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ROCKSTEADY LES RACINES DU REGGAE
Fermez les téléphones cellulaires !
Je ne peux pas parler, je suis dans le studio.
Fermez les téléphones cellulaires.
Fermez tous les téléphones.
En repensant à ma vie,
je me rends compte combien j'ai été chanceux.
Depuis mon enfance, j'ai chanté, dansé et fait de la musique.
Mais une chose me faisait de la peine.
La musique que j'aime tellement
sera oubliée
si nous ne racontons pas notre histoire.
Alors, laissez-nous vous parler du rocksteady,
qui est à l'origine du reggae.
C'était le studio original.
Je m'appelle Wilburn Theodore Cole
de naissance.
Et plus tard, j'ai adopté le nom de Stranger Cole.
Quand j'étais bébé, on m'appelait "Stranger".
On disait que je ne ressemblais à personne de la famille.
Alors, on m'appelait "Stranger".
Donc quand je me suis mis à faire de la musique,
j'ai pensé que je devrais prendre ce nom.
Alors, je suis devenu "Stranger Cole".
Tous ces gars sont mes vieux amis,
les musiciens légendaires de l'ère rocksteady.
Nous sommes venus de tous les coins du monde
pour une réunion rocksteady.
Certains ne se sont pas vus depuis 40 ans ou plus !
Nous nous sommes réunis ici, à Kingston,
pour enregistrer un album de nos plus grands succès,
pour donner un concert et raconter notre histoire.
Cette réunion
a beaucoup d'importance pour moi
et tous mes collègues dont j'ai parlé
parce que c'est une sorte de renouveau
d'une chose disparue et qui revient maintenant.
C'est ce que ça veut dire pour moi
une musique toute neuve encore une fois.
- Une petite introduction ? - Oui, bien sûr !
Le rocksteady, c'est la racine du reggae,
la mère du reggae.
Plusieurs Jamaïcains diraient qu'ils préfèrent le rocksteady
parce que le son, les voix, l'interprétation
et l'instrumentation sont meilleurs.
Je pense que le rocksteady est la mère du reggae.
Le rocksteady a débuté
en 1965.
Il n'a jamais vraiment disparu
il s'est simplement transformé en reggae.
C'est moi au Club Sombrero
en 1962.
J'avais 17 ans.
Au début de ma carrière,
la musique jamaïcaine était le ska.
Le ska avait un rythme rapide et il était très populaire.
Mais au milieu des années 60,
le rythme a ralenti
et c'est devenu le rocksteady.
Le rocksteady est la musique
qui nous apporte
une façon plus calme
d'aborder la musique et d'aborder la vie.
Je pense que c'est ça, le rocksteady.
C'est le calme et la tranquillité.
Un des premiers à ralentir le rythme
fut un jeune chanteur appelé Hopeton Lewis.
Quand j'ai commencé, le ska était encore à la mode.
J'ai essayé...
d'enregistrer dans le rythme du ska,
mais je ne pouvais pas suivre, c'était trop rapide pour moi.
J'étais peut-être paresseux, je ne sais pas.
Alors, j'ai demandé à Gladdy, Gladstone Anderson, de ralentir.
La première chanson de Hopeton Lewis
fut tout de suite un succès.
Je crois qu'il essayait de dire
que Kingston allait trop vite.
En 1962, nous avons obtenu
notre indépendance de la Grande-Bretagne
et notre capitale
a attiré beaucoup de monde, beaucoup d'argent,
des investisseurs et des projets gouvernementaux.
C'était une ville en pleine croissance.
Les gens trouvaient du travail.
On bâtissait de nouveaux édifices et des centres commerciaux.
Tout allait très bien.
Kingston était "l'endroit".
Je m'appelle Judith Veronica Mowatt.
Mon nom de scène est Judy Mowatt.
Je suis née dans un petit village pittoresque
appelé Industry Village, situé à Gordon Town.
Mon milieu était vraiment rural.
Vers 13 ans,
je suis venue à Kingston.
Ma mère y habitait alors.
Petite fille, je me souviens
que je chantais pour les arbres.
Les feuilles étaient mon public.
Quand elles n'applaudissaient pas, je les frappais avec un bâton.
Ma grand-mère me regardait et disait :
"Je pense que tu feras sûrement du spectacle".
J'ai écouté Aretha Franklin,
Dionne Warwick, les Staple Singers.
J'ai grandi avec eux,
ils m'ont influencée.
Ce sont eux qui m'ont inspirée.
