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Je n'avais aucune envie de venir vous parler de lui
car je savais que je lui redonnerais vie.
Pour survivre, Nicky a besoin d'�tre sur le devant de la sc�ne.
Il a besoin de la notori�t�.
Vous voyez ce qu'on est en train de faire ?
On lui fait une transfusion.
On le ressuscite.
Tous les chemins menaient � Harlem et � Nicky Barnes, � l'�poque.
C'�tait le Kunta Kint� de Harlem.
Le Al Capone de Harlem.
Quand on le revoit sur les photos,
il ressemble vraiment � un parrain noir.
Nicky Barnes �tait une figure du trafic d'h�ro�ne
dans les ann�es 70.
Ces types �taient
de vrais chefs d'entreprise, ils �taient tr�s organis�s.
Leur professionnalisme for�ait l'admiration.
Et ils faisaient tout au nez et � la barbe de la police.
C'�tait une insulte aux repr�sentants de la loi.
Un pied de nez aux services antidrogue am�ricains.
La cr�dibilit� du ministre de la Justice et du pr�sident �tait en jeu.
Il n'y aura plus de Nicky Barnes.
Les temps ont chang�.
Il n'y a plus de loyaut�, seul le dollar compte.
C'est tous des tra�tres aujourd'hui.
Nicky Barnes �tait un l�che. Il a trahi ses amis.
C'�taient des gens qui auraient tu� pour lui.
Il les a laiss�s tomber.
Si tu t'attaques au roi, tue-le, sinon il te bottera le cul.
C'est ce qui est arriv�.
Ils ont frapp� quand j'�tais � terre, mais ils m'ont pas tu�.
Et je me suis veng�.
Si tu t'attaques au roi, tue-le.
Je lis Shakespeare, je lis Melville.
Je lis Phillip Marlowe, Hawthorne,
Paul Tillich, Dietrich Bonhoeffer.
Et Machiavel.
Pour lui, le bien et le mal n'existent pas.
C'est celui qui a les plus gros flingues
qui d�cide o� sont le bien et le mal.
Dans notre cas, �a voulait dire
si tu es dealer, tu dois �tre un salaud.
Ils ont impos� une discipline.
Ils se prot�geaient
en commanditant les assassinats
de tous ceux qui les mena�aient.
Je me rappelle qu'une fois
ils ont balanc� un mec du 5e �tage,
roul� dans un tapis.
On faisait juste notre boulot.
"Je t'aime bien mais l�, t'as d�conn�.
"Tu l'as bien cherch�."
Un mec te doit du bl�, il dispara�t dans la nature
et 8 jours apr�s, il a une bagnole neuve.
C'est l'insulte supr�me, un d�fi � ton autorit�.
Si tu punis pas ce mec-l�,
ils feront tous pareil et t'as plus le pouvoir.
Quand on �tait gamins, on a vu faire les grands.
Ils avaient recours � la violence pour r�gler tous les probl�mes.
C'�tait pareil � la maison.
Je me souviens quand j'avais 12 ou 13 ans,
mon p�re �tait vraiment un enfoir�.
Un soir, il est rentr� vers 10 heures.
Il s'est engueul� avec ma m�re
et il l'a tabass�e.
J'ai voulu d�fendre ma m�re.
Il a dit : "Je t'ai vu, petit branleur."
Il est venu vers moi, j'ai sorti mon flingue
et je lui ai tir� dessus.
Mais c'�tait un flingue pourri qui m'a p�t� dans les mains.
Ma m�re s'est mise � hurler et j'ai saut� par la fen�tre.
Nicky �tait un peu le chouchou de tout le monde.
Nicky, moi, et les autres,
toute notre bande, on venait du m�me milieu.
On �tait du m�me quartier.
Les exclus doivent innover
s'ils veulent entrer dans le cercle.
La r�ussite est � 10 m�tres de haut
et mon �chelle fait 5 m�tres,
comment veux-tu que j'y arrive ?
Alors, il faut �tre inventif pour y arriver.
C'est comme �a qu'on est devenus "des cadres sup' de la rue".
La premi�re fois que j'ai vu Nicky,
j'�tais danseuse chez Small's.
J'�tais all�e aux toilettes et en sortant,
j'ai crois� Nicky qui entrait.
Tout le monde s'est �cart�
pour le laisser passer
quand il est arriv�.
Il avait des lunettes de soleil, il �tait sap� comme un prince.
Il avait de jolies fossettes.
Il souriait. Quand on s'est crois�s,
ce qui m'a frapp�e c'est qu'il sentait tr�s bon.
Le Small's Paradise �tait branch�.
Jazz m'a introduit dans le cercle.
Un soir, on se retrouve l�-bas.
Il y avait les gardes du corps de Nicky,
Smitty et Bobby.
Smitty m'a regard� de travers.
� l'�poque, je pesais 61 kilos tout mouill�
et eux, 135 kilos bien tass�s.
Bref, on s'assoit.
Smitty vient me voir et dit : "�a va, mec ?"
Je r�ponds : "Pas mal."
Il dit : "Tu viens voir qui ?"
Moi, toujours arrogant : "Pourquoi, t'�cris un bouquin ?"
Il m'a chop� par le colback et m'a jet� par terre.
Jazz et Nicky ont rappliqu� pour voir ce qui se passait.
J'�tais l� : "Arr�tez-le !" Nicky a dit : "Je le connais."
Jazz m'a dit : "Tu sais qui est Nicky Barnes ?"
Tout le monde le connaissait � Harlem,
dans le Bronx, � Brooklyn et dans le Queens.
Il m'a demand� : "Tu attends quoi de la vie ?"
"Du fric, comme tout le monde."
"T'es pr�t � quoi ?" "Je suis pr�t � tout."
Les gens ne mangeaient pas tous � leur faim
au d�but des ann�es 70.
Une fois qu'il a �t� l�,
tout le monde mangeait � sa faim.
On �tait contents, on avait tous de beaux habits.
Je ne cherche pas � le glorifier
mais il est arriv� au bon moment.
J'avais l'�toffe d'un homme d'affaires.
Je voulais de la came, j'en voulais beaucoup.
Les Italiens disaient : "Si c'est de la bonne, c'est pour lui."
C'�tait l'un des seuls
trafiquants de drogue afro-am�ricains
qui avait la confiance de la mafia italo-am�ricaine
et qui traitait avec elle.
Les consommateurs et les trafiquants savent reconna�tre la qualit�.
Quand un cam� descend dans la rue
pour acheter,
il veut pas de la merde, il veut la meilleure came.
C'�tait Nicky Barnes qui la vendait.
L'argent se gagnait dans la rue.
Il fallait pouvoir acheter la marchandise en gros
pour l'�couler directement dans la rue.
Parce qu'avant Barnes, des tas de gens prenaient leur marge.
Il a supprim� les interm�diaires.
Il achetait en gros aux Italiens et revendait aux consommateurs.
Et il gagnait des fortunes.
C'est un "New York quarter", 7 grammes.
� l'�poque o� j'�tais dans la rue, les petits dealers,
c'est �a qu'ils vendaient.
Ce qui a fait la r�putation de mon "quarter",
c'est qu'une fois qu'on avait achet� cette came,
il suffisait d'acheter un "quarter" de produit de coupe,
du mannitol.
On prenait le "quarter" de mannitol
et on l'ajoutait � mon "quarter".
On les m�langeait et on obtenait deux "quarters".
C'�tait �a, la nouveaut�.
Moi aussi, je me camais.
Je le faisais tout le temps, j'�tais un petit dealer.
J'achetais la came.
Je la rapportais chez moi,
j'en utilisais une partie
et je la coupais pour la revendre.
C'est pour �a que je le faisais et �a marchait.
J'ai grandi � Harlem.
C'est l� que j'ai commenc� � vendre de la drogue.
