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[le clocher sonne]
[narrateur] Auvernaux,
petite ville sans histoire, 10 000 habitants, deux manufactures,
une ganterie, une trГЁs belle Г©glise familiale.
De trГЁs riches et trГЁs importants bourgeois,
de trГЁs grosses et trГЁs solides fortunes.
Une petite gare aussi Г l'Г©cart de la ville.
Une petite gare semblable Г toutes celles que nous connaissons.
Qui aurait imaginГ© que l'on put un jour
frГ©mir en Г©voquant simplement la petite gare d'Auvernaux ?
Et pourtant, depuis quelque temps, le grand oiseau noir de la peur
plane sur la petite ville.
[musique de suspens]
Un meurtrier sans visages rode au hasard des rues.
Un fou criminel.
ГЂ plusieurs reprises il a frappГ© dans la nuit.
ГЂ plusieurs reprises une jeune femme est morte assassinГ©e par le monstre,
qui par un Г©trange caprice, lui a retirГ© une de ses chaussures.
Macabre relique qu'il est allГ© cacher Dieu sait oГ№ et dans quel but.
VoilГ pourquoi le soir, la plupart des gens n'osent plus sortir.
MalgrГ© la police, malgrГ© la gendarmerie de plus en plus nombreuse.
Mais comment dГ©couvrir un ГЄtre qui tue sans raison ?
Et quel visage peut-il avoir ?
ГЂ qui ressemble-t-il ?
NГ©anmoins, une chose est certaine,
c'est toujours aux environs immГ©diats du pont de chemin de fer
qu'il se tient Г l'afflux pour frapper Г coup sГ»r.
C'est dans l'ombre des arbres qu'il retient son souffle.
L'envie vous prend de fuir cette ville de cauchemar.
De s'Г©loigner le plus loin possible de ce sinistre pont de chemin de fer.
D'Г©chapper Г cette angoisse qui pГЁse sur toute la ville
comme une chape de plomb.
L'assassin lui-même a peut-être aussi envie de fuir…
qui sait ?
De plus en plus le filet se resserre,
il se ressert lentement, mais sГ»rement, peu Г peu,
autour de la gare.
De la tranquille petite gare d'Auvernaux.
[musique joyeuse au piano]
[la musique s'arrГЄte crescendo]
[sonnerie de cloche de gare]
Attention, le train en direction de Chaumont, Bar-sur-Aube,
Troyes, Romilly est annoncГ©.
Wagons de premiГЁre classe en tГЄte du train.
[sonnerie de cloche de gare au loin]
M. Alphonse, c'est le dernier train ?
Non mon petit, il y encore le 23h48, mais il est moins bien.
- Excuse-moi, vieux. - Oh, y a pas de quoi.
Ils m'ont demandГ© de vГ©rifier que tu partes.
Ils tiennent Г ce que je foute le camps.
J'te jure que pour faire son boulot dans un bled pareil, faut ГЄtre mordu.
- T'as fait progresser l'enquГЄte. - C'est pas de la tarte.
- Non. - La faire progresser, c'est autre chose.
- Tu dis Г§a pour me consoler ? - Mais non. Et Г§a t'as fait prendre l'air.
- Je quitte Paris et je suis Г l'Г©tranger. - Le provincial, c'est assez particulier.
Tu peux pas savoir ce qu'il se passe.
T'as mГЄme pas Г leur parler, tu te fous devant eux et ils se mettent en boule.
Oh, dis donc, il faut y aller.
Comme s'ils avaient quelque chose Г se reprocher.
Allez, une petite pipe ? Non, merde j'en n'ai mГЄme plus.
Allez.
T'as quand mГЄme ta petite piГЁce Г conviction.
Une godasse…
mГЄme Г talon aiguille, y a pas de quoi pavoiser.
Ils seront trГЁs heureux Г Paris avec Г§a, c'est une preuve.
Et comme Г§a ils verront que t'es loin d'ГЄtre foutu.
Si, je suis foutu.
Au rencart, Г la retraite le vieux. C'est ce qu'ils disent.
Penses-tu, ils t'estiment beaucoup.
- Pour les petites affaires de banlieue. - Mais non ! Mais non !
La preuve, ils t'ont chargГ© de me vider.
- De me faire reprendre le train. - Oui, bah tu vas le louper, hein. Allez.
Vacherie de mГ©tier.
J'aurais bien voulu dГ©couvrir quelque chose.
- C'Г©tait pas mal mon idГ©e. - Quelle idГ©e ?
- Ma bonbonniГЁre. - Ah, oui Г§a c'Г©tait pas mal.
J'ai pas pu m'en servir. J'ai pas eu le temps.
Tu pourras jouer avec ta bonbonniГЁre dans le train.
DГ©pГЄche-toi parce que j'ai du boulot.
- Tu sais que je t'aime bien. - Je sais.
T'en fais pas, j'arriverai Г leur faire savoir qui je suis Г ces connards.
Vous prenez votre billet ?
- Mais non, mais non. - Mais si !
Г‰coute, t'en fais pas, tu l'auras ton gros boom !
Ah, mon gros boom. T'es bien gentil.
Regarde, Г§a fait deux ans que j'essaie de me payer un nouveau pardingue.
- Mais t'as pas la temps. - J'ai pas le rond, surtout.
J'ai une femme, des gosses, pas de tГ©lГ©.
Je prends le mГ©tro.
Et je bois jamais avec eux. C'est Г§a qui les emmerdes Г la direction.
Vous savez, le train va partir.
- Fais attention, il va partir. - Salut.
- T'as pas une pipe ? - Ah si, tiens.
T'es gentil, merci.
- [Alphonse] Fermez les portiГЁres. - Tiens, pour le voyage.
Ah, je l'attendais.
C'est l'affaire de ma vie.
- J'aurai plus une chance pareil. - Mais si.
- [sifflet de train] - ГЂ moins d'un miracle.
- Et lГ , je prends la vedette. - Prends d'abord ton train. Ciao.
Pardon, pardon. J'ai pas le temps de bavarder.
Monsieur, monsieur !
[bruit sourd]
Vous pouviez pas le faire attendre ?
Vous voyez bien que j'Г©tais en retard.
Rien de cassГ©, j'ai eu de la veine.
Un train, Г§a dГ©marre pas comme Г§a.
- Ah non ? Г‡a dГ©marre comment ? - Ben, Г§a dГ©marre doucement.
- Vous seriez arrivГ© Г l'heure. - C'est un train d'acrobates.
- Les horaires ! - Vous me faites rigoler.
- Vous raisonnez comme un chef de gare. - Soyez polis, je suis chef de gare.
- Et je m'en fГ©licite. - Moi je vous en fГ©licite pas.
Ah, enfin vous ГЄtes aimable.
Vous prendrez le prochain, vous n'en mourrez pas.
Qu'est-ce que vous en savez ?