Je ne peux pas dire qu'ils m'ont enseignée
parce que je n'ai jamais reçu de formation musicale formelle
ni d'enseignement.
Mon tout premier enregistrement avec le groupe les Gaylettes
s'est fait ici même, dans ce studio
qui s'appelait à ce moment-là Federal Recording Studio.
Nous avons enregistré Silent River Runs Deep.
Ce fut un succès en Jamaïque.
Et je me souviens
que le jour où j'ai enregistré la chanson,
j'étais très nerveuse.
Et l'ingénieur ne s'est pas occupé de ma nervosité.
Il était très exigeant.
On ne savait rien à propos de chanter juste.
Vous savez ce que je veux dire.
Et ils vous engueulaient
si vous ne chantiez pas correctement.
J'étais si nerveuse
que je devais prendre des tranquillisants
quand j'allais au studio.
Encore une fois.
Je m'excuse.
Quand tu arrives à la fin,
peut-être ne pas répéter les accords,
mais fais juste un peu de scat en improvisant.
Est-ce que je peux me reprendre si je me trompe ?
- Oui, on peut faire ça. - D'accord !
Nous sommes prêts.
Je ne voulais pas être chanteuse.
Je voulais être infirmière.
Je me voyais dans un hôpital auprès des malades.
Mais Dieu avait un autre plan.
Il voulait que je soigne les curs
et non les corps.
La musique peut guérir,
elle peut rendre heureux, elle peut apporter de la joie,
mais c'est l'âme que la musique touche.
Et la musique touche
là où un médecin ne peut jamais aller : l'âme.
Donc je suis devenue un médecin de l'âme,
une infirmière de l'âme.
Encore une fois, bonjour.
Ici votre hôte, Richie B.,
de la Radio Hot 102 FM.
Voici le moment tant attendu qui arrive maintenant.
Nous avons l'honneur de recevoir en studio deux légendes :
Derrick Morgan, le roi du ska
et le maître lui-même, Ernest Ranglin.
Nous saluons ces légendes et idoles.
Bienvenue, comment allez-vous ?
Merci, ça nous fait plaisir.
Vous êtes les artistes en vedette
de cette grande réunion des légendes du rocksteady.
Que ressentez-vous ?
Ça me fait tellement plaisir de voir tous ces musiciens,
dont certains que je n'ai pas vus depuis 40 ans.
C'est formidable.
- Vous êtes donc heureux d'être là ? - Bien sûr ! Je suis ravi.
Le ska était la première musique...
qui était la nôtre.
Notre propre création.
C'était vraiment
notre musique de danse distinctive, dans ce temps-là.
Je peux te donner un exemple de ska.
C'était mon époque préférée. J'aimais beaucoup danser.
Le ska jamaïcain
Tout ce que je peux dire,
c'est que le rocksteady
était beaucoup plus lent que le ska.
Ouais ! Ça, c'est du rocksteady !
C'est ça !
Et je pense que la réponse à tous ces rythmes
était vraiment le reggae.
Il n'y avait pas de pas particuliers pour le reggae.
C'était seulement une musique sur laquelle on improvisait.
Reggae.
- Quelque chose comme ça. - C'était juste un peu plus vite.
Le rocksteady
était une des meilleures périodes
parce que la musique était nouvelle,
tout était pur.
Nous n'avions pas d'argent,
mais nous nous donnions naturellement, honnêtement.
Nous chantions simplement avec notre cur.
Cette réunion nous a donné l'occasion
de visiter des endroits qui ont eu beaucoup d'importance
pour la musique jamaïcaine
comme l'école Alpha Boys.
Plusieurs grands musiciens jamaïcains
de jazz, de ska,
de rocksteady et de reggae
ont reçu leur formation musicale ici même.
Notre ami, Deadly Headley,
a grandi dans cette école catholique
fondée il y a plus de 100 ans.
Maintenant, nous avons un jeune homme ici
que nous appelons Deadly Headley :
Headley Bennett.
Il joue du saxophone.
Voici celui que nous appelons Stranger Cole,
un de nos grands chanteurs de rocksteady et de ska.
Il a créé beaucoup de chansons à succès.
Il est à l'origine de notre musique jamaïcaine.
Nous avons aussi un des plus célèbres pianistes,
chanteurs, arrangeurs et compositeurs :
Gladstone Anderson,
un de nos grands musiciens
de ska, rocksteady et reggae.
Ces artistes ont chanté et joué partout dans le monde.
Ils vont chanter Love Me This Evening.
Stranger et Gladdy !
Connaissez-vous mon histoire de crème glacée ?
