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Musique intrigante
...
-Dans mon enfance, en URSS,
une date était un point de repère pour beaucoup de familles :
le 5 mars 1953,
jour de la mort de Staline.
Toutes les histoires qu'on racontait sur cette époque
commençaient par : "C'était avant la mort de Staline"
ou "C'était après sa mort".
Et cet après avait toujours un parfum d'optimisme.
En ce printemps 1953,
dans tous les pays du bloc de l'Est,
les gens espèrent la fin de la dictature communiste.
Mais leurs dirigeants, tous des créatures de Staline,
vont-ils laisser s'écrouler le monde
construit avec leur maître ?
...
La disparition de Staline
ouvre une ère de contestation inédite.
C'est en Allemagne de l'Est, 3 mois après la mort du dictateur,
qu'éclate la première révolte.
Alors que la population espère des réformes,
le gouvernement annonce l'augmentation
des normes de production sans relever les salaires.
Une décision insupportable pour les ouvriers du bâtiment
qui s'évertuent depuis des années
à reconstruire le pays à marche forcée.
Le 16 juin 1953, à Berlin-Est,
sur plusieurs chantiers,
on arrête le travail.
-"On ne veut pas être des ouvriers-esclaves",
c'est tout ce que j'ai entendu. Rien d'autre.
Et les gens se sont donné le mot :
rendez-vous demain matin à 7 h sur l'Alexanderplatz.
-Lutz Rackow, un jeune Berlinois de 22 ans,
fait ses débuts dans le journalisme.
Il décide donc de suivre le mouvement.
-Le 17 juin, je suis allé sur l'Alexanderplatz,
là où les gens devaient se réunir le lendemain.
Elle était encerclée par les forces de l'ordre,
par la police populaire.
-Vers midi,
plus de 60 000 personnes envahissent le centre-ville.
Très vite, la contestation devient politique.
Il ne s'agit plus seulement d'augmentation de salaire.
Les manifestants s'attaquent aux symboles du pouvoir,
incendient les bâtiments des services secrets,
s'en prennent aux représentants de l'État.
À travers tout le pays,
plus d'un million d'Allemands participent à la révolte.
Impuissant, le gouvernement se place
sous la protection des militaires soviétiques.
Et à 13 h, leur commandant proclame la loi martiale.
-Et ça a été un élément décisif,
parce que jusque-là, la RDA se vantait
d'être un État souverain
et d'être seulement l'alliée de l'Union soviétique.
-Mais en occupant Berlin,
les chars soviétiques mettent fin à cette illusion d'indépendance.
-Les gens réclamaient des élections libres,
la démission du gouvernement, la réunification.
Et sans les chars soviétiques,
on aurait peut-être pu avoir une Allemagne réunifiée dès 1954.
-La 1re révolte contre le régime imposé par les Soviétiques échoue.
Et le bilan est lourd : 55 morts
et 10 000 personnes arrêtées.
-Ce qu'il faut retenir de ces événements,
c'est que le 17 juin a été une révolte massive.
Et elle n'avait pas été initiée depuis l'étranger.
C'est simplement que les gens en avaient assez de ce régime.
Et si les chars n'étaient pas intervenus,
les gens seraient venus à bout de la RDA en quelques heures.
-Témoin de l'écrasement de la révolte,
le dramaturge Berthold Brecht ironise dans un poème :
"Puisque le pouvoir accuse le peuple
"d'avoir trahi sa confiance,
"ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement
"de dissoudre le peuple et d'en élire un autre ?"
Derrière le sarcasme, un constat lucide :
dans le monde soviétique, comme dans la Russie d'aujourd'hui,
c'est au peuple de servir le gouvernement, pas l'inverse.
Sonnette
-Voici ta chambre, Juli.
Et vous, vous aurez celle-là.
-La propagande proclamait que la dictature du prolétariat
faisait tout pour les travailleurs.
Alors que dans la vie réelle,
tout était fait pour la nomenklatura du parti.
Comme dans ce film hongrois
où une dignitaire du régime accueille dans son appartement,
offert par le Parti,
une nièce qui n'a jamais vu une telle richesse.
-Alors, ça te plaît ?
-Oui.
Tout est tellement beau.
-Les autres, le peuple,
doivent s'entasser dans les appartements communautaires.
Cette invention soviétique, je l'ai moi aussi connue dans mon enfance.
J'habitais avec mes parents et mes 2 frères
dans une chambre de 24 m2.
On partageait la cuisine et la salle bain avec nos voisins.
Il frappe.
-Un instant, un instant...
-Il traîne, vraiment.
Plus vite ! On est pressés !
