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Musique jazz
Stop. Stop.
Stop. Stop.
Stop. Arrête-toi.
Allez.
Coupe le moteur.
Non, mais je rêve ! Stop !
Oh !
La... La... La...
- Quoi ? - La...
Je te dis que la bouche...
Elle souffle.
- C'est pas mal. Par contre, on n'a plus la bonne lumière.
- Pourtant, le jour est pas encore levé.
Si. Ça, ça s'appelle plus l'aurore.
La robe est arrivée tard...
- Je sais, c'est toujours la faute des robes.
Vous n'y pouvez rien, moi non plus. On va pas discuter.
On y va.
Dans un quart d'heure, je pourrai plus rien faire.
- Mais elle brille. - Je brille ?
Elle brille.
Non, tu brilles pas.
Vous vous passez des bottes ?
- On m'a dit qu'on verrait pas les pieds, mais si y a des bottes...
C'est vous qui voyez.
- Je suis pas au volant de la voiture ?
- Non, c'est du décor. L'image forte, c'est vous dans la fontaine.
On y va ? On se bouge, là !
Allez, Chiara, va dans la fontaine.
Dans la fontaine, allez ! Chiara !
Va dans l'eau !
Voilà ! Allez ! Voilà !
Tu marches lentement.
"Mi Sono Innamorato Di Te", Luigi Tenco
Voilà lentement comme ça. C'est bien, c'est bien.
Rentre dans l'eau, rentre dans l'eau.
Trempe ta main ! Ta main dans l'eau.
Et tu lances en l'air.
Un petit tour sur toi-même, un petit tour sur toi-même.
En espagnol Oui, Chiara, c'est beau !
Écarte la robe devant tes cuisses.
Baisse tes bottes.
Baisse tes bottes.
Il faut lui enlever les bottes.
Voilà. Super.
Poussez-vous. Poussez-vous !
Monte !
Ouais, monte.
- Aide-la à monter. - J'y suis.
Ça va être super.
Allez. Fais-moi confiance.
La lumière est super belle. Allez, monte, Chiara !
En espagnol Tu es belle.
En espagnol Magnifique !
C'est bien. Allez, le grand vent !
Allez, le grand vent !
En espagnol Tourne-toi vers nous !
Comme si tu voulais qu'on te rejoigne.
Penche-toi.
Penche-toi plus !
Penche-toi !
- Pourquoi ? - Allez !
OK, vas-y, dis-le.
En espagnol Vas-y, dis-le.
Dis-le.
Marcello !
En anglais Marcello, come here!
Marcello !
Marcello, come here!
- En espagnol - Dis-le !
Dis-le !
Marcello, come here!
Marcello !
Marcello !
Je peux pas...
Mais viens !
Allez !
C'est magnifique. Chiara !
C'était magnifique.
Bravo. Merci !
En espagnol Merci, Chiara !
Musique douce
Une porte s'ouvre.
Chiara, t'es là ?
Pourquoi tu réponds pas au téléphone, ma fille ?
J'étais inquiète. Elle grogne.
Tu sais l'heure qu'il est ?
14 h.
Et tu as rendez-vous dans moins d'une heure.
Non, j'ai oublié.
C'est pas si important.
- Je vais pas pouvoir aujourd'hui, je t'assure.
Tu m'assures rien du tout.
Tu vas te préparer rapidement.
C'est pas comme si t'avais des castings toutes les semaines !
- Moins fort. - T'as fait quoi hier soir ?
T'as picolé ?
C'est quoi, cette serviette ?
Tu fais une inhalation ? T'as la crève ?
- T'as une sale mine, c'est ça ? - Hm.
Des boutons ?
Montre.
- Alors ? - Bah....
Non, mais ça va. C'est pas Byzance, mais ça va.
Tu remarques rien ?
- Non, pourquoi ? Qu'est-ce que je dois remarquer ?
Tu vois vraiment rien ?
- Dans la pièce ? T'as rangé ? T'as rangé, non ? Quoi ?
- Tu vois pas que j'ai la tête de papa ?
- T'as toujours eu des expressions de ton père,
mais t'as pas sa tête, qu'est-ce que tu racontes ?
Tu me ressembles aussi, tu sais.
Y a pas que du Mastroianni.
Y a de moi autant que de lui.
Qu'est-ce que tu regardes ?
J'ai fait un drôle de rêve.
Quand je me suis réveillée, je l'ai vu.
J'ai cru que j'étais devenue lui, soudain.
Mais en fait, non.
Mais c'était très précis.
Je me souviens. Je me suis vue lui.
- T'as peut-être cru
être réveillée, mais tu dormais encore.
- Peut-être.
- Faut que tu te dépêches. Tu connais le texte ?
Oui, oui.
Avec Nicole, trois règles.
Tu m'en as déjà parlé.
Un :
tu t'attardes jamais sur les répliques.
Tu cavales, tu avances.
Quoi qu'il se passe, tu traînes jamais en route.
Deux :
elle va jouer la scène avant.
Ça la rassure.
Si ça te dérange, regarde ailleurs, je sais pas.
Surtout, ne cherche pas à l'imiter,
car elle parle tellement vite, mais tellement vite.
Beaucoup plus que moi, on comprend un mot sur deux.
Il faudra trouver ton propre rythme.
- C'est pas une jupe à moi, ça ? - C'est possible.
- Numéro trois : pas trop d'indolence.
Faut rester à vif du sentiment, toujours.
Le côté l'air de rien, elle prend ça pour de la mollesse.
Elle supporte pas
qu'on joue de manière indifférente.
Tu le connais, lui ?
Non.
- J'ai de bons souvenirs sur le film d'Ozon.
Un homme très sympathique.
Droit, il fait pas des pièges à la con.
Stop !
Quoi ?
- Depuis quand on t'a pas demandé de passer des essais ?
Ça m'intéresse.
- Ça te va bien, cette coiffure débraillée.
On est d'accord.
Alors...
Je vais faire au mieux, à ma manière et puis...
on verra.
Je croise les doigts.
Action.
- Je suis gênée de ce qui vient de se passer.
- Vous êtes qui par rapport à ce monsieur ?
Je ne sais pas.
Je vous assure, je me le demande souvent.
Je suis supposée être son épouse, mais...
C'est un mot bien prétentieux au regard de ce que je suis.
- J'imaginais que vous étiez peut-être sa fille.
Je ne vous dis pas ça pour vous flatter,
je pensais : si c'est sa fille,
il n'est pas question que je m'intéresse à elle.
- Alors qu'en tant qu'épouse ?
Oui. Là, étonnement, oui.
Et sans aucun scrupule de ma part.
Épouse, sœur, belle-sœur, ce sont des configurations
qui font que je n'ai aucune raison de ne pas m'intéresser.
- Vous maîtrisez bien votre petit numéro.
Pas tant que ça.
- Comment vous appelez-vous ?
Tu te lèves.
- Vous voulez... OK. Je m'appelle Martin Cambremer.
Quels sont vos projets ?
- Peut-être trouver
une date prochaine qui vous convienne
pour un déjeuner ou un dîner en toute amitié.
- Je vous le dis amicalement, si vous avez envie de faire l'amour
avec moi, ça ne me pose aucun problème.
Quelle que soit la date ?
- En revanche, il est à craindre qu'en l'apprenant,
mon mari prétende être décidé à vous faire descendre.
Il parlera fortement, il vous menacera,
il tâchera de profiter de son avantage physique.
Comme une brute.
Il se comportera aussi minablement...
Non, non...
Je me permets non, je me permets oui...
de vous arrêter car cette réplique est absolument impossible.
Ça n'a rien à voir avec toi, Chiara, c'est...
Pardon, je me tais.
Il faut quand même qu'on y revienne.
Cette réplique...
"Il est à craindre que mon mari, en l'apprenant,
"prétende être décidé à vous faire descendre.
"Il vous menacera, il vous parlera fortement, il tâchera indignement..."
C'est pas possible, ces adverbes !
Ils pullulent.
Oh !
Faut le dire à Jacques. Faut l'appeler.
Tu peux l'appeler ?
Demande-lui s'il a rien au débotté, quelque chose qui nous aiderait.
Tu l'appelles maintenant ? Ou appelle-le plus tard,
parce qu'on va le déranger.
Allez.
On y va, on enchaîne. Tu me dis dès...
Quand tu l'as, d'accord ? Quand tu l'auras.
D'accord. À toi, Chiara.
Alors, vous disiez...
