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- Qu'est-ce qu'il y a? - Rien. Ça chauffe un peu.
On y est presque. Le village est derrière.
Au loin, il y a le phare, et l'auberge est juste en face.
C'est plutôt joli, comme pays.
Et là-bas, qu'est-ce que c'est?
Là-bas? Seul dans la lande, c'est le château.
...Il a l'air joli. Qui y habite?
Un fou qui vit tout seul.
Je t'expliquerai.
Allez, César.
Vous avez fini, sales bêtes?
Voilà le Jock, avec ses gros sous.
Mimi, viens me donner un coup de main.
Viens, Odette.
Salut, les gars.
C'est ma nièce,
la fille de ma tante de Dinan. Elle va vivre ici.
Mimi, monte lui préparer la belle chambre.
Viens. C'est là-haut, les appartements.
- T'as entendu? - "Les appartements."
Merde.
Tu en tires la langue, toi, le Maurice.
- Ça devrait faire partir l'humidité. - On n'ouvre plus ici depuis...
Ouvre ! Tu vois bien que ça fume.
PATTES BLANCHES !
Je reviens.
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
C'est le châtelain.
Les gamins lui courent après. On l'aime pas, ici.
- Pourquoi? - On ne sait pas.
Dis, elle te plaît, la chambre?
Oui, la chaux, c'est triste.
Je la ferai tapisser avec du papier à fleurs
et je t'achèterai tout ce que tu voudras.
Et 5,2 kg.
Allez, 680.
...Il a encore baissé, le poisson? —Oui.
- Qui c'est qui l'a dit? - Moi.
Depuis qu'il a hérité, il est encore plus dur.
- Plus t'en as, plus t'en veux. - Tout est à lui.
Tu pêches ton poisson et il te donne des sous.
Le soir, tu t'emmerdes, tu vas boire chez lui
et tu les lui rends.
- La robe est repassée? - Oui.
Elle est réveillée?
Je sais pas.
- Je t'ai dit de lui monter son café. - Tu dois la servir comme une dame.
Allez, va lui préparer un plateau.
"Un plateau"?
Oui. Un plateau avec un napperon, comme dans les hôtels.
- Il y en a pas, ici. - Ben, trouves-en.
Et mets un tablier propre.
Tu dois la servir comme une clame, t'entends?
Mimi !
Tu lui mettras aussi de la confiture, comme dans les hôtels.
De la confiture avec son café?
Oui.
Qu'est-ce que tu fous là?
Tu vois, je bois un petit calva.
À cette heure?
Pourquoi pas?
Tu viens pas
- si tôt, d'habitude. - Tu t'occupes de mon estomac?
Un autre calva, patron.
Allez, sers-le, Mimi.
Pourquoi je m'y mettrais pas dès le matin, si ça me plaît?
Beauté.
...Il est mauvais, ton café.
...Il sera bon demain, je te le jure.
- Et ce pain... - On mangeait ça ici.
Mais le boulanger t'en fera du bon.
Et puis des croissants, comme à la ville.
Il doit même pas savoir, le boulanger.
...Il apprendra, ma chatte, je te le jure.
C'est beau, de te voir manger. Tu as les lèvres pleines de beurre.
- Non. - Tu disais pas non, cette nuit.
- Tu sens le poisson. - Je me suis lavé.
- Tu sens le poisson lavé. - Petite andouille, va.
Tu sais ce que c'est, mon poisson? Donne.
Tu vas tout renverser.
Tu l'as voulu, hier, le pendentif avec les vrais diamants.
On pouvait plus
t'arracher de la boutique.
Eh ben, si on a pu le mettre à ton cou,
c'est parce que je sens un peu le poisson.
Et puis la bague,
tu l'auras, je l'ai commandée.
Mais elle sera en poisson aussi.
Tout ce que t'auras,
les robes, les belles chemises en soie,
ce sera en poisson.
En beau poisson, sans odeur. Alors, t'en veux quand même?
Et de moi avec?
Non.
Je...
Je me laverai.
Je me frotterai jusqu'à ce que ma peau foute le camp.
Et je ne sentirai plus.
Ben, entre.
Comme ça, tu sais qu'il n'y a plus qu'un lit à faire.
Regarde-moi cette gourde.
Apporte la robe.
Elle te plaît?
C'est ça, le carton que je voulais pas te montrer.
Pose-la sur le lit, toi.
Toute en soie.
Oh, c'est doux à la peau.
- Je vais te la passer. - Non, pas toi.
Tu la froisserais.
Mimi va m'aider. Laisse-nous.
T'as les mains propres?
Je peux pas rester dans un petit coin?
Je bougerai pas.
Non !
Tu m'appelleras, Mimi, quand elle l'aura passée?
Il chantonne.
Je vous paie à boire, les gars. Je suis content, ce matin.
Un autre calva.
T'es encore là, toi?
Elle a bien dormi?
'Qui?
Ta nièce.
L'air de la mer, le 1er jour...
- Va-t'en. - Un calva.
- On n'a plus le droit de boire? - Va-t'en.
Jock, je connais les lois, moi.
Tu dois servir tes clients,
tous tes clients. Je suis convenable.
Ai de l'argent. Donne-moi un autre calva.
Corniaud.
Je me trouve bien chez toi, moi.
De la belle soie comme ça, comme une dame...
'Ça Se gagne.
Je suis pas sa nièce, tu sais.
Étais ouvrière chez sa tante. Sa tante qui est morte.
Je l'ai rencontré à l'enterrement.
Je lui ai plu.
Oh, c'est un bon garçon.
Et puis, j'en avais assez de me piquer le bout des doigts.
10 ans que je le pique.
Tu crois que ça met 10 ans à redevenir doux?
Quoi?
Vous êtes belle.
Vous sentez trop bon pour lui.
Je sens le parfum qu'il m'a payé.
Avec mon petit sous-off de Saint-Brieuc,
je sentais rien.
Étais heureuse, mais je sentais rien.
Que lui avez-vous dit?
- À mon Margis? - Que je m'en allais dans ma famille.
Et vous?
Oh, moi, tu sais, c'était pas le premier.
Ce qui est bête, dans les garnisons,
c'est que |es régiments ne restent jamais assez longtemps.
...Il vous aimait?
- Tu penses. - Il voulait même déserter.
