All language subtitles for The Gypsy _ Our Story.fr.closedcaptions

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Original subtitles

[musique d'intro]

- [cris de mouettes] - [enfants qui jouent dans l'eau]

[air gitan à la guitare sèche]

[enfants qui jouent]

[enfants qui se disputent gentiment]

[conversation à voix basse]

[conversations indistinctes]

[musique gitane à la guitare et au violon]

[musique gitane joyeuse]

[conversations indistinctes]

Vous êtes les Senart ?

Pardon.

Monsieur Senart ?

Oui ?

[policier] On cherche votre fils, Hugo.

On sait qu'il est venu ici.

[le père d'Hugo] Il est toujours ici.

Et où ça ?

Là.

Si vous l'aidez, ça va vous coûter cher, savez-vous ?

[on frappe à la porte]

Ils étaient très nombreux, tu sais.

[Hugo] Je crois qu'ils ont peur.

[commissaire] Hugo Senart, dit "le Gitan".

Les Belges l'ont raté de peu, mais l'ont raté tout de même.

Condamné en France il y a trois ans aux travaux forcés à perpétuité,

pour le meurtre du maire d'un village qui les avait expulsés.

Il s'évade de la centrale de Melun

en compagnie de Jo Amila,

dit "Jo le Boxeur",

condamné à 20 ans pour l'attaque d'une banque.

Son complice, Jacques Helman.

Condamné à 20 ans dans la même affaire.

Ce cher Helman, lui, n'a pas de surnom.

Ils sont en fuite depuis deux ans,

et leur tableau de chasse nous a valu l'interpellation à la chambre

et quatre engueulades du ministre à titre personnel.

Ils agissent à visage découvert, comme des gens qui n'ont plus rien à perdre.

Remarquez ce regard.

Il exprime davantage que de la haine.

Du mépris, un profond dégoût qui lui vient de sa race.

Il l'avait d'ailleurs déclaré aux assises.

Ce banc des accusés, les gitans y sont assis depuis leur naissance.

Et puis aussi,

la société ne les tolère que dans les terrains vagues

ou aux abords des décharges publiques.

Bref, des animaux malades de la peste.

Ce loup solitaire vole pour nourrir sa meute.

Et ses motivations renforcent sa violence.

Jacques, tu peux rallumer.

C'est vous, brigades spéciales, qu'on a chargé d'arrêter cet homme

qui doit sûrement pas coucher deux fois dans le même lit.

Je sais que la chasse aux gitans est à la mode.

Pour évacuer leurs campements d'Arcueil,

d'Ivry et d'ailleurs, on mobilise toutes les forces de police.

On devrait les concentrer

sur les banques et les postes principales.

Sur cette réflexion qui n'engage que moi, vous pouvez disposer.

[pas lourds]

[cliquetis de coffre-fort]

Pour l'instant, nous avons le cinq, le sept, le dix, et le treize…

Un chef-d'œuvre…

Il va pas être facile à vendre, celui-là.

[voix de femme] Jaloux ? Mais de quoi, mon chéri ?

Il a 35 ans de plus que moi.

Il n'y a que toi qui comptes.

Tout ce que je lui prends, c'est pour toi.

Non, quand il part, je ne le sais pas à l'avance.

Non, il ne se méfie pas, mais…

il est secret par principe.

[rit] Que tu es bête !

Alors, toujours ces foutues migraines ?

[cris effrayés]

Arrête ! Arrête ou je saute !

Mais tu deviens complètement fou ?

Recule !

Si je saute, tout le monde croira que tu m'as poussée.

Et tu prendras perpète.

Parce que mon amant, c'est un flic,

si tu veux le savoir.

Descends.

[cri horrifié]

Dans la nuit, on cambriole un grand bijoutier,

et à l'aube, la femme de Yan Kuq tombe par la fenêtre.

Si Yan n'était pas un perceur de coffre notoire,

il y aurait sûrement aucune relation entre ces deux affaires.

Questions ?

Un ex-perceur ? Il n'est plus tout jeune.

[commissaire] Y a pas d'âge pour les spécialistes.

Cherchez-le. Qu'on sache où il a passé la nuit.

Avec sa femme. C'est pas elle qui dira le contraire.

Vérifiez son emploi du temps. Suivez-le.

Qu'on mette la brigade sur le coup.

Elle est déjà mobilisée contre le gitan et sa bande.

Pour quels résultats ? Six agressions en 15 jours.

Non, occupez-vous de Yan.

Moi, je continuerai à me faire engueuler par le ministre.

- [un policier] Eh ben ça promet. - [sirène de police]

[commissaire] Jacques, je compte sur toi.

Vous n'êtes pas d'accord, M. Mareuil ?

Si, évidemment. Mais…

Alors, on va commencer à fouiller dans la vie de cette femme ?

Crise de conscience ? Eh ben c'est pas l'endroit…

Je te répète…

Il y a un drame dans une bijouterie, un autre chez Yan.

Et il est possible que le deuxième dépende du premier.

Je ne sais pas pourquoi, il y a…

Il y a comme un parfum, là-dedans.

Va le respirer dans le cabaret de Yan.

[Mareuil] Justement, monsieur le commissaire.

C'est là que je peux pas aller.

- Pourquoi ? - Parce que.

Enfin…

- Ils me connaissent. - Ils te reverront, c'est tout.

Vous vous souvenez quand vous pensiez que

Yan écoulait la camelote du gitan par l'intermédiaire de Jo Amila ?

J'avais filé Yan pendant une quinzaine.

Et là…

- C'est là que… - Que quoi ?

Enfin bref, j'ai connu sa femme.

[crie] Obligé, elle était là tout le temps, elle tient la caisse.

- C'est pas une raison pour t'énerver. - [soupirant] Ouais…

Et puis, de toute beauté… Un corps…

J'ai couché avec elle. Mettez-vous à ma place…

C'est pas très régulier, ça.

Je pensais qu'un jour ou l'autre, elle le dénoncerait.

Elle en avait ras-le-bol de son vieux.

En somme, tu étais en service commandé.

