All language subtitles for Patricio Guzman - Salvador Allende

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Original subtitles

Voil� ce qui reste, ou presque, de Salvador Allende,

�lu pr�sident du Chili en 1970.

Le 11 septembre 1973,

il fut renvers� par un coup d'Etat.

Sur son corps sans vie, on trouva ces objets.

Histoire dispers�e.

La dictature de Pinochet a �cras� notre d�mocratie,

dont la construction avait pris deux si�cles.

Elle a d�truit, jour apr�s jour, pendant 18 ans,

le pays que je connaissais.

Des milliers de Chiliens furent assassin�s et tortur�s,

des centaines de milliers durent s'exiler.

En explorant mus�es et archives,

on ne trouve que ce fragment expos� au public.

Lunettes du pr�sident Salvador Allende,

retrouv�es au palais de La Moneda apr�s le bombardement.

L'�vocation du souvenir n'est ni facile ni volontaire

et toujours troublante.

Salvador Allende a marqu� ma vie.

Je serais un autre

s'il n'avait incarn� l'utopie d'un monde plus juste et plus libre

qui parcourait mon pays ces ann�es-l�.

J'�tais l�, acteur et cin�aste.

Le pass� ne passe pas.

Il vibre et bouge, il suit les d�tours de ma vie.

Me revoici,

� l'endroit que j'ai quitt� il y a 30 ans,

un simple mur pr�s de l'a�roport.

Incarc�r� au Stade national,

� la merci de la machine � oublier mise en marche,

une seule id�e m'encourageait :

sauver La bataille du Chili

dont les bobines contenaient ce r�ve �veill�

v�cu avec Allende.

J'ai quitt� le pays avec mes bobines

et une fois le film fini, mon exil a commenc�.

Aujourd'hui, je reviens. Au d�but de ce nouveau voyage,

je retrouve l'homme qui peignait les murs

et �crivait le nom d'Allende

dans les rues du Chili.

Le peuple s'est appropri� les murs.

Comme la droite d�tient les m�dias,

les murs sont pour nous comme la une des journaux.

Pendant la campagne de l'Unit� populaire,

ils ont �t� importants pour conqu�rir le peuple.

Il fallait qu'on lise sur chaque mur

le nom d'Allende, partout.

Voici le logo utilis� pendant la campagne d'Allende.

Votez pour Allende !

On a d�velopp�

une force et une m�thode de travail,

d'o� les brigades Ramona Parra,

appel�es brigades muralistes ou des rues.

Sous la dictature, "Mono" Gonzalez

a continu� � peindre avec la m�me �quipe qu'il avait form�e.

Il a refus� de s'exiler,

a v�cu la r�pression et la transition politique.

Il n'a pas oubli� un seul d�tail

de l'�poque d'Allende.

Beaucoup d'autres n'oublient pas non plus.

�a a �t� conserv� dans de mauvaises conditions.

Il garde pr�cieusement

les dessins du c�l�bre peintre Roberto Matta,

avec qui il a peint tant de fresques pour l'U P.

Le pouvoir cultive l'oubli,

mais sous l'amn�sie qui couvre le pays,

le souvenir �merge, les m�moires vibrent, � fleur de peau.

Il y a 30 ans, j'avais 10 ans,

et j'ai particip� � la campagne d'Allende.

Quand il a gagn�, je lui ai �crit une lettre

et je suis all�e la lui donner en main propre.

EMA MALIG Peintre

II l'a prise et m'a dit : "Le plus difficile est � venir".

Une semaine apr�s, il m'a r�pondu.

Sa lettre ne m'a plus quitt�e.

Pour moi, l'exil,

c'est comme un puzzle,

une terre transform�e en �lots,

o� chacun

vit avec ses propres paysages, ses souvenirs.

L'exil n'est pas une terre immense commune � tous.

C'est une chose intime.

Quand je d�couvre la peinture d'Ema,

j'y vois le Chili que je porte en moi :

une terre �clat�e, des �les � la d�rive

qui ne se rencontrent pas.

Quand on revient,

on esp�re retrouver ce qu'on a laiss�...

mais c'est illusoire.

Comment peux-tu vivre

en te sentant aussi �trang�re dans ton pays qu'ailleurs ?

O� vis-tu ?

Dans une utopie, un lieu que je m'invente pour aller de l'avant.

Autrement, ce serait tr�s dur d'�tre nulle part.

Je vois l'image floue d'un bateau,

un bateau priv� de port,

qui va � la d�rive.

La premi�re fois que j'ai vu Allende,

il �tait avec Neruda.

J'�tais tr�s jeune et je ne me suis pas arr�t�.

De retour au Chili avec mon dipl�me de cin�aste,

je voulais filmer les visages du peuple.

Allende �tait l�,

il faisait partie du paysage,

mais je n'ai pas compris que sans lui, l'Histoire n'existait pas.

A pr�sent, son image me hante.

J'ai besoin de savoir qui �tait cet homme,

comment �tre � la fois r�volutionnaire et d�mocrate.

En d�couvrant cet album,

je suis entr� dans une f�te d'un autre temps :

le Chili de mon enfance,

de la douceur et du souffle du vent dans les arbres.

Images rong�es.

La famille de Mama Rosa, la nourrice d'Allende,

a gard� enterr� cet album pendant 20 ans

pour emp�cher la dictature de le d�truire.

Ici, Allende,

"Chicho" comme on l'appelait,

�tait venu f�ter les 92 ans de sa nourrice.

Apr�s la dictature,

l'album fut d�terr� par Anita, la fille de Mama Rosa,

qui aujourd'hui a 87 ans.

Voici "Chicho",

quand il �tait enfant.

Ma m�re lui a fait ce costume.

- Il a des bouclettes. - Oui.

Il �tait blond, tr�s beau.

Mais il me tirait les cheveux.

Un vrai galopin !

Pour vous, Salvador Allende �tait comme un fr�re.

On a grandi pratiquement ensemble.

Jusqu'au jour o� il a obtenu son dipl�me de m�decin.

Quel genre d'enfant �tait-il ?

Bagarreur.

Il jouait � la toupie, aux billes...

Il faisait des discours.

De tr�s beaux discours, depuis tout petit.

Il inventait n'importe quel sujet.

Allende avait une grande admiration pour son grand-p�re,

Ram�n Allende Pad�n.

Ancien m�decin,

il avait fait la guerre du Pacifique.

VICTOR PEY Ami de Salvador Allende

II avait fond� la premi�re �cole la�que du Chili.

Un franc-ma�on,

un grand ma�tre de notre franc-ma�onnerie.

Un homme avec lequel Allende s'identifiait profond�ment

et qui a marqu� sa vie et son orientation politique.

Son p�re, notaire, comptait moins pour Allende.

Par contre, pour sa m�re, il avait une immense affection,

de la tendresse et beaucoup d'amour.

