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Original subtitles

...

-Bonsoir. Capitaine Delboscq.

Que s'est-il passé ?

-Le feu a pris

dans les dépendances. On a sorti un homme.

-Sa femme était là ? -Non.

Personne dans l'atelier non plus. -Il va s'en sortir ?

-Difficile à dire.

Il a respiré beaucoup de fumée, mais il a eu de la chance.

Ca s'est joué à quelques minutes.

Son fils vous en dira

peut-être plus.

-Vous avez eu le bon réflexe. -Où est ma mère ?

-Il était seul.

-Ils devaient dîner ensemble.

-Vous l'avez appelée ?

-Oui, elle répond pas.

-Elle a dû partir avant

que le feu se déclenche. Elle n'avait rien de prévu ?

-Non. Ils devaient

venir me chercher.

-OK. Attendez.

*-Vous êtes sur le répondeur d'Isabelle Dubreuil.

-C'est Mathilde Delboscq. Rappelez-moi, c'est urgent.

...

*C'est Mathilde Delboscq.

*Rappelez-moi, c'est urgent.

-Bonjour. C'est Isabelle Dubreuil. Je viens d'avoir votre message.

Que s'est-il passé ?

Et Romain ?

OK. Merci.

J'arrive.

J'arrive tout de suite.

Y a eu un incendie chez moi.

-Ton fils était

dans la maison ? -Non.

Il était chez un copain, heureusement.

Mais il y avait son père.

-Et alors ?

-Maman.

-(Romain.

(Ca va aller.)

-Madame Dubreuil.

-Oui. -Vous me suivez ?

On a ouvert une enquête sur l'incendie, j'ai des questions.

-Tu m'attends ici ?

-Je vous en prie, asseyez-vous.

-(Merci.)

-Racontez-nous ce qui s'est passé hier soir.

-Romain était parti chez un copain. J'ai dîné avec Antoine.

Et vers 21h15 environ, je suis partie de la maison.

-Pour aller où ?

-A l'hôtel "Les jardins de Cézanne" rejoindre un ami.

-Cet ami pourra en témoigner ?

-Si nécessaire. Mais je pense qu'on m'a vue à la réception.

-Que faisait

M. Garault dans l'atelier ? -Il a dû aller se reposer.

-Vous saviez qu'on l'avait convoqué ?

-Non. Non, pas du tout.

-Vous semblez pourtant proches.

-On ne partage pas tout pour autant.

C'était tout ? Je voudrais retrouver mon fils.

-Vous voulez le voir ?

-Je ne sais pas...

Non. Non.

J'ai pas le courage.

-Très bien.

On vous raccompagne ?

-Merci beaucoup. Bonne journée.

-Je vous contacterai quand on aura le témoignage de M. Garault.

-Il est vivant ?

-Bien sûr.

En réanimation, mais il est vivant.

-Vous ne me l'avez pas dit.

-Vous ne me l'avez pas demandé.

-On vous a proposé d'aller le voir.

-J'avais cru... Vous m'avez laissé entendre que...

-Qu'il était mort ?

Non, pas du tout.

Mais il a eu beaucoup de chance.

On peut dire que votre fils lui a sauvé la vie.

-(Tant mieux.)

Merci.

Ils t'ont dit que ton père était vivant ?

-Bien sûr. -Madame Dubreuil.

Vous pouvez pas rentrer. C'est une scène de crime.

-Pour combien de temps ?

-Tout dépend de ce qu'on trouve.

-C'est entendu.

On va à la boutique. -On va pas voir papa ?

-Si, bien sûr.

-Ouais, Revault.

-Alors, voilà.

Antoine Garault avait 1,5 g d'alcool dans le sang

et 3 cachets de lorazépam.

-C'est beaucoup moins que Pascal Dubreuil.

-L'alcool décuple les effets, de quoi le rendre KO.

-Ca peut être une prise accidentelle.

-C'est pas le vrai problème.

-C'est quoi, alors ?

-C'est l'expertise incendie. Y a eu qu'un seul départ de feu,

situé entre 23h et 23h30. -Presque 2h après

l'arrivée d'Isabelle

à l'hôtel. -Comment elle a fait ?

Elle s'est créé un alibi en béton.

-Hm.

-Isabelle est restée avec moi de 21h30 jusqu'au matin.

-Vous êtes sûr ?

Elle ne s'est pas absentée ? -J'en suis certain.

-Vous la connaissez depuis longtemps ?

