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Original subtitles

…

- C'est moi qui n'en peux plus.

Je t'aime.

Je t'aime.

Alors il faut bien…

Je t'aime.

Je ne te quitterai pas, Julien.

Tu sais que je serai là…

avec toi.

- Je t'aime.

Sans ta voix, je serais perdu dans un pays de silence.

- Ce n'est pas très courageux.

- Ce n'est pas courageux, l'amour. *- Tais-toi.

…

- Quelle heure est-il ?

- 19 h.

- Embrasse-moi.

Je t'attendrai à la terrasse du Royal Camée,

comme d'habitude.

Quand tout sera fini, tu prendras ta grosse voiture,

tu t'arrêteras en face,

je monterai à côté de toi…

et nous serons libres. Libres, Julien.

- Ou bien…

- Je t'attends. Je n'attends que toi.

Dans une demi-heure, Julien.

- Florence…

…

Geneviève…

- M. Tavernier ?

- Vous restez encore un moment ?

Je sais, c'est samedi soir, mais j'ai un travail à finir.

- Société Carala. J'écoute. Ne quittez pas, monsieur.

Entendu. Vous savez que je pars la dernière.

- Et ne me dérangez sous aucun prétexte.

- Allô ? Monsieur Carala ? On vous appelle de Londres.

Bon. Bien, monsieur Carala. Toujours aussi aimable, celui-là.

Allô ? M. Porferopoulos ? M. Carala part pour Genève.

Il lui est impossible de vous parler.

Bien, monsieur.

…

- Décidément, mon cher Tavernier, vous êtes souvent en retard.

Pendant la guerre en Indochine,

ça n'avait aucune importance.

Une défaite de plus ou de moins !

Mais maintenant, vous travaillez dans une affaire sérieuse.

Nous ne sommes pas dans le rêve. On m'attend, à Genève.

- On ne vous attendra pas. Voilà le document.

- Ça m'amuse, ça, tout de même.

Vous êtes un homme admirable, mon cher.

Vous vous conduisez à mon égard comme un véritable ami.

C'est un document intéressant, quand on a des yeux pour lire.

Il me fallait un héros, dans mes affaires.

- En retraite, le héros.

- Pour ce travail, il ne faut pas des chiffonniers,

il faut des anges. Un parachutiste, c'est un ange.

- Vous raisonnez… - Je sais.

Coupe géologique, état des sondages…

Ils travaillent bien, à la sécurité du territoire.

Ils en savent presque autant que les Américains.

Un projet de pipelines…

Là, ils font erreur.

Il faudrait orienter le pipeline vers le Maroc.

C'est plus long mais plus tranquille.

Et la suite ?

C'est quoi, cette plaisanterie ?

C'est pas une plaisanterie ?

Alors, c'est quoi, Tavernier ? De l'argent ?

Je n'ai pas peur de vous, Tavernier.

On me déteste assez pour que j'en aie l'habitude.

Et je ne vous crois pas courageux.

À la guerre, mais pas pour les choses importantes.

- Vous osez vous moquer des guerres, mais vous en vivez.

L'Indochine vous a rapporté combien ?

Et l'Algérie, maintenant ?

Respectez les guerres, monsieur Carala.

Ce sont vos propriétés de famille.

- Qu'est-ce que c'est que ce revolver ?

Qui vous a donné mon revolver ? Qui ?

Vrombissement du taille-crayon électrique.

…

…

- Eh ben… Il y aurait encore de quoi écrire des conneries !

Le capitaine a dû s'endormir.

- Il m'a défendu de le déranger.

- On va pas rester ici tous les trois jusqu'à minuit.

- Je vais quand même l'appeler.

- Ce serait marrant de mettre le doigt là-dedans.

- Il ne répond pas, M. Tavernier.

Sonnerie de téléphone.

…

- Je le connais, le capitaine… - Bien, M. Tavernier. Excusez-moi.

Il arrive.

…

- Mon capitaine… - Bonsoir, Maurice.

Nous sommes les derniers ? - Oui.

Vous avez dû voir M. Carala ? - Non.

J'étais dans les étages. - De toute façon, il est parti.

Son train est à 45.

C'est drôle, monsieur Tavernier, les patrons…

ils partent sans prévenir.

Il va chercher un taxi lui-même, comme un voleur.

- Quand rentre-t-il ?