Quand je la raccompagnais chez elle,

elle me disait toujours : "Prenez soin de Salvador..."

Tu as pris soin de lui ?

Ce serait exag�rer.

J'avais beaucoup de tendresse pour lui.

VALPARAISO Ville natale d'Allende

Allende connaissait les oeuvres de Marx

et certaines de L�nine.

SERGIO VUSKOVIC Ancien maire de Valpara�so

Je suis persuad�

que la pens�e d'Allende

�tait marqu�e par la R�volution fran�aise.

Il croyait en la devise de la R�volution fran�aise.

D'o� vient son marxisme ?

Si tant est qu'il f�t marxiste.

Je ne crois pas qu'on puisse dire s'il l'�tait ou pas.

Nous avons souvent parl� en t�te-�-t�te

de philosophie, de politique, d'art...

C'�tait un homme cultiv�.

Il n'avait pas qu'une seule source d'inspiration,

il en avait plusieurs.

Vous n'�voquiez pas le marxisme ?

Pourquoi... ?

Une fois,

alors que j'�tais maire, communiste,

j'ai parl� de la dictature du prol�tariat.

Il m'a convi� � d�ner et m'a dit :

"Sergio, dans le programme du gouvernement,

"il n'en est pas question. On ne va pas en arriver l�".

Il n'�tait donc pas marxiste.

Pas au sens strict du terme.

Il �tait l�niniste ?

Je suis absolument certain qu'il ne l'�tait pas.

Pourquoi ?

II rejetait deux id�es fondamentales du l�ninisme.

D'abord, le r�le du parti unique du gouvernement.

Il a toujours refus� cela.

Et puis l'id�e

de dictature du prol�tariat.

Qu'adopte-t-il du marxisme-l�ninisme ?

Deux choses :

la pr�occupation pour les travailleurs et les pauvres

et l'id�e d'�galit�.

Il s'agit donc d'une pens�e libertaire...

Voil�, libertaire !

C'est le mot juste.

C'est bien d'en parler ici, � Valpara�so,

car au passage de l'enfance � l'adolescence,

Allende a �t� tr�s influenc� par la pens�e libertaire

d'un cordonnier anarchiste

qui habitait Valpara�so.

Qui �tait De Marchi ?

Un vieux cordonnier r�fugi� au Chili.

FON DATEU RS DU PS Valpara�so

De quelle nationalit� ?

Italienne.

Il a �t� le premier ma�tre d'Allende

en ce qui concerne la lutte sociale.

Allende te l'a dit ?

II nous parlait avec fiert�

et beaucoup d'affection de Juan de Marchi.

De quoi pouvaient-ils parler ?

Les anarchistes des ann�es 20

ont �t�...

comme mon p�re d'ailleurs,

les premiers � se battre pour �veiller

la conscience de la classe ouvri�re.

Voil� la lign�e dont �tait issu ce vieil homme,

le ma�tre d'Allende.

En 1926,

Salvador Allende entre � l'�cole de m�decine.

Dans les salles communes des h�pitaux,

il est confront� � la pauvret� et l'ignorance.

D�put� de Valpara�so � 29 ans,

il est cofondateur du PS chilien,

un parti ouvrier non-align� sur Moscou.

Il dirige la campagne de Pedro Aguirre Cerda,

pr�sident du 3e front populaire du monde,

apr�s ceux d'Espagne et de France.

A 30 ans, il est nomm� ministre de la Sant�,

en 1938.

Le front populaire,

dirig� par la bourgeoisie, est r�formiste.

Sa devise : "Du pain, un toit et du travail".

Il aspire � plus d'�galit� sociale

et cherche � consolider l'Etat moderne.

Ce front sert de base

aux alliances qui soutiendront Allende,

domin�es, cette fois, par les communistes et les socialistes.

Allende, le peuple te soutient !

Combien d'argent a �t� vers�

aux opposants d'Allende ?

EDWARD KORRY Ex-ambassadeur des USA au Chili

La CIA a d�pens� 2.7 millions de dollars pour les �lections.

- En quelle ann�e ? - En 1964.

Sans compter les millions qui,

� la demande des Etats-Unis, ont �t� d�bloqu�s

en Europe dans les secteurs priv�s et publics

par la D�mocratie chr�tienne italienne, par le Vatican,

par les familles royales de Belgique et des Pays-Bas,

par les chr�tiens-d�mocrates allemands, etc.

Ou par des associations catholiques aux Etats-Unis.

A quoi devait servir cet argent ?

A financer une �norme campagne de propagande

en faveur de Frei

et � monter en �pingle la menace communiste

que repr�sentait Allende.

Pourriez-vous m'en dire plus sur cette campagne de propagande ?

La campagne de 64 annonce ce qu'ils ont tent� de faire en 70.

Journaliste d�butant en Italie en 48,

j'avais d�j� vu ce genre de chose.

On montrait un tank sovi�tique

braqu� sur des Italiens.

En Italie, en 48, la D�mocratie chr�tienne de De Gasperi

visait le communiste Togliatti,

chef du plus grand parti communiste d'Europe.

Quel en �tait l'objectif ?

II s'agissait de cr�er

un pilier de d�mocratie

et contrecarrer ainsi

le message de Castro qui pr�nait

le socialisme, le marxisme et le l�ninisme.

La vie d'Allende fut une longue campagne �lectorale :

4 fois candidat � la pr�sidence et plusieurs fois

pour un si�ge de d�put� ou s�nateur.

Avec pour slogan "A toute vapeur avec Salvador",

il quitte Santiago dans son premier train de la victoire en 1952.

Il a 44 ans.

Il parcourt le pays de village en village, de maison en maison...

C'est l� qu'il fait connaissance avec les Chiliens.

Il aime �couter,

expliquer, �veiller les consciences, rassembler,

m�me s'il sait qu'il ne peut pas gagner.

Avec humour, il efface les distances

et cr�e des liens d'amiti� sur son passage.

J'�tais enfant � l'�poque

mais je me souviens que les gens �taient en liesse.

ISABEL Fille de Salvador Allende

Nous parcourions les villages, parlions avec les gens,

leur prodiguions des soins...

Les gens �taient ravis. Le voyage a dur� environ un mois.

Mon p�re a chang� 2 ou 3 fois d'�quipe.

Ses assistants �taient ext�nu�s

� force de s'agiter du matin au soir.

Lui, frais comme une rose !

II �tait d'une vitalit� impressionnante.

Jeunesse communiste chilienne !

Ce type avait un grand pouvoir de conviction.

ERN ESTO SALAMANCA Ex-militant U P

II retournait m�me ses ennemis.

Il les persuadait de soutenir ses projets de loi au S�nat.

C'�tait un type tr�s sympathique.

On discutait en d�gustant des empenadas et du vin.

Il aimait faire des blagues.

On dit qu'il avait plusieurs copines.