- Moi, si un jour... - T'as l'air d'une bonne fille.
Je me demande comment Jock n'a pas senti ça sous ses fesses.
Tu vois,
ce sont des lettres.
Mais je ne veux pas les jeter tout de suite.
Cache-les.
Des lettres d'amour?
Tu peux les lire.
Seulement, n'en rêve pas.
Un autre calva.
- Non. - T'es obligé.
Non !
Tu es soûl, j'ai le droit de te foutre dehors.
- Oui. - — "Soûl", moi?
Vous êtes témoins, hein?
- Je le sors quand il est soûl. - Je bougerai pas
jusqu'à ce qu'elle descende.
Arrête ou tu ne fous plus les pieds ici, corniaud !
Pourquoi tu m'insultes?
T'es peut-être aussi corniaud que moi.
- Sais-tu qui est ton père? - Toi, on sait,
fils de pute.
Fous le camp !
Imbécile.
Imbéciles !
Vous croyez qu'il a pas eu vos mères aussi, le vieux,
comme la mienne?
On est tous les corniauds du château. Sauf ceux dont la mère était moche,
peut-être.
Et encore,
il était pas dégoûté, M. le comte.
Il fallait qu'elle soit moche comme la tienne.
Fous le camp !
Pourquoi tu veux pas que je la voie, si c'est pas ta poule?
Je bougerai pas.
Je bougerai pas jusqu'à ce qu'elle sorte.
Maurice,
je vais pas te battre, t'es pas assez fort.
Mais si tu t'en vas pas...
Laisse-moi.
Je suis malade. T'as pas honte?
Laisse-moi, ou je dirai au docteur que tu m'as fait tousser.
Vermine.
Oh, mais pardon,
il y a du monde aux galeries.
Excusez, mademoiselle.
On discutait, votre oncle et moi. On n'était pas d'accord.
Il n'a pas d'instruction, et ça l'agace que j'en aie.
Voilà tout.
Entre. Il est soûl.
- Qu'y a-t-il, encore? - Oh, petit frère.
Ils veulent pas me laisser entrer.
Le Jock a amené une belle fille et il la cache.
Regarde comme elle est belle.
Toi qui aimes ça...
...Il est soûl. —Rentre chez ta mère.
- Si je veux. - Non, si je veux, moi.
PATTES BLANCHES !
Tu vas rentrer, oui?
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
PATTES BLANCHES !
Je vous remercie.
Ces gamins sont insupportables.
Évite de les poursuivre. ai peur de ce qui risque d'arriver.
Je suis... très violent.
Vous êtes gentille. Merci.
Ai remarqué que quelqu'un les chassait à coups de torchon.
Quelqu'un que je n'avais jamais vu. C'était donc vous?
Oui, monsieur.
J'aurai moins peur, maintenant.
Vous êtes toute petite
et vous effrayez ces monstres redoutables.
Oh, c'est mon torchon.
Vous savez qu'on m'appelle Pattes blanches?
Ce sont mes guêtres qui m'ont ruiné, dans ce pays.
Je ne vous avais jamais vue. Vous êtes ici depuis longtemps?
- Quelques mois seulement. - Je suis de Plenahen.
Ai été engagée au café du Port comme servante.
Vous étiez drôle, quand vous avez foncé sur eux à coups de torchon.
Oh, ce sont des gamins.
Mais s'il fallait, contre des grands, je pourrais aussi.
Je voudrais vous demander quelque chose.
Il y a quelqu'un depuis trois mois
qui m'écrit des petites lettres, très bonnes,
pour me dire que je ne suis pas absolument haï.
Ce n'est pas vous, par hasard, qui les auriez écrites?
Si, monsieur.
Décidément, je vous dois beaucoup de mercis.
- Il ne faut pas se moquer. - Je ne me moque pas.
C'est très important pour moi de savoir qu'à présent,
j'ai un ami dans ce pays.
Y suis si seul...
Quand vous aurez du temps, un dimanche,
après votre travail,
montez me voir au château.
Je ne bouge presque jamais.
- Je vous présenterai à César. - Qui est-ce?
Mon cheval.
Je vous avais menti. ai un autre ami.
Je ne peux pas aller plus loin.
On vous attend?
Oui, c'est ça, on m'attend.
À bientôt, peut-être.
Peut-être.
Ne fume plus, Maurice. Lève-toi.
Non.
- Il est tard. - Je m'en fous.
- Ça fait 3 heures que je travaille. - Je suis malade.
C'est pour ça que je suis revenu. Le docteur t'a dit que je toussais.
Ça fait 6 mois. Tu ne tousses plus.
Je me retiens.
Elle est belle.
Elle sent bon.
Ça sentait bon jusque sur la route.
Cette fille est pas pour toi.
...Il a dit que c'était sa nièce.
Mais c'est pas sa nièce. Je le sais, moi.
Elle est pour le gros Jock.
Lève-toi.
- Non ! J'aurai jamais de femme, moi. - Jamais.
- Dis donc pas de bêtises. - T'as toutes celles que tu veux.
Des vachères, culbutées entre les merdes.
Ça, c'est bon pour moi.
Mais une qui sent bon, bien lavée, avec du beau linge,
c'est pour le gros Jock, parce qu'il a de quoi donner.
Est-ce que je vaux pas mieux que ce gros porc, dis?
Je vaux mieux qu'eux tous.
Les curés, avant de me foutre dehors, ils me l'ont dit.
Ils misaient sur moi. Ils me l'ont dit.
- Si t'avais voulu... - Je veux pas.
Non. À la porte, le petit Maurice,
parce qu'il est le fils de la bonne.
Et l'autre, avec ses guêtres blanches,
le fric et tout,
parce qu'il est sorti d'où il faut...
Il m'a battu.
Il m'a battu encore, le Pattes blanches.
Sale brute.
Un garçon que j'ai nourri de mon sein.
- Tu aurais dû l'empoisonner. - Il finira comme son père,
une pierre au cou, au fond du port. Et on dira que c'est un accident.
Comment peut-il vivre seul dans cette bâtisse?
Ce petit a toujours été étrange.
C'est son père.
Quand il est entré, j'ai cru le voir à 30 ans.
Il a sa mâchoire et ses mains.
La vie et la mort de Léon n'ont été qu'un terrible scandale.
