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...
-Pascal m'a appelée
le soir de sa mort, mais il n'est pas venu.
-C'est pas ce qu'indique
son message.
"Je pars de chez mon fils. J'arrive."
C'est votre numéro, ça, non ?
-Oui.
-Il y a jamais eu de client.
-Non.
-Regarde.
Elles appartiennent à Pascal Dubreuil ?
Même taille, même style que chez lui.
C'est étrange, tous ces somnifères dans la salle de bains.
-Ca sert à rien, de mentir.
C'était quoi, votre relation
avec votre patron ?
-Il venait le soir après le boulot. Parfois pendant le week-end.
Il restait jamais longtemps, une heure, parfois deux.
Puis il se douchait, il se changeait
et il rentrait chez lui. -Depuis combien de temps ?
-Trois mois à peu près.
Un soir, il est venu. Il allait pas bien.
Il était malheureux avec Isabelle.
Les affaires allaient mal.
Il avait besoin d'être soutenu.
Il était hyper stressé, il était ruiné
à cause du casino. -Le casino ?
Il jouait ?
-Oui.
-C'est pour ça que la boîte coulait ?
-Et vous l'avez découvert ?
C'est de ça que vous lui avez parlé ? Ca s'est mal passé ?
-Non. -Si. Et il est reparti,
sous somnifères.
Vous l'avez suivi. Il s'est arrêté pour dormir,
et vous avez brûlé sa voiture.
-N'importe quoi. C'est pas moi qui l'ai tué.
Il est pas venu, ce soir-là, je vous l'ai dit.
-Vous allez être placée sous contrôle judiciaire.
Vous allez devoir nous suivre et passer un test graphologique.
...
-Quel mobile ?
-Une femme dépitée d'être traitée comme une maîtresse
de seconde zone.
Elle a travaillé 10 ans
pour Pascal Dubreuil,
week-ends compris, mal payée.
-Puis le chômage et la faillite,
à cause de l'addiction au jeu.
-Il y a de quoi être en colère,
mais vous la voyez mettre le feu
à la voiture de son amant ? -Je vois personne faire ça.
Pourtant quelqu'un l'a fait. -Dès qu'on aura
les données de localisation
du portable de Pascal Dubreuil, on en saura plus.
-Quand ? -Demain.
Je vais aller dans les casinos pour voir si elle a dit la vérité.
-Sa femme devait être au courant. -De la maîtresse ou du casino ?
-Des deux, mon capitaine.
-Et entre eux,
ça durait depuis ? -Trois mois.
Vous étiez pas au courant ?
-Non. Bien sûr que non.
C'est inimaginable, de la part de Pascal.
C'est vrai que...
on a eu un passage à vide, il y a quelques mois,
à la mort de sa mère.
J'ai pas su lui apporter le soutien nécessaire.
Il devait avoir besoin de se rassurer.
Vous savez quoi ?
De toute façon, même s'il me trompait,
on est toujours restés unis. Jamais il a voulu me quitter.
Et puis franchement, quelle importance, maintenant ?
-Ca peut être
le mobile du meurtre.
-Vous pensez qu'elle l'aurait tué ? Pourquoi ?
Il aurait voulu mettre fin à leur liaison ?
-C'est une hypothèse. Pas la seule.
L'autre, c'est l'argent.
Julie Alban était au courant de son addiction au jeu
et de ses difficultés financières. -Vous aussi.
Forcément.
-C'était plus fort que lui.
Comme une spirale.
C'est terrible,
de voir s'enfoncer la personne qu'on aime.
J'ai essayé de l'aider, mais...
-La première victime de son addiction,
c'était vous. -Pourquoi ?
-Si votre mari était endetté, vous aussi.
Même cette maison est hypothéquée.
Il vous a entraînée dans sa chute.
-Quelle chute ?
Vous avez quelqu'un, dans votre vie ?
-C'est nous qui posons les questions.
-Vous n'êtes pas mariée. Vous avez des enfants ?
-Pas encore.
-Alors, vous pouvez pas me comprendre.
Vous savez pas jusqu'où on peut aller
quand on aime quelqu'un comme moi j'aime.
S'il devait sombrer, j'étais prête à sombrer avec lui.
Unis jusqu'au bout.
D'autres questions ?
...
Je vais devoir partir d'ici.
Ca me fait tellement mal de devoir abandonner 12 ans de ma vie.
