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Vous vous souvenez de moi, Monsieur?
Cherchez bien.
Ai-je donc tant changé?
Rappelez-vous.
Le Marquis de Pa-ta-tras!
Vous y êtes! J'étais tombé en dansant.
Pa-ta-tras! C'est d'un piquant!
Je ne m'en suis jamais relevé.
Où est-il, votre bel esprit?
Envolé?
Fâcheuse perte pour les salons.
Mais j'ai vu...
bien des pays, depuis...
avec des moeurs plus rudes.
Mais j'y pense encore.
Mais je vous fatigue, Monsieur.
J'attendrai Mme de Blayac au salon.
Elle est à sa toilette.
J'ai peur que, dans sa joie, M. De Blayac ne se soit oublié.
- Rentre chez toi. - Mais...
Tu trembles, tu as les yeux brillants.
Ne bouge pas.
C'est qu'on manque de bras...
Le père a la fièvre.
Le roi - dit-on - guérit ceux qu'il touche.
On peut tous faire des miracles.
Tu ne me crois pas?
Je te fais une promesse.
Nous chasserons le mal des marais.
En faisant dire des messes?
Non.
Avec des digues et des canaux.
En plantant des arbres, en semant.
Ce pays deviendra beau, tu verras.
Te voilà chez toi.
Quand tu verras le roi, fais-lui bénir ma médaille.
Promis, Léonard.
Il te faut ma bénédiction.
Ta mère s'inquiète de ce voyage.
Il faut garder espoir.
Oui, en Dieu.
Versailles a été assaini par la volonté d'un homme.
Par la volonté d'un roi!
Je remuerai Versailles.
Le roi m'entendra.
A genoux!
Le chapeau, voyons.
In nomine Patri et Filii... Amen.
A bientôt.
Un de nos plus beaux esprits.
Et quelle bonne mine!
Milletail!
Rentré d'Amérique?
Versailles me manquait, M. De Bellegarde.
Votre présence m'étonne.
J'aurais préféré I'enterrer vivant.
Mais Dieu dispose de nous.
Messieurs! Nous nous recueillons!
Venez plutôt souper.
Nous serions mieux devant une volaille.
La Blayac va traverser une crise d'austérité.
C'est la maison de M. De Blayac?
Oui. Vous êtes de la famille?
Je lui suis recommandé.
Vous tombez bien. Il reçoit...
Vous le reconnaitrez facilement à sa veuve.
Son esprit nous éclairait.
- Mon mari vous estimait.
- L'Académie est en deuil.
- Il lui était si dévoué.
- Quelle perte!
Mon Dieu!
Condoléances. C'était un ami de mon père.
Du mien aussi.
Je viens des Dombes.
Jamais venu à Versailles?
J'y suis né par hasard.
Ah, courtisan de naissance!
On peut naître dans une écurie sans se croire cheval.
Dieu seul peut nous juger.
- Que dis-tu? - Dieu seul...
Dieu pardonne aux voleurs...
quand leurs enfants ont faim.
De nos deux rencontres...
laquelle est la plus plaisante?
Qui ai-je I'honneur de saigner?
Grégoire Ponceludon de Malavoy.
Marquis de Bellegarde.
Charlotte, ma gouvernante.
Et son fils Paul.
Paul est sourd-muet. Idiot, mais pas méchant.
Les voyageurs ne sont pas assez prévenus...
contre le brigandage qui règne près de Versailles.
Le médecin juge un sang...
comme le gourmet goûte un vin.
Beau rouge vif. Fluidité mais... consistance.
Vous vivez au grand air...
et vous mangez des viandes maigres.
Je vis de I'air des marais et des poissons de vase.
Ah?
Mon Dieu, mes plans!
- Vous êtes ingénieur hydrographe? - Oui, Monsieur.
Je suis venu soumettre un projet d'assèchement des marais.
- La difficulté n'est pas d'être reçu mais écouté.
- Je ferai appel au bon sens. On dit Maurepas bon ministre.
- Vous ignorez tout des usages de Versailles!
Ah voilà!
Je vous ai saigné à blanc.
Il faut vous reposer.
Deux jours de lit et de diète avec un verre de vin, le soir.
La nuit est faite pour dormir. Vous peinez bien inutilement.
Merci.
"Mémoire pour servir au Régent...
"sur les épidémies dans les Dombes et le moyen d'y remédier",
par le marquis de Gora.
Pas même ouvert!
Votre mémoire aura-t-il un meilleur sort?
Merci, Monsieur, de m'éviter des déconvenues.
J'en ai tellement vu, des nobles de province!
Je plaiderai ma cause de vive voix.
Une écluse alimentera un bassin pour régulariser le débit.
- Sa Majesté s'intéresserait à un tel ouvrage hydrographique.
Le roi est friand des choses de la technique.
- Dites-lui que les fièvres déciment les Dombes. On le dit sensible.
C'est sa faiblesse.
C'est pourquoi je ne parlerai pas de vos plans à Sa Majesté.
De même que je lui cache ces projets...
de tunnel sous la Manche ou de voyage cartographique aux Indes.
Projets fort utiles...
mais coûteux.
Asséchons au moins les marais.
Ce sont les finances qu'on assèche.
Je tiens les comptes.
Vous connaissez la situation.
Quel est le prix de la vie?
Elle passe après le destin de la France.
Sauf pour les "philosophes".
Adieu, Monsieur, j'ai du travail.
J'alerterai le roi des misères qu'on lui cache.
Faites.
Ces messieurs de I'aile droite mèneront le royaume à la banqueroute.
Je m'occupe d'ouvrages militaires et de fortifications.
M. Maurepas est âgé et prudent.
Vous êtes jeune et ardent.
Ma lourde charge me rend insensible à la flatterie.
Dans I'aile gauche...
les passe-droits ne sont pas d'usage. Adieu, Monsieur.