C'est pratique d'en avoir plusieurs, pour pouvoir comparer.

Voil� ce que je pense.

Les politiciens savent aborder les gens, les femmes,

ils ont du charisme.

Allende en avait

et le peuple s'est �pris de lui.

Il l'a courtis�

et cela lui a permis de devenir pr�sident.

Tout le faisait vibrer.

C'�tait un bon vivant.

On a pu visiter Chilo�,

Valdivia, Puerto Montt, pendant les campagnes.

CARMEN PAZ Fille de Salvador Allende

C'�tait un r�el apprentissage.

Il s'arr�tait pour parler aux gens, m�me dans les champs.

Ou dans des villages perdus.

Sur les collines de Valpara�so,

nous allions frapper aux portes.

Nous demandions la permission d'entrer

et nous discutions avec les gens.

Allende, le peuple te soutient !

L'U P va de l'avant !

Enfin, le 4 septembre 1970,

Allende gagne la pr�sidentielle, apr�s 20 ans de campagne.

Il n'obtient pas la majorit� absolue.

Au Chili, il n'y a pas de 2e tour,

le Congr�s doit ratifier l'�lection.

Sa coalition r�unit des marxistes,

des sociaux-d�mocrates et des chr�tiens.

Comment a r�agi Nixon � l'�lection d'Allende ?

Je n'�tais pas pr�sent

mais je peux vous dire ce qu'on sait � ce sujet.

Il a ordonn� � la CIA

d'emp�cher Allende d'assumer la pr�sidence.

Par quel moyen ?

Je ne sais pas exactement.

Il a juste dit qu'il ne souhaitait pas qu'Allende,

pr�sident �lu, prenne ses fonctions.

Il a donc dit � la CIA de l'en emp�cher

par tous les moyens.

M�me le coup d'Etat ?

Absolument. Ils voulaient m�me que j'obtienne

le soutien de l'arm�e chilienne apr�s l'�lection d'Allende.

C'est alors que

trois g�n�raux chiliens ont rencontr� notre attach� militaire

pour lui dire qu'ils �taient aux ordres des USA.

Ils voulaient notre aval � un putsch.

Peu avant la ratification du Congr�s,

le gouvernement de Nixon fait assassiner le chef de l'arm�e.

Le g�n�ral Ren� Schneider,

partisan de la non-intervention des militaires,

�tait le principal soutien d'Allende dans l'arm�e.

Le crime est perp�tr�

par la CIA, aid�e par des officiers chiliens.

Quant au r�le de la CIA dans la mort du g�n�ral Schneider,

on sait que des armes et des munitions

ont �t� envoy�es au Chili depuis Washington par valise diplomatique.

C'est exact.

- Vous le saviez ? - Bien s�r que non.

D'ailleurs, Kissinger, le pr�sident et la CIA

ont dit devant une commission o� il ne m'a pas �t� permis de t�moigner

que l'ambassadeur devait �tre tenu � l'�cart.

Mais je l'ai devin�.

Une vague d'indignation parcourt le pays.

La D�mocratie chr�tienne vote pour Allende au Congr�s.

Cette fois-ci, le plan de la CIA �choue,

mais il r�v�le qu'il y a des civils et des militaires putschistes.

Monsieur Allende...

Voici le r�sultat du vote.

Pour le s�nateur Salvador Allende : 153 voix.

Pour monsieur Jorge Alessandri : 35 voix.

Vive le Chili !

Vu le r�sultat du vote,

le Congr�s

proclame pr�sident de la R�publique

le citoyen Salvador Allende Gossens. La s�ance est lev�e.

Si notre pays nous le demande

C'est � nous, Chiliens

De sortir le Chili de l'impasse

Allez, tous � l'oeuvre !

Nous allons prendre les r�nes

De toutes nos affaires

II faut qu'il y ait une entente

Entre nous tous

Cette fois-ci, c'est plus qu'un nouveau pr�sident

C'est le peuple qui va construire un Chili diff�rent

Je me rappelle la fra�cheur de l'air,

l'exaltation qui nous liait les uns aux autres

et, au-del�, au reste du monde.

Nous filmions ce r�ve radieux avec lucidit� et ferveur.

Une soci�t� enti�re �tait amoureuse.

En 43 ans, cet homme avait convaincu la gauche

que la seule fa�on de gagner

�tait la voie pacifique.

Alors qu'en Am�rique latine, la violence et la gu�rilla

se r�pandent partout,

Allende cr�e un mouvement populaire pour la victoire �lectorale.

Peu apr�s, Allende remporte aussi les municipales.

Pour lui, une vraie d�mocratie

conduit logiquement au socialisme.

Pour b�tir ce mur

II nous faut les mains de tous

Les mains noires des Noirs Les mains blanches des Blancs

Ce sera un mur qui ira

De la plage jusqu'� la cordill�re

De la cordill�re jusqu'� la plage

L�-bas, au-dessus de l'horizon

La gauche, les ouvriers, les paysans, les travailleurs

et les intellectuels ont triomph� au Chili.

Le soir de la victoire, il y a eu 200000 personnes.

Pas une vitre de cass�e ni une voiture incendi�e.

Aucun de nos adversaires

ne peut dire qu'il a �t� agress� ou injuri�.

Par contre, les vaincus,

surtout l'extr�me droite, ont tent� de conspirer

en mettant en place ce boycott �conomique

et leurs mercenaires continuent � poser des bombes.

O� donc est la d�mocratie ?

Nous construirons une vraie d�mocratie

qui sera l'affaire du peuple et non pas d'une minorit�.

Quand un peuple

est conscient des buts � atteindre,

il fait des sacrifices.

Le peuple chilien est pr�t

car il a compris,

et pour de bon, que des sacrifices s'imposent.

C'est semer pour l'avenir.

Les premi�res ann�es seront dures.

Mais avec un gouvernement int�gre,

sans privil�ges pour une minorit�,

le peuple suivra.

Ma garantie, c'est l'int�grit�,

le patriotisme et la morale du peuple chilien.

Dans le sud, les paysans occupent les terres

et notre cam�ra court les rejoindre.

Pour acc�l�rer la r�forme agraire,

le minist�re de l'Agriculture s'installe � la campagne.

C'est la fin des grandes propri�t�s.

La vitesse des changements est impressionnante.

Cette formidable acc�l�ration de l'Histoire me bouleverse encore.

Aux termes de cet acte,

ces terres reviennent

� la corporation et aux paysans.

Elles sont c�d�es

par leur ancien propri�taire, M. Lorenzo Aste.

�a va comme �a ? Plus fort ?

Je ne peux pas dire que je me s�pare avec joie

d'une chose que j'ai cr��e

mais, h�las, vous avez voulu cette r�forme.

Moi, j'�tais contre

et ce n'est pas de gaiet� de coeur que je quitte mon domaine.