-Tu peux rester.
-T'es pas au courant ? Les gendarmes t'ont pas parlé ?
-Mais non.
Qu'est-ce qui se passe ?
-C'est Julie que ton père est allé voir le soir où...
-Quoi ?
-Ils avaient une liaison. Je suis désolée.
Je voulais pas que tu l'apprennes comme ça.
Les gendarmes l'ont interrogée.
J'imagine qu'elle dit tout le mal qu'elle pense de moi.
C'est pas possible, pour moi, de rester...
Et... il y a autre chose aussi.
Ton père avait hypothéqué la maison.
Moi, je ne pourrai bientôt plus payer.
Je suis désolée.
-On a fait des courses.
-Merci.
-Ca va ?
-Hm.
-Ouais, Revault...
-Bon, il y a du nouveau.
Selon le graphologue,
la lettre de menaces reçue par Pascal Dubreuil
n'a pas été écrite par Julie Alban,
mais probablement par sa femme. -Ah bon ?
-Une chance sur deux.
-Une chance sur deux, c'est le hasard.
-Evidemment que sa femme savait.
Elle sait tout.
Vous croyez quoi ?
Elle vous fait son numéro de charme.
Mais cette femme, c'est un glaçon.
Pascal avait besoin de respirer.
-Il était avec elle depuis 12 ans.
-Leur relation, c'est comme le jeu, c'était une addiction.
Il voulait la quitter.
Il voulait vraiment.
Mais il pouvait pas. Il était sous son emprise.
Vous comprenez ? Un jour, il m'a dit
que sans lui, elle aurait fini en taule.
-Quand ça ? Pourquoi ?
-Je sais pas.
Il n'a pas voulu m'en dire plus.
Une vieille histoire qui remontait à leur rencontre
à Montpellier.
-C'est quoi, cette histoire de prison ?
Ca tient pas. Son casier est vide.
-C'est peut-être lié à l'intoxication de Garault.
Son 1er mari.
-Non. Sa tentative de suicide, c'était à Toulon.
-Oui, mais il a pu se passer autre chose.
Il y a trop de trucs bizarres.
C'est comme l'incendie.
3 mois avant, c'est pas une coïncidence.
-Et la lettre... Beaucoup de hasards.
-Hm.
En attendant, que fait-on de Julie Alban ?
-On la laisse partir.
C'est pas elle qui a écrit la lettre.
-OK.
Sonnerie de portable. -Excuse-moi.
Oui, papa ? *-Tu viens toujours dîner jeudi ?
-Bien sûr.
*-Parfait. C'est notre jour off, on sera tranquilles.
*Clara et moi, on est ravis de te voir.
*A très vite, ma chérie. -Ca marche.
Quoi ? -Rien.
-Dis-moi,
il venait souvent, lui ?
-Lui, pas tant que ça,
mais sa femme était là
tous les vendredis. Parfois le week-end aussi.
-C'est elle ? -Oui.
Lui l'accompagnait parfois,
mais c'est elle qui jouait, au poker.
-Elle gagnait ?
-Vous savez ce qu'on dit.
"Pour gagner au casino,
"faut en avoir un."
Et en même temps,
l'argent, ça manquait pas. Elle se faisait plaisir.
Elle en a laissé un paquet. Un jour, il y a eu un souci.
-Comment ça ?
-Putain, j'y crois pas. T'es sérieux, toi ?
Tu veux pas me donner d'argent, et là, tu viens cramer avec elle ?
-Qu'est-ce qui se passe ? -C'est elle qui t'embarque
dans cette merde. -Tais-toi !
-Tu respectes pas la mémoire de maman.
-Monsieur ! -C'est mon fils.
-Sale pute !
-Ca va ? -Oui.
-Viens.
Excusez-moi.
-Merci. -Ce sera tout ?
-Oui, c'est bon. -Merci.
...
-Elle jouait ?
-C'est rien de le dire.
Je me suis plongé dans les comptes de la société,
et c'est des milliers d'euros qui sortent en liquide
tous les mois, avec la carte de crédit de la société.
-C'est Isabelle qui a retiré l'argent ?
-Je sais pas, mais les retraits ont été faits dans des banques
autour de sa boutique.
-C'est elle qui a coulé la boîte,
mais on n'a pas de preuve.
*Bip. -Excusez-moi...