-Non, mais ça change quoi ?

-Beaucoup de choses.

Regardez.

Ca, c'est ses ex-maris, morts tous les trois.

Les deux autres ont failli mourir.

Ca fait beaucoup.

-Je l'ai lu dans le journal. Mais on en a parlé.

-Un faux témoignage peut coûter cher.

-C'est cet article qui est mensonger.

-Selon elle, je suppose.

Pourquoi elle ne porte pas plainte ?

Parce que tout est vrai.

Je dis ça pour vous mettre

en garde et pour vous protéger.

-Je ne vous mens pas. Isabelle est restée avec moi toute la nuit.

Si vous la croyez coupable, arrêtez-la alors.

-Ca va pas tarder. -Vous attendez quoi ?

-Les conclusions de l'enquête.

-Vous voyez, vous n'avez rien contre elle.

-Je vous conseille

de rester à l'écart

de cette personne. -S'il vous

plaît.

-On va s'installer à l'hôtel

puis on verra où on va tous les deux.

-Et papa ?

-Le temps qu'il aille mieux, je veux dire. J'espère.

-Les médecins disent qu'il va s'en sortir.

-Il faut leur faire confiance.

-Ouais,

il faut leur faire confiance.

Elle a appelé la maison "une scène de crime".

-Oui.

Tu sais comment ça s'appelle ?

De la manipulation.

Ils veulent te monter contre moi.

Ca marche, apparemment. -Ouais, ça marche.

-Ils savent que si tu me lâches,

j'aurai plus de raison de me battre parce que je suis fatiguée...

je suis fatiguée qu'on m'accuse tout le temps.

Je suis innocente.

-Pardon.

-Je sais que voir ton père dans le coma a été un choc.

Pour moi aussi.

-Je vais

faire un tour.

Carillon.

*-Vous êtes sur le répondeur de Lionel, laissez un message.

...

Cri étouffé.

...

-Bonjour. -Bonjour.

-Papa est en cuisine ? -Oui.

-(Je reviens.)

-Je vous fais visiter ? -Avec plaisir.

...

-Je m'excuse, papa.

-T'as pas à t'excuser.

C'est moi qui ai merdé.

Tout est de ma faute.

J'aurais dû être plus présent. -Non, c'est moi.

J'étais trop en colère.

Je t'en voulais trop.

J'acceptais pas que tu vives avec une autre.

J'aurais dû me mettre à ta place. -T'avais pas à le faire.

T'avais 16 ans.

C'est moi qui devais t'aider.

Je l'ai pas fait.

-Personne pouvait m'aider.

Je t'en voulais pour éviter de me dire que c'était de ma faute.

-Ca ne l'était pas.

Cet accident, c'était

la fatalité.

Et t'avais raison,

je t'en ai voulu, c'est vrai.

A chaque fois que je te regardais, je ne voyais qu'elle.

Tu lui ressemblais tellement.

Ma chérie.

Hugo, ravi de vous revoir. -Moi aussi.

J'ai des idées à vous soumettre. J'aimerais avoir votre avis

pour mon futur resto. -Avec plaisir.

-Moi aussi, j'ai une idée : vous pouvez peut-être vous tutoyer.

-Ah ben... oui.

A nous !

A ta réussite.

Propos entremêlés. Rires.

...

-T'es un excellent chef. Vraiment.

...

-Je pensais pas te revoir.

-Pourquoi pas ?

-Tu ne me réponds plus.

Tu as dû lire l'article.

-J'ai dû témoigner auprès des gendarmes.

-J'ai pas donné ton nom.

-Ils ont pas eu besoin de toi.

Je leur ai dit que tu n'y étais pour rien.

Je le sais, on était ensemble.

-Oui.

Il faut plus qu'on se voie.

Avec ce qui s'est passé, je vais partir.

-Viens avec moi à Rennes.

...

-Je sais pas ce qui s'est passé.

C'était un accident.

-Ca fait beaucoup d'accidents.

Vous vous souvenez de votre soirée ?

-On a mangé et puis...

je suis allé dans l'atelier.

Et je me suis endormi.

Je me rappelle que ça.

-Votre ex-femme était encore là ? -Je sais pas.

Je crois pas.

-Vous aviez pris

des somnifères ?

-Peut-être. Je sais plus.

-Votre ex-femme savait que la gendarmerie vous avait

convoqué ? -Non.

-Pourquoi ?

-Elle avait pas besoin de le savoir.