Un mec dont j'ai oubli� le nom
est venu me demander
de lui garder des sachets en papier marron.
C'�tait de l'h�ro�ne, mais j'en savais rien.
Je gagnais pas mal de fric.
Il �tait plut�t bon �l�ve.
Ses professeurs �taient contents de lui.
Il est devenu dealer pour s'identifier � ses mod�les,
Bumpy Johnson
et autres crapules, les parrains de la drogue � Harlem.
Il voulait faire comme eux.
Ils avaient des voitures, l'argent et le pouvoir.
Il faut se rappeler qu'� l'�poque Harlem
�tait en plein marasme.
Les Blancs des classes moyennes �taient partis vivre dans les banlieues.
Ceux qui restaient n'avaient pas les moyens de partir.
J'ai commenc� � me droguer vers 14 ans.
Je me droguais tous les jours, plusieurs fois par jour.
�a procure un sentiment de joie presque mystique.
On a l'impression d'�tre en l�vitation.
Et puis, il y a des clochettes qui font ding, ding, ding.
�a fait �a � plein de gens.
Nicky Barnes �tait en prison.
C'est l�-bas qu'on s'est rencontr�s.
Un jour, il lisait un bouquin.
Je lui ai demand� ce que c'�tait.
Il me l'a montr�, c'�tait Le Prince de Machiavel.
Il me l'a pass� pour que je le lise.
Et je l'ai lu.
Ce Machiavel, c'�tait vraiment un fourbe.
La plupart de nos hommes politiques ont d� lire ses bouquins.
C'est comme �a qu'on est devenus amis.
Je ne connaissais rien � la drogue avant �a.
Ni au trafic.
C'est en prison que j'ai tout appris.
On dit souvent que les prisons sont des �coles du crime.
Et c'est tout � fait vrai.
La chose s'est faite en prison.
On a constitu� une sorte de conglom�rat
des cerveaux du crime.
Il m'arrivait de discuter avec Matty Madonna
ou avec Joey Gallo.
Notre but, c'�tait de f�d�rer les gens
pour qu'ils s'int�ressent plus au fric et moins � la violence.
En prison, il a nou� des contacts
avec la Mafia.
Les gros trafiquants italiens.
C'�tait pour lui la garantie
qu'il pourrait acheter beaucoup de drogue
et qu'elle serait bonne.
Je ne suis pas retomb� dans la drogue
parce qu'on peut pas faire du fric et �tre toxico.
Je voulais gagner du fric, je voulais devenir riche.
Je me suis dit : "Putain,
"je vais arr�ter de prendre cette merde.
"Je vais la vendre."
J'�tais connu comme le mec qui �tait alli� au crime organis�.
Quand je suis sorti de prison,
dans le milieu des dealers,
c'�tait l'�v�nement.
Nicky Barnes rentrait � Harlem et tout le monde l'attendait.
D'abord, la plupart des gens voulaient bosser.
Et il y avait du fric � gagner.
Partout, les gens le suivaient, ils voulaient le voir.
C'�tait une superstar.
Barnes su�ait le sang de ses fr�res.
Il en faisait des esclaves de la drogue,
tout en voulant �tre leur mod�le.
Je voulais qu'il y en ait partout. Je lui ai dit :
"L'h�ro�ne doit se vendre.
"Je veux que les gens fassent la queue pour l'acheter."
Je voulais inonder le march�.
Si un mec cherchait de la came, il fallait qu'il ach�te la n�tre.
Je me souviens que vers la 127e Rue et St Nicholas Avenue,
la came qu'on achetait �tait plut�t bonne.
Quand on se shoote � l'h�ro, �a fait pas mal.
Tout d'un coup, la vie est belle.
Au d�but, tout du moins.
Au bout d'un temps, c'est dur de pas �tre en manque.
On ferait n'importe quoi pour en avoir.
Mais on cultive pas le pavot � Brooklyn, que je sache.
On oublie trop qu'il y a des mecs qui tirent les ficelles.
On m'a demand� si � l'�poque o� j'�tais trafiquant,
j'avais �t� l'instrument de l'homme blanc.
C'est une question � laquelle
je ne peux pas r�pondre.
Dans les ann�es 70,
Nicky Barnes avait toujours plusieurs proc�s en cours.
Notre premi�re grande affaire a �t� un proc�s pour corruption.
Il a �t� acquitt�, le jury l'a reconnu non coupable.
Il m'a regard� apr�s l'annonce du verdict
qui l'innocentait.
Il a pris un air incr�dule et il a dit :
"C'est vraiment incroyable !"
J'ai r�pondu : "Disons que j'ai bien boss�."
Ils sont tous mont�s en voiture
et on est all�s vers la 125e Rue.
Il y avait une bo�te qui s'appelait le Purple Manor.
Tout d'un coup, il a d�cid�
qu'on allait f�ter l'�v�nement.
Il a sabr� le champagne et a dit :
"Ce soir, on va d�clarer David
"n�gre honoris causa."
Un type bourr� s'est approch� de moi
et a essay� de me taper 2 dollars.
Nicky a regard� Smitty.
C'�tait une esp�ce de mastodonte qui pesait 185 kilos.
Smitty l'a agripp� par le pantalon et par le col
et lui a plant� la t�te dans le sol comme si c'�tait un pieu.
Il a dit : "C'est le Grand Homme Blanc.
"Alors, tu viens pas l'emmerder."
C'est comme �a
que je suis devenu n�gre honoris causa.
Dans un tribunal rattach� � l'�tat,
l'avocat de la d�fense a toute latitude
pour r�voquer certains jur�s, �a s'appelle le voir dire.
Je me souviens d'un proc�s dans le Bronx.
Il y avait un des jur�s qui ne me quittait pas des yeux.
Alors, Dave lui a demand� :
"Comment r�agiriez-vous si je vous disais que
"mon client, qui est assis devant vous,
"est absolument innocent ?"
Le jur� a r�pondu : "S'il est innocent,
"comment se fait-il qu'il soit l� ?"
Ils ont r�ussi � le r�voquer.
J'ai pris de l'assurance
apr�s le proc�s pour meurtre o� le jury l'avait encore acquitt�.
Je lui ai dit :
"Tu vas faire quoi ? Je suis d�j� n�gre."
Il m'a r�pondu : "Je te fais Noir honoris causa."
J'ai dit : "�a change quoi ?
"Je suis d�j� n�gre honoris causa."
Il a dit : "Dave, on fr�quente pas les n�gres."
C'est apr�s �a qu'on a commenc� � m'appeler "M. Intouchable".
Et j'ai d� me trimballer cette �tiquette partout.
Pourtant, j'�tais pas un gangster des films de Blancs.
Le mec qui prend la ville tout seul.
Le mec qui tue tout le monde, vole le b�tail et le reste.
Il a les plus belles nanas,
il passe son temps au saloon ou � flinguer des mecs.
Moi, j'�tais pas du tout ce genre de mec.
J'ai juste compris que la situation
se pr�tait bien aux id�es que j'avais en t�te.
Quand on a 45 kilos de came � �couler, il vaut mieux se faire aider.
Les Noirs inventent une nouvelle "mafia"
Le conseil, c'�taient des types
qui d�finissaient avec Barnes
la politique de l'entreprise,
comme un conseil ordinaire.
La premi�re chose
qui vient � l'esprit
quand on pense � une entreprise,
c'est la notion de hi�rarchie.
On s'imagine un P.D.G., un pr�sident,
un directeur financier et un D.G.
Une entreprise ill�gale est structur�e
comme celles qui exercent au grand jour.
�a fonctionne pareil.
Sept membres si�geaient au conseil.
Il y avait Frank,
Ishmael,
Gaps,
Wally,
Jazz,
Guy
et moi.
Guy, c'�tait le beau gosse,
il connaissait les filles.
