All language subtitles for Kono.sekai.no.katasumi.ni(In.This.Corner.of.the.World)

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English Download
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian Download
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

Décembre 1933

On a toujours dit que j'étais une rêveuse.

Hé, petite.

Tu vas porter ça où ?

À Futaba, à Nakajima Honmachi, pour livrer des algues.

C'est mon frère qui y va d'habitude, mais il est malade...

J'y vais à sa place.

Bravo, c'est bien. Tu peux t'asseoir simplement.

Je transporte du gravier, alors le plancher est rugueux.

Après ma course,

j'achèterai des bonbons pour mon frère et ma sœur.

Ah oui.

Regarde, nous sommes presque arrivés.

Voilà, on y est.

Le chocolat est à 0,10 yen.

Les caramels, 0,10 yen.

La petite boîte, 0,05 yen. Un yo-yo coûte 0,10 yen.

Je voudrais le rouge.

Les affaires vont bien.

Merci de votre visite.

À bientôt.

Je me suis perdue dans la ville,

et j'ai rencontré cet homme.

Suzu,

qu'est-ce que c'est ?

Un monstre.

C'est ce qu'il m'a dit. Il m'a prêté sa longue-vue

pour trouver mon chemin.

Ouah ! Qu'est-ce qu'on voit bien !

Puis, j'ai glissé dans sa hotte

et j'ai découvert un garçon.

C'est un voleur d'enfants et il nous kidnappe.

Il ne faut pas qu'on me kidnappe.

Je dois rentrer et nourrir les poules, ce soir.

Et moi, je dois rentrer à la maison avec mon père.

Moi aussi !

Je dois être rentré avant la nuit, sinon...

Sinon quoi ?

Tu le sauras bien assez tôt.

- Hé, monsieur. - Oh ! Aïe !

Il y a quelque chose de bizarre. Regardez.

Donne, laisse-moi voir.

Quand la nuit tombe, il s'endort.

Pas de chance, il ne dînera pas.

Merci, Suzu Urano !

Comment tu connais mon nom ?

"Merci, Suzu Urano !"

Hé, baisse le ton !

Je suis souvent dans la lune.

Peut-être que j'ai rêvé ce jour-là ?

Août 1935

Hier soir, la mer était déchaînée.

Mais la marée de printemps a tout changé.

Je traverse la mer seule pour la première fois.

C'est moi qui saluerai en premier notre oncle,

notre tante et grand-mère à Kusatsu.

Et moi, je dirai que les parents nous rejoindront plus tard.

Et moi, qu'on a apporté une pastèque.

Je veux la porter !

Arrête !

Arrêtez de traîner.

Mon frère Yoichi était dur.

Bonjour.

Nos parents sont...

Nous...

On a apporté une pastèque.

Merci, les ancêtres seront ravis.

Quelle jolie petite fille.

Chaque année, grand-mère nous coud un kimono.

Quand nos parents sont arrivés, on est allés sur la tombe familiale.

Et les affaires ?

Les temps sont durs.

Vraiment ?

Il y a des hauts et des bas.

Mais c'est pas mal d'être un enfant.

Je peux voir plein de choses.

Bon... Bonjour.

Veux-tu...

Tu en veux encore ?

Grand-mère.

Réveille-toi. La marée va remonter.

Prépare-toi.

Toi aussi, Sumi.

Allez.

Elle reviendra pour manger plus tard.

Tu crois, grand-mère ?

Si je lui laisse mon kimono, elle pourra le porter ?

Tu es gentille, ma petite Suzu.

C'est un esprit zashiki-warashi. Un esprit de la maison.

Yoichi me l'a expliqué

au moment où tout était baigné dans la lumière du soir.

Tu as laissé ton kimono à Kusatsu ?

Va le rechercher à la nage ! Empotée.

Mon ogre de frère

J'avais oublié à quel point mon frère était méchant.

Février 1938

Suzu.

Mets-le plus bas. Le vent risque de l'emporter.

Maman, tu peux me donner des sous ? J'ai perdu mon crayon.

Attends ton argent de poche.

Tu dois arrêter de griffonner.

- Sumi, on échange nos crayons ? - Non.

Suzu, Tetsu Mizuhara va à l'école tous les jours ?

Euh, oui.

Quelle journée glaciale.

C'est froid !

Oh.

Il est tout petit.

J'espère qu'il durera la semaine.

Ne le perds plus.

Lecture

Maths

Sciences

Dessinez ce que vous voulez.

Vous pourrez partir dès que vous aurez fini.

Oui, monsieur.

Que doit-on dessiner ?

Beau travail.

Très impressionnant.

Si je pouvais dessiner comme toi.

Je suis rentrée.

Je vais ramasser des épines de pin.

D'accord, sois prudente.

Hé, Tetsu Mizuhara ?

Tu ne pourras pas rentrer avant d'avoir fini ton dessin.

J'en ai pas envie.

Mes parents boivent toute la journée et ne travaillent pas.

Je déteste l'océan.

Je ne le dessinerai pas.

Suzu Urano, donne-moi la main.

Tiens.

Non, je ne peux pas.

Il était à mon frère. J'en ai plein d'autres.

Je vois plein de lapins, aujourd'hui.

Ça me rappelle le jour du naufrage.

Vas-y, dessine cet océan si bête.

Tetsu Mizuhara, tu voulais dire quoi, tout à l'heure ?

Les vagues ressemblent à des lapins qui sautent.

Tu voudrais que je te donne mon frère ?

Non, merci.

Les garçons disent :

"Quand tu vois le frère de Suzu, sauve-toi !"

Mais il est mieux que mon idiot de frère

qui s'est noyé quand il a rejoint la Marine.

En fait...

T'as raison, les vagues ressemblent à des lapins.

J'ai fini.

Voilà, c'est pour toi.

Merci.

C'est pas vraiment ce que je voulais.

Maintenant, je suis obligé de rentrer. Et avec un dessin comme ça,

je ne peux plus détester l'océan.

Mars 1940

Les troupes de la Marine impériale sont à l'est de l'océan Pacifique...

Décembre 1941

Hourra !

Avril 1943

Suzu, prends les algues de ce côté.

Décembre 1943

D'accord.

Dis donc,

quelle belle tenue de combat !

C'est froid !

Tu deviens adroite.

On déjeunera quand tu seras prête.

Je suis prête !

Tu vas aller loin !

Oui, tu vas partir loin pour te marier.

Ah bon ?

Toi, Sumi, tu n'iras pas loin.

On dit qu'une fille qui tient ses baguettes au bout, se marie loin.

Ah bon ?

Et toi, d'où tu viens ?

Je suis venue de Furue.

C'est le village d'à côté.

Les femmes qui partent en Mandchourie doivent utiliser de longues pinces.

Du coup, tu changes ta façon de tenir tes baguettes.

C'est pas vraiment intéressant de se marier près de chez soi.

Suzu, rentre chez toi ! Je viens de recevoir un appel...

Un garçon a fait tout le chemin depuis Kure pour demander ta main.

Kure ?

Quel âge as-tu, Suzu ?

Je viens d'avoir 19... Non, 18 ans, en fait.

Tu peux refuser. Va juste le rencontrer.

Suzu, viens ici.

Je voudrais t'offrir ceci.

Je l'ai réparé pour le jour de ton mariage.

J'espère qu'il t'ira bien.

Merci.

Tu te marieras à Kure dans ta belle-famille.

Lors de ta nuit de noces,

le marié te demandera : "As-tu pris un parapluie ?"

Tu répondras : "J'en ai apporté un tout neuf."

Il te demandera alors : "Puis-je l'ouvrir ?"

Et tu devras répondre : "Oui."

Mais pourquoi ?

Parce que tu dois.

Je pense que je deviens une adulte.

Je crois que Kure

est une ville avec un port militaire

où il doit y avoir beaucoup de marins.

Quoi ? Tetsu Mizuhara ?

Ça fait longtemps.

Dépêche-toi de rentrer.

Ta mère

a déjà annoncé la nouvelle à tout le monde.

Mon Dieu !

J'ai cru que c'était toi, le prétendant.

Mais t'es folle !

Je suis juste rentré pour l'anniversaire de la mort de mon frère.

Alors, tu ne sais pas qui c'est ?

Je ne l'ai jamais vu.

Peut-être qu'il me confond avec Sumi ?

Sumi est bien plus belle que moi.

Je ne pense pas.

Mon fils a remarqué votre fille

sur le chemin de l'école.

Il n'a pas été facile de retrouver votre adresse.

Parce qu'il y a trois ans, on a dû arrêter notre commerce d'algues

quand il y a eu des travaux sur le port.

Suzu va arriver dans un instant.

Je ne sais pas si je dois me marier avec lui.

Mais pourquoi ai-je ce goût de caramel

sur la langue ?