Le portable de Pascal Dubreuil a parlé.
Julie Alban dit vrai. Il n'est pas passé chez elle le soir de sa mort.
Regardez.
Il part de sa boîte à 19h.
Ensuite, il va chez son fils,
puis il prend l'A8
comme pour aller chez Julie Alban, mais à Meyreuil,
il prend un chemin et s'arrête à 20h43.
-Et il s'endort.
-Le dernier à l'avoir vu vivant, c'est son fils.
-Ca change tout.
Attendez.
D'après le labo, on a retrouvé, dans le Thermos de Pascal,
des substances chimiques
présentant des traces du somnifère qu'il avait dans le sang.
-C'est de son propre Thermos que venaient les somnifères
qu'il a ingérés ? -Oui.
Et qui a fait du thé à Pascal ? Son fils.
Il pensait que le feu
effacerait les traces. Pas de chance.
-On laisse passer l'enterrement et on lui parle.
-Très bien.
-Revault...
On l'interrogera ensemble.
-Je préférerais
le faire seul. C'est un ordre ? -Une proposition.
Good cop, bad cop.
-Et le "bad cop", c'est moi ?
-Comme vous voulez.
-OK.
-Excuse-moi.
Hé, "good cop" !
Tu me surprendras toujours. -J'ai pas fini de te surprendre.
T'as rien prévu
pour demain ? -Non.
-Tu vas à Montpellier. Ca te va ? -Hm.
-Julie Alban a dit quoi ?
-Isabelle a évité la prison grâce à Pascal.
-Trouve ce que tu peux sur eux.
Leur rencontre, leur relation. Tu cuisines voisins, collègues,
amis, tout ce que tu trouves. -Je croyais qu'on était
sur le fils ?
-On peut jouer sur plusieurs tableaux.
C'est ça, l'intelligence.
-Je dois être un peu con. -Non, t'es juste un mec.
On frappe.
Entrez.
-Alors ?
Tu t'es décidée à aller voir ton père ?
-J'arrête pas de repousser, mais je dîne avec lui demain soir.
-Il faut que tu lui dises ce que tu as sur le coeur.
Je suis sûr qu'il peut l'entendre. -Je n'y arrive pas.
-T'es quand même revenue pour ça.
-Oui.
Enfin...
En vrai, il y a autre chose.
J'arrive pas à tomber enceinte.
Ca fait 3 ans qu'on essaie.
J'ai fait tous les examens. Tout fonctionne.
Mais je comprends pas. Y a rien qui se passe.
-Tu t'es dit que le blocage,
ça venait...
-Peut-être de mon passé, de mes problèmes avec mon père,
la mort de maman, je sais pas.
-La seule chose sur laquelle tu as le contrôle, c'est toi.
Le reste, les autres...
tu peux rien y changer.
-(Pardon.
(Un instant.)
Votre place n'est pas ici.
Venez.
Votre place est là, avec nous,
parmi les proches de Pascal.
Merci.
-La tristesse
serre nos coeurs. L'un de nos proches
vient d'achever sa vie terrestre.
-On peut dire ce qu'on veut, elle en a une sacrée paire.
-J'aurais pas utilisé ces mots-là, mais je suis d'accord avec vous.
...
-Merci.
Je suis là pour toi.
...
Vous nous rejoignez à la maison ?
Merci d'être venus.
Tout le monde est convié à prendre un verre à la maison
pour célébrer la mémoire de Pascal. Rejoignez-nous.
-Non, merci. On fait juste notre métier.
-Je n'aimerais pas faire votre métier.
...
Bris de verre.
...
-C'est pas le meilleur moment, mais on peut se parler ?
-Bien sûr, oui.
Entrez.
-Vous faisiez quoi, le soir
de la mort de votre père ? -Je vous l'ai dit. J'étais chez moi
puis je suis allé au bar.
-Vous pouvez le prouver ?
-Non, enfin, j'en sais rien, j'étais seul.
-Donc vous n'avez pas de témoins.
-Pour quoi faire ?
-Pour quoi faire ?
Pour prouver que t'as pas tué ton père.
-Pardon ? Vous êtes sérieux ?
-Vous vous souvenez de l'incendie de son atelier ?
Vous étiez avec votre père, juste avant. Comme le soir de sa mort.
-C'est elle qui vous a dit ça ?
-"Elle" ? Vous voulez dire Isabelle ?