Cependant, je vous donne un conseil:
Rédigez un mémoire je vous promets d'y faire écho.
Dans I'aile gauche du château, on travaille aux affaires du royaume.
L'aile droite accueille la cour.
On y travaille à ses propres affaires.
Je veux voir le roi. Nul autre.
"Nul autre"! Vous m'amusez.
On vous appelle les "solliciteurs".
Combien êtes-vous? Mille?
Certains y parviennent!
Aidez-moi.
Introduisez-moi à la cour.
Vous serez plus utile à vos paysans.
Versailles est ma dernière chance.
Tous les mêmes!
La tête pleine de titres, de pensions, de charges!
La cour! La cour!
Ce mot-là vous grise!
Je doute que vous puissiez vous y faire entendre.
Rentrez chez vous.
Et remerciez-moi.
Pardonnez-moi.
Oh oui, le secret!
Je le dis: Il n'y a pas de purgatoire!
Je crois reconnaître votre obligé.
La province doit aiguiser votre regard sur les ridiculités de la cour.
"Ne juge point, tu ne seras point jugé."
Si les Evangiles étaient utiles à Versailles, j'en serais informé.
Rejoignez-nous.
Nous jouons à dix sols le point.
Mes boucles sont ma seule richesse.
Mais...
vous les estimerez mieux, en vous courbant bien.
Que sollicitez-vous?
La charge d'assainir les marais de la Dombes.
Un paysan n'y vit pas 35 ans.
Pauvres gens!
Un malheur ne vient jamais seul: Parler d'eux nous ennuie.
Outre les moustiques...
...les paysans nourrissent aussi les aristocrates.
Moins sot qu'il ne paraît.
C'est ce qui nous différencie.
Sa Majesté la reine!
Ah, Blayac! Puis-je vous emprunter I'abbé?
- Votre serviteur, Majesté.
J'ai une partie de piquet, mais il n'y a que des ennuyeux.
Un esprit vivace ne sera pas de trop.
Merci, ma tendre amie. Je vous le rendrai.
Mais... vous étiez occupé?
- Aucune importance, Majesté.
Votre "assommé" semble bien remis.
Le doit-il à vos soins?
Permettez-moi de I'espérer.
Il montre une agilité de conversation certaine.
Vous ne venez guère à mes goûters.
Quand vous m'y conviez.
Ai-je besoin de vous inviter?
Amenez-nous votre protégé.
Double-six!
Vos premières armes
peuvent nous donner espoir.
Ce petit abbé est un intime de la reine et il me hait.
Le bel esprit ouvre les portes!
Vous n'en manquez point.
Qui se soucie des Dombes?
Nul autre que vous, bien sûr. Mais patience!
Si la cour s'intéresse à vous,
les Dombes auront leurs entrées à Versailles.
J'ai dépensé en 8 jours, de quoi vivre un an chez moi.
Si vous supportez I'inconfort,
je vous offre le gîte.
J'ai voulu vous décourager. Vous persistez? Je vous aiderai.
Pourquoi le faites-vous?
Droiture et bel esprit sont rarement réunis.
Trop de blanc jaunit les dents.
Gardez le naturel de votre carnation.
Un peu de rouge rehausse le teint.
La comtesse connaît le roi?
Les sujets graves...
déplaisent et sont à bannir de vos propos.
Je me tairai.
Soyez sprituel, fin...
et malveillant.
Et votre pays guérira.
Pas de calembours. On les méprise. C'est "I'éteignoir de I'esprit."
Voltaire, ma lecture.
Ah, Voltaire!
Surtout, ne riez jamais à vos propres mots!
Oh, des groseilles!
J'adore les groseilles.
J'en mangerais autant que Samson a tué de Philistins!
Les groseilles, nous les aimons tous et si Samson n'avait...
Si Samson n'avait pas...
Si Samson... euh...
- Où est votre domaine? - Dans la Dombes.
Une terre de marais et de misère.
C'est ce qui m'amène ici.
- Le roi est... - Quels propos indigestes!
Servez du champagne...
...à M. Ponceludon.
- Baron!
Qu'avez-vous pensé des Anglais?
Lls ont une forme de conversation qu'ils appellent "hiouma"...
et qui les fait beaucoup rire.
"Hiouma"?
Une forme d'esprit?
Non, pas vraiment.
Comment le traduisez-vous?
Point d'équivalent.
Je brûle de curiosité!
(ll glousse)
Si cela fait rire, ce doit être une sorte d'esprit.
Non, "esprit" n'est pas le mot juste. Le terme manque en français.
Donnez un exemple. Ça ira plus vite.
J'ai demandé à Lord Twickenham combien il avait de maîtresses.
Il m'a répondu, impassible:
- A partir de combien dit-on "plusieurs"?
C'est le seul exemple qui me vienne à I'esprit.
A la bouche!
Comment Samson a-t-il massacré les Philistins?
Les Philistins, souvenez-vous!
Avec une mâchoire d'âne.
Avec une mâchoire d'âne, précisément!
"J'en mangerais autant que Samson a tué de Philistins"!
Avec la même mâchoire, monsieur I'abbé?
Une mâchoire d'âne, donc!
Ce mot aurait ravi la cour.
Trop tard... de deux heures.
Il ne fait pas bon vieillir.
Naguère, je n'aurais pas raté le coche.
L'esprit d'à-propos n'est guère ponctuel.
Non, Ponceludon.
Enfin, je vous félicite.
Vous avez marqué un fameux point avec votre "à la bouche".
Dommage que vous ayez ri.
Une tortue...
un encrier...
une améthyste...
une carriole en porcelaine.
Une étoile de mer.
- Un livre? - Non!
Réfléchissez!
Une tabatière!
Vous vous trompez.
Oh, une pomme!
Comment ai-je oublié?
Drôle de passe-temps!
Les enfants ont le cerveau humide et fluide.