Il y a de ça, patron. Surtout qu'elle m'avait téléphoné juste avant de mourir.

Comment, téléphoner ?

Elle était jalouse. Alors, elle m'appelait à n'importe quelle heure.

Il était 4 h du matin, j'étais seul.

Seul ?

Et puis… elle a raccroché brusquement.

Oui. Yan venait de rentrer.

Malheureusement, ton témoignage est inutilisable.

Pourquoi ?

Tu te vois aux assises à nous raconter

que tu étais l'amant de la femme d'un gangster ?

Ben quoi ? Méthode moderne.

"Ben quoi, méthode moderne" ?

Tu trouveras toujours un journaliste ou un avocat

pour dire que c'est toi qui l'a tuée,

parce qu'elle devenait trop compromettante.

C'est faux, parole d'honneur !

Tu sais ce que ça vaut de nos jours, la parole d'un flic ?

Bon…

Eh bien, tu vas finir ce que tu as si bien commencé.

Je ne veux plus entendre parler de Yan. Je veux le voir ici.

Roger ? C'est Blot.

Dis, pour le Gitan…

On pourrait pas faire une série de rafles dans le milieu ?

Oui bien sûr, je sais qu'il y va pas, mais…

ça pourrait les monter contre lui.

Tu vois ?

La zizanie, ça paie toujours.

[motos qui approchent]

[cris d'enfants]

[musique dramatique]

[Yan Kuq] Ça, c'est le comble.

Je me planque à Trouville,

je fais du pyjama en regardant les régates, et qu'est-ce qui débarque ?

Une armée de flics ! Toute la poulaille de France et même d'ailleurs.

Devant mes fenêtres, à ma porte ! Ce Gitan,

- c'est pire que la peste ! - N'exagère pas.

Les flics resteront pas,

et y a aucune raison pour qu'ils sonnent à ta porte.

Jeannot, ton inconscience n'est pas une légende. Moi, je me barre.

La villa est bien au nom de ton frère ?

- Oui. - Et ton frère ?

Il a bien un casier judiciaire noir comme un boulet vers nous.

Les flics vont passer la ville au peigne fin.

Ils viendront droit chez ton frère.

Ce sera perquisition et compagnie, y compris cette taule.

Tu te barres ? Mais ton avocat arrive dans une heure.

Je le verrai plus tard.

J'en ai ma claque de lui répéter que j'ai pas tué ma femme,

et l'entendre me dire que ça s'arrangera dès que je me serai constitué prisonnier.

Il a peut-être du neuf.

Il me racontera ça à Palavas-les-Flots.

Tu vas tout de même pas traverser la France ?

Je vais pêcher la sardine chez Pierrot le naïf.

Tu tomberas sur le premier barrage de police.

À mon âge ?

Tu m'as bien regardé ?

[Hugo] Baisse tes photos, tu me gênes.

Là-bas sur le bateau, il y a un type qui joue au bilboquet.

Et à l'avant, c'est pour toi.

Regarde.

[Helman rit] Oh dis donc… Fascinant !

C'est fabuleux.

Je vois pas ce qu'il y a de fabuleux.

Toi, tu t'intéresses à rien.

Ni costards, ni gonzesses.

Je me demande même pourquoi tu t'es évadé.

On rêve de ce qu'on n'a pas.

Quand on l'a…

À l'étranger, on sera mieux.

J'y suis déjà, moi, à l'étranger.

Un jour, en cabane, tu m'as dit que des fois, t'avais envie de hurler.

[Helman] Contre qui ? Contre quoi ?

Tu pourrais pas comprendre.

On ne peut rien changer tout seul. Ça dépend des autres.

Les autres, on peut pas les changer non plus.

Alors des fois, quand on a mal, on a envie de hurler.

[petit rire]

Tu t'imagines ce boucan si tous ceux qui en avaient besoin

se mettaient à hurler ensemble ?

On appelle ça une révolution.

Pas moi. Une révolution, c'est une guerre.

Je pense à autre chose.

Autre chose ?

Tu pourrais pas…

Je vais marcher un peu.

Oh… Compliqué, hein ?

Oui.

Il pense même pas aux femmes.

Dans les couilles, il a que de la vengeance.

Il pense trop. Regarde le Boxeur, dès qu'il se met à penser, c'est le chaos.

Je comprends pourquoi t'as pas fait carrière.

Salut, Marcel.

[magnétophone en anglais] Répétez à la fin de ma phrase.

- L'argent est dans ma poche. - "L'argent est dans ma poche."

"L'argent est dans ma poche."

Deux bonnes nouvelles.

- Le Gitan n'est pas là ? - On lui racontera, t'en fais pas.

Il fera ce qu'on voudra.

Exactement.

Bon.

Primo, j'ai retrouvé Riquet le Parisien.

Deux, l'affaire de Nice, c'est pour Juillet en 8.

On commencera par Nice.

[Hugo] Non.

On commencera par Riquet.

- Où est cette ordure ? - À Palavas-les-Flots, un petit hôtel.

Chez Bob.

Très intéressant tout ça, mais nous, on préfère la poste de Nice.

[Helman] Le pognon d'abord.

C'est la dernière affaire,

après, Jacques et moi, on passe la frontière.

Ce sera Palavas.

Tu nous prends pour des larbins ?

Je vous prends pour ce que vous êtes.

Ouh là… On t'a pas attendu pour conduire nos affaires.

Pour les conduire au bagne.

C'est pas vos copains de Pigalle ou d'ailleurs

qui sont venus vous y chercher !

Et sans mes frères et moi, vous y seriez encore ! Alors, ce sera Palavas d'abord !

Qu'est-ce qu'on fait ?

Moi, je l'emmerde.

Laisse.

Barre-toi, Jacques.

[s'entraîne en anglais]

Il est seul ?

Oui.

Riquet ! Ouvre, c'est moi, Bob.

[souffle d'agacement]

Ben, pourquoi ?

On était en cabane ensemble, il t'a pas raconté ?

Il était près de votre quartier.

J'ai seulement accepté la place pour vous rendre des services, non ?