Г‰videmment Lucien a foutu le camp.
- Ils vont croire que j'ai fait exprГЁs. - N'en faites pas un drame.
Si je veux en faire un, je demanderai pas votre avis.
S'il faisait chaud, encore.
Si le feu dГ©marre aussi vite que le train, c'est parfait.
Oh, Г§a va venir, attendez.
Attendez, bien sГ»r, une salle d'attente c'est fait pour Г§a, non ?
- C'est un bon poГЄle. - Ah.
- Il est lГ depuis l'occupation. - C'est un ancien combattant.
Mais quand il fait du brouillard, il veut rien savoir.
C'est un ancien combattant qui refuse de tirer.
Quand il fait ce temps lГ , Г§a y est.
Qu'il marche bien en aoГ»t, c'est dГ©jГ pas mal.
- Nenette ! - Ah, enfin une nenette.
[Alphonse] Nenette ! Nenette !
Faut pas gueuler comme Г§a.
Oh, c'est Г§a Nenette ?
- J'suis pas encore sourd. - Il est encore Г©teint ton feu, Nenette.
Г‡a m'Г©tonne pas de lui. Alors vous voudriez que je le rallume ?
Autant que possible.
- Bon, bah allons-y. - D'ici que ça chauffe…
Pour du travail bien fait, il faut le temps, madame.
- Bah j'irai me chauffer chez moi. - C'est Г§a.
Si vous rencontrez l'assassin du clair de lune, dites-lui de venir ici.
- Chez nous y a du feu. - Le satyre court toujours ?
Г‡a va durer combien de temps ?
Le satyre, le satyre.
C'est pas un satyre, c'est un vampire. C'est pas la mГЄme chose.
Tu m'as l'air bien renseignГ© toi.
Le vampire, c'est un homme qui boit surtout du sang.
Г‡a n'existe pas.
Ma petite, quand vous aurez notre Гўge, vous saurez que tout existe.
Tandis que le satyre, c'est pas tellement le sang qui l'amuse.
Et un pyromane, tu sais ce que c'est, toi qui sais tout ?
- Un quoi ? - Un pyromane.
Un gars qui fait des feux par plaisir, alors vas-y.
J'ai peur de rentrer toute seule. Je dois traverser le square tout du long.
- J'ai peur. - Je vous raccompagne, c'est mon chemin.
Oh, bah oui, il faut mieux choisir un satyre qu'on connaГ®t.
Messieurs dames, vГ©rification d'identitГ©, s'il vous plaГ®t.
Vous allez attraper la crГЁve, mes enfants. Venez donc vous chauffer.
- Г‡a va, vous, j'vous connais. - Oui, on est entre nous.
Non, vous, je ne vous connais pas. Vos papiers.
Vous ne me connaissez pas ? Dommage, je gagne Г ГЄtre connu.
Ah bon ? Parfait.
En service jusqu'Г quelle heure ?
Je voudrais bien le savoir. Depuis 15 jours c'est notre fГЄte.
Surtout dans un patelin comme ici. Г‡a doit pas ГЄtre du gГўteau.
Vous n'auriez pas une cigarette ?
Si bien sГ»r. La ville n'y est pour rien, le responsable c'est l'Г©poque.
Ah Г§a oui, nom de Dieu.
Quand j'avais 20 ans, ces choses-lГ n'existaient pas.
- On les aurait pas tolГ©rГ©es. - Bah voyons.
Depuis que les Allemands sont partis, il n'y a plus de savoir-vivre.
- Il ne nous reste rien. - Si, il reste quelque chose.
- Il nous reste quoi, monsieur ? - Bah, un satyre.
Et pour mettre la main dessus…
C'est normal, un vicieux, Г§a rГ©flГ©chit beaucoup plus qu'un autre.
Merci pour la cigarette.
Bande de faignants.
Et en uniforme, qu'est-ce qu'ils peuvent attraper ?
Faudrait se mettre une plume blanche au kГ©pi, on les verrait de plus loin.
Alors, Г§a va mieux maintenant ?
Il marche du tonnerre votre fourneau des annГ©es noires.
Approchez-vous du poГЄle, mademoiselle.
Venez donc…
il fait meilleur.
Non ?
Et voilГ !
Avec Г§a, dans cinq minutes c'est tout rouge.
Mon pied au cul, Г§a t'intГ©resse ?
Pas du tout.
Vieux con.
Vieux con toi-mГЄme.
Г‡a n'a pas l'air d'aller, mademoiselle.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Laissez-moi, monsieur, je n'ai rien.
Ne pas faire ce qui Г©tait prГ©vu, c'est merveilleux.
De rater un train,
c'est aussi amusant que de vivre une autre vie.
Une vie qui n'Г©tait pas permise.
Moi, par exemple, j'ai ratГ© mon train.
Г‡a m'a presque mis en joie.
Quand on est belle et jeune comme vous…
on n'a pas le droit de pleurer, ou il faut dire pourquoi.
En long et en large. Allez.
Du miel ?
Vous attendez quelqu'un, Г§a crГЁve les yeux.
Tiens.
Qu'est-ce que je disais ?
- Alors il est pas venu ? - Laissez-moi, taisez-vous.
C'est pas la peine de pleurer d'avance. ГЂ quoi Г§a sert ?
- J'ai peur. - Pourquoi, peur ?
- En 2 h, il a encore le temps d'arriver. - Vous pouvez pas comprendre.
S'il s'agit d'amour, c'est sûr…
enfin, j'me doute que Г§a doit pas toujours ГЄtre rigolo.
Il a dГ» ГЄtre arrГЄtГ© par une patrouille.
- Comment une patrouille ? - Bah oui, la police arrГЄte tout le monde.
Ils prГ©parent un gros coup.
Pour arrГЄter ce fameux satyre.
C'est pour Г§a que j'ai ratГ© mon train.
Le temps de sortir mes papiers. Heureusement que j'suis pas d'ici.
- Qu'est-ce que vous êtes venu faire ici ? - Ah…
Et vous partiez sans bagages ? Vous n'avez pas de valise ?
Je suis partie prГ©cipitamment.
Allez, prenez un bonbon. Un petit miel, Г§a vous fera du bien.
Merci monsieur, vous ГЄtes gentil.
VoilГ , vous ne pleurez plus, allez. Racontez-moi tout.
Et vous n'en prenez pas ?
J'en ai pris deux, moi.
DГ©pГЄchez-vous, Gabriel.
Vous me laissez le temps de prendre la valise ?
Je ne vous ai pas demandГ© de me tenir la porte.
Paris, premiГЁre classe.
Deux, s'il vous plaГ®t.
- 23h48. - 23h48 ? Pas du tout.
Il n'y plus que celui-lГ .
- Et le rapide ? - Quel rapide ?
Ah, l’Arbalète ? Elle passe à 22h03, mais elle ne s'attarde pas.