-C'est la vérité, non ? Ton père
avait déjà pris des somnifères et avait failli pas se réveiller.
T'étais avec lui ou pas ?
-Elle m'accuse d'avoir mis le feu ?
-Personne ne vous accuse, Jérémie.
Ce sont des faits qu'on veut éclaircir.
-Comme cette engueulade au casino.
Tu t'en souviens ?
-Oui.
J'étais énervé.
J'avais besoin d'argent. J'ai pété les plombs une fois.
-A cause du fric ?
-Oui, à cause du fric.
C'était mon argent
qu'ils flambaient. L'héritage de ma mère.
C'est à cause d'elle que je me suis embrouillé avec mon père.
Elle lui a retourné le cerveau quand il était encore avec ma mère.
Pour le fric.
-Pourquoi aurait-elle voulu tuer ton père ?
Pour l'argent ? Il n'y en a plus.
Alors que toi,
c'est pour ça que tu t'es embrouillé avec lui.
-Vous êtes malade, vous.
Je l'adorais, mon père.
Tout ça, ça a commencé
quand ma mère est tombée malade.
Mon père est devenu anxieux, il a repris la clope,
les médocs.
-Quel rapport avec Isabelle ?
-Il avait juste besoin d'être soutenu.
Au lieu de ça, elle l'a emmené au casino.
-C'est pour ça que vous lui en voulez autant ?
-Pas à mon père.
Mais à elle, oui. Je lui en veux.
-Il s'est passé quoi, quand votre père est venu vous voir ?
-Waouh...
Ca avance !
-Pas mal, hein ? -Magnifique.
Ca va, mon chéri ? -Oui.
-Pourquoi tu mets pas des tuiles romanes ?
Ce serait mieux.
-Je préfère les tuiles canal.
-T'as raison. Et puis c'est ta maison.
-T'avais pas dit que t'arrêtais de fumer ?
-Ecoute, je fume, mais je ne bois que du thé.
Tiens, tu peux ?
-Oui.
Il avait besoin de boire beaucoup,
pour son diabète.
-Et toi, tu lui as fait du thé.
-Oui.
Comme à chaque fois qu'il vient. C'est quoi, le problème ?
-Isabelle savait qu'il devait
boire beaucoup d'eau ? -Bien sûr.
Elle lui rappelait tous les jours. Elle lui faisait même son Thermos.
-Isabelle !
J'ai eu Jérémie. Les gendarmes pensent qu'il a tué papa.
Il faut l'aider.
-Je connais un très bon avocat.
On n'en est pas encore là,
j'espère. Il t'a dit quoi ?
-Qu'ils l'ont mis sous pression.
-Tant qu'ils l'ont pas arrêté, ça va.
-Tu ne le soupçonnes pas d'avoir tué papa ?
-Bien sûr que non, même si...
-Même si quoi ?
-Il lui en voulait peut-être. L'amour peut devenir haine.
-C'est pas possible. Il a pas fait ça.
-Ecoute, Louise,
on a tout fait pour lui tendre la main.
-Non.
C'est pas possible.
-Ne t'inquiète pas.
S'il n'a rien fait, il ne lui arrivera rien.
-Ca va ?
Viens, on rentre à la maison.
-Non.
J'ai envie de rester encore un peu.
-Tu es sûr ?
-C'est bientôt les vacances.
J'ai pas envie de laisser maman seule.
-Tu sais, elle est forte, ta mère. T'inquiète pas trop pour elle.
OK.
Comme tu veux.
On frappe.
-Oui.
-C'était juste pour te dire que je rentre à Toulon.
-Très bien.
-Romain veut rester encore un peu si tu es d'accord.
-Oui, bien sûr.
-Bon...
Si tu as besoin de quelque chose, tu sais où me trouver.
-Oui.
Tu peux me laisser ?
-Oui.
...
-Mathilde...
Tu devineras jamais ce que j'ai trouvé.
C'est énorme.
Avant de se marier avec Isabelle, Pascal a témoigné dans une affaire.
L'incendie d'une maison dans lequel un homme est mort.
Stéphane Leclerc.
Il dormait quand le feu a pris, en pleine nuit.
On a trouvé une dose massive de somnifères
dans son sang.
-Qu'est-ce que Pascal Dubreuil avait à voir avec l'incendie ?
-C'est son témoignage qui a permis d'innocenter la personne
suspectée de l'avoir tué.