Ce qu'il fait froid...

Mais que dois-je faire ?

Ma tante a dit que je pouvais refuser de l'épouser,

mais je ne le connais pas le moins du monde.

Excusez-moi.

Oui ?

Nous nous sommes perdus.

Pourriez-vous nous indiquer la gare ?

- C'est par là. - Merci pour votre aide.

C'est un marin très gentil qui nous avait indiqué le chemin.

Oh, je le connais, il est un peu bizarre.

Ils ont dit qu'une femme étrange leur avait montré le chemin.

Février 1944

Est-ce que j'étais tout le temps en train de rêver ?

Je ne sais pas de quelle façon, ni quand c'est arrivé.

Veuillez fermer les volets du côté de la mer, s'il vous plaît.

Il y en a encore un d'ouvert.

Prochain arrêt, Kure.

Ça, c'était un tir de l'artillerie de la Marine.

Merci beaucoup.

Ce bus à gazogène ne peut pas monter la côte.

Bonjour, Mme Kobayashi.

Merci de nous avoir invités.

Je suis contente que nous ayons beau temps.

C'est un honneur de devenir votre belle-fille.

Je suis Mme Kobayashi, la tante de Shusaku, le marié.

Je serai ton entremetteuse.

Tu ne te souviens pas du nom de famille de ton époux ?

Je me fais déjà du souci pour elle.

Nous sommes montés déjà haut.

Ils vivent vraiment tout au bout de la route.

Nous y voilà.

Ils sont arrivés !

Veuillez me pardonner pour cet humble mariage.

Ma fille préfère les choses simples.

Oh non.

On ne voit même pas mon beau kimono.

Suzu !

Ne te déshabille pas ici !

Quel festin.

Navrée que le frère de Suzu n'ait pas pu venir.

C'est très impressionnant.

Vous nous avez donné les ingrédients.

Mangez bien, car c'est aussi le dîner.

Ce ragoût est divin.

Je suis contente pour toi. Il a l'air calme.

On ne peut pas être bruyant à son propre mariage.

On ne peut pas en dire autant de vous.

On se reverra quand tu passeras à la maison !

Oui, au revoir.

On se reverra à l'occasion.

Attends...

Mais c'était qui ?

Maintenant qu'elle est là,

tu peux te reposer et la laisser prendre le relais.

J'y compte bien.

C'est un honneur de faire partie de votre famille.

L'honneur est pour nous.

J'ai une jambe en mauvais état,

donc je compte sur toi, Suzu.

Bien sûr.

Merci.

Keiko fait toujours brûler la casserole.

C'est votre fille, celle qui est mariée ?

C'est un exercice de surveillance de la Marine.

Quel drôle d'endroit, où je vais vivre.

Merci d'avoir préparé les lits.

De rien.

Hé, Suzu ?

Oui ?

As-tu apporté un parapluie ?

Oui. J'en ai apporté un...

tout neuf.

Je peux te l'emprunter ?

Voilà.

Tu dois avoir faim.

Tu aimes les kakis séchés ?

Tu n'as rien avalé, au repas.

Je suis contente que tu manges quelque chose.

Ne t'inquiète pas.

J'ai juste avalé le fruit

en entier.

Nous sommes-nous déjà rencontrés auparavant ?

Oui, tu ne t'en souviens pas ?

Je suis désolée, je suis distraite.

Tu n'as pas changé.

Je me souviens même de ton grain de beauté.

Nous partageons le puits avec nos voisins, sur le chemin en bas.

Pour Yoichi Urano

"Expéditeur famille Houjo..."

Excusez-moi.

Quelle est l'adresse exacte de notre résidence ?

Bien sûr !

Nous partons.

Bonne journée.

On dirait que tout le monde travaille pour la Marine, ici.

Mme Houjo ?

Mme Houjo ?

Ah oui !

C'est pour aider au rationnement ?

N'oublie pas que ces deux-là se battent tout le temps.

Heureuse de vous rencontrer.

- Je m'appelle Chita. - Moi, c'est Kariya.

Arrête !

Qu'est-ce qu'il y a ? Je mesure.

Tu le fais à vue d'œil.

- C'est pas vrai. - Ce n'est pas équitable.

Si, c'est équitable.

- C'est incroyable. - Quoi donc ?

Tes manières !

Mais quelles manières ?

Je suis jeune. Ne vous en faites pas.

C'est en train de tomber.

Oups !

Aïe...

Je suis vraiment désolée.

Je dois insister sur le fait que cela pouvait arriver.

Nous devons être prêts à réagir en cas d'attaque.

Viens plus près, veux-tu ?

Il fait vraiment froid.

Voilà ce qu'était devenue ma vie quotidienne.

Mars 1944

C'est la robe de Keiko quand elle était jeune.

Tu peux la ranger.

C'est ce qu'elle portait quand elle a rencontré son futur mari.

Ils allaient au cinéma,

dans des restaurants chics et à des expositions.

C'était vraiment une femme moderne.

C'était comme ça, en ce temps-là.

Quand Shusaku était petit,

le désarmement nous a empêchés de construire des navires de guerre.

Mon mari et les voisins ont perdu leur emploi.

Ça a été une période difficile.

Mais Keiko a su trouver un emploi et un mari toute seule.

Très bien !

Je travaillerai aussi dur.

En ce temps-là, nous pensions vivre des temps difficiles.

Mais aujourd'hui, cette époque me manque.

Bonjour.

Je suis de retour.

Bienvenue.

Très fade !

Mais le riz n'est pas fade ! Et puis, il se fait rare, ces temps-ci.

Je parlais de toi !

Je m'attendais à une fille élégante d'Hiroshima.

Qu'est-ce que tu portes là, comme loque ?

Tu fais griller du soja ?

Bonjour, Harumi.

Maman est fâchée à propos de tout, aujourd'hui.

Alors, je reste calme.

Je suis désolée, mais c'est tout ce que j'ai...

Couds-toi une tenue correcte, maintenant !

Et ce riz n'est pas un cadeau. C'est pour Harumi et moi !

Et alors, Keiko ?

Écoute-moi, maman.

Oh, mon Dieu, que faire ?

Aïe !

C'est pas vrai ! Encore une maladresse !

Tu ne pourras pas te marier avec des capacités pareilles.

Alors, je resterai célibataire.

Alors, la ceinture était...

Oui, c'est ça.

Je défais les coutures et je coupe.

Je les assemble et les couds.

Je rajoute une ceinture, et ça ira.

Je suis Harumi Kuromura.

Moi, c'est Suzu Houjo.

Je peux avoir du fil ?

Ça ira, ça ?

Oups.

Tu vas faire les courses ?

Oui, je vais chercher les rations.

Je vais y aller. Donne-moi les tickets et le portefeuille.

Vraiment ? Merci.

Bienvenue.

Tu peux arrêter, je vais le faire.

Eh, maman !

J'arrive. Qu'y a-t-il, ma chérie ?

Que doit-on utiliser pour la soupe ?

Keiko, Harumi, vous êtes là. Il n'y a que vous deux ?

Bonjour.

Reste autant que tu le désires.

Incroyable Keiko. Tu n'as pas brûlé le riz.

Shusaku !

Excusez-moi.

Je vous remercie. J'ai réussi à transformer mon kimono.

De rien.

Notre mère a une jambe en mauvais état,

alors nous t'avons fait venir, loin de chez toi.

Si seulement j'étais restée.

Suzu.

Pourquoi ne rentres-tu pas à Hiroshima ?

Quoi ?

C'est une bonne idée.

Je suis rentrée.

Je suis épuisée.

Bienvenue.

Il est déjà huit heures.

On a eu beaucoup à faire, aujourd'hui.

Ce sont des ceintures porte-bonheur ?

Oui. Sumi, il faut que tu penses à les coudre.

D'accord.

Suzu ! Réveille-toi.

Ou... oui !

Il est l'heure de dîner.

Oh, mon Dieu.

J'ai rêvé que je me mariais avec un homme de Kure.

Tu es réveillée, maintenant ?

Ma belle-sœur me disait de rentrer à Hiroshima.

Au début, je n'étais pas sûre.

Oh, pour voir ma famille !

Puis, ma belle-famille s'est excusée

de ne pas m'avoir laissée venir plus tôt.

Ils m'ont dit

de me reposer quelques jours.

Si c'est ce que tu veux. Je suis contente.

As-tu écrit à Yoichi ?

Oui.

Mais je n'ai pas de réponse.

- Et toi ? - Moi non plus.

Il est loin.

Et il n'écrit pas beaucoup.

Suzu a peut-être écrit à la mauvaise adresse ?

C'est l'heure du bain.

Comment ça se passe, dans ton groupe de bénévoles ?

Je commence à m'habituer. Est-ce que je sens le cambouis ?

Ça doit être dur comme travail.