- On ne le sait jamais. La dernière fois, il est allé jusqu'à Naples.

Il est bien capable de recommencer.

- Il y a des fièvres à Naples, non ?

Capitaine…

- Je ne suis plus capitaine. Bonsoir.

Bonsoir, Geneviève. - Bon dimanche, monsieur.

- Quand on retourne les choses dans tous les sens,

tu ne peux pas sentir ça comme je le sens.

Remarque, tu es plus intelligent que moi. Forcément, tu lis.

Il est ridicule, ton blouson.

Tiens ! M. Tavernier !

Sa voiture est toujours sur les clous.

Les flics, il s'en fout.

Bonjour, M. Tavernier.

Il a de la classe, non ?

C'est un ancien d'Indochine.

Puis l'Afrique, la Légion… Maintenant, il est dans les affaires.

Il achète des fleurs en pagaille.

Regarde ! Un bouton et hop, c'est fait.

C'est la vie comme je la rêve.

- C'est un vieux truc.

- Ah, c'est malin.

…

- Florence m'attend.

Mon moteur tourne…

- Bonsoir, madame. À lundi. J'ai terminé.

- Bonsoir, Véro. - Louis !

S'il te trouve là, il va te passer une raclée.

- Ça m'étonnerait. - Tu ne le connais pas.

Il est plein de croix de guerre.

- Formidable ! - Parfaitement.

T'en ferais pas autant.

On va dîner, je meurs de faim.

Quand on sort, il faut toujours que tu gâches la soirée.

- Alors ? Tu montes ? - Je t'ordonne de descendre !

Si tu as un accident, je te soigne pas !

Louis ! - Tu m'énerves.

- Tout le monde nous regarde.

- Il y a bien un essuie-glace…

- Attention, Louis !

…

- Julien !

…

- Je me disais, aussi. Mes hommages, chère madame.

Toujours contente du bébé ? Car une Dauphine, c'est un bébé.

- Contente. Très contente. Merci.

- La voiture de la Parisienne !

- "Contente. Très contente."

Cet imbécile va parler comme la pluie.

Julien avec cette petite. Pourquoi ?

Oui.

J'ai reconnu la petite fleuriste.

Ce n'est pas possible.

Ce serait trop médiocre.

Il a eu peur. Il n'a pas tiré.

Un lâche.

Julien est un lâche. Il n'ose pas être heureux.

- Mes hommages, madame Carala.

Miles Davis : Sur l'autoroute.

…

- Où va-t-on ? - L'autoroute.

- Il doit en faire, une tête !

Il va prévenir la police ? - Il fera ce qu'il voudra.

- Il faut la ramener au même endroit. Sinon, ce serait pas chic.

On est rosses, avec lui. On lui gâche son week-end.

…

Le pétrole de Djelfa, tu connais ?

- Passe-moi ses gants. - Tiens.

Regarde ! Un appareil photo miniature !

J'ai une amie qui est revenue d'Allemagne

et qui a rapporté presque le même.

…

Je n'arrive pas à l'ouvrir.

- Passe-moi son imper. Je vais le mettre.

…

Sifflement de surprise.

Pas d'empreintes !

C'est pas une arme d'amateur.

Le revolver, l'appareil photo d'espion,

les pétroles de Djelfa… Il est bizarre, ton Tavernier.

- Et si c'était un agent secret ? Il est habillé d'une telle façon !

…

- Je le savais bien.

- On ne m'a pas appelée ?

Disposez de votre soirée. Je ne dînerai pas à la maison.

Tonnerre.

…

…

Cliquetis.

…

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Et toi, dans ce cas-là ?

Il est tard, tu sais. Allons, rentre chez toi.

…

Vous avez vu M. Tavernier ?

- Je lui ai fait le plein à midi. - Et ce soir ?

- Non. Je ne l'ai pas vu.

Crissement de pneus.

Piano jazz.

…

- Vous n'avez pas vu M. Tavernier, ce soir ?

- Non, madame.

- Il n'a pas téléphoné ?

- Non, madame.

…

Tonnerre.

…

- Julien !

…

Tonnerre.

- Oh non ! Louis, tu exagères.

…

C'est la 3e fois qu'on fait l'autoroute.

C'est toujours pareil. - On aime rouler ou on n'aime pas.

Klaxons.

…

- Une Mercedes ! Une 300 SL !

- Des étrangers.

