All language subtitles for Leave the World Behind.French (CC)

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Original subtitles

[piano énigmatique]

[de longues notes perçantes s'ajoutent]

[la musique contemporaine calme et mystérieuse continue]

[la musique monte en puissance]

[cris de mouettes au loin]

[trafic urbain]

[moteur d'avion au loin]

[la musique faiblit]

- [longue inspiration] - [trafic urbain au loin]

[grincement de porte]

[râle matinal]

[il renifle]

Amanda ?

- [lui] Qu'est-ce que tu fais ? - [elle soupire] J'arrivais pas à dormir.

On vient de passer une année infernale, je t'apprends rien, et…

Comme si j'avais bossé tous les jours sans m'en rendre compte.

Et toi, tu es ultra stressé à cause des coupes budgétaires de ta boîte.

Alors, je suis allée sur Internet

et je nous ai loué une propriété sur la plage.

Une super affaire, même si c'est le début de la saison creuse.

Attends, t'es en train de faire les bagages ?

- Oui. J'ai pris de l'avance exprès. - [fermeture Éclair]

Mais je te suis pas, on…

- On y va quand dans cette maison ? - Aujourd'hui.

Je me suis dit qu'en préparant tout, ça éliminerait les chances que tu refuses.

Oh ! Je t'ai imprimé des trucs pour que tu te fasses une idée.

À côté de ton café. Je l'ai fait comme tu l'aimes.

J'ai pas fait les valises des enfants pour pas les réveiller.

Mais bon, je suis sûre qu'ils vont trouver cette idée géniale.

Oh, moi, tu sais, je suis toujours partant pour des petites vacances.

Surtout avec les enfants. Ça fait longtemps qu'on n'est pas partis.

Mais j'ai du mal à comprendre… [rire étouffé]

… pourquoi aujourd'hui ?

[elle soupire]

Comme je n'arrivais pas à me rendormir ce matin,

je suis allée à la fenêtre,

j'ai regardé le lever de soleil.

- [musique mystérieuse] - Et j'ai vu ces gens

commencer leur journée avec tellement de ténacité,

tellement de fougue.

Uniquement dans le but de…

pouvoir faire quelque chose d'eux-mêmes.

Quelque chose de notre monde.

Je me suis sentie très chanceuse de faire partie de ce tout.

Puis, je me suis souvenue

de ce que le monde est en réalité.

Et j'ai eu à ce moment-là, une sorte de révélation.

Je hais tous ces enfoirés de merde.

LE MONDE APRÈS NOUS

[chanson hip-hop : "THE REV3NGE" de Joey Bada$$]

[le hip-hop continue]

[fin du rap]

"Oubliez votre quotidien." C'est ce qui était écrit sur l'annonce.

[amie en ligne] Génial ! À East Hampton ?

Non, c'est une toute petite ville. Je crois même que c'est un hameau.

On sent que c'est joli. C'est pas loin de chez nous,

et en même temps, c'est assez loin de tout le monde.

- [radio] - [amie] C'est tout ce qu'il te faut.

Mais avant, j'ai des questions sur notre client Confictura.

- S’il te plaît ! - [il change de station]

[Amanda] OK, mais fais vite, Jocelyn.

On est presque arrivés et le réseau faiblit.

- [funk à la radio] - [rafales de tirs et cris de jeu vidéo]

- Tu viens de péter ou quoi ? - [le père] Archie, lâche-la !

Moi, en vrai, elle peut péter, je m'en fous.

- Mais ça me soûle qu'elle mente. - [Friends en anglais]

[Archie] Mentir par omission, c’est quand même mentir.

[rires du public de la sitcom]

- [grésillement] - [elle soupire]

[le funk continue à la radio]

[râle de frustration]

[Amanda] Oui, d'accord. Pas de problème.

Papa, quand on reviendra à New York, tu m'emmèneras dans le café de Friends ?

[le père] Mmh… Je crois pas qu'il existe, ma puce. C'est un décor.

[le volume de la chanson funk augmente]

["Misled de Kool & The Gang continue]

[fillette] Le premier dans la piscine !

PARTIE 1 : LA MAISON

- [la fillette éclate de rire] - [le funk énergique continue]

[arrêt brutal de la musique]

[chants d'oiseaux]

- Oh, la grande classe. - C'est magnifique.

BIENVENUE CHEZ NOUS

[profond soupir de satisfaction]

Oh, oh, oh !

Apparemment, ça rigole pas avec les alcools ici.

[les bouteilles tremblent]

[elle] Le papier dit que c'est pas pour nous.

[il tapote]

J'aurai essayé.

Le mot de passe du wifi est interminable.

Le proprio doit sûrement être un obsédé de la sécurité.

Regarde, les enfants ont l'air tellement heureux. [il renifle]

[rire étouffé]

Je vais décharger la voiture.

Quand t'auras fini, je la prendrai pour aller faire quelques courses.

[rires des enfants]

[chants d'oiseaux]

["Never Gonna Let You Go" de Blackstreet]

[le slow R&B langoureux continue]

[rires des enfants au loin]

[le slow R&B continue à la radio]

[roulettes de chariot]

[klaxon d'ouverture]

[musique d'ambiance de supermarché]

- [bips de la voiture] - [aboiements au loin]

[à la télé] Va-t-il enchaîner avec un 3e triple ?

- [cris du stade] - [commentateur] Nous le saurons bientôt.

C'est pas les miennes. Je peux te le jurer. C'est pas à moi.

Du calme. Je viens de les acheter.

Je te connais. T'adores fumer en cachette parfois.

On est vacances. Je veux que tu te fasses plaisir.

Mais pas devant les enfants.

- [rire étouffé] - [lui tout bas] Hé !

Il y a autre chose qui pourrait me donner du plaisir.

[lui, gêné] Ça te dit pas ?

[soupir]

[elle] On a 15 minutes avant qu'ils réclament la plage.

- [chute du couteau] - Pas besoin de plus.

[morceau de piano énigmatique]

[de longues notes glaçantes viennent s'ajouter]

- [voix féminine] Mets le parasol là. - [cris d'enfants]

[garçon] Maman, où est la glacière ?

[la musique mystérieuse et lancinante continue]

[cris de mouettes]

- Crème solaire ? - [les enfants] Ouais !

On a presque la plage pour nous tout seuls.

[soupir de satisfaction]

[jeune fille] Je lui ai dit d'oublier s'il rappelait pas.

[fillette] Regarde le bateau.

Il est balèze.

[la musique classique calme et glaçante continue]

[vibreur]

TAYLOR - PIÈCE JOINTE : UNE IMAGE

LOCALISATION

[Archie] Maman ?

Taylor est dans le coin. Tu peux regarder si sa maison est loin ?

S'te plaît ! Tu m'as dit que vous pourriez m'y déposer.

- [le père] Mmh. - [Archie] Qui sait ?

On peut pas, c'est à Sag Harbor. C'est à une heure.

- Il se rapproche. - De qui tu parles ?

- Du gros bateau. - [le père] Oh, c'est vrai.

C'est un beau bébé. Ça ressemble à un pétrolier.

Il doit y avoir un port pas loin. D'après The Atlantic,

New York a l'un des plus grands ports naturels au monde.

[la musique classique énigmatique continue]

Ça va, Rose ?

On dirait que ce bateau fonce sur nous.

Pardon, chérie ?

- [garçon 1] C'est bizarre, ce truc. - [fille] Faut prévenir quelqu'un !

- [garçon 2] Tu m'étonnes. - [garçon 1] Il va pas s'arrêter ?

- Clay ? - Mmh ?

- Clay. - Oui ?

[touriste] Il s'approche beaucoup.

Ouah ! Il se rapproche beaucoup.

Je crois que c'est pas normal.

Non, tu t'inquiètes pour rien. Il va s'arrêter. Il est obligé.

Non ?

[garçon 1] La vache. Il est énorme !

Debout ! Archie, dépêche-toi. Aide-nous à remballer.

[Archie] On part déjà ? Pourquoi ?

- Putain de merde ! - Archie, reste pas planté là !

- [la musique s'intensifie] - [cris au loin]

[Clay] Vite !

[notes grondantes]

[la musique monte en puissance et devient haletante]

[grondements puissants]

[cris au loin]

[grondements puissants]

[la musique prend fin sur une longue échappée d'air]

- Avancez, s'il vous plaît. - Excusez-moi, monsieur. C'était quoi ?

Des navires se sont échoués. C'est lié au système de navigation.

- Désolé, mais avancez. - OK.

Avancez, s'il vous plaît !

[cris de panique sur la vidéo]

Y a un Starbucks !

Oh.

Je voulais savoir si on parlait de l'incident, mais le wifi ne marche pas.

Faut réinitialiser le routeur ?

Là, je peux rien pour toi. C'est toi, la pro de la technologie.

T'as vu la télé ? Elle est HS aussi.

Je voulais voir le match, mais y a pas de signal.

Ça te tente toujours des burgers, ce soir ?

Ça pourrait me tenter, ouais.

- [gargouillis de la piscine] - [elle soupire]

Pendant ce temps-là, on dirait que les enfants sont passés à autre chose.

Comme s'ils avaient vu ça dans une série. Ils ont déjà changé d'épisode.

[chants d'oiseaux]

[tout bas] Clay !

Viens voir.

[tout bas] Oh ouah !

[Clay] Voir un cerf ou une biche, c'est un bon présage.

Mmh.

Dans la mythologie mésoaméricaine en tout cas.

Tu me files un coup de main ? Mmh ?

[piano énigmatique]

Oh ! Oui. Je viens t'aider tout de suite.

[tintements métalliques des couverts]

[jet d'eau du robinet]

[la musique s'assombrit]

- [chants d'oiseaux] - [Clay au loin] Tu lui as mis quoi ?

- [rieuse] T'es trop nul. - Oh !

Oh !

[la musique classique sombre et énigmatique continue]

VOUS ÊTES HORS LIGNE. VÉRIFIEZ LA CONNEXION

[silence]

- [Clay] Pas ça ! - [Amanda] Si !

- [lui] Pas au milieu. - [elle] Si, pour te compliquer la tâche.

[Amanda] Et n'est-ce pas là le but ultime de ma vie ?

- [rire espiègle] - [rire étouffé]

Je veux bien un autre verre, moi aussi.

Je t'en sers un, mais moi j'arrête là. Il me faut un verre d'eau.

Sinon, je vais me taper une gueule de bois d'enfer.

Tu te souviens de mon étudiante qui a été publiée l'an dernier ? Maria Miller.

Eh ben, elle m'a demandé d'écrire la préface de son deuxième bouquin.

Elle m'a dit que j'avais toujours été une grande inspiration.

Un jour, je me demande si je leur transmets quoi que ce soit

- et le lendemain… - Chut !

- [Amanda] T'as entendu ? - Mmh. Pour son deuxième livre,

elle a décidé d'explorer l'impact des médias qui font figure d'échappatoire,

mais également, de reflet de la société.

Deux aspects contradictoires qu'elle parvient à concilier.

Y a quelqu'un.

- [tout bas] Prends une batte. - Une batte ?

- [tout bas] Oui. - Et où je vais trouver une batte ?

[on toque à la porte]

[musique classique calme et mystérieuse]

[homme] Bonsoir, il y a quelqu’un ?

[soupir amusé] Je suis sûr que c'est rien. Laisse-moi m'en occuper.

Attends. Garde quand même ton téléphone près de toi, on sait jamais.

Pardonnez-moi de vous déranger.