A mesure que nous viellissons...
cet organe devient calleux.
Et... la mémoire se détériore.
Je classe tous les mots d'esprit:
"Saillie drolatique", "allusion piquante",
"jeu de mots", "paradoxe"...
Votre "à la bouche" est une saillie drolatique.
J'ai rêvé que, la tête sur le billot, le bourreau m'a dit...
"Un bon mot et tu es sauf."
Ce rêve, nous I'avons tous fait à la cour.
Ne riez pas ainsi. C'est infiniment rustique.
(ll s'exerce à rire, bouche fermée)
M. De Montalieri n'est pas satisfait de toi?
Ta lettre m'a inquiété.
Cette place est excellente, Mathilde.
Cette référence de préceptrice servira tes ambitions, plus tard.
Le chevalier est satisfait de I'éducation de ses enfants.
Mais...
il serait indécent que je m'attarde chez Mme de Montalieri.
Le Sieur de Montalieri...
...aura accès deux fois par mois à la chambre de sa femme...
...qui ne pourra s'y soustraire sans rompre le présent contrat.
La rupture dudit contrat...
...mettrait fin au versement des 2000 livres de rente...
que le sieur de Montalieri consent à sa future épouse.
As-tu bien réfléchi, Mathilde?
Et les dépendances que j'ai réclamées?
Pour mes recherches.
Cela figure en annexe, Mlle de Bellegarde.
Ma future...
se soucie de ses intérêts et j'y souscris.
Mais j'ajoute une condition qui me tient à coeur:
Ma promise ne doit...
ni avant ni après le mariage...
et sous aucun prétexte,
paraître à la cour.
Si elle le fait, notre contrat sera rompu.
Mlle de Bellegarde, souscrivez-vous à cette condition?
Ma fille déteste la corruption de la cour.
N'est-ce pas, Mathilde?
Je ne date pas cette union...
attendu que Mme de Montalieri n'a pas encore passé.
Comment va-t-elle?
Hier, la malheureuse ne m'a pas reconnu.
Aidez-moi!
II n'est pas assez étanche.
- Savez-vous...
...quelle est la pression?
3 onces au pouce carré. J'ai étudié Pascal.
Le crabe vit sous I'eau. La fille, chez ses parents.
Et vos paysans meurent de fièvre.
- C'est de la graisse de quoi? - De loutre.
Goudronnez les coutures.
Et puis,
il faudrait voir en mouvement.
Tournez-vous.
Vous aimez Montalieri?
Si je I'aime? Je ne crois pas à I'amour.
- Pourquoi ce mariage? - Que choisir?
La misère ou le couvent?
Mes travaux coûtent fort cher.
Un jour, vous prendrez un amant.
Vous pouvez regarder.
Ne regardez pas vos pieds!
Maintenant, la "volte".
Volte!
Volte!
Si au moins, la tyrannie de I'esprit nous avait délivrés des généalogistes.
Depuis des mois, j'attends le roi.
Ma famille a été dépossédée d'un titre qui lui revient depuis toujours.
J'ai alerté mon cousin, I'évêque de Caen.
Je crois mon audience proche.
Tant mieux.
C'est important,
car je prétends au titre d'assesseur à I'Académie.
Charge très lucrative.
Mais en attendant, je suis dans la gêne.
C'est fâcheux.
Je vous signerai une traite.
Je suis moi-même dans la nécessité.
Sans indiscrétion, que sollicitez-vous?
Une charge d'ingénieur pour assécher les marais.
Vous avez des appuis?
Non.
De I'esprit?
Instruction et franchise m'en tiennent lieu.
Il faudrait parvenir jusqu'au roi.
Mais pour cela, vous devez attester de votre lignée depuis 1399.
Nous sommes affiliés à la maison de Savoie.
Trop peu pour avoir le titre de "marquis de Villars".
Nous I'avons toujours porté.
Néanmoins, il me faut I'acte de naissance...
de Sigismond, marquis de Villars,
mort en 1507.
Notre château a brûlé vers 1680...
Les châteaux brûlent toujours.
Ecrivez à sa paroisse.
Ils ont peut-être le certificat de baptême.
Galvani a raison. J'ai refait I'expérience.
L'électricité agit sur les esprits animaux.
Vous savez,
électricité et esprit ne sont peut-être qu'une seule chose.
Quelle finesse de peau!
On croirait des jambes.
Vous admirez...
mon chef-d'oeuvre.
Cet habit sous-marin est une pure folie!
Mathilde est née quand Rousseau a publié son Émile.
Je la laisse libre de ses choix.
Mais ce mariage? Elle le désire?
Aucune contrainte. Je vous I'ai dit.
Merci.
Excusez-moi.
Cette missive dépasse mes espérances.
Le duc de Guines nous invite.
Le bel esprit ouvre les portes!
(Paul crie)
Merci, Paul.
Pardon, Monsieur, ce garçon est-il sourd-muet?
Oui. Et demeuré.
- Je peux I'aider.
J'accueille ses semblables dans mon hospice.
Ils ont un langage...
Il est très bien chez nous.
Je m'appelle Charles Michel de I'Epée.
J'en suis fort aise.
Permettez.
L'âge et la lignée!
Mon arbre est formel: Nous sommes cousins.
Ma tante s'appelle Ballencourt.
Ballencourt...? De Mérignac?
- Ballencourt du Tilleul.
C'est la même famille.
Regardez notre grand-père.
Voyez la ressemblance.
"Notre" grand-père?
Le sien est sans doute entre les jambes du vôtre.
Répondez, Monsieur!
La charge d'assesseur ne saurait échoir à un homme de peu d'esprit.
Qu'elle ne m"'échoissât" point,
voilà qui serait extravagant.
"M'échoissât"?!
Vous "écorchâsseriez" la langue
et "surveillâsseriez" I'Académie!