J'ai moins froid que si je ramassais des algues.

Tu sais, un bel officier de la Marine m'a donné ses tickets repas.

Ouah !

Tout ça doit être classé secret défense !

Et toi ? Tu aimes bien Kure ?

Je ne peux pas encore le dire. J'ai encore beaucoup à apprendre.

Mince, je crois que je t'ai vraiment dit un secret militaire.

- Oh, non ! - Bonne nuit.

Suzu ?

Oui ?

Il y a un endroit sur ta tête où il n'y a plus de cheveux.

Salut, Suzu ! Je vais travailler.

Les mesures d'urgence commencent le mois prochain,

et les voyages seront limités.

Fais attention.

Oui.

C'est l'heure de ma tournée.

Quoi ? Tu t'en vas aussi ?

Le chemin de fer prend part à la guerre

Papa m'a donné de l'argent.

Au revoir.

Au revoir, Hiroshima.

Les billets sont tous vendus

C'est pour ça que tu es revenue ?

Je me sens mal pour les Houjo.

Je suis rentrée.

Avril 1944

Keiko est finalement restée.

Maman, je peux utiliser la pierre à encre ?

Pourquoi ?

Je voudrais m'en servir.

Suzu ?

Qu'as-tu raconté à Harumi ?

Je peux aller distribuer le bulletin communautaire ?

Vas-y.

Je vais l'apporter.

Elle est un peu bizarre, depuis Hiroshima.

Ce n'est encore qu'une enfant.

Merci pour votre accueil.

- S'il te plaît. - J'ai dit non !

Prête-moi un pinceau.

Tu n'as pas besoin de pinceau.

Bienvenue.

Tu récoltes des plantes ?

Oui, pour le dîner de ce soir.

Je vois.

Les pissenlits sont blancs, ici, à Kure.

C'est différent, à Eba ?

- En voilà un jaune. - Laisse.

Quoi ?

Sa graine doit venir de loin.

Tu as l'air plutôt triste. Ta maison te manque ?

Non, ça va.

Regarde là-bas.

Il y a des porte-avions. C'est peut-être le Hiyo et le Junyo.

Ils sont énormes.

Les petits sont des contre-torpilleurs. Il y a même un sous-marin allemand.

Celui-là, c'est un ravitailleur de sous-marins.

Regarde, cet oiseau, c'est un œil blanc.

Là-bas.

Oui, j'ai vu.

Shusaku,

qu'est-ce que c'est ?

C'est un navire ?

C'est le Yamato,

le navire de guerre le plus puissant au monde.

Ils sont nombreux à bord ?

Oui.

À peu près 2 700 personnes.

Deux mille

sept cents ?

Oui. Allons leur souhaiter la bienvenue à Kure.

Ils font à manger pour 2 700 personnes chaque jour, sur ce bateau ?

- Suzu... - Et aussi la lessive ?

Je suis désolée. Ça va ?

Oui.

Tu es blessée ?

Suzu, le stress te fera perdre plus de cheveux.

Alors, tu avais remarqué ?

Je peux emprunter un pinceau ? Je voudrais peindre la tête de Suzu.

J'ai dit non !

Tu vas mettre du noir partout.

Peu de temps après, Keiko est retournée dans sa belle-famille.

J'étais contente de me remettre à cuisiner.

Mais les rations ont été réduites.

Mai 1944

Quatre sardines séchées, pour trois repas d'une famille de quatre.

C'est mieux que juste des légumes,

et je pourrai peut-être acheter du tofu.

Je vois.

Violettes,

stellaires, prêle des champs.

Pissenlit, sardines séchées et tofu.

Patate douce, farine et des noyaux de prunes aigres.

Couper et cuire à la vapeur une patate douce.

Bouillir et émincer la prêle.

Les mélanger à la farine pour faire une galette.

Notre déjeuner est prêt.

C'est calme sans Keiko.

Les restes sont séchés et conservés.

Continuons.

Faites cuire du riz avec beaucoup d'eau.

Ajoutez les patates douces et laissez mijoter pendant dix minutes.

Ensuite, ajoutez les stellaires émincées.

Blanchissez les radis blancs et les racines de pissenlit

avec de la sauce soja et du sucre.

Ajoutez les feuilles de pissenlit et le tofu, laissez mijoter.

Taillez finement et salez les radis.

Ensuite, ajoutez l'oxalis.

Faites bouillir les noyaux de prunes aigres dans l'eau.

Ajoutez les sardines séchées et laissez cuire en arrosant.

Terminez en ajoutant une pincée de sel.

C'est Mme Kariya qui t'a donné cette recette ?

Le riz est encore rationné,

alors j'ai fait un porridge à la patate douce.

Bon boulot.

Je ferai mieux demain.

Lors d'un siège, le Samurai Kusunoki inventa

une "méthode pour augmenter la nourriture".

Premièrement,

faites rôtir et revenir du riz.

Ajoutez trois fois la dose d'eau et faites mijoter doucement le riz.

Si vous économisez le riz, économisez aussi l'énergie.

Utilisez le cuiseur sans feu de l'Empire du Japon.

Laissez reposer une nuit.

Ajoutez le miso et les violettes au ragoût de sardines de la veille.

Réchauffez le riz sur le feu.

La spécialité du Samurai Kusunoki, le "nanko meshi", est prête !

Ce bento est pour mon beau-père.

On a beaucoup de riz, aujourd'hui. Les grains ont gonflé.

C'est une première pour nous.

- Oui. - Bon appétit.

- Nous partons. - Je suis désolée.

Le Samurai Kusunoki

devait être un sacré personnage pour aimer le riz cuisiné ainsi.

Oui, c'est vrai.

Juin 1944

Alerte réelle !

Raid aérien !

La radio est devenue muette. Shusaku est allé travailler ?

Oui.

Pour l'instant, l'ennemi peut atteindre au mieux Kyushu.

Ce n'est pas encore le moment de se réfugier dans les montagnes.

C'est juste une coupure de courant.

Ne tombe pas.

Ils commencent à démonter des maisons.

C'est pour mettre en place des coupe-feux.

Ah oui.

Ils vont pas faire ça ici. C'est juste en ville.

C'est terrible.

J'espère que ces gens trouveront de quoi se loger.

Merci.

De rien.

J'ai bien assez de bois de chauffage.

Ma maison a été démontée.

Oh non.

Ma belle-famille va déménager à Shimonoseki.

Alors je dois divorcer.

Quoi ?

Ne vous inquiétez pas. Je trouverai du travail.

On va être plus nombreux, maintenant.

- On agrandit comme ça ? - Oui !

Juillet 1944

J'ai entendu des tirs sur le mont Haigamine.

Je n'arrive pas à y croire.

Ça devient dangereux.

Merci beaucoup pour votre aide.

Quel bel abri anti-aérien.

N'est-ce pas ?

Shusaku a travaillé d'arrache-pied pour finir l'abri.

Les poutres et les tatamis de chez Keiko ont bien aidé.

Shusaku, c'est toi qui as mis ça là ?

Oui. Ce n'est rien.

Si on rangeait tout ça ?

Je pourrais récupérer la terre pour notre potager ?

Bien sûr, prends. Fais juste attention.

C'est ici que tu te cachais.

Oui, je regarde les bateaux.

Il y en a beaucoup, aujourd'hui.

Je vois deux bateaux comme le Yamato.

L'un d'eux est le Musashi.

J'aperçois pas mal de cuirassés, mais pas de porte-avions.

Je vois.

Il y a un croiseur avec des avions.

Il n'y a pas de canons à l'arrière.

Vraiment ?

Je suis impressionnée. Tu sais tellement de choses.

Oui, il m'a tout appris.

Je vois ça. Moi aussi, je sais des choses.

Ça, c'est un contre-torpilleur.

J'en vois des plus petits.

C'est une navette.

Je vais aussi t'apprendre quelque chose.

Tu vois ce gros nuage ?

C'est un cumulonimbus.

Il annonce un énorme orage.

Shusaku !

Rentre tout dans l'abri.

Merci.

Laisse, je peux le faire.

Alors, tu aimes les navires de guerre ?

Tu as appris à Harumi ?

Ce n'est pas moi, c'est Hisao qui lui a appris.

Qui ?

Son frère. Il adore les navires de guerre.

Un jour, tu le rencontreras.

C'est son nom, là. Hisao.

Oui.

Je n'arrive pas à croire que je sois ici, à faire ça avec lui.

Bien.

Allons-y.

La pluie s'est calmée.

Père...

Vous êtes un couple marié. C'est bien que vous vous entendiez.

C'est merveilleux. Un couple heureux.

Keiko...

Ils avaient l'habitude de se mesurer, comme une famille heureuse.

Qu'est-ce que tu sais sur le mari de Keiko ?

Je ne sais pas pourquoi il n'a pas fait la guerre.