Des Danois. - Non, ce sont des Allemands.

- Attention, Louis.

Louis !

- 145, pied au plancher. Quel veau ! Je le félicite pas, ton Tavernier.

- Avance ! Tu vas l'avoir.

…

- Pas de mal ? - J'ai l'habitude.

- C'est mon 1er accident avec cette voiture. Arrosons ça.

Horst Bencker, de Munich.

- Mon mari. Julien Tavernier. - Voyage de noces ?

On va mettre le champagne au froid !

- Si on couchait ici ? C'est un motel.

Ils en ont parlé dans les journaux. - Tu sais ce que tu dis ?

J'ai fauché un scooter la semaine dernière. Si on me recherche ?

- On va pas te rechercher ici.

Et j'ai dit que tu étais Julien Tavernier.

- Et les Allemands ?

- C'est des Allemands, voyons.

- Alors occupe-toi de tout. Je ne peux pas être vu.

- Je fais inscrire à la réception "M. et Mme Julien Tavernier".

- Vous passez la nuit ici ? - Oui.

- Allô ?

Non, monsieur. Je n'ai pas revu ces personnes.

Mais si vous voulez, je pourrais peut-être…

À votre service.

Il parle allemand.

…

- Tavernier. M. et Mme Julien Tavernier.

- Le 11, à côté de M. et Mme Bencker.

- Il est sensationnel, ce moteur.

Pourquoi il est penché ? - Pour tenir moins de place.

- Où sont les carburateurs ? - Il n'y en a pas.

- Il n'y en a pas ?

Mon cher M. Tavernier, vous êtes mon invité.

- Non. Je peux pas accepter.

- Oh si. D'abord, j'aime le sport, et dans votre genre…

vous êtes très bon conducteur.

Ensuite, nous avons failli mourir ensemble. Alors venez.

Entrez.

Miles Davis : Dîner au Motel.

Mon champagne préféré.

On ne vous l'a pas bu, pendant l'Occupation, celui-là.

…

- Il n'aime pas.

- Vous m'attristez. Si j'avais su que vous ne supportiez pas ça…

- Ça ne me fait pas peur.

Les gens de ma génération pensent à autre chose qu'au champagne.

Quatre ans d'Occupation, l'Indochine, l'Algérie…

- Bravo ! Bravo ! À l'Europe.

- À l'Europe. - À l'Europe.

Tonnerre.

- Il fallait se méfier de tout.

C'était une lutte d'homme à homme, et au couteau.

Des moustiques, des tigres… - Des Allemands.

- Quoi, "des Allemands" ?

- Oui. En Indochine, monsieur Tavernier,

vous avez dû voir des Allemands. - Non. Jamais.

- Et la Légion étrangère ?

- Oui. Bien sûr.

Ce sont même de bons soldats. - Vous me faites plaisir.

- Si, si. C'est pas de la flatterie.

J'ai eu avec moi des anciens de Rommel.

Ils parlent allemand.

…

- J'ai exactement le même. Mais je suis tellement étourdie

que j'ai oublié le mien à Antwerpen, chez des amis.

- C'est facile à développer ? - Oui. N'importe où.

Même ici, au motel, j'ai vu qu'ils développaient.

Attendez.

Il reste encore trois photos à prendre.

- Les Allemands

n'aiment pas la guerre.

- C'est pas mon impression.

- Tu parles comme un vieux Français.

Nous sommes des voyageurs de commerce.

L'uniforme, pour voyager, c'est bien voyant.

- Louis !

Je veux dire Julien.

- Et puis je m'en fous.

- Voyez-vous, mon cher monsieur Tavernier,

la guerre n'est pas qu'horrible, c'est surtout une perte de temps.

Toujours une que les Prussiens auront bue.

Mais je suis pas prussien.

Je suis originaire exactement…

Tiens. Les femmes sont sorties.

Venez prendre l'air.

"La nature est une amie profondément consolatrice."

Goethe l'a dit. - J'ai pas besoin d'être consolé.

- Goethe ne pensait pas forcément à vous.

- "Prévenir…

"apprivoiser…

"les propriétaires."

…

M. Bencker rit.

Julien tousse.

- Ils sont musclés, hein ? - C'est rien.

Il parle allemand.

Ne vous inquiétez pas pour les femmes.

- Il faut que vous fassiez de la photo sous-marine.