Tu te souviens plus de moi, alors, ou mal.

On va sortir, ça va te rafraîchir les idées.

[Yan Kuq] Les touristes commencent à arriver.

[Pierrot] Chez Bob, il y a toujours un peu de monde.

Je crois qu'à l'occasion, les serveuses montent avec les clients.

Certains jours, ça dépanne bien.

Tu te souviens quand on allait chez Ninie ?

Elle tenait son bar comme un chef.

Et on en pinçait tous pour elle.

Elle avait 20 ans.

[claquement de langue] La vie fout le camp.

[petit cri]

[Hugo] Ils partiront jamais plus de là.

Ni de là !

J'étais pas tout seul, non ?

C'est vrai. Les surveillants me tenaient.

Ils sont payés pour ça.

Mais toi…

En me frappant, tu parlais.

Répète ce que tu disais…

[soupir]

Tu sais, c'est…

Vas-y, répète.

"Pouilleux de gitan" ?

Tu sais, on dit des trucs…

[Riquet] "Cloporte" ?

"Vermine" ?

"Race de putes".

"Fils d'une chienne et d'un porc". Tu te souviens ?

Gitan ?

[Riquet affolé] Tu vas pas faire ça, non ?

[coups de feu]

[Yan Kuq] Tu avoueras, mon cher maître, que c'est mieux ici qu'en prison.

En prison, tu n'y resterais pas longtemps.

Après, tu seras encore plus libre qu'ici.

Principe de base : une heure de prison, c'est une heure de trop.

[l'avocat pouffe]

La police a remis tout le dossier au juge. Je l'ai vu, il est jeune.

Je lui ai dit que tu me téléphonais de temps en temps. Ça l'amuse.

Il a relancé le mandat d'arrêt,

et il a fait poser des scellés sur l'appartement et sur le cabaret.

Il est charmant, ce petit jeune homme.

Alors, voici ma version.

Je passe la nuit chez moi dans le lit conjugal, et je me lève de bonne heure.

J'ai envie de marcher dans le Paris désert,

celui des premiers ouvriers, ça rend honnête.

Et poétique !

Je te l'accorde.

Et ma femme ne me croit pas, évidemment.

Une femme amoureuse…

Elle veut m'accompagner.

Amoureuse et matinale.

Je refuse et j'arrête de discuter. Bref…

[Yan Kuq] C'est la scène. Tout le monde connaît le principe.

Elle devient comme folle et me fait le chantage de se jeter de la terrasse.

Dans tous les cas, c'est très simple.

Mais ce n'est pas le comportement d'une femme qui avait un amant.

Un amant ?

C'est dans le dossier ?

Non.

Parce que cet amant, c'est un inspecteur de la police criminelle.

- Comment tu sais ça, toi ? - Par ton barman.

Il a entendu les policiers en parler.

Il s'agirait d'un certain Mareuil.

[Yan Kuq] Eh ben…

J'aimerais qu'il me le dise en face, ce Mareuil.

Évidemment, il ne le dira jamais officiellement.

Mais officieusement, la police s'en sert pour se forger une opinion.

On ne condamne pas les gens sur de l'officieusement.

Réfléchis encore.

Viens raconter au juge ta version définitive.

J'irai jamais.

[Pierrot] Hé !

Il y a une armée de flics qui débarque de partout, même de Paris.

[conversations animées lointaines]

[Pierrot] C'est pas pour toi.

Hier soir, on a trouvé un cadavre au bord de l'étang, à cinq kilomètres d'ici,

criblé de balles.

Ça serait le Gitan et sa bande

qui auraient récupéré un type en cavale qui se planquait chez Bob.

Ce Gitan, c'est pas possible, il me suit à la trace.

- Je prends congé. - C'est ça.

- [Jeannot] T'as besoin de rien sur Paris? - [Yan Kuq] Non.

Dis donc, si tu refais ta valise, attends un peu.

[porte qui claque]

Tu vas pas t'en aller ?

Eh si ! Le coin est pourri.

Mais tout ça va se tasser ! Et chez moi, il y a pas de crainte.

Hein ? T'es archi-peinard.

[sonnerie de porte d'entrée]

C'est sans doute un de mes copains.

Qui est-ce ?

[un policier] Police ! Ouvrez !

Vas-y.

Pierre, dit Pierrot le Naïf.

- Je me trompe ? - Non.

- Tu ne me reconnais pas ? - Si !

Vous êtes inoubliable, inspecteur.

Commissaire divisionnaire.

[Pierrot] Mes compliments.

[commissaire] Quand j'ai su que tu habitais en face,

je me suis dit que tu avais peut-être vu quelque chose de ta fenêtre.

Par hasard, bien entendu.

Vu quoi ?

Ce cher Bob, mettant ses amis en voiture.

[Pierrot] Commissaire, je ne m'intéresse plus qu'aux sardines, maintenant.

Riquet le Parisien, tu connaissais ?

- Non. - Bob non plus.

C'est drôle. Depuis qu'il est mort, plus personne ne le connaît.

[commissaire] Rien à me dire non plus sur le type qui conduisait la voiture ?

[Pierrot] Le plus souvent, je suis en mer, sur le port.

Essaie de comprendre…

[commissaire] C'est quelqu'un d'ici qui a prévenu le Gitan

de la présence de Riquet chez Bob.

Ce quelqu'un sait peut-être où est le Gitan ?

Bien raisonné, commissaire.

Je ne lâcherai pas cet os facilement.

J'ai bien envie de te mettre les polyvalents sur le dos.

[commissaire] Histoire de savoir

où t'as trouvé l'argent pour les bateaux et le reste. Hein ?

Alors, fais fonctionner ta cervelle. Je reviendrai te voir.

J'adore la sardine grillée.

C'est drôlement peinard, chez toi.

Putain de saloperie de flic !

[soupir]

Et le Gitan, il pourrait pas aller faire le con à l'étranger, non ?

Cette année, le goujon me paraît nettement moins chaud que la sardine.

Je vais aller tremper mon fil sur les bords de la Marne.