-Vous avez tenté de vous suicider il y a 3 jours ?

-Non. -Et il y a 16 ans ?

Quand vous avez passé trois mois

dans le coma.

Qui a écrit cette lettre ?

-J'ai plus rien à vous dire.

-Très bien.

-Bonjour !

On se quitte plus.

-Votre ex-mari

s'est réveillé.

-C'est une très bonne nouvelle.

Merci d'être venue me le dire.

-Je suis pas venue pour ça. Suivez-moi.

-Oui.

...

-C'est ici qu'on a retrouvé votre mari.

Vous saurez

exactement comment

il a été tué.

Il était garé

juste là.

On voit encore les traces.

Il dormait,

assommé par les somnifères

qu'on avait mis dans son thé.

Son assassin a pris

un jerrican d'essence dans le coffre.

Il a ouvert les portes, aspergé l'intérieur

puis l'extérieur d'essence.

Il a pris le briquet de Pascal,

celui que vous lui aviez offert, où était gravé "Pascal pour toujours".

Il a balancé le briquet dans le coffre.

Puis il s'est reculé.

Et il a regardé la voiture s'enflammer.

Il a regardé Pascal s'enflammer.

-Pourquoi vous faites ça ?

-Je veux vous comprendre.

-Me comprendre ?

-Non, je veux vous empêcher de continuer.

Votre vie est une fiction.

Vous pourrez pas garder tout ça pour vous.

Vous finirez par avouer.

-Avouer quoi ?

Je suis innocente.

On peut y aller ?

-Le feu serait parti de la corbeille

dans laquelle on a trouvé des traces de cire.

Le feu aurait pu être déclenché par une bougie.

Puis il s'est répandu,

dégageant des fumées toxiques.

C'est quoi, ce truc ?

-On dirait un minuteur.

-Comme celui trouvé dans les affaires de Pascal

qu'elle allait jeter ?

-Regarde ce qu'elle a pu faire :

Antoine Garault dort,

complètement assommé par les somnifères.

Elle remonte le minuteur.

Elle a juste à remonter le minuteur.

Le poser soigneusement

à côté d'une bougie.

Elle part à l'hôtel et elle attend.

Deux heures après, le minuteur se déclenche,

fait tomber

la bougie, qui met le feu à la poubelle.

-T'as encore plus d'imagination que je pensais.

-Ca se tient.

-Même si t'as raison,

ça reste des supputations. Téléphone.

-Revault ? *-J'ai l'expertise graphologique.

*C'est la même personne qui a écrit les deux lettres.

-Si Garault ne les a pas écrites, c'est elle. On le convoque.

Vous voulez savoir pourquoi

vous êtes là ?

Nous pensons que vous avez écrit ça il y a 16 ans.

C'est très ennuyeux parce qu'on vient d'apprendre

que c'est le même auteur qui a écrit celle-ci.

Une double expertise le prouve.

Ce qui fait de vous

un suspect.

-Ou alors vous n'êtes pas l'auteur de cette première lettre.

Et ce n'était pas un suicide,

mais une tentative de meurtre.

Comme ce qui s'est passé il y a deux jours.

Ce ne serait pas étonnant,

vu vos analyses toxicologiques,

alcool plus somnifères.

Que s'est-il passé, M. Garault ?

-Je me souviens plus.

-On vous a retrouvé allongé dans le lit de l'atelier.

-J'ai dû m'endormir. -Avant ou après

le départ de votre ex-femme ?

-Ca change quoi ?

-Ca change tout.

Dites-nous juste que vous n'avez pas

écrit cette lettre et vous serez libre.

Vous voulez voir grandir votre fils ?

-J'ai pas tué Dubreuil. -Oui, mais ça suffit pas.

Si vous ne parlez pas plus, vous irez en prison

et vous ne reverrez plus

Romain.

-J'ai pas tenté de me suicider

il y a 16 ans.

J'ai pas écrit cette lettre.

-Que s'est-il passé alors ?

Pourquoi vous n'avez pas

porté plainte, même contre X ? -Isabelle aurait été soupçonnée.

Je voulais protéger mon fils.

Tout ce que j'ai fait depuis la naissance de Romain,

c'est pour le protéger.

S'il n'y avait pas eu mon fils,

ça ne se serait jamais passé comme ça.

*J'ai pas tenté de me suicider

*il y a 16 ans. J'ai pas

*écrit cette lettre.

-Ce témoignage

est essentiel mais fragile.