-Tous mes amis, tous mes proches étaient logés à la même enseigne.
-On ne me laisse même pas dormir.
-Vous dormirez dans votre cercueil !
-Ce fossé entre les dirigeants communistes et le peuple
ne va jamais se combler.
-Mettez ça dans notre chambre, je dois filer.
Merci et au revoir !
-Mais à l'époque, juste après la mort du dictateur,
le changement semble possible.
-Après cette période stalinienne extrêmement dure,
le climat général a changé.
Il y a eu moins de peur et plus de liberté.
Disons, une plus grande liberté de moeurs
et davantage d'ouverture.
-En cet été 1953, on essaie de profiter des vacances
loin de la politique, des luttes idéologiques.
Huit ans après la fin de la guerre, on veut juste vivre.
Sur les plages de la mer Baltique,
on peut oublier pour en temps le rideau de fer
et la dictature communiste.
Le nouveau chef soviétique, Nikita Khrouchtchev,
se lance dans une tournée des pays frères
pour montrer que le bloc communiste doit rester fort et uni
même après la mort de son créateur, Staline.
Il a besoin du soutien de leurs dirigeants
car loin des caméras, il prépare un coup d'éclat.
En février 1956,
se réunit à Moscou le XXe congrès du Parti communiste soviétique.
Il se déroule selon l'agenda habituel
de ce type de rassemblements.
Sauf que le dernier jour, Khrouchtchev invite
les représentants des "partis frères" à quitter la salle
et demande aux délégués soviétiques de reprendre leur place.
Pendant 4 heures, devant l'assemblée médusée,
il lit le rapport dans lequel il dénonce les crimes de Staline :
le culte de la personnalité, la terreur et le goulag.
Il déclare que le Parti doit se réformer
et, au lendemain du congrès,
le rapport fuite dans le monde entier.
-J'ai lu le rapport de Khrouchtchev,
son contenu s'étant répandu assez vite.
Et c'est surtout grâce à ce rapport
que j'ai rejoint le Parti.
Parce que ce rapport donnait une chance
au véritable socialisme.
-Je me suis dit qu'ils allaient peut-être faire leurs saloperies
de manière un peu plus habile.
Mais pour moi, ça restait des ordures politiques.
La bonne nouvelle, quand même,
c'était que le lavage de cerveau
allait devenir un peu moins intense.
-C'est en Hongrie que le rapport a le plus d'écho.
Si Staline est un criminel,
alors son meilleur élève, Rakosi, doit rendre des comptes.
En juillet 1956, 5 mois après le XXe congrès,
le chef hongrois rédige son autocritique,
démissionne et se réfugie en URSS.
Mais cela ne suffit pas à arrêter la contestation.
Le 23 octobre,
les étudiants organisent à Budapest une marche pacifique.
Ils réclament le retrait des troupes soviétiques de Hongrie,
des élections libres et la liberté d'association.
Devant 100 000 personnes, les manifestants découpent
le symbole communiste du drapeau national.
-RENTREZ CHEZ VOUS, LES RUSSES !
-Et, place des Héros, se déroule un événement historique.
Les insurgés s'attaquent à la statue de Staline.
Les symboles du pouvoir communiste tombent.
La révolte se propage dans tout le pays.
-Les gens ont voulu aller retirer
l'étoile rouge de la caserne.
Mais ils ont été accueillis
par des rafales de mitrailleuse
et un lancer de grenade.
Cinquante personnes ont été fauchées sur-le-coup.
On a déploré une centaine de victimes au total.
Des gens qu'on connaissait gisaient sur le sol,
les corps entremêlés,
couverts de bouts de cervelle.
-Comme 3 ans auparavant à Berlin,
les chars des forces soviétiques se déploient
dans le centre de Budapest.
Mais cette fois, face à eux,
se dressent les forces armées hongroises,
passées du côté des insurgés.
Musique dramatique
...
Plusieurs jours de combats suivent.
Les forces pro-soviétiques tirent sur les manifestants,
les insurgés résistent,
s'attaquent aux sympathisants de Moscou.
...
Des centaines de membres de la police secrète, l'AVH,
sont lynchés.
-Je me souviens m'être réfugié
avec les habitants dans un abri, en bas de l'immeuble.
On avait tous peur de la suite.
La relation avec les Soviétiques divisait le peuple.
D'un côté, il y avait ceux qui voyaient 1956
comme une insurrection.
Et de l'autre,
ceux pour qui c'était l'émergence d'un terrible fascisme.
C'était une période de grande confusion.
-En plein chaos, les insurgés arrivent à prendre le pouvoir
et à former un nouveau gouvernement.