- Bonsoir. Bonsoir. - Pardonnez-moi de vous déranger.

Au cas où vous seriez sourd. [rire]

[rire étouffé]

- Oui, je peux vous aider ? - Je sais qu'il est tard.

J'ai longuement hésité à frapper.

Il savait pas s'il fallait frapper devant ou sur le côté.

L'hésitation a duré longtemps.

[visiteur] Je préférais la porte de côté pour la vitre. Vous nous auriez vus.

Et comme on ne se… Vous devez être Amanda.

Amanda Sandford, c'est ça ?

- [hésitant] Vous vous connaissez ? - Non, pas en personne, mais je suis GH.

GH Scott.

George. C'est "George" qu'il utilise pour signer ses mails.

[rire étouffé] Pardonnez-moi. J'avais oublié.

C'est pour ça que je préférais la vie avant Internet.

On se serait parlé par téléphone,

vous auriez reconnu ma voix et compris que cette maison est la mienne.

[Amanda, le souffle coupé] Excusez-moi ?

Euh… Vous êtes dans notre maison.

C'est moi, le George avec qui vous avez échangé des mails.

Oui, je me souviens très bien du prénom.

Mais…

C'est…

C'est votre maison ?

[le vent souffle]

[GH, gêné] Pardon, mais ça vous ennuie si on entre ?

Oh, non, du tout. Entrez, je vous en prie. Oui. Ça s'est rafraîchi, tout à coup.

[arrêt brutal de la musique]

Ça doit vous faire une drôle d'impression de voir

des gens débarquer à l'improviste.

On voulait téléphoner, mais…

y a plus de réseau.

Oui, c'est bizarre. Mon portable ne capte pas.

C'est pas comme si on venait pas de vous le dire.

[Clay] Euh… [rire nerveux]

- Enchanté. Je m'appelle Clay. - Ruth.

- Enchanté. - Et moi, c'est GH.

- GH. - Ravi de vous rencontrer.

Ouais. Euh… Bon, alors, si on allait tous s'asseoir ? Pour discuter ?

Les enfants dorment déjà, mmh ?

Oh, je m'inquiète pas.

Archie ne se réveillerait pas, même si une bombe explosait. [rire]

Venez dans la cuisine.

[chants d'oiseaux et d'insectes]

[GH] Nous avons passé la soirée

au Symphony, dans le Bronx. Vous y êtes déjà allés ?

[Clay] Euh… Non.

[GH] Leurs productions sont de grande qualité.

[Ruth] Il est au CA du Philharmonique.

Il aime encourager ceux qu'il connaît à s'intéresser à la musique classique.

Autrement dit, je suis tombée sur le bon père.

[rire étouffé]

- Ça vous dérange si je me sers de l'eau ? - Non, allez-y. Pas de problème.

[GH] On était sur la route pour rentrer chez nous,

et quelque chose s'est produit.

Panne générale.

- [Clay] D'électricité ? - [GH] Mmh.

Tout a l'air de bien fonctionner ici.

[soupir d'hésitation]

Oui, tout à fait. Et justement, on s'est dit que… [soupir gêné]

… avec ce qui se passait probablement en ville en ce moment, on ne…

on ne pouvait…

On vit au 14e et il peut pas monter 14 étages à pied à cause de son genou.

Et puis sans feux, on se serait tapé des heures de bouchons pour rentrer.

Il y a eu une coupure générale,

et vous avez décidé de conduire jusqu'ici ?

Je connais si bien la route que je suis venu instinctivement.

Quand j'ai vu la lumière, j'ai regardé Ruth…

Et il a dit qu'il serait plus tranquille si on restait. Ici.

Dans sa maison. [aspiration bruyante]

Une seconde. Vous… Vous voulez rester ici ?

Mais c'est nous qui sommes là pour l'instant.

Au vu des circonstances, on s'est dit que vous comprendriez.

Évidemment. [rire étouffé]

Il n'y a rien de…

[le plancher grince]

Ce qu'il veut dire, c'est que… évidemment, oui, nous comprenons.

Je sais que c'est inattendu, mais si vous nous laissez rester…

Pardon, encore une fois… [rire étouffé] On est chez nous, ici.

- C'est notre maison. - [rire étouffé gêné]

Ce qu'elle veut dire, c'est que nous voulions être dans un endroit sûr.

Oui, mais nous, ici, on est en vacances !

Clay, Amanda, je vous rembourserai l'argent versé.

Vous voulez qu'on s'en aille ?

On est en pleine nuit, mes enfants dorment et vous me parlez de me rembourser ?

- [Clay] Je… Non. - J'appelle l'agence.

C'est sûrement interdit. Il doit y avoir un numéro sur leur site.

Non. Ce ne sera pas nécessaire.

Et pourquoi ça ?

Parce que nous n'avons pas dit que vous deviez partir.

Nous pourrions vous rembourser, disons, 50 % du montant total.

Il y a un studio indépendant en bas. Ça nous ira.

Dans le studio ?

- [tout bas] Cinquante pour cent. - Je vais éplucher les termes.

Déjà, où est le routeur pour le réinitialiser ?

Mon portable peut servir de modem.

Les téléphones ne fonctionnent pas. Alors, ça change rien !

Il y a pas plus de wifi que de réseau.

Écoutez, Je… Je suis désolée. Le truc, c'est que…

je suis très mal à l'aise à l'idée de rester dans une maison avec…

avec des inconnus.

C'est juste une panne. Ça ne durera peut-être que quelques heures.

Vous permettez ?

[musique contemporaine calme et énigmatique]

[tintements des clés]

[il soupire]

J'aurais dû écouter ma femme et étiqueter ces clés pour les différencier.

[soupir agacé]

- [cliquetis de clés] - [tentative de déverrouillage]

[rire gêné]

- [soupir] - [nouvelle tentative]

[GH] Ah ! Voilà.

[soupir]

Tenez. Je peux vous donner mille dollars pour cette nuit.

Ça couvre presque la moitié de votre versement pour le weekend.

C'est quand même mille dollars.

Ça nous arrangerait vraiment. Demain, on y verra plus clair. Et on avisera.

Oui, et de toute façon, ce truc n'arrive pas à se connecter.

Après tout, si c'est que pour une nuit, il n'y a rien de…

Je préfère qu'on en discute en privé.

- On va parler ailleurs, d'accord ? - Mmh.

Je peux me servir un verre ?

Oh oui, bien sûr, faites comme chez…

[gêné] Oui.

[Amanda] Pourquoi tu as accepté ?

[Clay] Y a plus d'électricité en ville ! Quoi ? Tu crois qu'ils mentent ?

C'est une jeune fille et son père, ils sont inoffensifs.

- Ce sont des inconnus. - Ils se sont présentés.

Ils ont frappé à la porte en pleine nuit.

- T'aurais préféré qu'ils entrent ? - J'ai eu la trouille.

Moi, je crois qu'eux aussi, ils ont eu la trouille.

Les pauvres. T'imagines ?

- Ils savaient pas quoi faire. - Y avait une solution. Trouver un hôtel.

C'est chez eux, ici. La gamine nous l'a assez répété.

On ne leur a demandé aucune preuve. J'ai pas entendu leur voiture. Et toi ?

Non, mais y a du vent. Ça a pu couvrir le bruit.

Ou ils sont arrivés à pied, en mode furtif.

On se calme deux secondes.

Désolée. Je trouve seulement que…

Ils n'ont pas l'air d'être les proprios.

Directeur du Philharmonique ?

Tout leur baratin, c'est une grosse arnaque, à mon avis.

Ils veulent rester ici avec nous ? Hors de question !

J'arriverai pas à dormir avec des inconnus ici.

Rose est au bout du couloir. Et s'il décidait de se faufiler dans…

Je veux pas y penser.

Mais tu te dis pas qu'il pourrait agresser Archie.

- Mais de quoi tu parles ? - J'essaie…

Je te dis que cette histoire ne me dit rien qui vaille.

Le mec débarque ici par flemme de monter les escaliers ?

Et puis quoi, encore ? On dirait un scénario improvisé.

Si c'était bien une arnaque ?

Si cette histoire de panne d'électricité ou je sais pas quoi

faisait partie de leur plan ?

Non, je crois pas. D'ailleurs, c'est sûrement pour ça

qu'il n'y a ni Internet ni réseau. Et puis t'as vu ? Il avait les clés.

Il a ouvert la réserve d'alcool.

Ça prouve quoi, qu'il ait eu les clés ? Peut-être que c'est l'homme à tout faire.

Et elle, la gouvernante !

La gouvernante sait toujours où l'argent est planqué.

Et il nous tournait le dos. Il a pu forcer le tiroir.

Je vois pas quel intérêt il aurait à nous filer mille dollars.

Pourquoi c'est si facile pour toi de croire tout le monde

excepté ta propre femme ?

Y a un truc pas normal et j'ai pas confiance en eux, point.

Ce sont seulement des gens apeurés qui ont besoin d'un endroit

où passer la nuit. Alors, je vais retourner là-bas.

Je vais leur reparler et si je sens un truc pas clair,

je leur dirai tout simplement "Non. Votre proposition ne nous convient pas."

Hein ?

Mais si tout va bien, on les laisse rester.

J'aimerais avoir ta foi en l'être humain.

Ceci est mon cocktail-signature. Je vous en fais un, si vous voulez.

Oui, j'ai bien besoin d'un verre.

- Je viens de le servir, il est à vous. - Oh, merci.

Un cocktail, Amanda ?

- Qu'est-ce qu'il y a dedans exactement ? - [Clay s'exclame] Mmh !

Mmh ! Alors ça, c'est du cocktail de haut vol !

Goûte, ma puce. Tu vas adorer.

Non, merci.

[fracas]

J'ai besoin d'air.

Euh… En tout cas, vous avez une très belle maison.

On l'adore. Si vous aussi, tant mieux.

Vous êtes là depuis longtemps ?

Oh ! On l'a achetée il y a presque 20 ans, maintenant.

Depuis le temps, c'est chez nous.

C'est comme notre deuxième foyer.

On l'a fait rénover il y a environ cinq ans. Par un super entrepreneur.

- Il a eu l'idée de nombreux détails. - [elle] Mmh.

Vous vivez où, à New York ?

Près de Central Park, entre la 81e et la 82e.

- [Clay admiratif] Mmh. - Et vous ?

Euh… Brooklyn, Sunset Park.

Dans le quartier de Park Slope.

- [GH] Ah ! Beau quartier. - [elle] Mmh.

C'est un coin très recherché. Et très abordable.

Je crois même que Ruth a cherché dans ce quartier,

quand elle a envisagé de nous quitter.

Où est votre femme ?

Ça doit vous inquiéter de la savoir seule en ville.

[soupir] Elle est en voyage d'affaires au Maroc.

Elle voyage souvent, elle est marchande d'art.

Son avion atterrit demain matin.

Ah. Vous avez une pièce d'identité ?

- Oh, Amanda. - C'est une demande légitime.

Un inconnu débarque en pleine nuit et mes enfants sont à l'étage.

Bien sûr, oui. Je comprends tout à fait.

Bon, euh…

Vous n'allez sûrement pas me croire, mais…

j'ai mis mon portefeuille dans mon manteau

que j'ai oublié au concert.

Avec l'agitation, ça m'est sorti de la tête.

Attendez. Vous nous avez dit que la panne avait démarré

en rentrant chez vous. Donc, après.

[buzz intempestif]

[l'alarme continue]

[voix à la télé] Ceci est une urgence nationale.

Toutes les radios et télévisions interrompront leurs programmes

pendant cette alerte.