- Il se comportera aussi minablement qu'un homme sans pitié.
- Peut-être n'est-il pas absolument nécessaire qu'il en soit informé.
- Ce serait me priver du seul plaisir de le tromper.
- D'accord, je crois que je vous ai compris.
Je vous laisse. Je vais regagner mon siège.
Croyez que ce fut un grand plaisir pour moi
de m'être mépris pendant quelques secondes sur vos intentions.
- Mes hommages. - C'est très bien. Très bien.
Parfait.
Merci.
Pas facile, hein, Chiara ?
C'est pas facile, pas facile du tout.
Parce que c'est diablement vif,
et en même temps, il me semble que tu en fais un peu trop.
Tu cavales, tout le temps. Tacatac, tacatac.
Tu laisses pas de répit.
- Qu'en pensez-vous ? - Je suis pas d'accord.
Il y a un élan du marivaudage,
il y a une ironie de la conversation, obligatoirement, il y a un rythme.
- Un rythme, oui, d'accord, mais une course, je sais pas.
Et je me demande si elle prend tellement ça à cœur,
cette femme. Si elle est aussi vexée,
si ça la touche au fond.
Ou alors, elle s'en fout.
Je préfère qu'elle s'en foute. Plus d'indolence...
Pour une fois que j'arrive à mettre un peu de fantaisie dans un script.
- J'aimerais... - T'aimerais quoi ?
- Moins direct. Un truc plus chaud.
La Méditerranée, le soleil... On se prélasse.
- Le soleil ? - C'est peut-être de ma faute.
J'ai peut-être pas assez osé polissonner...
Non.
Tu veux que je te dise ? Non.
Je peux pas te le dire.
- Si, dis-moi.
Bon...
J'espérais...
que tu joues ça plus...
Plus Mastroianni que Deneuve.
Tu comprends, j'adore Catherine.
Mais c'est un personnage de filou, alors...
C'est plus Marcello que Catherine, tu vois.
Il faut viser ça.
- Oui, mais je les connais bien, les deux.
Je pensais que je jouais "plus Chiara",
mais, visiblement, je me suis trompée.
Je suis conne aussi, je me connais si mal.
C'est pas du tout...
- Je peux fumer quelque part ? - Mettez-vous à la fenêtre.
- J'ai dit quoi ? - Nicole, c'est Jacques.
Oh ! Jacques !
Oh ! Oui ? Merci de me répondre,
Non, parce que j'ai un doute,
dans la scène du...
Euh... Chiara...
Chiara ?
On la refait ? Je me suis senti très bien.
C'est gentil, mais bon...
Je vais vous dire quelque chose,
un philosophe génial qui s'appelait Friedrich Nietzsche
a dit une phrase qui est très importante :
"Tout ce qui est bon dans la vie, c'est héritage."
OK ?
Musique douce à la guitare
Si j'avais su
Si j'avais pu
Éviter ça
N'en jette plus
Ne sois pas déçu
Je n'ai rien vu de cela
Mes deux mains cachaient ma figure
Quand j'ai gâché notre proche futur
Quand j'ai foncé Vers la mer en voiture
J'ai foncé
À l'arrière, j'avais ma guitare
Mon laissez-passer Et trois tonnes de bazar
Quand j'ai heurté de plein fouet
Les pleins phares
Le fossé
Si je me souviens
La balade était bien
Si je me souviens
C'était au mois de juin
Au mois de juin
Beau mois de juin...
- Oh là là, chérie, c'est pas la peine de te mettre dans un état pareil.
C'est quoi, ce chagrin inutile ?
Je vais pas y arriver, ce soir.
On arrête, aucun problème.
Tu as chanté cette chanson des tonnes de fois, ça va bien se passer.
Je suis perdue en ce moment.
Je suis capable de rien,
C'est peut-être mieux si tu proposes à quelqu'un d'autre de t'accompagner.
Non, t'es gentille,
c'est pas toi qui décides de qui chante avec moi sur scène.
- J'ai encore rêvé de mon père, cette nuit.
Ah bon ?
Le père, c'est l'autorité, c'est la loi.
C'est aussi ton rapport à la société, ta propension à t'y faire une place.
- Depuis quand tu lis Psychologie Magazine, toi ?
- Quand tu fréquentes des actrices, c'est hyper pratique.
Tiens, j'ai chopé un truc.
- Ça fait un moment déjà que je le sens avec moi tout le temps.
C'est comme s'il me hantait.
Non, c'est comme si j'étais devenue le fantôme de mon père.
Il joue du piano.
Il te manque, c'est tout.
- Bien sûr qu'il me manque, mais là...
C'est plus étrange et plus sournois.
Ça me donne l'impression qu'on va me démasquer,
je sais pas comment t'expliquer,
qu'on va bien voir que je suis personne.
La peur d'être démasqué,
il existe une peur encore plus grande :
celle de ne pas être démasqué.
- Hein ? - De ne pas être démasqué, oui.
- C'est de plus en plus difficile de te comprendre.
On croirait le Sphinx.
Faut que j'aille pisser.
- Tu peux pas dire "aller au petit coin" comme tout le monde ?
C'est grossier, ces mots dans ta bouche.
- En italien - Va te faire foutre !
Merci infiniment.
Ça fait plaisir.
Tu ne peux plus te réveiller
Rien à faire
Sans toi le monde peut bien tourner
À l'envers
Engourdi par le sommeil Et prisonnier de ton lit
Oh
T'aimerais que chaque nuit
Revienne Mastroianni
En partant Il t'a mis le cœur à l'envers
Sans lui Ta vie est devenue un enfer
Entortillée dans tes draps Tu te souviens de sa voix
Lorsqu'il te disait tout bas Chiara, piccolina
"Le grand sommeil", Étienne Daho
- Excusez-moi.
Excusez-moi.
Vous auriez du feu ?
Merci, madame.
Connasse.
Hé !
En italien Bonhomme,
qu'est-ce que tu fais là, tout seul ?
Je peux te toucher ?
Elle parle en italien.
Où tu vas ?
Ils sont où, tes maîtres ?
Tu veux
que je te suive ?
Qu'est-ce que tu cherches ?
Tu as faim ?
Sanglots
Ça va, monsieur ?
- Avec un accent - Ça va.
Je vous remercie.
Vous êtes étranger ?
Oui, je suis anglais.
Je parle mal français.
- En anglais - C'est difficile de laisser
un homme seul sans s'inquiéter, quand il pleure
sur un pont.
Oui, pardon. Je vais...
Ça n'a pas l'air profond, rassurez-vous.
Et puis, il est tard.
À cette heure-ci, on peut faire une mauvaise rencontre.
Je ne crains rien, je suis armé.
Je blague.
- Vous voulez pas que je vous raccompagne ?
À la caserne ?
- Il y a des casernes de l'armée anglaise à Paris ?
- S'il y a des militaires, il y a des casernes.
Le Royaume-Uni appartient à l'OTAN.
Oui.
Je préférerais vous raccompagner.
J'attends quelqu'un.
Je vous dérange, alors...
Non...
C'est pas sûr que cette personne passe ce soir.
C'est même sûr qu'elle viendra pas.
Vous avez raison, je vais rentrer.
C'est à 5 min, si vous tenez à me raccompagner.
Je m'appelle Colin.
Je peux vous savoir votre nom ?
Mastroianni.
Vous êtes italienne ?
Je m'appelle Marcello Mastroianni.
Enchanté.
Colin Thirlwell.
C'est par là.
Il renifle.
Ils parlent en anglais.
Musique douce
J'attendais à cause d'une promesse ridicule.
Un faux rendez-vous,
se dire qu'on se retrouvera une nuit, sur le pont.
- Pour se prouver qu'on vit une histoire d'amour ?
- Exactement. Un truc con et romantique.
Un truc français.
Je croyais les Anglais bien protégés
contre le romantisme tordu des Français.
- On s'était dit avant la fin de l'été. C'est bientôt.
Après, je dois rentrer à Londres et ce sera vraiment fini.
- Ou c'est déjà fini, mais vous voulez pas le savoir.
- Il devait partir pour affaires et m'a promis de revenir dans un an
et si j'étais libre, de me revoir.
J'ai réussi à presque l'oublier,
mais avec l'été, l'espoir est revenu.
Et vous, qu'est-ce que vous auriez fait ?
On doit croire les Français ou pas ?
Renoncez à lui.
Oubliez-le et renoncez à lui.