Ils promettent d'apaiser la situation.
Le 30 octobre, un cessez-le-feu est signé
et les troupes soviétiques évacuent Budapest.
De nombreux prisonniers politiques sont libérés,
dont le primat de Hongrie, le cardinal Joszef Mindszenty,
en prison depuis 8 ans.
Le calme revient dans le pays.
*-Aux carrefours, sur les places,
dans les rues, on distribue des vivres.
La vie reprend dans la capitale.
-Mais l'armée soviétique n'a pas complètement quitté le pays.
Les insurgés essayent donc de surveiller ses déplacements.
Rudolf Ungvary s'en charge.
Étudiant à l'époque,
il est un des responsables
du réseau d'information révolutionnaire.
-On a suivi le déplacement des troupes russes
depuis la frontière orientale jusqu'à la frontière occidentale.
Les informations sont tombées au bout de quelques heures.
Elles étaient précises. J'étais l'un des mieux informés.
-Rudolf ignore que son gouvernement a envoyé une lettre à Moscou
pour signifier sa volonté de sortir du bloc de l'Est.
Erreur fatale.
Cette annonce fait l'effet d'une bombe au Kremlin,
où l'on craint la contagion aux autres pays.
Dès lors, il n'y a plus qu'une solution.
"LES RUSSES, DEHORS !"
"RENTREZ CHEZ VOUS !"
-J'ai été tellement stupide
qu'à ce jour, j'ai encore du mal à ne pas éprouver de remords.
Le 3 novembre,
j'étais assis dans un café de la rue principale de Miskolc,
un brassard universitaire
autour du bras.
Je bombais le torse
car les femmes nous admiraient,
avec nos mitraillettes en bandoulière.
Le lendemain,
une unité blindée russe attaquait l'université.
Voilà où a mené ma bêtise.
-10 jours après le début de l'insurrection,
le 4 novembre, à 3 h du matin,
plusieurs milliers de chars soviétiques
se déploient à travers le pays.
-On a tiré dans tous les sens,
lorsque les Russes ont attaqué.
Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie.
Ensuite, on s'est réfugiés dans des caves.
À ce moment-là, j'ai entendu des voix à l'extérieur
et j'ai compris qu'il s'agissait de soldats russes.
J'ai crié : "Ne tirez pas, il y a des femmes et des enfants, ici !"
On était morts de trouille.
Ils nous ont fait sortir du campus.
Ça a été la plus grande peur de ma vie.
C'était la fin de la révolution.
-Le monde suit en direct la terrible répression
qui s'abat sur la Hongrie.
Presque 3 000 morts et 12 000 blessés.
Dans le reste du bloc de l'Est, l'émotion est immense.
-On pleurait en écoutant la radio.
Ça me bouleverse encore aujourd'hui.
Je m'en souviendrai toujours.
On a entendu des gens crier "au secours"
quand les Russes leur ont tiré dessus.
On a suivi tous les détails.
-La situation en Hongrie
faisait qu'on était tous unis,
quelles que soient nos convictions idéologiques,
politiques, religieuses ou autres.
C'était quelque chose d'incroyable.
-Dès le début de l'insurrection,
Andrzej Bratkowski met en place dans son université à Cracovie
un comité de solidarité avec les insurgés.
"Les Polonais donnent de l'argent aux Hongrois"
-Dans toute la Pologne,
les jeunes organisent le soutien aux victimes
de l'écrasement de la révolution.
"LES HONGROIS APPELLENT À L'AIDE"
-Nous avons également constitué
un comité général pour l'assistance aux Hongrois
et nous avons collecté un nombre important
de médicaments, d'aliments et autres.
-Des files d'attente ont commencé à apparaître dans les rues.
Les gens faisaient la queue
devant tous les points de collecte de sang.
Varsovie a donné son sang pour Budapest.
-J'ai calculé que 3 générations plus tard,
chaque habitant de Budapest
est aujourd'hui porteur d'une gouttelette de sang polonais.
La quantité de sang polonais donné à cette époque
était incroyable.
"BOÎTE À DONS"
-En Hongrie, tout est fini.
Le nouveau pouvoir, installé par Moscou,
tente d'effacer les traces de l'insurrection
et de faire oublier les 10 jours qui ont fait vaciller le régime.
*-Dans le calme de Budapest,
on entend les voix des enfants.
Cette mère, comme toutes les mères du monde,
est heureuse de faire plaisir à son enfant.
-Ce film est diffusé dans tous les pays frères
et surtout en URSS.
Cette réécriture de l'histoire est imposée au peuple soviétique,
qui ignore ce qui s'est passé en Hongrie.