- Ceci est une urgence nationale… - Eh ben.

On dirait que vous avez bien fait de quitter la ville.

- [le message d'alerte est entrecoupé] - [Clay] Ça doit être le bordel.

Tout ça pour une panne électrique ?

Une panne générale, c'est pas rien. Ça pourrait être n'importe quoi,

le signe d'un truc bien plus important comme du terrorisme ou une bombe,

comme celle qui réveillerait pas votre fils.

Ruth.

[le message d'alerte continue]

Je crois que vous devriez rester cette nuit.

Et demain on verra, hein ? Tout nous paraîtra plus clair.

À la lumière du jour, les choses sont différentes.

Les clichés sur le développement personnel doivent avoir un fond de vérité.

[fracas]

[silence]

[pas approchants]

[Ruth] On dort dans le sous-sol, carrément.

Et demain on fera quoi ? Leur lessive ?

[GH] Prends le lit, je dormirai par terre.

ALERTE NATIONALE - CECI N'EST PAS UN TEST ET PREND EFFET IMMÉDIATEMENT…

Faut qu'on les fasse partir.

On n'y arrivera pas en leur faisant peur.

[GH] Ils doivent croire que tout se passera bien.

Mais tout se passera bien, hein ?

[piano énigmatique]

[musique contemporaine calme et mystérieuse]

Qu'est-ce qu'il y a ? Tu crois quoi ?

Ton client t'a rien dit d'autre, pas vrai ?

Ça sert à rien d'en parler tant qu'on en sait pas plus.

Voilà ce que je crois.

[la musique devient glaçante]

[à la télé] Ceci est une urgence nationale.

Toutes les radios et télévisions interrompront leurs programmes

pendant cette alerte.

[le message d'alerte se répète]

[la musique glaçante continue]

Elle se foutait ouvertement de nous. Cette fille. Elle nous cherche.

[Clay] Essaie de pas tout prendre pour toi.

Ça va être difficile de supporter son petit ton sarcastique.

Même si cette maison était la leur.

On en est toujours là ?

T'as bien vu. Y a pas une seule photo sur les murs.

Même pas une photo de mariage avec sa marchande d'art

au bout du monde. Ni de sa sale gamine pourrie gâtée. Réfléchis !

Je suis sûr qu'ils les retirent toutes quand ils la louent

pour protéger leur vie privée.

Y a un truc qui va pas. Ils sont pas clairs.

Pourquoi tu leur as rien dit sur l'incident de la plage ?

Le bateau.

C'était un pétrolier.

Pourquoi tu l'as pas fait ? Leur en parler, je veux dire.

J'en sais rien.

Je…

Ça faisait beaucoup d'un coup.

Pourquoi t'as rien dit, toi ?

Parce que j'ai eu peur.

T'as eu peur de quoi ?

Que ça confirme quelque chose.

[la musique contemporaine glaçante continue]

[le message d'alerte à la télé se répète]

[grésillements]

[voix féminine] Une cyberattaque…

… le pays… [grésillements] … une cyber…

[bruit blanc]

PARTIE 2 : LA COURBE

[le bruit blanc d'écran télé continue]

[le signal s'éclaircit]

- [silence] - [Rose] Maman. Maman.

- Maman ? - Rosie.

Rose.

Deux problèmes : le premier,

je voulais commencer l'épisode final de Friends,

mais mon iPad sert à rien, il capte pas Internet.

Alors j'ai essayé la télé, parce que j'ai lu qu'il y avait…

Comment ça s'appelle, quand ils repassent des vieux trucs ?

[chants d'oiseaux]

- Des rediffusions. - Pourquoi ils ont inventé ça ?

J'en sais rien, Rosie. À l'époque, on s'emmerdait.

Bref, y a un truc qui va pas avec la télé. Ça marche pas non plus.

C'est le deuxième problème. S'te plaît, aide-moi !

Je suis en mode "anxiété absolue". Je dois connaître la fin !

Tu trouves pas que t'es un peu excessive ?

[rire étouffé] C'est injuste. Je suis en vacances.

Papa dit qu'en vacances, on peut regarder les écrans autant qu'on veut.

Alors, petit A : J'ai pas donné mon accord.

Et petit B : Papa est en train de dormir.

Va dans le salon. Et attends-moi, j'arrive tout de suite.

- [chants d'oiseaux] - [moteur d'avion au loin]

PANNE GÉNÉRALE SUR LA CÔTE EST

DES HACKERS À L'ORIGINE D'UNE PANNE GÉNÉRALE

Clay !

- Mmh… - Réveille-toi.

- Regarde ! - [il renifle]

Mmh ? [il renifle]

- Je vois rien. - Quoi ?

- C'était sur l'écran ! - T'es sûre ? C'était quoi ?

Oui, j'en suis sûre. Bien sûr que oui !

Il y avait quatre alertes. Des alertes infos…

Il y en a deux qui parlaient de la panne

et une troisième qui disait que des hackers étaient responsables.

- Des hackers ? - Oui.

Et la quatrième alerte disait juste "flash info", mais après, n'importe quoi,

que des lettres mises bout à bout.

Ils ont pu pirater le réseau. Ce serait logique, non ?

C'est une question ? T'as pété un câble ? Comment tu veux que je le sache ?

- Bah… - Pourquoi t'es impassible avec tout ça ?

- Je… - T'as oublié

- que ces gens sont chez nous ? - OK.

Je t'ai fait confiance pour t'en occuper.

[soupir d'effort]

Je vais prendre la voiture, trouver une boutique, acheter le journal,

et tenter de trouver quelqu'un qui en sait plus que nous, OK ?

Je vais tirer tout ça au clair.

[chants d'oiseaux]

C'est la voiture de qui ?

Elle doit être hyper chère.

Viens prendre ton petit-déj.

Bon, ma puce, à propos de cette voiture.

Hier soir,

des gens, les Scott,

ont été obligés de venir ici.

Ils ont… En gros, ils ont eu un problème,

et comme ils étaient dans le coin, ils se sont arrêtés ici.

Je comprends rien du tout.

- Je te prends un peu de café. - Oh.

J'expliquais à Rose pour les Scott.

- Papa, la télé marche pas. - Doucement. J'arrive.

- Tu peux la réparer ? - Euh…

Oui. Oui.

Oh, ben, il y a de la neige maintenant.

Hier, l'écran était bleu. Je me demande comment ça se fait.

Quoi ?

Non, tu vois, c'est…

Non, cette fois, je crois que ça fonctionne plus.

J'avais remarqué. Tu peux faire un reboot, un truc du style ? Monter sur le toit ?

Personne ne monte sur le toit.

Non. Hors de question que je monte sur le toit. OK ?

Mais je vais aller au centre-ville pour voir si je peux trouver

de quoi arranger ça.

Je peux prendre une antenne. Des oreilles de lapin, tu vois ?

Des oreilles de lapin ? N'importe quoi !

- [claquement de porte] - [chants d'oiseaux]

[pas et mouvements dans les branchages]

[les pas et les mouvements continuent]

[longues notes perçantes et mystérieuses]

[la musique devient glaçante]

[des notes sinistres s'ajoutent]

[hurlements sinistres au loin]

[arrêt brutal de la musique]

[respiration haletante]

[jet d'eau de la douche]

[Amanda] Bonjour.

Je peux prendre du café ?

Bien sûr. J'imagine que tu sais où se trouvent les mugs.

J'ai reçu des alertes infos sur mon téléphone ce matin.

- Vous avez du réseau ? - Non. Enfin, je…

Il y a dû en avoir cette nuit, mais depuis, les alertes se sont effacées.

Elles disaient quoi ?

Il y en avait deux sur la panne et une qui impliquait des hackers.

- Des hackers ? - Mmh.

Où sont les centrales électriques à New York ?

Enfin, elles doivent être dans le Queens ou près du fleuve.

Pourquoi tu me parles des centrales ?

Les hackers peuvent entrer dans leur système.

Ils ont dû faire comme ça.

Comme dans le New Jersey, ça a failli engendrer une panne nationale.

C'est votre fille là-bas ?

Elle est mignonne. Elle a quel âge ?

Treize ans depuis le mois dernier.

Mmh.

Mais c'est toujours un bébé dans sa tête.

Si tu veux bien,

j'aimerais qu'on ne parle qu'entre adultes des incidents.

Les enfants aiment se baigner. Laissons-les profiter

le temps qu'on en sache plus. Je ne veux pas qu'ils paniquent pour rien.

Je veux effrayer personne, mais je suis pas d'accord.

À propos de quoi ?

Je crois pas que ce soit rien.

Alors ? C'est quoi, votre boulot ?

Euh…

Je suis dans la publicité.

Du côté des clients. Je gère les relations surtout.

Ha ! J'aurais jamais deviné.

Et votre mari, il fait quoi ?

Clay est professeur à l'université.

Étude des médias et anglais.

C'est marrant, j'ai plein de potes spécialisés là-dedans,

mais j'ai jamais compris ce que ça voulait dire.

Et toi ? Tu fais quoi, dans la vie ?

Moi ? Euh… [rire étouffé]

Je suis pas décidée et je veux éviter de choisir trop vite.

Je veux pas être coincée dans une carrière que je regretterai dans 10 ans

et me retrouver submergée par la peur de me faire doubler

parce que je serai trop vieille pour le marché du travail.

Bonjour. Du nouveau ?

Les portables ne fonctionnent pas. Comme la télé, à ce que je vois.

Où est Clay ?

Parti en ville acheter le journal. Il espère…

rencontrer au moins quelqu'un à qui parler et qui en saurait plus.

Malin. Moi, je pensais faire un tour chez nos voisins, les Huxley.

À quelques kilomètres.

- Vous croyez qu'ils seront chez eux ? - J'en doute fort.

Il n'y a personne en général à cette période, mais je préfère vérifier.

Avant que tu t'en ailles, il faut qu'on te parle des alertes.

[musique contemporaine énigmatique]

Des alertes ?

[Amanda] Oh… J'ai reçu des alertes infos sur mon portable ce matin.

Deux parlaient de la panne, mais une troisième disait que…

tout ça était peut-être dû à des hackers.

Mmh.

Quoi ? Vous aussi, vous craignez la panne nationale ?

[rire étouffé] C'est Ruth qui vous a parlé de ça ?

Et de plein d'autres trucs terrifiants.

Ruth a tendance à se montrer un peu paranoïaque.

C'est pas toi qui répètes :

"Si t'es pas paranoïaque, c'est qu'il est trop tard ?"

[la musique énigmatique continue]

Je suis sûr qu'on va vite être rassurés. Comme pour le ver "I love you".

C'est du café ?

Excusez-moi. Le ver "I love you" ? Qu'est-ce que c'est ?

Ah ! Un ver informatique qui s'est répandu sur Internet en 2000.

Les gens recevaient un mail avec pour objet : "I love you".

S'ils ouvraient la pièce jointe, le mail était envoyé à tous leurs contacts.

Ça a paralysé les entreprises et causé des milliards de dommages.

En fait, ce n'était que deux ados aux Philippines.

[il pose la cuillère] C'est peut-être aussi innocent que ça.

[la musique contemporaine calme et mystérieuse continue]

Je vais essayer de presser un peu Archie.

[longues notes perçantes]

Je suis inquiète pour maman.

Tu crois que son retour va bien se passer ?

J'en suis sûr.

[chants d'oiseaux]

Ils ont certainement été redirigés vers un aéroport de l'Ohio.

Elle doit engueuler le service client pour que son avion arrive à destination.