Ne pas savoir renoncer en amour,
c'est s'exposer à la pire des blessures.
Et vous,
à part aborder des militaires, vous faites quoi de votre vie ?
- Pas grand-chose.
Ma vie n'est pas vivante en ce moment.
- Vous êtes amoureuse ? - Pas du tout.
Ça fait un bon moment.
Je suis donc libre d'entrer avec vous dans cette caserne.
Vous êtes drôle.
Vous êtes quelqu'un de bien...
mais c'est impossible.
- Les Italiens sont plus simples que les Français.
C'est vrai ? J'ignorais.
Pour les Anglais,
tout ce qui est continental est compliqué.
Je vais me coucher.
On se revoit sur le pont, demain ?
- Peut-être que, sur vos conseils, je n'y retournerai pas.
Bonne nuit.
- En italien - Hé, petit !
Viens ici.
T'en dis quoi ?
Draguer un cœur brisé,
militaire, anglais, pas très hétérosexuel,
c'est un objectif de vie raisonnable pour moi ?
T'en dis quoi ?
Rien ?
Oui, mieux vaut pas y penser.
On y va. Viens.
Viens !
- C'est la seule perruque que j'avais dans sa couleur.
Je l'ai peut-être coupée trop court sur ta nuque.
La prochaine fois, je viendrai avec des paires de moustaches.
Il rit.
Tu tiens vraiment à faire ce que tu es en train de faire ?
Pourquoi ?
Ça marche pas ? Je lui ressemble pas assez ?
- J'ai pas dit ça. C'est juste que c'est un peu bizarre, non ?
- Bizarre flippant ? - Non.
- Ça aurait été plus simple de te déguiser
en Catherine.
C'est pas un déguisement, tu sais.
- En italien - Bonjour.
Alors, Mattia,
on ne salue plus ses vieux amis ?
À quoi tu joues ?
Je viens manger chez toi.
- Ta table ? - Elle est libre, non ?
Tu l'as pas réservée à quelqu'un que tu préfères ?
Pas du tout. Je t'en prie.
À qui est ce chien ?
Il est avec moi.
Un aventurier qui me suit depuis hier soir.
- Mais qui es-tu ?
Tu peux m'appeler Marcello.
Merci.
- Bonjour, excusez-moi de vous déranger.
C'est Mattia du restaurant Le Grand Venise.
Ciao.
- Je t'ai appelée pourquoi ta fille, elle est là.
Elle est travestie en homme, je sais pas qu'est-ce qu'elle fait.
C'est pour ça que je t'ai appelée, elle rigole toujours. Oui, oui.
Mais c'est incroyable.
Qui t'a fait ça ?
C'est pour des photos ?
Je suis bluffée.
Ça te va bien en plus.
Merci.
- C'est très troublant, la ressemblance.
Je vais faire une photo.
Mets-toi de profil.
- T'es trop en dessous, ça va être moche.
Attends.
- Prends-moi du dessus. - De profil, c'est moins bien,
parce que ta bouche est plus fine.
Il avait les lèvres rondes, ton père. Attends.
Des lèvres à bisous ?
- Voilà. Non, c'était pas tant un kisseur.
Un kisseur ?
- Oui, "kiss" en anglais, le baiser.
Je vais déjeuner aussi. C'est quoi, le plat du jour ?
Le poulpe.
Bah, très bonne idée, le poulpe.
C'est qui, ce pépère ?
- Je l'ai trouvé hier en me baladant sur les quais.
En italien On s'aime bien, je crois.
Il est très digne, on dirait la reine d'Angleterre.
- Ton père aussi tombait sur des chiens abandonnés dans Paris.
Je sais pas où il les trouvait ou si c'était eux qui le repéraient.
On avait toujours des chiens à l'appartement.
Mais pourquoi tu parles en italien ?
Il y a quelqu'un qu'on connaît ?
Je parle italien, j'ai un chien
et je bois du whisky.
Alors, l'illusion est parfaite.
Absolument.
Dorénavant, je veux que tu m'appelles Marcello.
Pourquoi ?
- Pour le plaisir. Je veux être appelée comme ça désormais.
- Et il y a une raison particulière à ça ?
C'est la vie, c'est tout.
La vie de qui ?
La tienne ou la sienne ?
La nôtre.
C'est notre vie que je veux retrouver.
- Chiara, les gens vont se demander :
"Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Déjà, le pauvre Mattia, il était paniqué au téléphone,
t'aurais dû l'entendre dire : "Elle est folle, la gamine."
- Il n'a peut-être pas tort.
- T'es où, là-dedans ?
- Ça me va très bien de disparaître.
Parlons d'autre chose. Tu reprends quand, ton tournage ?
- Non, s'il vous plaît, me servez pas ça.
J'ai horreur
quand il y a les tentacules. Non, pardon.
Je pensais que c'était préparé...
Tu feras moins la maligne
quand tu seras derrière les barreaux.
Crois-moi, l'usurpation d'identité, c'est puni par la loi.
- Excusez-moi, je cherche le nom de...
De Mastroianni.
Mais je sais pas, je ne le trouve pas,
mais il y a peut-être un pseudo, non ?
Très beau bouquet.
Oui.
Donc, je...
- Je vous appelle Marcello ? - Ça me ferait très plaisir.
J'ai jamais eu de copain acteur.
De vrais copains qu'on peut appeler au milieu de la nuit, car ça va pas,
et qui comprennent ça et qui vous écoutent vraiment.
Des copains acteurs avec qui on n'a pas honte de se livrer et...
Et à qui on peut raconter ce qui se passe certaines nuits
dans la tête des acteurs.
Car on sait plus qui on est,
on sait plus ce qui nous appartient ou ce qui nous appartient pas,
qu'on a le sentiment d'avoir tout perdu.
Vous ressentez ce que je veux dire ?
- Le vertige. - Exactement. Le vertige.
- Et vous pensez à moi, comme copain, alors ?
- C'est bizarre de vous raconter ça comme ça, c'est même débile.
Mais hier, pendant ce casting,
j'ai ressenti quelque chose, un truc circulait entre nous.
Je vais oser le mot, il y avait de la bienveillance.
Là, j'ai senti une bienveillance profonde.
J'ai même senti de la tendresse, ce qui est assez rare.
À ce point-là, j'ai jamais ressenti de la tendresse pour un acteur.
En amitié comme en amour, ça doit exister les coups de foudre ?
- Non ? - Oui. J'y crois, en tout cas.
J'ai passé ma vie de coup de foudre en coup de foudre.
C'est génial, on se comprend.
Coca ?
Coca Zéro, si possible.
- Et vous savez, je veux dire, pour une manière un peu plus égoïste,
j'ai toujours adoré Marcello et ça a toujours été
comme un regret pour moi de ne pas avoir eu la chance
de tourner avec lui.
Vous savez, je parle souvent de Louis Jouvet,
car Jouvet, c'est comme une sorte de père autoritaire comme ça.
Mais Marcello, Marcello,
c'est comme mon parrain.
Merci beaucoup.
Et jamais,
je n'aurais pensé qu'un jour, j'aurais la chance de vous rencontrer.
Je veux pas vous forcer la main non plus.
- J'ai plutôt le sentiment que vous m'aidez là.
- Si vous m'acceptez, si vous m'autorisez à...
Enfin,
à partager un moment votre rêve...
- Je peux appeler ça un rêve ? - Oui.
- Ça me rendrait heureux de rêver avec vous.
06 22 11 30 40.
C'est mon numéro de téléphone, tu m'appelles quand tu veux.
Quel que soit le problème.
Un état dépressif, promener ton chien, un déménagement,
casser la gueule à un type qui t'embête dans la rue,
te sortir d'une embrouille avec une femme, y a aucun problème.
Je suis là.
06-22-11-30-40. Vas-y,
enregistre-le.
C'est ton nouveau numéro vert.
Quel que soit le problème !
Bonjour, Nicole.
C'est adorable de vous être rendue disponible dès mon coup de fil.
Vous connaissez Marcello.
- C'est-à-dire ?
On tenait à vous voir très vite,
parce qu'on a très envie de tourner ensemble, avec vous, évidemment.
On va parler franchement, Nicole. En ce qui me concerne, je tenais...
Je veux que vous sachiez
que je ne tournerai ce film que si c'est Marcello qui...
Qui joue le rôle avec moi.
C'est une telle chance qu'il soit de retour.
- Le rôle de votre maîtresse ? - Oui. Oui.
Oui.