Gabriel, vous aviez bien notГ© l'horaire, non ?
Oui, tenez. Pour Paris, 22h23.
Trois, pas 23.
Bravo, c'est parfait.
Eh bien, j'aurais mal entendu.
- Ce sont des choses qui arrivent. - Ben voyons.
23h48, Г§a fait pratiquement minuit moins le quart.
Oui, oh.
- Ah, non. - Quoi, "ah, non ?".
- OГ№ vas-tu ? - ГЂ la salle d'attente, quelle question.
Deux heures, tu es fou ? Rentrons, nous avons le temps.
- Nous seront mieux Г la maison qu'ici. - Non !
Mais enfin, Gabriel.
- Gabriel, Г©coute-moi. - Non !
Parfait, comme tu voudras.
Vous avez vu le temps ?
Ici il fait bon, et moi j'ai besoin de chaleur.
Reprenons la voiture.
Impossible. J'ai renvoyГ© le chauffeur.
Chaque fois que nous nous absentons, il en profite pour aller traГ®nailler.
Dieu sait oГ№ il faudra aller le chercher.
Vous n'allez pas faire 6 km Г pieds, je suppose.
- Je peux appeler un taxi. - Non, ils ne circulent pas aujourd'hui.
Nous sommes bien ici, j'ai mes journaux.
C'est parfait comme Г§a.
- Alors c'est dГ©cidГ©, tu restes lГ ? - Oui.
Mais si vous tenez Г vous promener, je n'y vois pas d'inconvГ©nient.
Pour l'instant, laissez-moi lire.
Bon, moi, je rentre.
Mais oui, c'est Г§a.
Vous n'ГЄtes pas encore partie ?
Marcel ! Marcel !
ImbГ©cile.
Il fait meilleur ici que dehors.
En somme, vous avez ratГ© votre train, vous aussi.
[le son s'atténue jusqu'à se couper] Bah vous, ça vous ennuie peut-être…
[aucun son n'est perceptible]
HГ©. On passe le temps comme on peut.
Bon.
Puis c'est si bГЄte les cochons.
[musique de suspens]
Oh, pardon.
[sifflet de train]
Quand on veut du feu, on m'en demande.
[sifflet de gendarme]
- [musique joyeuse au piano] - [sifflet de gendarme]
- Madame. - Monsieur.
Excusez-moi.
Il a ses tГЄtes.
Pardon.
Г‡a va pas mieux ?
Madame.
[tousse]
Eh ben…
L'attente ici ne va pas ГЄtre trГЁs gaie.
Non, pas prГ©cisГ©ment.
Remarquez, avec ce temps-là …
on est mieux ici dans le fond.
Permettez ?
Un petit miel ?
Je veux bien.
- Mais je ne veux pas vous en priver. - Oh, j'ai des rГ©serves.
Pour ma gorge.
- Vous ГЄtes trГЁs gentil. - Vous avez remarquГ©, Г§a me fait plaisir.
Miel des Alpes, trГЁs peu empoisonnГ©.
C'est une chance.
Alors profitez-en.
[aucun son n'est perceptible]
En sommes, la vie n'est pas plaisante ici.
- La vie ici… - Sinistre.
Mortelle.
Oui, c'est sГ»r.
Dans une ville gaie, un satyre, Г§a ferait rigoler tout le monde.
Vous parlez d'un brouillard.
Moi, Г§a me fout le cafard.
Ils sont bien au moins une trentaine Г guetter dans la nuit, revolver au poing.
Dans un sens on voudrait pouvoir les aider, mais c'est pas mes oignons.
De toute faГ§on, y aura du nouveau cette nuit.
Dites-moi très cher…
on peut tГ©lГ©phoner Г Paris ?
Oui, lГ -dedans, Monsieur.
Comment fait-on ?
Y a un Г©criteau, vous n'avez qu'Г le lire, vous en saurez autant que moi, Monsieur.
Merci jeune homme.
Depuis 15 jours, on sait plus ce qu'on fait ici.
Ce matin, une dizaine de policiers en civile sont venus.
Personne ne les connaГ®t.
Comment qu'ils opГЁrent, on n'en sait rien, on est juste lГ dans le mystГЁre.
- Ils ont jurГ© de le prendre ce soir. - Ah, oui.
Le prendre ce soir, tu parles.
Et cet individu, qui est-ce ?
Vous le savez ?
Ah, celui-lГ .
Vous savez, des voyageurs comme celui-lГ , j'en prends et j'en laisse.
[aucun son n'est perceptible]
C'est inouГЇ.
Tout le monde s'intГ©resse Г ce dГ©traquГ©.
[sifflet de gendarme]
Tout le monde a son opinion sur lui.
MГЄme sur son identitГ©.
[sifflet de gendarme]
Enfin, en tout cas, moi j'ai aucune opinion lГ -dessus.
Mais aucune. Et vous, cher monsieur ?
PlaГ®t-il ? Vous me parliez ?
Je vous demandais si vous aviez une opinion.
Il m'arrive d'en avoir quelques fois. C'est Г quel propos ?
ГЂ propos du maniaque, du monstre.
Celui qu'a tuГ© ces trois malheureuses bonnes femmes.
Ces choses-lГ ne me concernent pas.
Vous avez tort.
Un crime, ça concerne l’assassin, mais ça concerne aussi les victimes.
Ou leur entourage.
- Monsieur, laissez-moi lire. - Oui, oui je vous en prie.
Tiens, et bien roulГ©e, comme je les aime.
Mendiant.
En sommes…
le premier attentat de ce type, Г§a remonte Г combien ?
Une quinzaine de jours.
Ah…
Et depuis ?
Il a recommencГ© avant hier.
Pour la troisiГЁme fois.
Mais d'aprГЁs les racontars.
Enfin, d'aprГЁs les renseignements.
Ces petites histoires,
Г§a se passe dans la ville ?
Ou Г l'extГ©rieur ?
Entre les deux. C'est toujours prГЁs du viaduc.
ForcГ©ment, lГ -bas, aprГЁs 10 heures, y a plus de lumiГЁres.
Puis avec tous ces arbres, Г§a fait noir partout.
ГЂ votre avis, c'est un gars d'ici ?
Jusqu'Г prГ©sent c'Г©tait une ville tranquille.
- Et alors ? - Et alors ?
On connaît tout le monde ici ! Alors un vampire, forcément…
- ForcГ©ment quoi ? - On l'aurait repГ©rГ©.
Qu'est-ce que j'ai foutu de mon balai ?
Dites-moi, j'espГЁre que ce train n'a jamais de retard.
Il arrive souvent Г l'heure, seulement il suffit d'un coup.
Tiens, vous ГЄtes lГ .
Vous avez changГ© d'avis ?
Je ne pouvais pas rentrer Г pied.
Je vous l'avais dit.
NГ©anmoins, vous aviez raison de vouloir rentrer.