[rires étouffés]

Tu te rappelles, notre voyage en Italie ?

Oui, bien sûr.

Pourquoi tu penses à ça ?

Parce que je vois pas à quoi penser d'autre.

[la musique perçante continue]

[piano effrayant]

ŒUFS

- [bips] - [neige à la radio]

[bips]

SIGNAL GPS INTROUVABLE

[bips]

[moteur d'avion au loin]

[la musique mystérieuse continue]

[aspiration]

[grincement]

[soupir anxieux]

[les notes perçantes continuent]

TU REÇOIS MES MESSAGES ? JE N'ARRIVE PAS À TE JOINDRE.

ON VA À LONG ISLAND. APPELLE QUAND TU PEUX.

MAYA ?

DIS-MOI QUE TU VAS BIEN.

NON DISTRIBUÉ

[soupir anxieux]

[piano énigmatique]

- [silence] - [début d'un rock]

[guitare électrique énergique]

["Winter" de TV On The Radio, garage rock]

[le rock continue sur un téléphone]

[Archie est essoufflé]

Maman t'a dit quoi, sur eux, déjà ?

Tu regardes quoi ?

[moteur au loin]

[le cheval souffle]

[le vent siffle]

[notes obscures]

[radio brouillée]

[journaliste] On apprend à l'instant que la cyberattaque en cours

a entraîné une catastrophe environnementale dans le Sud,

en modifiant le schéma migratoire des animaux.

[la radio se brouille et devient inaudible]

[sons saturés]

[reprise des notes obscures]

[vrombissement du moteur]

[crissements des pneus]

[les notes contemporaines obscures reviennent à intervalles réguliers]

[cris d'oiseaux sauvages]

- [chants d'oiseaux] - [eau à proximité]

Archie, j'ai vu un truc bizarre ce matin.

Des cerfs.

Y en a partout, abrutie.

C'est comme les écureuils ou les pigeons. On s'en tape.

Non, c'était pas pareil que d'habitude. Comme s'ils avaient un truc à me dire.

[Rose] On va voir dans le bois ?

Tu te fais chier à ce point-là ? Parce que tu peux pas voir ta série ?

Je m'en fous, j'y vais.

[des percussions discrètes et anxiogènes s'ajoutent aux notes sinistres]

[pas sur le tapis trempé]

Oh, eh ! Y a quelqu'un ? C'est GH !

Je me suis permis d'entrer !

[la musique anxiogène continue]

SIGNAL GPS INTROUVABLE

[cris au loin en espagnol]

[elle crie en espagnol]

- Oui. - [elle crie en espagnol]

[clameurs]

[la musique anxiogène et lancinante continue]

C'est quoi, ce truc ?

On n'a qu'à aller voir.

[la musique anxiogène continue]

[bip]

- Oui ? Euh… Bonjour. - Hola.

[elle parle en espagnol]

OK. Désolé, je comprends rien à ce que vous me dites.

Je parle pas espagnol.

[bips électroniques]

[la musique anxiogène continue]

C'est vraiment chiant comme la mort, cet endroit.

Ouais.

Peut-être que c’est ici qu'il dort d'habitude.

Qu'il se cache la nuit.

Qui ça ?

Celui qui s'est allongé là.

[cris d'oiseaux sauvages]

[percussions énigmatiques]

[la musique monte en puissance]

Je sais pas où je suis. Je suis perdu. Je dois aller dans le centre.

[elle parle en espagnol]

Oui, je suis au courant ! Mais, moi non plus, j'ai aucun réseau, je…

[elle le supplie en espagnol]

Euh…

[elle crie en espagnol]

- Écoutez… - [elle continue]

Tiens, regarde, y a cette petite fenêtre juste là,

de laquelle il peut voir.

Voir quoi ?

[elle hurle en espagnol]

Non, OK, OK… Euh…

[elle le supplie en espagnol et pleure]

- Euh… Non, là… Je peux pas. - [elle continue]

[elle le supplie et pleure]

Désolé.

[elle continue de le supplier en espagnol]

[clameurs étouffées]

[hurlements étouffés]

[la musique sinistre couvre peu à peu les hurlements]

[les cris de terreur persistent au loin]

[la musique anxiogène et répétitive continue]

[cris de corbeaux]

[tambour sévère]

[cris de corbeaux]

[la musique devient de plus en plus anxiogène]

[longues notes glaçantes en crescendo]

Hé ! C'est pas la chambre dans laquelle tu dors ?

[moteur d'objet volant]

[violons aigus anxiogènes]

[percussions sinistres]

[moteur d'objet volant]

- Chier ! - [crissement de pneus]

[choc et respiration tremblotante]

[piano brutal]

[les pneus crissent]

[accélération puissante]

Imagine. Il fait nuit noire, et…

[la musique anxiogène et répétitive continue]

Oh, mon Dieu !

[accélération]

Y a ta lampe de chevet qui brille dans la nuit.

[notes de piano brutales]

- [moteur vrombissant] - Oh, merde !

[terrorisé et haletant] Oh, mon Dieu ! Chier !

Il suffirait qu'il se laisse guider par la lumière jusqu'à toi et…

[montée en puissance de la musique effrayante]

[Clay à voix basse] Merde !

[cris de panique] Oh, merde !

[il hurle]

- [cris] - [arrêt de la musique]

C'est pas drôle ! Je me suis cognée super fort !

- Tu t'en remettras. - Non, sûrement pas !

C'était juste une blague ! Détends-toi, trouduc.

Ce matin, j'ai vu des cerfs.

Pas un cerf, y en avait des tas. Au moins une centaine.

Peut-être plus. Au fond du jardin.

Je te jure, c'était vraiment bizarre, Archie.

Mais c'est courant qu'ils se déplacent en groupe ?

Tu me prends pour un spécialiste des cerfs ?

[hésitation] Si ça t'inquiète autant, va en parler aux parents.

[soupir exaspéré] Ils en auront rien à faire.

Tout le monde se fout de ce que je dis.

T'as sûrement raison.

[moteur d'avion approchant]

[il chute]

[chants d'oiseaux]

[elle repose la bouteille et boit]

Vous piquez une tête ?

Non. Et toi ?

Je le sens moyen, en fait.

Quoi ? C’est à cause de tes cheveux ?

Non. J'ai peur qu'un de vos enfants ait pissé dedans tout à l'heure.

Ils feraient jamais ça.

Sauf qu'on n'a aucune preuve qu'ils l'ont pas fait.

CEUX QUI S'EN ALLAIENT

Votre fille regarde cette série ?

"Regarder" est bien trop faible.

C'est de l'adoration, à ce point-là.

Mmh.

Quoi ?

Je critique pas, je l'ai regardée aussi.

Mais c'est comme être nostalgique d'une époque qui a jamais vraiment existé.

[Amanda] J'espère que les enfants sont pas partis trop loin.

[Archie soupire] Fait chier.

[chants d'oiseaux]

Archie.

Archie, regarde.

[galop au loin]

Tu peux regarder, s'te plaît ?

[Archie] Quoi ?

[il soupire]

On devrait aller là-bas.

Non. Y a pas moyen. J'ai la dalle. Viens, on rentre.

[cris d'oiseaux sauvages au loin]

Rose, allez, on rentre !

Bon. Tu comptes nous dire pourquoi t'es trempé ?

Je suis tombé dans la piscine.

T'es tombé dans la…

piscine.

J'ai trébuché sur quelque chose et je suis tombé dans la piscine.

Pourquoi t'étais à côté de la piscine ? Tu cherchais Richard.

Tu peux aller dans le bureau me chercher des vêtements ?

Je n'en ai pas au rez-de-chaussée.

[elle s'éloigne]

Je l'ai deviné. Vous savez ?

Il y a quelque temps, avant tout ça.

J'ai vu les cours du marché,

et j'ai su qu'il allait se passer quelque chose.

De quoi vous parlez ?

[il avale sa salive]

Dans mon domaine, on doit comprendre les schémas qui régissent le monde.

Vous devez apprendre à lire la courbe.

Quand vous faites ça depuis longtemps, elle vous indique l'avenir.

Si elle est régulière, elle promet l'harmonie.

Alors que si elle monte ou descend, c'est qu'il y a un hic.

GH, dites-moi pour quelle raison vous me dites ça.

C’est votre voisin qui vous en a parlé ?

Non, il était pas chez lui.

Mais il a un téléphone satellite qui nous aurait aidés.

J'ai voulu m'en servir. Ça n'a pas marché. Pourtant, il fonctionne.

L'intérêt de ce téléphone, c'est qu'on a toujours un signal

si le ciel est dégagé, et c'était le cas.

Ce qui l'empêcherait de fonctionner, ce serait l'arrêt des satellites.

Nos satellites.

Vous croyez qu'il y a un problème avec nos satellites.

Ceux de l'espace.

Les satellites sont reliés à des ordinateurs sur Terre.

Donc, vous pensez que les hackers ou je ne sais qui,

ont neutralisé nos satellites ?

Vous vous emballez un peu, non ? Vous avez pu vous tromper de bouton.

Sur la plage, j'ai vu un avion de ligne s'écraser dans l'océan.

[piano énigmatique]

Et ce n'était pas le premier.

[la musique contemporaine mystérieuse reprend]

La thèse des deux adolescents philippins n'est plus celle que je privilégie.

[soupir]

[tremblement]

- C’est quoi ce bordel ? - [moteur en chute et explosion]

C’est quoi ce bordel ?

[explosions au loin]

Où sont mes enfants ?

[grincement assourdissant]

[note distorsionnée]

- [le grincement saturé continue] - [tonnerre au loin]

[explosions étouffées]

[respiration saccadée]

[voix inaudible]

[le grincement puissant continue]

- [arrêt du grincement] - [effet Larsen]

PARTIE 3 : LE BRUIT

[signal brouillé]

[clap et silence]

[chants d'insectes et d'oiseaux]

[pas dans les feuilles]

[Rose] Maman !

Où est papa ?

Il va pas tarder.

Pourquoi vous êtes mouillé ?

[Archie] J'aurais dû me boucher les oreilles avant.

Je sens un truc bizarre dans ma tête.

C'est sûrement normal. Le bruit était très fort.

On aurait dit un avion qui aurait franchi le mur du son. Ou un truc comme ça.

Un bang supersonique. Ça peut être ça, d'après vous ?

Les avions de ligne ne franchissent pas le mur du son.

[GH] Et le Concorde n'est plus en circulation.

[Ruth] C'est peut-être un modèle qu'on connaît pas.

Archie, si tu allais te changer ?

Rose, tu devrais faire comme ton frère.

Bonne idée. Si tu allais dans mon lit lire le livre que papa t'a offert ?

[il renifle]

Mais tout va bien se passer, pas vrai ?

Oui.

Puisque vous avez la boule de cristal, c'était quoi ?

Une espèce de bombe ? Un missile ?

L'explosion d'une centrale peut-être.

On n'est sûrs de rien.

Y a une minute, vous étiez sûr de vous avec votre monologue flippant à souhait !

Rien n'a changé.

Comment ça, "rien n'a changé" ?

Au contraire, tout a changé.

Et nous, on reste là. Comme je sais pas quoi.

Des cibles faciles qui attendent de se faire tirer dessus.

Rien n'a changé concernant ce qu'on doit faire pour l'instant.

On attend Clay ici pour qu'il nous dise ce qu'il a appris.

Si j'allais le chercher en voiture ? On devrait remplir la baignoire d'eau.