Mais, vu les probl�mes, je le rends

et esp�re que vous serez capables de l'exploiter.

Les travailleurs au pouvoir !

L'U P contre les vieilles momies criminelles !

Dans les campagnes et dans les villes,

hommes, femmes et enfants participent � une vie nouvelle.

Nous sommes d�bord�s

et filmons de nombreuses actions collectives.

C'est le temps des grands pas historiques.

Allende tient parole :

il nationalise les usines, les grandes entreprises,

les banques,

le salp�tre, l'acier, le charbon et le cuivre.

Il n'oublie pas ses promesses.

La premi�re ann�e, cela cr�e une grande prosp�rit�

et une �nergie qu'on peut toucher du doigt.

Avan�ons sans transiger !

La loyaut� du peuple

aura en retour ma loyaut� de militant socialiste.

En tant que pr�sident du Chili,

j'appliquerai impitoyablement le programme de l'U P.

Je me sens comme un �tranger, �gar� dans une g�ographie hostile.

Je ne peux oublier que la dictature a �cras� la vie,

enterr� la d�mocratie,

impos� pour valeurs uniques l'argent et la consommation.

Mais derri�re cette froideur,

il y a des gens, des r�ves, des luttes,

je continue ma recherche.

Je suis tr�s fi�re de lui.

CLAU DINA N U � EZ Conseill�re municipale

Quand il s'adressait aux jeunes,

j'en ai encore des frissons.

Je m'explique, il nous disait :

"Voil� mes r�ves, on va les r�aliser".

Je partageais ses r�ves. Moi aussi, je voulais construire.

Cette �poque a �t� la plus belle.

On avait de vrais leaders, des r�ves, des utopies,

tout un monde � changer.

On doit avancer avec les jeunes pour construire autre chose.

On ne verra peut-�tre pas �a mais on doit

leur livrer des r�ves, des valeurs pour qu'ils puissent

�tre ma�tres de leurs vies.

Comme les partis de gauche sont affaiblis,

ils devront en cr�er d'autres.

Mais notre d�sir de r�volution, de changement,

d'en finir avec ce syst�me est l�gitime

et il le sera toujours.

Quels plats pr�f�rait-il ?

La poule au pot.

Et les empanadas.

Chicho venait souvent

manger avec des amis ?

II conviait des d�put�s, des s�nateurs, des ministres...

Il me pr�venait

4 ou 5 heures avant.

Il me disait : "J'arrive !"

C'�tait surtout pendant ses campagnes pr�sidentielles.

L�, ils venaient nombreux.

Cela va faire 30 ans.

Salvador �tait impatient ?

II �tait tr�s nerveux.

A cause de ses pr�occupations.

Il me disait : "D�p�che-toi, ma petite".

Il avait tant de pr�occupations...

La derni�re fois que je l'ai vu,

il a pris un caf� � l'h�pital o� �tait ma m�re pour son thorax.

Il arrivait d'Argentine.

Il a dit : "Mon Dieu, je suis �puis� !

"Tu m'offres un petit caf� ?"

Je le lui ai servi.

Il �tait 1 h 30 du matin, il arrivait d'Argentine.

On parle peu d'Allende.

VOLODIA TEITELBOIM Ex-s�nateur U P

Parler d'Allende serait comme brutaliser les consciences.

Il a rompu avec le style politique habituel.

Allende doit absolument �tre r�habilit�

en pr�servant son image �thique et morale.

Je crois qu'il n'y aura jamais plus

de politique digne de ce nom,

c'est-�-dire la d�fense des int�r�ts de tous

et le d�vouement envers la communaut�.

C'est ce que la politique doit revendiquer.

C'est un sujet tabou au Chili.

Personne n'en parle.

Dans le meilleur des cas,

m�me parmi ceux qui le respectent,

Allende est pr�sent� comme un r�veur.

Aujourd'hui encore,

il continue d'�tre...

une sorte...

d'homme b�illonn� dans sa patrie.

CARLOS PINO Cheminot

Allende repr�sente l'histoire des travailleurs du Chili.

Comment se fait-il que la plupart des gens l'ignorent ?

C'est parce que moi,

je veux savoir ce que signifie �tre travailleur,

pourquoi on lutte, ce qu'il faut faire :

cr�er des syndicats, renforcer les partis ouvriers...

La classe ouvri�re,

c'est important.

Le travailleur chilien ne profite pas de l'�conomie actuelle.

La richesse, les gains,

il en est tenu � l'�cart.

Pour son 1 er anniversaire au pouvoir,

Allende re�oit la visite de Fidel Castro.

Il n'�tait jamais venu en Am�rique du Sud.

C'est tout un �v�nement, la droite est scandalis�e.

Nous sommes venus apprendre

comment fonctionnent les lois

de la soci�t� humaine.

Nous sommes venus voir un fait extraordinaire.

Un processus unique a lieu au Chili.

Je dirais m�me plus : insolite !

II s'agit d'un changement.

Un processus r�volutionnaire

dans lequel les r�volutionnaires

essaient d'instaurer des changements pacifiquement.

Un processus unique,

en quelque sorte le premier dans l'histoire de l'humanit�.

Allende soutient concr�tement

les luttes arm�es en Am�rique latine.

Il admire Fidel, le Che, Miguel Enr�quez...

Il partage leur courage, leur audace,

il est leur ami.

Mais les liens d'amiti� et de respect

n'empi�tent pas sur ses convictions.

Pour Salvador Allende,

seul l'essor de la d�mocratie peut permettre

de cr�er le socialisme au Chili.

Et votre r�action

� l'�lection d'Allende ?

J'ai dit que c'�tait un �chec grave et tr�s s�rieux pour les USA.

Allende avait dit que les Etats-Unis �taient l'ennemi n� 1

et le r�p�tait sans cesse.

De plus, c'�tait un fervent admirateur de Castro,

il avait pass� 6 mois en Chine

� s'extasier devant le travail de Mao,

il admirait Ho Chi Minh au Vi�t-nam et �tait fan du Che.

Nous savions que m�me si Allende semblait agir

de fa�on l�gale et constitutionnelle,

le but de sa politique

�tait d'enrayer toute influence des Etats-Unis.

Cela aurait �t� une guerre de classes

pour �liminer l'opposition : la bourgeoisie.

Une guerre de classes.

Cela aurait �t�, au bout du compte,

du "fidelismo sin Fidel".

Du castrisme sans Castro.

Allende �tait donc une menace pour les USA.

Si l'on consid�re

la cr�ation

d'un axe Santiago-La Havane en Am�rique latine,

� une �poque o� les conditions sociales

se pr�taient � une r�volution

entra�nant d�sordre et violence,

les Etats-Unis pouvaient y voir

une influence hautement d�stabilisatrice

et une extension de l'emprise sovi�tique.

La 1 re ann�e est un succ�s pour Allende.

La moiti� du peuple s'identifie � lui.