Je ne me sens pas bien du tout.
Quelle heure est-il ?
10h39.
Vous en avez encore pour un moment Г poiroter.
Seulement, j'y suis pour rien moi.
On peut peut-ГЄtre boire un cafГ© quelque part ?
ГЂ ces heures, tout est fermГ©. Y a plus personne nulle part.
Décidément, les services public…
Ah, il faut vous plaindre en haut lieu, M. Damerville.
Moi j'ai pas la parole.
Vous ne vous sentez vraiment pas bien ?
Non, pas bien du tout.
Je crois savoir ce que c'est, mais j'espГЁre me tromper.
C'est-Г -dire ?
Rien.
On étouffe ici, cette fumée de charbon, c'est…
Allez prendre l'air un instant.
Oui, c'est Г§a.
Depuis 15 jours,
personne n'est dans son assiette ici.
[aboiements au loin]
Vous devriez faire appeler un docteur.
Non, c'est inutile, monsieur.
Г‡a va dГ©jГ mieux.
[vrombissement de moteur]
Parce que tu sais Г quoi Г§a ressemble toi, un type comme Г§a ?
Oh, bah j'en sais rien, c'est une figure.
Une figure, qu'est-ce que Г§a veut dire ?
Г‡a te va bien de parler de figure.
Mais dis donc, j'vous connais pas, vous.
De quel droit vous me tutoyer ? J'suis un ГЄtre humain, faut pas l'oublier.
Pardon ГЄtre humain, pardon. Je plaisantais.
ГЂ qui c'est que vous causez ? Un employГ© est un employГ©.
Ah, oui Г§a ne sera jamais que Г§a.
- Mes excuses. - Qu'est-ce que j'vais en foutre moi ?
Dis donc. Comment tu te le reprГ©sentes le satyre ?
Je ne les frГ©quente pas.
Mais comment tu les vois ?
Avec du poil partout ?
Des grandes dents ?
Des griffes aussi peut-ГЄtre ?
Alors c'est pas des hommes.
Ah non, faudrait avoir le droit de les tuer.
- Comme des gros rats. - Ah, oui.
- Bing, bing. - Comme des rats, Г coup de gourdin.
- Bing bing. - Ouais, ouais, bing, bing.
Bah moi j'vais te dire Г quoi Г§a ressemble un satyre.
Bah j'veux pas le savoir.
Г‡a ressemble Г des gars comme toi.
ГЂ la gueule que t'as.
Et la votre ? Mais foutez-moi la paix !
J'ai du travail, moi. J'suis pas ici pour Г©couter les conneries des voyageurs.
- Surtout pas des fous. - HГ©, reste ici.
T'en va pas, Г©coute-moi bien.
- En tout cas, j'aime mon pays. - Qu'est-ce qu'il s'en fout ton pays.
Est-ce que t'aime une femme ?
- Pourquoi Г§a vous intГ©resse ? - Rien que pour la sauter.
Vicieux.
Est-ce que t'as aimГ© des femmes ? Dis-moi si t'as aimГ© des femmes.
J'suis comme tout le monde.
Pas vrai. Tu leur plais pas aux femmes.
Tu leur as jamais plu, tu leur fais peur.
C'est ton regard qui leur fait peur. Dis pas le contraire.
Attention, hein !
Un jour, au coin d'une rue,
t'en rencontreras une, tu lui sauteras dessus.
- J'vous ais dit attention. - Et si elle veut se dГ©biner,
tu lui arracheras sa godasse, hein ?
Dis-moi que tu lui arracheras sa godasse.
Et si elle veut crier, tu la zigouilleras.
- AprГЁs on te tapera dessus, comme un rat. - EspГЁce de fou ! Salaud !
On se retrouvera !
Vous ГЄtes un emmerdeur, un dГ©gueulasse !
Et un grossier personnage !
Qu'est-ce qui se passe ?
Et faites attention Г ce que vous dites. Г‡a pourrait vous coГ»ter cher.
TrГЁs cher !
- Vous faites Г§a souvent ? - Moi ? Jamais.
Enfin, y a tout de mГЄme des limites Г la connerie.
Allez.
Bing, bing. Hein ?
Comme des rats ! Hein ?
Bing, bing.
Bing, bing.
Permettez ?
[bruits sourds]
ChГЁre amie, et si nous remettions ce voyage Г plus tard ?
ГЂ demain soir, par exemple ?
Non Gabriel, c'en est trop. Si vous ГЄtes malade, entrez en clinique.
- VoilГ six mois que vous reculez. - Je n'aime pas Г§a.
Personne n'aime Г§a.
Au moins, vous ne seriez pas soignГ© en dГ©pit du bon sens.
Et en 15 jours, tout serait rГ©glГ©.
Je vous ai dГ©jГ dit que vous vous tuiez.
Seulement vous ne voulez jamais m'Г©couter.
Vous en parlez toute Г votre aise.
Vous savez que j'ai raison.
Comme vous voudrez.
EspГ©rons qu'il ne m'arrivera rien de fГўcheux.
Car dans un train, on ne pourrait rien faire.
Ne recommencez pas Г dramatiser.
- Г‡a fait des annГ©es. - Bien, comme vous voudrez.
Ce voyage est prГ©vu depuis six mois.
Et puis…
c'est un voyage d'anniversaire.
- Vous l'avez oubliГ© ? - Oh, non chГЁre amie, non.
Si vous laissez passer la date, Г§a n'a plus aucun sens.
- Oui, vous avez raison. Comme toujours. - [clic de l'appareil auditif]
Vous n'avez pas froid ?
- Vous ne me connaissez pas ? - Non.
Bah moi je vous connais.
Venez avec moi.
Venez.
C'est pas vrai. Vous ne me connaissez pas.
Mais si.
Je vous connais trГЁs bien.
- J'vous ai dГ©jГ vue dans cette gare. - C'est normal.
Pourquoi normal ?
Je ne m'occupe de personne, moi. ГЂ part mon service.
- Allez, continue de raconter. - Donne-moi Г§a.
Allez l'arrГЄter au lieu de rester lГ Г discuter.
Puisque j'vous dis que c'est lui, nom de Dieu !
On n'arrГЄte pas les gens comme Г§a.
- Je vous dis que c'est lui. - Qu'est-ce que tu racontes ?
Il m'a insultГ©. Il me faisait peur avec ses yeux.
Il m'a parlГ© sur un ton de sorcier. Et je sais ce que je dis !
- Il fait froid ici. - Viens dans mon bureau.
Calme-toi, reprends tes esprits.
Mais il m'aurait tuГ© ! Il l'aurait fait !
J'vous le dis, moi. Un sadique !
[sonnerie de cloche de la gare]
- Tu sais bien que celui-lГ s'arrГЄte pas. - On sait jamais.
[sifflet de train]
J'adore les trains qui ne s'arrГЄtent pas.