Il ne doit pas revenir sur ses aveux durant l'instruction.

-J'en ai conscience.

-Je vous rappelle qu'il est crucial d'obtenir

des aveux circonstanciés durant la garde à vue d'Isabelle Dubreuil.

-Merci, monsieur le procureur.

-Mme Dubreuil,

vous êtes en état d'arrestation.

Suivez-nous à la gendarmerie. Vous pouvez voir un avocat.

Allez.

-Attendez.

-Je dis au revoir à mon fils.

T'inquiète pas pour moi, ça va aller. Je vais revenir vite.

(Ne crois rien de ce que tu entends, d'accord ?

(Je t'aime.)

-S'il vous plaît, on y va.

...

Monsieur Garault vous a lâchée.

Ca vous désigne comme l'unique auteur de ces lettres.

-Il a dit formellement que j'avais essayé de le tuer ?

-Non, pas formellement.

Mais ça ne sert plus à rien de nier,

c'est plus qu'une question de temps.

Je vous conseille de parler, Isabelle. Libérez votre conscience.

-Ma conscience ? -Faites-le pour vous

et les enfants de Pascal qui attendent

vos explications. -Ma conscience est claire.

-Alors, faites-le

pour votre fils.

Vous l'aimez, je le sais.

Il mérite de savoir qui est sa mère, non ?

Pour qu'un jour, il puisse vous pardonner.

-Je n'ai rien à déclarer.

-Très bien.

On va vous placer en garde à vue.

Vous pourrez consulter un avocat. Revault, Karim.

...

-Merci.

Je voudrais de quoi écrire, s'il vous plaît.

-Elle va avouer, tu crois ?

-Non. Elle ne parlera jamais.

J'espère juste qu'on en a assez

pour l'amener jusqu'au bout.

-J'espère aussi.

...

...

-Pour mon fils.

-C'est une lettre pour son fils.

-Qu'est-ce qu'elle lui écrit ?

-Qu'elle est innocente, qu'elle n'a pas tué Pascal

et n'a rien fait de ce dont on l'accuse.

-Des aveux ? Des confessions ?

-Non, rien de tout ça.

Elle se présente comme une victime.

"J'ai souffert de la mort de René, de Stéphane, de Pascal,

"des hommes que j'aimais, malgré ce que j'ai subi."

-Qu'a-t-elle subi ?

-On le saura jamais.

-Et sur son enfance ?

-Rien du tout.

-Faites une copie, avant qu'on la donne à son fils.

Je vais chez la juge.

-Allez.

-Au vu du dossier d'enquête

établi par la section de recherches d'Aix-en-Provence,

je mets Mme Dubreuil en examen

pour meurtre avec préméditation.

-Il n'y a aucune preuve.

-Les indices graves suffisent à justifier sa mise en examen.

Je sollicite la réclusion provisoire.

-Ma cliente ne représente aucun danger. C'est une mère

respectable. Son fils

est scolarisé à Toulon... -Maître Costa.

Madame Dubreuil,

vous allez être placée en détention provisoire aux Baumettes,

en attendant votre comparution.

S'il vous plaît.

-(Madame.)

-Bon. Elle a été mise en examen pour meurtre avec préméditation.

Elle sera placée en détention provisoire.

-Elle va enfin payer.

-Merci beaucoup. -C'est pas encore gagné.

Le procès n'aura pas lieu avant au moins un an, tout peut arriver.

-Au moins, elle ne fera plus de mal à personne.

-C'est aujourd'hui, le troisième jour du procès

d'Isabelle Dubreuil, accusée de la mort de son mari

et qui comparaît libre, après 8 mois de détention provisoire.

C'est au tour des témoins de l'accusation de comparaître,

à commencer par l'ex-mari de l'accusée.

Sonnerie. -La cour !

-Monsieur Antoine Garault

ne s'étant pas présenté ce matin, nous passons au témoin suivant.

-Pardon, M. le président, mais M. Garault

est un témoin crucial pour l'accusation.

-Mais il est à l'étranger et ne compte pas se présenter.

Il sera condamné à une amende.

-Il faut le contraindre, M. le président.

Aussi je vous demande

de reporter le procès.

-Vu l'avancement des débats,

nous devons passer outre. -Pardon,

mais l'accusation a besoin de temps pour compenser

cette absence, vous en conviendrez.

-Accordé.

-Merci, M. le président. -L'audience reprendra demain

avec le témoignage de la capitaine

de gendarmerie, Mathilde Delboscq.