Frank,
c'�tait la brute, le mec bourru.
Brother et Jazz �taient des philosophes.
Ils lisaient beaucoup et transmettaient leur savoir.
Partout o� on allait, on �tait connus.
On ne payait jamais rien,
tout le monde voulait faire partie du cercle.
Leur seule pr�sence faisait peur aux gens.
C'est Frank. Regarde-le !
Tu as vu ce sourire ? On s'entendait bien, lui et moi.
On gagnait plein de fric, �a marchait du feu de Dieu.
Frank r�p�tait souvent une phrase.
"On conna�t pas notre bonheur". C'�tait sa phrase.
"On conna�t pas notre bonheur".
L�, c'est Jazz.
La grande qualit� de Jazz, c'est qu'on pouvait compter sur lui.
Si on lui disait de mettre une cagoule et de faire tel ou tel truc,
il �tait toujours partant.
L�, c'est Scrap.
Scrap avait �t� amen� par Jazz, c'�tait un mec tr�s fiable.
Scrap aurait livr� de la came jusqu'en enfer pour Jazz.
L�, c'est Guy, le benjamin.
C'�tait vraiment celui qui aimait le plus le fric.
J'aimais bien sa fa�on de g�rer les choses.
Il me consid�rait un peu comme son p�re.
Ils �taient ma famille, j'�tais le p�re.
Je me souviens d'un soir,
je rejoignais Jazz dans un bar.
Je br�le un feu. Les flics m'arr�tent.
Ils m'emmerdent un peu, ils me demandent mes papiers.
Smitty me voit sortir mon permis
et il dit : "On s'en branle de ce flic."
J'h�site un moment. Je dis : "T'es s�r ?"
Il r�pond : "Va rejoindre Jazz."
"Toi, le flic, d�gage."
Et le flic est parti.
C'�tait �a, le pouvoir ! Je voulais �tre dans ce camp-l�.
Je me sentais invincible.
Le serment de notre confr�rie comportait sept mots.
Un pour chaque membre du conseil.
"J'aime mon fr�re
"autant que moi-m�me."
Et il y avait une certaine dynamique mystique
quand on disait cette phrase.
Parce qu'on se donnait la main
en pronon�ant ces mots.
"J'aime mon fr�re autant que moi-m�me",
c'est dans le Coran.
On �tait parfois critiqu�s
parce qu'on se disait musulmans.
On a le droit de puiser
dans les �crits qui nous �l�vent en tant qu'�tres humains
et permettent de nous unir.
Comme les Italiens le font avec la Bible.
Je vois pas o� est le probl�me.
Le souvenir qui me reste,
c'est que c'�taient des hommes.
Dans tous les sens du terme.
Ils se remettaient en question,
ils voulaient apprendre, voir le monde.
Ce qu'ils faisaient entre la 110e et la 155e Rue,
�tait une toute petite partie de leur univers.
Ils avaient une grande soif de savoir et d'action...
et de reconnaissance.
C'est quand m�me ces types-l� qui ont �t� � l'origine
du festival "Harlem Week".
Ils aimaient Harlem, ils aimaient les gens de Harlem.
On a le droit d'�tre riches si on aide nos fr�res.
Plusieurs fois par an,
� P�ques, � No�l, au jour de l'an, et � Thanksgiving,
les gens venaient demander de l'aide.
Ils repartaient avec une dinde.
Il avait une certaine forme de g�n�rosit�.
Les dindes � Thanksgiving, l'argent.
Il reversait une infime partie de ce qu'il volait � la communaut�.
Mon but a toujours �t� l'argent.
�a peut para�tre dur mais si un mec veut se d�foncer,
c'est son probl�me. J'�tais pas cur�, j'�tais dealer.
J'avais un mec qui testait ma came.
Claw, sur la 116e Rue.
Il avait un bras �norme. Il est mort quand on l'a amput�.
Son corps se nourrissait de ce poison.
D�s qu'on l'a hospitalis�...
Si la came le faisait tripper, c'�tait de la bonne.
Il �tait cam� jusqu'� l'os.
Alors, si �a lui faisait de l'effet, c'�tait bon.
Si c'�tait de la merde, je me pointais et il m'envoyait chier.
"Il me faut de la vraie came, ton truc, c'est de la merde !"
Je crois qu'on a apport� notre savoir-faire � ce m�tier.
J'�tais un ancien toxico, Frank James aussi.
Thomas Foreman et Joseph Hayden �taient anciens toxicos.
Si t'as pas de clients, tu vends rien.
C'est les clients qui font le march�, les anciens savaient �a.
Ils avaient tout compris, ils soignaient leur client�le.
Barnes avait �t� toxico,
c'est pour �a qu'il avait une autre approche de ce boulot.
On achetait leur produit, les clients payaient.
Les clients, c'�taient des dollars.
Les gens qui entendent parler de Nicky Barnes
s'imaginent un mec qui ach�te la came, la coupe,
et glande dans les squares pour la vendre aux gosses.
Mon entreprise avait atteint un tel niveau de sophistication
que je ne faisais que rencontrer mon fournisseur.
Mon plus gros fournisseur �tait l'Italien Matty Madonna.
On prenait rendez-vous et il me disait ce qu'il avait en stock.
Je lui envoyais une voiture. La drogue �tait plac�e � l'int�rieur.
La voiture �tait gar�e � un endroit convenu.
Ensuite, je d�cidais qui allait chercher la voiture.
� partir de l�, tout �tait r�gl� comme du papier � musique.
Les filles �taient autour d'une table,
on les payait pour faire ce boulot.
Mais il y avait des vols.
J'ai eu l'id�e de les faire bosser nues. Il a trouv� �a bien.
"Tu sais ce qu'on va faire ?"
"Quand elles arrivent, tu leur dis de se d�saper."
"De bosser � poil."
"Si elles refusent, on les embauche pas."
C'est parti de l�.
On commen�ait vers 6 h du matin.
Et on arr�tait vers 18 h.
Je vendais entre 1 500 et 2 000 doses par jour.
Je me faisais
je dirais entre 10 000...
entre 10 000 et 15 000 dollars par jour.
L'argent �tait si important pour moi,
il avait tellement de valeur,
qu'il servait d'indice de r�f�rence pour mesurer tout le reste.
C'est �a le r�ve am�ricain, devenir riche pour s'acheter des trucs.
Il fallait que j'aie des dizaines de liasses
chez moi en permanence,
juste pour me sentir bien.
Il a organis� le conseil
en prenant exemple sur la Mafia.
Il avait beaucoup appris avec la Mafia.
C'�tait un bon �l�ve, et parfois l'�l�ve d�passe le ma�tre.
C'est le moment o� il a commenc� � amasser des fortunes,
il �tait plus riche que les Italiens.
Le fric de la came reste � Harlem.
Dehors la Mafia, la police, les maires, les s�nateurs,
les juges et les pr�sidents.
C'est notre pognon,
on se le garde.
J'ai eu un diff�rend avec Carmine Galante.
Il disait que je commen�ais � prendre la grosse t�te.
Carmine pensait que East et West Harlem
appartenaient aux Italiens.
Pour lui, les Noirs qui voulaient se mettre � leur compte
venaient remettre en cause leur pouvoir colonial.
J'ai �t� le premier Noir qui a dit � un Blanc :
"T'as plus le droit de venir ici, connard.
"Pour encaisser le fric que te doit ce mec,
"tu t'adresses � moi.
"J'ai un 9 mm qui mettra tout le monde d'accord.
"Les donn�es d�mographiques ont chang�.
"Il va falloir l'admettre.
"Maintenant, je suis l�.
"Maintenant, on est l�.
"Et ici, c'est chez nous."
C'�tait le bon temps.
Le courant passait super bien entre nous deux.
Et elle adorait d�penser le fric.
Elle adorait le shopping, elle adorait les bijoux.