Il y a assez de piles, d'antidouleurs, de nourriture, et…

il faudrait un générateur et…

une radio à manivelle et une paille. Celles qui filtrent l'eau.

Pour l'instant, il faut attendre Clay.

Mais si Clay ne revenait jamais ?

OK, euh… Mon père a raison. On est en sécurité ici. Vaut mieux rester.

Comment tu le sais ? Tu sais pas ce qui arrive.

C'est peut-être pareil que l'île, Ten Mile Island.

Des centrales électriques, y en a ici ! Non ?

- Three Mile Island. - Pourquoi les centrales t'obsèdent ?

Vous avez raison. Évitons les spéculations.

Arrêtez de dire ça ! Dites-moi ce que vous pensez de ce qui arrive !

Il y a une panne électrique, ensuite vous voyez des avions s'écraser et…

Quoi ?

[Amanda] Quoi ? C'est une adulte. Vous ne pouvez pas la protéger, ni moi.

Le téléphone satellite ne fonctionne pas, puis il y a ce bruit. Et ensuite quoi ?

À quoi on doit s'attendre d'après vous ?

- Je vous ai dit tout ce que je savais. - Je ne vous crois pas.

Je n'ai aucune confiance en vous depuis que vous avez débarqué.

Ça alors ! Quelle particularité a-t-on qui vous inspire tant de méfiance ?

- Ruth. - Tu crois toujours tout savoir sur tout.

C'est plus fort que toi, hein ?

Oui, c’est mieux de voir le monde en noir et blanc.

Ruth !

[musique classique mystérieuse]

Il savait.

Au supermarché, hier en ville. Il y avait un homme sur le parking.

Il a acheté des dizaines de packs d'eau et de conserves.

Il savait ce qui allait arriver.

Barbu, c'est ça ?

Il portait une casquette avec une étoile ?

C'est Danny. C'est le promoteur dont je vous ai parlé.

[GH] Celui qui a rénové notre maison.

N'y voyez aucun signe.

C'est un survivaliste autoproclamé.

Il doit acheter ça tous les weekends pour son stock.

Oh, tu es là ! [soupir de soulagement]

Je suis là, ma puce. Je vais bien. Et toi, ça va ?

Où sont les enfants ?

- Tout le monde est là et va bien. - [Clay] OK.

C'est bon ? Tu as pu aller en ville ?

Euh…

[hésitant] Je suis pas allé loin.

Et tout à coup, j'ai entendu ce bruit atroce et…

Comment ça ? Mais attends, tu étais où ? Tu as fait quoi ?

- J'ai cru devenir folle. - J'en sais rien. Je… J'ai…

J'ai commencé à conduire, puis j'ai entendu cet énorme bruit, et…

[soupir] J'ai fait demi-tour.

Et vous n'avez vu personne susceptible de nous aider à comprendre tout ça.

Non, j'ai vu personne.

[il renifle] Mais j'ai vu quelque chose. Je… j'ai vu… Euh…

[soupir] J'ai vu une espèce de…

de gros drone qui volait au milieu de nulle part

en balançant des tas de papiers comme ça.

Je sais pas ce que ça veut dire.

[notes glaçantes]

[Archie] "À mort l'Amérique".

Quoi ?

"À mort l'Amérique".

Bon, euh… Le reste, je sais pas ce que ça veut dire,

mais cette partie-là, ça veut dire : "À mort l'Amérique".

C'était dans un de mes jeux vidéo.

[notes sinistres en crescendo]

Ça n'a aucun sens. S'ils voulaient nous attaquer, pourquoi nous prévenir ?

Ce n'est même pas notre langue. Quel intérêt de les larguer ici ?

En sortant, c'est la première à droite, mais après, c'est tout droit ?

Le pire endroit où aller en ce moment, c'est New York.

On va chez ma sœur dans le New Jersey.

Mais pour se rendre dans le New Jersey, il faut passer par New York.

OK. Mais je tourne à droite et ensuite, je prends la voie rapide ?

Oui, comme à l'aller, à l'envers. Mais écoutez-moi.

- Ce que vous faites est dangereux. - Papa !

Laisse-les partir.

[jazz contemporain discret]

Merci de vous inquiéter pour nous. Ça me touche.

Mais on doit faire ce qu'il faut pour notre famille.

Et c'est dans l'intérêt de tout le monde ici.

[arrêt du jazz sur le claquement de portière]

[chants d'oiseaux]

C'est mieux comme ça.

[il soupire]

Pour qui ?

Pour nous.

[elle soupire]

J'aime pas être d'accord avec elle,

mais elle a raison. Et t’aurais dû me dire ce que t’as vu.

Chérie, je sais à quoi tu penses, mais ta mère a dû atterrir ailleurs.

J'ai pas vu d'avion de sa compagnie.

Elle est plus là ?

Oh, s'il te plaît, ne dis pas ce genre de choses.

L'avion était d'une autre compagnie.

Mais t'as pas l'impression qu'elle est plus là ?

C'est ce que je ressens, moi.

Si on est dans les bouchons, on pourra parler à des gens.

Voir si quelqu'un a plus d'infos.

C'est dingue qu'on ait encore croisé personne.

Y aura sûrement du monde quand on sera sur la voie rapide.

[Amanda] Les portables doivent capter dans le New Jersey. C'est vrai.

On sait pas ce qui se passe hors de Long Island.

Ils ont peut-être du réseau et accès à Internet.

On repensera à tout ça un jour et on en rira. C'est sûr.

Les vacances de l'Enfer. [rire étouffé]

Tout devient plus drôle avec le temps, non ?

Euh… C'est pas tout à fait l'expression consacrée,

mais je comprends où tu veux en venir.

[sirène lointaine]

Les sirènes.

Je croyais que tu dormais.

- [Rose] J'y arrive pas. - Pourquoi, chérie ?

À cause des sirènes.

C'est quoi, ça ?

[la sirène au loin continue]

Reste ici pendant que je jette un œil.

[musique contemporaine aiguë et énigmatique]

Je sors deux secondes. Vous restez là, hein ?

Tu vois quelqu'un ?

Non, y a personne ici !

TESLA - VOITURE AUTONOME

Elles sont toutes neuves.

Quoi ?

Oh ! Y a quelqu'un qui arrive !

[Clay crie] Oh !

MODE AUTOPILOTE

[la musique s'assombrit]

[notes anxiogènes]

[la musique accélère et devient haletante]

Clay !

Clay, remonte dans la voiture !

- [Clay] Attend, on va leur parler ! - Remonte dans la bagnole !

[Clay] OK !

[violons terrifiants]

Tu fais quoi ? Tu veux pas que je leur parle ?

- Ils ont peut-être des infos ! - Y a personne là-dedans !

[crissements des pneus]

[Rose hurle]

Maman ! Bouge la bagnole ! Grouille !

- [crissement des pneus] - [fracas]

[la musique contemporaine effrayante continue]

[Amanda crie]

[fracas]

[ils crient]

[notes brutales et haletantes]

[les fracas s'enchaînent]

[la sirène augmente crescendo]

[silence]

[chants d'oiseaux]

[tonnerre au loin]

PARTIE 4 : L'INONDATION

Et si on allait dans un refuge ?

[musique calme et énigmatique]

Les militaires n'ont pas un abri antiatomique ou une base par ici ?

Ils sont pas obligés d'avoir des équipements spéciaux

pour ce genre d'urgences ?

[GH] Je sais pas où ils sont.

Et même si je le savais, vous avez dit que c'était des voitures neuves.

S'ils ont fait ça dans toutes les concessions,

les routes principales doivent être bouchées.

On attend ici jusqu'à ce qu'on en sache plus.

On en sait assez. On est sûrement en pleine zone de guerre.

Tous les gens qu'on connaît sont sans doute morts !

[Amanda soupire]

[GH] Ruth.

[la musique contemporaine énigmatique et lancinante continue]

Écoute-moi. Il nous faut un plan. On peut pas rester ici à rien faire.

- Il faut qu'on aille quelque part. - Il a raison.

C'est trop dangereux. On reste ici cette nuit, et…

- Demain, peut-être que… - Quoi ?

Mais j'en sais rien du tout !

[tic-tac anxiogène]

[notes de piano mystérieuses]

[tout bas] J'étais si proche de la fin.

[elle soupire]

[soupir]

[respiration agitée]

[soupirs de frustration]

[profond soupir agacé]

[la musique s'achève calmement]

Vous faites quoi ?

Je remplis la baignoire.

Il paraît qu'il faut faire ça pour…

pour avoir de l'eau.

Ça vous dit ?

J’ai jamais essayé.

Est-ce que c'est…

de la marijuana ? Parce que je sais qu'il y en a plein de différents.

- Y en a aux fruits… - À la marijuana.

[il aspire]

- Vous avez baisé une de vos étudiantes ? - [il tousse et s'étouffe]

Tu viens vraiment de me demander ça ?

C'est l'image que t'as de moi ? J'ai une tête à ça ?

Vous avez la tête du mec qui a toujours tout eu très facilement dans la vie.

Et surtout les femmes.

Je vais prendre ça comme un compliment alors. [il rit]

[chants de grillons]

[clics interrupteur]

[le tonnerre gronde au loin]

[crépitement de la pluie]

Je me suis toujours considéré comme un homme avisé.

[GH] Quelqu'un qui voit le monde tel qu'il est.

Mais j'avais jamais vu un truc de ce genre.

Alors, je me demande si ma vision de moi-même

n'était pas, elle aussi, une illusion.

Soyez pas si sévère.

Si on creuse, on réalise que tout n'est qu'illusion.

[GH] Mmh.

Prenez votre travail, par exemple.

Des tas de chiffres imaginaires, qui génèrent de l'argent imaginaire,

qui conduit à un succès imaginaire.

À mes yeux, je vous jure que mon métier est bien moins compliqué que tout ça.

En substance, je dirais que mon métier est basé sur les gens.

Je suis désolée pour vous alors.

Pourquoi ?

Observez les gens. Ils sont horribles.

Non mais, putain. Regardez comment je vous ai traité. [rire étouffé]

Et maintenant, nous voilà en train de trinquer ensemble.

[soupir rieur]

D'ailleurs, je suis désolée.

Pour ce que j'ai dit, fait, pensé. Enfin, peu importe.

J'ai eu tort et je m'en excuse.

J'ai des clients très intelligents qui ont perdu beaucoup d'argent

parce qu'ils fondé leurs choix sur des croyances préconçues plutôt…

que sur des vérités.

Savoir faire la différence, c'est ce qu'il y a de plus dur.

Les voir s'aveugler, ça doit être exaspérant, non ?

Disons que ça dépend du client.

On peut tirer une certaine satisfaction à voir le marché les punir. [rire étouffé]

Les pires sont ceux qui n'apprennent pas des erreurs.

Même quand ça les a menés à perdre beaucoup d'argent.

J'ai très peur de ceux qui refusent d'apprendre

même s'ils doivent le payer cher.

C'est une déficience que je ne comprendrai jamais.

Le calme peut être assourdissant.

Je l'ai remarqué dès les premières nuits qu'on a passées ici.

J'ai eu beaucoup de mal à dormir. Pas comme à la maison, où on entend tout.

Les sirènes, les voitures, la foule.

Ça me manque.

Les sirènes ou la foule ?

[rire étouffé]

[ils rient de bon cœur]

Je commence à vous trouver agréable.

[il rit]

Et venant de moi, c'est un sacré compliment, parce que…

ça fait longtemps que j'ai pas apprécié quelqu'un.

J'avoue que si je vous trouvais un peu antipathique de prime abord,

je commence aussi à vous apprécier.