-Nous voilà bien. On a perdu notre témoin principal

et aucune preuve matérielle. -Sans Garault, on n'a rien.

Le jury connaîtrait son passé,

ça changerait tout. -Ce sont des faits prescrits.

Si vous évoquez son passé,

on prend le risque qu'elle bénéficie d'un non-lieu.

-Je sais.

Mais si on fait rien, on va perdre.

Elle va ressortir libre.

-Elle est jugée uniquement sur le meurtre de Pascal Dubreuil.

On n'a pas à connaître son passé. -Sauf si elle en parle.

-Elle sait bien les conséquences que ça pourrait avoir.

-Y a peut-être

un moyen.

Revault, la lettre qu'Isabelle a écrite à son fils,

tu peux me l'envoyer par mail ?

-J'appelle la capitaine Delboscq

à témoigner.

-Merci, M. le président.

Capitaine, je souhaiterais

vous interroger sur les rapports entre l'accusée et la victime.

Comment les décririez-vous ?

-Le plus simple serait de lire les mots que l'accusée a écrits.

Ca reflètera mieux la vérité.

-A quoi faites-vous allusion ?

-A une lettre qu'Isabelle Dubreuil a écrite

durant sa garde à vue.

-Une lettre ?

M. le président ?

-D'où provient cette lettre ?

-Elle nous a été transmise par l'accusée pour son fils.

-Quelle preuve avez-vous qu'elle l'a écrite de sa main ?

-Elle l'a écrite durant sa garde à vue.

La cour pourra consulter les vidéos.

-Je vous en prie.

-"Romain, cette lettre est pour toi,

"pour que tu saches qui je suis.

"Mon fils chéri,

"tu ne peux pas savoir à quel point je t'aime et tu me manques déjà.

"Sache que je suis innocente de tout ce dont on m'accuse.

"Soupçonnée à tort d'avoir tué mon précédent mari quand j'ai rencontré

"Pascal, lui n'a jamais eu aucun doute

"sur mon innocence.

"J'ai souffert de la mort de René,

"de celle de Stéphane, de Pascal.

"Des hommes qui m'étaient proches,

"que j'aimais..."

-Il faut arrêter l'audition.

-"Des hommes que j'aimais, malgré ce que j'ai subi,

"malgré les soupçons." -De quels soupçons s'agit-il ?

A quoi fait référence l'accusée ?

-Durant l'enquête sur la mort de Pascal Dubreuil,

un article évoquant le passé de Mme Dubreuil est paru.

-Ca n'a rien à voir avec notre affaire.

-Excusez-moi, cher confrère, mais il me semble

que cela permet de comprendre la personnalité de l'accusée.

-Répondez, capitaine. A quels soupçons

fait-elle référence ?

-Deux de ses anciens maris sont morts.

L'un, asphyxié dans son garage.

L'autre, dans l'incendie de sa maison.

Tous deux avaient absorbé beaucoup de somnifères.

La même molécule retrouvée dans le corps de Pascal Dubreuil.

Réactions dans le jury.

Deux de ses autres compagnons

ont sombré dans le coma après avoir absorbé cette molécule,

dont Antoine Garault, son premier mari.

-M. le président ! -Ce sont des faits.

Des faits. -C'est une manière inacceptable

d'influencer le jury.

Je demande l'arrêt de l'audience, l'annulation du procès,

et un non-lieu pour ma cliente. Réactions.

-Silence !

-Continuez, M. l'avocat général. Les débats peuvent

reprendre. -Merci, M. le président.

Je vous remercie pour ces éclaircissements importants.

Je n'ai pas d'autre question pour l'instant.

-Maître Costa ?

-Capitaine, si, comme vous le sous-entendez,

Mme Dubreuil avait été coupable de ces crimes,

pourquoi à aucun moment

n'a-t-elle été inquiétée par la justice ?

-Elle l'a été, une fois.

Elle a été soupçonnée lors de la mort de Stéphane Leclerc.

-Et qu'a conclu l'enquête ?

-Mme Dubreuil a reçu un non-lieu.

-Merci.

-M. le président, il serait intéressant

de savoir sur quelle base l'accusée a bénéficié

de ce non-lieu.

-Sur la base du témoignage de son amant

qui a assuré qu'elle était avec lui durant l'incendie fatal à son mari.

-Qui était cet amant ?

-Pascal Dubreuil.

Qui est ensuite devenu son mari. -Pascal Dubreuil,

l'homme dont nous jugeons aujourd'hui le meurtre ?