C'était il y a bien longtemps, quand j'étais adolescent
et que j'allais à l'école secondaire de Denham Town.
Mes amis se sont organisés pour que je monte sur scène,
car c'était la fin du trimestre, au moment de la séparation.
Ils m'ont dit que je devais chanter,
alors je suis allé et j'ai chanté une chanson de Jackie Edwards
qui s'appelait Tell Me Darling.
Vous vous en souvenez ?
Et j'ai eu droit à deux crèmes glacées.
C'est comme ça que je suis entré
dans l'industrie de la musique !
De la crème glacée !
Cette époque rocksteady,
c'était une période romantique.
Nous chantions des chansons d'amour.
Cette période, en somme...
Ce n'était pas que la musique,
c'est la période dans laquelle nous avons vécu.
Il n'y avait pas de violence,
on pouvait marcher dans les rues de la Jamaïque
à minuit, 1 h ou 2 h du matin.
On pouvait aller de Trenchtown à Rosetown à Jonestown
n'importe quand sans problème.
On ne pensait pas à ça.
C'était le temps
où les gens avaient tellement de plaisir !
Je suis Marcia Griffiths.
Je suis née et j'ai grandi à Hannah Town, Kingston, Jamaïque.
Mon père était menuisier, un très bon menuisier.
Certaines choses que j'ai chez moi maintenant
ont été faites par mon père.
Ma mère était maîtresse de maison
et mon père, évidemment, chantait très bien.
Et je pense que c'est de là que vient mon talent.
Je me demande si Mlle Griffiths est ici.
Hé, Mlle Judes !
Ça fait longtemps qu'on s'est vues.
- Oui ! Heureuse de te voir. - Tu sais quoi ?
Je t'ai apporté une belle fleur de mon jardin.
De ton jardin ?
Merci, sister !
Grif, regarde-moi ça.
Et j'en ai d'autres là-dedans aussi.
Voyons, Judes.
Mon Dieu !
Fillette...
voici Judy Mowatt, du groupe les Gaylettes.
Et je veux te dire quelque chose.
J'ai toujours aimé Marcia Griffiths.
C'est le temps où tu as commencé à envelopper tes cheveux,
l'époque où tu avais ton âme, ton afro.
Mais ça devait être...
le début des I-Threes.
C'est l'époque de la conscience.
On s'est rencontrées comment ?
Je ne me souviens plus, mais...
Je pense
que c'était le soir où Coxon,
Sir Coxon Dodd,
m'a dit qu'il voulait que j'aille à son studio
pour faire partie des churs.
C'est drôle, regarde tout ce qui est sorti
de cette première rencontre.
C'est là et à ce moment précis que je vous ai demandé,
à toi et à Rita,
de faire quelques harmonies à House of Chen.
Et de là est né le groupe I-Threes.
C'était quand Bob, Peter et Bunny,
les Wailers originaux,
ont eu quelques différends...
et nous avons fini
par faire l'album complet Natty Dread avec Bob.
Je te disais toujours, à toi et à Rita, tu sais,
quand on a commencé à faire des chansons avec Bob :
"Tout est parfait."
C'est là que tout a commencé.
La première fois que nous sommes partis
avec Bob Marley and the Wailers en tournée,
nous sommes allés à Boston.
Le club où on jouait s'appelait Paul's Mall
et pouvait contenir environ 200 personnes.
L'année suivante,
nous avons eu 1000 spectateurs ou plus, 10 000 !
Et après, 20 000.
La tournée suivante, nous avons eu 20 000 personnes.
En 1980, notre dernière tournée avec Bob en Europe,
il y eu 80 000, 100 000 personnes !
Bob pensait qu'on était trois petits oiseaux
qui ne devaient rien faire d'autre que chanter.
Nos lèvres n'étaient pas faites pour embrasser, juste pour chanter.
Oui, c'est ça qu'il disait.
Pour moi, quand Bob est mort,
c'est comme si
je recommençais à zéro ma carrière solo.
Je n'ai jamais abandonné ma carrière solo.
Que ce soit Marcia Griffiths, faisant partie de I-Threes
ou de Bob, Andy et Marcia,
j'ai toujours continué ma carrière solo.
Salut !
Je suis heureuse de vous voir. Brother Sly !
Hux !
Hux jouait sur Young, Gifted and Black.
Je suis contente de te revoir !
Très heureuse !
Beaucoup de chanteurs de l'époque rocksteady
sont encore très actifs
et font des tournées dans le monde entier.