Tous ces bonhommes, toutes ces bonnes femmes.
Leur petite vie, leurs petites histoires. Tout Г§a entassГ©, et hop.
On dirait qu'il ne s'arrГЄtera jamais.
Et plus ils vont loin, plus c'est beau.
HГ©las.
Pourquoi, hГ©las ?
Les trains ne vont jamais assez loin pour moi.
Un monde qui passe.
C'est un monde qui ne m'intГ©resse pas.
Bon, alors vous ne rГЄvez jamais.
C'est trГЁs indiscret ce que vous me demandez.
Oui.
Alors vous rГЄvez souvent ?
Je ne sais pas ce que vous avez dans la tГЄte ni ce que vous recherchez.
Mais si vous ГЄtes de la police, dites-le.
D'autant que vous le cachez mal.
Si vous avez des questions, posez-les.
Mais ne tournez pas autours du sujet comme vous le faites.
C'est exaspГ©rant.
Je n'ai rien Г cacher, vous savez.
Non, nous ne sommes pas sur la mГЄme longueur d'onde.
- J'ai l'air d'un flic, vraiment ? - Pourquoi ?
Vous les voyez comment les flics ?
Avec de grandes dents et du poil partout ?
Ce n'est pourtant pas grand chose.
Pourquoi vous me demandez Г moi ? Je ne sais pas faire ces choses-lГ .
J'ai trГЁs nettement l'impression de vous faire peur.
- Je vous fais peur ? - [homme] Papier, s'il vous plaГ®t.
Monsieur seulement.
Vous ferez ma commission ?
[sifflet du train au loin]
- On vous a pas dГ©jГ vu, vous ? - Une bonne douzaine de fois.
Si j'Г©tais inspecteur de police, je me poserais des questions.
Et je vous en poserais Г vous aussi.
Vous voyez bien que je ne les pose pas.
Je ne vous en empГЄche pas.
Sur quel sujet, par exemple ?
Oh…
au sujet de votre mari.
Enfin, sur le comportement de votre mari.
Pourquoi ?
Il est trГЁs bizarre,
Г premiГЁre vue.
Il ne s'est jamais comportГ© comme tout le monde.
Ce soir il est comme d'habitude.
Ah, vous voyez bien.
Je vois quoi ?
Vous avouez qu'il ne se comporte pas comme un homme normal.
C'est un grand blessГ© de guerre.
Il est sourd depuis 10 ans et diabГ©tique depuis 20 ans.
Alors ne lui demandez pas d'ГЄtre normal en plus.
Ce que j'en dis, moi…
- Vous ГЄtes mariГ©s depuis longtemps ? - Quinze ans, pourquoi ?
Alors vous connaissez bien votre mari.
Un tout petit moins qu'au dГ©but, comme tout le monde.
Il y a longtemps que je ne pose plus de questions.
Vraiment ? Pourquoi ?
- C'est trop difficile Г expliquer. - Oh, mais si allez-y, expliquez.
C'est un homme qui vit tout seul dans sa peau.
Son usine, ses livres.
Et son diabГЁte.
Son diabГЁte. C'est pas une occupation.
Vous croyez Г§a, vous ?
C'est mГЄme la plus importante.
C'est son plus grand soucis.
C'est ce qu'il a de plus prГ©cieux.
En sommes c'est inguГ©rissable.
Heureusement.
Si on arrivait Г le guГ©rir, il en mourrait.
Oui, bien sГ»r.
Г‰coutez-moi, madame.
Ce soir…
il s'agit pas de maladie.
Croyez-moi j'suis certain de ne pas me tromper.
C'est intГ©ressant.
Ce soir votre mari Г peur.
Peur ?
Il transpire de peur.
Et je m'y connais.
Г‡a m'Г©tonnerait.
De sa part, ce serait nouveau.
Attendez.
[hausse la voix] Gabriel.
Gabriel.
- Vous n'avez pas dit qu'il Г©tait sourd ? - Il a son appareil.
Mais pour l'instant, monsieur a couper le contact.
Il l'a dГ©branchГ©.
- C'est trГЁs ingГ©nieux. - Vous trouvez ?
C'est exaspГ©rant, surtout.
- De quoi voulez-vous qu'il ait peur ? - Ah, ça…
Madame.
S'il vous plaГ®t.
- Quoi ? - Je voudrais vous parler.
Oui ?
Oui, vous prГ©fГ©rez rester entre femmes.
- J'ai justement quelque chose Г faire. - Merci, monsieur.
Excusez-moi.
- Oui ? - De la part du monsieur qui Г©tait lГ .
- Du monsieur ? - Aux cheveux blancs, il veut vous voir.
- OГ№ ? - Il a dit Г la barriГЁre.
Merci, mademoiselle.
[musique de suspens]
Alors…
Г§a va pas mieux ?
Il a coupГ©.
Il fera pas de vieux os.
[rГўle]
- Qu'est-ce qui te prend ? - Pourquoi ?
- Tu le connais ce type ? - Quel type ?
- De quoi tu parles ? - Tu sais trГЁs bien.
La salle d'attente ?
- Tu n'as pas compris ? - Quoi ?
- Ce que c'Г©tait. - Un flic, et alors ?
- Il veut te faire parler. - Г‡a saute aux yeux.
Si tu joues avec le feu pour le plaisir, Г§a te regarde.
Mais dans ce cas, tu me prГ©viens.
Tu as peur maintenant ?
Peur ? Je trouve Г§a bГЄte, c'est tout.
Mais Jean, mon chГ©ri, tu as dГ©jГ oubliГ© ce qu'on va faire ?
Non, mais laisse-moi faire tout seul. Ne t'occupes de rien.
- J'ai tout prГ©vu, tout prГ©parГ©. - Mais c'est trop dangereux.
Oui, c'est pas une partie de chasse.
C'est plus difficile Г tirer qu'un liГЁvre, un mari.
Mais on l'a dГ©cidГ©, on le fait. Un point c'est tout.
- Et si Г§a ne marche pas ? - Hm.
Je prends des risques. Mais je ne peux plus attendre, ni toi ni l'argent.
C'est clair ?
Jean, tu m'aimes ?
Ce soir, parle-moi de tout sauf de Г§a.
J'ai tellement peur.
- Et on ne sait jamais. - Quoi ? Ton mari ne me connaГ®t pas.
En deux ans, personne ne nous a vus. On est jamais allГ©s en ville.
- Alors ? - Jean, Г©coute une seconde.
Je crois avoir trouvГ© plus simple.
Г‡a m'Г©tonnerait. Je te rГ©pГЁte que ce type, c'est un flic.
- J'en suis sГ»r. - Je le sais.
Qu'est-ce qu'il cherche ?
Pour l'instant, il cherche le satyre.
- Et moi, je trouve Г§a bien, pas toi ? - Tes romans, comme d'habitude.
Seulement j'en ai assez des romans. Г‡a suffit.