Si vous voulez, on peut réécrire.
Ça peut être un duo d'amis plutôt qu'un couple,
je vous laisse voir ça avec Jacques.
Mais nous, un couple, ça nous convient.
Pas vrai, Marcello ?
- Vous vous moquez de moi ? - Pas du tout.
Il n'y a aucune ironie dans notre démarche. Non.
En toute franchise et honnêteté qu'on se présente à vous.
On est disponibles pour tourner ce film, Nicole,
mais c'est vous le chef, alors...
- C'est quoi, ces conneries, Chiara ?
Marcello.
Nicole... C'est Marcello, attention.
Tu veux boire quelque chose ?
Un whisky.
Et vous ?
Excusez-moi, on peut avoir deux whiskies ? Merci beaucoup.
- Vous permettez que je passe un moment en tête à tête avec Marcello ?
Bien sûr.
Où j'ai le droit d'écouter si je ne parle pas
- ou un vrai tête-à-tête ? - Un vrai tête-à-tête.
Je peux tout à fait...
- Tu viens prendre une cigarette avec moi ?
Je peux être extrêmement discret.
- Je te présente mes excuses. Voilà.
C'est ce que tu veux ?
J'ai été maladroite, je voulais pas te blesser.
Jamais j'aurais pensé que c'était encore sensible pour toi.
Tu as ta place dans le cinéma et tes parents n'y sont pour rien.
Tu t'es faite toute seule comme actrice.
J'aurais jamais dû te comparer ni à ton père ni à ta mère.
Mais ça y est, maintenant, j'ai compris.
Maintenant, il faut arrêter cette blague avec Fabrice.
C'est une mauvaise blague et ça me met très mal à l'aise.
- En italien - C'est pas du tout une blague.
On t'a dit qu'on voulait jouer ensemble pour toi.
Par pitié,
tu ne vas pas te remettre à parler en italien.
Tu as quoi, contre les Italiens ?
Un Italien t'a brisé le cœur ?
- J'ai rien contre les Italiens, je veux qu'on se parle.
- De manière un peu calme. - Moi, je suis calme.
La soirée est belle, douce, et j'ai un nouvel ami.
On se fume une cigarette. Détends-toi.
- Mais tu veux pas essayer de parler français ?
- Mais dis-moi, "Garcia", c'est pas un peu italien ?
- Non, "Garcia", c'est pas italien, c'est espagnol.
C'est ton premier "Marcello" !
Tu parles italien et tu me comprends.
- Je te comprends, mais je ne t'approuve pas.
C'est pas grave.
Je suis pas fâché.
On fera un beau film, nous trois.
Un film ?
C'est pas possible, il n'y aura pas de film.
Autant être franche, j'ai d'autres idées d'actrices pour le rôle.
Genre, Léa Seydoux ?
- Oui, Léa, elle a auditionné comme toi.
Vous êtes plusieurs. Je cherche.
- Comme les cinéastes, je cherche. - Non.
Quoi ?
- Certains cinéastes écrivent pour des acteurs auxquels ils tiennent.
- Ils font ce qu'ils veulent. Je suis une parieuse.
J'ai voulu voir. Un petit pari lancé comme ça, on sait jamais.
Parce qu'on t'a raconté que Léa était déjà choisie, c'est ça ?
Mais qui raconte ces conneries ?
Tu crois que moi qui suis aussi actrice, je vais me permettre
de perdre mon temps et de te faire passer un casting pour rien ?
- Merde, je peux pas rester ! Attends.
Je dois absolument filer.
Ça me rassure, ce que tu dis.
Excuse-moi auprès de Fabrice. Je l'appellerai.
Maintenant, j'ai son numéro.
Réfléchis, Nicole.
Fabrice et moi dans ton film, c'est une bonne idée.
Tu vas pas le regretter.
J'ai envie que tu filmes la personne que tu as devant toi.
J'en ai tellement envie. Parles-en à ton producteur.
Imagine l'affiche :
"Marcello Mastroianni et Fabrice Luchini
"dans le nouveau film de Nicole Garcia,
"sortie 2024" !
Qu'est-ce que tu en dis ? Mais si !
Mais non ! Mais non !
- Penses-y.
Musique rythmée
Applaudissements
Merci, merci, merci, merci.
Merci. Moi aussi, je vous aime.
Maintenant,
je voudrais confier le micro
à une personne avec qui j'ai partagé bien des choses.
Cri Oui.
Une personne qui chante aussi divinement qu'elle joue la comédie.
Une personne qui pour vous dire la vérité,
me surprend énormément tout le temps, voire qui parfois m'hallucine.
C'est pour vous. C'est ce que l'Italie nous a donné de plus beau.
La belle, la bella, le bello...
Mastroianni.
Applaudissements
T'es gentille, t'aurais pu me prévenir.
C'est ma veste en plus.
Puisque t'es venue en latin lover, on va changer de registre.
On fait le Ramazzotti, on fait le Ramazzotti.
- Tu me fais pas un sale coup ? - Non.
Tu chantais ça à ta fille quand elle était petite.
"Una storia importante", Eros Ramazzotti
Elle chante.
Salut. Salut.
C'était très bien.
Et assez particulier ce qui s'est passé, non ?
- T'as pas aimé le petit happening de Chiara ?
Vous avez fomenté ça ensemble ?
- Non, pas du tout. Moi aussi, au début, j'étais surpris.
Ça va, c'était rigolo.
Oui, certainement, si tu le dis.
Je peux te parler deux minutes ?
- Je savais pas que tu venais ce soir.
- Merci, excuse-nous.
Pardon.
- Qu'est-ce qui t'arrive, minou ?
- Disons que je suis un peu stupéfait par ton apparence.
C'est plutôt réussi, non ?
- C'est quoi, c'est un costume de scène ?
- Non, pas du tout. C'est une décision.
Celle-là, je l'ai prise en mon âme et conscience.
- Tu veux qu'on te confonde avec ton père, c'est ça ?
Oui, à peu près.
- Tu peux m'expliquer ce que ça t'apporte de faire ça ?
- Ça me rend heureuse. Ça te va comme réponse ?
- Qu'est-ce que t'espères ?
- Rien, je t'ai dit que j'étais heureuse comme ça.
Je comprends pas.
C'est quoi, le truc ?
Tout faire pour qu'on te répète
jusqu'à la nausée que tu es bien la fille de...
Que tu n'es que la fille de ? C'est ça qui va te rendre heureuse ?
Dis-moi.
- Le matin je trouve que mon visage correspond pas
à l'idée que je m'en fais de l'intérieur, c'est tout.
Tu te sens mal, c'est ça ?
- Commence pas à paniquer, tout va bien.
Je comprends pas pourquoi ça te perturbe autant.
- Parce que ça me concerne, ce qui t'arrive.
Parce que tu es mon amie.
Oui.
- Parce que j'ai promis à celui que t'imite bizarrement
que je veillerais toujours sur toi,
que je te protégerais
- Merde, on sait bien que c'est pas juste une blague.
Non, c'est pas une blague, non.
- Je me suis tellement inquiété pour toi tout à l'heure.
Tu as tort, ça me protège.
Je ne me sens pas en danger comme ça.
Il va falloir t'habituer, c'est comme ça que je veux être vue.
Appelle-moi Marcello et souris un peu !
Arrête et enlève ça !
Bonsoir, bonsoir...
- Je pourrais avoir une photo ? - Bien sûr. Deux petites minutes.
Vous jouez à quoi, les enfants ?
- Melvil nous fait une crise de démence.
Tu as Madame Arthur juste là.
Tu peux peut-être aller leur proposer ton numéro de travesti.
Ça les amusera beaucoup.
Redescends un petit peu, Melvil.
- Je vous laisse, j'ai entendu assez de conneries pour ce soir.
Non, tu restes !
- Laisse-la partir.
- En italien - Connard !
- Ça veut dire quoi, cette dispute ? Ça fait vachement scène de ménage.
- Vous avez pas remis le couvert ? - T'es con ou quoi ?
- Je me demandais, ça aurait pu, on sait jamais.
Le retour de l'idylle adolescente ? Non ?
Je me tais ?
Je suis là, je suis là.
Ouais, bien sûr. Et t'as rien pour signer ?
Non, pas le bras.
Musique douce
Vibreur
Marcello ?
Non tu ne me déranges pas. Qu'est-ce qui t'arrive ?
Mais là, maintenant ?
Tu me déranges pas, je dormais pas.