The Tide is High But l'm Holding On
n'est pas seulement une chanson d'amour,
mais c'est aussi le reflet de notre vie.
C'est un chant d'espoir universel.
La musique est notre meilleure arme aujourd'hui
et nous comptons sur cette musique
pour vraiment unir les gens et les nations du monde
parce que c'est tout ce que nous avons.
Et je témoigne de ce qu'a fait Bob Marley
et je sais que ça n'aura pas été inutile.
C'est pour ça que nous sommes ici maintenant,
réunissant tout le monde,
presque tout le monde de la musique
qui peut attester
ce que cette musique, le rocksteady,
et notre musique jamaïcaine a fait
et continue de faire pour le monde entier.
Le 21 avril 1966
fut un jour important pour la Jamaïque.
L'empereur éthiopien Hailé Sélassié
visitait officiellement notre île.
Des milliers de Jamaïcains sont allés à l'aéroport
pour accueillir le roi noir.
De voir l'empereur a été pour moi
une expérience fantastique.
C'était quelque chose que je n'avais jamais vu.
J'ai réussi à me faufiler
parce que je suis très petit,
de sorte que je me suis trouvé sur la piste,
juste à côté de l'avion
et j'ai donc bien vu l'empereur.
À ce moment-là, tout me semblait mystique.
Nous, les rastafaris,
croyons que la venue d'Hailé Sélassié
avait été prophétisée dans le livre de la Révélation,
le dernier livre de la Bible.
Il est le messie promis dans les saintes écritures.
Le voir de mes propres yeux a rendu l'expérience mystique.
Après la visite d'Hailé Sélassié,
plusieurs Jamaïcains se sont tournés vers l'Afrique
en quête d'inspiration et de culture.
Je suis Dermott Fagan,
prêtre de l'empereur Hailé Sélassié,
École de vision, études bibliques,
prophéties et culte du sabbat.
JAH LE PLUS HAUT, LE PLUS GRAND ET LE PLUS PUISSANT D'ISRAËL
Rastafaris !
The Rivers of Babylon a été chantée par plusieurs personnes,
mais en tant que prêtre des bannières que j'ai mentionnées,
je vois la nécessité de réfléchir
aux enfants d'Israël, ce que nous sommes aujourd'hui,
les descendants des anciens enfants d'Israël
qui furent enlevés par les forces britanniques,
par la reine de ce moment-là,
et qui ont été tenus captifs pendant 400 ans.
Alors, d'après moi, on chantait cette chanson
pour refléter l'esclavage qui nous affectait
et elle disait :
Au bord des fleuves de Babylone
Nous étions assis
Et nous pleurions
Nous souvenant de Sion
Des chanteurs comme les Melodians
ont transformé les chansons traditionnelles
d'inspiration africaine comme Rivers of Babylon
en standard du rocksteady.
Plus tard, la chanson est devenue un succès disco
quand elle fut enregistrée par Boney M d'Allemagne.
Je m'appelle Hopeton Lincoln Sinclair Lewis.
Je suis né au numéro 9 de la 7 e rue à Trenchtown, Kingston.
J'habite présentement à Brooklyn, New York.
Je suis chanteur et producteur de gospel.
Ma mère est morte quand j'étais très jeune.
On m'a amené à Burnt Savannah dans le Westmoreland
pour être élevé par ma famille qui se trouvait là.
Voici l'église
où j'ai commencé à chanter,
la Savannah Holiness Church, quelque part par ici.
À droite, il y a une maison
qui ressemble exactement à celle où j'ai grandi.
Elle était très belle.
Je n'échangerais pas ça pour tout l'or du monde.
Eh bien, revenir en Jamaïque, c'est revenir à la maison,
c'est une sensation difficile à exprimer.
On est heureux,
on se sent comme si on avait gagné le gros lot
parce qu'on sait qu'on va avoir de la vraie nourriture jamaïcaine.
Embrasser la famille et les amis,
c'est tellement agréable.
C'est un retour à l'enfance
et il ne peut arriver que de bonnes choses.
Que je le veuille ou non, j'allais à l'église.
C'était la règle à la maison. Personne ne m'y amenait.
Je devais y aller ou c'était la fessée.
Ça fait 40 ans que je fais de la musique.
Et je veux remercier cette communauté
de m'avoir donné la chance d'y appartenir.
J'ai commencé à chanter
à Burnt Savannah,
pour ceux qui l'ignorent,
dans l'église de l'autre côté de la rue.
C'est ma tante Sueta qui est assise là.
Je t'aime !