Ninie tient une auberge près de Champigny.

[pneus qui crissent]

[portières claquées]

[musique funky des années 70]

[un policer] Police ! Contrôle d'identité !

[cris de protestation]

[un policer] Police ! Contrôle d'identité !

Police ! Contrôle d'identité !

Commissaire, vous nous connaissez, enfin, quoi…

- Ce sont les ordres de Paris. - On cherche le Gitan.

C'est pas une raison de m'empêcher de travailler.

Vous pouvez chercher, vous trouverez rien.

[une cliente] On s'en souviendra, de cette boite !

[un client] C'est une honte !

Je veux simplement des nouvelles du Gitan.

Je ne suis pas une agence de renseignements.

[commissaire] Je vous conseille d'en devenir une.

L'emmerdant avec ton engin, c'est qu'on peut pas mettre de costard.

Oh !

[souffle]

Pour remonter vers le nord, les plaques d'une voiture.

Les papiers…

Corps diplomatique italien. Ce sera une Lancia.

Pour eux. Je préfère la moto, plus libre.

[Marcel] Il n'y a pas que des bonnes nouvelles.

Les flics multiplient les rafles pour vous trouver.

Ça gène le business de certains, ils se mettent à balancer.

Les fumiers…

Ils ont les bars, les hôtels, les cercles, alors, ils balancent.

[Marcel] Oui, et ouvertement.

T'es sûr ?

Vous connaissez les frères Rinaldi ?

[musique de cabaret]

- Tu es sûr de ce que tu dis ? - [Marcel] Oui, sûr.

En échange, je voudrais que ma gonzesse

puisse venir se faire quelques clients chez vous.

D'accord, on vous attend.

Salut.

Il y a plus qu'à attendre dix minutes, un quart d'heure

pour téléphoner à mon ami qui a un petit bar juste en face de l'hôtel.

24, rue Léon.

C'est un petit hôtel de passe.

Vous y trouverez le Gitan dans les bras d'une nommée… Madeleine.

Qui êtes-vous ?

Tout le monde en bas !

Allô ? Roger ?

Oui ? Salut, Marcel.

Dis-moi, jette un coup d'œil sur l'hôtel d'en face.

Raconte-moi ce qui se passe.

Il se passe rien. Qu'est-ce qui doit se passer ?

Ah bon ?

[couverts et vaisselle qui s'entrechoquent]

[chuchotant] Bon Dieu, les flics… Ils sont à l'hôtel.

Hé, Marcel… Ils vont y trouver quoi ?

Personne. Merci, Roger.

C'est la preuve qu'on doit se tirer à l'étranger.

Alors, pour demain, raconte.

[leçon d'anglais sur le magnétophone] Leur thé est bon.

[voix d'homme] Leur thé est bon.

[voix de femme] Leur thé est-il bon ?

[homme] Leur thé est-il bon ?

[alarme qui bipe]

Salut, Georges ! Ça va bien ?

[Georges] Très bien.

Les sacs.

[Hugo] Fais pas le con.

[cri de douleur]

[un garde] Francis a oublié son chapeau.

[sirène de police qui retentit]

[hurlement de femme effrayée]

[coups de feu]

Allez !

Merci, doc.

Il est mort.

[chanson gitane triste]

[la musique s'arrête]

[un client] Salut, à demain !

On va fermer, monsieur.

Je voudrais parler aux patrons, les frères Rinaldi.

- De la part de qui ? - Un ami.

Oui, monsieur.

[le barman] On vous demande au bar.

Ils descendent, monsieur.

[en anglais] Un whisky double, s'il vous plaît.

Ami ?

Vous vouliez nous voir ?

[Jo] Pas moi.

Lui.

J'ai appris que chez vous, vous ne vouliez plus qu'on vienne armés.

Ça évite les histoires.

[Hugo] Juste.

[soupir]

Qu'est-ce qu'on t'offre ?

Un verre d'eau.

[Hugo soupire]

Ah, j'oubliais…

Le petit bar, rue Léon…

Madeleine la pute, ça vous dit quelque chose ?

[Hugo] Et Marcel ?

D'abord, on n'a pas de comptes à te rendre.

Tu n'es pas de chez nous. Tu es un solitaire.

- [Rinaldi] Et tu nous gênes. - Je vous gêne ?

Les flics nous rendent la vie infernale.

[Hugo] C'est pas une raison pour les aider.

Tous les gitans ont les flics sur le dos.

Mais tu trouveras pas un gitan pour aider les flics.

Quand on a pignon sur rue, on peut pas faire les valises.

On n'est pas des nomades.

C'est vrai.

Je croyais que chez vous, il y avait certaines règles.

Dans la haute pègre, peut-être.

Mais ici, ça sent la décharge publique.

Et je peux pas me tromper sur cette odeur-là.

Ça pue seulement depuis que tu es là.

[Rinaldi] Et on te conseille pas de revenir.

Pour les flics, on n'a pas eu le choix.

[Rinaldi] Et puis, on savait bien que tu en réchapperais.

Tu es un caïd.

Tu es à la une de tous les canards.

- On te connaît… - [Hugo] …mal.

[coups de feu]

[en anglais] Désolé.

Si un jour vous avez le choix, faites-en un meilleur.

[musique gitane gaie]

[cris d'effort]

[klaxon qui retentit]

Allez !

À cheval ! Allez, hop !

[conversations indistinctes]

[parle une langue gitane]

Comment ça va, là-haut ?

Mal. On nous chasse.

Remontez plus vers le Nord.

C'est pareil.

Ils ont chassé les autres à coups de matraque.

On sait plus où aller.

On est des chiens.

Non, moins que des chiens.

Eux, pour leurs chiens, ils ont des cliniques,

des soins de beauté, des concours d'élégance…

[Hugo] On te met en prison, si tu touches à un chien…

Leur société a toujours la larme à l'œil pour les bébés phoques.

Mais pas quand nos femmes accouchent sur des tas d'ordures.

Et qu'est-ce qu'ils veulent ?