Dis-moi, tu es où ?
Tu m'envoies l'adresse par texto,
j'arrive.
D'accord ?
Ça me rassure que tu m'aies appelé.
À tout de suite. Je t'embrasse.
- On est d'accord que Marcello n'est pas Marcello ?
Mais si, pourquoi ?
Parce que ça se peut pas.
Si, pour ton esprit cartésien,
tu as besoin de croire que Marcello n'est pas Marcello, d'accord.
Mais chérie, qui te dit que Luchini, c'est Luchini ?
Il ne faut pas surinvestir notre capacité à raisonner le monde.
Je t'assure, mon chéri.
Je dois pas m'inquiéter non plus
que Marcello soit plus une femme qu'un homme ?
- Ça, ce serait vraiment une inquiétude grossière et sans aucun intérêt.
Tu peux dormir tranquille, mon amour.
Je t'aime.
- Tu rentres à quelle heure ? - Je sais pas.
Tu sais, le type est un peu fêtard.
J'ignore combien de temps, je vais le mettre à le ramener chez lui.
Tu sais, c'est pas facile.
Je suis absolument sidéré que Melvil...
C'est, c'est...
Ça va pas avec ce que...
Faut dire que je l'ai connu très très bébé.
J'ai coiffé sa maman.
Ah oui ?
Chantal.
Bombe atomique.
1966, 1967,
son mari, Michel Poupaud, venait me chercher en Triumph.
Avant qu'il soit né, je...
Je savais que ce qu'elle aurait comme enfant
serait un enfant...
exceptionnel
qui serait la réconciliation du père et de la mère.
La mère, c'était
une merveille de spontanéité
et son père est un immense intellectuel.
En même temps, maintenant, c'est un peu...
un normal. Il a réussi la transition
d'abandonner tout pittoresque pour devenir normal.
C'est la thèse de Bouquet.
Quand j'ai commencé à être le répétiteur de Bouquet,
il me disait : "Il faut que tu n'aies plus aucun pittoresque.
"Il faut devenir normal !"
- C'est un peu triste, non ? - Non.
Parce qu'un acteur normal, c'est un acteur universel.
Un acteur caractériel est un acteur à symptôme.
Le grand acteur, selon Bouquet, est l'acteur
qui n'a aucune personnalité particulière,
donc, il peut recevoir les milliers d'identités.
Tu comprends ? Si le mec a énormément de personnalité...
C'est une chose terrible, la personnalité.
- Pendant longtemps, j'ai été l'homme d'une seule femme.
Un seul mariage.
Après, j'ai eu d'autres amours, mais pas d'autres femmes.
J'ai tenu à la fidélité, peut-être pas tant à ce mariage
qu'à ma jeunesse.
Ce que Faye n'a pas voulu comprendre,
d'ailleurs.
Faye ?
Faye Dunaway.
Faye Dunaway.
Ah ouais !
Carrément.
- Je suis même allé à Los Angeles pour elle.
Mais la ville, c'était pas possible, tout est stérilisé.
Tu trouves pas une merde de chien dans les rues.
Je suis rentré en Europe tourner à Paris un film plein de tristesse.
J'avais du chagrin, et Catherine, qui jouait dans le film avec moi,
elle aussi était un peu malheureuse.
On a réussi à faire de notre chagrin un chagrin heureux.
Catherine...
On va pas parler de Catherine.
- Non, bien sûr, on n'est pas des goujats.
Mais tu sais que j'ai été le mari de Catherine.
Elle me trompait
avec Gérard Depardieu, mais j'étais son mari.
Tous les matins, quand on m'emmenait en voiture sur le tournage,
j'arrêtais pas de me dire : "Je suis le mari de Catherine Deneuve.
"Je suis le mari de Catherine Deneuve."
Excuse-moi. C'est maladroit...
- Mais non, attends, je te comprends.
- Catherine et moi, on n'a jamais été mariés dans la vraie vie,
mais on l'a été trois fois dans les films.
Pour la Polpetta.
La Polpetta ?
Ça veut dire ?
La Polpetta, c'est Chiara.
Ah.
Elle aurait certainement préféré
qu'on soit des mariés de la vraie vie, pas de cinéma.
- T'as pas l'impression que tu vrilles un peu là ?
- Pourquoi tu dis ça ? - Cette histoire-là,
quelqu'un qui attend le retour d'une personne
un an après leur séparation sur un pont...
Ça ne te rappelle rien ?
- Non. - Tu as joué cette histoire au cinéma.
Dans Les nuits blanches .
Avec Visconti, justement.
C'était pas un militaire anglais, c'était un...
C'était une actrice autrichienne, je vais même te dire son nom.
L'actrice s'appelait, je vais te dire...
Maria... Pardonne-moi. Maria Shell.
Putain.
- T'inquiète pas, ça nous arrive à tous de confondre
un tournage avec un vrai souvenir.
Ne t'inquiète pas.
Je vais rentrer chez moi. Toi aussi, faut que tu rentres.
Il est tard, ta femme va s'inquiéter.
- Mais on se revoit demain ? - Bien sûr.
Et on lâche pas Nicole !
Compte sur moi.
Tu peux compter sur moi.
Puis on reviendra. Peut-être que le gars sera là demain.
On reviendra ! Tu peux compter sur moi.
Je t'embrasse.
Musique douce
- En italien - Qu'est-ce que tu fais là, toi ?
- En anglais - Que fais-tu là ?
- Tu n'étais pas sur le pont, alors me voici.
C'est spartiate, ici, non ?
Je suis venue te demander une chose.
- Comment as-tu berné le garde ?
- Il y a une cachette pour une cigarette ?
À tes yeux, je suis un homme crédible ?
Crédible pour quoi ?
J'en sais rien.
Pour faire ce qu'on attend d'un homme.
Tu parles de sexe ?
Non, avant de...
- Bonsoir, David. - Salut, Colin.
Avant d'en arriver là,
l'homme a bien des activités en dehors du sexe, non ?
- La cachette est là-haut.
Donc...
Quoi ?
OK, pas de réponse à ça.
Mais sur ma crédibilité ?
Tu m'as l'air d'un homme fiable.
Viens.
Attention.
Waouh.
Mon endroit préféré à Paris.
À part le pont ?
- On devrait pas faire ça. - Non.
Désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris.
Asseyons-nous.
Tu as le temps pour une cigarette.
Musique douce
- En italien - Serais-tu capable
de tout lâcher et repartir à zéro ?
De faire un choix, un seul,
et de t'y tenir ?
D'en faire ta raison de vivre.
Un choix qui renfermerait tout,
qui deviendrait tout.
Et que ta fidélité à ce choix le rende infini.
En serais-tu capable ?
Aboiements
Quoi ? Si tu veux pas venir, ne viens pas.
Allez.
- Je m'en veux tellement d'avoir réagi comme ça.
Je me suis inquiété et la peur m'a fait dire des conneries.
J'aurais jamais dû lui arracher sa perruque.
- T'inquiète pas pour la perruque, c'est pas ça, l'important.
- Tu crois que c'est quoi ? Une sorte de confusion mentale,
une crise de schizophrénie, carrément ?
- Je crois qu'elle a besoin de son père, c'est tout.
Elle va finir par reprendre ses esprits.
Et si elle les reprenait jamais ?
Si elle restait toujours comme ça ?
On n'en est pas là.
On doit tous faire des efforts.
Dis-toi qu'elle est comme une somnambule,
il faut pas la réveiller brusquement.
Ça t'est déjà arrivé à toi
de te prendre pour quelqu'un d'autre pendant une période ?
Oui, Melvil.
Ça m'est arrivé souvent,
mais en général, quelqu'un dit toujours "Coupez !".
Ils rient.
T'as raison, je deviens débile.
Si ça se trouve, c'est ça, elle nous mène en bateau.
On lui a proposé un rôle,
Elle le prépare, sans nous le dire.
Ils préparent pas un biopic sur Marcello ?
Non, mais ça va pas ?
Sonnerie de téléphone
Allô ?
C'est toi, ma chérie ?
C'est Chiara ?
Je suis avec Melvil.
Je traversais le Luxembourg et je l'ai vu.
Il est venu faire son cours de tai-chi.
Non, je vais pas lui dire ça.
Tu lui diras toi-même quand tu le verras.
Tu es où ?
Maintenant ?
Tu as vu ça ?
Mais on s'en fout.
Tu t'en fous, mais pas nous.
- Où est-ce que tu as perdu ta voix ?