Je sais que quand je suis allé à Kingston
faire mon premier enregistrement,
elle était très bouleversée, je m'en souviens.
Elle a dit que j'allais chanter des chansons rock et tout et tout.
Dieu soit loué.
Savez-vous qui d'autre sera au programme ?
J'ai entendu des noms : bien sûr, Derrick y sera,
Stranger Cole, Judy Mowatt y sera aussi.
Qui d'autre ?
Dawn Penn de Londres,
Hopeton Lewis de New York
et aussi beaucoup de musiciens rocksteady.
Hux Brown, Lloyd Parkes.
Hux Brown vit maintenant
en Californie,
alors c'est formidable de l'avoir ici avec nous.
Je suis vraiment heureux.
Venir ici et voir Ernie, Jacky, Gladdy, la section des cuivres,
des gars que je n'ai pas vus depuis longtemps.
Hier, j'étais nerveux en diable,
terriblement nerveux.
Il pensait qu'il avait perdu la boule.
Glen ! La ferme !
Mon Dieu !
C'est bon, ça !
Je suis Dawn Penn
et je suis née à Kingston, Jamaïque.
Ma mère était infirmière, mon père travaillait comme docker.
Ma toute première chanson fut You Don't Love Me (No, No, No)
et de 1968 jusqu'à maintenant,
c'est long et ça me fait sentir vieille,
mais sans exagérer,
je peux dire que cette chanson m'a donné à manger.
Je cherchais encore ce qu'on aimait dans cette chanson.
Elle n'avait que deux couplets.
On m'a dit que c'est l'interprétation, le rythme et tout.
C'est la chanson qui me caractérise,
je dois bien l'avouer.
On m'a donné la liste
de ceux qui l'ont chantée, quand, l'année de sortie, etc.
Oui, et dans le cercle plus large, il y a Jay Mills.
Vous savez qu'ils ont analysé ma voix sur le disque.
Il y a Wu-Tang Clan,
il y a même Vibz Kartel et Rihanna.
Il y a aussi Sean Paul, tout le monde est bon...
Vous savez ce que je veux dire.
La chanson You Don't Love Me (No, No, No)
s'est vendue à des milliers d'exemplaires
en Jamaïque.
Oui, on fait encore le disque en Jamaïque.
Il est en grande demande
par les amateurs et les collectionneurs de musique.
Les disques en vinyle ont contribué à répandre notre musique
autour de l'île et autour du monde.
Au cours des 45 dernières années,
nous avons produit plus de 100 000 titres.
Pas mal extraordinaire
pour ma petite île de trois millions !
Fantastique !
Beaucoup de chanteurs et de groupes
ont enregistré des 45 tours et des albums de rocksteady
tout comme Bob Marley.
Je me rappelle
que nous avons fait quatre chansons pour Bob
pendant l'époque du rocksteady.
L'une d'elle était Nice Time :
Il y a longtemps
Qu'on a eu du bon temps
Ce n'est pas du rocksteady. Qui a dit ça ?
Non, c'était une chanson très rapide.
Non ! C'est du rocksteady !
Je me souviens très bien,
nous, les musiciens, sommes allés au studio de Randy ce jour-là.
Et nous avons fait quatre chansons :
Thank You Lord, Nice Time...
Small Ax !
Il y en avait une autre.
C'est Pound Get A Blow.
Oui, tu as raison.
Mais quand Bob a fait ces chansons,
c'était vers la fin du rocksteady.
Le rocksteady disparaissait
et il a à peine attrapé la fin du rocksteady.
Ensuite, le reggae est arrivé
et Bob Marley
l'a amené au sommet.
Mon nom est Derrick Morgan.
Je suis né à Clarendon.
Ma mère était domestique.
Mon père était pasteur.
Je m'appelle Nelly Morgan.
Je suis née à Kingston, Jamaïque.
Ma mère était une femme au foyer.
Mon père était cordonnier.
Voici le théâtre
où a commencé ma carrière en 1957.
On louait les théâtres
et on faisait des spectacles sur scène.
Il y avait le Palace, le Gayety,
le Théâtre De Luxe,
le Théâtre Majestic et l'Ambassador à Trenchtown.
Le matin de Noël,
il y avait des concerts dans trois théâtres à Crossroads :
le Carib, le Regal et le Théâtre State.
Et le Théâtre Ward, le dernier, servait le soir.
La même organisation : les artistes courant d'un théâtre à l'autre.
Tous ces théâtres étaient pleins à craquer.