Rien de plus normal.
On confie le sérail à I'eunuque.
Le garde, là-bas. Il nous observe!
Evidemment.
C'est une promenade d'amoureux.
Notre froideur se remarque.
Prenez donc I'air amoureux.
Imaginez vos plus belles années...
avec un vieux libidineux.
C'est un homme fort savant.
A force de leçons sur la reproduction, peut-être aurez-vous des enfants.
J'ai mieux à faire que des enfants. Pas vous?
- J'essaie de les empêcher de mourir.
- Vous vous égarez.
Versailles ne sauvera pas d'enfants:
Un arbre pourri ne donne pas de beaux fruits.
Avez-vous fini de butiner?
Presque.
Vous me croyez sans coeur?
Vous êtes jeune.
Vous croyez n'avoir besoin de personne.
La récolte est bonne. Nous pouvons rentrer.
Dépêchons-nous!
On dirait une abeille qui transporte son pollen.
Celles-ci n'ont pas eu de semence.
Vous désapprouvez que je me livre à cet homme?
- Comment s'appellera cette variété?
Vous ne répondez pas.
Vous me jugez.
C'est le feu vital qui parcourt vos nerfs qui vous rattache à moi.
Rien de plus.
La séance de pose. J'allais oublier!
Nous reprendrons demain.
Le jour baisse.
On vous donne les rimes, vous annoncez le vers.
Un bout-rimé sans esprit vous nuira gravement.
Un bon mot peut être le fruit du hasard.
Le travail tue I'inspiration.
Soyez téméraire avec discernement.
Méfiez-vous de I'abbé: C'est un serpent.
S'il se tait, il vous guette. S'il parle, c'est trop tard.
"Soin... point."
"Envie... eucharistie."
Annoncez!
Alexandrins.
Je comptais en ces lieux voir le roi à I'envie.
L'entendre, lui parler et m'instruire par ses soins.
Mais c'est comme Jésus en son eucharistie.
On le mange, on le boit mais on ne le voit point.
Merveilleuse vivacité!
A vous, baron.
"Conduite... suite."
"Santé... été."
Puis-je voir votre éventail?
II vient des Flandres!
Quel ouvrage admirable!
Annoncez.
Octosyllabes!
Toujours fidèle à sa conduite,
L'abbé,
sans nuire à sa santé,
Peut faire deux mots d'esprit de suite
L'un en hiver,
I'autre en été.
Je suis invitée au chocolat du comte d'Artois.
Vous nous quittez?
La joute continue.
Madame!
L'abbé se fie plus à sa mémoire qu'à son fameux esprit.
Le prix de votre discrétion?
N'ayez crainte: Votre procédé ne sera pas...
...éventé!
II faudrait utiliser des peaux de mammifères marins.
J'en commanderai.
Elles viennent de Nouvelle-France. Ce sera cher.
Vous oubliez que ma fortune est faite.
- Je vais nager ici. - Vous savez nager?
Je vous apprendrai.
Vous avez déjà vu un noyé? C'est horrible.
N'ayez pas peur de I'eau.
C'est ridicule! II y a des bateaux, des ponts. Pourquoi nager?
Pour le plaisir.
Il doit y avoir des carpes ici.
Et les femmes de la cour?
Elles se poudrent le corps entier?
Beaucoup ont épousé de vieux singes mais peu savent nager.
Ont-elles le choix?
Les "solliciteurs"...
se battent pour manger dans la main des princes.
Vous avez changé.
Cette comédie vous plaît. Vous deviendrez comme eux.
Que faites-vous?
On flotte grâce à la loi d'Archimède.
Dites-moi juste comment on avance.
Repoussez I'eau avec les bras et les jambes comme une grenouille.
Je reste du même avis. C'est contre-nature!
J'ai patienté plus d'une heure! Et ce gentilhomme passe avant moi.
Votre patience est une preuve de noblesse.
Votre cas ne souffre aucun délai, m'a-t-on dit.
Tout est arrangé.
Mais...
Et I'acte de naissance?
A trop y regarder, la plus haute noblesse tomberait dans la roture.
Voici vos titres,
en bonne et due forme.
Bonne chance.
Je vous suis reconnaissant.
C'est à la comtesse de Blayac
que vous devriez réserver votre reconnaissance.
La piété des enfants est capitale.
On la néglige tant.
Votre paroisse ne sera pas oubliée.
D'autres affaires m'appellent.
- Que I'esprit saint vous guide.
Comment vous dire ma gratitude?
Je suis fâchée d'avoir été surprise dans mes oeuvres charitables.
Preuve de coeur.
Et de discrétion.
On m'attribue de I'esprit mais peu de coeur.
Vous jugerez.
L'art et la technique vous intéressent?
Depuis que vous êtes entré.
Parlez-moi du projet qui vous préoccupe.
Chez moi, I'argile empêche les eaux de pluie de s'infiltrer,
de sorte que...
Que de boue dans mon salon! Et ces nouvelles machines?
Le roi qui en est féru, vous en parlerait mieux que moi.
Le fait est qu'il m'en parle.
La misère est partout.
Je m'en vais. J'ai déjà abusé.
On n'abuse que quand on est ingrat.
Asseyez-vous.
Et causons.
On dit Mlle de Bellegarde charmante.
Mais personne ne la voit.
Un tête-à-tête est plus embarrassant que scandaleux.
Vous me jugez gauche...
car, en moi se combattent le respect que je vous dois...
et le désir que vous m'inspirez.
Vous êtes d'un gothique!
Où donc est I'homme d'esprit?
Où est passé votre à-propos?
Ne soyez pas cruelle.
Une autre fois, j'aurais été flattée de vos tendres propos.
Il est vrai que ma chambre mène aux salons du roi.
Vous m'offensez!
Laissez là votre orgueil. Acceptez qu'on vous guide.
Dissimulez mieux votre dissimulation.