Le petit, lui, n'a jamais donné à parler.
Il y a eu cette histoire d'Algérie.
Il avait une carrière magnifique devant lui.
Pourquoi a-t-il quitté l'armée? Il n'a jamais voulu nous en parler.
Une rixe, je crois, où un homme a trouvé la mort.
Une histoire de femme, sans doute.
La porte s'ouvre.
Eh bien, messieurs, avez-vous pu convaincre notre ermite?
Mes tantes, ma cousine,
ces messieurs m'ont mis au courant de vos propositions.
Mais je ne vendrai pas Kériadec.
Tu n'as plus les moyens d'y vivre décemment.
- J'y vivrai comme j'y vis. - Je ne vendrai pas.
Bazin prétend que les meubles seuls te sortiraient de l'embarras.
Je ne vendrai rien.
Mais merci de votre insistance.
Tu es étrange, Julien.
Bazin,
tu prends du rhum dans ton thé, toi?
Pas toi, Julien?
- Non. Merci, ma tante. - Je ne bois plus d'alcool.
Je suis heureux d'avoir eu.
- L'occasion de vous rencontrer. - Moi aussi.
Je voulais vous entretenir d'une affaire un peu délicate
concernant votre demi-frère.
Une petite vachère.
Consentante, certainement.
Le malheur a voulu qu'elle fût mineure,
et que le père, ayant su le degré de parenté avec le coupable,
ait espéré en tirer un peu d'argent.
- Ce sera cher? - 20 à 30000.
Espère que nous pourrons retirer la plainte.
Cher Kériadec,
que votre vie se passe à régler les folies de votre charmant père,
passe encore,
mais celles de ce triste individu...
Sonnette.
Ah, c'est vous? Entrez.
Je venais vous dire que dimanche, je ne viendrai pas.
- Pourquoi? Entrez donc. - Non, je veux rester dans le noir.
Je ne viendrai pas parce que je suis bossue.
Qu'est-ce que vous avez été imaginer?
Je vous trouve gentille comme vous êtes.
Vous n'avez pas trop peur de mon désordre?
Alors c'est ici que vous vivez?
Ce que c'est en désordre !
Je veux bien cuisiner, mais pas faire les cuivres.
- Mais on peut ranger. - Vous ne lavez pas votre vaisselle?
- N'exagérons rien. - Je la lave, mais pas tous les jours.
- Et vous allez manger là? - Bien sûr.
Mais d'abord, je vais servir César, qui m'attend.
À tout seigneur tout honneur.
Venez le voir.
Allez, viens, César.
...Pardon, mais c'était tellement en désordre...
Je vous ai aussi fait une soupe avec ce que j'ai trouvé.
- Il faudra attendre qu'elle bouille. - Merci, Mimi.
Moi aussi, je vais te donner quelque chose.
Viens.
Oh, mon Dieu !
Tiens.
Celle-là, elle te plaît?
Je te la donne.
Ah, qu'elle est belle !
Mimi,
écoute.
Musique.
Où as-tu pris cette robe?
On me l'a donnée.
On t'a donné une robe, à toi?
Qui te l'a donnée?
Mon amoureux.
Odette rit.
T'as un amoureux, toi?
T'as un amoureux?
Fais voir ça.
- Ne m'approchez pas. - Je vous défends de me toucher.
Un amoureux...
Mais fais-toi voir.
Mais c'est une robe de bal. Il va t'emmener au bal,
ton amoureux?
Et décolletée, encore.
T'as rien à mettre dedans, ma pauvre fille.
Viens voir. Tu crois qu'il n'y a que toi
qui donnes des robes? Regarde-la.
Elle a un amoureux. Il lui a donné
une robe plus belle que celles que tu m'offres.
- Ça alors... - N'approchez pas.
Si vous touchez à ma robe, je vous tue.
- À toi, Jock. - Minute.
- Où vas-tu, Mimi? - A Vêpres.
Prie Dieu pour moi.
- Où vas-tu? - Je vais me promener.
Ai pas le droit?
Je t'accompagne?
Non.
- C'est dimanche. - Justement.
Ai envie de me reposer.
Mais, Odette...
Jock?
- Jock ! - Hein?
- Paie-toi. - Pardon.
C'est dimanche, il fait beau, tu vas jouer avec nous.
- Je sais pas. - Eh ben, je t'apprendrai.
Allez. Joue, si tu veux pas qu'on joue à autre chose.
Bonjour, Mimi.
- Voilà. Je suis venue quand même. - Ça me fait plaisir.
Tiens, viens voir César.
- Oh, il est beau. - Oui, il est beau. Et bon.
Et puis il ne parle pas. Donc nous nous comprenons toujours.
Si vous voulez que je vienne quelquefois,
je ne vous gênerai pas plus
- que César. - Je sais.
Je peux mettre un peu d'ordre chez vous?
Hier soir, j'ai fait ma vaisselle.
Oh, moi, je suis laide et bossue,
mais un monsieur jeune et beau comme vous,
ça ne peut pas vivre seul.
Pardon, Mimi.
César...
Vous cherchez quelqu'un?
Non. Je suis venue avec Mimi.
Quelle chaleur, aujourd'hui.
Oui.
Viens, César. Viens.
- Présente-nous, Mimi. - C'est plus convenable.
C'est la nièce de M. Jock.
C'est fou ce qu'il fait chaud.
Si vous voulez, j'ai du vin frais dans la cuisine.
- Vous ne buvez pas? - Non, presque pas.
J'ai vu la belle robe que vous avez donnée à Mimi.
Vous en avez beaucoup?
C'est beau, d'avoir eu des grands-mères.
Si j'avais plein de robes,
je me mettrais toute nue et je |es passerais une à une.
Vous trouvez pas qu'il fait chaud?
Vous savez ce qu'on devrait faire?
On est mieux comme ça.
C'est peut-être pas poli de marcher pieds nus chez |es gens,
mais c'est bon, le froid des dalles.
On dirait de l'eau.
C'est beau, ces grandes cuisines d'autrefois.
On peut visiter?
Tout est fermé.
Aïe !
Vous cassez beaucoup de verres, quand vous êtes seul?
Je me suis coupée.
Je suis très maladroit.
Oh, mais c'est profond.
Je crois que le morceau est resté dedans.
Tu veux pas voir, Mimi?