Je disais qu'elle �tait ceinture noire de shopping.
Si des chaussures me plaisaient,
je les prenais dans chaque couleur.
J'avais une bo�te pleine de fric.
Il y avait 2 ou 3 millions de dollars dedans.
Il me disait juste :
"Note sur un papier les montants que tu retires.
"Comme �a quand j'apporterai le fric...
"aux gars, il manquera rien.
"Je voudrais pas qu'ils croient que je les arnaque de 50 000 dollars."
J'avais la belle vie.
Et du coup, c'est tr�s dur de r�sister � tout �a.
Sa femme m'adorait, c'�tait mon idole.
Elle voulait m'apprendre les bonnes mani�res.
Thelma me faisait marrer avec �a.
C'�tait son obsession. Moi, je voyais pas trop l'int�r�t.
Un jour, elle m'a emmen�e chez le coiffeur Henri Bendel
o� ils faisaient aussi les massages, les soins des pieds, la manucure.
J'�tais pas habitu�e � �a.
Notre premier enfant �tait une petite fille.
Il �tait fou de joie, vraiment.
Avec lui, j'avais toujours l'impression d'�tre une petite fille.
Je ne pourrais pas vous donner
une d�finition conventionnelle de l'amour.
J'�tais un voyou, je voulais une femme qui aille avec cette vie.
�a impliquait quelques r�gles de base.
Il fallait qu'elle accepte que son mec soit dealer.
Qu'elle me dise : "J'ai envie de partager �a avec toi.
"Je sais que �a fait partie de toi.
"Et je suis pr�te � apporter ma contribution."
Un jour, on allait dans le New Jersey
et il m'a montr� une maison.
Je l'ai trouv�e magnifique.
Il m'a dit : "Elle est � toi." J'ai failli m'�vanouir.
Parfois quand il rentrait le soir...
J'�tais danseuse et il voulait que je lui apprenne le hustle.
Et je me souviens que parfois, il rentrait tard
et ma fille, qui �tait d�j� grande, l'entendait rentrer.
Elle sautait sur le canap� en disant : "Ce soir, tu danses !"
Je crois qu'on peut dire que j'�tais un jouisseur imp�nitent.
Si je voulais un truc, je faisais tout pour l'avoir.
Les femmes.
J'ai fait quelques exc�s dans ce domaine.
La coca�ne pure et les jeunes femmes
exer�aient une fascination sur moi.
Elles avaient toutes vingt ans de moins que moi.
ShaMecca !
C'�tait ma pr�f�r�e.
Un corps de r�ve. Les hanches larges, la taille fine,
un bon cul, des seins super, un joli visage.
Elle �tait magnifique.
Je l'ai pr�sent�e � Nicky.
Elle �tait canon.
Je l'ai amen�e � une f�te, elle �tait tout en blanc.
Nicky m'a demand� qui c'�tait, je lui ai pr�sent�e.
Quelques jours passent
et je la vois arriver au volant d'une Mercedes.
C'est dur de d�crire ShaMecca.
Elle �tait belle et elle le savait.
Quand elle a compris que Nicky �tait dingue d'elle,
elle a compl�tement d�rap�.
On a tout de suite su qu'avec elle, ce serait pas la m�me histoire.
Il avait des sentiments pour elle.
Il tenait vraiment beaucoup � elle.
Il a un peu d�laiss� Thelma.
J'avais deux enfants,
je passais le plus clair de mon temps � la maison.
Il a commenc� � fumer de la PCP.
C'est � ce moment-l� qu'il a commenc� � changer.
J'ai commenc� � me d�foncer � la PCP.
Je m�langeais plein d'autres trucs avec.
Je prenais un m�lange qui prolonge l'orgasme.
C'�tait quelque chose !
Non seulement tu prends ton pied,
mais t'as l'impression de faire �a au ralenti.
Quand j'�tais avec Mecca, on en prenait tous les deux.
Et on jouissait en m�me temps.
Putain, c'�tait carr�ment le pied !
Il �tait toujours entour� de meufs canon.
Je disais : "C'est cool d'�tre le roi", mais il �tait pas d'accord.
Il disait qu'il valait mieux �tre "un prince parmi les voleurs".
Parce que le roi, c'est le premier qui saute.
"T�te couronn�e n'est pas s�re de durer."
L'ennemi public num�ro un des �tats-Unis
est l'usage de stup�fiants.
Pour vaincre cet ennemi,
il est n�cessaire de lancer une grande offensive.
On a mis la pression sur les dealers.
Ils avaient peur que �a d�rape quand on d�barquait.
On sait d'o� c'est venu.
La croisade anti-drogue �tait motiv�e par le racisme.
Il suffit de voir qui a �t� arr�t�.
La drogue se vendait carr�ment dans les rues de Manhattan
et certains quartiers �taient devenus tr�s dangereux.
Il y avait la prostitution, les braquages,
les cambriolages,
les mecs qui se tiraient dessus,
le vandalisme,
les bagarres, les fusillades.
Et la cause de tous ces d�lits, c'�tait l'argent de l'h�ro�ne.
� New York, il y avait 2 000 meurtres par an.
La guerre des gangs faisait des morts tous les jours.
Il fallait agir vite.
Les chefs de la communaut� et les hommes politiques
ne voulaient pas voir toute une g�n�ration de jeunes
d�cim�e par la drogue et des gens comme Nicky Barnes.
Ils voulaient que je sois le premier � �tre arr�t�
apr�s le vote de la loi anti-drogue Rockefeller.
Les services anti-drogue am�ricains (D.E.A)
et les flics des stups me l�chaient pas d'une semelle !
Faut aller choper les rats dans l'�gout.
Il y a toujours une part de chance.
Notre chance dans l'affaire Barnes,
c'est que le FBI
nous a pr�sent�s Bob Geronimo.
C'est gr�ce � lui qu'on a r�ussi � s'infiltrer.
Les bagnoles, �a compte vachement dans le ghetto.
Des mecs roulaient
en Mercedes, en Cadillac,
ou avaient des Buick neuves,
et pourtant, ils vivaient dans des cit�s.
Il y avait un jeune du quartier, Wally Fisher, qui volait des bagnoles.
Il savait que j'achetais des bagnoles neuves.
Un jour, je sors de chez moi,
ma Corvette avait disparu.
Si Wally m'avait vol� 7 000 dollars en liquide,
�a m'aurait moins fait chier.
Il a chour� ma bagnole, �a se fait pas.
C'est Wally qui avait d�clar� la guerre.
Je pouvais pas en rester l�. Point barre.
Et j'allais tout faire pour me venger.
Mon oncle �tait dans la mafia dans le Harlem italien.
Il avait grandi avec les Noirs.
Il connaissait Wally Fisher.
Wally �tait le fr�re de Guy Fisher, le bras droit de Nicky Barnes.
Il m'a dit : "Je connais Nicky Barnes, �a peut t'int�resser."
Robert Geronimo
avait un nom de code.
Avec un nom pareil, c'�tait inutile.
Welcome Back Kotter �tait une sitcom de l'�poque.
Il y avait un personnage de petite frappe,
un Blanc, qui s'appelait Barbarino.
Et c'�tait le nom de code de Geronimo.
Enfin, un jour, on m'a pr�sent� Geronimo.
J'ai jou� cartes sur table avec lui. J'ai dit :
"On va faire �quipe, on sera comme deux fr�res."
"On va devoir faire des choses pas toujours nettes
"dont on n'ira pas se vanter.
"C'est le seul moyen de r�ussir. Mais �coute-moi bien.
"On est ensemble, on est comme deux fr�res.
"Si tu me baises, t'es mort."
Le premier truc, c'est que je me suis jamais senti blanc.
C'est vrai, j'ai la peau blanche
mais je parle et je pense comme un Noir.