On a fini de tourner tard hier soir.
C'est étrange de s'arrêter ici.
On a été heureux ici ?
Oui, aussi.
Elle sonne.
Oui, bonjour.
Bonjour,
je suis Catherine Deneuve.
J'ai habité votre appartement il y a longtemps
avec ma fille et son père.
On voulait savoir si on pouvait se recueillir un petit moment.
- Bien sûr, vous pouvez monter. Porte
- C'est ouvert. - Merci.
Les gens sont vraiment très gentils.
- Les gens sont très gentils avec Catherine Deneuve.
Oh !
Moi, je suis jamais revenue ici.
C'est gentil de nous accueillir.
Ça me fait plaisir, entrez.
Merci.
- Suivez-moi.
- Je vais vous laisser découvrir. - Merci.
À tout à l'heure.
- Le temps efface tout, tu le sais bien.
- Je sais, mais j'ai cru qu'on retrouverait quelque chose,
qu'il resterait quelque chose sur place.
Et non.
Pourtant, tout est là.
- Les choses disparaissent avec nous quand on s'en va.
Faut l'accepter, c'est pas si grave.
Et comme les choses, nous finirons par être ensevelies.
Peut-être qu'un jour, les gens parleront encore de nous
après notre mort.
On nous aimera encore un peu, mais ça finira.
On oubliera tout.
Ne crois pas qu'à cause des films, ils se souviendront de nous.
Ils se souviendront de nos visages,
mais nous, plus personne ne saura qui nous étions.
Mais qu'est-ce que tu fais ?
- Mais... - Viens.
Vas-y.
T'entends la Callas ?
- Pourquoi devrais-je entendre la Callas ?
Enfin, fais un effort !
Tu te souviens pas, la Callas qui habitait en bas
et qui faisait ses airs d'opéra ? Tu t'en souviens ?
- Je me souviens que je l'entendais par la cheminée.
Mais là, j'entends rien.
T'entends quelque chose ?
Non.
"O mio babbino caro", Maria Callas
- Allez, aide-moi à me relever avant que...
Avant qu'il nous prenne pour des folles.
Quoi ?
- Tu as toujours cru à une histoire entre la Callas et moi, non ?
- Non. Qu'est-ce que tu viens inventer ?
Regarde !
Je vois dans tes yeux le feu de la jalousie qui rejaillit.
Tu racontes vraiment n'importe quoi.
Menteuse.
- Certainement pas ! Tu vas pas me traiter de menteuse.
Dans cette maison, il n'y a jamais eu qu'un menteur, tu sais qui c'est.
Un baratineur, disparaissant la nuit. On savait pas où, en Italie,
- ailleurs... Franchement.... - Chut !
- Non ! Me traiter moi de menteuse, mais...
T'es vraiment culotée
de raconter l'histoire inversée. C'est dégueulasse !
Toi menteur ! Moi non.
En italien Rigole.
Un petit café vous ferait plaisir ?
- En italien - On peut se parler calmement, non ?
J'en ai assez d'être calme.
Partons de cet endroit qui n'a pas abrité que de bons souvenirs.
Je vous sers ?
- J'en veux pas, de son café de merde !
Maman, fais un effort.
Encore un effort !
Pourquoi je dois toujours sourire aux gens ?
C'est moche ce que vous avez fait de cet appartement.
Mince.
Oui. Je suis désolée de vous le dire, mais...
Vraiment, ça a perdu tout son charme.
Mais merci de nous avoir reçues.
Merci d'être venues surtout.
Musique douce
Oui.
- En italien - Salut, Melvilino.
Comment ça se passe, cette journée de tournage ?
- Comment ça se passe, cette résurrection ?
- C'est pas à toi que je vais expliquer qu'on a peut-être qu'une seule mort,
mais qu'on a le droit à au moins trois vies.
C'est quoi, la scène du jour ?
C'est une scène d'amour.
Encore !
On nous fait jouer autre chose que des amoureux au cinéma ?
Oui, on joue parfois des fantômes.
- Tu es amoureux de qui, dans cette scène ?
À ton avis ?
- Une jeune femme, évidemment. - Non, détrompe-toi.
Je joue quelqu'un amoureux d'une idée, plus que d'une personne.
C'est quoi, cette idée ?
- Dis-moi, tu es bien curieux, Marcello,
mais puisque ça t'intéresse,
je joue une personne
qui ne croit en rien d'autre qu'en la vérité.
Il n'aime que ce qui est vrai.
- Il a pas l'air sympathique, ton bonhomme.
Si, au contraire.
- Il se croit peut-être sympathique, mais aux yeux des autres ?
- C'est parce que les autres, pour la plupart, sont des faussaires.
Parce qu'il ne sait pas les aimer.
- Parce qu'il ne croit plus en eux. - Parce qu'il ne sait pas aimer.
Non, tu as tort.
Il en sait certainement plus qu'eux.
Je suis désolée, je te dérange.
T'es en plein tournage et moi je viens t'embêter.
Je vais y aller.
Non, reste.
- J'étais venue jusqu'ici pour savoir si tout allait bien entre nous.
Savoir si on était toujours des amis.
Mais oui, évidemment.
Tu sais ce qu'il me ferait plaisir ?
Je t'écoute, mon garçon.
Puisque tu es revenu...
J'aimerais que tu m'engueules une nouvelle fois,
comme la seule fois où tu m'as engueulé.
On dînait, Chiara, toi et moi, sur la plage
de ton hôtel à Formia. Tu t'en souviens ?
- En italien - Oui.
Tu veux bien faire ça pour moi ?
Oui.
Moi, je prends les lasagnes.
Comment ça, les lasagnes ?
Ça va pas ?
Le temple du poisson de Formia et tu prends des lasagnes ?
C'est un choix aberrant, d'ignorant,
de touriste !
C'est gênant. Mais quelle idée !
Je confierai pas ma fille à quelqu'un qui sait pas manger.
Les Français sont terribles !
C'est d'une débilité !
Déjà que vous mangez des grenouilles,
pourquoi pas carrément une pizza ?
C'est pas possible.
C'est pas possible, Melvil !
Je sais pas ce qui t'a pris.
Ça me paraît totalement halluci...
Sonnerie de téléphone Excuse-moi.
Oui ?
C'est l'Italie.
C'est lui ?
Mais non, t'es con.
Oui.
Ah.
En italien Vous voulez faire l'émission demain ?
Dans ce cas, je dois prendre le train de nuit.
Aucun problème, j'ai mon passeport, tout ce qu'il faut.
Je mets deux bricoles dans une valise, j'ai besoin de peu.
Bien sûr.
Oui.
- Si, j'apprécie ton appel, mais je suis à l'ambassade.
Un instant, je me trouve un coin tranquille.
Cette salle est libre ?
Absolument.
- Pardon, je veux pas te déranger si tu es de service.
On dit : "Au service de Sa Majesté la reine" ?
"Sa Majesté le roi", maintenant.
Je t'écoute.
- Ne m'attends pas sur le pont, ce soir.
Je dois prendre un train pour Rome, pour du travail.
Si on peut appeler ça du travail...
Je t'expliquerai un jour.
J'ai plein de choses à t'expliquer.
Je voulais pas aggraver les choses.
En te forçant à attendre encore quelqu'un qui ne viendrait pas.
C'est gentil de ta part.
Tu rentreras vite de Rome ?
J'aimerais te revoir.
J'ai encore le goût de tes baisers sur le bout de ma langue.
Tu parles français, je vois !
J'arrive, Fabrice.
J'ai utilisé une appli
et j'ai mémorisé la traduction pour toi.
Je peux pas te parler, là.
Colin,
je t'ai pas tout dit sur moi.
- Tant mieux, on a plein de choses à se raconter.
Je dois te laisser.
On se reparle bientôt ?
Bye.
OK, bye.
Désolée.
- Dis-moi, tu la connais, cette émission de télé ?
Non, pas vraiment.
Ils m'ont dit que c'était genre talk-show, pour faire une surprise.
- Mais ils savent qui tu es ? - Hein ?
- On fait pas venir Marcello à la télé pour faire une surprise.
- C'est ça, l'idée. Ils veulent Marcello sur leur plateau.
Je fais comment s'ils m'arrêtent à la douane avec mon passeport ?
De quoi tu parles ?
- La photo, ils vont pas me reconnaître.
- Tu parles, ils verront que le nom.
Puis tu seras pas contrôlée,
c'est l'espace Schengen, y a plus de douane.