[elle rit]

[elle soupire et se racle la gorge]

Pourquoi vous êtes venu, franchement ?

Ne me dites pas que c'est à cause de votre genou.

C'était pas des craques. J'ai vraiment été opéré.

Je me suis amoché pendant un tournoi associatif.

Mais c'est pas la raison de votre venue.

Non. La raison de ma venue ici est liée à quelque chose qui m'est arrivé

il y a quelques années.

Un de mes clients nous avait invités, ma femme et moi, à un événement privé.

Mon client était…

Bon.

Je dirai pas son nom, mais…

vous comprendrez bien sans.

- Une célébrité ? - [rieur] Non, rien à voir.

Mais dans les affaires, c'est un des plus connus dans son domaine.

Il s'occupe principalement des contrats liés à la défense.

Je parle de contrats confidentiels liés au budget top-secret du Pentagone.

C'est sûrement l'homme le plus puissant que j'ai connu. Enfin bref, on se retrouve

à cette soirée dans sa résidence,

il se fait tard et ma femme a envie de rentrer.

Mais lui et moi, on s'amuse bien et je sens qu'il a envie que je reste.

Après quelques échanges de regards, ma femme s'en va,

elle prend un taxi pour que je la rejoigne quand je veux.

Mmh. J'imagine que ça l'a pas du tout énervée.

[GH rit] Mmh.

Donc, on boit encore quelques verres

et on finit par être complètement saouls. Il marche plus très droit,

je ne tiens pas trop sur mes jambes non plus.

Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez.

[il rit]

Alors, on va dans son bureau tous les deux,

on fume quelques cigares,

ce qui fait qu'on se retrouve en train de planer

et de rire de tout et n'importe quoi.

Et tout à coup, il me dit à quel point il m'apprécie,

à quel point il aimerait m'inviter à une escapade qu'il a prévue.

Il parlait d'un voyage ? Où il voulait aller ?

C'est exactement ce que je lui ai demandé.

Et là, il…

il s'est tourné vers moi, avec un visage très sérieux,

et il a dit :

"Rien de sensationnel. Seulement ma réunion annuelle

"avec tous les princes maléfiques qui dirigent le monde."

[rire franc]

[rire timide]

Il était connu pour adorer faire ce genre de blague. Mais encore une fois,

si je vous disais qui c'est, vous comprendriez.

Eh bien, je vais devoir vous croire sur parole.

Et maintenant, si voulez bien m’excuser, je dois remplir mon verre.

[notes mystérieuses]

Et puis, hier, juste avant le concert,

cet ami m'a téléphoné.

[musique contemporaine énigmatique]

Cet appel n'était pas prévu.

C'est ce qu'il fait, en général. Il m'appelle à l'improviste.

Il m'a dit qu'il voulait déplacer de l'argent.

Et je vous parle d'une énorme somme, même pour lui.

Avant de raccrocher, je lui ai proposé d'aller boire un verre.

Mais il a dit qu'il devait partir quelque temps.

Là, j'ai fait une pointe d'humour.

"Oh, c'est vrai ? Un weekend entre princes maléfiques ?

"Je croyais que ce n'était que pour le solstice d'hiver." [il rit]

[percussions discrètes énigmatiques]

Mais il n'a pas ri.

Pourtant, il rit toujours, même avec les blagues nulles.

Tout ce qu'il a dit, c'est :

"Prenez soin de vous."

Comme s'il était désolé pour moi.

[notes glaçantes]

Depuis je n'arrive pas à sortir cette phrase de ma tête.

Vous êtes en train de dire… Enfin, vous pensez que…

votre ami a un rapport avec tout ce qui se produit ?

Non, rien à voir.

Une théorie du complot selon laquelle

des hommes de l'ombre dirigeraient le monde, c'est bien trop simpliste.

Surtout quand la vérité est plus effrayante.

C'est quoi, la vérité ?

Personne n'est aux commandes. Personne ne tire les ficelles.

Bien sûr, il y a des gens comme mon ami

qui ont accès en avance aux informations importantes.

Mais quand ce genre d'événement se produit dans le monde,

le mieux que peuvent espérer même les gens les plus puissants, c'est d'être informés.

[percussions finales discrètes et énigmatiques]

[rire étouffé] Je suis désolé.

C'est pas une histoire très positive.

[crépitement de la pluie]

Je retire ce que j'ai dit. Finalement, je vous apprécie plus trop.

Allez.

Venez.

Où vous m'emmenez ?

Je vais vous reconquérir.

[Archie] Je te vois Rose.

[il tousse]

Tu veux quoi ?

Je saurai jamais comment ça se finit pour Ross et Rachel ?

T'es encore sur cette connerie ? Qu'est-ce qu'on s'en fout ?

Moi, je m'en fous pas. Tu vois bien !

Pourquoi t'es si accro à cette série, tu peux me dire ?

Ils me rendent heureuse.

Et j'en ai besoin, en ce moment. Pas toi ?

- [crépitement de la pluie] - [chants de grenouilles au loin]

S'il reste un peu d'espoir dans ce putain de monde,

je veux juste savoir comment ça se finit pour eux.

Ils comptent pour moi.

Passe à autre chose.

Je dis ça, je dis rien. Mais t'es sûrement dans le vrai.

Vu la merde actuelle,

y a des chances que tu voies jamais la fin.

Alors, si j'étais toi, je trouverais un autre centre d'intérêt.

[elle soupire]

[Ruth] C'est bizarre, on n'entend pas les cigales ce soir.

[longue aspiration]

Je me suis perdu aujourd’hui.

Quand je suis sorti ce matin.

Perdu ? Comment ça ?

Euh…

J'étais sûr de savoir où j'allais, mais il y avait toutes ces rues

sans aucun panneau d'indication nulle part.

Alors, je… J'ai roulé.

Et j'ai roulé encore plus loin.

Et je…

J'ai fait demi-tour et je me suis retrouvé complètement perdu.

Franchement, je sais même pas comment j'ai retrouvé mon chemin.

Mais j'ai vu quelqu'un ce matin.

Une femme.

Sur la route.

[hésitant] Elle m'a fait signe de m'arrêter et…

elle parlait espagnol.

Elle était là, sur la route. Comme ça, toute seule, au milieu de nulle part.

Et je…

Je l'ai abandonnée.

Elle avait besoin d'aide,

et je l'ai abandonnée.

[crépitement du feu et de la pluie]

[aspiration]

Il y a autre chose dont vous nous avez pas parlé ?

Puisque c'est votre quart d'heure confession.

Ben, oui. On n'a pas osé vous le dire, mais on a vu un pétrolier s’échouer.

Il s'est échoué sur la plage.

Un pétrolier ?

Oui, c'est un bateau vraiment énorme.

De couleur rouge.

Quoique… Ils sont pas tous rouges, y a d'autres couleurs.

Mais celui-là était rouge, et il a foncé tout droit sur la plage.

Pourquoi vous nous avez rien dit ?

Parce que je crois qu'on avait très peur avec Amanda, de ce que ça pouvait…

de ce que ça pouvait bien vouloir dire.

Qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire ?

Si jamais on subissait une attaque, ce qui paraît bizarre à dire, je sais,

mais le pétrole, c'est ce qu'il faudrait

avoir en grande quantité pour se défendre contre l'ennemi.

C'est hallucinant qu'on parle de ça.

Je suis persuadé qu'on va tous s'en sortir.

C'est vrai, je plaisante pas. On s'en sortira.

Même si on est en train de vivre une invasion.

Une invasion ?

- Une occupation, si tu préfères. - OK, c'est bon.

Je sais que vous voulez bien faire, mais les mots que vous choisissez

me font flipper à mort.

[plongeon]

C'était quoi, ça ?

[battements d'ailes dans l'eau]

[cris des flamants roses]

[Ruth] C'est…

des flamants roses.

C'est des flamants roses ?

[Clay] C'est des flamants roses.

Pourquoi ?

[Amanda] Ouah. Très impressionnante, cette collection.

[rire étouffé de GH] Vous aimez le jazz ?

Vous voulez écouter du jazz ?

Oui, pourquoi pas ?

Oh. Parce qu'on commençait à bien se marrer.

[léger rire] Faut une musique sur laquelle on peut danser.

On peut danser, sur du jazz. D'ailleurs, le premier vinyle que j'ai acheté…

Pitié, pas encore une de vos histoires.

Elles prennent un malin plaisir à me perturber.

C'est quoi tout ça ?

Oubliez ces disques. Ce sont ceux de ma fille.

Elle a eu sa phase DJ à l'université.

Voilà. Ça, c'est un truc correct pour une femme qui aime danser.

Oh non, vous plaisantez ? Je vous ai pas fait venir pour ça.

Vous avez dit que vous vouliez me reconquérir.

C'est le meilleur moyen.

["Too Close" de Next, R&B funky & sexy]

[ils éclatent de rire]

[profondes respirations]

- [Amanda] On est saouls. - On l’est.

On est mariés. Je suis mariée. Vous avez une femme.

[long soupir] Oui.

Je l'aime, vous savez.

Et aujourd'hui…

[soupir]

[sanglotant] … elle me manque.

Vous la reverrez.

Non.

Non, je crois pas que je la reverrai. [respiration tremblotante]

Et Ruth.

Si quelque chose devait aussi lui arriver, je m'en remettrais jamais.

Non, il n'arrivera rien de mal à Ruth. Je vous le promets.

On va rester à vos côtés. Jusqu'à ce que tout revienne à la normale.

On va commencer à voir les choses telles qu'elles sont.

Un retour à la normale est impossible.

Ne dites pas ça. Il faut…

[choc assourdissant]

[grincement puissant]

[la tête raye le disque]

- [choc brutal] - [grincement saturé puissant]

[Clay crie] Argh !

- [le grincement continue] - [Rose hurle]

- [silence] - [souffle de la flamme]

[chants des grenouilles au loin]

Il va bien ?

Mmh.

Il est un peu chaud, mais ça va aller.

Pourquoi tu ne dors toujours pas ?

J'arrête pas de penser à un des épisodes de À la Maison-Blanche.

Quelqu'un raconte une histoire au président…

Tu as regardé ça ?

Que les saisons d'Aaron Sorkin.

Enfin, bref.

La fameuse histoire parle d'un homme qui habite près du fleuve.

Il entend à la radio que le fleuve va inonder la ville

et que tout le monde doit s'en aller.

Mais il préfère rester chez lui parce qu'il prie tous les jours.

Il sait que Dieu l'aime et qu'il le sauvera.

Comme prévu, l'inondation se produit.

Et il y a un homme dans une barque qui l'aperçoit et dit :

"Hé, monsieur, venez, je peux vous sauver."

Mais il lui répond qu'il n'ira nulle part.

Puis un hélicoptère arrive, et le pilote fait descendre l'échelle,

mais l'homme lui dit qu'il n'ira nulle part.

Et puis l'homme finit par se noyer.

Alors, il monte au ciel, et il est en colère contre Dieu.

Et il lui dit :

"Je priais tous les jours, je croyais que vous m'aimiez.

"Mais vous m'avez pas sauvé." Et Dieu lui dit :

"Je t'ai envoyé un appel radio,

"puis une barque et un hélicoptère. Tu voulais quoi de plus ?"

Pourquoi tu me dis ça, Rose ?

[piano énigmatique et notes glaçantes]

J'en ai marre d'attendre.

[chants d'insectes]

- Papa ? - Mmh ?

Tu peux dormir avec moi ?