En 1957,
c'était un mardi soir et je peux vous donner la date,
il y avait le Vere Johns' Opportunity Hour
dans ce théâtre
et j'ai eu la chance
d'être choisi pour concourir.
Je suis arrivé premier ce soir-là
en imitant Little Richard
chantant Long Tall Sally.
Après ma victoire, on m'a demandé de chanter une autre chanson
et j'ai interprété Jenny Jenny.
Allez, Derrick, viens sur la scène.
Qui est-ce ?
Viens, on va faire une chanson.
Comment me vois-tu ?
Je ne te vois pas, je te sens !
D'accord.
Viens ici pour "jammer" avec nous.
Man Hux !
Man Scully !
J'entends que tu veux surpasser Derrick Morgan
en étant plus aveugle que moi ?
La séance du tribunal est ouverte
et j'ordonne à tous les gangsters de se lever.
Vous êtes ici pour avoir tiré des coups de feu,
utilisé des couteaux à cran d'arrêt et lancé des bombes.
Alors, dites-moi, rude boys...
qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
Votre honneur !
Les gangsters n'ont pas peur !
Nos chansons rocksteady
ne parlaient pas toujours d'amour et de culture.
La chanson Tougher Than Tough parle des rude boys,
mot jamaïcain employé pour gangsters.
À la fin des années 60,
notre île paisible a affronté une dure réalité.
Kingston attirait beaucoup
les jeunes hommes de la campagne.
Mais il n'y avait pas de travail pour tout le monde.
Certains sont devenus sauvages, se sont joints à des gangs
et sont devenus des gangsters.
La séance est levée.
Les rude boys ont été condamnés.
Un par un,
les théâtres du centre-ville ont fermé leurs portes.
Les gens avaient peur de sortir le soir
à cause des rude boys des bidonvilles.
Les bidonvilles sont des endroits
où se trouvent un tas de cabanes
habitées par des miséreux.
C'est ça, Sly ?
Oui, c'est ça.
C'est la partie pauvre de la ville.
Mais ce n'était pas aussi violent
avant que les gangsters s'installent
avec des fusils.
Ils ont commencé avec un couteau appelé Eddie Polo,
un couteau à cran d'arrêt qu'ils sortaient comme ça.
La violence a commencé par la politique.
À ce moment-là, les politiciens fournissaient des fusils aux jeunes
pour se tuer les uns, les autres :
le PNP et le JLP distribuaient des fusils.
Parfois, à cause du milieu,
on peut être mêlé à des situations indésirables.
C'est ainsi que le problème des fusils a commencé.
Non seulement dans le bidonville,
probablement le point de départ, mais partout en Jamaïque.
Sept
C'est ça ?
Deux accords maintenant.
On va faire la chanson maintenant.
Attention !
Je veux des cuivres dans cette chanson.
Attention au rythme.
Nous allons leur jouer la chanson originale.
Man, non !
Tu ne veux pas entendre le rythme ?
Non, pas si je suis pour la chanter après.
On va juste la faire simple et agréable.
N'imite pas. Pas d'imitation.
C'est mon idée.
Je fais l'arrangement maintenant.
Rastafari Jah !
Merci !
Si ça ne vous fait rien, Ernest, passons à notre prochain invité,
mon bon ami Derrick Morgan.
Vous n'avez pas vieilli depuis la dernière fois.
Je ne peux pas me permettre de vieillir, tu sais.
La musique me garde jeune, oui.
Vous êtes, j'en suis certain,
content de faire partie de cette grande réunion
des légendes du rocksteady.
Oh oui, je suis très heureux d'y participer.
Beaucoup de gens en Jamaïque
ne savent pas combien de rocksteady j'ai fait,
parce qu'ils veulent tous entendre du ska.
Mais cette fois, ils vont entendre
du pur rocksteady de Derrick Morgan.
Comme ça, ce sera important pour eux aussi
d'entendre la musique où je suis vraiment versatile.
C'était mon bon ami U-Roy.
Quand nous étions enfants,
cette gare maintenant abandonnée était un endroit très animé.
Dans ce temps-là, tout voyageait par train :
bauxite, bananes, café et les personnes.
Les trains transportaient les gens
des régions rurales vers Kingston.
Ces gens cherchaient du travail dans les nouvelles industries.
Mais il n'y avait pas d'emploi pour tout le monde, vous savez.
C'est pourquoi des dizaines de milliers de Jamaïcains
ont dû quitter leur pays pour aller travailler à l'étranger.
Plusieurs musiciens et chanteurs rocksteady
sont aussi partis.