J'avais l'habitude de vivre avec ces mecs-l�.
Rien � voir avec le Blanc qui d�barque :
"Salut, les gars, je viens acheter de la drogue."
Quand Louie est arriv�, les gens se sont dit
qu'on pouvait pas �tre flics, ni gros bras de la mafia,
�a aurait �t� trop gros.
C'�tait tellement gros que c'est pass�.
Wally �tait � cette �poque
une sorte de coursier pour l'organisation Barnes.
C'�tait un joueur sur le banc de touche, il attendait son heure.
Il avait envie de rentrer sur le terrain.
Je crois que Wally se sentait un peu rabaiss�.
Il voulait devenir quelqu'un, �tre respect�.
Il avait trouv� un moyen d'y arriver.
En travaillant avec nous.
Wally �tait le maillon faible et on allait attaquer par l�.
C'�tait ni Wally ni Guy Fisher qui nous int�ressaient.
C'�tait Nicky Barnes.
La r�gle, c'�tait de ne jamais parler de drogue
en voiture, au t�l�phone ou dans la maison.
Partout o� on pouvait nous entendre.
Si on se r�unissait pour discuter de quelque chose,
on mettait le mixeur en marche et l�, on parlait boutique.
Des fois, les stups me filaient le train.
�a arrivait souvent mais je les semais, ces connards.
Il y avait des itin�raires que je connaissais par c�ur,
je les larguais dans la nature.
On voulait leur acheter de la came.
On tapait tous azimuts.
Enfin, un soir, je trouve des mecs qui en vendaient.
C'�tait marron, un gros morceau. J'avais jamais vu �a.
Je mouille mon doigt, je le plante dedans et je le l�che.
J'avais vu �a � la t�l�.
J'ai jamais rien go�t� d'aussi crade.
Ils se sont dit : "Qu'est-ce qu'il fout, ce tar� ?"
J'ai fait la grimace.
On fait �a avec la coke, pas l'h�ro�ne.
Les stups m'avaient dit
qu'on racontait que les "cul-terreux" allaient buter Nicky.
Frank Lucas et sa famille venaient de Caroline du Sud.
Il para�t qu'un type
lui envoyait la came aux �tats-Unis
dans des cercueils depuis le Vi�tnam.
Leur came �tait super bonne.
Ils nous devaient une taxe. Ils avaient le produit
mais pas le pas-de-porte. Harlem et le Bronx �taient � nous.
Frank avait une grande gueule et il parlait comme un bouseux.
Il beuglait : "Comment je vais te le buter, l'encul�.
"Putain, tu vas voir !
"J'en ai rien � branler."
On les appelait pas les "cul-terreux" pour rien.
Ils venaient de la campagne.
Leurs mani�res, leurs sapes, tout �tait plouc.
Ils savaient pas ce que veut dire "porter � gauche".
C'est le c�t� o� tu mets ta bite,
le tailleur qui fait tes fringues doit savoir �a.
Ils voyaient pas du tout de quoi on parlait.
Parce qu'ils mettaient que du pr�t-�-porter !
Il n'est jamais all� jusqu'� me faire l'affront
de dire qu'il allait mettre un contrat sur ma t�te.
Le fait d'�tre blanc est le pire danger pour un agent.
Parce que si tu te fais choper en mission
et qu'ils te prennent pour un indic, ils te d�rouillent.
Nicky avait un regard qui te transper�ait.
Un jour, un type me dit que Nicky veut me voir.
J'avais pas le choix, je devais y aller.
Mais ils auraient tr�s bien pu me tomber dessus, m'�gorger,
ou me tirer une balle dans la t�te, alors, j'en menais pas large.
Je n'avais que 10 m�tres � faire � pied,
mais j'ai eu l'impression que �a durait trois heures.
Quand je suis entr� dans la pi�ce, il m'a regard� et m'a dit :
"Tu veux de la coke ?"
J'ai dit : "Sans fa�on."
Tout le monde s'est marr�, �a a d�tendu l'atmosph�re.
Geronimo n'avait jamais peur.
Mais je sais que Barnes butait les indics.
S'il avait un doute, il les butait,
il ne prenait aucun risque.
Dans ce boulot, si tu ne veux �liminer personne,
tu ne survis pas.
C'est simple � comprendre.
Au fur et � mesure, tu te rends compte
que si tu refuses d'�liminer les mecs,
c'est toi qui risques d'y passer.
Tu es oblig� d'avoir recours � la violence
si tu veux r�soudre certains probl�mes.
Ce sont les r�gles du jeu, elles ont toujours �t� les m�mes.
Si tu comprends pas �a, t'es mort.
Celui qui vend de l'h�ro�ne
et qui refuse d'�liminer, sera �limin�.
Nicky Barnes n'avait aucun �tat d'�me,
il faisait son travail.
Le travail, c'est le mot qu'il utilisait lui-m�me.
Pour eux, il �tait indispensable
d'�liminer tout ce qui pouvait symboliser la loi.
D'�liminer les t�moins potentiels qui mena�aient l'organisation.
Ils n'avaient aucun scrupule � commettre des meurtres.
Les meurtres � la tron�onneuse, �a peut para�tre bizarre,
mais c'�tait comme des obligations contractuelles.
Aussi cruel que �a paraisse, il y avait une finalit� l�-dedans.
On parle de deux syst�mes de valeurs radicalement diff�rents.
Si vous allumez votre t�l�vision le soir
et que vous voyez la photo
d'une jeune personne
qui a commis un attentat suicide,
vous ne pouvez pas concevoir qu'on puisse faire �a.
Mais pour ceux qui vivent dans ce syst�me de valeurs,
�a se con�oit tr�s bien.
Gerald Ford refuse de sauver New York de la faillite
C'�tait durant l'�t� 1976.
On avait su par des informateurs
qu'il organisait une f�te pour son anniversaire.
J'ai organis� une grande f�te pour Nicky
dans l'immeuble Time-Life.
La question qui revenait, c'�tait : "T'as une invitation ?"
Ceux qui n'en avaient pas �taient des parias.
Je trouvais l'endroit tr�s s�curis�.
Il y avait deux salles o� les gardes du corps
pouvaient fouiller les invit�s.
Je ne voulais pas d'armes � feu dans la f�te.
Et je ne voulais pas de policiers en civil.
Cette f�te �tait une aubaine pour voir qui �taient ses complices
et pour les voir tous r�unis.
On a d�cid� d'infiltrer la f�te.
Et on voulait photographier tous les protagonistes
qui viendraient � cette somptueuse r�ception.
Au beau milieu de la soir�e, il devait �tre 3 h du matin,
un type totalement na�f d�barque et me dit :
"Mme Barnes, il y a des agents du FBI dans la rue
"qui inspectent les voitures et notent les num�ros des plaques."
Cette soir�e est entr�e dans la l�gende
parce que tous les serveurs semblaient parler � leurs plateaux.
Un de nos hommes s'�tait fait engager comme ma�tre d'h�tel.
Il �tait bien plac� pour observer
les cadeaux offerts � Nicky Barnes.
Il y avait des gens qui lui tendaient des sacs de billets.
C'�tait un trafiquant arrogant qu'il fallait abattre.
"Dieu b�nisse l'Am�rique". On disait �a aux anniversaires.
On avait une libert� qu'on n'aurait eue nulle part.
Et on en profitait.
On voulait investir dans des affaires l�gales
pour g�n�rer suffisamment d'argent propre.
C'�tait un sujet r�current
dans les diff�rentes r�unions du conseil.
Le r�ve de tout gangster,
c'est de pouvoir devenir un jour
un homme d'affaires respectable.
Mettre ses enfants dans les �coles priv�es
pour qu'un jour, ils deviennent s�nateurs.
� cette �poque-l�, il disait
qu'il �tait sur le point de tout arr�ter
parce que ses investissements rapportaient.