Je pourrai m'abandonner sans trop de déshonneur.
Si vous n'aviez appris que cela,
vous n'auriez pas perdu votre temps.
(Paul crie.)
Mathilde!
Mathilde!
Mathilde!
Paul, vite!
De Beauve était resté 14 mn. On fera mieux.
Sans Paul, vous étiez morte.
Je vous avais interdit de descendre!
"Interdit"?
Qui vous permet?
Mon père n'a jamais osé.
Que vous importe si je meurs?
Un second veuvage tuerait votre mari.
Sa femme est enfin morte.
Vous serez bientôt mariée.
Après un deuil décent, évidemment!
C'est un homme doux et patient. Ses enfants m'adorent.
Si vous voulez immerger votre épouvantail, sonnez-moi.
Ce mariage me coûte!
Vous êtes un animal à sang froid.
Frayez avec les poissons.
Le casque! Rendez-le-moi!
Je serai bien seul quand elle s'en ira.
N'avez-vous pas un parti qui vous attend?
Je n'ai pas de fortune.
Qu'offrirais-je? Ma lutte contre la fièvre des marais?
Belle vie pour une femme!
Seule une femme nous rend heureux.
Pour elle, les larmes d'un homme ne sont jamais ridicules.
Fixez le cheval gris, le chapeau du cavalier.
Le roi nous choisit.
A-t-on une chance?
Plus bas!
Certains attendent depuis des mois.
Comme le baron de Guéret.
Je préfère mes marais putrides.
"Le sien est entre les jambes du vôtre" a plu à Artois.
Cela suffira?
Oui.
Mais "le sérail à I'eunuque" a un grand succès.
Madame de Ferrasse.
Madame de Blancfagot.
Monsieur de Tilly.
Monsieur de Bouchardol d'Aiguillère.
Monseigneur...
...d'Artimont.
Monsieur de Larousseur.
Monsieur I'abbé de Vilecourt.
Monsieur de Champvallon.
Monsieur Ponceludon de Malavoy.
L'erreur ne vous est plus permise.
Un vrai Jésus!
Baron de Guéret!
Prêtez-moi votre soulier!
- Je serais ridicule. - Pitié!
Votre soulier!
Debout! On vous regarde!
Louis de France, souviens-toi que c'est la noblesse qui te fit roi!
La noblesse de province que tu humilies...
que tu exiles...
tandis que tu décores un Peau-Rouge du cordon de St Louis!
Venez, notre place n'est pas ici.
Le peuple sioux est notre ami.
- -
Imaginez-vous, demi-nu et répondant au nom d"'Ours Puant"!
Mais regardez cet homme. Pour un peu, nous serions ridicules.
Ah, Madame de Blayac!
On vous voit trop rarement.
Voici I'abbé de Vilecourt.
Ah oui, "le sérail à I'eunuque".
Baron Ponceludon de Malavoy.
On m'a parlé de vous.
Mademoiselle de Cléricourt.
Là!
C'est rien. C'est I'idiot du marquis de Bellegarde!
Elle est arrivée.
Fais-la entrer.
Mlle de Bellegarde!
Votre père nous chante vos louanges.
Mais il vous cache.
Honorerez-vous la cour de votre présence?
Madame...
vous avez exigé que mon père renvoie Paul.
Je vous demande sa grâce.
Non, le mal est fait.
C'est un pauvre sourd-muet.
Il sera beaucoup mieux avec ses semblables.
Il a toujours vécu parmi nous.
Vous n'êtes pas venue me voir pour me parler de lui.
Merci.
Vous avez beaucoup de crédit auprès de moi.
Je suis très attachée à votre père.
Je peux beaucoup pour mes intimes.
Le moment venu, je vous le prouverai.
Madame... Paul?
Quelle enfant!
Oubliez ce demeuré.
Comment se porte M. Ponceludon de Malavoy?
Quel brillant causeur!
Le mieux du monde.
Adieu, madame.
Votre père vous disait savante.
Il oubliait votre beauté. Vous avez sans doute beaucoup d'esprit?
Non, madame.
Paul!
(Bellegarde) - Il sera très bien là-bas.
Vous disiez que ces endroits étaient des prisons.
L'abbé de I'Epée m'a fait bon effet. On dit son hospice excellent.
Plus de paille, moins de fouet...
Mathilde! La comtesse y tient. La courtoisie m'y oblige.
La courtoisie!
Pourquoi cette mine? Tout vous sourit.
Vous oubliez ce Ponceludon!
II nous a vu tricher.
Il pourrait d'un mot me rendre ridicule devant le roi.
- Ne vous inquiétez pas. - Si!
II n'arrivera jamais à la table du roi. J'en fais mon affaire.
Croyez-vous que j'aie perdu mes griffes?
Que diriez-vous d'un souper?
On y servira un cuisant ridicule à M. Ponceludon de Malavoy.
Oui...
Ceci est-il à vous?
La comtesse de Blayac ne viendra pas à votre rendez-vous.
Elle va jouer au piquet chez Mme de Lamballe.
Entre deux coeurs, le plus court n'est pas une droite...
...monsieur I'ingénieur.
Je retiendrai votre géométrie.
Il y aura demain chez elle un souper de gens d'esprit.
Elle vous y souhaite...
seul!
Baron!
Je n'ai rien pour inspirer la passion.
Mais à trente ans, Mathilde sera une veuve...
riche...
très riche!
Avec toute la vie devant elle.
...à la bataille de Fontenoy, un jeune tambour...
dont le côté droit du cerveau avait été emporté par un boulet...
eut le temps de s'écrier en riant:
"Ah ça, mais où ai-je la tête?"
(Ponceludon rit.)
Voilà une saillie drolatique.
Un attelage, à cette heure-ci?
C'est pour moi.
Un rendez-vous galant, n'est-ce pas?