Il était peut-être juste trop fragile.

Quand mon père a été réengagé par la Marine,

Keiko est allée acheter une montre.

C'est là qu'ils se sont rencontrés.

Ils se sont mariés et ils ont rénové le magasin.

Mais Keiko n'a pas bon caractère.

Elle ne s'entendait pas avec sa belle-famille.

Quand son mari est décédé,

ils se sont disputés pour garder le magasin. Mais au final...

le démontage du bâtiment a réglé le problème.

Hisao est l'héritier de la famille Kuromura.

Ils l'ont emmené à Shimonoseki avec eux,

et depuis, Keiko essaie de supporter son absence.

J'aimerais que nous puissions vivre heureux tous ensemble.

C'est aussi ce que je souhaite.

Je dois aller voir le jardin.

Il m'aura fallu des mois pour connaître la vie de Keiko.

Je suis tellement distraite.

C'est le Yamato.

Ça, c'est le Tone.

Monsieur, j'étais juste...

Police militaire

Je voulais juste envoyer un dessin à mon neveu.

Est-ce qu'elle vit ici ?

La police militaire ?

Elle dessinait les côtes et les bateaux.

C'est de l'espionnage !

Elle semble innocente, mais qui sait quelles intentions perfides l'animent.

Son mari est secrétaire à la cour martiale de la Marine.

Est-ce qu'elle récolte des renseignements militaires ?

Est-ce qu'elle écrit en langage codé ?

A-t-elle une grille pour crypter les messages ?

Soupçonnez-vous quoi que ce soit ?

Nous ne vous arrêterons pas aujourd'hui, mais gardez-la sous surveillance.

Après tout, les belles-filles restent des étrangères.

Je suis rentré.

Pourquoi le linge est toujours dehors ?

Shusaku...

La police militaire a surpris Suzu en train de dessiner la côte.

Suzu, viens avec moi.

Tu ne pourras pas dessiner les côtes sur ce carnet.

Suzu, je sais que tu aimes dessiner.

Pourrais-tu faire mon portrait un jour ?

Je ne sais pas si je sais faire des portraits...

Suzu, une espionne ?

Shusaku, tu as raté quelque chose.

On s'est senti mal pour eux.

On ne pouvait pas rire.

Ce qui a rendu la situation encore plus drôle.

Quand elle fait quelque chose, plus rien ne compte autour d'elle.

Mais elle est marrante, avec son air sérieux.

Elle croyait que mon travail de greffier consistait à greffer.

Greffer quoi ? Suzu une espionne ? Ces policiers sont idiots.

Je ne comprends pas, mais ça commence à devenir drôle.

J'aimerais que nous puissions vivre heureux tous ensemble.

Je l'espère aussi.

Je suis rentré.

Papa est là aussi. Allons lui dire !

Suis-je la seule à ne pas trouver ça amusant ?

Ils ne comprenaient rien du tout.

Août 1944

Même en temps de guerre, la cigale chante et le papillon vole.

"Fin des rations de sucre en août"

Plus de sucre ?

Nous pensions que la guerre débuterait après l'incident aérien de juin.

Je me demande où elle est, en ce moment.

Aïe.

Excuse-moi, Harumi.

Je n'ai rien. Je regardais les fourmis.

Je me demande où elles vont.

Le sucre est tellement rare, en ce moment !

Il faut cacher le sucre pour que les fourmis ne le mangent plus.

Mais où ?

Qu'est-ce qui ne va pas ?

Nous pensions que l'eau protégerait le sucre contre les fourmis.

Tiens, et va en acheter au marché noir.

C'est la première fois que je prends ce chemin.

Mange.

Il y a tellement de gens ! Mais que reste-t-il à vendre ?

Quoi ?

C'est un très bon riz de Taïwan.

Je pourrais aussi prendre du riz japonais.

Je pensais qu'il était interdit de cultiver des pastèques.

Ils ont de tout, ici.

C'est comme les vacances d'été avant la guerre.

Le sucre est à 20 yen.

Cinquante fois le prix d'une portion ?

Et le prix ne fera qu'augmenter.

Avec l'argent de belle-maman

et le budget du mois, je n'ai que 25 yen.

Am stram gram...

J'achète !

Le sucre coûtera-t-il 150 yen, dans le futur ?

Une boîte de caramels pourrait coûter plus de 100 yen.

Peut-être que trois paires de chaussettes

coûteront 1 000 yen.

Comment ferons-nous pour vivre dans un pays pareil ?

Quoi ?

Où est-ce que je suis ?

Naganoki ? Le cimetière de la Marine ?

Tu veux dire Nagasako.

C'est là-bas, non ?

Non, c'est par là.

Excusez-moi.

Ce n'est rien.

Des pastèques ?

Oui.

Des caramels ?

Oui.

Êtes-vous perdue ?

Oui.

Mais vous êtes une adulte !

D'où venez-vous ?

Naganoki.

Mademoiselle, personne ne m'indique le chemin et tout le monde sent bon.

Est-ce que c'est un palais secret, ici ?

Pour aller à Naganoki, tournez au coin et descendez jusqu'au bureau de poste.

Attendez ici.

Madame, j'ai une question.

Tout droit et puis, à droite après le bureau de poste.

Merci beaucoup.

Les gens ici sont mal informés.

Nous sommes presque tous étrangers

et nous restons à l'intérieur de ces portes.

Vous êtes aussi du sud d'Hiroshima ? Près de l'océan ?

Oui. Mais comment le savez-vous ?

Votre accent.

Connaissez-vous Eba ?

Oui. Je connais aussi le village de Kusatsu.

Kusatsu !

Je mangeais de la pastèque tous les étés chez ma grand-mère.

Nous étions pauvres, alors je finissais les écorces que les gens jetaient.

Un jour, j'ai rencontré une gentille personne,

et j'ai pu manger une tranche bien rouge.

C'était il y a si longtemps.

Vous dessinez vraiment bien.

Quand on voit ça... Vous pourriez...

Oui, bien sûr ! Je vous dessinerai ce que vous voulez.

Des bonbons à la menthe et des bonbons warabi-mochi !

Bonbons à la menthe.

Et de la glace avec une gaufrette dessus.

Une gaufrette ?

Quoi ? Vous n'avez jamais été dans un café ?

Lin !

Ne t'éloigne pas.

Désolée, je dois y aller.

Je reviendrai une autre fois.

Non, ne revenez pas.

Vous ne devriez pas revenir ici.

Vous allez encore vous perdre.

Pourquoi as-tu pris tant de temps ?

Tu t'es perdue ou quoi ?

Keiko, c'est quoi, une glace avec une gaufrette

que l'on peut trouver dans un café ?

Tu ne sais pas ?

Eh bien, c'est sucré et froid.

Tu la manges avec un biscuit craquant.

Et c'est délicieux.

Attends...

L'eau paraît sucrée en pensant à ce dessert.

Septembre 1944

Il fait toujours très chaud.

Mme Houjo,

vous avez un appel.

Ah bon ? Un appel pour moi ?

Voilà. C'est ça.

Il fait tellement chaud.

Tu ne peux pas sortir habillée comme ça.

Allons marcher un peu.

Comment avance la flotte, dans le Sud-Ouest ?

Assez lentement.

Bon, allons prendre une bière bien fraîche.

Shusaku, j'ai apporté ton calepin.

Quoi ?

Suzu ? Tu es toute pâle. Tout va bien ?

J'ai l'air bizarre ?

Non. Je suis content si tu vas bien.

Allons-y, alors.

Y aller ? Et ton travail ?

Ce n'est pas urgent. Je voulais juste que tu viennes.

Tu aimes bien te promener en ville, pas vrai ?

Quel est le problème ? Tu es malade ?

Je profite juste du moment.

Je voulais t'emmener au cinéma, mais...

Je pense qu'un grand navire vient d'arriver au port.

Les soldats sont prioritaires.

Ce n'est que partie remise.

Suzu ?

Un de mes copains de classe de primaire est devenu marin.

Je fais quoi, si je tombe sur lui ?

Dis-lui bonjour.

Je pourrais me réveiller de ce beau rêve

si je rencontre quelqu'un de mon passé.

Un rêve ?

Changer de nom et déménager n'a pas été facile pour moi,

mais tu es si gentil avec moi. Et je me suis même fait des amis.

Je ne veux pas me réveiller,

car je suis heureuse d'être la personne que je suis maintenant.

Je comprends.

Le passé, les chemins que nous n'avons pas empruntés,

tout est éphémère, comme un rêve.

Suzu, avoir choisi de t'épouser

a été la meilleure décision de toute ma vie.

Ta perte de poids m'inquiète.

Je crois que j'ai perdu l'appétit, dernièrement.

Tiens,

tu dois manger pour deux.