J'ai un cousin délicieux,

Ludwig von Malharden.

Vous connaissez ? - Non.

- Mais si. Vous avez bien dû le voir

un jour à Capri. Il y est tout le temps.

- Qu'est-ce que je vous disais ?

Il parle allemand.

Julien tousse.

- Mon cher M. Tavernier,

qui ne vous appelez pas Tavernier et qui n'avez jamais été soldat,

ne vous donnez pas mal au cœur.

Allons, allons ! Ne vous laissez pas foudroyer non plus.

C'était une bonne plaisanterie de votre part.

Il vaut mieux rentrer. Allons.

- Ils vont se faire saucer. - C'est bien fait.

- Je te prends ta reine.

Il parle allemand.

…

Elle rit.

…

- Viens te coucher… Julien Tavernier !

…

- Julien…

je t'aurai cherché partout.

Tonnerre.

…

…

- Bonsoir, madame. - Bonsoir.

- Vous avez vu Julien, ce soir ? - Non. Ce soir, je ne crois pas.

- Merci.

…

Je t'ai perdu dans cette nuit, Julien.

Il fallait te laisser tranquille, ne pas t'embrasser,

ne pas caresser ton visage.

Si tu n'as pas tué Simon, tant pis.

Si tu as eu peur, tant mieux. Mais il faut que tu reviennes.

Il faut que tu sois là, vivant, à côté de moi.

Julien, il faut…

Il faut…

- Mais on se connaît ! Subervie. Christian Subervie.

Je suis un pote de Julien. On s'est vus, un soir.

- Oui. Je me rappelle vaguement. Vous aviez un peu bu.

- J'en tenais une sérieuse. C'est un lâcheur, ce Julien.

On s'est connus à Alger.

- Vous étiez officier ? - Non.

J'étais dans les trucs pour le froid, les réfrigérateurs.

Il doit avoir une poule dans sa vie, il voit plus les copains.

Mon chou, donne-moi un verre. - Je peux boire un royal ?

- Ah non. Je suis avec une amie du vieux Julien.

- Je l'ai vu, Julien.

- Un royal pour elle. - Merci.

- Je dis une poule, une poule…

- Il passait en voiture. Il ne m'a même pas regardée.

- Cette nuit ? - Non. Je sais pas…

La semaine dernière. - Julien, il s'en fout, des filles.

- Il est gentil, Julien.

Tonnerre.

…

- Véro.

Réveille-toi. On s'en va.

- On déménage à la cloche de bois ? - Il faut profiter de l'orage.

…

- Je suis prête.

- Non, non. - Qu'est-ce qu'on fait ?

- Avance.

- Louis ! Tu es fou ?

Non, Louis ! - T'occupe pas. Monte !

Ça leur fera les pieds. Et il faut brouiller les pistes.

Vrombissement du moteur.

…

Vrombissement de l'embrayage.

Rire.

…

- On est fâché avec la boîte de vitesses ?

Vous cherchez la première ? Je l'ai cachée.

…

Haut les mains !

- N'approchez pas.

Coups de feu.

…

- Viens, Louis. Il faut se sauver.

…

Arrête-toi au bout du pont. On ira chez moi à pied.

Louis, l'imperméable !

…

- Je suis flambé.

- Écoute, Louis. Tu as eu peur. Tu diras que tu as eu peur.

- J'ai pas eu peur, mais il s'avançait.

- S'il n'y avait pas eu ce revolver… C'est dangereux.

Tu crois qu'ils sont morts, tous les deux ?

La chirurgie fait des miracles. On opère même le cœur.

- Moi, ce sera la tête. - Tais-toi.

- Il nous reste quelques heures de bon. Après…

- Qu'est-ce qu'on va faire de nous ?

On va nous séparer ?

Toi, tu seras chez les hommes, moi, chez les femmes.

Je ne veux pas, Louis !

On ne sera plus ensemble qu'à la une des journaux.

- Ceux qui liront l'article, ils comprendront.

- Qu'est-ce qu'ils comprendront ? - Tout.

- On ne te coupera pas la tête ! - Si. J'ai l'âge.

- Je leur interdirai de te faire du mal.

Ne nous quittons plus.

- Si on avait de l'argent, on irait en Amérique du Sud.

- Notre photo en première page…

Les amants tragiques…

- Toi, tu t'en tireras. Tu n'as rien fait.