Parmi eux, Lynn Taitt, Alton Ellis,
Jackie Mittoo, John Holt,
Bob Marley et moi-même.
Quand je suis allé au Canada, pour être franc,
l'industrie de la musique
ne marchait pas aussi bien qu'aujourd'hui.
C'était plus tranquille, vous savez.
Je devais nourrir ma famille,
alors je suis allé travailler au Canada.
J'ai travaillé à Tonka Toys où on faisait des jouets
et où j'étais un opérateur de machine.
Oui, et ça a duré et duré longtemps
jusqu'à ce que j'ouvre un magasin de disques
au Marché Kensington dans le centre-ville de Toronto.
On m'a dit que c'était le premier commerce des Caraïbes
à s'établir là.
Nous allons la refaire.
Nous sommes prêts, à vous !
Je suis U-Roy et je suis un toaster
et j'en suis vraiment heureux.
La différence entre un chanteur et un toaster,
c'est qu'un toasterparle et un chanteur chante.
Le toasting a commencé
il y a longtemps, dans les années 60
ici, en Jamaïque.
Je ne sais pas exactement
quand le rap a commencé aux États-Unis,
mais je sais que c'est bien après
la création du toasting.
À cause de l'économie faible en Jamaïque,
Derrick Morgan et sa femme Nelly
furent séparés pendant plusieurs années.
Finalement, après 38 ans,
ils ont pu vivre ensemble
dans leur nouvelle maison en Jamaïque.
J'ai rencontré Nelly en 1962.
Nous nous sommes mariés en 1968.
Mais j'ai émigré en mai 1968,
le 18 mai.
Derrick n'est pas venu en Floride avant 1979.
J'ai vécu en Floride tout ce temps,
jusqu'à ce que je revienne ici il y a deux ans.
Je voyageais partout et elle ne pouvait pas me suivre.
Elle était infirmière aux États-Unis
et pendant qu'elle faisait son travail,
je faisais le mien.
Chanter, c'est ma carrière et mon gagne-pain.
Je voyageais beaucoup
et Nelly ne pouvait pas venir avec moi.
Je restais avec les enfants.
Pendant que j'allais chercher quelques sous.
Nous avons eu deux enfants avant de se marier.
J'en ai d'autres en dehors de notre relation.
J'ai environ quatorze enfants.
Quand elle m'a rencontré, j'en avais à peu près huit.
Mais notre famille, nous sommes très unis,
nous vivons bien et à un moment donné,
nous avons été tous réunis.
Nous sommes heureux quoi que nous fassions.
Je pense que nous sommes heureux.
Qu'en dis-tu, Nelly ? Sommes-nous heureux ?
Ouais !
Notre réunion ne serait pas complète
sans un certain Leroy Sibbles.
Je pense que c'est un des piliers du rocksteady,
non seulement comme chanteur, mais aussi comme musicien.
Les Tamlins, man, original !
Quelle chanson ?
Equal Rights !
- Tu commences ? - Bien sûr !
Nous avions surtout des chansons d'amour.
Nous en avions d'autres comme Equal Rights,
ou une chanson comme...
comme je disais, Fight it to the Top.
Nous avions des chansons comme Soul Power.
Ce genre de choses.
Parce que nous étions concernés
par notre condition
et le degré de souffrance qui nous entourait.
Nous en étions toujours conscients.
Alors, nous devions écrire ces chansons aussi.
Nous voyions la détresse des pauvres
puisque nous l'étions aussi.
Nous étions influencés et inspirés par notre environnement.
Quand on entrait dans Trenchtown, on voyait la pauvreté,
le chien, les ordures,
le désordre habituel d'un ghetto,
les gens fouillant dans les déchets
pour trouver de la nourriture.
J'étais une de ces personnes à Trenchtown
qui fouillaient dans les poubelles.
Parfois, on trouvait des bijoux,
parfois des allumettes ou de la gomme "balloune".
Les enfants étaient tout excités
quand ils voyaient arriver les éboueurs,
Ça ne nous dérangeait pas.
C'était : "Wow ! Les déchets s'en viennent !"
Si tu fouilles dans les ordures,
tu peux trouver quelque chose à manger
et tu n'auras pas faim.
Alors, on a fait ça.
Mais on savait que ça irait mieux.
Il y a une chanson que Bob Marley a faite,
Can Anything Good Come Out Of Trench Town ?
Oui. Nous sommes ici pour le prouver.
Oui, du bon peut venir de Trenchtown
et il y a encore du bon dans Trenchtown.
Voici la Cour de la culture de Trenchtown.