Mais il s'attire la haine absolue de la droite.

En octobre 1972,

une gr�ve patronale de grande envergure d�bute.

70000 camions et des milliers d'autobus cessent de rouler.

On ne trouve plus d'essence ni de nourriture,

certaines mati�res premi�res n'arrivent plus aux usines.

Le pr�texte est le manque de pi�ces de rechange nord-am�ricaines.

Mais c'est une gr�ve politique et agressive,

le d�but de la strat�gie

de mobilisation de masse de la bourgeoisie.

On fera gr�ve jusqu'� la victoire.

Si cela entra�ne la chute d'Allende, tant mieux pour le Chili !

C'est la guerre des nerfs.

L'opposition cr�e des probl�mes graves pour la vie quotidienne

et elle s'en sert contre le gouvernement.

Elle joue � la fois le r�le du gendarme et du voleur.

Je vous promets,

en tant que Chilien et camionneur,

qu'on m�nera cette lutte jusqu'� la fin.

M�me si cette fin

n'est pas pour demain.

Les ennemis d'Allende sont sur le point de l'emporter.

Mais aucune usine ne suit la gr�ve, les trains roulent,

les ports restent ouverts,

les services publics travaillent.

Allende nomme le g�n�ral Prats ministre de l'lnt�rieur

et place deux autres militaires dans son gouvernement.

Les gr�ves sont suspendues.

Allende avance, sans c�der face aux obstacles.

Mais la partie la plus radicale de la gauche

lui reproche de chercher l'aide des g�n�raux

plut�t que celle des travailleurs.

Les militaires au gouvernement, non !

Pourquoi ?

La d�mocratie et les militaires, �a va pas ensemble.

Allende a pourtant fait appel � eux.

Vu la gravit� de la situation,

il fallait faire appel � eux de fa�on ponctuelle.

Juste pour r�tablir l'ordre.

Mais il ne faut pas qu'ils restent.

Fin 1972, Allende prononce un discours � l'ON U .

Il y d�nonce l'hostilit� des Etats-Unis

et une menace encore plus grave :

l'action incontr�l�e et n�faste des multinationales.

C'est le premier chapitre du n�olib�ralisme

qui aujourd'hui domine le monde.

Nous sommes face

� un v�ritable conflit entre les multinationales et les Etats.

Ceux-ci ne sont plus ma�tres

de leurs d�cisions fondamentales,

politiques, �conomiques et militaires

� cause de multinationales qui ne d�pendent d'aucun Etat.

Elles op�rent sans assumer leurs responsabilit�s

et ne sont contr�l�es par aucun parlement

ni par aucune instance repr�sentative de l'int�r�t g�n�ral.

En un mot,

c'est la structure politique du monde

qui est �branl�e.

Les grandes entreprises transnationales

nuisent aux int�r�ts des pays en voie de d�veloppement.

Leurs activit�s asservissantes et incontr�l�es

nuisent aussi aux pays industrialis�s

o� elles s'installent.

Notre confiance en nous-m�mes

renforce notre foi dans les grandes valeurs de l'humanit�

et nous assure que ces valeurs doivent pr�valoir.

Elles ne pourront �tre d�truites !

Que vous a dit Nixon � la Maison Blanche ?

II m'a accueilli chaleureusement

et a dit � Henry :

"L'ambassadeur

"raconte toujours les faits comme ils sont".

Puis il a commenc� � d�crire en d�tail

un plan pour en finir avec Allende.

Tout en cognant du poing,

il disait qu'il utiliserait des moyens �conomiques

pour l'�craser.

Comment appelait-il Allende ?

II l'a trait� de fils de p...

Et de salaud, je crois.

Il r�p�tait : "Ce fils de p..."

Malgr� les millions de dollars venus des USA,

malgr� l'usure,

aux �lections de mars 1973,

l'Unit� populaire obtient 43,4 % des voix.

L'opposition est loin des deux tiers requis

pour renverser l�galement Allende.

La bourgeoisie refuse l'�vidence

et sort c�l�brer une fausse victoire.

Que le pr�sident soit jug� et chass� le 21 mai !

II a d�truit le pays.

Ce gouvernement est pourri !

D�g�n�r�, pourri, immonde !

Que ces sales communistes d�gagent !

Le 21 mai, nous aurons, Dieu merci,

un gouvernement beau et honn�te.

La d�mocratie chassera ces rouges pourris. Je les maudis !

Le 21 mai, trois mois avant le coup d'Etat,

le pr�sident rend compte de sa politique devant le Congr�s.

Allende demeure persuad� que l'unique voie est la l�galit�.

J'entends encore ses mots

prononc�s en 1971:

"Le Chili est la premi�re nation sur terre

"� mettre en marche un nouveau mod�le

"de transition au socialisme".

Deux ans plus tard, il r�affirme cette conviction.

Le monde voit que dans notre pays se r�alise

un objectif important

pour la civilisation actuelle.

Notre peuple lutte pour rester digne

et instaurer un socialisme aux libert�s pluralistes

et la tol�rance des id�es et des croyances.

Notre peuple se bat pour enrayer la violence interne

et les agressions externes.

J'accomplirai mon devoir

en utilisant les moyens dont je dispose,

mais il n'y aura pas de guerre civile !

Mais les forces politiques ont d�j� choisi leur camp.

La D�mocratie chr�tienne se rallie � la strat�gie du coup d'Etat.

Ses parlementaires pr�sents n'�coutent pas.

La droite, par son absence,

r�v�le d�j� sa position putschiste.

Un mois plus tard, nous filmons un r�giment

qui tente un putsch.

Mais le moment n'est pas encore venu.

Leonardo Henricksen, cameraman argentin,

filme sa propre mort.

La gr�ve du cuivre vient de s'achever,

celle des camionneurs va reprendre.

Dans les usines, l'impatience des ouvriers grandit.

On nous a demand� de renforcer les cordons,

c'est-�-dire les regroupements, dans tous les secteurs.

Nous avons renforc� les fronts dans les villages,

dans les usines,

les syndicats et les cordons industriels.

Mais on nous dit toujours que ce n'est pas le moment

et qu'on a le pouvoir l�gislatif et judiciaire.

Le pr�sident nous demande de garder le calme

et de continuer � nous organiser. A quoi bon ?

Quel est son plan de lutte ? Y en a marre !

N'avez-vous pas confiance dans le pouvoir populaire ?

La CUT n'a-t-elle pas confiance en nous,

nous qui sommes all�s voir le camarade Allende

pour le soutenir en tout ?

Allende n'a-t-il pas confiance en nos organisations ?

Ignorez-vous qui sont les membres

de nos forces arm�es ?

La plupart des officiers

sont pour le putsch.

Vous savez que nous, la classe ouvri�re,

gr�ce au gouvernement, avons acquis une partie du pouvoir.

Nous sommes conscients qu'il faudrait trouver

des solutions � nos probl�mes.