Clinique

Tu as eu un bon petit déjeuner. Ça devrait te suffire, maintenant.

En fait, je n'avais pas de raison de manger pour deux.

Nous entrons dans le port. Régime minimum droit devant.

Décembre 1944

Bien reçu. Régime minimum droit devant.

Reçu.

Je vais aller demander pour toi.

Merci.

Salut ?

Un vrai marin !

On s'est rencontrés au puits.

Moi, c'est Tetsu Mizuhara, membre d'équipage de l'Aoba.

L'Aoba est un croiseur blindé.

Ça suffit, Harumi.

Tu es même bronzé en hiver.

Vous avez débarqué pour ablutions. Vous voulez prendre un bain ?

Débarquer pour ablutions veut dire, en fait, qu'on a du temps libre.

Je n'avais nulle part où aller.

Donc je suis parti à la recherche de Suzu, mon amie d'enfance.

Je vous remercie d'avoir pris soin d'elle.

Suzu ne savait que dessiner et faire des noris.

Elle ne doit pas être très utile, ici.

Je peux la reprendre, si vous en avez assez d'elle.

Pourquoi es-tu si arrogant ? Et ne m'appelle plus par mon prénom !

Comment je fais ? Je ne peux pas t'appeler Mademoiselle Urano.

Quoi ?

Suzu, tu ne peux pas frapper un marin.

Qu'y a-t-il de si drôle ?

Toi. Tu es tellement ordinaire.

C'est délicieux !

Ce n'est rien de spécial.

On est au paradis.

Suzu, viens avec moi.

Idiot !

Suzu, tu sais où est rangée la lampe ?

Je pense qu'elle se trouve dans l'abri.

D'accord.

Je deviendrai marin, quand je serai grande.

C'est génial.

Merci.

Qu'est-ce qu'on dit ?

Bonne nuit.

Bonne nuit à toi aussi.

Il n'y a rien de mieux que d'être à terre.

Je me retire pour ce soir.

C'est comment sur l'Aoba ?

On est revenu de Manille avec des dégâts.

C'est un super navire, mais sans victoire ni défaite.

Shusaku, survivre à cette mission...

C'est frustrant.

Mizuhara, je suis le chef de famille tant que mon père n'est pas rentré.

Je suis désolé. Mais je ne peux pas t'accueillir cette nuit dans la maison.

Il est où ?

Je lui ai demandé de dormir dans la remise.

Ça m'a surpris de te voir en colère.

J'ai allumé le chauffe-lit. Apporte-lui.

Reste avec lui pour parler. Tu pourrais ne jamais le revoir.

Je suis désolée pour la chambre.

C'est le paradis comparé à nos hamacs.

Reste, nous avons beaucoup à nous dire.

D'accord.

Tiens, c'est pour toi.

Vraiment ?

Tu la tailles pour écrire ?

Voilà.

Ça marche.

Il ressemblait à un héron, mais je l'ai vu dans le Sud.

- Je ne savais pas qu'ils migraient. - Moi non plus.

À Eba, ils se tenaient juste debout dans la rivière.

Il y en avait beaucoup à Eba.

Je n'arrive pas à bien le dessiner.

Alors ça, j'arrive pas à le croire.

Attends, ça fait longtemps que tu n'as pas dessiné ?

Oui.

Ce dessin de vagues en forme de lapins...

Je me souviens.

Il a causé pas mal de problèmes.

Ah bon ?

Tu as oublié ?

Notre professeur l'a inscrit à un concours.

Tout le monde adorait ce dessin,

et je ne savais pas quoi dire.

Ils pensaient tous que je l'avais fait, mais la vraie dessinatrice, c'était...

C'était toi.

Suzu, tu es si chaude.

Suzu, tu es si douce,

et gentille.

Mizuhara...

J'ai attendu cet instant toute ma vie.

Que tu viennes à moi...

Finalement, te voilà.

Mais...

Je suis tellement furieuse contre lui. C'est insupportable !

Je suis désolée, tellement désolée.

Je comprends.

Tu l'aimes.

Oui.

Tu es incroyablement ordinaire.

Désolée.

Tu te fâches et t'excuses encore pour des choses toutes simples.

Tu veux rester ?

Je pensais que tu avais été mariée de force et que tu avais besoin d'aide.

Plus maintenant.

Alors tout va bien.

Il a quatre ans de plus, c'est ça ?

Shusaku ?

Il a le même âge qu'aurait eu mon frère.

Notre famille était pauvre,

alors mon frère a choisi la Marine pour la gratuité des frais scolaires.

Quand il est mort, j'ai rejoint la Marine.

C'était un choix facile,

mais quelque part en chemin, je me suis égaré.

C'est pourquoi...

je suis soulagé de voir que tu n'as pas changé.

Alors, je te défends de m'honorer, si je meurs.

Souris quand tu penseras à moi.

Je veux que tu restes simple et lucide jusqu'à la fin.

Suzu.

Tu es belle.

T'es bête.

Depuis l'enfance,

je n'ai jamais été capable de te dire ce que je ressentais vraiment.

"Tetsu, je te remercie d'être resté en vie."

Lieutenant Yoichi Urano

Février 1945

Bienvenue.

J'arrive pas à croire que nous ayons eu une pierre à la place de son corps.

Ça a surpris Sumi.

Est-ce le cerveau de Yoichi ?

C'était si petit.

Quel genre de frère c'était ?

Ils nous ont appelés juste pour ça ? Impossible, il ne peut pas être mort.

Les gens disparaissent facilement.

Nos voix n'atteindront pas ceux que nous ne voyons plus.

Shusaku.

Je voulais te remercier.

De m'avoir donné la possibilité de parler avec Tetsu Mizuhara.

Ce n'est rien.

Alors, pour toi, le mariage ne signifie pas plus que ça ?

J'ai compris que je t'ai forcée à te marier avec moi.

Pourtant, tu ne t'es jamais mise en colère contre moi.

Maintenant, je suis en colère.

Je peux savoir pourquoi ?

Tu devrais faire plus attention !

Ah oui ?

Alors tu as choisi de mettre des chaussettes trouées, aujourd'hui ?

Celles que tu as recousues hier étaient trop serrées.

Fallait en mettre d'autres !

Eh, vous deux, vous avez vraiment besoin de vous disputer maintenant ?

Tu te trompes encore de chemin.

Je sais très bien où je vais.

Notre maison est en face du Mont Haigamine.

Je t'ai déjà dit que je savais.

Il a beaucoup neigé, cet hiver-là.

J'attendais avec impatience le retour du printemps.

D'un éclat vif et joyeux

19 mars 1945

Le grand ciel bleu

Ouvre mes yeux

De ses rayons lumineux Il dépêche en tout lieu

Ses messagers duveteux

Blanches roses, il pleut

Ne t'en fais pas.

Aucun professeur ne punira une fille bien élevée comme toi.

C'est vrai ? L'école, ce n'est pas horrible ?

Mais non. En plus, tu te feras des amis.

Ici, au début, je ne connaissais personne.

Maintenant, ils sont tous devenus mes amis.

Ma maman aussi ?

Eh bien...

Quoi ?

Protège ta tête.

Harumi !

Si seulement j'avais de la peinture.

Non. À quoi suis-je en train de penser ?

Eh !

Qu'est-ce que tu fais ?

Recule ! À couvert !

Bienvenue.

Plus besoin de sirènes, maintenant.

Faites attention aux éclats.

Aïe !

Vous entendez ça ?

Le son d'un moteur de 2 000 chevaux.

C'est pour ça qu'on travaille nuit et jour à l'usine,

pour augmenter le rendement.

On a fait du chemin, depuis le chasseur de type 91 et ses 500 chevaux.

Améliorer le savoir-faire Tel est notre dessein

Une lueur d'espoir Pour la paix mondiale

Tous vers ce but commun

Et les avions de l'ennemi ?

C'est quoi, leur puissance ?

Beau-papa ?

L'alerte aérienne est levée !

Je sais que tu as travaillé toute la nuit.

Mais comment est-ce possible de s'endormir pendant un raid aérien ?

Ça va, ça va.

J'ai eu si peur.

On a ramassé beaucoup de poisson, ce jour-là, à Kure.

Il est tout petit.

Il sera plus grand, si tu le dessines plus grand.

29 mars 1945, 4h50

Alerte ! Évacuation ! Tenue de protection !

Éteignez les feux ! Enlevez les portes coulissantes !

Prenez vos kits de survie et réfugiez-vous dans les abris.

Alerte aérienne levée !

C'est encore cru.

Quel malheur.

31 mars 1945

Elle a perdu son mari à la guerre.

Et maintenant, son fils de 17 ans est mobilisé.

Félicitations.

1er avril, 22h10

Tenues de protection ! Éteignez les feux !

Enlevez les portes coulissantes !

Kits de survie...

Je n'y vois plus rien.