Moi, demain, ma vie s'arrête.

- Je resterai avec toi. - Penses-tu !

Tu connais pas la police. - Non, Louis.

Nous serons plus forts qu'eux.

Nous mourrons ensemble.

- Quand ? - Tout de suite. J'ai ce qu'il faut.

Tu verras, on ne sent rien.

On s'endort tout de suite.

Tu sais, plus tard, on parlera de nous.

On nous citera en exemple.

Musique de chambre.

…

La musique marchera encore, nous serons déjà morts.

…

- Écoute, Véro… - Il le faut. Je sais qu'il le faut.

…

- Vos gueules !

- Qu'est-ce qui m'a pris ?

Une nuit entière comme une folle à chercher Julien,

sans rien savoir, sans rien trouver.

J'ai froid aux pieds.

Le moteur s'arrête, la portière s'ouvre.

- Allez, dépêchons.

…

- Mais c'est plein de flics, ici !

- Ah, ça va.

- Florence Carala.

- Carala, comme Carala.

- Il n'y en a pas 36. C'est mon mari.

- Quoi ? Vous seriez Mme Simon Carala ?

- Vous désapprouvez ce mariage ? - Laisse tomber.

- Et que faisiez-vous à la Madeleine à 5 h du matin ?

- J'allais à la messe. - Avec lui ?

- Évidemment.

- Mme Carala, je suis désolé. C'est une méprise et…

- Oh là là. Arrête ton char. Ne rampe pas comme ça.

Carala, c'est jamais qu'un marchand de canons et un con.

- Foutez-moi la paix ! - Laissez-le. Je m'occupe de lui.

Dites à mon chauffeur de venir.

- Oui. Tout de suite.

- Vous avez l'habitude des commissariats ?

- Le matin, comme ça.

- Et Julien aussi ?

- C'est mon pote.

Qu'est-ce qu'il leur passe, aux flics !

- Il est peut-être dans un autre commissariat.

- Ça, c'est vrai.

On devrait aller voir. - Tenez-vous tranquille.

- Qu'est-ce qu'il doit avoir soif ! - Il attendra.

- Vous n'êtes pas chic.

- Commissaire Chérier, 1re brigade criminelle. L'étage au-dessus.

- Enchantée.

- Je souhaite que votre mari n'en veuille pas trop à la police.

- Mon mari est en Suisse. Il n'en saura rien.

- D'ailleurs, votre passage ici ne sera pas enregistré.

- Mon mari déjeune très souvent avec le ministre de l'Intérieur.

- Bien entendu, madame. M. Carala déjeune beaucoup.

Ses affaires le veulent. Par exemple…

- "Par exemple" ?

- A-t-il un collaborateur nommé Tavernier ?

- Je crois.

- Vous voyez ?

Le connaissez-vous ?

- Je ne sais pas. Je l'ai vu 2 ou 3 fois.

- Vous sauriez me préciser quand vous l'avez vu, la dernière fois ?

- Votre question m'amuse.

Je l'ai aperçu hier soir, en voiture. C'était boulevard Haussmann.

- Et il était quelle heure ? - 19 h.

Non, non ! Il était moins de 19 h.

- Moins de 19 h, bien entendu. Et il était seul ?

- Il y avait une jeune fille dans sa voiture.

Pourquoi, "bien entendu" ?

- Eh bien, c'est que vous venez de rendre, sans le vouloir,

un grand service à la justice. Nous recherchons Julien Tavernier,

accusé d'avoir tué ce matin, à 4 h. - Sacré Julien !

- D'avoir tué qui ?

- M.Carala sera navré de savoir que son ami a tué 2 Allemands.

- Ah, c'est très bien.

- On a retrouvé son imperméable, sa voiture, son revolver.

Il était accompagné d'une jeune fille,

ce qui rend votre témoignage excessivement intéressant.

- Tu as une cigarette, chéri ?

…

- Et croyez encore, madame, qu'une telle maladresse me navre.

- Monsieur n'a pas téléphoné ? - Non, madame.

- Nous déposerons M. Subervie, puis vous sortirez ma Dauphine.

Je suis affreuse…

ou je suis folle.

Cloches.

…

- Vous êtes

devant la justice française.

Je me suis dérangé en personne, le matin même.

Un dimanche !

Vous devez témoigner en votre âme et conscience.

- Il y avait de l'orage.