Il a affirmé avoir passé la nuit avec elle
au moment de l'incendie.
Le suspect, c'était la femme
de la victime. -Et elle, c'était ?
-Isabelle Dubreuil.
Ex-madame Stéphane Leclerc. -Le type qui est mort
dans l'incendie était son mari ? -Oui.
-Oh, putain...
-Bonjour.
-Bonjour. -Bonjour.
Ah... Comment allez-vous ? Je vous croyais juste de passage.
-Je vais rester un peu.
-On y prend goût.
Moi, ça fait 12 ans que je suis là.
L'anniversaire de votre ami s'est bien passé ?
-C'était un mariage.
-Ah, zut.
Il s'est marié ? -Oui.
Vos fleurs ont plu.
Vous connaîtriez quelqu'un pour me faire visiter la région ?
-Je connais la personne idéale pour ça.
-Pourquoi son casier
est-il vierge ?
-Non-lieu, pas de condamnation. L'affaire a été classée en suicide
grâce au témoignage de Pascal Dubreuil.
-Tout ça pour mourir dans les mêmes circonstances,
12 ans plus tard.
-Dans les deux cas, on a un incendie et des somnifères.
-Avec son 1er mari, ça fait 3.
-Elle nous balade. Depuis le début, elle ment.
Sur la garde de son fils, sur le casino, sur l'incendie.
-Qui a mené l'enquête à Montpellier ?
-Le lieutenant Lassalle de la DDSP. Mais il a quitté la police.
-Faut le retrouver
et chercher les affaires dans lesquelles Isabelle Dubreuil
a été impliquée.
Une fois, c'est pas de chance. Deux fois, c'est troublant,
et trois fois,
c'est diabolique.
-Si c'est elle, le colonel a raison, c'est un monstre.
-Moi, je veux bien.
Mais comment elle l'aurait drogué ?
-Elle a mis le lorazépam dans le Thermos de son mari,
et son fils l'a rempli.
-Comment elle savait où il s'arrêterait ?
Il était dans un chemin isolé de tout.
Non, non. C'est impossible.
On sait qu'il est parti directement de chez son fils
jusqu'à l'endroit où on l'a retrouvé mort,
sans passer par chez lui.
-Les caméras.
Si Jérémie a suivi son père, il s'est forcément fait filmer.
-Je fais remonter les vidéos de surveillance.
-Il faut qu'on retourne la voir.
Faut que je la fasse parler.
22. -Ca marche.
-A toute. -A toute.
-Bonjour. -Bonjour.
Je suis venue vous parler de Jérémie.
-Ah...
Il va être arrêté ?
-Ah non.
C'est juste un témoin, pour nous.
-Ah, tant mieux.
C'est un soulagement. Ca aurait été terrible.
Vous pouvez m'aider ? -Oui.
Il a eu des mots durs, pour vous. -J'imagine.
Qu'est-ce qu'il raconte de beau ?
-Que vous aviez séduit son père par intérêt.
-Avant la mort de sa mère, il s'entendait bien avec moi.
C'est dommage.
On a souvent besoin d'un coupable quand la fatalité nous frappe.
Vous ne trouvez pas ? -Peut-être.
A moins que sa mère lui ait donné d'autres raisons
de se méfier de vous.
Comme ce qui est arrivé à Stéphane Leclerc.
Votre ex-mari, c'est ça ?
Le 2e, après Antoine Garault.
-Vous avez mis du temps
à le trouver. -Vous auriez pu en parler.
-Pour quoi faire ? Pour que ça recommence ?
*C'est dur d'être accusé d'un meurtre quand on est innocent.
Je vais vous expliquer.
J'étais mariée depuis deux ans avec Stéphane.
Il avait un restaurant, lui aussi. Je m'étais pas rendu compte
à quel point il était fragile,
bourré d'insécurités,
qui se transformaient en crises de jalousie.
Dès que je m'absentais,
il fallait que je dise où j'étais, qui j'avais vu,
avec qui j'avais parlé. Un enfer.
Un jour, il m'a dit :
-"Si tu me quittes,
"je me tuerai."
J'ai cru que c'était des paroles en l'air, j'avais tort.
Une nuit, il a pris des somnifères, il a mis le feu à la maison.
J'ai été traînée dans la boue, vilipendée, insultée.
On m'a traitée de sorcière aussi.