T’es sûre ?

Le lit est pas grand.

Je peux dormir par terre. C'est pas mauvais pour mon dos.

J'ai peur.

Y a plus que nous deux, pas vrai ?

Qu'est-ce que tu veux dire ?

Ce que je veux dire, c'est…

si ça tourne mal,

tu fais confiance à ces gens qui sont chez nous ?

On sait que la femme est glaciale,

que le fils prend des photos de moi en douce,

que la gamine observe les bois comme Donnie Darko

et je suis presque sûre que le mari rêve de me baiser.

Comment tu sais ça ?

Il tentera rien, bien sûr. C'est pas son genre.

Mais est-ce qu'il en rêve ? Ses draps doivent s'en souvenir.

Bref, tout ça pour dire que je leur fais pas confiance.

[la musique contemporaine énigmatique continue]

Jamais je laisserai quoi que ce soit t'arriver, si c'est ça qui t'inquiète.

Je te demande seulement de pas oublier que…

si jamais le monde s'écroule,

mieux vaut éviter de faire confiance à n'importe qui.

Et surtout pas à des Blancs. Même maman dirait que j'ai raison.

J'ai compris.

T'es sûr ? Parce que c'est la deuxième nuit

qu'on dort dans le sous-sol de notre propre maison.

Tu peux m'expliquer pourquoi tu les as laissés revenir ?

J'ai fait ce qui était juste.

C'est à cause de ça qu'on finira par l'avoir dans le cul.

[la musique s'intensifie]

[longues notes grondantes]

[la musique gronde crescendo]

- [silence] - [Clay] Bois.

Mmh.

Où est Rosie ?

Aucune idée. Elle s'est levée avant nous.

Je vais voir si je la trouve. Tu devrais te lever.

[elle soupire]

Chéri, tu te sens mieux ?

Chéri ?

Je sais que t'as pas envie de te lever, mais je dois vérifier ta température.

T'avais pas mal de fièvre hier soir.

Mmh. T'as l'air moins chaud, ce matin.

Ouais.

T'as mal à la gorge ?

- [ensommeillé] Non. - Tant mieux.

Qu'est-ce que c'est ? Du sang ? C'est du sang ?

Mmh.

[Amanda] Qu'est-ce que… Merde, qu'est-ce que tu fais ?

[respiration angoissée]

[notes sombres]

Putain de merde !

Mais ce sont tes dents !

[la musique devient haletante]

Archie !

Arrête de faire ça.

Clay !

Mes dents !

Clay !

- Putain, qu'est-ce qui m'arrive ? - Clay !

[Clay] Y a un problème ?

- Oui, c'est Archie. - Qu'est-ce qu'il y a ?

- Putain de merde ! - C'est ce que j'ai dit.

Mes dents étaient bizarres ce matin.

Je les ai touchées. Elles sont tombées…

Il avait un peu de fièvre hier, mais c'est tout !

OK, ne t'inquiète pas, tu vas bien.

Mais non ! Je vais pas bien du tout !

[notes effrayantes]

PARTIE 5 : CEUX QUI S'EN ALLAIENT

Comment tu te sens ?

Euh… En dehors de tes dents qui tombent, je veux dire.

C'est quoi, cette question idiote ? Il est malade.

Maman, je suis pas malade, mes dents sont tombées, c'est tout.

[Archie] Ça pourrait être l'insecte d’hier.

Quel insecte ?

Un insecte m'a mordu hier, dans la forêt.

La maladie de Lyme. C'est possible, si une tique l'a mordu.

J'ai vu des symptômes bizarres.

Plus bizarres que ça ?

On doit l'emmener aux urgences. À l'hôpital.

Non. On ne peut atteindre la ville que par la voie rapide.

Et si tout le monde est coincé sur les routes, y aura personne.

Il faut faire quelque chose. Il a besoin d'un médecin !

[Amande se répète] Dites-moi que je vais me réveiller.

On va aller voir mon entrepreneur. Il habite pas loin.

Vous l'avez vu faire un stock d'eau et de nourriture ?

Il a dû envisager tous les cas de figure. Il a forcément ce qu'il faut.

Antibiotiques, médicaments. Danny saura quoi faire.

Hé ! Je vous promets.

- On va aider votre fils. - [la porte s'ouvre]

Où est Rose ?

[note obscure puissante]

- Je l'ai pas trouvée. - [musique haletante]

Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?

Je l'ai cherchée partout dedans et elle est pas dans le jardin.

Je vais au sous-sol. Elle explore peut-être la maison.

- Elle joue peut-être dehors. J'y vais. - J'ai déjà regardé, mais vérifiez !

- Je comprends pas. Elle doit être ici ! - Elle n'est nulle part !

Je l'ai cherchée partout et je ne sais pas où elle est !

- Peut-être qu'elle est dans le garage. - J'ai regardé.

Y a bien un putain d'endroit où t'as pas regardé !

- Personne au sous-sol. - C'est dingue, ça ! Où elle a pu passer ?

Elle est pas dehors, mais on dirait qu'elle a pris un vélo dans le garage.

Un vélo ? Pour aller où ?

- Tu sais où ta sœur pourrait être ? - Non, j'en sais rien, euh…

On a fait un tour dans la cabane hier.

- Peut-être… - Quelle cabane ?

Bah… la cabane. Elle avait vu des cerfs plus tôt. Elle voulait qu'on les retrouve.

- Elle y est peut-être. - OK. J'y vais !

[la musique haletante continue]

- [Archie vomit] - Archie !

Ça va ?

- [Archie tousse] - Qu'est-ce qui t'arrive ?

- [GH] Il a besoin d'aide. Vite. - [Clay] OK.

[Ruth] Je viens.

[GH] Non, c'est trop dangereux. Reste ici avec Amanda. Retrouvez Rose.

Non. Quoi ? Tu peux pas me laisser seule !

- Ça va aller. - On en a parlé !

- Tu peux pas me laisser seule ! - Il est très malade.

Tu reviendras jamais !

Tu vois pas qu'un truc se passe ? On est déjà en plein dedans !

Ça atteint Archie et ça va tous nous atteindre !

Tu peux pas me laisser. Le monde s'écroule peut-être dehors !

C'est pour ça que tu dois rester ici. Prends ton portable.

Fais ce que je te dis. Règle le minuteur sur une heure.

Je serai revenu.

Ça marchera pas.

Ça marchera pas.

Ça marchera, il le faut.

Regarde. Je serai de retour avant la fin du minuteur.

T'as une heure.

Pas une de plus. T'as promis.

[en écho] Rose ? Rose !

[l'écho continue] Rose !

[l'écho continue] Rose ! Rosie !

[la musique s'achève calmement sur le sifflement du vent]

[Amanda] C'est un cauchemar.

On vit un putain de cauchemar.

[chants d'insectes]

Où elle a pu aller ? Pourquoi elle est partie comme ça ?

Elle a dit qu'elle en avait marre d'attendre. Ça voulait dire quoi ?

Et si on retournait dans la maison pour attendre mon père ?

Et ensuite quoi ?

Il retrouvera Rose ?

J'en sais rien. Mais il nous aidera.

Je veux juste comprendre la raison de ce bordel.

Et savoir ce qu'on compte faire. Je veux être sûre de retrouver ma fille,

puis monter dans votre bagnole de luxe pour aller jusqu'à un hôpital

où un médecin pourra me dire si mon fils va bien.

Et quand je serai sûre que mes enfants vont bien,

je veux rentrer !

Et si c'est pas possible ?

Je veux vite partir très loin de cet endroit

et de vous deux, et de tout ça !

- On est dans le même bain ! - Oui, je le sais !

- J'ai des yeux ! - Arrête de me gueuler dessus !

[soupir anxieux]

Tu t'en fous.

Tu t'en fous que je sois là.

Et qu'au moment où on parle, ma mère soit certainement tout au fond

de l'océan.

J'ai personne d'autre

dans ma vie.

Ils représentent tout.

Ils sont mon seul foyer. Tu peux comprendre ça ?

[sanglotante] Je crois que j'ai jamais eu autant besoin d'elle.

Et je la reverrai sûrement plus jamais de ma vie.

Je te jure que je m'en fous pas.

Je ne sais pas quoi faire pour t'aider, mais je m'en fous pas.

Pourquoi t'es comme ça, hein ?

Pourquoi t'es en colère tout le temps ? Qu'est-ce que ça t'apporte ?

Tous les jours, toute la journée, mon boulot…

mon seul et unique boulot

consiste à comprendre suffisamment les gens pour savoir comment leur mentir

afin de leur vendre des choses dont ils n'ont pas besoin.

Et quand on étudie à ce point-là les gens,

quand on voit comment ils peuvent se traiter entre eux…

T'es pas idiote.

Tu vois bien comment les gens agissent. Et souvent, sans s'en rendre compte.

Putain. Regarde comment je vous ai traités ton père et toi.

Je sais même pas pourquoi.

On passe son temps à baiser les autres. On le fait tout le temps.

Sans même s'en rendre compte.

On fait que baiser tout le temps, tous les êtres vivants de cette planète

et on se dit que c'est pas grave parce que…

nos pailles sont en papier et notre poulet a été élevé aux grains.

Et le pire, dans tout ça,

c'est qu'on sait au fond de nous qu'on ne trompe personne.

On sait qu'on vit dans le mensonge.

Dans une tromperie assumée et collective qui nous permet de tourner la tête

pour ne pas voir l'horreur de ce qu'on fait et ce qu'on est.

Depuis que je te connais, je suis rarement d'accord avec toi, mais…

ça, c'est la partie du diagramme de Venn où nos cercles se superposent.

Je suis d'accord avec tout ce que t'as dit.

Mais aussi horribles que les gens puissent être,

faut pas oublier…

qu'on a besoin des autres et qu'ils sont tout ce qu'on a.

Je veux pas être comme ça.

[elle soupire]

[soupir]

J'aime pas être comme ça, tu sais.

Je dis que je déteste les gens, mais là, maintenant,

je sais que je donnerais tout pour qu'ils reviennent.

- [fracas] - [galop]

[musique classique effrayante]

[les galops continuent]

[la musique monte en puissance]

[violons aigus sinistres]

[galop]

[notes sombres de contrebasse à l'archet]

[violons aigus glaçants]

[léger roulement de tambour solennel]

[la musique contemporaine glaçante continue]

- [silence] - [Archie] Papa.

- [bip voiture] - Tu crois que Taylor va bien ?

Qui ça ?

Archie, tu restes ici.

On y va.

[sonnette]

- George. - Danny !

Désolé de te déranger chez toi.

Je vais vous demander de repartir vers votre véhicule.

Quoi ?

Je veux que vous reculiez vers votre véhicule.

[un léger vent souffle]

[tintements discrets d'un carillon à vent]

[cris d'oiseaux sauvages au loin]

[chants d'oiseaux]

Qu'est-ce que je peux pour vous ?

[rires timides]

Je voulais de tes nouvelles.

Voir si t'étais chez toi, si tout allait bien.

Si t'avais des infos à propos de ce qui se passe.

Salut, moi, c'est Clay. Ma famille et moi, on est chez GH, George.

On a loué sa maison quelques jours. On vient de New York.

Sacrée chance pour votre famille,

parce que ça doit être le bordel à New York.

Et je suis surpris que vous ayez pris le risque de sortir.

Si on est là, c'est parce que mon fils a besoin d'aide.

- Il vomit. Il a… - [GH] Il a perdu des dents.

Elles sont tombées seules, comme ça.

Oh. Il a perdu des dents ? Mmh.