Oups ! Pardon !

Mais à qui appartient ce chat ?

5 avril, 23h45

Y en a marre de ces sirènes.

Qu'est-ce que c'est ?

6 avril 1945

Force aérienne ennemie, 17 grands chasseurs.

5 mai 1945

Actuellement au-dessus du Mont Tsubuyama.

Coups de feu tirés. Sud-Est, 30 chasseurs en approche.

Direction Kure.

Alerte aérienne levée !

Raid aérien du 5 mai. 125 appareils ennemis.

Dégâts infligés à l'arsenal de la Marine de Hiro...

Je suis rentré.

Ouf. Tu es sain et sauf, Shusaku.

Où est père ?

- Il n'est... pas encore rentré. - Je vois.

Suzu, ça déborde.

Tu es vraiment petite.

Même debout, tu parais petite.

Et alors ?

Rien, tu es petite. C'est tout.

Ton père va rentrer sain et sauf.

- Mon uniforme militaire. - Quoi ?

Il est arrivé, il est dans le paquet.

À partir du 15, je serai premier maître.

Je suivrai un entraînement de la Marine et je partirai pendant 3 mois.

Reviendras-tu après l'entraînement ?

Je crois, oui.

Ça ira, Suzu ?

Tu es si petite et si mince.

Tu pourras protéger la maison toute seule ?

Je ne peux pas !

C'est impossible.

Excuse-moi,

c'est pas vrai.

Je t'aime.

J'aurai peut-être oublié ton visage, après 3 mois sans te voir.

Suzu...

Alors je vais t'attendre ici.

Parce que je ne sais pas si je pourrai te retrouver.

Dimanche, 6 mai

Mardi, 8 mai

10 mai : une alerte aérienne.

11 mai: deux alertes.

12 mai: aucun avertissement.

13 mai : trois raids, seulement des avertissements.

14 mai

Tu ne m'oublieras pas, maintenant ?

C'était une façon de parler.

Avec toi, c'est bien possible.

Laisse-moi voir. Est-ce que je suis beau ?

Je ne te le montrerai pas. C'est top secret.

15 mai

Je m'en vais.

Fais attention.

Je vais t'accompagner un peu.

Merci.

L'uniforme militaire te va bien.

La maison paraît bien grande maintenant.

21 juin

Une lettre pour les Houjo.

Je pensais qu'il allait être admis dans un hôpital plus proche.

Pas étonnant qu'on ne l'ait pas trouvé.

Il est blessé à la tête et au ventre, mais il pourra bientôt sortir.

Papa m'a demandé de réparer sa montre.

C'est une bonne occasion pour rendre visite à ma belle-famille.

Mon frère est là-bas ?

Je vais me préparer.

Je peux venir ?

- Et l'école ? - Ne t'inquiète pas.

Tout ce que tu y fais, c'est jouer et faire du sport.

Les mains d'une femme

Peuvent travailler pour notre grande nation

Nous sommes toutes ensemble...

Ça va prendre des heures.

Je vais chercher les billets de train. Tu peux emmener Harumi voir papa ?

D'accord. Allons-y.

On peut aller voir les bateaux ?

Euh...

Ne vous inquiétez pas.

Vous avez vos baguettes de bambou pour vous défendre.

Idiote ! Je n'ai pas peur de ma belle-famille !

Vous avez l'air anxieuse, pourtant.

Une baguette de bambou ne me sera d'aucun secours.

C'est loin, Shimonoseki ?

Oui.

- Plus loin qu'Hiroshima ? - Beaucoup plus loin.

C'est par là ?

Maintenant, tu dois être sage, d'accord ?

C'est la musique de l'ennemi ?

Je suis désolé de t'avoir inquiétée.

Quand je me suis réveillé du coma, j'ai appris qu'on était en juin.

Je suis contente que vous soyez vivant.

Je vais prendre le train pour aller voir mon frère.

Vraiment ? Le plus tôt sera le mieux.

Vous étiez sur quel bâtiment ?

Un dragueur de mines auxiliaire de classe 16.

J'ai appris beaucoup de choses ici.

Un arsenal a été fermé et l'armée aurait pris le pouvoir.

Tu savais que le Yamato avait coulé ?

Le Yamato ?

Ils ont été attirés dans un piège par l'ennemi.

La mer intérieure de Seto n'est plus sous notre contrôle.

Ça veut dire

que les vagues en forme de lapin...

- Quoi ? - Non, rien.

C'est pour ça que j'ai proposé

qu'Harumi parte chez les Kuromuras.

Ce serait plus prudent.

Voilà pourquoi Keiko était triste.

Suzu, on peut aller là-bas ?

Je voudrais voir les bateaux.

Vraiment ? On peut voir quelque chose ?

Juste un coup d'œil !

On ne voit rien du tout.

Qu'est-ce qu'on fait ? On n'a plus le temps.

Il faut trouver un abri anti-aérien.

Est-ce qu'ils arrivent vraiment ?

Il y a eu tellement de fausses alertes.

Avions ennemis, direction sud-est de Tokuyama.

Près de 20 grands chasseurs, direction Kure.

Ils arrivent.

Est-ce qu'on peut entrer ?

Venez vite.

Évacuez ! Courez !

J'ai peur.

Tout ira bien.

Regarde.

C'est maman.

Et ça, c'est qui ?

Moi, Harumi.

Ta maman est toujours avec toi.

Vous n'êtes pas du coin.

On vient de Naganoki pour rendre visite à des proches.

C'est vraiment pas de chance.

Ça arrive ! Couvrez-vous les oreilles ! Protégez-vous les yeux !

J'ai chaud.

Tu vas devoir le supporter.

Excusez-moi, peut-on prendre de l'eau ?

Merci beaucoup.

Est-ce qu'on a raté le train ?

Il nous a peut-être attendu.

D'accord.

On ne peut rien voir.

- Tout va bien ? - Oui, nous allons bien !

Les bombes non explosées sont des bombes à retardement.

Évacuation immédiate !

Oui ! Merci pour votre travail !

Eh, Suzu ?

Tu pourrais dessiner mon frère un jour ?

Ces bombes non explosées laissent de petits cratères.

D'après nos derniers rapports, l'ennemi utilise ces bombes...

Attention, Harumi !

Encore une maladresse !

Comment on va faire pour te marier, une incapable comme toi ?

Elle m'a fait tellement souvent ce reproche,

et pourtant, ça n'allait pas si mal.

Pastèque.

Bonbons warabi-mochi.

Bonbons à la menthe.

Si seulement il y avait eu un trou dans lequel nous aurions pu sauter.

Mon sac dans une main,

Harumi qui tenait ma main droite.

J'aurais tellement voulu que ce soit le contraire.

J'aurais dû m'enfuir pieds nus.

Qu'y a-t-il, après la colline ?

C'est le Tone. Et ça, c'est le Hyuga.

Regarde, maman. C'est le Yamato.

Elle...

Elle ressemble tellement à Shusaku.

Tu étais avec elle.

Comment as-tu pu laisser cela se produire ?

Je suis désolée, Harumi.

Je suis tellement désolée, Keiko.

Meurtrière !

Tu l'as tuée !

- Arrête, Keiko. - Rends-la-moi !

Viens, c'est l'heure du rationnement.

Elle n'est pas elle-même, en ce moment.

Elle ne pensait pas ce qu'elle a dit.

Nous sommes tous heureux que tu sois vivante.

Vraiment ?

On ne peut pas perdre sa place aussi facilement, dans ce monde.

Lin ?

Quelle était ma place, alors ?

Il aurait dû y avoir des trous, dans ces palissades.

J'aurais pu traverser.

L'autre côté, de l'autre côté.

28 juin

Non ! Pas encore.

C'est une fausse alerte. Ils ne viendront pas.

Cette maison est toujours debout.

Oui, ne t'inquiète pas.

Je suis contente.

En réalité, je mens.

Je me demande...

si sa maison complètement détruite

l'a aidée à tourner la page. Et à survivre.

Ne te fatigue pas.

1er juillet

Je prendrai des congés s'il le faut.

Sois prudent.

Le soleil brille.

Je vais mettre les pansements à sécher.

Région de Chugoku, information.

Avions ennemis dans la baie d'Hiroshima.

Peux-tu te lever ?

Ça va aller.

23 h 58. Appareil ennemi survolant Kure et Hiroshima.

On dirait qu'il y en a beaucoup. Mais on n'y voit rien.

Mais c'est quoi, ces lumières ?

Vite, Suzu !

Huitième escouade, à l'assaut !

Que fais-tu, Suzu ? Dépêche-toi !

Suzu ?

Une bombe ?

De l'eau ! On a besoin de plus d'eau !

On y va ?

Prêt...

Attention.

L'un avance de la baie d'Hiroshima.

Un autre au nord, vers le détroit de Bungo.