Même le policier chargé de l'enquête, Lassalle,
m'a condamnée avant l'heure.
J'ai dû fermer le restaurant, renoncer aux biens que j'avais
et partir sans rien.
-Enfin, avec Pascal, quand même. Votre futur mari.
-Oui. Je sais pas ce que je serais devenue sans lui.
Il m'a portée à bout de bras.
-Il vous a surtout innocentée,
pour se retrouver victime à son tour,
12 ans après.
-Oui. C'est la fatalité.
-Il a laissé entendre à Julie Alban qu'il avait menti
pour vous innocenter. -Elle ment.
Vous croyez que Pascal aurait épousé une meurtrière ?
-Vous aussi, vous m'avez menti.
Le casino...
l'addiction au jeu...
ben c'est vous, pas lui.
C'est vous qui avez entraîné votre mari dans cette spirale.
C'est vous qui avez ruiné vos deux familles.
-Pascal était parfaitement consentant.
-Ah oui ?
Il vous a laissée dépouiller l'entreprise qu'il avait créée ?
J'ai du mal à vous croire. -C'est la vérité.
-Pourquoi l'avoir cachée ? -Ca fait de moi une meurtrière ?
Je vous l'ai dit,
Pascal vivait un moment difficile avec la mort de sa mère.
Tout ce qu'on a fait, on l'a fait ensemble,
même les erreurs.
Vous devriez le comprendre.
Vous savez ce que c'est,
la perte d'un être cher.
Votre père a dû souffrir. Il a été formidable avec vous,
j'imagine.
*A moins que ce ne soit pas le cas.
Je vous fais un café ?
Vous étiez toute jeune, en plus,
quand votre mère est morte.
-J'avais 16 ans.
-Votre père s'est remarié ?
Si ça vous dérange d'en parler, je comprends.
Vous préférez poser les questions.
-Non, ça ne me dérange pas du tout. -Je suis tout ouïe.
-Il s'est remarié assez vite. -Trop vite ?
Comme vous le pensez à mon sujet.
-C'est ce que j'ai ressenti à l'époque.
-Et vous avez eu besoin de partir.
-Je suis allée en pension, ça n'a rien à voir.
-C'est pareil.
Là, vous voulez recoller les morceaux, mais ça marche pas.
Vous jugez votre père comme une petite fille qui a perdu
sa maman.
Il faut se mettre à la place de l'autre.
Ca vous évitera de faire les mêmes erreurs que Lassalle.
Il paraît qu'il a démissionné. -On m'a dit ça.
-Oui. Moi, je voudrais pas qu'il vous arrive la même chose.
Même si vous m'accusez des pires choses,
je sais que vous ne faites que votre travail.
Et j'ai de la sympathie pour vous,
même si, c'est vrai, parfois,
votre naïveté me fait pitié.
-On y va.
-Je suis désolé pour ta mère.
-Elle est morte sur la route d'Aubagne.
Accident de voiture.
6 mois après sa mort,
mon père était déjà avec quelqu'un.
Je pouvais pas accepter.
J'ai choisi d'aller en pension, loin.
Et les week-ends,
j'allais chez mon oncle.
-Le colonel Vasseur ? -Oui.
Aujourd'hui, j'en veux toujours à mon père.
-C'est souvent à ceux qu'on aime qu'on en veut le plus.
-Putain, elle m'a complètement déstabilisée.
Je me suis sentie comme une gamine face à elle.
J'ai l'impression qu'elle me scanne.
Elle lit en moi à livre ouvert.
Je suis sûre que c'est elle, Karim.
Elle a tué son mari de sang-froid. J'en suis sûre.
...
-Clara...
-Ah, Mathilde... Salut.
-Salut.
C'est pour vous. -Merci, fallait pas.
-C'est le resto dans les années 50. -C'est beau. Merci.
-Papa est là ? -Oui, dans la cuisine.
-Papa...
-Oh, ma chérie, je t'ai pas entendue arriver.
Je suis content que tu sois venue.
Tu vois, on finit par y arriver.
-J'ai beaucoup de travail.
-Je sais ça. Evidemment.
Vous devez avoir pas mal de boulot, avec cette affaire.
Vous savez ce qui s'est passé ? -Je peux pas en parler.
-D'accord. C'est pas grave. On parlera d'autre chose.
On a plein de trucs
à se dire.