*-Chaque matin,
les habitants se pressent
pour aller au travail.
Tout indique que le peuple hongrois
regarde l'avenir avec espoir,
convaincu du choix
qu'il a fait,
celui de la construction du socialisme.
-Le cameraman soviétique, qui ne comprend pas le hongrois,
ignore que le slogan qu'il filme dit :
"Les Russes, rentrez chez vous !"
-Les gens refusaient que le pays redevienne communiste.
Ils ne voulaient pas
se résigner.
La population a fait grève pendant des mois,
les usines ont fermé leurs portes.
La vie s'est figée.
Le peuple ne voulait pas se soumettre.
*-Aujourd'hui,
les gens du monde entier
qui n'aiment pas le pouvoir populaire
disent que le gouvernement a peu de soutien.
-Janos Kadar, le nouveau dirigeant installé par les Soviétiques,
lance une campagne d'arrestations de masse.
350 personnes sont exécutées,
plus de 22 000 condamnées,
200 000 fuient le pays.
*-Il y a eu de grands changements en Hongrie !
-À la réunion de la cellule du Parti :
"Camarades, il faut qu'on apprenne la critique et l'autocritique.
"À votre tour."
"OK, je commence par une critique.
"Mon frère a fui en Occident après l'écrasement de la révolte.
"Et maintenant, une autocritique.
"J'ai été un idiot total de ne pas partir avec lui."
-J'ai été assez stupide au point de rester en Hongrie.
Et le 20 février,
les forces armées du régime Kadar
ont encerclé le campus
de l'université technique de Miskolc.
Ils ont lu la liste des personnes
qui avaient participé au soulèvement.
J'en faisais partie.
Puis ils nous ont forcés à monter dans des camions
à coups de matraque.
Quand on est arrivés à destination,
ils ont continué à nous frapper toute la nuit.
Je n'ai pas pu m'allonger sur le dos pendant 2 semaines.
-Rudolf a été libéré après 2 ans d'internement.
-Ça, c'était après le camp d'internement,
après les passages à tabac.
-Il lui a été interdit de réintégrer l'université
et il a été obligé d'aller travailler en usine.
-Là, je suis devant une perforatrice.
Et là, ce sont les maîtres avec qui j'ai travaillé.
-Une procédure classique dans le bloc communiste :
"Si tu critiques le système,
"tu ne peux pas continuer tes études,
"tu dois rejoindre la classe ouvrière,
"qui va te rééduquer."
Sous les ordres de Moscou,
la vie reprend comme avant :
les manifestations populaires à la gloire du système communiste,
les festivals sportifs
et surtout, le défilé du 1er mai.
-Tous les 1er mai,
on devait défiler.
C'était obligatoire.
Il y avait une tribune au milieu de l'avenue
où se tenaient les dirigeants de la ville
et les chefs du commandement militaire russe.
Un petit groupe d'entre eux était invité aux fêtes scolaires,
au défilé du 1er mai
ou à celui du 7 novembre.
Leurs défilés étaient toujours les plus beaux.
-C'est une des rares occasions de rencontrer
les militaires soviétiques.
C'est aussi un rappel de leur présence,
discrète mais décisive.
-L'armée soviétique était installée autour de Berlin.
Des quartiers avaient été réquisitionnés.
Ils logeaient là, avaient leurs propres écoles,
leurs hôpitaux
et, selon la taille de la garnison,
ils recréaient sur place un mode de vie comme en Union soviétique.
-À proximité de la caserne,
tout le monde portait des affaires troquées :
des pantalons de soldat,
des ceintures militaires,
et les enfants, des chapkas.
Mais pour l'essentiel,
les Russes n'interféraient pas,
du moins, pas à notre connaissance.
-Au moins 500 000 soldats soviétiques sont stationnés
à travers le bloc communiste.
Ils restent dans leurs casernes, prêts à intervenir
si les habitants des pays frères
défiaient à nouveau l'ordre installé par Moscou.
Pour faire oublier la répression en Hongrie
et éviter de nouvelles révoltes,
le pouvoir relâche un peu la pression idéologique.
Les bâtisseurs du communisme peuvent dorénavant s'amuser,
profiter de la vie et voyager,
mais uniquement dans le bloc de l'Est.
-Nous avons commencé
à voyager dans les autres pays communistes
avec des passeports, naturellement.
On pouvait se rendre en Allemagne de l'Est,
en Tchécoslovaquie...
Ça sentait donc un peu le dégel.
-Même s'il est presque impossible
de voyager dans les pays capitalistes,
la vie de l'Occident fait rêver derrière le rideau de fer.