Il parlait souvent des ambitions qu'il avait pour nos filles.
Madonna me fournissait des tonnes de came.
L'affaire �tait juteuse
et tellement bien rod�e,
qu'on pouvait se consacrer � d'autres objectifs.
On �tait arriv�s au sommet.
On m'a demand� d'�crire un article sur lui.
J'ai accept�, c'�tait trop tentant.
Parce qu'il narguait tout le monde.
Que ce soient avec les Italiens, les juifs ou les Irlandais,
la dynamique �tait la m�me :
on commet des crimes, on tue des gens,
on s'enrichit,
on investit dans des affaires l�gales
et on devient chef d'entreprise.
J'ai re�u un coup de fil
d'un certain Fred Ferretti.
Il m'a dit qu'il allait publier
un article dans le New York Times.
Ils voulaient sa photo en couverture.
Deux jours apr�s, je re�ois un appel d'un type
qui se pr�sente sous le nom de A.M. Rosenthal.
Il me dit : "Je m'appelle A.M. Rosenthal et je voudrais..."
Je dis : "Vous ne comprenez pas.
"Il est impossible
"que M. Barnes pose pour vous."
Il dit : "Non, c'est vous qui ne comprenez pas."
"Si vous refusez qu'il pose pour cette photo,
"o� et quand il le voudra,
"je publierai une photo
"prise lors de son arrestation en pleine nuit.
"C'�tait une arrestation pour meurtre. Il y a un num�ro en bas de la photo
"et il a une t�te de tueur fou.
"�a fera bien en une du New York Times."
J'ai dit : "Envoyez un photographe."
Il m'a demand� d'apporter des v�tements.
J'ai choisi sa cravate bleu, blanc, rouge.
Parce qu'on est habitu� � voir
les Afro-am�ricains sur des photos de la police
avec des t�tes de coupables.
J'�tais fier de faire la couverture mais en m�me temps,
j'esp�rais que les couleurs de la cravate
seraient plus convaincantes
que le titre "M. Intouchable".
Je me rappelle avoir ouvert le magazine du New York Times
et d'y avoir vu un type s�r de lui
qui nous narguait en disant : "Je suis M. Intouchable."
Quand j'ai lu l'article, j'ai flipp�.
�a a foutu un de ces bordels !
Si on avait des probl�mes avant, c'�tait quatre fois pire apr�s.
Il y a des r�gles. Le r�le des flics, c'est de te choper.
Le tien, c'est de leur �chapper. Mais tu viens pas les narguer.
Tu fais la une du New York Times � c�t� du titre "M. Intouchable".
T'es d�bile ou quoi ? Tu d�connes !
Je suis arriv� au bureau le lundi matin
� 8 heures,
et mon t�l�phone a sonn�.
C'�tait Griffin Bell, le ministre de la Justice
de l'�poque.
Il a dit qu'il sortait d'une r�union du cabinet
et que le pr�sident Carter avait lu l'article.
Il a ajout� que c'�tait le dossier prioritaire des �tats-Unis.
Un mois plus tard, le pr�sident nous a �crit
un courrier tr�s bien tourn� qui signifiait :
"Foirez pas votre coup."
Quand j'ai commenc� � faire �quipe avec Geronimo,
on se prenait pour les chevaliers blancs de Harlem.
On voulait pas traiter en direct avec Nicky.
C'�tait pas une bonne id�e.
Mais c'�tait le chef, on devait approcher ses hommes.
J'ai dit � Wally : "Dis � ton patron
"que non seulement...
"je peux acheter de la came pour eux
"mais je peux aussi rendre des services. Tout ce qu'ils veulent.
"Pour blanchir l'argent, j'ai des contacts � New York.
"Je le fais moi-m�me."
Wally a transmis � Jazz.
Et Jazz a voulu prendre la temp�rature.
Il a mordu � l'hame�on.
Je dirigeais plein de petits commerces
et j'avais trop de liquide en petites coupures.
Je ne voulais ni le d�clarer, ni le mettre � la banque.
Je cherchais un moyen de m'en d�barrasser.
Et j'avais besoin de quelqu'un pour m'aider.
On m'a dit que Wally connaissait un type qui faisait �a.
Et la personne qui m'a �t� recommand�e,
�tait un agent des stups.
Wally �tait un petit branleur !
Personne ne lui demandait jamais rien.
Je me demande comment Jazz a pu s'adresser � lui.
Sauf que Jazz n'avait qu'une id�e en t�te,
faire croire qu'il volait de ses propres ailes.
Alors qu'il d�pendait de moi.
Jazz nous appelle pour faire une autre op�ration de blanchiment.
Geronimo et moi, on monte.
Jazz est d�j� l�.
Sympa, super bien sap�.
Un m�daillon incrust� de diamants
avec son pr�nom �crit en gros.
Je ne me suis pas pos� de questions.
Je ne faisais rien de mal, je n'avais aucune raison de m'inqui�ter.
C'�tait juste un petit �change de billets.
Une transaction basique.
J'y suis all� au culot. J'ai dit : "�coute, Jazz,
"j'ai achet� de la came � tes potes mais c'est n'importe quoi."
"J'ai pris 8 000 $ d'h�ro�ne � Petey et c'�tait vraiment de la merde."
Moi, je voulais juste ramasser mon fric.
Lui, il remettait toujours la came sur le tapis.
Je faisais : "Oui, d'accord."
En fait, je voulais en finir.
J'attendais ton colis.
Et apr�s �a, j'ai achet� un demi-kilo � Fat Stevie.
Je l'ai pas trouv�e terrible.
C'�tait pire que la came de Petey.
J'esp�rais que Jazz me r�pondrait : "Putain, de quoi tu parles ?"
"C'est qui, ces mecs-l� ?"
Il faut que tu m'envoies ces mecs.
Dis � Geronimo de passer vendredi soir.
On essaiera de comprendre ce qui se passe.
Il �tait tomb� dans le panneau. Encore une fois.
On avait des preuves sur bande magn�tique.
Toute la logistique a �t� mise en place.
Il y avait un nombre hallucinant de policiers et d'inspecteurs.
Le FBI. C'�tait un coup �norme.
J'ai vu les flics en planque.
Et quand je suis sorti du bar,
j'ai l�ch� mon arme
et j'ai �t� arr�t�.
Quand ils l'ont arr�t�,
ils n'ont pas trouv� de drogue sur lui.
Ils l'ont inculp� de "entreprise criminelle continuelle",
c'�tait une toute nouvelle loi.
L'accusation a �t� fabriqu�e de toutes pi�ces.
Ils avaient que dalle contre moi.
On avait noy� Harlem, le Bronx et Brooklyn sous la drogue.
Je ne dis pas le contraire.
Mais on avait �t� tellement habiles
qu'on n'avait jamais �t� surveill�s jusque-l�.
Je connaissais m�me pas Diaz.
Il est vrai qu'on a eu des probl�mes
avec presque toutes les pi�ces � conviction.
On avait une grande vari�t� de t�moignages �clat�s.
Mais pour revenir � l'organisation, on avait des preuves
qui impliquaient chaque membre de l'organisation
et qui collaient parfaitement
avec ce que nous avait dit Wally Fisher
sur tous les membres du r�seau de haut en bas.
Le gouvernement voulait � tout prix
que le proc�s de Nicky Barnes serve d'exemple.
Et ils �taient pr�ts � tout faire pour �a.
Notre objectif �tait de remonter jusqu'� Barnes
parce qu'il �tait "M. Intouchable".
Personne n'arrive � le condamner
C'�tait le premier jury anonyme de l'histoire des �tats-Unis.
� quoi �a rime un jury sans nom et sans adresse ?
On ne connaissait ni leur religion, ni leur origine culturelle,
ni leur situation sociale.
Le proc�s �tait une mascarade.