Nous étions énervés. Nous ne dormions pas.

Oh, oui ! J'ai reconnu les silhouettes.

- C'est difficile à dire.

- Vous l'avez vu ou pas ? - C'est sûrement lui.

- Suivant.

- À vrai dire, l'assassin présumé coupable

n'est pas entré à la réception.

Par contre, j'ai vu les malheureuses victimes

et la jeune dévoyée venue inscrire son complice.

Si vous aviez une photo… - Non.

- D'autant que je me suis toujours bien entendu avec la justice.

- Inutile. Suivant !

- M. le commissaire…

- Non, je suis le substitut du procureur de la République.

Vous avez vos papiers ?

- M. le substitut, je proteste contre cette atteinte.

Ma vie privée est une affaire publique.

Je suis Mme Mauclair. - Ça ne change rien du tout.

Murmures.

- Ces journalistes, insatiables ! Faites-les rentrer.

S'il vous plaît, madame…

Messieurs, l'un de vous rappelait un jour

que j'avais préparé l'École normale, avant d'embrasser le judiciaire.

Eh bien, cette affaire Drumond se sera déroulée

comme une tragédie racinienne, en 24 heures.

Le crime commis dans la nuit, l'assassin identifié dans la matinée,

il sera capturé ce soir, au plus tard.

Il s'agit d'un nommé Julien Tavernier,

un ancien officier parachutiste.

Nous avons sa voiture, son revolver, son imperméable.

Des témoins l'ont reconnu, lui et la femme qui l'accompagnait.

Les mobiles de cet acte insensé peuvent être d'origines diverses.

Ce Tavernier buvait, était un querelleur, une forte tête.

On trouve dans son passé plusieurs rixes.

Mais à mon sentiment, cette explication est fragmentaire.

Le pavillon des Allemands était voisin de celui de Tavernier,

voisinage qui facilite bien des choses.

Et la victime, Mme Bencker, était jeune, très jeune,

belle, très belle. - On pourra voir le corps ?

- Ce serait déplacé.

On saura le fin mot quand le meurtrier aura parlé.

L'intervention de la justice aura été foudroyante.

M'étant rendu sur place en personne, j'ai pu constater…

Tiens ! Chérier ! Vous êtes déjà là ?

Messieurs, ce sera tout pour aujourd'hui. Merci.

- Et voilà l'assassin.

- Ils nous chahutent la une, avec leur crime.

Une portière claque.

- Vous vous croyez tout permis…

C'est par là.

Le capitaine Tavernier, un assassin ?

Qu'est-ce que vous allez chercher !

- Laisse tomber, tu veux ?

- Attendez. Je vais vous allumer.

Tiens !

Police ou pas,

M. Carala n'aime pas qu'on se mêle de ses affaires.

Voix lointaine.

…

- Les flics l'ont prise.

- C'est malheureux, tout de même.

Si c'est pas malheureux, de voir ça.

- Où il est encore passé, ce zèbre-là ?

- C'est marrant, il ferme jamais.

Oh, dis donc !

Dis donc…

Mais alors…

Oh, dis donc…

Hé, la police !

Hé, la police !

Vous serez pas venus pour rien. Il y a un mort là-haut.

Le patron. - Quoi, "le patron" ?

- M. Carala. On dirait qu'il s'est suicidé.

…

- Allô ? Mme Carala, s'il vous plaît.

Elle dort ?

Non, non. Laissez-la dormir.

Je rappellerai.

Gaston ! - Monsieur Tavernier ?

- J'ai faim.

Servez-moi du café et plein de croissants, en terrasse.

(-Je préviens la police ?) - Oui.

…

Il souffle bruyamment.

- C'est le même monsieur, papa ? C'est le même monsieur ?

Regarde. C'est le même ? - Allons, tais-toi.

- C'est le même monsieur, papa ? Hein ?

Puisque je te le dis. Hein, papa ? - Allons, viens ! Viens et tais-toi.

Sirènes de police.

…

- Ne restons pas là. Venez vite. Allons-nous-en.

…

Sifflets.

Tapement de la machine à écrire.

- Bon.

On va quand même se mettre d'accord sur quelque chose.

Vous avez quitté l'immeuble Carala à 19 h 30.

Ça, c'est clair.

Le portier et la standardiste ont témoigné.

Et vous n'étiez pas sorti de votre bureau avant ?