Troisième cible au sud d'Ashizuri.

Ici, la station de radio JOFK, émettant d'Hiroshima.

Tenez bon, peuple de Kure.

Soyez prudent, peuple de Kure.

À toutes les victimes...

Nous distribuons des boulettes de riz en provenance d'Hiroshima.

Venez les chercher au parc Nikou.

Où puis-je remplir une déclaration de sinistre ?

A-t-on toujours une mairie ?

Ma maison a brûlé.

Éviter les abris nous a sauvé la vie.

Est-ce que je peux ?

Oui, bien sûr.

Mangez-en une tant qu'elles sont chaudes.

Ma maison a brûlé, mais les patates sont cuites.

Merci.

Keiko...

Je n'en peux plus. Il fait si chaud.

Y a-t-il quelqu'un de Shinonome ?

Le quartier rouge a entièrement brûlé.

Quel malheur.

Suzu !

Tu es blessée.

- Et ton entraînement ? - Il a été supprimé.

Je suis heureux que tu sois en vie.

À ce moment-là, je me suis évanouie...

Suzu !

Je me suis entendue dire : "Trouvez Lin."

Je suis heureux.

Je suis heureuse que tu ailles mieux.

Je suis heureux que la bombe ait été défectueuse.

Je suis heureuse qu'on ait pu éteindre.

Je suis heureux que vous guérissiez vite.

Je suis heureuse.

"Je suis heureuse."

Je ne sais pas pourquoi je devrais être heureuse.

Ma main droite, qui tenait celle d'Harumi en juin.

Ma main droite qui a dessiné le visage de Shusaku en mai.

La main qui tenait le rouge à lèvres en avril

Et qui soutenait la cervelle de mon frère en février.

La main qui n'a pas su faire le kimono de Keiko en novembre dernier.

Qui a dessiné une pastèque pour Lin en août.

La main qui a préparé le riz du Samurai Kusunoki.

Et qui a dessiné...

ma ville natale en février dernier.

Et qui aimait faire des noris.

La main qui a dessiné tant de lapins, il y a sept ans.

Ta sœur est arrivée.

Quel désastre, Suzu.

Sumi, merci d'être venue.

L'officier m'a déposée avec son camion d'approvisionnement.

Qu'est-ce que c'est ?

Ce n'est pas neuf, mais c'est du vrai coton.

Ce n'est pas du synthétique ?

Non, et c'est du costaud.

Merci.

Tiens, des nèfles qui viennent d'Eba.

Tu es sûre que ça va ?

J'ai besoin d'exercice. Laisse-moi t'accompagner un peu.

J'ai rendez-vous à la caserne de pompiers.

C'est près du mirador, à côté de la rivière.

Mais peut-être que ça a aussi brûlé ?

Non, c'est toujours là. L'officier me l'a montré plus tôt.

Il est jeune, mais très gentil.

Il m'a donné ses tickets repas et d'autres choses.

Il s'est souvenu que j'avais une sœur à Kure.

Tu l'aimes bien ?

Oh, Suzu, s'il te plaît.

Aïe.

C'est horrible.

C'est malheureux que Kure soit toujours prise pour cible des bombardements.

Tu dois être mal à l'aise de ne plus te rendre utile dans ta belle-famille.

Suzu, pourquoi ne reviens-tu pas à Hiroshima ?

Il y a moins de bombardements.

Et sans notre frère, personne ne te charriera.

Je ne sais pas.

Mais je peux revenir, si ton officier est beau.

T'es sérieuse ?

Je rigole. À bientôt.

Quelque chose ne va pas.

Je pense que c'est une bonne idée.

Viens à la maison pour les fêtes du mois prochain.

Merci, Sumi.

J'étais heureuse que mon frère soit mort.

C'est en moi que quelque chose ne va pas.

C'est comme dessiner de la main gauche.

"3 au 12 juillet : record des alertes aériennes"

"13 au 16 juillet"

"17 juillet"

"24 au 26 juillet"

"27 juillet"

28 juillet 7h00

Allez, encore une fois.

Ce sera une longue journée. Préparez tout.

Suzu, tu devrais déjà te mettre en route.

Va-t'en.

Tu ne peux pas rester ici.

Oui ! Vole le plus loin possible,

par-delà les montagnes, vers Hiroshima.

Tu as envie de mourir ?

Désolée, j'ai vu un héron se poser.

Il est arrivé de la plage.

Shusaku, je veux rentrer à Hiroshima.

Tu ne veux plus jamais revenir ?

Est-ce à cause de ta main ?

C'est à cause des raids aériens ?

Ou d'Harumi ?

Oui, c'est tout ça.

Je ne t'entends pas !

Tu te trompes !

Dis-moi, alors !

Suzu, j'ai vraiment aimé les 18 mois que nous avons passés ensemble.

J'adorais rentrer pour te voir.

J'adorais marcher à tes côtés et t'écouter parler.

Tu ne ressens pas la même chose ? Je suis toujours un étranger pour toi ?

Je ne t'entends pas.

Je ne veux plus rien entendre.

Je rentre à Hiroshima.

D'accord.

Fais comme tu veux.

Pas d'appareils ennemis au-dessus du district militaire de Chugoku.

7 h 31, préfecture d'Hiroshima.

Fin de l'alerte aérienne.

Cette fin d'alerte tombe bien.

Oui,

on peut y aller.

Faites attention.

Aïe.

C'est bien, là.

Quelle belle matinée.

Tu vas nous manquer, Suzu.

Tiens.

À quelle heure as-tu rendez-vous chez le médecin ?

Vers 10 h.

Tu devrais te changer.

Viens.

Je suis désolée.

Je n'aurai plus besoin de laver ça, maintenant.

Ce n'est pas aujourd'hui, la fête dans ta région ?

Si. J'espérais pouvoir rentrer le week-end dernier.

Mais je n'ai pas pu avoir de rendez-vous chez le médecin avant aujourd'hui.

Ne regarde pas.

Pardon.

Tu ne pourras pas rentrer aujourd'hui non plus.

Les médecins sont débordés, tu sais.

Tu auras besoin d'une lettre de recommandation.

Et les billets de train sont généralement tous vendus.

Tiens, j'ai réparé le kimono de ta sœur pour toi.

Comme ça, tu arriveras à le mettre toute seule.

Désolée d'avoir utilisé autant de morceaux.

Merci beaucoup.

Je suis désolée de t'avoir tenue responsable de la mort d'Harumi.

Ça va.

Les personnes chères à mon cœur sont mortes bien trop tôt.

Mon magasin a été détruit.

Je n'ai plus mes enfants.

Mais j'ai conduit ma vie avec mes propres choix.

Toi, tu n'as pas eu le choix. On t'a emmenée ici de force.

Tu as fait ce qu'on t'a demandé.

Quelle vie désespérante.

Tu es bienvenue, si tu veux rester, mais tu peux partir, si tu préfères.

Arrête de t'inquiéter et pense à toi.

Keiko, tu as vu ce flash ?

Oui !

Tu crois que par ce temps, ça pourrait être un éclair ?

Puis-je te demander quelque chose ?

Peux-tu laver ça, s'il te plaît ?

Et...

Est-ce que je peux rester ?

Oui. Mais recule-toi. Il fait trop chaud.

C'était quoi, ça ?

C'est pas vrai. On ne capte plus JOFK.

Et les autres stations ?

Hé !

Venez voir ça.

C'est quoi, ce nuage ?

Un nuage ?

Regarde ce gros nuage. C'est un cumulonimbus.

Ici, Okayama. Hiroshima, est-ce que vous me recevez ?

J'ai trouvé dans la rue un bulletin communautaire d'Hiroshima.

Si vous avez le temps, passez par le foyer.

Chita, tu es infirmière ?

Oui, mais je n'ai jamais fait de sandales.

Personne ici n'en a fait.

Ça ira, comme ça ?

C'est difficile avec une seule main.

Tu te moques de moi ?

- À quoi vont servir ces sandales ? - C'est pour Hiroshima.

On en aura besoin

si les routes ont fondu comme après les derniers bombardements.

Je peux venir ?

Les blessés doivent rester.

Mon fils est en poste à Hiroshima.

Viens avec nous demain.

Hiroshima nous a aidés, auparavant. Maintenant, c'est à notre tour.

Mes cheveux ne gênent plus. Emmenez-moi, s'il vous plaît.

J'ai dit non !

J'arrangerai tes cheveux quand nous serons rentrées.

Mon mari se rend bientôt à Hiroshima.

On raconte que c'est une bombe d'un genre tout nouveau.

Oh non.

Suzu, ta famille...

Maman !

La base navale a envoyé une mission de sauvetage.

Tu viens d'Hiroshima toi aussi ?

Il est mort assis à cet endroit.

Il a fait tout le chemin d'Hiroshima à pied.