-Exactement. 12 ans après qu'il a lui-même innocenté Mme Dubreuil.

-Merci, capitaine.

-Parlons des éléments qui comptent réellement dans un procès.

Les preuves matérielles.

De l'ADN sur la scène du crime ? -Non.

-Des empreintes ?

-Non.

-Des traces de produit inflammable sur les habits de Mme Dubreuil ?

-Non.

-D'autres éléments matériels ?

-Non. -Autrement dit, des conjectures,

des spéculations.

Ce n'est pas parce que ma cliente aurait pu tuer qu'elle l'a fait.

Vous n'avez aucune preuve contre l'accusée.

Et pour cause, elle est innocente.

Merci. Je n'ai pas d'autre question.

-C'est passé de justesse.

C'était une manoeuvre très risquée. -J'en suis pas très fière.

Mais j'avais pas le choix.

-Du point de vue de la morale, vous avez raison.

Mais de celui du droit...

-C'est au jury de décider.

-Hm. Bon, à tout à l'heure.

-A tout à l'heure.

-Je ne vous croyais pas capable d'une telle manipulation.

-Il faut croire que j'ai appris.

-Vous leur avez mis ma culpabilité dans la tête.

Ils me prennent pour un monstre,

maintenant.

-Bonne chance.

-Pourquoi ?

Après tout ce que vous avez fait.

-Ca n'a rien

de personnel.

-Vous savez bien que c'est faux.

C'est totalement

personnel.

A tout à l'heure.

-Je n'ai pas tué mon mari, je suis innocente.

-Vous affirmez votre innocence,

mais ce que voudrait la cour, c'est vous comprendre,

madame Dubreuil.

La femme que vous êtes vraiment.

-Je suis une femme comme les autres,

qui a besoin d'aimer

et d'être aimée. -On vous décrit

comme froide, détachée. -C'est faux.

Je me suis forgé une carapace pour me protéger.

-De quoi ?

-Des accusations mensongères,

de mes blessures.

Je n'ai pas tué mon mari. -Et qu'est-ce qui...

Selon vous, qu'est-ce qui lui est arrivé,

alors ?

-Pascal était très touché de la mort de sa mère, j'ai la conviction

qu'il a voulu aller la rejoindre. -Il aurait choisi ce moyen ?

Incendier sa voiture.

-Oui.

-Bien. Vous avez quelque chose

à ajouter ?

-Oui.

Elle se racle la gorge.

"Je n'ai pas tué Pascal. Je l'aimais.

"J'ai aimé vivre avec lui,

"avec toi, Jérémie,

"et toi, Louise.

"Je n'ai pas tué votre père.

"L'accusation veut me faire passer pour une femme insensible,

"une veuve noire, comme le dit la rumeur.

"Je suis tout le contraire.

"Je suis une victime.

"Mon père nous a abandonnées, avec ma mère.

"Elle s'est remariée pour ne pas être seule, avec un homme

"qui ne voulait pas de moi. A 10 ans, on m'a envoyée

"chez mes grands-parents et, pendant quatre ans...

"de 10 à 14 ans...

"on a abusé de moi

"physiquement.

"J'étais seule,

"sans personne pour me soutenir, m'aider ou encore m'écouter.

"Je ne me plains pas.

"Je ne m'excuse pas.

"Je veux juste que l'on sache qui je suis.

"Je ne suis pas un monstre.

"Je n'ai juste jamais eu de chance dans ma vie.

"Romain,

"je t'aime."

Merci.

-La séance est levée.

Les plaidoiries finales auront lieu cet après-midi.

Le jury se retirera ensuite pour délibérer au terme de la journée.

-La cour !

...

-Mesdames et messieurs, je vais procéder à la lecture du verdict.

A la question "l'accusée est-elle coupable

"du meurtre de Pascal Dubreuil ?"

le jury a répondu à l'unanimité : "Oui."

Le jury a décidé

de condamner Isabelle Dubreuil à 30 ans de réclusion criminelle

avec une peine de sûreté de 22 ans.

La séance est levée.

Veuillez quitter la salle dans le calme et en silence.

-(On va faire appel.)

-T'inquiète pas, ça va aller.

Tout va bien se passer.

-Je t'aime.

-Moi aussi, je t'aime.

-Isabelle, je vous souhaite du courage.

-Fille ou garçon ?

-Fille.

-Vous ferez une mère formidable.

...

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