- Non.

- Ensuite, vous avez pris votre voiture.

et vous avez roulé ? - Je ne l'ai pas prise.

- Vous avez été reconnu. - C'est quelqu'un qui se trompe !

Ou vous qui mentez. - Très bien. D'accord.

On continue à jouer ? On continue.

Vous reconnaissez ce revolver et cet imperméable ?

- Ils étaient dans ma voiture.

- "Dans la voiture", naturellement.

Combien de balles y avait-il dans le barillet ?

- Il devait être plein.

- Et ça aussi, vous l'aviez laissé traîner.

Vous êtes très négligent, M. Tavernier.

Quel était votre rôle,

dans les affaires de Carala ?

- J'allais voir des gens. Enfin, des gens importants.

Je leur parlais de M. Carala

et tout le monde se mettait à plat ventre.

- Oui, mais Tavernier, maintenant, il y a du nouveau.

On dit "Carala" tout court.

- "Du nouveau" ?

- On ne peut pas être partout à la fois.

Vous aimiez donc travailler pour Carala.

"M. Carala", si vous préférez. - Ça ne regardait que moi.

Et puis… - "Et puis" ?

- J'avais eu d'autres occupations.

- Je sais. Bien entendu.

- Vous connaissez le motel de Trappes ?

- Non. - On vous y a vu.

- Et alors ? On m'a peut-être reconnu aussi à Berlin ou à Casa.

- Où étiez-vous dans la… - Je ne sais pas !

Je crois que je me suis saoulé. - Au motel.

- À Paris. J'ai marché.

- Tout ça, c'est très joli, mais il y a une modification au programme.

Au motel, que les témoins bafouillent, je veux bien.

Mais c'est pas tout. Je vais vous poser une petite devinette.

Connaissez-vous une dame, une personne élégante

un peu… un peu noctambule ?

- De qui voulez-vous parler ?

Ma complice du motel ? J'aimerais bien qu'on me la présente.

- Pas du tout.

Il s'agissait dans mon esprit de Mme Carala.

- Je la connais à peine.

- Mais c'est parfait, ça. Oui.

Car Mme Carala a témoigné

vous avoir vu passer en fin d'après-midi

aux côtés d'une jeune fille.

Or vous ne connaissez pas beaucoup Mme Carala,

et elle ne vous connaît pas beaucoup non plus.

Elle vous reconnaît, c'est tout. Tous les témoignages concordent.

Tout le monde est d'accord ? - Puisque c'est pas vrai !

Puisque c'est pas possible. Puisque j'étais ailleurs !

- Vous êtes sûr ?

- Laissez-moi dormir. - On aimerait bien, croyez-moi.

Allez, 6e édition. Vas-y, vieux.

- Où étiez-vous dans la nuit de samedi à dimanche ?

- Je ne sais pas.

- Alors ? Vous ne voulez pas vous décider à parler, hein ?

- Si je vous disais où j'ai passé la nuit…

- On peut tout prendre comme alibi, les femmes, les petites filles,

les garçons de café, les amis d'enfance, les maris trompés…

mais pas les ascenseurs !

Non, franchement. C'est idiot !

- Et vous, vous trouvez ça idiot ? - Je trouve ça bête à pleurer.

Vous êtes mal parti, Tavernier.

Tous les faits concordent,

et votre histoire d'ascenseur va faire rire le jury.

Vous êtes mal parti, mon vieux.

À propos, mauvaise nouvelle.

M. Carala a été retrouvé mort, affalé sur son bureau.

C'est un suicide. Qu'en dites-vous ?

- Laissez-moi dormir.

- Je serais curieux de savoir ce qu'en pense Mme Carala.

Nous nous écartons du sujet, là.

- Tavernier !

Où avez-vous passé la nuit de samedi à dimanche ?

- Ce suicide me bouleverse, me stupéfie littéralement.

Notre président, votre mari, était un homme si dynamique.

- Merci de vous occuper des détails matériels.

- Ce n'est que trop normal.

Quant à la société, croyez que je défendrai vos intérêts.

C'est un peu frais, pour y penser, mais il faudra bien y penser.

Quand je songe

à cette horrible tuerie de Trappes, la même nuit !

Il était bizarre, ce Tavernier.

Espérons qu'on le retrouvera, lui et sa complice.

Pour les touristes, c'est ennuyeux. - Permettez.