Mais il ne faut pas oublier

que le camarade Allende est le chef du gouvernement

et qu'il faut suivre ses directives.

Nous, travailleurs, sommes repr�sent�s

par nos partis ouvriers

qui, eux aussi, nous orientent.

Camarades !

Les 500 ouvriers de mon usine souhaitent

renforcer les cordons industriels,

les conseils communaux et de quartiers

ainsi que les associations qui nous d�fendent.

On se disait qu'il fallait s'y pr�parer...

EX-MILITANTS U P

et non pas faire l'autruche.

Il fallait �tudier la situation

et nous opposer � un �ventuel coup d'Etat

contre ce gouvernement l�gitime.

Ce n'est pas la volont� qui manquait.

Certains camarades �taient m�me pr�ts � donner leur vie.

Il y avait un grand d�sir de d�fendre le gouvernement.

Mais on n'a jamais eu

une arm�e populaire capable de faire le poids.

Etre conscient des probl�mes de classe,

c'�tait stimulant,

mais il nous aurait fallu une arm�e.

Souviens-toi, on manifestait avec des b�tons.

Comme des scouts.

Dans ce contexte, en 73,

des manches � balais ne suffisaient pas

pour affronter une arm�e r�guli�re.

Malgr� notre z�le, nous manquions de moyens.

Nous avions s�rement raison

mais pas de moyens.

On n'a jamais cru que l'arm�e �tait loyale.

Mais le secr�taire du PC a affirm� qu'elle l'�tait

et cela a d�rout� les gens.

Le peuple croyait au slogan :

"Ami soldat, le peuple est avec toi".

C'�tait �crit dans les rues.

On dit qu'Allende a manqu� d'astuce pour g�rer la situation.

C'est faux !

Allende �tait un homme droit

et il croyait que les tra�tres qui l'ont renvers� l'�taient aussi.

Ce n'�tait pas un r�volutionnaire.

Notre leader n'a pas su �tre � la hauteur des circonstances.

Le programme de l'U P �tait-il r�volutionnaire ?

- Oui. - Alors, Allende l'�tait aussi.

C'est �vident !

Les socialistes, les communistes et l'U P

souhaitaient instaurer un syst�me tr�s d�mocratique

mais fond� sur une �conomie lib�rale.

Ce que tu dis est grave.

C'est gravissime !

Tu d�formes l'Histoire.

On a tendance � comparer les r�volutionnaires au Che.

Des camarades qui, fusil � l'�paule, prennent le maquis

pour faire la r�volution et s'emparer du pouvoir.

Ici, on a pris le pouvoir par la voie l�gale, le suffrage.

C'�tait tout un processus

et non pas une lubie de petits r�volutionnaires.

C'est le peuple qui a d�clench� ce processus.

Il ne faut pas oublier

que le but de l'Unit� populaire

�tait d'instaurer le socialisme au Chili.

C'est r�volutionnaire.

Le projet de l'U P �tait novateur en Am�rique latine.

Cr�er, cr�er, pouvoir populaire !

La tentative putschiste creuse les divisions de la gauche.

Le conflit porte sur le "pouvoir populaire",

une forme d'autogestion de la base

qui veut prendre les armes pour d�fendre le mouvement.

Les communistes, avec Allende,

cherchent � accumuler des forces sans briser la l�galit�.

Les socialistes menacent

de quitter le gouvernement s'il n'adopte pas une strat�gie arm�e

de prise de pouvoir.

Menaces verbales, en tout cas.

Assez de conciliations, il est temps de lutter !

Assez de conciliations, il est temps de lutter !

Je demande la parole.

Il nous faut plus d'unit�

au sein de l'Unit� populaire.

Avec plus d'unit�,

le langage r�volutionnaire sera entendu.

Appelons toutes les forces r�volutionnaires

� rejoindre l'U P

et � avancer avec nous

avec responsabilit� vers la r�volution socialiste.

Il faut renforcer le pouvoir populaire.

Il faut renforcer les fronts communaux

et les cordons industriels.

Non pas en tant que forces parall�les

mais en tant que forces populaires associ�es � celles

du gouvernement du peuple !

Pr�s de Valpara�so, je retrouve les bus qui ont soutenu Allende.

Ceux qui n'ont pas fait gr�ve car ils appartenaient � l'Etat.

Ces �paves me renvoient � cette vieille question :

que fallait-il faire pour canaliser l'�nergie populaire et avancer ?

Rien.

Les forces jouaient chacune de son c�t�.

Le message d'Allende passait dans le peuple

sans g�n�rer de force organis�e.

Chaque parti de gauche suivait sa propre ligne,

sans �couter la voix de ses militants,

de sa base.

On pouvait toucher la solitude d'Allende.

Cuba lui offrait des armes,

et des hommes,

l'U RSS lui refusait toute aide �conomique s�rieuse.

Celui qui ne saute pas est un vieux r�ac !

Mais en d�pit des difficult�s,

en d�pit de l'argent venu des USA,

du blocus parlementaire, des gr�ves patronales,

du boycott �conomique, de la propagande terroriste,

de la haine de la droite, de la panique des couches moyennes,

le soutien � Allende grandissait.

Nous �tions des milliers � descendre dans la rue, conscients, d�cid�s

et convaincus qu'on pouvait cr�er

un monde plus juste et plus libre.

Cela reste un myst�re

qui nous �tonne encore aujourd'hui.

Allende, le peuple te soutient !

Qu'avez-vous ressenti en 1973

en apprenant qu'Allende

�tait mort ?

On ne r�colte que ce qu'on a sem�.

Allende, depuis le d�but,

avait essay� d'emprunter une voie

qui n'�tait pas balis�e, non explor�e,

il n'y avait pas d'exemple � suivre.

Il voulait instaurer un syst�me socialiste,

une soci�t� marxiste-l�niniste,

pacifiquement.

Il voulait que la bourgeoisie se suicide dans la joie.

Vous n'approuviez pas cela ?

Non, et en outre, je trouvais cela irr�alisable.

Castro l'avait dit � Allende d�s le d�but :

"ll faut neutraliser l'arm�e,

"en faire son propre instrument,

"pour que la r�volution r�ussisse".

Il avait appris cela de L�nine.

C'�tait illusoire.

Allende �tait un homme extr�mement civilis�.

S'il n'avait pas �t� un tel admirateur

des h�ros du marxisme-l�ninisme

- Castro, Mao, Ho Chi Minh, le Che -

et s'il avait agi instinctivement, il aurait choisi une vie ais�e

et aurait accept� volontiers les propositions des Etats-Unis.

Mais l'autre homme en lui

avait un but � atteindre :

devenir un nouveau membre au panth�on

des h�ros marxistes-l�ninistes.

Camarades,

camarades de longue date,

je vous dis en toute tranquillit�,

je n'ai pas l'�toffe d'un ap�tre

ni celle d'un messie.