Jean, essaie de comprendre.
Mon mari ferait un satyre acceptable, non ?
Il aurait du mal Г se disculper.
- ComplГЁtement dГ©lirant. - Moins que tu ne crois.
On peut en venir Г bout sans risque.
- Tu vas encore tout gГўcher. - Il faut que j'y retourne.
Diane, une seconde.
Nos projets tiennent toujours ?
Idiot.
[musique joyeuse]
[Mme. Damerville] Gabriel !
Vous ГЄtes lГ .
Dites-moi, Mme Damerville.
Qu'est-ce qui s'est passГ© avec mon employГ© ?
- Votre employГ© ? - Celui qui s'occupe du feu.
Demandez Г monsieur.
Qu'est-ce qui s'est passГ© avec mon employГ© ?
- Quel employГ© ? - Nenette.
- Ah, votre guignol. - Ce n'est pas un guignol.
C'est un salariГ© qui travail. Rien ne vous autorise Г le traiter grossiГЁrement.
- J'ai jamais Г©tГ© grossier. - Si, vous l'avez traitГ© de satyre.
- Oh, tellement peu. - Ce ne sont pas des choses Г dire.
Surtout en ce moment.
- De toute faГ§on, il comprend rien. - Il est Г mon service depuis 10 ans.
- Et nous nous comprenons trГЁs bien. - Г‡a m'Г©tonne pas.
[conversation indistincte]
HГ©, vous lГ -bas, amenez-vous vite.
- Vous savez ce qui se passe ? - Moi ? Pas du tout.
Et je m'en fous. Il peut bien se passer n'importe quoi.
- La fin du monde si Г§a les amuse. - Oui, on dit Г§a.
C'est Г§a, allez donc voir. Vous me raconterez.
Gabriel ?
Gabriel, vous sentez-vous mieux ?
[musique joyeuse au piano]
Nous en Г©tions Г mon mari tout Г l'heure.
En effet, oui.
Vous aviez soit disant des questions Г me poser.
Ah ?
Peut-ГЄtre, j'me souviens pas.
Mais si, alors allez-y. Interrogez-moi. Je rГ©pondrais.
- Г‡a nous fera passer un moment. - Oh, si Г§a vous amuse.
Allons-y.
Primo.
Votre mari a-t-il une maГ®tresse ?
Une, Г§a m'Г©tonnerait. Plusieurs, par contre, certainement.
Bon.
- Monsieur Damerville, je crois… - Oui.
Une question, s'il vous plaГ®t.
Il me semble que ce train n'arrivera jamais.
Si encore c'Г©tait un voyage utile.
- Je ne l'ai jamais vu satisfait de rien. - Hm.
- [sifflet de gendarme] - [vrombissements de moteurs]
[musique joyeuse au piano]
Vous en savez beaucoup plus que vous ne dites.
Moi ? Je ne sais rien du tout.
- Qu'est-ce que vous voulez que je sache ? - Hm. Vraiment ?
Vraiment ? Oui, vraiment.
Je vous donne ma parole d'honneur.
Eh bien moi…
je sais beaucoup de choses.
- Ah ? - Des choses que je prГ©fГ©rerais ignorer.
Ah, nous y voilГ .
Vous ne pouvez pas comprendre.
Je suis restГ©e 15 ans avec un personnage,
car c'est uniquement un personne,
et j'ai jamais su ce qu'il y avait dedans.
Alors ?
Nous avons couchГ© ensemble par politesse.
Ensuite, il a bien fallu que je l'abandonne Г ce qu'il Г©tait.
Enfin Г ce qu'il est vraiment.
Hm hm.
Je vous Г©coute.
Mais je sais rien de lui. Pas plus qu'un de ses ouvriers.
Mais je suis la seule Г savoir quelque chose de trГЁs important.
Ah, tiens, tiens, tiens.
C'est un animal nocturne.
- Il ne dort pas du tout. - Tiens.
- Servez-vous. - J'ai dГ©jГ un bonbon.
Oh, bah j'la prends, pour le voyage.
Merci.
Il dort un peu de temps en temps quand mГЄme.
Ne serait-ce qu'une heure ou deux.
Non, non.
- C'est pas possible, voyons. - Si.
Je vous dis que j'ai un mari qui ne dort pas.
Il ne dort jamais. Il n'a jamais dormi.
[aboiements au loin]
в™Є Elle avait une jambe en bois в™Є
в™Є Et pour que Г§a n'se voit pas в™Є
Non, il n'y a que quelques mois qu'il sort le soir.
Tout seul ?
Oui, je crois.
Entre 10 heures et minuit ?
Oui.
Il lui arrive de rentrer Г quatre heures du matin.
Les chaussures pleines de terre.
Pleines de terre ?
Et je ne parle pas des taches de sang sur les chemises.
- Vous ГЄtes folle ? - Allons, vous vous croyez oГ№ ?
- C'Г©tait le moment de couper. - Г‰cartez-vous, je ne vous connais pas.
Г‡a vaut mieux. D'ailleurs j'suis pas utile.
в™Є Elle avait une jambe en bois в™Є
в™Є Et pour que Г§a n'se voit pas в™Є
в™Є Elle faisait mettre par en dessous Des rondelles en caoutchouc в™Є
Ah.
Le bureau du chef. Г‡a va ГЄtre drГґle.
- Vous allez me donner des explications. - Gabriel, ça commence à …
Et voilГ .
Dans le noir, on voit beaucoup plus clair pour causer.
Qu'est-ce qui se passe ? Y a pas de lumiГЁres ?
Mon petit rat…
Attends mon petit rat, tu vas avoir de la surprise.
- Oh. Pouf. - Quoi ? Ou c'est qu'y a pas de lumiГЁre ?
Bah, lГ .
[l'employГ© sifflote]
Dis donc…
Je suis plus intelligent qu'il n'y parait.
Et j'entends trГЁs bien, quand je veux.
Gabriel, je vous en prie. Nous sommes dans une gare.
Je vous préviens Diane, si vous cherchez à me salir…
Je suis capable du pire. Vous avez compris ?
Rejoins-moi, mais pas tout de suite.
- Г‡a fait rien, je prends une des miennes. - S'il vous plaГ®t.
Il faut que je vous parle.
Bien sГ»r.
- Allons lГ . - Non, surtout pas.
Ah oui, j'ai compris. Venez.
Je vous Г©coute, madame.
- Il vaut mieux que je dise tout, non ? - Oui.
Nous avons dГ©jГ perdu beaucoup de temps.
Même si parfois j'ai l’air un peu brusque avec lui, je…
- J'aime beaucoup mon mari. - Oui, oui, bien sГ»r.
Mais est-ce que vous n'aimez pas aussi quelqu'un d'autre ?
Un amant ? Vous ГЄtes fou ?
Dans une petite ville comme ici, c'est impossible.
Oui, bien sГ»r.