- Je vous accompagne ? - Non, vous avez trop à faire.

Au revoir. À demain.

Je te sauverai, Julien.

Carillon.

- Madame, vous désirez une azalée ?

- Votre vendeuse est là ? - Véronique ? Le dimanche, pensez…

Son amoureux, le cinéma, le dancing. Regardez…

- Elle s'appelle Véronique ? Où habite-t-elle ?

- Une petite chambre de bonne dans le 15e.

Elle n'a pas fait de bêtise ? - Où, exactement ?

- Boulevard de Grenelle, je crois. Au 55.

Je vous conseille celle-ci, si vous aimez ce rose très rare.

Il est ravissant.

…

On joue du piano.

…

- Dépêchons-nous, on va encore être en retard.

- T'es déjà décoiffée. - Ça ne fait rien.

- Si vous n'êtes pas contente, c'est pareil.

Vite, vite. Allons. Allons. - C'est toujours pareil.

Commentaires à la télévision.

…

- Mlle Véronique ?

- À droite, au…

- Véronique, s'il vous plaît !

- À droite, droite et au fond ! - Merci.

…

…

Gémissement.

…

Chasse d'eau.

…

- Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ?

- Ce ne sera pas mortel, vous en avez trop pris.

Ça sauve la vie, la maladresse.

Vous ne savez pas ce que c'est, le Gardénal.

- Laissez-nous.

- Vous avez d'abord volé la voiture et tué les deux Allemands.

Elle, on l'a vue. C'est écrit sur tous les journaux.

- Et alors ? - J'ai besoin de vous vivants

pour prouver que tout ça est faux à crever !

N'allez pas faire les idiots.

- Eh ben, les journaux… - Qu'est-ce qu'ils disent ?

- Ils racontent n'importe quoi.

C'est pas ma photo.

- Non.

C'est M. Tavernier.

- Mais alors… c'est pas moi.

C'est lui.

C'est Tavernier !

C'est Tavernier.

Elle nous racontait des histoires, cette femme.

Oui, Véro. On est sauvés !

C'est exprès qu'on n'est pas morts.

Mais toi…

Il faut te cacher, on t'a vue.

- Les photos, Louis ? - C'est sa photo, sur les journaux.

- Les photos des Allemands.

- Quelles photos ? - Qu'on a prises au motel.

Tiens. J'ai encore le ticket.

- Merde !

Merde, merde !

J'y vais.

C'est la seule preuve, Véro. La seule !

- La deuxième clé est dans le tiroir, là.

- C'est un locataire de la maison.

55, boulevard de Grenelle, chambre de bonne numéro 23.

Je vous dis qu'il est drogué. Il a pris du Gardénal.

C'est lui, l'assassin du motel. Il m'a tout avoué.

Mais je sais ce que je dis !

Qu'est-ce que ça peut vous faire, qui je suis ?

Tant pis pour vous. Tant pis si vous êtes aussi bête.

…

- C'est vous, le photographe ?

- Te voilà, toi.

Vous aussi ? Eh ben, entrez donc !

Il y a autre chose.

Voyez-vous, madame,

dans un appareil, il y a plusieurs clichés.

C'est entendu, Tavernier n'a pas tué les Allemands,

mais je l'accuse d'avoir tué votre mari, Simon Carala.

Je vous accuse, vous, d'être sa complice et plus encore.

Vous voyez, il ne faut jamais laisser les photos traîner.

…

- Et vous devez me remercier.

Pour les Allemands, il n'avait pas d'alibi. Condamnation à mort sûre.

Pour l'assassinat de votre mari ce sera… dix ans.

- "Dix ans…"

- Dans ce cas, on n'en fait que 5.

Mais vous, vous, Mme Carala…

Pour vous, je crois que le jury ne sera pas très indulgent.

Et je crois aussi qu'il aura raison. - Dix ans… Vingt ans…

Plus d'âge…

Plus de jours…

Je vais dormir.

Je me réveillerai, seule.

Dix ans… Vingt ans…

Pas indulgente… Je n'étais pas indulgente.

Je t'aimais tout de même. Je ne pensais pas qu'à moi.

Je vais être vieille, à présent.

Mais là, nous sommes ensemble.

Là, quelque part, réunis.

Tu vois bien qu'on ne peut pas nous séparer.

Sous-titrage : Éclair Group

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