Qu'on oublie notre race, notre sang, nos coutumes… qu'on disparaisse.

Je préfère crever.

Le pire, c'est qu'on est trop peu nombreux pour se révolter.

Faut sauver les gosses, les envoyer à l'école.

Le mien veut plus y aller. On lui lance des pierres.

Vous donnerez ça au père.

Vous partez quand ?

[l'un des gitans] Ce soir.

[musique gitane mélancolique]

On va pouvoir inaugurer le cimetière des indicateurs.

Si Helman est blessé, c'est toujours ça.

[commissaire] Ces gens-là guérissent vite.

Mareuil !

Bonjour.

Des nouvelles de Yan, patron.

Françoise a retrouvé un clip qui vient du cambriolage de chez Boucheron.

- Tu en es sûre ? - Boucheron l'a reconnu.

- La trace ? - On suit le type qui l'a revendu.

Il travaille dans un cercle de jeu.

Bravo.

[un enfant] Hé, monsieur !

Tout à l'heure, j'ai vu une grande bulle !

Et bientôt, tu verras peut-être un gros poisson.

Vous êtes en vacances ?

Non, je suis à la retraite.

Vous étiez dans les postes ?

Dans le chemin de fer ?

Tiens, tu surveilles un peu ? Je vais faire une partie de boules.

S'il y a un poisson, monsieur ?

Tu lui fais la conversation.

[Ninie] Demande-moi ma baraque, pendant que t'y es !

Moi, je m'en fous, de ta cuisine !

Alors, c'est mieux que toi et tes clients, vous vous barriez !

Du chantage à Ninie ? Ça va pas ?

J'en ai viré des plus marioles que toi à coups de matraques !

Tes gros bras, tu te les carres où je pense !

Non mais sans blague, c'est le monde à l'envers !

Dis-donc, t'as pas du foie blanc, dans la vie, non ?

Alors, t'as pigé ? Ou tu la boucles, ou je te flanque par la fenêtre !

Dégage !

- Je suis trahie. - Encore ?

Je parierais que le solide gaillard

que tu m'as tant vanté s'est endormi sur l'oreiller.

Ah ben là, tu te goures. Toi, tu ramènes tout à la fesse.

C'est le personnel. Écoute-moi, tu vas comprendre.

Aujourd'hui, je vais prendre les rillettes.

Oh ben tu t'intéresses à rien…

[Ninie] J'en sais rien, mais j'ai eu peur.

[Yan Kuq] Il y a des diplomates italiens dans le coin ?

Qu'est-ce que tu crois ? Il y a du beau monde dans le quartier.

L'ambassade italienne a loué pour eux la maison d'à côté.

Si ça continue, on mettra un smoking pour dîner.

[Jo] J'ai failli l'écraser, hein ?

[Helman] Jo…

Un cul presque parfait…

Tu es vraiment un malade.

Je me la prends comme infirmière…

Il y avait un monsieur. Il est parti, et il y a un poisson.

- Tu crois que tu vas y arriver ? - Je crois pas, monsieur.

Ah !

Il l'a mangé sans se faire prendre.

- Il est malin. - Oui, il est malin.

Avant, je t'avais jamais vu.

Tu habites par là ?

Oui, juste derrière la grande maison blanche.

- Tu vas pas à l'école ? - Je suis un peu malade.

Remarque, en te promenant,

tu peux apprendre plein de choses, si tu regardes bien.

Sans la maîtresse ?

[musique gitane mélancolique]

[Hugo] Oui. Et autre chose…

[soupir]

À quelle heure une fleur se réveille… à quelle heure elle s'endort…

La longueur d'un fil d'araignée.

Tu peux faire un bateau avec une écorce de châtaigne…

une flûte avec un roseau…

une petite lampe avec une écorce d'orange…

- Avec une pile ? - Non… Avec de l'huile.

- T'es marchand de lampes ? - Non. [rires]

Qu'est-ce que t'es, alors ?

Je suis comme toi… je suis un peu malade.

Alors, je me repose.

[Helman] Oh ! Doucement, toubib.

Le plâtre, pas le bras.

[petit rire du docteur]

[souffle de soulagement]

Vous pouvez commencer la rééducation.

Des mouvements lents… les doigts…

Je t'ai amené un client sérieux, hein ?

T'as gagné plus qu'avec un avortement.

Oh, l'avortement, maintenant…

Ils passent aux grandes surfaces, aux cliniques.

[soupir]

C'est la mort de l'artisan.

- Tu ne vieillis pas. - Merci.

Tu triches comme à 20 ans. Et hop, la carte du dessous !

Salut, les amoureux !

Tiens, ta part, tu peux vérifier.

Ça va ?

Et voilà les numéros de l'Hôtellerie Française que tu m'avais demandés.

Planque ça. Je te fais confiance.

Je n'ai jamais entendu dire ça à une femme.

Mais là, c'est pour le fric.

Demande-lui à qui il pourrait confier sa part.

Pas à une femme, malheureusement.

Alors, Jeannot, tu as tout raté.

Ah non… Et mes 30 ans de bringue ?

Que dit l'avocat ?

Il arrive, il me suivait.

Il a pris toutes les précautions, j'espère ?

Oui, métro, je l'enlève à la volée, je le ramène à sa bagnole…

C'est simple et efficace.

Il est entré dans la première auberge à droite.

Il y a peut-être des filles là-dedans.

Ou alors, il en attend une.

Bon, faites demi-tour.

Et si Yan se planquait là ?

Bon Dieu, je sens qu'on le tient.

Il me le faut.

Ton juge a des idées fixes, comme tous les juges, d'ailleurs.

Qu'est-ce que tu risques d'aller le voir ?

Ils nous feront un mois de préventive, une bricole.

C'est ça, "nous les ferons". [rit]

J'espère pour toi que tu resteras dehors.

Ce n'est pas lui qui s'est mal marié.

Dehors, je serai superbe !

Tu te souviens, l'affaire du Luxembourg ?

J'ai parlé, et tu es sorti.

Un vrai tour de magie.

Une magie qui m'a coûté 50 000 dollars.