Là.
Vous ne voyez pas le morceau de verre?
Non, je ne le vois pas.
Ai de la teinture d'iode. Je vais vous en chercher.
C'est votre chambre?
Oui.
Vous n'avez rien trouvé de mieux, dans ce grand château?
C'est là-dessus que vous couchez?
- C'était mon lit de soldat. - Je l'ai gardé.
Tenez.
Je suis bête, mais j'ai peur que ça me pique.
Vous ne voudriez pas...
Aïe.
Oh, j'aime pas avoir mal.
Oh, c'est joli, ça.
C'est un souvenir d'Algérie?
- Donnez-moi ça. - Je ne vais pas vous l'abîmer.
- Voulez-vous me donner ça? - Un souvenir de femme, hein?
- Lâchez-moi, vous me faites mal. - Donnez-moi ça.
Qu'est-ce que vous avez les mains dures...
Regardez.
On voit la trace de vos doigts sur mon bras.
C'est effrayant, cette chaleur.
T'as vu sa chambre, Mimi?
Il couche sur un lit grand comme ça.
Qu'êtes-vous venue faire ici?
Vivre. Ma tante est morte.
Non.
Vous êtes la maîtresse de Jock.
- Lui. - Qui vous l'a dit?
- Vous êtes un ami de Jock? - Je ne suis l'ami de personne.
Je l'ai rencontré dans le train et il m'a parlé de vous.
Il voulait m'acheter mon piano.
Et alors?
Vous avez honte d'avoir reçu la maîtresse de Jock chez vous?
On dirait que je vous fais peur.
- Je vis comme un ours, ici. - Je fais tout tout seul.
Je n'ai plus d'argent.
Ai renoncé aux habitudes des hommes de ma classe.
Cependant, je continue à m'efforcer d'être poli.
Je pansais mon cheval, quand vous êtes venue.
Y retourne.
Dis donc, il est pas gai, ton amoureux.
Quel ours.
Après tout, il m'ennuie. Je vais visiter toute seule.
Vous n'avez pas le droit.
Ça, ma petite, le droit, ça se prend.
Odette !
Odette !
Où est-elle?
Elle est montée visiter le château toute seule.
Je n'aime pas l'effronterie.
Je vous demande pardon.
Je ne savais pas qu'elle me suivait.
- Je ne viendrai plus. - Pourquoi?
Comme c'est beau, ici...
Pourquoi vous ne vouliez pas
me montrer?
Levez-vous,
- c'est le lit de ma mère. - Je ne le salis pas.
Ouvrez les volets, si vous avez peur.
Non.
Je ne suis qu'une pauvre fille de Saint-Brieuc
et la maîtresse, c'est vrai, d'un aubergiste de village.
Mais il y a une habitude, moi, que je tâche de conserver :
c'est d'avoir le courage de faire ce dont j'ai envie.
Sanglots.
Mimi !
Mimi, nom de Dieu !
Qu'est-ce qu'elle fout, cette fille de garce?
Elle ne pourrait pas venir m'aider?
Pousse.
Encore.
Là.
Un petit peu plus par là.
Là, tu vois bien que c'est mieux.
Si tu le trouves, c'est que c'est mieux.
Qui t'a donné toutes ces idées?
- Aux fenêtres, je veux des tentures. - Tu comprends?
En soie.
Si tu les veux, tu les auras.
Pourvu que tu te plaises ici, tu sais...
Et un tapis, que je puisse marcher pieds nus quand je me lève.
Il y a que chez les paysans qu'il n'y a pas de tapis.
- Ah? - Et des tableaux, des vrais.
Pas ta femme et ton grand-père.
- Mais ils ont toujours été là. - Justement.
Ça fait trop longtemps. Il faut qu'ils décanillent,
- si tu veux que je reste, moi. - Ma femme, je comprends,
- mais mon grand-père ne t'a rien fait. - Pareil.
Il me regarde me déshabiller.
C'était un rude lapin, de son temps.
Mais en portrait...
Enfin, puisque tu ne l'aimes pas, il ira au grenier.
Pauvre vieux...
- Je voudrais des meubles. - Il y a rien, ici.
Des fauteuils, des fleurs, des vases...
Tu sais ce que je veux? Une salle de bains.
- "Une salle de bains"? - Mais il y a la mer.
"La mer..."
Gros paysan.
Ah, ce que je voudrais être une vraie dame...
J'aime pas quand tu veux quelque chose et que tu ne l'as pas.
Tu seras une vraie dame.
Et t'en auras une, de salle de bains.
- 800. - Non.
900.
Ils l'ont donnée à la vieille,
quand ils ont fait la salle de bains au château.
Elle y fait son linge.
Allez, 1000 Francs, dernier mot.
- C'est bon. - Je vais prendre la brouette.
- C'est bon, pose-la. - Voilà tes 1000 Francs.
- Non. - Quoi, "non"?
- Je ne la vends que si je la monte. - Tu veux que je t'assomme?
- Je livre à domicile. - Je suis complaisant.
- Non. - Fous le camp, corniaud !
Mais c'est trop lourd pour toi.
- Non, jusqu'à la chambre. - Qu'est-ce que tu crois?
Qu'elle s'est déshabillée en t'attendant?
Attention.
. \ Voilà.
Madame est servie.
Voilà tes 1000 balles.
Non, Jock.
Pas la peine.
Je suis payé, maintenant.
Mimi !
Mimi !
On a besoin de toi.
Mimi, vite. Qu'elle ne prenne pas froid.
- Tu te sens pas mal, au moins? - Mais non, grosse bête.
- Pourquoi te laves-tu un après-midi? - J'ai pas le droit?
- Toi, tu manigances quelque chose. - Ma chemise,
celle qui est trouée, raccommode-la.
- Tu voulais pas. - Je veux, maintenant.
Tu vas te raser un jeudi?
Ça porte malheur, le jeudi?
Toi, t'as quelque chose en tête.
Écoute.
La petite, elle est à moi si je veux.
Je le sais.
Méfie-toi du Jock.
- Aujourd'hui, il est à Saint-Brieuc. - Alors, écoute.
La petite, elle va se promener presque tous les soirs sur la lande.
Une vieille la surveille derrière chaque rideau.
Parle-lui, et le Jock le saura demain matin.