C'était autrefois une cour de logements publics délabrés
qui ont été restaurés en musée.
Dans les années 60, c'était un lieu de rencontre
pour beaucoup de chanteurs et de musiciens rocksteady.
Rita Marley, à cette époque, faisait partie
du fameux trio vocal féminin les Soulettes.
Mon vrai nom
était Alpha Rita Constantia Anderson,
avant que je me marie avec Bob Marley
en 1966.
Oui...
Je me souviens quand nous avions l'habitude
de nous asseoir dans la cour gouvernementale à Trenchtown.
Georgie entretenait le feu
en brûlant des bûches pendant toute la nuit.
On faisait cuire du porridge de farine de maïs
qu'on partageait.
Comme on n'avait aucun moyen de transport,
il fallait continuer à pied.
Tout va bien aller
Le bon vieux Trenchtown ne change jamais !
Tout demeure le même.
Je me souviens.
Cette chambre renferme tellement de souvenirs.
Je ne sais pas comment ça se fait,
mais ça déclenche chez moi
une réaction émotionnelle.
C'est ici que j'ai fait l'amour pour la première fois avec Bob.
La première fois que nous avions l'occasion
de coucher ensemble.
C'était comme notre chambre magique.
C'était la cuisine de Tata.
Tata était un des meilleurs amis de Bob,
son ami préféré.
Quand je venais voir Bob le soir,
il sacrifiait sa cuisine
pour nous laisser un peu d'intimité.
Oui, je me souviens.
La plupart des musiciens de talent de la Jamaïque
ont eu une période Trenchtown,
c'est là qu'ils ont commencé.
Je ne sais pas si c'est à cause de la pauvreté.
Nos voix étaient...
suppliantes.
Nous chantions avec notre cur,
nous chantions ce que nous ressentions.
Nous ne chantions pas la chanson d'un autre,
mais notre propre chanson.
La vie que nous vivions,
c'était notre musique de tous les jours.
Mon nom est Kenneth George Boothe.
À ce moment de ma vie,
j'aimerais vraiment voir le retour d'une belle époque.
Vous vous souvenez, Bob chantait :
Pourquoi les gens n'écouteraient pas ?
Même la musique, ils devraient faire attention
à ce qu'ils font avec la musique aujourd'hui
parce qu'il y en a
qui ne s'adressent pas à l'esprit, vous savez.
La musique a beaucoup à faire avec les gens.
Et quand on chante des chansons de violence
et qu'on parle de fusils et de ce genre de choses,
qu'est-ce qu'on dit vraiment aux gens de faire ?
Parce qu'une chanson va partout.
On peut entendre une chanson ici
et l'entendre en Afrique, l'entendre au Nigeria,
en Suisse et en Italie.
C'est un message
et il faudrait être sûr que ce message est positif.
Pas détruire,
mais bâtir.
Encore une fois, Ernest Ranglin et Derrick Morgan,
il m'a fait plaisir de vous recevoir.
Bonne chance !
Le concert de la réunion des légendes du rocksteady
présente Derrick Morgan, Stranger Cole,
Judy Mowatt et les Gaylettes, Marcia Griffiths,
Dawn Penn directement de Londres.
De New York, Hopeton Lewis. Ce sera un grand concert ?
Bien, j'ai vraiment hâte d'entendre ce concert.
Et nous avons hâte de te voir aussi.
Quand tu entreras en scène, Derrick,
ce sera pour cette grande réunion rocksteady.
Je n'entends pas beaucoup de rocksteady aujourd'hui.
Alors, c'est bien de venir ici ce soir.
Dans ma plus folle période de fêtard, c'était le rocksteady.
La sensation était meilleure qu'aujourd'hui,
car la musique était douce.
Ça nous calme et nous détend. Ça nous berce.
Les chanteurs et compositeurs de l'époque...
J'ignore qui d'entre eux j'aurai la chance de revoir.
C'est un bon groupe d'artistes, on va en profiter.
J'adore ça, je l'adore ! Et vous allez l'adorer aussi !
Notre réunion s'achève.
J'espère que vous avez apprécié
notre voyage dans le rocksteady.
Pour moi, ça a été merveilleux
de voir mes vieux amis réunis encore une fois
et j'espère que ce n'est pas la dernière fois.
Nous étions pauvres.
Nous venions de milieux modestes et d'une petite île.
Mais ça ne nous a pas découragés.
Nous avons créé une musique
qui continuera à inspirer et à remonter le moral.
Sous-titrage : C.M.C.
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