Aujourd'hui, y a personne à acheter.

- Bonjour. - Bonjour.

Nous voudrions une chambre, s'il vous plaît.

Pour quelques jours ?

Deux ou trois jours, ça dépendra.

Je vois.

- Avec salle de bain, si possible. - Elles ont toutes des salles de bain.

Le sept, sur le jardin.

Vous avez des bagages ?

Non, on n'avait pas prévu.

Je vois.

- Vous dînez là ce soir ? - Oh oui…

[Hugo] Oh !

T'es guéri ?

C'est pareil, je partirai demain.

Jacques et moi, on reste ensemble. On partira demain aussi.

[Hugo] Comme vous voulez.

On ne se verra peut-être plus jamais. Ça s'arrose, non ?

[Helman] Il y a une chouette auberge à côté.

Non, sans moi.

On fera un gueuleton. J'en ai marre de bouffer des boites de cassoulet.

J'ai pas faim.

J'ai repéré une petite barmaid. Elle monte peut-être avec les clients.

[soupir]

[Helman] Hé !

Alors, la barmaid ? Vraiment pas ?

Vraiment pas.

[le client] Bonsoir.

Deux Martini, s'il vous plaît.

Je vais chercher ton livre dans la voiture.

Vous avez du feu, s'il vous plaît ?

[en allemand] Oui, bien sûr.

[petit rire]

Merci.

[en anglais] Je l'ai fait.

Jacques ne cherchera jamais à nous revoir.

Petit, il avait honte de nous parce qu'on était concierges.

[M. Helman] Il ne fréquentait que des gosses de riches.

Monsieur Helman…

Patron ! On a retrouvé Yan Kuq.

C'est pas une raison pour entrer sans frapper.

Il est avec la bande du gitan ?

C'est peut-être une raison suffisante.

[Mareuil] Le portail s'ouvre.

J'aperçois Jacques Helman.

Au volant d'une Lancia, je reconnais Jo le Boxeur.

[Mareuil] Je ne vois pas le Gitan.

Jacques Helman referme le portail de l'intérieur.

Jacques Helman ressort par la petite porte.

Je ne vois toujours pas le Gitan.

La Lancia démarre et tourne dans la rue sur sa droite.

Ici Blot. Alerte aux voitures et motards postés au sud.

Ordre de coincer la Lancia assez loin d'ici,

pour qu'on n'entende pas les détonations. Terminé.

Allez-y, les gars. Maintenant, on cerne la maison.

Il veut rester seul pour aller où ?

Pour aller chez lui, chez les gitans. Il pense qu'à eux.

Parfois, j'ai eu envie de le tuer.

D'autres fois, c'était comme mon frère.

Il a toujours la tête en voyage. Il te regarde, il te voit même pas.

On le regrettera, tu sais.

Il a pas l'esprit tordu comme beaucoup.

On le reverra peut-être un jour.

On passera en Suisse par la montagne.

Et là, on trouvera une combine pour l'Asie ou pour la Turquie.

Une femme soumise…

[petit rire] Puis avec ton anglais, on est sauvé.

[en anglais] Pas vrai ? Si, monsieur !

[rires]

[sirène de police]

Merde, les flics !

[Jo accélère à fond]

[coups de feu]

[Jo respire difficilement]

[sirène de police qui approche]

[Jo gémit d'effort]

[agonisant] Barre-toi… Barre-toi !

[Helman grogne de douleur]

[respiration bruyante]

[Helman] Oh, dis donc…

Fabuleux…

[sonnerie de téléphone]

[à bout de souffle] Gitan… foutu…

[en espagnol] Êtes-vous malade ?

Blessé ?

Parlez-vous espagnol ?

Non…

[Yan Kuq] Une armée de flics, une ribambelle !

Je les ai vus. Mais c'est pas pour toi !

Il y a toute une smala pour un ennemi public, un tueur, une bande.

Toi, t'es dans le drame passionnel.

Peut-être, mais ils sont là. Par où je peux filer ?

Par ici…

Allez, viens.

[commissaire] Mais c'est notre ami Yan Kuq.

Fouillez l'auberge, elle doit être bien fréquentée.

Vous voulez rejoindre ce cher gitan ?

Je répondrais que votre humour est involontaire.

C'est ça. Dites-moi surtout que vous ne le connaissez pas.

On va lui donner l'assaut. Vous allez être aux premières loges.

Personnellement, je n'ai rien à me reprocher.

[Capitaine de police] Ici Capitaine Mallet. Vous me recevez ?

[commissaire] Hugo Senart !

Vous êtes cerné !

Vous n'avez aucune chance !

Tous vos complices sont arrêtés.

Ne nous obligez pas à vous abattre.

Rendez-vous !

[moto qui accélère à fond]

[cris des policiers]

[Ninie] Le Gitan s'est barré ? Bien fait pour vos gueules.

C'est plus facile d'arrêter des innocents.

Bande de propre-à-rien !

"Ferme-la", vous ne savez dire que ça, "ferme-la"!

Dites donc, faut pas oublier que je vous paie avec mes impôts.

Moi, j'ai toujours engueulé mon personnel.

Seulement, il y a une différence : c'est que mon personnel m'adore.

Et vous, je vous en demande pas autant.

[un policier] Vous avez une curieuse clientèle dans votre auberge !

On a celle qu'on peut, mon vieux !

Je ne renie ni mes origines, ni mes amitiés.

Et Yan, c'est comme un frangin pour moi. Il m'a connu haute comme ça.

Bien entendu, la tenancière de l'auberge ne savait pas que vous étiez recherchée.

Exact, elle ne savait rien.

Commissaire, pourquoi on me garde ? Bas les pattes !

D'accord, je moufte plus, et je bouge plus.

Faudra qu'on me porte.

Relevez-la. Qu'elle rentre chez elle.

T'inquiète pas, je m'occupe de l'avocat.

[commissaire] Le juge d'instruction décidera plus tard.

Vous pouvez partir.

Pour résumer, le cas de votre femme ne nous intéresse pas tellement.