Mais nous ne savons pas qui c'est.

Son visage et ses vêtements avaient fondu.

Ne le disons pas à Mme Houjo.

Je ne pourrais pas la regarder en face. Je me sens si triste.

J'ai cueilli des feuilles d'eucalyptus. Utilisez-les contre les moustiques.

Merci. Soyez forte, d'accord ?

Oui.

Ils s'appellent Juro, Kiseno et Sumi Urano d'Eba.

Allons-y.

Il y a aussi, Ito, Marina et Chizuko Morita de Kusatsu.

Je veux rester forte. Gentille mais forte.

Comme les gens de Kure.

Encore ce vacarme !

Je ne m'inclinerai jamais devant la violence.

9 août

S'il te plaît, laisse-moi rester.

Pour toujours.

Je me suis inquiété, idiote.

Idiote, Idiote...

Pardon.

Je suis désolée, désolée.

Je les rate tous. C'est de la propagande de l'armée américaine.

Suzu !

La police militaire va encore nous harceler.

On doit les donner aux autorités.

Ils les brûleront, de toute façon.

Je les froisse pour pouvoir les utiliser comme papier toilette.

Alors on empêchera les gens d'utiliser nos toilettes pendant un moment.

Notre combat,

c'est de survivre avec le peu qu'on a.

C'est vrai.

Entrez.

15 août

Bonjour.

Nous sommes pleinement conscients de vos sentiments les plus profonds

mais c'est en accord avec les exigences de notre temps et du destin

que nous nous sommes résolus à ouvrir la voie vers une paix grandiose

pour toutes les générations à venir,

en endurant ce qu'on ne saurait endurer

et en supportant l'insupportable.

C'était sa majesté l'Empereur. Radiodiffusion Jewel Voice.

Enfin.

Mais ça veut dire...

Que nous avons perdu la guerre.

Comment ?

Ils ont lancé la nouvelle bombe sur Hiroshima et Nagasaki.

Les Soviétiques les ont rejoints. Nous ne pouvons plus gagner.

Nous étions préparés au pire !

Ils nous ont dit de combattre jusqu'au dernier !

Nous sommes encore cinq, ici !

Il me reste encore mon bras gauche et mes deux jambes !

Harumi.

Harumi...

Tout ce que nous avons fait est en train de nous échapper.

Tout ce que nous avons appris à supporter.

La raison de toute cette souffrance.

Du riz et du soja cultivé par-delà les mers,

voilà de quoi mon corps est fait à présent.

Devons-nous nous incliner devant tant de violence ?

J'aurais voulu mourir avec mes rêves.

J'avais gardé ceci pour notre dernier repas.

Alors, nous pouvons manger du riz blanc, ce soir.

Mais nous ne pourrons pas tout manger.

Il en restera un peu pour demain et après-demain.

15 et 16 août.

17 août.

Septembre.

Octobre, novembre et l'année suivante.

Un an plus tard, 10 ans plus tard.

Jusqu'à la fin des temps.

Regardez,

c'est d'un blanc immaculé.

Nous n'avons que du riz.

C'est très bien.

Où est Shusaku ?

Pas à la maison.

Ils ont beaucoup à faire au ministère pour maintenir l'ordre.

Commençons à manger.

Plus de bombes, alors plus de poissons au repas.

Je m'en souviens.

Pourquoi laisser ça ?

Je ne vois même pas mon riz.

6 octobre

Ils vont bientôt débarquer.

Je serai en poste dans la ville d'Otake.

Tant que notre Marine existe,

c'est notre devoir de faire régner l'ordre.

Dans des moments comme celui-ci,

j'aurais tant aimé avoir mes deux mains

pour pouvoir prendre la sienne.

Comme c'est calme.

Tout le monde attend.

Merci. C'est ici que nos chemins se séparent.

Rentre vite à la maison.

Au revoir.

Je reviendrai !

Je te reviendrai.

Oui.

Distribution du riz reportée

Nous n'avons pas eu de sel ni de sauce soja pendant longtemps.

Novembre 1945

Keiko !

Salut, Suzu. Tu sais pourquoi tous ces gens font la queue ?

Non. Mais je prendrai ce qu'il y a. Nous n'avons plus rien.

Tu as raison.

Cette ville a changé.

Est-ce que Hisao mendie du chocolat ? Je me demande ce qu'aurait fait Harumi.

Ce sont les restes du repas de l'armée d'occupation.

Des morceaux de papier ?

Délicieux !

Cette soupe n'a aucun goût.

J'ai aidé un Américain à trouver son chemin,

et il m'a donné du chocolat.

Avec ta coupe de cheveux, ils ont cru que tu étais une enfant.

Vous êtes sûre ?

Vous avez déjà échangé tellement de vêtements.

Ne t'inquiète pas.

Tu n'es pas au courant ?

Le soldat mort trouvé près du refuge était mon fils.

Je n'ai même pas pu reconnaître mon propre enfant.

Et toi, Harumi est morte devant tes yeux.

Oui.

Et je le regrette tellement.

Suzu.

Suzu.

Souris quand tu penses à moi.

Je voudrais que tu restes simple et lucide.

Suzu.

Harumi.

Je peux voir les bateaux, maintenant.

C'est l'Aoba.

Tetsu,

je l'ai vu dans ton sourire...

Des vagues en forme de lapins et des hérons dans le ciel.

Je les ai vus.

Harumi riait beaucoup, alors quand je penserai à elle, je sourirai.

À partir de ce jour, je sourirai.

Tu as raison. Pleurer est une perte de temps.

Et c'est une perte de sel !

Le sel de mer est si bon.

Grand-mère ! Tantine ! Chizuko !

Janvier 1946

Suzu !

Sumi ?

Suzu !

Tu as coupé tes cheveux.

Ne te lève pas.

Tu es malade ?

J'ai la tête qui tourne.

Grande sœur, tu te rends compte ? Quelle malchance !

Je ne peux pas aider les autres, un jour où il fait si glacial !

Je suppose que tu dois te reposer maintenant.

Si j'avais encore ma main,

je dessinerais "Les aventures de Yoichi dans les mers du Sud".

Elle parle de quoi, cette histoire ?

Son navire transporteur de troupes coule.

Alors il construit une maison

faite de feuilles de palmiers sur une île.

Il se fait pousser la barbe et épouse un crocodile.

Un crocodile pour épouse !

J'aimerais que Yoichi revienne à Eba.

Et maman aussi.

Quoi ?

Le matin du festival, maman est allée faire des courses en ville.

On a cherché partout, papa et moi, mais on ne l'a pas retrouvée.

Papa est tombé malade en octobre, et il est mort peu de temps après.

On l'a incinéré avec les autres. Je n'ai pas eu le temps de te le dire.

Je suis désolée.

Je suis navrée de ne pas avoir pu venir plus tôt.

Moi, je suis contente que tu n'aies pas pu.

Suzu, regarde-moi.

Est-ce que je vais aller mieux ?

Bien sûr que oui.

Sachiko !

Pardon.

Kiyoko !

C'est bien toi, Kiyoko ?

Tout le monde a perdu un proche, et le cherche encore.

Moi aussi, je crois avoir vu Lin, quelques fois.

Suzu.

Tu es revenu.

La Marine a été dissoute et j'ai été démobilisé.

Suzu,

c'est le pont où nous nous sommes rencontrés la première fois.

On ne peut pas remonter dans le temps.

Il va falloir continuer à évoluer, tout comme cette ville.

Mais je pourrai toujours te retrouver.

Je retrouverai ce grain de beauté.

Merci de m'avoir trouvée dans un recoin de ce monde.

S'il te plaît, ne me quitte plus et reste à mes côtés.

Quoi ?

Laisse-le.

Je suis content d'avoir trouvé un travail à Hiroshima.

Moi aussi.

Ce sera difficile de faire la navette.

Je... quoi ?

Merci,

mais tu peux le manger.

On pourrait quitter Kure et tout recommencer ici.

Ce serait bien pour ta famille.

Non, je peux faire la navette.

Je m'inquiète pour Hiroshima,

mais j'ai choisi de vivre à Kure.

Ça va.

Prochain arrêt, Kure.

Kure ?

C'est bien ça. Voici Kure.

"Kure" veut dire que nous sommes protégés par neuf montagnes.

Sur ta droite, le mont Yasumi.

Sur ta gauche, le mont Hachimaki.

Et au centre

se trouve le mont Haigamine.

C'est là qu'est notre maison.

Cette enfant...

Elle est couverte de vermine !

Faites chauffer de l'eau. Il faut faire bouillir ses vêtements.

Faisons couler un bain.

Elle devrait y aller en dernier.

Je vais allumer le feu.

Peut-être que les vêtements d'Harumi sont à sa taille.

Adaptation : Thibaud Bovy

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.