Oui, mais si elle te parle à toi,
qu'est-ce que ça peut leur foutre?
Si elle te parle et que tu l'emmènes plus loin,
sans qu'elle s'en doute,
là où je te dirai...
Une bergère chantonne.
- Elle va avoir des petits? - Oui, ma belle.
C'est plus pour longtemps.
- C'est pour elle que vous ramassez? - Non, ce sont des simples.
Tu vois ces herbes-là?
Tu les piles avec de la graisse, et ça fait une pommade.
Tu peux ajouter du parfum, mais même sans, t'as plus de rides.
- J'ai le temps, la mère. - Ça viendra.
Tout vient.
Dans mon temps, moi aussi, j'ai été belle.
Si je te disais le nom de celui qui m'a aimée, tu serais surprise.
Tu veux l'herbe qui rend amoureux? Je la connais aussi.
Pas besoin.
Ils viennent tout seuls, les hommes.
Oui. Et un jour, celui qu'on aime, on voudrait qu'il ne pense qu'à vous.
...Il y en a pas beaucoup, de votre herbe.
L'amour non plus, il y en a pas beaucoup.
Tu es nouvelle ici?
Tu es chez le Jock?
Les belles filles, ça veut bien le plaisir, mais pas le...
- Pourquoi vous me dites ça? - Pour rien. Pour que tu le saches.
Tu vois cette herbe-là?
Je voudrais que ma chèvre, elle ait pas son biquet,
je lui en ferais boire.
- Vous avez déjà essayé? - Sur ma chèvre, pas si bête !
Et elle est aussi rare que l'autre, cette herbe-là?
Moins rare.
Cueilles-en, ma fille. On ne sait jamais.
Hé, la mère ! C'est celle-là?
La mère?
Où êtes-vous?
La mère?
Où êtes-vous, la mère?
Vous êtes perdue?
Non.
Enfin, un peu. J'ai suivi une vieille qui cueillait des herbes.
Et comme je ne suis pas d'ici...
- On est loin du village? - Pas très loin.
- Vous voulez que je vous raccompagne? - Je veux bien.
Pourquoi vous avez refusé l'argent de la baignoire?
- Je voulais vous la donner. - Vous ne me connaissez pas.
Un peu, déjà.
Pourquoi vous avez dit à Jock : "Je suis payé, maintenant"?
- Parce que je vous avais vue nue. - Dites donc !
- Étais pas nue. - Pour moi, si.
Vous êtes un drôle de garçon.
- Ils trouvent ça, dans le pays. - Ils m'aiment pas.
Je ne leur ressemble pas.
- Vous non plus, d'ailleurs. - Moi?
Vous ne ressemblez pas aux autres.
Allez, passez la monnaie.
Salut, Jock.
C'est drôle qu'il soit pas venu ce soir, le Maurice.
- —Il a peut-être claqué. - Il est increvable.
- C'est pas un homme. - Il a fini par avoir peur.
Peut-être. Bonsoir.
À demain.
C'est bête, mais ça me fait drôle qu'il ne vienne plus.
Allez, tu éteins tout. Bonsoir, Mimi.
Bonsoir.
- Allez, ouvre, Odette. - Non, je te dis.
- Pourquoi? - Je veux dormir seule.
Mais je t'ai demandé pardon.
- 3 nuits que je t'attends. - Tu crois que c'est facile?
Il a fallu que je me dispute avec lui pour coucher seule.
S'il se réveille,
il me tuera.
Je suis là.
Viens.
Comme c'est doux...
J'ai mis plein d'herbe.
Ce sont les herbes de ta mère, pour faire aimer?
- Non, c'est de l'herbe à lapins. - Mais c'est bon quand même.
Mon chéri...
Je savais pas.
- Qu'est-ce que tu ne savais pas? - l'amour.
Même à Saint-Brieuc, avant?
Pareil.
Je savais pas. Ce que c'est simple...
Tu sens bon.
Ne bouge pas trop. On est si bien.
C'est bête.
Je suis heureuse comme quand j'étais petite.
Et pourtant,
- t'es un voyou. - Toi aussi, t'es un voyou.
Idiote.
Ils me détestent dans le pays parce que je suis pas comme eux.
Ma mère a été bonne au château, longtemps.
C'est là qu'elle m'a eu avec le comte,
celui d'avant.
C'est ça qu'ils me pardonnent pas.
Le vieux m'aimait bien. Il m'a envoyé chez les curés.
Ils espéraient que je serais curé.
Seulement, ils m'ont foutu à la porte, les curés.
Je suis revenu au château.
Pattes blanches, à la mort du vieux, m'a foutu à la porte.
Ça me connaît, la porte.
Mais je les aurai, un jour.
Alors t'es son frère?
"A qui?"
Pattes blanches.
Oui. À la vie à la mort, comme on dit.
À la mort, plutôt.
Un jour, il me paiera tout ce qu'il m'a fait.
Maurice, tu m'aimes?
- Ne dis pas ça. - Ça ne sert à rien, les mots.
Tu sens que je suis ta femme?
Ça peut pas tromper, quand c'est comme cette nuit.
Tu sens qu'avant, les autres, ça comptait pas.
C'est rien, tu sais, pour une fille de dire oui.
C'est comme si on donnait rien. Tu comprends?
Je me doute bien que t'étais pas enfant de Marie.
- Mais à toi, je veux tout dire. - Je serai pas tranquille, sinon.
- Laisse donc. On a le temps. - Ça nous fera de la conversation.
Non. Je veux te le dire pour lui, que je sois lavée après.
Mais pour qui?
Dimanche, j'ai été au château.
Je m'ennuyais.
Étais toute seule.
Je savais pas.
C'était si drôle de le voir tout pâle, me regardant.
Je te connaissais pas, mon chéri.
Salope ! Salope !
Garce ! Garce !
Je n'y ai été qu'une fois.
Aurais pu ne pas te le dire. Je n'y retournerai plus.
Si. Si, justement.
Tu le reverras.
Maurice...
Allez, c'est bon, ne chiale plus.
On n'en parle plus, de cette histoire.
C'est le jour.
Dépêche-toi.
Je t'attends demain soir.
Tu ne m'embrasses pas?
Mais si, je t'embrasse.
Allez, file.
Allez, file, je te dis. File !