Et je suis sûr que vous obtiendrez le non-lieu.

Vous voyez, je joue cartes sur table.

Je vois.

Mais vous vous cachiez à deux pas du Gitan et de sa bande. Sans le savoir ?

J'ai passé mon temps à le fuir comme la peste. Coïncidence.

Alors, pour le Gitan, on dit… hasard. Un joli mot, hein ?

Avouez que je suis grand seigneur.

- Ça sera tout ? - Non.

Non.

Votre femme est tombée à 5 h du matin,

et dans la même nuit, on a cambriolé la bijouterie Boucheron.

Il y a là une nouvelle coïncidence qui me reste là.

Ça ne passe pas, comme une arête de poisson.

Mangez de la mie de pain, c'est radical.

[air à la guitare sèche]

[porte qui s'ouvre et qui grince]

[le vétérinaire] Bonjour.

[respiration haletante]

Vous désirez quelque chose ?

Faut me soigner.

Faut me soigner.

[chien qui couine]

[grognements de douleur]

[cri de douleur]

Où avez-vous passé la nuit du 9 au 10 mars ?

Dans mon lit, avec ma femme.

Elle n'est plus là. Un peu facile.

Une scène de ménage à 5 h du matin.

Curieux, non ?

Je me préparais à sortir.

- À l'aube ? Pour aller où ? - Lyon.

Je voulais visiter un hôtel que j'avais envie d'acheter.

Quel hôtel ?

[claquement de langue] Ah…

Enfin une nouvelle question.

Le Tivoli, rue du Rhône. Il était mis aux enchères.

Y avait-il quelqu'un à qui vous en aviez parlé ou…

qui vous en avez parlé avant ?

Non, j'avais lu ça dans un journal corporatif.

L'Hôtellerie Française.

La date est contrôlable.

En attendant, je vais vous garder un peu.

Ça vous donnera le temps de la réflexion.

La garde à vue, c'est 48 heures.

Je connais, merci.

N'oubliez pas pour l'arête de poisson : la mie de pain.

[cri de douleur]

Excusez-moi pour l'anesthésie trop courte, mais…

la deuxième balle était profonde. Vous êtes solide !

[Hugo halète]

Des ventes aux enchères, il y en a tous les jours.

Peut-être un truc qu'il a vu après.

[commissaire] Très juste, Mareuil.

Nous, on va vous dire la vérité.

Donc, vous rentrez tard, disons 5 h du matin.

Votre femme est au téléphone.

[Yan Kuq] Très intéressant.

- Avec qui ? - Son amant.

[commissaire] Conversation cynique

qui vous monte à la tête, un brin de folie…

Votre femme s'effraie, recule sur la terrasse.

Jusque-là, on garde votre version.

Moi, ce qui m'intéresse, c'est ce que vous avez fait avant.

Alors, ma femme avait un amant…

[ricanement]

…que vous devez connaître puisque vous en parlez si bien.

J'y pense… C'est peut-être un flic ?

Jeune, de préférence.

Un type dans ton genre. Messieurs, elle va loin, votre histoire.

Alors, tu couchais avec la femme d'un repris de justice ?

Elle te filait sans doute son fric, en plus ?

Costume de bon faiseur, peut-être une bagnole au-dessus de tes moyens…

Quelle belle histoire on va raconter aux juges et aux journalistes.

On n'a jamais dit que l'amant de votre femme était un flic !

Quand on parle de quelqu'un,

c'est qu'on le connaît ! Autrement, on ferme sa gueule !

Quand on s'engage sur un petit chemin scabreux,

faut faire le mariole jusqu'au bout. Ou alors, faut pas quitter la nationale.

Yan…

Dites-nous où vous avez passé la nuit.

Avec ma femme.

Au fait, dans votre bijouterie, il y avait bien un gardien de nuit ?

Je demande à être confronté.

Inutile, ils n'ont vu personne.

On les a matraqués par-derrière, vous le savez bien.

Je le sais bien ?

C'est pas avec des "je le sais bien" que vous m'accrocherez.

Je vais vous dire une bonne chose : dans votre jeu, ça manque d'atouts.

Vous allez être obligé de passer la main au profit du juge d'instruction.

Ça fait 15 jours que je suis là. Vous êtes en infraction.

Erreur.

Voici le livre des gardes à vue.

Ça compte à partir du jour où le nom est inscrit là-dedans.

C'est drôle… le vôtre n'est pas encore inscrit.

Quand on vous voit travailler, on a envie de se joindre à ceux

qui vous balancent des cocktails Molotov.

[sonnerie de téléphone]

Allô ?

[le vétérinaire] Bonjour, madame. Oui, c'est moi.

Oui.

Oui.

Quelle race ?

Bien ! Venez demain matin vers 10h30.

Je vous en prie.

Au revoir, madame.

Bon, ben… au revoir.

Merci.

[le vétérinaire] Je crois que vous oubliez quelque chose.

[musique gitane mélancolique]

Enfin, merde ! Vous savez qui je suis, j'en suis sûr !

Alors, pourquoi vous avez fait ça ?

Parce que je suis comme eux ?

Mais non… Vous voyez, monsieur, j'ai vécu longtemps à la colonie.

Il y avait d'autres mœurs, le droit d'asile.

Et puis, là-bas, une maison, c'est sacré.

On doit la quitter comme on y est entré.

J'ai eu de la chance, alors ?

Moins qu'eux.

Car les hommes vous trouveront et vous tueront.

[petit rire]

Je prévois pas de vivre très longtemps.

Tenez.

Servez-vous, ça me fait plaisir.

On n'a volé personne… seulement l'État.

Mais non.

Je préfère une poignée de main.

Je te rends ce que tu m'avais confié.

Pour l'instant, garde-les.

J'en ai plus besoin, j'ai plus personne.

Même pas un gosse, ou les enfants de ce gosse.

Un bateau sans voiles ni gouvernail,

c'est plus tout à fait un bateau.

C'est un bateau quand même.

Un bateau, ça se répare.

Un homme, ça ne se répare pas. C'est ça, ton idée ?