Avec la Meloni à leur tête,
je suis sûre qu'ils ont remis le contrôle aux frontières.
Si tu veux, je t'accompagne,
et comme ça, s'il y a un problème...
Je vais me débrouiller, t'inquiète.
- Alors, voilà, c'est déjà fini entre nous.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Tu me largues, c'est tout.
Tu le fais pas par cruauté, mais c'est que ça fait mal.
- Je te largue pas, j'ai besoin d'aller là-bas toute seul.
Faut pas se mentir, Marcello.
Il y a très peu de chance qu'on se revoit après ton voyage.
Mais non...
- Je voudrais te dire quelque chose quand même.
J'étais tellement heureux
de t'avoir rencontré, tellement fier, tu peux pas imaginer.
d'avoir été ton ami pendant quelques jours.
"Words", F.R. David
Deux minutes.
- Bienvenue. - Merci.
- Le voyage s'est bien passé ? - Très bien, merci.
Bonjour. Votre carte d'identité.
C'est Mastroianni !
Mastroianni qui ?
Par ici.
Entrez, je vous en prie. Le costume est là.
Gina, je reviens le chercher dans 5 min.
5 min !
- Va te faire foutre ! Je peux pas le maquiller en 5 min.
À tout', Gina !
Euh...
Mets d'abord le costume.
Non, ça va aller.
Comment ?
- Je préfère que vous ne touchiez à rien.
Juste un peu de poudre sur le nez.
- Écoute-moi, vu que tu te crois si malin :
utilise ta propre poudre, pas la mienne !
C'est dingue !
Entre les stars qui viennent avec leur staff
et les nuls comme toi, qui refusent tout,
comment je bosse ?
Comment je gagne ma vie ?
Goodbye, baby!
La porte claque.
Sonnerie de téléphone "Ride of the Valkyries"
Pronto ?
Pronto ?
Pronto, mama, pronto ?
Pourquoi tu réponds pas ?
Ça fait deux jours !
Mais t'es où, à la fin ?
Dis-moi où tu es.
Ne me mens pas.
Je suis dans ton appartement et je sais que t'as pas dormi là.
Je suis venue pour récupérer
les boucles vertes que tu m'as empruntées.
- En italien - Je suis à Rome.
Regarde dans le tiroir de ma table de nuit.
Oui, mais je les ai récupérées.
Qu'est-ce que tu fous à Rome ?
- En italien - J'avais besoin de venir.
J'en avais aussi envie.
Excuse-moi, j'aurais dû te prévenir.
Hm. Et tu rentres quand ?
J'en sais rien.
Ça veut dire quoi ?
Dans deux jours, dans une semaine, je sais pas, jamais ?
Réponds-moi.
T'es pas partie pour t'installer là-bas ?
Tu vas pas pousser cette histoire jusqu'à habiter à Rome ?
- Si c'est d'actualité, tu en seras la première informée.
Je suis là pour une interview
et me balader un peu.
- Méfie-toi de la presse italienne. - Je sais.
Là, c'est de la télé en direct.
Je peux dire ce que je veux.
- Qu'est-ce que tu vas leur dire encore ?
En quoi ça les regarde, hein ?
Tu veux être discrète un peu ? Fais-moi plaisir.
T'es en Marcello ?
Bien sûr que je suis en Marcello !
Et un Marcello de gala, crois-moi.
Le micro.
Je reviens.
En italien
Le numéro.
- Le numéro ? - Pour le plateau.
Applaudissements
- On peut dire que pour vous, ce film a été fondamental.
Un vrai tournant dans votre vie.
Tout à fait.
C'était mon premier film et il a gagné un oscar.
- Me revoilà. Suivez-moi.
J'enviais à Marcello
son indolence,
la "sciallezza".
La "sciallezza" ?
Comme on dit à Rome.
Même s'il tournait avec un réalisateur important,
tout à coup, il s'éloignait et s'endormait.
Je l'enviais beaucoup.
Applaudissements
- Stefania, je vous ai fait une promesse.
Je vous ai réservé une très belle surprise.
Une surprise pour moi extraordinaire.
Nous avons reçu la nouvelle, depuis Paris,
d'un nouveau Marcello
ou d'un Marcello nouveau.
Je l'ai appelé aussitôt
et lui ai demandé de nous rejoindre,
pour que vous et vous seule
nous disiez si c'est un imposteur ou non,
ou s'il s'agit d'un vrai miracle.
Oh !
- Vous aussi, dépêchez-vous !
Venez par là.
Numéro 6, en piste.
Les cartons bien en vue, les gars !
Vous, faites-nous rire.
- Je suis là pour une interview. - Oui, après.
Préparez-vous !
- Mais l'interview ? - Après !
Et maintenant, ouvrons la Roue.
Applaudissements
Voilà.
Vous voyez, devant vous
se tiennent sept Marcello possibles.
Vous pouvez vous approcher, les étudier de près.
Vous avez connu Marcello,
vous vous souviendrez bien de son visage,
mais aussi de son esprit.
Cela pourrait-il être le numéro 1 ?
Évocation de Divorce à l'italienne
de Pietro Germi.
Vous êtes plus inspirée par le numéro 2 ?
Extrait du film Dans les coulisses de Monicelli et Steno.
Ou bien...
Pardon.
- Le numéro 3 nous entraîne chez Ettore Scola.
Une journée
particulière .
Le numéro 4.
Les Yeux noirs de Mikhalkov.
Le numéro 5.
L'Apiculteur d'Angelopoulos.
Le numéro 6.
Tel qu'il était habillé
dans Ginger et Fred de Federico Fellini.
Le numéro 6 vous trouble, Stefania ?
Que se passe-t-il ?
C'est lui !
C'est lui, j'en suis certaine,
le 6.
Vous en êtes sûre ?
Oui, le 6.
- Vous semblez très émue, en plus d'être sûre.
- Vous êtes certaine ? - Absolument.
Mais c'est une situation si particulière que...
En fait, c'est...
Venez, numéro 6.
C'est Marcello,
mais en même temps, ce n'est pas lui.
Et donc, comment dire,
c'est une situation étrange, parce que...
Mais j'aimerais tant que ce soit lui.
- C'est Marcello et ce n'est pas Marcello.
Nous avons besoin de preuves.
Vous vous souvenez tous du jour où Mastroianni
a chanté avec notre chère Mina.
Oui.
Regardons cette vidéo.
"Se piangi, se ridi"
Tu peux venir un instant ?
Tu vois, Marcello n'est plus là.
Toi,
tu ne peux pas vivre
comme si tu n'existais pas.
Promis ?
Aboiements
- Seul Marcello parvenait à faire chanter un chien.
Par conséquent, c'est votre moment.
Le moment de nous prouver que vous êtes bien celui
que vous prétendez être.
Faites chanter le chien,
cher Marcello.
Elle chante.
Aboiements
Formidables !
Applaudissements
Bravo, examen réussi !
Absolument !
Mais vous n'êtes pas
Marcello.
Vous n'êtes pas Marcello.
Dites la vérité.
Qui êtes-vous ?
Qui êtes-vous ?
Vous n'êtes pas Marcello.
Nous voulons
savoir qui vous êtes.
Dites-nous la vérité.
On veut la vérité, non ?
La vérité.
La vérité.
La vérité !
La vérité ! La vérité ! La vérité !
La vérité ! La vérité ! La vérité !
- Excusez-moi.
Excusez-moi, je...
La vérité ! La vérité ! La vérité !
- Excusez-moi...
Excusez-moi, le micro !
C'est pas très professionnel.
Tu te crois meilleur avec ton accent français ?
Où tu cours, comme ça ?
Elle crie.
Fait chier ! Putain !
Il est passé où, ce con ?
Attrapez-le et ramenez-le-moi !
Vite !
Vite, vite, vite !
Il est où ?
Marcello !
Marcello, viens ici !
Marcello !
Miaulement
- En italien - Qu'est-ce que tu fais là ?
Qu'est-ce que tu fais là ?
Musique douce
Sifflet
Ils parlent en italien.
- Il se fout de nous, regarde-le !
Je vais t'emmener au poste et te faire mettre au trou !
On y va !
Par ici !
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Un plongeon dans la fontaine de Trevi.
- Bien joué ! - Tu m'étonnes.
- Faites-moi sortir tout de suite d'ici !
Je veux parler au pape !
Vous me mettez avec les femmes ?
Pourquoi ?