Pourquoi tu veux me faire faire ça?
- T'auras donc pas de peine? - Du plaisir.
Et de la peine aussi, mais il me la paiera.
Mais je suis à toi?
- Je suis à toi, dis? - Tu comprends rien.
Vas-y.
Ah, tu es revenue?
Tu es là.
Tu es belle.
Je ne saurai jamais ce qui se passe dans cette tête.
Tu ne m'aimes sûrement pas, mais tu es là.
Et même tout à l'heure, quand tu seras partie,
il restera un peu de ton parfum sur ce lit.
Et sur mes mains.
Si je veux, je peux étendre mes mains
et te toucher encore.
Je ne suis plus seul.
C'est étrange, tu sais, d'être toujours seul.
C'est pour ça que je couchais sur mon lit de soldat.
Quelquefois, je montais dans cette chambre.
Je restais là, à contempler ce grand lit toujours vide.
Oui, c'est vrai.
C'est vrai. Cette fois, il y a quelqu'
Tu me fais mal.
Pardon.
- Je dois partir. - Attends un peu.
Appuie-toi bien fort sur ce lit,
que ta trace y reste après que tu seras partie.
Ça t'ennuie que je parle?
Non.
J'ai pris l'habitude de parler seul.
Tiens.
Je voulais te l'envoyer si tu n'étais pas revenue.
Et pourtant, j'avais juré que personne ne la toucherait plus jamais.
C'est bon aussi, d'être lâche.
Pattes blanches, va.
La mère...
Ils t'ont eue, toi aussi.
Au plaisir et à la cuisine. Tous les travaux durs.
T'avais pas fini de laver le linge et d'essuyer tes mains gercées,
il fallait que tu montes au lit.
T'es vieille maintenant, t'es plus utile.
On t'a renvoyée dans ton trou.
On sera vengés.
On sera vengés tous les deux, la vieille.
À genoux. À genoux, il me suppliera.
Méfie-toi, Maurice.
Non. Je le connais, le petit frère.
Ai été petit avec lui, autrefois.
Il est comme le vieux cochon.
Il est comme moi.
Il peut essayer de se vaincre.
Maintenant qu'il y a goûté, il ira jusqu'au bout.
Jusqu'au bout, t'entends?
Et au bout, il y aura ma petite surprise.
- Quelle heure est-il? - 19 h.
Pense pas toujours, tu te ronges les sangs.
Elle est rentrée.
C'est fini, maintenant.
Tout est réglé. Tout est réglé.
Des marionnettes.
Mimi !
- Ça, c'est quelque chose. - Bonne soirée.
- Qu'est-ce que vous lui racontez? - C'est terrible.
Attention, ne la secoue pas.
Tiens, monsieur de Kériadec.
- Bonsoir, monsieur de Kériadec. - Bonsoir.
Vous désirez?
Je passais...
et je me suis dit que...
Je consens à vous céder le piano.
- Non". - On peut dire que ça me fait plaisir.
Entrez, monsieur.
Vous n'allez pas rester
à la porte.
Je ne veux pas vous déranger.
Je pensais que cela vous ferait plaisir.
Moi, le piano...
C'est la petite, qui va être contente.
M. de Kériadec va me vendre son piano.
C'est gentil, ça, monsieur.
Merci.
Regardez ces mains.
Ça sent bon, ça ne touche à rien.
Une vraie clame, quoi.
Puis tout est joli, là-dedans. Pas vrai?
Certainement.
Dis donc, tiens-toi un peu, toi.
Je suis tout rond, moi.
Et M. de Kériadec, il me comprend.
On se marie. Les bans sont affichés.
C'est ce qui explique le petit dîner, pour fêter ça.
Mes compliments.
Je m'excuse de vous avoir dérangés. Je dois rentrer.
Étais juste passé pour vous dire,
à propos du...
Mesdemoiselles, messieurs.
Non, non. Une vente, ça s'arrose.
Vous allez trinquer avec moi. C'est la tradition.
- Je ne vous l'apprends pas. - Je ne bois pas.
- Un peu de blanc. - C'est léger comme du cidre.
À la vôtre, monsieur de Kériadec.
M. de Kériadec, si ça m'était permis,
je serais pas seulement heureux, mais fier aussi.
On est entre gens simples mais honnêtes.
Si vous vouliez me faire l'honneur, au lieu de rentrer seul...
Et j'en connais une à qui ça ferait plaisir.
Dis-le, à M. de Kériadec, que ça te ferait plaisir.
- Oh oui, je serais contente. - aime bien M. de Kériadec.
...Allez,
un bon mouvement.
Votre papa avait ses défauts, mais il refusait rien aux dames.
Eh bien, je...
Merci. J'accepte.
Oh, ça, c'est gentil.
C'est gentil.
S'ils n'étaient pas plus fiers que vous, tous les nobles,
je voterais à droite, moi. C'est pas vrai?
Je vais fermer, qu'on soit tranquilles.
Rires.
C'est comme votre père, monsieur de Kériadec.
Je lui ai vendu des chevaux.
C'était un rude connaisseur.
Votre verre.
Non, merci. Non.
Vraiment, je vous assure.
- En ai déjà trop pris. - Pour me faire plaisir.
Allez, la petite vous le demande.
Tenez, j'ai été à la noce une fois avec votre père.
Il disait pas non, lui.
Il levait le coude, votre papa.
- Oh, il ne faut pas en avoir honte. - On a dit ce qu'on a voulu sur lui,
mais c'était quelqu'
J'avais une petite chez moi comme vachère.
Les parents me l'avaient confiée. 15 ans.
Vous savez qui je trouve sur elle un jour?
Votre papa, monsieur de Kériadec, le cul en l'air !
Rires.
Assez. Parlons d'autre chose.
Mais pensez-vous.
Il fait noir. Je fais semblant de pas le reconnaître.
Empoigne mon fouet. Mais il n'a rien dit.
Il s'est sauvé comme un lapin.
Ça n'empêche pas qu'à la foire suivante,
on s'est serré la main, tous les deux.
À la santé de votre père.
À la santé de M. de Kériadec.
- Mimi, allez. - Cette fois, tu bois avec nous.
J'ai pas soif !
Qu'est-ce qui lui prend?
Monsieur de Kériadec?
Ben, quoi?
On plaisantait, monsieur de Kériadec.