Tu es une brave fille, Ninie.

Mais qu'est-ce que ça t'aura rapporté d'être une brave fille ?

Regarder couler la Marne…

d'avoir un copain qui vient parfois me parler du temps jadis…

du temps des loups…

quand on avait les dents longues…

quand on s'est mis à la sauvette…

sans oser jamais parler d'amour.

La peur de s'amollir…

comme des imbéciles qu'on était.

[musique gitane à la guitare sèche]

Faut que je parte.

Ici, tu crains rien. Il y a des guetteurs tout le tour du camp.

Une surprise est impossible.

J'ai une dette. Je dois la payer.

Je reviendrai.

[Hugo] Yan Kuq ?

[effet musical de surprise]

[Yan Kuq grogne]

Qu'est-ce que tu fais là ?

J'ai su que tu étais sorti.

Au début, j'ai pu lire aucun journal.

Je savais même pas que tu avais été arrêté à ma place, à Champigny.

Je m'excuse.

Tu devrais pas.

Les flics étaient venus d'abord pour moi. Ils ne vous ont repéré qu'après.

Je ne voudrais pas t'emmerder plus longtemps, mais…

je voulais des nouvelles de Jacques Helman.

J'ai pensé que tu pouvais me dire où il est.

Il est encore à l'infirmerie de Fresnes.

Jo Amila est mort. Tu dois le savoir.

Bon, ben… Merci.

Ne restons pas là.

[Yan Kuq] Entre.

Viens.

[Yan Kuq] Tu peux te sécher dans la salle de bain.

Mets un peignoir.

Il y a à manger dans le frigo.

[voitures qui passent au loin]

[Yan Kuq] Ben viens !

[soupir] Je peux te dire que ça me fait drôle de me voir ici.

[Yan Kuq] Et à moi donc !

Depuis que je te regarde, je crois me souvenir d'un truc.

T'as pas descendu la Seine sur un bateau ? Un petit yacht ?

Si. Pourquoi ?

[il rit]

Je peux même te dire que tu jouais au bilboquet.

On avait une planque sur le fleuve.

Alors, seule distraction, regarder des gens à la jumelle.

Drôle de coïncidence, tu trouves pas ?

Il n'y a pas eu que celle-là.

- Comment ça ? - [ricane] C'est rien.

Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?

Je vais essayer de sortir Jacques du trou.

Sinon, ils vont lui couper la tête.

Tire pas trop sur ta chance, Gitan.

Tu veux un café ?

Oui.

T'as tout, toi.

On n'a jamais tout.

Heureusement.

Tu sais où dormir ?

Je me débrouillerai.

Tu peux t'installer là, si tu veux.

Merci.

Tu veux un bouquin ?

Oui.

Mais j'aimerais mieux avec des images.

Ou des photos…

Yan…

Tu sais, je partirai à l'aube.

Les histoires comme les nôtres,

ça se termine souvent à l'aube.

Voilà le travail.

Vous voyez que je ne finasse pas.

Répète les noms.

Jeannot Rasner,

Clément Duroch…

et Yan Kuq.

[commissaire] On vient de prononcer vos noms.

Il n'en manque qu'un.

Patron… le jour se lève.

J'ai hâte d'aller le cueillir.

[Yan Kuq] Et en plus, tu es matinal.

C'est mon heure.

Merci… pour tout.

Tout le plaisir a été pour moi.

Quatre avec moi.

Lucien et Georges vont rester ici.

- Merde ! - Quoi ?

On a oublié les croissants.

[rires]

Tu ris pas, Mareuil ?

Eh merde…

[ascenseur qui approche]

[conversations à voix basse]

Mettez-vous là.

[un policier] Qu'est-ce qu'on fait, patron ? On dit "police" ?

[commissaire] Non, dis que c'est le concierge.

De toute façon, ne tire pas, Mareuil.

- [un policier] On y va ? - [commissaire] Attends !

Vas-y…

Bougez plus.

Les mains sur la tête.

Là.

- [grands coups à la porte] - [Hugo] Yan !

Yan !

C'est moi ! Barre-toi !

Tu ne t'en sortiras pas. Le quartier est bouclé.

T'occupe.

Monte dans l'ascenseur, je te suis.

[Yan désapprouve]

J'ai pas les mêmes raisons que toi.

C'est vrai qu'on n'a jamais voyagé ensemble.

Tu vas quand même me donner les clefs de ta voiture.

Toi, avec lui ! Allez !

Les otages, ça facilite la vie, hein ?

Reculez, Inspecteur.

"Inspecteur" ?

T'as pas compris ? Recule.

Tu ne vas pas…

Je suis pas un assassin.

Allez, ouvre la porte. Et va retrouver ton petit chef.

Il vous en faut du monde, contre un homme seul.

[pneus qui crissent]

[Mareuil] Le Gitan ! Tirez pas, le commissaire est avec lui !

Ben, patron… C'est vous ?

Il me semble, oui.

Alors, on peut y aller ?

Oui, on va y aller.

- [un policier] Et le commissaire ? - Ça va, on l'a récupéré.

J'attendais ça depuis longtemps.

Je n'en doute pas.

Tu permets qu'on jette un coup d'œil ?

Je ne te montre pas le chemin, tu connais.

Allez, fouillez-moi tout ça.

Le Gitan sort de chez toi, mais tu ne le connaissais pas.

Il passait par hasard.

Tu lui as donné les clefs de ta voiture.

Par force.

Et toi, toujours par hasard, t'es passé une nuit chez Boucheron.

Vous savez, jeune homme,

rien n'a plus vraiment d'importance pour moi.

[conversations indistinctes]

[sifflement]

[sifflement]

[musique gitane triste]

[l'enfant] Tu sais, je t'ai vu.

Ils nous emmènent dans des grandes maisons.

On pourra plus habiter dehors. Empêche-les !

Te tracasse pas. Un jour, je les empêcherai.

Je veux rester avec toi.

Plus tard.

Tu vas aller à l'école, et après, tu seras libre.

Allez, va. J'arrive.

[chanson gitane triste]

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