C'est quoi, ce merdier ?
Venez avec moi.
Où je dois vous mettre ?
Ça vous va, là ?
Oui, très bien.
- Allez-y.
L'homme continue de crier.
M. Mastroianni.
La télé a fait déposer ça pour vous.
Ils m'ont aussi demandé de vous remettre cette enveloppe.
Ils ont tenu parole.
Merci. Bonne nuit.
Comment ça, tu te sens
plein de tristesse, de chagrin et de jalousie ?
- C'est un peu comme une angoisse dans le ventre,
dans un point plus bas que l'angoisse.
J'ai l'impression de creuser des souvenirs.
Mais tu veux que je vienne ?
J'adore conduire, je te fais l'aller-retour sans aucun problème.
Qu'est-ce que tu vas faire demain ?
- La télé m'a payé deux nuits dans un hôtel à Formia.
C'était le dédommagement prévu.
Comment il est, l'hôtel ?
- J'y suis pas allée depuis tellement longtemps.
Ça a dû changer.
Mais j'ai besoin de voir la mer.
- Et dans l'hôtel, on voit la mer ? - Hm.
- Mais il est confortable ? - Hm.
Je t'ai déjà dit que j'adorais le patinage artistique ?
- Non, tu m'avais jamais dit ça. Qui t'a donné cette passion ?
C'est la "mama" qui regardait ça.
J'ai hérité de son goût.
Après, j'ai tout fait pour que ma fille aime ça aussi.
- Si ça te plaît à toi, je vais m'y mettre.
- Elle rit. - Tu crois ?
- Ça doit pas être si compliqué que ça, les règles.
Dès demain, je me renseigne.
Et tu...
Juste une question.
Tu veux pratiquer ou être simplement spectateur ?
- Je suis partant pour tout. - Bah...
Pratiquer ? D'accord.
Demain, je... On s'inscrit.
Et à nous deux, les doubles boucles piquées.
Chiara rit.
Ça m'a fait plaisir que tu m'appelles.
- Il est tard. - Non, t'es folle.
Comme un débile, j'étais persuadé que tu m'appellerais plus.
À très vite. Je t'embrasse très fort.
Je t'embrasse.
Grincement
- Tu vas te mettre au patinage artistique ?
À ton âge ?
Et pourquoi pas ?
Et pourquoi pas, madame ?
Chuchotements
- T'en fais pas, ma chérie, les Italiens tombent jamais.
Seuls les Français tombent.
- Tu crois qu'ils vont leur donner un 6.0 ?
Ils le mériteraient.
Mais tu sais, les juges,
on peut pas leur faire confiance.
Attends. Attends.
Voilà.
Doucement, Chiaretta.
Doucement.
C'est bien, Polpetta !
"A Dean Martin", Fabio Concato
- En italien - Marcello !
Marcello, viens !
Viens !
Marcello ! Marcello !
Marcello !
Marcello, viens !
Je savais que c'était toi.
Quelle joie de te revoir !
Tu te souviens de moi ?
Non, tu ne te souviens pas.
Cochon, va !
Dis-moi,
pourquoi tu es si triste ?
- Je ne suis pas triste. - Si.
Je t'observe depuis un moment,
tu marches de long en large,
comme si tu hésitais à te jeter à l'eau.
Non. Je n'en ai pas l'intention.
Tu es en vacances ?
- Que pour le week-end.
- Dans ton hôtel habituel ? - Oui.
- Aide-moi à me lever.
J'ai un peu froid, je rentre.
Tu m'aides ?
Non, laisse, je me débrouille.
Marcello,
donne-moi un baiser.
Mes joues
veulent sentir un baiser.
Tu ne te souviens vraiment pas de moi ?
- Tu ne sais pas comment je m'appelle ? - Si.
- Alors, dis-moi comment je m'appelle.
Francesca.
- Mais non ! - Je le savais.
Cochon, va !
Je ne te crois plus.
Silvia.
Alessandra.
Isabella.
Le chapeau !
Julia, Claudia, Sofia !
Mais...
Excusez-moi, la dame a oublié son chapeau !
Oui ?
Un dessert, un café ?
Un café.
Je peux le boire sur la terrasse, pour fumer ?
- Bien sûr, monsieur, je vous l'apporte.
Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je pouvais pas laisser sans assistance un ami qui vous dit
qu'il est plein de chagrin et de jalousie.
C'est pas possible.
Et je suis pas venu tout seul.
J'ai emmené quelques amis parisiens avec moi.
Hello !
- Bonjour. - Marcello !
On t'attend pour la partie.
Ça te fait plaisir qu'on soit là ?
C'est Fabrice qui nous a tous entraînés.
C'est un bon copain que tu t'es fait.
Alors, les équipes...
- Faut pas déconner avec l'échauffement.
En place. On étire les muscles.
C'est les poignets surtout.
C'est ça, le risque.
- Ça vient après. Rotation des poignets.
- Rotation... - Rotation des poignets.
Rires
Rotation des chevilles.
Des chevilles ?
Et maintenant, les épaules.
- On peut jouer. - C'est ça, un échauffement.
Faut faire les équipes.
- Oh là là ! - OH !
C'est trop fort.
C'est la violence hétéro.
Essayons de jouer à notre niveau.
- Lequel ? - Un niveau moyen.
- Très bas. - Un niveau très moyen.
Soyons pas dans l'agressivité.
Nicole !
Ah ouais ?
Aïe !
- J'ai une angoisse dès que le ballon arrive près de moi.
Melvil !
- Faut pas courir comme ça dans le sable.
Oh !
La vache !
Il va aller à la flotte.
Non !
Colin !
C'est trop puissant.
- C'est pas que c'est trop puissant..
- Je me trompais sur toi, il paraît. - Hein ?
Ça a parlé dans mon dos pendant le voyage ?
- Désolé de ne pas avoir vu qui tu étais vraiment.
Ne t'excuse pas.
Ça m'allait très bien.
- Il est pas un peu jeune pour elle son Anglais ?
- Quoi ? - Il serait pas jeune pour elle ?
- J'ai l'impression qu'il est plus pour lui que pour elle,
- selon mes informations. - Quoi ?
J'en suis même sûr.
- Vous êtes dingues. - C'est pas impossible.
Quoi ?
- En italien - Bonjour, tout le monde !
Salut, Catherine.
- Comment ça va, Colin ? - Bien, merci.
- Bien dormi, Nicole ? - Très.
Oh, les petits yeux, Fabrice.
Déjà levé, Benjamin ?
Oh, Melvil, c'est magnifique.
Merci, Catherine. Toi aussi.
Comment ça va, mon amour ?
Pardon, non. Pardon.
- En anglais - Que s'est-il passé ?
Quoi ?
Désolé, je suis indiscret.
Tu devrais aller la voir.
Musique douce
Di, Marcello, perchè ridi ?
C'est si cruel, cette plaisanterie
Dis, Marcello, pourquoi tu ris ?
Ce n'est pas si drôle, vu d'ici
Ce vilain tour que tu me joues
De ton absence inexcusable
Vois-tu Ça m'amuse plus beaucoup
C'est une farce bien lamentable
Tu as disparu je ne sais où
Tu as réussi, j'ai eu peur
Depuis, plus de larmes à mes joues
Elles coulent Mais c'est à l'intérieur
C'est l'enfer, vu de l'intérieur
Di
Marcello, perchè ridi ?
Ce n'est plus si drôle, vu d'ici
Dis, Marcello
Pourquoi tu ris ?
Ça ne peut durer plus longtemps
Car plus j'y pense Et plus j'en tremble
Au diable tous tes ricanements
Il nous faut revenir ensemble
Ça ne peut durer plus longtemps
Remise tes astuces
Au placard
Il faut revenir à présent
Au départ
Di Marcello, perchè ridi ?
C'est si cruel, cette plaisanterie
Dis, Marcello, pourquoi tu ris ?
Ça va ?
Quand moi je pleure et te supplie
Dis, marcello
Dis, marcello
Pourquoi tu ris ?
Dis, marcello
C'était une dispute conjugale
ou entre mère et fille ?
- On s'est même pas disputées, je t'assure.
Je peux pas me disputer avec elle.
Elle est bonne nageuse ?
Attends.
Elle va trop loin.
Allez !
Elle va où ?
- Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Reviens, je te dis !
Reviens !
- Attends-nous.
- Ça va, Nicole ? - Oui.
Wait !
On arrive.
Musique douce
"Underlands", Andrew birds
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