Alors ?
Je vous l'ai déjà dit…
Mon mari n'est pas un ГЄtre ordinaire.
Il m'a toujours un peu inquiГ©tГ©e.
- Mais depuis quelque temps… - Ah, nous y voilà .
Depuis quelque temps ?
Il me fait peur.
Je me suis renseignГ©e Г son usine.
- J'ai tГ©lГ©phonГ©. - Et alors ?
LГ non plus Г§a ne va pas. Deux jeunes filles sont parties.
Des jeunes filles qui ont prГ©fГ©rГ© partir ?
Oui.
Tout ça c'est très joli, mais…
C'est encore vague.
Comprenez-moi, monsieur.
- Vis-à -vis de lui, il m'est difficile de… - Je sais bien.
Mais maintenant, c'est difficile de reculer.
Vous avez des preuves, des indications prГ©cises ?
C'est maintenant ou jamais.
Ce que j'ai dit ne suffit pas ?
Non, hГ©las.
Par ici, vite !
[sifflet de gendarme]
Vite, vite, vite.
Allez vite, alors ?
- Un soir, je l'attendais cachГ©e. - Bon.
- Pas trГЁs longtemps. - Et alors ?
Il est rentrГ© dans un Г©tat effrayant.
- Г‰puisГ©, pГўle comme un lingue. - Oui ?
- Il s'attendait pas Г me trouver lГ . - Et alors ?
J'lui ai posé des questions, et…
Il a fini par tout avouer.
Ah… Parfait.
Euh… bon…
C'est trГЁs bien.
DГ©binez-vous par lГ , je vais sortir de l'autre cГґtГ©.
S'agit de pas perdre les pГ©dales, maintenant.
Je crois que je tiens le bon.
Gros rat.
D'oГ№ venez-vous ?
Ne me touchez pas, vous m'entendez ?
Ne me touchez pas.
Nous parlerons de tout Г§a dans le train.
[sifflet de gendarme]
Il est ici l'animal. ГЂ l'intГ©rieur de la gare.
On le poursuit depuis 20 minutes, mais il nous a semГ©.
Il court vite si je comprends bien.
Eh oui, la vache.
- Vous ГЄtes sГ»r que c'est votre homme ? - En tout cas, il courrait.
Ah, évidemment s'il courrait…
- Qui c'est, lui ? - Lui, c'est…
Alors ici personne n'a rien vu ?
- Et par les bagages ? - On va le savoir, Marcel est lГ -bas.
Il est passГ© par lГ ?
Non par ici. Г‡a fait un quart d'heure que je crie.
Mais naturellement, on ne veut jamais croire.
Il a essayГ© de passer par les bagages. Il est tombГ© sur l'employГ© et est partie.
Allez, vite.
OГ№ allez-vous ?
Г‡a vous regarde ?
Je demande simplement oГ№ vous allez.
- Vous feriez mieux de m'Г©couter. - De quoi vous mГЄlez-vous ?
- Attention, je sais beaucoup de choses. - Ah oui ?
Tant mieux pour vous.
- Maintenant, fichez-moi la paix. - Vous avez tort de le prendre comme Г§a.
Venez vite. Venez vite.
Oh mon Dieu. Monsieur Damerville.
Г‡a l'a pris d'un seul coup, n'est-ce pas ? Il a poussГ© un crie et est tombГ©.
Il s'est Г©vanoui, c'est tout simple.
Sucre, vite, sucre.
- On dirait qu'il veut du sucre. - Oui. Personne n'en a ?
- Du sucre ? Pour quoi faire ? - Mon mari est diabГ©tique.
Il a prit trop d'insuline. Il lui faudrait du sucre tout de suite.
Ce monsieur a des bonbons.
- Ah oui, le flic. - Ce n'est pas un flic.
- Quoi ? - Non.
Au lieu de rester plantГ©s lГ , allez chercher du sucre.
ГЂ cette heure-ci dans une gare, oГ№ voulez-vous que j'en trouve ?
- Le nougat. - Quoi le nougat ?
C'est sucrГ© le nougat. MГЄme plus sucrГ© que le sucre.
- Vous en avez ? - Je crois.
- Eh bah filez alors. - DГ©pГЄche-toi.
AllГґ ?
Lucien ?
C'est toi ? Dis donc…
Non, penses-tu, j'suis toujours lГ .
Oui, j'ai ratГ© mon train.
Г‡a fait rien, je prendrai celui de 23h48.
Mais non, t'inquiГЁte pas. J'ai pas perdu mon temps.
Le miracle dont je te parlais, Г§a y est, il a eu lieu.
Robert est Г la permanence ?
C'est trГЁs bien alors. Allez file, il faut que tu viennes.
Les trains vont plus loin qu'on le pense. Surtout quand on les rate.
T'en fait pas, je vais l'avoir la vedette.
Je vais l'avoir le gros boom, comme tu dis.
Il a marchГ© mon truc.
Bah le truc de la bonbonniГЁre.
Oui, et puis alors ça… à bloc !
Le maximum. Allez, Г tout de suite vieux.
Vous avez encore des bonbons au miel pour mon mari ?
Ah non, j'en ai plus.
- Vous aviez des rГ©serves paraГ®t-il. - Elles sont Г©puisГ©es.
J'suis sГ»r de pas l'avoir bouffГ©, j'aime pas Г§a.
Attend.
LГ -dedans.
Ah, le voilГ !
Eh lГ , vous gГЄnez.
VoilГ le nougat, MontГ©limar.
Bah, donne-lui ton nougat.
- Occupez-vous de vos affaires ! - C'est pas du nougat, c'est dГ©goГ»tant.
Vous ГЄtes fou ? C'est du nougat aux noisettes !
Aux noisettes, mais dГ©goГ»tant.
- Vous allez voir. - Qu'est-ce que je vais voir ?
Oui, vous allez voir.
- Laissez-le, je vous en prie. - Et plus vite que Г§a.
Donnez-lui un bonbon Г moi.
Mettez-lui dans la bouche de force.
- [sifflet de gendarme] - Regardez lГ -bas, sur les voies.
[sifflet de gendarme]
Venez par ici.
Tiens, c'est tout ce que j'ai trouvГ©.
[coups de feu]
Qu'est-ce que c'est encore ?
- Vous avez vu mon collГЁgue ? - Quel collГЁgue ?
De Paris. De France Soir, un barbu.
- Il vient de m'appeler. - De France Soir?
- Non, d'ici. - Ah oui, il doit ГЄtre sur les quais.
Merci. Je vous laisse Г§a une minute.
[sifflet de gendarme]
[Jean] Tu n'avais qu'Г te taire, un point c'est tout.
J'me demande si tu ne le fais pas exprГЁs.
- Mais… - Tu as peur, comme d'habitude.
Tu n'as pas le droit de me dire Г§a.
D'accord, je me suis trompГ©e ce soir, mais c'Г©tait une chance Г courir.