Je laisserai la lanterne allumée. Vous I'éteindrez. Bonne soirée.
- -
Mon Dieu! Nous sommes treize à table!
Nous devrons inviter un valet parmi nous.
Le remède serait pire que le mal. Un valet parmi nous!
Nous serions ridicules!
L'un de nous doit s'en aller.
Au moins titré de partir.
Je propose une joute.
Celui qui aura eu le moins d'esprit avant le potage, quittera la table.
Un tournoi de bel esprit!
Le gant est jeté.
Que les champions s'affrontent!
Comment va votre femme?
S'enquérir de la femme auprès du mari...
c'est s'enquérir de la mode d'hier.
Je couche à Clermont une fois par mois...
...au cas où ma femme...
...serait grosse.
Coucher avec son mari...
...voilà une envie de femme grosse!
Pourquoi quitter Clermont?
La bonne société y est comme ailleurs.
Et la mauvaise est... excellente.
Pour ma part...
je ne fréquente plus les filles publiques. Elles sont aussi dépravées
...que les femmes de bien.
Plus facile de mourir pour une femme que d'en trouver une qui le mérite.
Les pucelles vendent cher un trésor dont tous les hommes ont la clé.
Les confesseurs des femmes deviennent presque tous archevêques.
Les femmes ont de I'esprit.
Quand le pécheur est sot, la pénitence est pour le confesseur.
L'esprit ne sert...
qu'à s'ennuyer...
avec ceux qui n'en ont pas.
On dit d'un homme d'esprit...
...qui se tait...
qu'il n'en pense pas moins.
Un sot qui se tait, n'en pense pas davantage.
Ne décriez pas les ennuyeux:
La plaine donne du relief à la montagne. Attendez!
M. Ponceludon n'a pas encore parlé.
L'esprit est comme I'argent: Moins on en a, mieux c'est.
"L'esprit est le contraire de I'argent."
"Moins on en a, plus on est satisfait." Voltaire.
Mieux vaut comprendre ceux qu'on pille.
La joute est terminée.
J'ai grand faim.
Faites-moi servir avec les valets.
On juge un homme à ses fréquentations.
On a tort. Judas avait d'excellentes fréquentations.
Pardon de manquer votre mariage.
Vous avez hâte de me quitter?
Oui.
Je sais, se jeter à la tête d'un homme c'est lui déplaire.
Ne renoncez pas pour moi aux fleurs aquatiques.
Qui parle de renoncer? Nous unirions nos forces!
Dans un domaine croulant sous les dettes?
Vos rêves n'y résisteraient pas.
Si seulement je ne vous avais pas rencontré!
J'aurais continué à feindre d'ignorer qu'on m'achetait.
Le peintre vous attend.
Après la pose, irons-nous nous promener?
Je veux faire étape avant la nuit.
Ne pouviez-vous m'avouer votre amour?
Nous nous ressemblons.
Nous sacrifions tout à nos desseins.
(ll se souvient) Ne pouviez-vous m'avouer votre amour?
- Vous êtes d'un gothique! Où est I'homme d'esprit?
- Vous avez changé. Vous deviendrez comme eux.
- Vous serez plus utile chez vous.
- Un malheur ne vient jamais seul. Ils m'ennuient.
- On assèche les finances.
- Ce mariage me coûte!
- J'en ai vu, des nobles de province!
"Le bel esprit...
"au siècle de Marot...
"Des dons du Ciel, passait pour le gros lot.
"Des grands seigneurs, il donnait I'accointance,
"Menant parfois à noble jouissance,
"Et qui plus est,
"faisait bouillir le pot.
"Or est passé ce temps,
"où d'un bon mot,
"Stance ou dizain,
"on payait son écot."
Que fais-tu ici?
Tu renonces à 2000 livres de rente? Tu perds la raison!
Je romps le contrat.
Sur un coup de tête?
Demande pardon à Montalieri.
Non, ma décision est prise.
Epouser Montalieri m'est insupportable.
C'est Ponceludon, n'est-ce pas?
Les coupes ne donnent plus.
J'ai vendu les 5 arpents de bois.
Il a fallu acheter un cheval et refaire le pont.
Mon pauvre Grégoire!
Tu n'hériteras que de ces ruines.
Parle-moi de Versailles.
- Tu as vu le roi? - Il est occupé, mais aimable...
...avec chacun.
Léonard a la fièvre.
Depuis quand?
Deux semaines. Il a bu I'eau des marais.
Tu en as bu?
Tiens, Léonard.
Le roi I'a bénie pour toi.
Il veut te dire...
qu'il aime tous les petits enfants de France.
Le curé va réciter des prières, maintenant.
Dieu les entendra.
Que veut Dieu en nous envoyant cette malédiction?
II suffirait d'assécher ces marais.
Ne te reproche rien.
Tu t'es privé pour émouvoir la cour sur notre sort.
Notre cause avance-t-elle à Versailles?
Oui...
Mais priez quand même, on ne sait jamais.
"Je suis tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera."
Les Egyptiens, qui gravèrent ces mots...
croyaient qu'il n'y a qu'un effet...
dont on puisse demander quelle est sa cause.
L'univers ne se présentait à ces païens que sous I'aspect...
d'une cause très puissante.
Histrion!
Nous avons encore de grands religieux.
...la cause première doit être nécessaire, parfaite!
II ne peut y avoir deux êtres parfaits.
Deux ne font pas un!
L'être parfait ne peut être...
...divisé!
Celui qui est...
ne peut changer.
Le temps mesure le changement.
Ce qui est parfait ne change pas!
Unité, lmmutabilité, Eternité, c'est...
c'est Lui! C'est Dieu!
"Causa sui"! Sa Propre Cause!
Bravo, Vilecourt! C'est lumineux!
Bravo!
Ce n'est rien. J'ai démontré ce soir...
I'existence de Dieu.