Mais oui.
Vous voyez bien qu'il est malade.
Alors, petit frère, ça va pas?
Où ça vous mène, tout de même, les femmes...
Tu vois?
Oui.
Aurais voulu mourir de honte.
On ne meurt jamais de honte, Mimi.
C'est une phrase qu'on dit, seulement.
On ne meurt même pas d'amour.
Il y a peu de choses dont on meurt.
Je ne sais pas.
Ai toujours été servante.
On m'a toujours commandée, battue, et j'ai toujours obéi.
Je n'ai pas à avoir d'honneur.
Mais vous, si.
J'ai besoin d'elle.
Je ferais n'importe quoi pour l'avoir.
Moteur.
Bonjour, monsieur.
- Si vous voulez me suivre. - Nous allons pouvoir visiter.
Le lit, monsieur.
Le lit est vénitien. Il n'a pas quitté ma famille.
Oui. C'est une assez jolie pièce.
- Non. - Un peu restaurée?
- Alors elle en a besoin. - C'est beaucoup plus grave.
Si vous saviez comme ça se vend mal...
On croit que ça vaut des fortunes,
mais précisément, personne ne veut mettre ces fortunes.
La commode, peut-être.
Des réparations.
Beaucoup de réparations.
Voulez-vous une offre pour chaque pièce?
- Comme vous voudrez. - Je vends tout.
Mais je veux l'argent dans 2 jours.
- Eh bien, mettons 500000. - Vous voyez que je suis large.
Pour tout?
Mais le crucifix,
il est très vieux.
Bon. Au poids du bronze : 300 Francs le kilo.
500.
Violon et accordéon.
VIVE LES MARIÉS !
LE MARIÉ ! LE MARIÉ ! LE MARIÉ !
LE MARIÉ ! LE MARIÉ !
Le Temps des cerises.
Amour, amour.
Amour, amour, oui.
Le lendemain, j'ai rencontré Suzette.
Je lui ai dit : "Si tu viens avec moi."
"Je t'achèterai la belle chemisette."
"J'y claquerai tout l'argent De mon mois"
ai acheté la parure de soie
ai tout donné pour conserver Suzon
Elle est partie sans que je la revoie.
Alors j'ai mis mon malheur En chanson.
Ils chantent tous en chœur.
Acclamations.
Musique.
Chut !
Chut !
Et maintenant,
on va danser un quadrille.
En place pour le quadrille.
Première figure : le salut.
Musique.
- Tiens, bois. - C'était drôle.
- Hé, petit. - Non, monsieur...
N'aie pas peur.
N'aie pas peur.
Je ne vais pas te faire de mal.
Tu vas aller porter ceci à la mariée.
La mariée de l'auberge. Et sans qu'on le voie, surtout.
Ça, c'est pour toi.
Et tu reviens me dire si tu as pu lui donner.
Va, mon petit.
T'es heureux?
Oh, Odette, je croyais pas qu'on pouvait l'être comme ça.
Ça me fait plaisir, que tu sois heureux.
Ce serait bon d'être ta femme, d'être tranquille.
- Mais t'es ma femme. - T'as donc rien compris?
C'est vrai que je suis ta femme.
Tu sais, le poisson, je ne le sens presque plus.
- Jock? - Oui. Quoi?
Ce soir, elle sera à toi, c'est signé.
On peut pas revenir là-dessus. Sacré cochon.
Mais on peut la faire danser?
Oui, je te la prête, mais ne lui écrase pas les pieds.
Musique.
Qu'est-ce qu'on ferait pas, quand on est heureux?
Tiens, bois.
Musique.
- Tu lis un billet doux ce soir? - Quel "billet doux"?
...Il t'a fait porter une lettre. Je l'ai vu.
Montre.
Allez, montre !
Maurice...
- Ça y est. - Il est pris, le Pattes blanches.
Il a tout vendu.
Après, il volera.
Il volera, comme moi.
- Tu vas y aller tout de suite. - Mais je peux pas.
Tu diras que tu te reposais.
Non, Maurice. Pas ce soir.
En ai assez. Je veux être tranquille.
En peux plus, de vous tous.
- Toutes les mêmes. - Ça veut être tranquille.
Et moi?
Écoute, je lui demanderai de l'argent.
Je t'en donnerai pour que tu partes.
- Tu reviendras après. - C'est pas ça que je veux.
Va tout de suite. Je te suis.
Non, Maurice. Pas ce soir.
Tout de suite !
Ah, tu es venue?
Ai l'argent. J'ai tout vendu.
- Nous allons partir ce soir. - Non.
Pourquoi?
- Parce que je ne t'aime pas. - Je ne t'ai jamais aimé.
Je le sais.
Mais j'ai plus d'argent que lui, maintenant.
Partons à Nice.
- Je veux pas de ton argent. - en ai assez, de toi
et de vous tous à mes trousses, à me sentir, à me toucher.
Je veux être tranquille.
Pourquoi es-tu venue?
Il m'y a forcée.
Qu'est-ce que tu racontes?
Qui t'a forcée?
Maurice.
"Maurice"?
Tu connais Maurice?
C'est mon amant.
C'est moi, ton amant.
Toi, mon "amant"?
Seule, tu crois que j'aurais eu un amant comme toi?
Regarde-toi.
Pattes blanches, va.
Excuse-moi, petit frère.
Ai mis longtemps, mais me voilà.
Qu'est-ce que tu fais avec la femme de l'aubergiste?
Il va falloir répondre.
À genoux.
À genoux, comme moi le jour où tu m'as foutu dehors.
"Pardon", tout de suite. "Je le ferai plus."
Tout ce que j'ai dit, tu vas
le redire.
Un mois que je l'envoie dans ton lit pour ça.
...Où est la mariée?
- On a perdu ta femme. - Farceur.
Elle doit être en haut.
Odette?
Odette?
Hé, Marguerite.
Quelqu'un a vu Maurice?
- Je l'ai vu dans la cour. - "La cour"?
- Oui, il lui parlait. - "La cour"?
Vous ne l'avez pas invité, si?
Nom de Dieu !
Musique.
Je sais pas.
Avais bu, j'étais fou de rage.
Tu ne nies pas avoir proféré des menaces?
- J'ai tué personne. - ai pas tiré, j'ai trouvé personne.