Ils ont inculp� 15 personnes de trafic de drogue,
alors que la plupart ne se connaissaient pas.
La v�rit�, c'est qu'ils avaient
des heures de bandes enregistr�es.
On nous avait mis sur �coute, on avait �t� espionn�s,
leurs informateurs portaient des mouchards.
Et malgr� tout �a,
ils n'avaient aucune preuve contre Nicky Barnes.
Il �tait �vident
qu'on n'allait pas voir Nicky Barnes vendre de la drogue dans la rue.
Pas plus qu'on ne voit le P.D.G. de General Motors
sur la cha�ne de montage.
C'est devenu notre quotidien. On se levait le matin,
et on allait assister au proc�s.
Ils avaient un t�moin-cl� qu'on ne connaissait pas.
Son t�moignage a tout foutu en l'air.
Elle a confirm� "l'entreprise criminelle continuelle",
c'�tait pas bon.
Et puis, le pr�sident Carter voulait qu'on le mette en prison.
En plein milieu du proc�s,
il y a eu la finale de base-ball
et Reggie Jackson a fait gagner son �quipe.
Le lendemain, Jimmy Breslin, dans le New York Daily News,
a rapport� la conversation qu'il avait eue
avec un gamin noir de Harlem qui devait avoir 8 ou 9 ans.
Breslin lui a dit :
"J'imagine que Reggie Jackson est ton h�ros ?"
Le gamin a dit : "Non, c'est Nicky Barnes."
J'ai appris que le jury allait rendre son verdict,
alors j'ai quitt� mon bureau
et Bob Fiske m'a rejoint dans l'ascenseur.
On allait vers la salle d'audience.
Et je me suis dit que Bob semblait tr�s calme.
Ce n'�tait pas mon cas.
Il m'a regard� et m'a dit :
"Je me demande ce que le jury veut encore savoir."
Je l'ai regard� et je lui ai dit :
"Tu n'as pas compris, il va prononcer le verdict."
Nicky Barnes �tait sans doute
l'un des plus gros trafiquants de drogue du pays.
Il arborait tous les signes ext�rieurs de richesse.
� 45 ans, on le surnommait "M. Intouchable"
car la justice ne pouvait rien contre lui.
Aujourd'hui, il est condamn� � perp�tuit�.
Quand le verdict tombe, on pense � la suite.
Je me suis dit qu'on allait faire appel.
On avait pr�vu, dans le cas o� je serais condamn�,
qu'on continuerait � investir dans les affaires
et � vendre de l'h�ro�ne.
On avait l'intention de continuer nos activit�s,
comme si rien n'avait chang�.
Je devais tenir le coup. J'avais les filles,
je devais tout faire pour conserver ce qu'il avait.
Nicky �tait en prison mais nous, on �tait toujours l�.
Tout devait continuer comme avant.
Mais personne ne m'a soutenue.
Et petit � petit, il s'est rendu compte...
il a entendu dire qu'il se passait des choses d�plaisantes.
J'avais pris perp�tuit� sans lib�ration conditionnelle.
Je continuais � aider ces pauvres cons
mais ils �taient pas r�glos avec moi.
Je me cassais le cul � leur fournir de la came
et eux, ils d�pensaient des fortunes
pour acheter de la came d�gueulasse.
Mais les choses se sont vraiment g�t�es
quand Guy n'a plus eu qu'une id�e en t�te,
me piquer ma place.
"Le roi est mort, vive le roi."
"Je suis le nouveau roi."
C'�tait le chaos.
Tout a chang� surtout apr�s l'arriv�e du crack.
C'�tait plus violent, bien plus dangereux.
Le clan de Barnes d�fendait son territoire
et ils tuaient � tour de bras.
Les r�gles ont chang�. C'est devenu n'importe quoi.
On est pass�s du r�ve au cauchemar.
Un jour, je suis pass�e au cabinet de David Breitbart.
J'ai vu qu'il avait �crit sur un morceau de papier :
"R�cup�rer les bijoux de Nicky chez ShaMecca."
J'ai appris qu'elle �tait la ma�tresse de Nicky.
Elle a appris pour ShaMecca
et elle �tait vraiment furieuse.
Elle a pris le nom de ShaMecca Barnes.
Et c'est �a qui m'a vraiment mise hors de moi.
Je ne savais pas si...
Il fallait qu'ils soient tr�s proches
pour qu'il lui donne son nom.
Il a continu� � mentir et je le voyais bien.
Apr�s �a, mes sentiments n'ont plus �t� les m�mes.
Mes sentiments n'ont plus �t� les m�mes.
Thelma.
Thelma m'a tromp�.
Alors, j'appelle un de mes potes.
Il me dit : "Tu sais, Nicky...
"je l'ai vue sur la 7e Avenue
"dans ta Mercedes blanche.
"Lui, je l'avais m�me pas vu.
"Ils m'ont fait signe de venir.
"Tito m'a fait signe de venir,
"tout �a pour me montrer qu'il t'avait chour� ta femme."
Thelma s'est mise avec ce type
et elle a commenc� � n�gliger
ses devoirs envers moi.
Nicky sait que j'�tais furieuse � cause de ShaMecca.
Mais il ne s'en vante pas.
Il ne dira jamais :
"Quand elle a su pour ShaMecca,
"elle �tait tellement en col�re qu'elle a pris un amant."
C'est pas le genre de la maison.
Il avait une petite amie, une belle femme qu'il aimait beaucoup.
C'�tait sa femme.
Et Guy Fisher...
il devait savoir qu'on ne fauche pas la femme du patron,
mais il l'a fait.
Quand Nicky l'a appris, il en a vraiment voulu � Guy.
On avait rachet� l'Apollo.
C'�tait Guy qui dirigeait les travaux de r�novation.
Et un beau jour, j'entends dire qu'on l'a vu
� l'Apollo avec ShaMecca.
Il l'avait embrass�e !
J'ai pens� � ce petit con avec ses fringues de p�d�.
Il m'avait piqu� ma femme.
J'ai r�fl�chi.
� quoi �a lui servait de faire �a, cet enfoir� ?
Guy voulait se mettre en position de m'imposer sa loi.
C'est moi qui impose la loi, pas lui.
On se tape pas la femme du roi.
Tu dragues qui tu veux mais tu violes pas les r�gles.
Il avait viol� les r�gles, il devait payer.
J'ai dit � Frank :
"Je veux que tu me butes Tito et Guy."
"Je les veux en position horizontale. C'est tout."
Il a r�pondu : "Je m'en occupe."
Il s'est occup� de rien
et � un moment, j'ai compris qu'il les tuerait pas.
Les gars avaient compris
que je sortirais jamais de taule.
Je me suis dit :
"Je ne peux plus commander,
"mais je peux le briser, cet enfoir�.
"Je ne peux plus commander mais je peux le briser."
J'ai re�u un coup de fil
de Jim Moss, mon sup�rieur.
Bill Tendy voulait nous voir.
Ils m'ont dit que Barnes avait contact� Bill Tendy.
Et Bill m'a fait �couter
la cassette audio d'une conversation
qu'il avait eue avec Barnes.
Vous vouliez me dire quelque chose, Nicky ?
Disons que j'ai quelques amis...
Enfin, plut�t des anciens amis.
Parlez plus fort.
Des amis �taient cens�s faire des choses pour moi.
Et en fait...
ils se sont retourn�s contre moi.
Je peux rien faire d'ici et je veux leur faire payer �a.
C'est ma motivation premi�re.
J'ai �cout� la cassette et j'ai tent� de comprendre
ce qu'il comptait y gagner,
car on n'avait pas grand-chose
� lui proposer en compensation.
Bill a dit : "C'est toujours la m�me histoire.
"Ils ne pensent qu'� se venger."
Nicky m'a d�nonc�e � la police.
L�, il m'a vraiment fait du mal.