-Le restaurant, ça se passe bien ?
-Ca a été dur pendant le COVID, mais là, ça va. Ca a repris fort.
-On n'a pas à se plaindre.
-Super. -Faudrait que tu viennes
avec tes collègues. -Pourquoi pas ?
-Et Hugo ?
Il est pas venu avec toi ? -Pas encore.
Il a son boulot.
-Ah oui. -Il peut pas changer d'un coup.
-Ca s'organise un peu.
Il va pas planter son associé
du jour au lendemain. -C'est sûr.
Il va bien venir s'installer avec toi ? Y a pas de problème ?
-Non, ça prend du temps, c'est tout.
-C'est normal.
-D'accord.
Et j'imagine que ton oncle t'a aidée à t'intégrer.
-Oui, il est super.
-Il a toujours été là pour toi. -C'est lui qui m'a proposé de venir
bosser sous ses ordres. -Ca doit pas être facile.
-Si, ça se passe hyper bien.
-Tant mieux.
...
-Regardez ça.
Pascal Dubreuil
quitte l'autoroute.
Et derrière, personne ne le suit.
-Vous en êtes sûr ? -Oui, je me suis tapé les 3h
de vidéo, jusqu'à sa mort.
On ne voit pas Jérémie Dubreuil passer le péage.
-Donc il n'a pas suivi son père ni brûlé sa voiture.
-Alors, t'as raison, ça ne peut être qu'elle.
-Mais elle aurait fait comment ?
-On va trouver.
Karim, dis à Jérémie qu'il a été innocenté.
-OK. -Vous avez retrouvé Lassalle ?
-Oui. J'ai juste son adresse perso.
Il habite un patelin à côté de Clermont-Ferrand.
Voilà.
-Merci.
-Je vous en prie.
-Coucou.
-Ca va, mon amour ?
-Ca va.
J'ai un problème pour ce week-end. *-De quoi ?
Me dis pas que tu ne viens plus.
-J'ai une urgence au boulot.
-Nous aussi, c'est une urgence. -J'ai pas le choix.
-On a toujours le choix, c'est une question de priorités.
-Je te rappelle à mon retour.
-Si tu veux.
...
-Bonjour.
-Bonjour.
-Lieutenant Lassalle ?
Je suis Mathilde Delboscq,
capitaine à la SR d'Aix-en-Provence.
-Vous voulez quoi ? -Parler d'une ancienne affaire.
Isabelle Dubreuil.
Elle s'appelait Garault, à l'époque,
puis Leclerc.
-Je ne suis plus lieutenant.
C'est fini, tout ça, pour moi. Et je m'en porte pas plus mal.
-Je comprends.
Vous étiez le seul à la croire coupable.
-Je l'ai payé cher.
-Je sais.
-Pourquoi cette question,
maintenant, 12 ans après ?
-Elle a peut-être recommencé.
...
-Je les avais prévenus. Personne n'a voulu m'écouter.
C'est pas un mari qu'elle a voulu tuer,
ni deux, c'est quatre.
Deux meurtres.
Stéphane Leclerc, René Di Giusto.
Deux tentatives de meurtre.
David Lecoeur et son 1er mari, père de son fils,
Antoine Garault.
-Donc lui aussi, elle a tenté
de le tuer.
-Bonjour. -Bonjour.
-Vous êtes ravissante. -Merci.
-Je suis ravi de vous revoir.
Du champagne ? -Volontiers.
-Cette femme, c'est une tueuse, froide, calculatrice.
C'est le mal incarné.
-Je suis ravi de vous avoir rencontrée.
Je m'y attendais pas du tout.
-Moi non plus. C'est une belle surprise.
-Et le pire, c'est qu'elle tue
en se faisant passer pour une femme amoureuse.
Elle a réussi à convaincre ma hiérarchie
que j'étais tombé amoureux d'elle, qu'elle m'obsédait.
Oui, j'étais obsédé.
Mon obsession, c'était de l'arrêter pour éviter qu'elle recommence,
ce qui est arrivé inévitablement et qui arrivera encore.
-A notre rencontre.
-A notre rencontre.
-Vous verrez, elle va rentrer dans votre tête
comme elle est rentrée dans la mienne.
Elle vous déstabilisera.
Elle utilisera vos faiblesses pour vous détruire.
Vous ne pourrez rien contre elle.
Et elle recommencera.
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