- On a retrouvé ton fusil. - La balle a été tirée.
Je me suis pris le pied dans la lande.
Je suis tombé, et le coup est parti.
Ai pas tiré, je le jure.
Si je l'avais trouvée, j'aurais tiré.
Mais je ne l'ai pas trouvée.
C'est vraiment troublant, ces histoires de village.
Vous n'avez aucune idée?
Non. Je n'ai aucune espèce d'idée, sur rien ni sur personne.
Ce n'était pas un interrogatoire.
Non, j'étais passé à l'auberge.
Je ne voulais pas partir sans vous dire bonjour.
- Au revoir, monsieur de Kériadec. - Au revoir.
Monsieur le juge !
- Tu me connais? - Qui t'a dit que j'étais le juge?
Je vous ai entendu parler aux gendarmes.
Je voulais vous dire que je leur avais menti.
Aime mieux tout vous dire, maintenant.
Nous ne pouvons pas rester là.
Montez.
Déjà?
Laissez-nous.
Je suis heureux de vous voir, monsieur de Kériadec.
J'ai appris qu'on avait arrêté la servante de l'auberge.
C'est un véritable coup de théâtre.
Elle a fait des aveux complets. Elle était jalouse de sa maîtresse.
Espérait-elle épouser le patron?
Toujours est-il qu'elle l'a poussée du haut de la falaise.
C'est curieux mais assez fréquent,
ces haines d'infirmes.
Asseyez-vous, je vous prie.
Je ne sais pas ce qui l'a poussée à se dénoncer,
mais je me dois de vous dire que ce récit est purement imaginaire.
Puis-je savoir ce qui vous a amené à une pareille conclusion?
Odette n'est pas morte noyée.
- Mais la mer a rejeté son cadavre. - Elle a été tuée avant.
Je vais vous faire un aveu : c'est aussi mon opinion.
Mais en l'absence de traces sur le corps
et en attendant le rapport du médecin légiste,
je m'étonne que vous puissiez être aussi formel.
Je suis d'une vieille famille de marins, comme vous.
Ai vu le cadavre sur la plage. Vous ne l'avez peut-être pas vu.
Les dents serrées, elle n'avait pas bu une goutte d'eau.
Seuls vos argousins peuvent se tromper.
Ne vous moquez pas de mes argousins, monsieur de Kériadec.
Ils sont bêtes, peut-être, mais patients et méthodiques.
Ai reçu ce matin un rapport que je n'ai montré à personne.
Il semble bien confirmer votre thèse.
Un homme s'est pendu cette nuit dans une maison close de la ville.
Vous ne me demandez pas qui?
Il n'avait pas de papiers,
mais il a été reconnu comme étant Jock Le Guen,
un ancien habitué.
Ce geste semble bien signer son crime.
Si le rapport du médecin conclut qu'il n'y a pas noyade,
c'est que votre jeune protégée
nous a menti.
Ce n'est pas ma "protégée".
Je vous promets en tout cas de faire vite.
Si je reçois le rapport du médecin cet après-midi,
je vous assure qu'elle ne passera pas une seconde nuit en prison.
Merci, monsieur.
Monsieur de Kériadec,
j'ai beaucoup aimé Monsieur votre père.
Ai toujours respecté chez lui, où tout n'était pas respectable,
la façon qu'il avait d'assumer en toutes circonstances
la pleine responsabilité de ses actes.
- Ah, c'est toi? - On t'a libérée dès ce soir?
Oui.
Je suis content que tu sois revenue.
C'est fini, maintenant. Ils t'ont relâchée.
Oui.
Vous êtes beau, ainsi.
Oui. Pour la première fois depuis bien longtemps,
j'ai pensé que je devais me faire beau.
Mimi...
Tu devrais rentrer.
Comme il est beau, votre château.
Vous n'auriez jamais dû vivre en bas.
Oui.
C'était un très beau château.
Et moi, je ne l'aurai jamais visité.
Viens.
Fais attention à la paille.
Celui-là était un Kériadec pour qui la vie devait être simple,
appuyé des deux mains sur sa grande épée.
...Il était fort et grand, comme vous.
- Il habitait ici? - Non.
L'ancien château a été brûlé par Richelieu,
car son petit-fils s'était révolté.
Pourquoi il s'était révolté?
Les Kériadec rendaient leur justice eux-mêmes
et n'aimaient pas que le roi s'occupât de leurs affaires.
Viens.
Et là, c'était le grand salon d'apparat,
où l'on dansait.
Avec les belles robes?
Les hommes en habits brodés, |es femmes dans leurs robes de soie,
1000 flambeaux tout autour d'eux.
C'est là qu'ils dansaient avant qu'on ne leur coupe la tête.
Moi, j'ai toujours eu envie de danser.
Depuis toute petite.
Mais j'ai jamais permis à personne de me prendre dans ses bras.
Valse.
Mimi?
C'est rien. Pardon.
Ai eu une faiblesse.
Ai pas voulu manger en prison. Ça fait deux jours.
Pourquoi t'es-tu accusée?
J'avais eu envie tant de fois de le faire.
Ça aurait pu être moi.
Mais ce n'était pas toi.
Moi, je suis pauvre, je suis laide, je suis bossue.
Il valait mieux que ce soit moi.
Je te remercie.
Pourquoi?
C'est moi qui vous remercie de toutes mes forces.
J'ai eu toute une vie d'aventure, avant de m'enfermer ici.
On m'a cru longtemps heureux.
Mais je n'avais jamais été aimé.
C'est drôle d'être heureuse.
Ça fait peur.
...Il faut que tu partes.
- Pourquoi? - Il le faut.
Pourquoi?
Pour retourner faire le ménage des autres pendant longtemps,
jusqu'à ce que j'arrive à être vieille et mourir?
Alors pourquoi pas ce soir, avec vous?
Je suis fatiguée.
Je vais m'endormir sur cette belle paille qui sent bon,
puis vous ne me réveillerez pas.
Tout simplement.
Et accepter?
Tu n'y as jamais pensé, toi?
Je vous accompagne.
J'ai écrit au notaire pour que tu gardes le château.
Tu soigneras bien César.
Oui, je soignerai bien César.
Même si c'est 20 ans, je vous attendrai.
Allez, César.
Sous-titrage : Éclair Group
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