J'ai �t� extrad�e vers New York.
Un jour, j'apprends en regardant la t�l�
que Leroy Nicky Barnes
t�moignait contre ses complices,
et ensuite les noms de ceux qui avaient �t� arr�t�s.
"La m�re de ses deux enfants."
Neuf anciens complices du parrain de la drogue de Harlem
sont inculp�s de trafic de drogue et de six meurtres.
L'homme qui les a d�nonc�s n'est autre que Nicky Barnes.
Quand j'ai appris �a, j'ai �t� tr�s surpris
parce que j'avais un grand respect pour lui,
comme tous les gens qui le connaissaient.
On ne s'attendait pas du tout � �a.
C'�tait difficile � croire.
C'�tait une belle histoire, il avait fait de nous des hommes.
On l'admirait et on le respectait,
alors qu'en fait, c'�tait un l�che.
Je vous le dis comme je le pense.
Je ne crois pas qu'il ait fait �a par int�r�t.
J'ai interc�d� en sa faveur.
Rudy Giuliani, procureur f�d�ral, a interc�d� en sa faveur.
Il savait forc�ment
que ce n'�tait pas gagn� d'avance.
Si Nicky avait caft� pour �viter d'aller en taule,
�a m'aurait beaucoup surpris.
Parce que c'�tait un John Gotti avant l'heure.
C'est le roi des gangsters. Un mec bien.
Mais apr�s, j'ai compris pourquoi...
Il aurait jamais balanc� quelqu'un sans raison.
Mais la vengeance, c'est plus fort que tout.
Juste avant le proc�s, ShaMecca a �t� assassin�e.
Elle �tait dans un bar
sur Broadway et Amsterdam, un bar branch� de l'�poque.
Deux types ont fonc� sur elle et lui ont tir� une balle dans la t�te.
ShaMecca a �t� tu�e.
Ils ont fait �a pour m'intimider.
Ils esp�raient que j'allais me r�tracter
ou que j'allais h�siter � venir t�moigner au proc�s.
Ancien parrain de la drogue � New York,
Barnes avait cr�� le conseil,
un groupe de sept hommes.
T�moin � charge dans un proc�s et une commission pr�sidentielle,
il accuse ses anciens associ�s de trafic de drogue et de meurtre.
Quand je suis arriv� au tribunal pour t�moigner,
j'ai �t� submerg� par un sentiment de culpabilit�.
Pourtant, j'avais �t� trahi.
J'avais toutes les raisons du monde de t�moigner contre eux
et aucune raison de me sentir coupable.
Mais c'est l'endoctrinement qu'on subit dans la rue,
la morale du crime, notre syst�me de valeurs,
qui finissent par l'emporter.
Et je me suis mis � pleurer � la barre.
Ces histoires...
ne sont racont�es que par des gens
comme Nicky Barnes.
Les gens qui racontent ces histoires-l�...
c'est des balances.
�a ne se fait pas de d�noncer ses amis.
� partir de l�, le type que j'avais connu n'existait plus.
L'ami que j'avais connu �tait mort.
Ils ont l'air de dire :
"Nicky, tu as enfreint la r�gle d'or."
Je leur r�ponds :
� quoi sert la r�gle d'or
si elle n'est pas un joyau attach� � la couronne du roi ?
Si tu invoques la r�gle d'or seulement pour la bafouer
et que tu l�ches ton roi, alors, ton roi va te cafter.
La fin d'un empire du mal
Je crois que mon t�moignage a provoqu�
75 ou 80 condamnations pour crime.
Il y a un quartier � la prison de Lewisburg
qui s'appelle "Nicky Barnes"
parce que tous les d�tenus ont �t� d�nonc�s par moi.
Je m'appelle Frank James.
J'appelle de la prison d'Otisville
dans l'�tat de New York.
Je purge la r�clusion � perp�tuit� incompressible, plus 40 ans.
Je suis l� depuis 23 ans et 11 mois.
La pire des choses qu'ait fait le gouvernement,
ou je ne sais pas qui,
a �t� de lui donner ce surnom de "M. Intouchable".
Quand les gens parlent de lui aujourd'hui,
ce qu'ils retiennent surtout...
Bien s�r, tout le monde sait qu'il a d�nonc� ses complices,
mais on retient surtout que c'est un ancien toxico
qui a r�ussi � se hisser au sommet.
Une chose est s�re, cette vie ne dure pas.
Je suis comme tout le monde, je suis endett�.
Mais je rentre chez moi le soir et �a me pla�t comme �a.
J'ai pas besoin de dormir avec un flingue sous l'oreiller.
Mes amis peuvent d�barquer � l'improviste.
Avant, ils savaient m�me pas o� j'habitais.
Je ne suis plus oblig� de voyager sous une fausse identit�.
J'essaie de me racheter
et de transmettre ces valeurs aux jeunes qui veulent �tre gangsters.
Je ne cherche pas � nous justifier
ou � expliquer quoi que ce soit
sur ce qui s'est pass� � l'�poque,
la drogue � Harlem, la violence et tout le reste.
Mais je pense que...
en tout cas, c'est mon avis,
les vrais criminels de ce pays,
bien que les m�dias se concentrent toujours
sur ceux qui sont au bas de l'�chelle sociale,
les vrais criminels sont au sommet.
Je suis toujours l�.
Je suis toujours l� et je m'accroche.
Il est temps de passer � autre chose. Tu as fait ce que tu as fait.
Je n'ai plus d'amiti� pour toi, mais je n'ai pas de haine non plus.
Comment �a se fait ? J'aimerais bien pouvoir te le dire.
Mais je n'en sais rien.
Je n'irai pas jusqu'� te souhaiter du bonheur
mais je ne te veux pas de mal.
Vas-y, continue � vivre ta vie.
Fiche-nous la paix, arr�te de parler de tout �a.
Si tu dois vraiment parler, envoie un message positif aux jeunes.
Dis-leur que ce que tu as fait, c'�tait mal.
Il faut que tu leur dises �a.
Arr�te un peu de te repasser le film de ta vie.
Parce que si on y r�fl�chit, on n'a rien fait.
Quoi que tu aies fait dans le pass�, maintenant, c'est fini.
Repose-toi.
Repose-toi, mon fr�re.
J'ai �galement lu Moby Dick.
Achab poursuivant sans rel�che la baleine blanche
me fait penser � ce qu'on faisait avec le dollar.
Achab est pr�t � assumer
toutes les cons�quences que �a implique.
Le capitaine Achab
est l'acteur principal de sa destruction.
� un moment, Achab dit :
"Mon plus grand tourment est devenu ma plus grande joie."
C'est cette obsession qui l'anime.
C'est cette m�me obsession
qui nous animait tous quand on courait apr�s le dollar.
On �tait pr�ts � tous les sacrifices pour atteindre notre but.
En devenant un "t�moin prot�g�", j'ai renonc� � Nicky Barnes.
Aujourd'hui, je suis un autre homme
avec un autre syst�me de valeurs.
Des valeurs qu'ils ne comprennent m�me pas.
Ils peuvent toujours me traiter de balance.
Je pr�f�re �tre l� o� je suis
et passer pour un tra�tre,
que d'�tre en taule et passer pour un mec r�glo
pendant qu'ils continuent � enfreindre les r�gles.
Je suis libre, ils sont en taule !
Guy : perp�tuit� sans lib�ration conditionnelle.
�a veut dire qu'il mourra en prison.
Frank aussi mourra en prison.
Ne croyez pas qu'avec le temps, je me dis :
"Je leur pardonne
"car ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient."
Non, il n'y a pas de danger.
Ce que je me dis, c'est :
"Je leur pardonne, mais ils ont compris leur douleur."
"Fallait pas me faire chier."
Adaptation : Isabelle Audinot
Sous-titrage : Vdm
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