Mais...
je pourrai démontrer le contraire quand il plaira à Sa Majesté.
Tu finiras à la Bastille, "philosophe"!
Ce n'était qu'un trait d'esprit.
Quelle impiété! Devant le roi!
Un philosophe fanfaron, je I'ai toujours dit!
Echouer si près du but...
- Ah, Madame!
Le roi semble manquer d'esprit, aujourd'hui.
Vous plaiderez ma cause?
- Impossible. - Le trait était spirituel!
Je ne comprends pas...
L'art est de briller en restant à sa place.
"Plus d'une femme rougirait de se compromettre ainsi.
"Et vous partez, sans même prendre congé.
"Sachez que je vous ai sacrifié I'abbé Vilecourt...
"- mon confesseur -
"...ulcéré des louanges dont je fatigue mon entourage...
"à votre sujet.
"Je vous pardonnerais d'avoir mis mon salut en péril...
"si un signe de vous m'en dédommageait.
"Notre sexe...
"serait démuni s'il ne gouvernait I'opinion et les affaires du royaume.
"Je m'y suis essayée avec succès.
"Car j'ai fait de vous I'absent le mieux en cour de Versailles."
Qui sonne à cette heure-ci?
Grégoire Ponceludon de Malavoy demande à vous voir.
Fais-le entrer, vite!
C'est déjà fait.
...l'enfant est mort dans mes bras.
C'est horrible...
A vos canaux!
A vos écluses!
Madame...
Que faites-vous?
Vous m'avez appelé?
Des palpitations... ça va mieux.
Pardon de vous avoir dérangé. Mais j'ai eu peur.
L'important est d'être rassurée.
Cela arrive souvent?
(ll chante un air de Mozart.)
Nous sommes entre amis, je crois.
Permettez-moi de me retirer.
Surveillez le coeur de Madame. Ses palpitations m'inquiètent.
- -
Que fixez-vous? On dirait un diable devant la croix.
Mathilde est ici?
Mlle de Bellegarde?
Vous étiez absent...
quand elle a rompu avec Montalieri.
Quelle intrigante!
Patience... vous n'aurez pas lieu de vous en plaindre.
Pourquoi le sourd-muet est-il un être isolé...
incapable de communiquer avec les autres?
N'est-il pas impressionné comme nous, par les objets?
- Quel ennui! - Pourquoi reste-t-il stupide...
...quand nous devenons intelligents?
"Au commencement était le Verbe"!
Platon fait dire à Socrate:
"Privés de voix, si nous voulions nous montrer les choses,
"nous essaierions, comme les muets,
"de les indiquer avec les mains, la tête...
"et le corps."
Voici Simon...
...fils d'un marchand, 25 ans,
sourd-muet de naissance.
Il est arrivé chez nous à 15 ans.
Grâce au langage des signes, il sait lire...
...écrire, compter.
Il a I'âme d'un artiste.
Voici, Antoine, Pierre...
...Thérèse, 19 ans.
Elle fait - de tête - des opérations à 4 chiffres!
Elle est très pieuse.
(Ricanements.)
Voici Paul, 17 ans, un sujet...
...exceptionnel!
II a su signer...
...en moins de 2 mois! II converse déjà!
Bientôt, j'unirai...
...Thérèse et Paul devant Dieu.
Vous bafouez le mariage avec ces créatures!
- J'ai vu jouer "Roméo et Juliette"...
avec un singe et un caniche!
Le futur marié sait-il au moins lire I'heure?
Elle avance de 3 minutes.
Bravo, Paul!
Plus fort! II ne vous a pas entendue.
Demandez-lui, mon père, à quoi sert un violon?
"Watteau aimait mieux le voir que I'entendre."
Souffrent-ils...
de leur disgrâce?
Que dit-il?
C'est impossible à traduire. C'est un..."geste d'esprit"!
Comment dit-on "bravo" dans votre langue?
Comme ça!
Debout, mon ami!
Voici il signor Panella!
II vous faut un habit de cour.
- Mais je n'ai besoin de rien!
Demain à 11 heures, soyez en bas de I'escalier de Diane.
Le roi et ses courtisans vous y surprendront.
A vous de jouer.
Je vous I'abandonne, signor Panella.
C'est très gentil...
(Le roi) Mme de Blayac, est-ce lui dont vous m'avez parlé?
M. Ponceludon de Malavoy.
C'est bien. On dit que vous êtes un homme de beaucoup d'esprit.
- Sire... - Si!
La comtesse ne tarit pas d'éloges.
Montrez-nous cela.
Faites-nous un mot, au débotté.
Sur moi, par exemple.
Sire, le roi n'est pas un sujet.
"Le roi n'est pas un sujet"!
Admirable!
Est-ce un calembour?
Non, Majesté. C'est un jeu de mots.
Cela mérite de rester.
Qu'il se joigne à nous!
Venez, M. Ponceludon.
Approchez, vous qui êtes ingénieur.
Belle conception, Sire.
Cependant, en mettant ici...
une roue à cliquets, on conserverait...
...la hausse entre les tirs.
Voilà une trouvaille!
Que n'y pensiez-vous, Chevernoy?
Vous avez un projet hydrographique intéressant?
Pour assécher la Dombes, Majesté.
Venez m'en parler.
Voyez mon secrétaire.
Messieurs...
Canon-Ponceludon! Tous deux ont le cul plus grand que la gueule.
Plaît-il?
Vous avez le cul plus gros que la gueule!
Vous m'en rendrez raison.
Pardonnez-moi. Je ne pouvais me résoudre à ne plus vous voir.
Je vous écoute.
Mathilde...
quoi qu'il m'arrive,
restez mon amie.
Mon amitié vous importe donc?
L'habit semble étanche. Auriez-vous réussi?
Promettez-moi d'être prudente.
J'ignorais votre rupture avec Montalieri.