- Je voulais t'éviter un… - Un quoi ?
M'Г©viter de provoquer un banal accident de chemin de fer ?
Alors pourquoi ce voyage ?
Tu pouvais lui truquer son insuline, ou l'empoisonner gentiment.
Г‡a se fait dans les familles bourgeoises, et personne ne s'en offusque.
Qui a eu l'idГ©e de ce voyage ?
- Toi ou moi ? - Oui, je sais, Jean.
Pour la premiГЁre fois, nous allions pouvoir ГЄtre pleinement heureux.
Ensemble, sans devoir se cacher.
Surtout que dans un certain sens, on ne le supprime pas.
- On le soulage. - Tu trouves pas que t'exagГЁre ?
Non, tu le sais trГЁs bien.
Pourquoi cette affaire de satyre vient se mГЄler Г notre histoire ?
- C'est grotesque. - Pas tellement.
Si j'ai racontГ© cette histoire Г ce type, c'Г©tait pas sans raison.
Mon idГ©e n'Г©tait pas si bГЄte.
L'ennuie c'est qu'ils l'ont leur satyre. Ou ils vont l'avoir.
Ce flic va se demander pourquoi tu lui a racontГ© tout Г§a.
Oui.
Surtout que ce n'est pas un flic.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu les aimes, les bonbons au miel ?
Bonbons au miel…
- Il t'en a offert ? - Non, pas Г moi, pourquoi ?
Un micro, tu sais ce que c'est ?
Cette petite oreille hypocrite qui se balade d'une bouche Г l'autre.
Oui, et alors ?
Et un magnГ©tophone, Г§a te dit quelque chose ?
La boГ®te Г ordures qui garde au chaud les divagations.
La boГ®te Г ordure, ou la boГ®te Г bonbons.
C'est plus clair, maintenant ?
Ce salaud qu'on a pris pour un flic est journaliste.
- Et cette boГ®te dans sa poche. - Oui, j'ai remarquГ©.
Ce sont nos conversations.
- [coups de feu] - Qui peuvent paraГ®tre dans les journaux.
Qui t'a dit que c'Г©tait un journaliste ?
La petite.
Et elle avait l'air de t'intГ©resser.
[Jean] Diane.
RГ©ponds-moi.
Tu n'avais qu'Г tirer. Va le rattraper.
- Encore trompГ©s de bonhomme ? - Occupe-toi de tes fesses !
ГЂ mon Гўge ?
Tu sait qu'il y encore un train ?
Je le sais, mais minute. Le temps de faire une cigarette.
[musique de suspens]
RГ©ponds-moi, Diane.
Sur moi, qu'est-ce que tu lui a racontГ© Г ce salaud ?
- Pourquoi aurais-je parlГ© de toi ? - Pour dire que j'allais buter ton mari.
Dans le train, comme Г§a.
Histoire de nous faire de l'argent.
- Tu dis n'importe quoi. - Et toi ?
- Tu lui a racontГ© qu'il a tuГ© une femme. - Tu me fais mal, Jean.
[musique de suspens]
Laisse-moi faire.
Il nous faut les enregistrements Г tout prix.
- J'imagine qu'il prend notre train. - Г‡a n'a aucune importance.
Г‡a a beaucoup d'importances, au contraire.
[aboiements au loin]
Vous vous ГЄtes bien foutus de moi.
Pardon ?
Quand le juge va vous interroger, il va bien rigoler.
Nous en reparlerons dans le train. Vous prenez le mГЄme que nous ?
- Vous direz que vous n'avez pas d'amants. - Oui, et alors ?
Non, comme Г§a.
Vous parlerez aussi de ce monsieur, sans doute.
Enfin, comme Г§a.
Je vous ai dit de vous occuper de vos affaires.
Oui, j'y pense.
Mais madame a raison. C'est trГЁs difficile de tuer un bonhomme.
MГЄme un invalide de guerre. Et mГЄme dans un train de nuit.
ГЂ quoi jouez-vous ?
Je joue pas, je travaille.
Alors je vous conseille de prendre un peu de repos.
- Г‡a ne pourra vous faire que du bien. - Attention, il y a beaucoup de flics.
Un mauvais coup est vite arrivГ©.
[sonnerie de cloche de gare]
Attention !
Le train en direction de Chaumont, Bar-sur-Aube,
Troyes, Romilly, Paris
est annoncГ©.
Oh, bah les voilГ .
Vous avez tort de vouloir jouer au plus fin avec moi.
Г‡a n'a jamais rГ©ussi Г personne.
Pas plus Г monsieur qu'aux autres.
Monsieur que je connais depuis deux ans.
Ah bon ?
Vous jouez Г cache-cache, vous. Votre copain vous cherche partout.
Oui, je sais. Je l'ai vu.
- Vous ГЄtes bien journaliste, oui ? - Oui.
[sifflet de train]
Ah, voilГ ce qu'on attendait.
Ah, ces journalistes. C'est bien tous des Г©nervГ©s.
Vous m'excuserez, mais c'est votre train.
J'espГЁre que Г§a n'aura pas Г©tГ© trop long.
Les voyageurs pour Chaumont, Bar-sur-Aube…
Oh, tu es seule.
OГ№ tu vas ?
Si vous cherchez votre ami, rassurez-vous, il est juste derriГЁre nous.
[musique de suspens]
Alors, Г§a va ?
- Г‡a va. Et le chauffage ? - Ah, il marche jamais !
Oh, chef de gare.
- C'est pas moi. - EspГЁce de con, j'te demande oГ№ il est.
Si vous me traitez d'espГЁce de con, j'vous le dirais pas.
[musique de suspens]
[sifflet de train]
- Alors, vous avez trouvГ© votre copain ? - Oui.
Je l'ai pas vu monter.
Cette fois-ci, il le ratera pas. Il l'aurait mГЄme pris en marche.
C'est le mГ©tier. J'suis content pour lui.
- Pourquoi ? - Il a fait la bonne affaire.
- Allez, roule ! - Ah revoir, papa.
Laurent !
Laurent. Laurent.
Les vaches !
Ils lui ont fauchГ© son magnГ©tophone.
[musique triste]
- C'est quoi, Г§a ? - Une chaussure.
Je le vois bien.
C'Г©tait sa petite piГЁce Г conviction.
Allez tГ©lГ©phoner.
[musique calme]
[chantonne]
Tu m'avais promis.
Oncle JГ©rГґme, je t'en supplie, fais attention.
Un jour, ils t'arrГЄteront.
Ici le chef de gare d'Auvernaux.
Oui, M. PГ©rin. Passez-moi votre chef.
AllГґ ? J'ai besoin d'une ambulance.
ImmГ©diatement, je vous expliquerais.
Oui, c'est pressГ©.
Oui, je vous expliquerais. Un accident, probablement.
[musique joyeuse]
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