable ? -Que…
-Les caprices des femmes sont plus étranges que ceux des millionnaires.
Vous mériteriez que Jacqueline en ait.
-Répétez ça, Louis ! Répétez ce que vous venez de dire !
Je n'ai pas peur de vous.
Vous voulez tirer ?
Mais tirez donc !
Je vous ai tenu au bout d'une corde.
-Allons, allons, la bagarre ?
Oh, vous me faites rigoler.
Et pourquoi ?
Hum ?
Il y a une chose plus importante ici.
Vous ne vous en occupez pas.
Une femme qui souffre, qui a de l'ennui.
Vous croyez que lui donner à manger suffit ?
-C'est facile à dire… -Ben non, ça suffit pas !
Et ça ne devrait pas être à un caporal de vous le dire.
Vous êtes des idiots.
D'abord, vous avez pensé qu'on pourrait m'acheter.
Et après, quand j'étais dans le trou, vous m'avez…
Oh oui, idiots.
-Vous nous reprochez de vous avoir sauvé la vie ?
-Je vous reproche rien, je dis que c'est idiot de votre part.
Et par-dessus le marché, ça m'humilie.
Pour une femme comme elle,
moi,
je pourrais me jeter… -Dans une crevasse, par exemple ?
-Je vous défends de parler comme ça. C'était un vulgaire accident !
-Et c'est par accident que vous étiez sauve
et que vous avez pas répondu ?
-Je vous défends de répéter ça ! -Allons, du calme, assez discuté !
Tout le monde a perdu la tête aujourd'hui.
Ce qu'il nous faut maintenant, à tous,
c'est un astiquage général.
Comme on dit dans la police montée, hein ?
L
-Chut, chut ! -Quoi ?
-Maintenant la surprise annoncée ! -AH !
-Oh, oh, c'est des raisins secs.
-Oh, ben alors !
Oh, du whisky !
-Retrouvé dans la doublure de mon sac.
-Donnez.
S
ll faut que nous imaginions autour de ces petits raisins secs
qu'il y a un véritable pudding.
-Imaginons aussi
que nous soyons redevenus de véritables civilisés.
-Et que Mlle Jacqueline soit heureuse avec celui qu'elle aime véritablement.
-Oh, c'est vrai, les chiens. Je leur ai réservé quelque chose.
Comme aujourd'hui, c'est fête, ils mangeront presque à leur faim.
-Maintenant, Dal, à vous l'honneur.
-Hum, molleton, moi.
-Allez-y. Cette bouteille est plus grande qu'elle en a l'air.
King Jack, salaud ! Ordure !
Saloperie de sale bête, bon Dieu !
-Elle est pas blessée.
-C'est un simple étourdissement, mais il y avait de quoi.
-Oh.…. -Oh, non, laissez, c'est rien.
Le grand chien avait dégorgé l'autre et lui dévorait les tripes.
Moi-même, ça m'a soulevé le cœur.
Sale bête ! Je lui ai bien réglé son compte.
Mais…
-CÇa va !
Ça ne m'étonne pas qu'elle se soit évanouie.
Oui…
Elle avait peut-être ses raisons.
Le chien à tuer a des griffes.
C'est dans la Bible, ça.
-Merci, vieux.
-Maintenant, il faut partir.
Faut pas attendre les grandes bourrasques de janvier
-Et vous, avec votre jambe ? C'est de vous qu'on dépend.
-Oh, pour moi ?
On peut partir ! Venez !
Allez !
Faut partir demain !
-Chut !
Elle dort.
Musique dramatique
- - -
-Non, laissez, ça va aller. -Mais si, mais si.
- - -
-CÇa y est, j'en suis sûr.
Tiens, les chiens abattus, ils sont là-bas.
Un quart de pied du sapin brisé, vois-tu ?
-Oui. -Et mon chariot, à côté.
On n'aura qu'à déblayer
et on trouvera du lait condensé, du sucre, du…
Peut-être un peu de whisky pour surmonter.
On pourra aller sans se vider jusqu'à Fort-Chamberlain. Allez !
- - -
Tiens, du lait condensé.
-Avec du whisky !
-Y a du sucre quelque part.
Vous l'avez pas, vous ?
- - -
-L'endroit est bon. Bien abrité.
Nous allons planter nos tentes ici.
- - -
-Oui, l'endroit est bon, mais…
-Mais quoi ?
-Un peu plus loin, voulez-vous ? Là-bas.
-Si vous voulez.
On campe.
Déballons les tentes. -Non, Robert, pas là, plus loin.
-Mais pourquoi ? Vous êtes très lasse.
-Mais non, je peux marcher encore.
-Quelle fantaisie ! Voyons, Jacqueline, soyez raisonnable.
-Allons, au pied de la colline, on sera aussi bien. Et puis…
Moi non plus, cet endroit-là me revient pas beaucoup.
- - -
-Shaw ! Dal !
L
S
-J'en peux plus.
-Dal, la tente, vite !
-Alors ?
-La fièvre n'a pas baissé.
-Je ferais n'importe quoi pour la sauver.
Ben.…
N'importe quoi qui ne soit pas incompatible avec l'uniforme.
-C'est un peu tard.
-Oh, non, dites pas ça.
Qu'elle épouse Shaw, puisqu'elle l'aime.
À quoi ça sert d'être jaloux ?
Mieux vaut…
aider à son bonheur ?
N'est-ce pas ?
Louis ?
-Oui, bien sûr.
-Je pense…
Je pense toujours…
-À quoi ?
-À ce qu'on pourrait faire quand je les aurai passés
à la police civile.
Seulement, méfiez-vous ! La police civile tire facilement.
Comme tous les gens qui ont peur.
Mais si j'étais leur prisonnier…
et que j'ai de l'argent… Ah, du diable si…
C'est drôle que ce soit moi qui vous donne ces conseils, hein ?
-Oui, Dal, c'est très drôle.
-On reparlera de ça.
Je vous donnerai des tuyaux sur la manière…
Mais je vous le dis, Louis…
cette jeune fille m'a ensorcelé.
Ah, maintenant, il est minuit.
Mon tour de veille. Je vais relever Shaw.
(-Dal…)
Dal !
Dal…
Je vais mourir.
Avant, je…
Je voudrais vous demander… -Oui, oui, oui.
Je sais.
Je vous le promets.
Mais vous n'allez pas mourir.
-Si.
Si.
Maintenant, je…
Allez me chercher Louis.
Faut que je lui parle.
À lui seul.
-Que…
-Je vais mourir et Dal le sait maintenant.
Je lui ai demandé de vous appeler parce que je voulais vous dire…
-Mais non, vous n'allez pas… -Non.
Inutile de protester.
Je sais où j'en suis, Louis.
Je vous ai aimé…
et je m'en vais le cœur plein de vous.
Je ne regrette rien,
ni pour moi
ni pour vous.
Vous savez
que j'aurais été obligée de vous faire souffrir.
Alors, c'est mieux comme ça.
Dites-moi adieu, Louis.
J'aurais tant voulu que ce soit vous qui me fermiez les yeux.
Ça se fait comme ça.
Il faudra m'ensevelir ici
et me laisser.
Et maintenant,
il faut que…
que vous ayez le courage d'aller chercher Robert.
Il faut, vous m'entendez, que…
Que Robert croie que ma dernière pensée
est pour lui.
Je mourrais donc entre ses bras, mais…
ce sera à vous que je penserai.
C'est un gros mensonge,
mais je pense que Dieu tient compte des intentions.
Adieu.
-Adieu.
-Ah, mon Dieu.
Être trois hommes et ne pouvoir rien faire…
-C'est fini.
Musique dramatique
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