Je ne me donne pas des airs de martyr,

je suis un combattant social qui accomplit son devoir,

celui que le peuple m'a confi�.

Que cela soit clair

pour ceux qui songent � changer le cours de l'Histoire

et � passer outre la volont� de la majorit� des Chiliens.

Sans vouloir jouer les martyrs,

je ne reculerai pas. Qu'ils le sachent !

Je ne quitterai La Moneda

qu'apr�s avoir accompli le mandat que le peuple m'a confi� !

Je n'ai pas d'autre choix.

Il faudra m'abattre

pour m'emp�cher

d'accomplir le programme du peuple.

Je pense qu'on n'a pas �t� assez courageux.

Sachant qu'un coup d'Etat se pr�parait,

on aurait d�, que sais-je, se procurer des armes,

quitte � prendre d'assaut une caserne.

Ce 11 septembre, on nous a barr� le passage.

On a d� contourner une colline pour arriver � l'endroit

o� on devait analyser la situation.

Dans la rue, des femmes

ont reconnu Vuskovic

et Andrade, qui �tait d�put�.

Elles criaient : "On va pr�venir la police, on vous arr�tera".

On a commenc� � s'�parpiller.

En arrivant � l'�glise de Bellavista,

nous avons vu qu'on hissait un drapeau chilien

pour f�ter la victoire des militaires.

Nous n'en revenions pas

de voir des hommes jouer au foot

comme si de rien n'�tait.

Et nous,

on ne savait pas quoi faire

ni o� aller.

On n'avait rien de concret.

On disait qu'il y avait des armes mais on n'�tait pas organis�s.

Les partis de gauche

s'�taient tous renforc�s

- communistes, socialistes, sociaux-d�mocrates, MAPU , MIR... -

mais ils manquaient de soutien dans les casernes.

Si on avait attaqu�,

si on avait eu des armes, ils nous auraient d�cim�s

avec leur artillerie d'assaut.

Allende et les siens ont fait preuve de courage

en se battant jusqu'� la fin.

Ceci dit,

Allende nous aurait �t� plus utile vivant.

Allende vivant,

la dictature aurait �t� moins dure.

Allende mort, c'�tait fini.

Mais depuis l'�tranger,

apr�s avoir quitt� le pays en tant que pr�sident,

il nous aurait aid�s, la dictature aurait �t� moins dure.

LARRIS ARAYA Cheminot

Le peuple aurait d� aller le d�fendre � La Moneda.

- Sans armes ? - Peu importe.

L'arm�e n'aurait pas os� abattre

tout un peuple qui d�fendait son pr�sident.

Les gens ont manqu� de courage pour sortir dans les rues.

Tu as peut-�tre raison.

Va savoir !

Avez-vous assist� au transfert du corps d'Allende

de Valpara�so au cimeti�re de Santiago ?

Oui.

Qu'avez-vous ressenti ?

J'�tais �mu...

EN RIQU E MOLINA M�tallurgiste

En le voyant passer, je me suis souvenu de mon p�re.

C'�tait bouleversant...

de voir passer devant nous

le corps de cet homme

qui avait tout risqu� pour d�fendre mes int�r�ts,

ceux de ma famille, de mes enfants,

de mes petits-enfants, des Chiliens, de mes voisins...

Pourquoi avoir pens� � votre p�re ?

Parce que j'admirais l'esprit d'Allende.

Mon p�re �tait compr�hensif.

Je dois beaucoup � mon p�re. Il �tait anarchiste.

Il m'a aid� � me forger,

toujours, jusqu'� sa mort.

Je garde un bon souvenir de lui.

Et aussi de Salvador Allende.

Il a fait pour le Chili

ce que mon p�re a fait pour moi.

Travailleurs de ma patrie,

je vous remercie de votre loyaut�

et de la confiance que vous m'avez t�moign�e.

Je n'�tais que l'interpr�te d'un grand d�sir de justice.

Radio Magallanes sera r�duite au silence

et le ton serein de ma voix

ne vous parviendra peut-�tre pas, peu importe.

D'autres hommes surmonteront

ce moment gris et amer o� la trahison veut s'imposer.

Vive le Chili, vive le peuple !

Vive les travailleurs !

Ce sont mes derni�res paroles.

Je suis certain que mon sacrifice

ne sera pas vain.

La mort n'est pas la fin.

Il faut revenir sur l'acte libre d'Allende,

dernier combattant de La Moneda.

Son suicide n'a rien de d�sesp�r� ni de romantique.

Cet acte r�aliste nous rappelle qu'en politique

on ne doit jamais c�der face � l'impossible.

Je dois reprendre le fil, recommencer.

Bonjour.

C'est pour une enqu�te.

Avez-vous �t� t�moin

du bombardement de la maison d'Allende en 73 ?

Demandez aux voisins.

Moi, j'�tais encore � l'�cole.

Avez-vous �t� t�moin

du bombardement de la maison d'Allende en 73 ?

Oui.

Pourrions-nous vous poser des questions ?

�a tombe mal, je dois sortir.

Excusez-nous de vous d�ranger.

On fait une enqu�te pour savoir

si vous avez �t� t�moin du bombardement

de la maison d'Allende en 73.

Non, merci.

C'est pour quoi ?

On aimerait savoir si vous avez �t� t�moin

du bombardement de la maison d'Allende en 73.

Je ne peux pas r�pondre,

je n'�tais pas ici � l'�poque.

Vous n'habitiez pas l� ?

Merci beaucoup.

Des gens seraient entr�s chez Allende...

Oui, la maison a �t� saccag�e.

Je ne sais pas par qui. On a pris les tableaux et d'autres objets.

On se demande qui c'�tait.

Ce qui �tait la r�sidence officielle du pr�sident

est � pr�sent une maison de retraite de l'arm�e de l'air.

C'est un mus�e secret, un espace d'amn�sie.

Si on traverse le miroir

de la mauvaise conscience, le souvenir �merge.

Oui, il y a eu ici le d�but d'une r�sistance arm�e.

On y a retrouv� des armes.

Mais rien ne peut expliquer la barbarie,

la haine qui s'est abattue sur cette maison.

Ils ont pilonn� sa maison tout en sachant qu'il n'y �tait pas.

Le pr�sident �tait � La Moneda, devant les micros.

Ils ont bombard� ce c�t�-ci

tout en sachant qu'il n'�tait pas l�.

Il n'y avait que son �pouse.

Les voisins ont pris les tableaux,

les bijoux, les sous-v�tements, les photos de famille...

Puis, les militaires ont achev� le pillage.

Jusqu'� ce jour, le pays ne s'est pas interrog� sur cet acte.

Quelques objets

ont pu �tre r�cup�r�s par la famille.

Voyons voir...

Oui, c'�tait l�.

Voici la chambre

o� dormait le pr�sident de la R�publique.