Une fois instruit, êtes-vous venu?
Vous dire que j'ai joui de la comtesse pour faire ma révérence au roi?
Si la vie des vôtres est à ce prix, je I'aurais approuvé.
Votre raison est à toute épreuve.
J'essaierai d'être sans détour à I'avenir.
Pourquoi ces instruments?
J'assiste à un duel, demain.
Ponceludon
et le colonel de Chevernoy.
Mathilde!
S'il vous arrivait malheur, j'en mourrais.
Fuyez!
Allez à St Bauzile où j'ai une demeure.
Je vous rejoindrai.
Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour vos paysans.
Vous devez vivre pour eux.
Faites faire mon bagage.
Victor va atteler la voiture.
Vous ne reviendrez que pour le rendez-vous avec le roi...
"Madame,
"si je suis tué, confiez mon chapeau et mes éperons à ma mère..."
Arrête-moi là!
..."le reste aux pauvres, sauf I'habit de cour qui ajouterait
..."le ridicule à leurs misères."
- Je dois vous conduire à St Bauzile!
- Je sais, je sais!
Rassure-toi. Tu peux rentrer.
- Allez!
"L'amant intrigant et causeur venimeux finira écervelé d'un coup de pistolet.
"Quelle morale pourra-t-on en tirer?
"Ai-je eu tort de croire que des fruits naîtraient d'un arbre pourri?
"L'amant ne regrette rien.
"Grâce à ma passion courtisane, je vous ai connue.
"Si vous avez gâché votre crédit pour moi,
"votre souvenir me préservera de I'amertume."
Les excuses n'ayant pas été faites,
procédons au tirage au sort.
Chevernoy tirera le premier.
"Nous nous sommes livrés sans passion et nous quittons...
"...sans regret.
"Mais j'ose croire qu'entre les deux...
"la volupté laissera place à I'amitié."
(Musique de requiem.)
- -
Ponceludon a tué Chevernoy.
Il est avec toi?
Non, Madame. Il a quitté le pré avec Mlle de Bellegarde.
Il me le paiera!
J'entends des visiteurs!
- La baronne de Boisjoli...
le baron de Malenval, le chevalier de Milletail...
Déjà!
Lls sont venus au spectacle, me voir souffrir.
Eh bien, dis-leur que je suis souffrante.
(la baronne) - Souffrante?
- La petite vérole? - Non.
Elle a été bafouée par un rustaud.
- Un "rustaud" favori du roi!
Bientôt il nous recevra!
II vient de faire un faux pas.
Chez moi, quand un chien est enragé, on sonne le tocsin!
Vous avez battu le chevalier de Beauve!
Vous allez prendre I'eau. Remontez!
Je vous aime, Grégoire!
(Grégoire rit.)
Sa Majesté ne peut recevoir un homme qui a tué...
un de ses officiers en duel...
...du moins pour le moment.
Nous aurions tous lavé notre honneur.
Vous avez fait votre devoir.
Vous êtes trop forte.
Versailles ne vous apportera rien. Votre pays a besoin de nous.
Je renoncerais si près du but?
On cultivera. Les fièvres reculeront.
Je verrai le roi.
Mon rendez-vous est différé.
Vous n'êtes pas des leurs.
Je suis toujours très bien en cour:
"Amoureux des mystères d'automne, Gens d'esprit au bal ne s'étonnent...
"Qu'on voie tourner dames et feuilles...
"Et les sots rester sur le seuil."
Nous sommes invités.
Et si vous deviez repasser par le lit d'une comtesse?
Mathilde!
Vous serez ma cavalière, demain.
C'est le bec rouge.
C'est le bec rouge.
Puis-je vous I'emprunter?
Vous portez mes couleurs...
...en souvenir des plaisirs que vous m'avez donnés?
Le croc-en-jambe!
Tiens!
(ll hurle.)
Comment vous nommer?
Acceptez le titre de...
"marquis des Antipodes!"
(Rires.)
- Un tel titre se mérite.
- Comme les gens de ces contrées...
...il danse la tête en bas.
- Marquis des Antipodes! Comme c'est ingénieux!
Digne de Voltaire!
Nous saurons qui vous êtes.
Le loueur de masques...
...nous renseignera. Ha! Ha! Ha!
Ne vous donnez pas cette peine.
Demain, des enfants mourront du ridicule qui m'éclabousse ce soir.
Vous enviez I'esprit mordant de Voltaire!
II aurait pleuré, lui!
II était d'une ridicule sensibilité au malheur humain.
Qui sera la prochaine victime?
Qui recevra un trait si spirituel...
qu'une famille tombera dans la précarité?
Vous?
Vous, peut-être?
A moins d'avoir le bonheur de cracher un bon mot à la face de votre voisin.
Monsieur!
Otez votre masque!
Chacun aimerait connaître I'auteur de "marquis des Antipodes"!
Je retourne à mon pays pourri. Ma place est là-bas.
Je ferai des canaux, des digues.
Je creuserai la vase de mes mains, s'il le faut.
Ah!
L'esprit, monsieur, il était I'air que nous respirions.
L'éloquence bouffie de Danton et Saint-Just...
a remplacé le bel esprit.
Ah!
Vous serez bien ici.
Par temps clair, on aperçoit les côtes françaises.
Mathilde et Grégoire sont restés là-bas.
Elle I'aide à assécher les Landes... enfin... la Dombes.
Je ne sais plus.
Ah!
Puisse la tourmente les épargner!
Quels sont vos talents?
Je peux enseigner aux enfants le français...
...les sciences... physique... physiologie...
Mon chapeau! II est perdu!
Cela vaut mieux que la tête.
"Hiouma"?
Ah, I'humour!
C'est merveilleux.
Je notais dans ce carnet tous les mots d'esprit.
Je les classais: "saillie drolatique", "bagatelle piquante"...
"paradoxe", "brocard"...
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