À mon avis, ce bruit y est pour quelque chose.

[notes énigmatiques]

Tu sais quoi sur ce bruit ?

Ah ben… Ça ressemble pas mal à ce qui s'est passé à Cuba,

y a un moment. C'est des armes à micro-ondes.

Ça produit des espèces de radiations qui peuvent être diffusées par le son.

Pas mal de gens ont perdu leurs dents là-bas aussi.

Mais à part ça, je sais juste qu'il y a très peu d'informations qui circulent.

Alors euh…

c'est certainement une guerre.

Ou le début d'une guerre, en tout cas. Il y aurait eu des pourparlers.

J'imagine que c'était à propos de ça.

- Des pourparlers ? Quels pourparlers ? - [rire étouffé de Danny]

Faut lire le journal de temps en temps. Pas juste la une !

Vous savez que les Russes ont rappelé leur personnel à Washington ?

[Danny] Vous avez pas vu ça ? Quelque chose se trame.

Mais je sais pas ce que c'est

et peut-être qu'on aura jamais le fin mot de l'histoire, qu'il suffit de…

rester tranquilles.

À l'abri, chez nous.

De prier ou faire ce que vous voulez.

Écoute, Danny.

Clay te l'a dit, son fils est malade. Là, il nous faut plus que des prières.

Tu t'es préparé à ce genre de situation. Alors, t'as peut-être des médicaments.

Ce que j'ai ne vous regarde absolument pas.

[notes sombres de contrebasse à l'archet]

Danny. Je t'en prie, c'est moi. Depuis le temps qu'on se connaît.

On est amis.

Ça fonctionne plus, cette méthode.

T'as pas les idées claires.

Danny, qu'est-ce qui te prend ? Tu lui dis de pas soigner son fils ?

Rien n'a plus de sens. Et si ce monde n'a plus aucun sens,

j'ai le choix de faire ce qui est rationnel en protégeant mes proches.

Ce que tu fais de ton côté, c'est pas mes affaires.

En les conduisant chez toi, je croyais faire le bon choix.

- Si t’as un traitement qui peut l'aider… - Je peux payer ! Euh…

Euh…

Disons, euh… mille dollars ?

Ça me servira à rien si le gouvernement s'effondre.

Mais tout le réseau a sauté. Ma carte de crédit va pas fonctionner.

Il y a plus Venmo ou Apple Pay.

[Clay] Le liquide, c'est le seul truc qui a un sens.

Mon fils est dans un sale état. Il a besoin de votre aide, il a que 16 ans.

[musique glaçante]

Rien ici !

[chants d'oiseaux]

Rosie.

[percussions grondantes haletantes]

[Danny] Vous êtes dans une situation difficile. Je comprends.

Moi aussi, je serais prêt à tout pour ma famille.

C'est ce que je fais.

Je ferme toutes les portes, je patiente,

j'observe, le fusil à la main quoi qu'il arrive.

Et c'est ça, c'est la seule réponse que j'aie à vous donner.

Ruth, y a des traces de pneus de vé…

Je vais retourner à l'intérieur maintenant, dans ma maison.

Je vous dis au revoir et bonne chance.

Si vous ressortez, vous serez les bienvenus,

mais je pourrai vous offrir qu'une conversation.

Je te suggère d'aller voir tes voisins.

Les Thornes. Ils ont réaménagé leur sous-sol incognito.

Sans permis, rien. Ils ont contracté un pote.

Il m'a même pas montré les plans. Alors à mon avis,

leur truc, là, c'est un bunker grand luxe pour survivre à l'apocalypse.

Tu peux pas nous abandonner comme ça, Danny.

[percussions répétitives anxiogènes]

Attends, t'as toujours pas remarqué

ce qui se passe autour de nous, George ?

On a tous été abandonnés.

[la musique s'intensifie]

[Danny] Sans vouloir être désagréable, je vais vous demander

de sortir de ma propriété.

Maintenant.

[la musique anxiogène accélère]

[percussions oppressantes]

Tant que tu nous donnes pas ce qu'on t’a demandé, on reste.

[la musique gronde crescendo]

[Amanda hurle]

[Clay] Ah ! Putain, qu'est-ce qui vous prend ?

[Amanda hurle]

[les cerfs soufflent]

J'ai promis à sa mère que je l'aiderais.

Tu l'aideras juste à mourir si tu baisses pas ton arme de suite !

Baissez votre arme. On trouvera une autre route vers l'hôpital.

Y a pas d'autre route, OK ? Et puis jamais, il tirera sur nous !

Il a l'air prêt à le faire. Je dis ça…

- C'est du bluff ! - On parie ?

[elles hurlent]

Attendez ! Attendez !

- Clay, écartez-vous ! - Papa !

J'essaie de le raisonner !

[elles continuent de hurler]

Si vous voulez qu'on arrête ça, remontez dans votre voiture

et sortez de chez moi !

Et pour aller où, hein ? Toutes les routes sont bloquées !

On est au milieu de nulle part et y a personne d'autre.

Je suis complètement paumé, je sais pas quoi faire, OK ?

Je suis incapable de quoi que ce soit sans mon portable et mon GPS !

Je suis devenu une personne inutile.

Mais mon enfant est malade.

Ma fille a disparu.

Je sais pas du tout comment les aider.

Mais vous, vous semblez vous être préparé depuis longtemps.

Depuis très longtemps.

C'est pour ça qu'on est venus. Vous êtes le seul qui peut aider mon fils.

- C'est pas mon problème. - Non, en effet. C'est le mien.

Mais vous l'avez dit à l'instant, pas vrai ?

Vous feriez n'importe quoi pour votre famille.

C'est ce que j'essaie de faire. Et j'ai pas d'autre solution.

Je vous en supplie, Danny. Par pitié.

Par pitié, aidez mon fils.

[la musique oppressante continue]

[elles hurlent]

- [la musique s'achève] - [respirations haletantes]

[galops au loin]

[musique contemporaine énigmatique calme]

[respirations haletantes]

[sanglots]

[pleurs]

[arrêt brutal de la musique]

[un léger vent souffle]

Fallait bien s'attendre à un troc à l'ancienne à un moment ou à un autre.

Je lui ai filé du liquide. C'est pas du troc, ça.

[Danny] Et j'ai une autre info pour vous. Et celle-là, elle est gratos.

Les Coréens sont derrière tout ça.

Les Coréens ?

[claquement de portière]

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? - Crois-moi. Coréens ou Chinois.

Mais ça revient au même.

[tintements discrets du carillon à vent]

Montrez-lui.

J'étais au volant hier, et j'ai vu un énorme drone

qui balançait ces trucs partout. Ça veut dire : "À mort l'Amérique".

Alors, on pense que c'est les Iraniens.

Je me souviens d'un documentaire qui parlait de leurs cybercapacités.

[soupir amusé]

[Clay] Pourquoi vous riez ?

Juste avant qu'on n'ait plus de réseau, un de mes amis m'a appelé.

Il vit à San Diego. Il m'en a parlé aussi.

Des drones qui lâchent des prospectus, mais chez lui, c'était en coréen.

Ou en mandarin. Il sait pas faire la différence.

Mais, vu qu'il a effectué quatre missions en Irak,

il me l'aurait dit, si ça avait ressemblé à ça.

[Danny] On s'est fait beaucoup d'ennemis.

Certains d'entre eux font peut-être équipe.

[musique calme et perçante]

Il y avait des flamants roses dans la piscine hier.

- Les animaux essaient de nous prévenir. - [notes sombres]

Ils savent quelque chose.

Quelque chose qu'on sait pas.

Comme les chiens qui sentent la tempête approcher.

Il y a encore plus d'empreintes de pneus ici.

[notes effrayantes]

On ferait mieux de rentrer. Mon père a dû revenir.

Il pourrait nous aider pour… [stupeur]

Je n'irai nulle part sans Rosie.

Cette maison, c'est sûrement là qu'elle est allée.

[Clay soupire] Rentrons et voyons si elles ont retrouvé Rose.

[la musique glaçante continue]

GH ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Avant de repartir,

je veux être sûr de pouvoir vous faire confiance.

Peu importe jusqu'où ça va, je veux qu'on soit raccord.

Parce que si ce qui se passe ici se passe partout ailleurs,

on va devoir aller dans ce bunker et y aller tout de suite.

Quoi ? Attendez, de quoi vous parlez ?

Vous savez quelque chose.

J'avais quelques doutes, mais je voulais d'abord des informations.

Tous les signes étaient là, bien sûr, mais…

je ne voulais effrayer personne.

Vous me croyez fou, mais c'est la réalité qui l'est.

J'aurais compris si ça avait été une invasion générale, mais ça…

Je pensais pas qu'on laisserait ça arriver. Je nous croyais plus malins.

De quoi vous parlez ?

Comme mon plus gros client travaille pour la défense,

j'ai passé du temps à étudier la rentabilité économique

des campagnes militaires.

Il y a un programme en particulier qui terrorisait mon client.

Une manœuvre en 3 étapes qui pouvait renverser de l'intérieur

le gouvernement d'un pays.

Étape un :

L'isolement.

Couper les communications et les moyens de transport.

Rendre la cible aussi sourde, muette et paralysée que possible.

La préparer pour l'étape numéro deux :

Le chaos synchronisé.

Terroriser les cibles par des attaques furtives et de la désinformation

en submergeant leurs capacités de défense

et en rendant leurs systèmes d'armes vulnérables aux extrémistes

et à leur propre armée.

Sans ennemi, ni mobile désignés,

les gens se retournent les uns contre les autres.

[notes perçantes anxiogènes]

Si cette étape fonctionne, la troisième se met en place d'elle-même.

C’est quoi la troisième étape ?

[notes aiguës bourdonnantes]

Le coup d'État.

La guerre civile.

[percussions sévères régulières]

L'effondrement.

Ce programme était vu comme le moyen le plus rentable

pour déstabiliser un pays.

Car si la nation ciblée est assez dysfonctionnelle,

vous n'aurez plus rien à faire. C'est elle qui le fera pour vous.

[longues notes sinistres]

Ceux qui ont lancé ça veulent qu'on termine le travail.

[notes graves et menaçantes]

[alarme de téléphone]

[l'alarme continue]

[alarme de téléphone]

[l'alarme continue]

[l'alarme continue]

[la musique anxiogène baisse peu à peu]

[l'alarme continue]

[chants d'oiseaux]

[l'alarme continue]

[moteur d'avion au loin]

[l'alarme continue au loin]

[énorme explosion au loin]

[éclats au loin]

[les éclats continuent]

[le vent souffle]

[courant d'air]

[quelqu'un grignote]

[Amanda au loin] Rose !

[tension électrique]

[bip]

[tension électrique]

[un appareil s'enclenche]

[bip électronique]

ALERTE

LA MAISON-BLANCHE ET LES GRANDES VILLES

SONT ATTAQUÉES PAR DES FORCES ARMÉES REBELLES.

NIVEAUX ÉLEVÉS DE RADIATION DÉTECTÉS.

METTEZ-VOUS À L'ABRI IMMÉDIATEMENT.

BIENVENUE ! LECTURE

CEUX QUI S'EN ALLAIENT

[générique de Friends, "I'll Be There For You" de Rembrandts]

[fin du générique de Friends]

[chanson pop aérienne, "The Paradigm" de Lil Yachty]

[fin de "The Paradigm" de Lil Yachty]

[musique contemporaine effrayante]

À LA MÉMOIRE DE PATRICK SHELBY ET ROCKY BABCOCK

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