Voici la porte

o� Pinochet s'est mis au garde-�-vous

ce dimanche-l�.

Le pr�sident venait de le charger de la coordination

entre les forces arm�es et la Centrale unique des travailleurs

pour �touffer un �ventuel coup d'Etat

qui aurait viol� les droits civils et la Constitution.

Le lendemain du bombardement,

la veuve d'Allende fut transport�e en avion militaire

pour enterrer son mari � Vi�a del Mar.

On ne la laissa pas voir le corps,

qui fut d�pos� dans une tombe sans nom.

Hortensia Bussi, la "Tencha",

qui a aujourd'hui 87 ans,

est la figure n� 1

de la campagne internationale de solidarit� avec le Chili.

A mon avis,

Allende a v�cu son mandat dans la solitude.

M�me s'il �tait entour� d'amis et de collaborateurs

qui l'ont soutenu avec une grande loyaut�.

Dans ce groupe, il y avait deux femmes :

Beatriz, la "Tati", sa fille a�n�e,

m�decin comme lui, sa critique et fid�le collaboratrice

qui l'a accompagn� toute sa vie.

Elle s'est suicid�e � La Havane en 1977.

Et Miria Contreras, la "Paya",

sa secr�taire personnelle.

La Paya �tait

extr�mement tendre et chaleureuse.

Gr�ce � sa beaut� et � sa tendresse, elle a fascin� Allende.

Apr�s l'avoir accompagn� pendant sa derni�re campagne,

elle est devenue sa secr�taire au palais pr�sidentiel.

Malgr� le fait qu'elle �prouvait

une certaine sympathie

pour le courant gauchiste du Parti socialiste et pour le MIR,

tous les partis lui faisaient confiance.

Tu ne te sens pas importante ?

Je consid�re que je n'ai pas eu

un r�le particulier

dans les affaires.

Je n'ai fait que le soutenir.

Je voulais qu'il ait...

un ami, ou amie,

quelqu'un � qui se confier.

Mais justement, ton d�vouement

a beaucoup compt� pour lui et lui a donn� de l'�nergie

pendant ses derni�res ann�es, me semble-t-il.

Cela �tait important pour lui.

Mais ce n'est pas pour autant que j'�tais importante...

C'�tait une histoire d'amour

parmi les plus belles jamais connues au Chili.

Tu exag�res.

Replac� dans le contexte historique,

tu le vois ainsi parce que tu �tais des n�tres.

VERON ICA AH UMADA Journaliste

Le bureau du pr�sident se trouvait l�.

Plus ou moins l�.

C'est ici que ce jour-l� il a pris le t�l�phone

pour s'adresser au peuple chilien � trois reprises.

Il se tenait comme �a.

Ici m�me. Et il parlait au t�l�phone.

Pour ce discours qui est consid�r� comme son testament,

son dernier discours,

le pr�sident n'avait rien �crit.

Je n'ai m�me pas vu de brouillon.

Apr�s ce discours,

ARTU RO GIRON Ex-ministre U P

nous nous sommes r�unis au salon Toesca.

Il nous a dit : "Le bombardement va commencer,

"je ne veux pas de martyrs

"et j'ai donc demand� une tr�ve".

Elle n'a pas �t� respect�e, bien s�r.

"Ceux qui ne peuvent pas se d�fendre

"doivent partir.

"Je reste l�, c'est mon devoir.

"Le pr�sident n'abandonne pas La Moneda.

"Les femmes doivent imp�rativement partir".

Apr�s la r�union, personne n'a boug�.

Il a fallu pratiquement forcer les femmes � partir.

La Paya s'est cach�e.

Quand il n'y eut plus rien � faire

et que La Moneda �tait d�j� en flammes, Allende a dit :

"Rendons-nous.

"Faites une file indienne et commencez � descendre.

"Et sans rien dans les poches !

"Je sortirai en dernier, la Paya en premier".

Nous nous sommes rang�s en file indienne,

les militaires �taient d�j�

dans l'escalier.

Nous �tions environ 30 personnes, j'�tais le dernier.

Je me souviens du moment o� Allende s'est tir� dessus.

J'ai compris qu'il venait de mourir quand j'ai entendu le coup de feu.

Enrique Huerta, l'intendant du palais, a cri� :

"Le pr�sident est mort !"

J'ai fait demi-tour et j'ai vu le pr�sident mort.

Pachi Guij�n est revenu.

Moi, on m'a pouss� vers l'ext�rieur.

Pachi est rest� aupr�s du pr�sident mort.

- Tu l'as vu ? - Oui, je l'ai vu mort.

Il �tait assis sur un fauteuil, le dos � la rue Morand�.

Il portait une veste grise

et un pull.

Il n'avait pas ses lunettes.

Il avait la mitraillette entre les jambes.

Sa t�te �tait fracass�e, son cr�ne avait explos�.

Maintenant, nous allons voir l'endroit

o� le pr�sident Allende a v�cu ses derni�res minutes

avant de mourir.

- Le palais a �t� modifi�. - Oui, compl�tement.

Cela a �t� voulu.

C'est ce qu'il ressort des t�moignages.

JOS� BALMES Peintre

Le pass� ne passe pas.

Notre histoire reste � �crire.

Il n'y a aucune biographie sur Allende.

Les archives demeurent secr�tes,

l'arrogance du vainqueur persiste.

Le 11 septembre 1973

est toujours pr�sent.

Salvador Allende aimait la vie et la vie l'a aim�.

Avec cette vie en t�te, nous continuons d'agir,

de penser et d'inventer un avenir.

Le pass� ne passe pas.

Le fleuve inverse son cours

GONZALO MILLAN Po�te

L'eau des cascades remonte

Les gens commencent � marcher en reculant

Les chevaux marchent � l'envers

Les militaires d�filent en rebroussant chemin

Les balles sortent de la chair

Les balles rentrent dans les canons

Les officiers rengainent leurs pistolets

Le courant p�n�tre dans les prises

Les tortur�s cessent de s'agiter

Les tortur�s ferment la bouche

Les camps de concentration se vident

Les disparus r�apparaissent

Les morts sortent de leurs tombes

Les avions volent � l'envers

Les roquettes remontent vers les avions

Allende tire

Les flammes s'�teignent

II enl�ve son casque

La Moneda se reconstruit compl�tement

Son cr�ne se recompose

II sort au balcon

Allende recule jusqu'� sa r�sidence, avenue Tomas Moro

Les d�tenus sortent des stades en �tant de dos

11 septembre

Les forces arm�es respectent la Constitution

Les militaires regagnent leurs casernes

Neruda rena�t

V�ctor Jara joue de la guitare, il chante

Les ouvriers d�filent en chantant :

Nous vaincrons !

Sous-titres : Nelson Calder�n et Pascal Strippoli

Sous-titrage : B.B. COM - Paris

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