On fait tout pour se procurer des vêtements à la mode européenne.
La jeunesse apprend le jazz et le rock'n'roll.
Toute l'Europe centrale rêve d'aller danser
dans un des célèbres clubs étudiants polonais.
-Il y avait beaucoup de clubs
comme ça.
Presque toutes les universités en avaient un.
Il y avait le club universitaire
"Hybrydy", celui de Polytechnique,
celui de l'Académie de médecine.
Il y avait aussi un club juif, le club Babel.
Musique swing
Le soir, on pouvait y danser.
Une fois, une amie a entendu 2 types
dire dans la rue :
"Allons danser chez les Juifs.
"Il y a de jolies filles, là-bas."
-Cette jeunesse veut se sentir européenne,
swinguer et surtout s'habiller à l'occidentale.
Or la mode est le dernier souci des dirigeants.
Pour les idéologues communistes,
les vêtements ne servent qu'à tenir chaud.
On se rue vers les marchés semi-clandestins
qui s'installent dans beaucoup de grandes villes.
Ils ne sont pas tout à fait autorisés, juste tolérés.
-Évidemment, qu'on y allait.
Jusque-là, tout ce qu'il y avait dans les magasins était horrible,
et là, on trouvait toutes sortes
de produits américains.
C'était magnifique.
Un endroit merveilleux pour faire ses emplettes.
Tout était coloré, différent, meilleur.
On pouvait acheter sans compter pour soi, pour ses enfants,
une veste, des culottes, des t-shirts.
C'était super.
-J'y suis moi-même allé avec ma mère
pour acheter un pull.
Car ce n'est que dans le bazar de Rozycki
que l'on pouvait s'en procurer.
Ça m'a valu des moqueries
de la part de mes collègues de l'Institut :
"Il a un doctorat, et il va au bazar pour s'acheter un pull !"
-Parmi les fidèles clients de ce marché noir,
il y a de jeunes dandys, qu'on appelle en Pologne
"bikiniars",
et en URSS " stilyagi",
"ceux qui ont du style."
Ils achètent les vêtements les plus provocateurs,
les plus anticommunistes.
-Être bikiniar,
c'était une forme de résistance.
Ils portaient des chaussures à plateforme sur mesure,
des cravates,
mais ça a été proscrit.
Il fallait s'habiller comme un camarade communiste,
sans cravate,
dans un style typiquement prolétarien.
-Les vêtements à la mode ne sont pas
les seuls produits introuvables.
La pénurie est quasi totale.
Le choix est très limité, pour manger.
Et il est, par exemple, impossible d'acheter une voiture.
Les gens inventent un système économique totalement nouveau,
celui de la débrouille.
C'est celui dans lequel j'ai grandi.
En URSS, on disait :
"Ne cherche pas à avoir 100 roubles,
"trouve plutôt 100 amis."
-Le pays devient un immense réseau de connaissances.
Untel s'y connaît en maçonnerie,
tel autre peut se procurer du ciment,
celui-ci a un pull
qu'on ne trouve nulle part ailleurs.
Celui-là a des cornichons, des fruits,
des agrumes, ou des pneus de voiture,
ou des carreaux de salle de bain,
ou un robinet chromé, très précieux, une denrée rare !
Et connaître un plombier, c'était fabuleux.
"J'ai fait la connaissance d'un plombier.
"La vie est belle !"
-"Pourquoi le Jardin d'Eden est-il une république socialiste ?
"parce qu'on y vit presque nu, on n'y mange que des pommes,
"et on doit appeler ça le paradis."
Comment croire ou se forcer à croire
que cette société communiste est un paradis ?
Chacun trouve sa méthode.
-J'ai cru dans le communisme.
J'étais une pionnière,
une membre enthousiaste
du mouvement de la jeunesse communiste.
Lorsque je suis arrivée au village,
j'ai également rejoint le Parti communiste
à la demande du président du conseil.
-Piroska rejoint le Parti communiste,
ce même parti qui a fait condamner son père aux travaux forcés
et qui l'a fait interner avec sa mère et son petit frère
pendant 4 ans.
Mais le temps a passé, et à la fin de ses études,
elle a choisi d'être enseignante,
et pour cela, il valait mieux adhérer au Parti.
-Qu'est-ce que je pouvais faire ?
J'ai adoré enseigner et prendre part à la vie sociale.
Beaucoup me l'ont reproché.
"Après les camps, comment as-tu pu faire ça ?"
J'ai répondu que c'était du passé, que j'avais tourné la page.
Je n'allais pas passer ma vie à ressasser.
C'est tout.
-Une décision étonnante ? Pas tant que ça.
Beaucoup de gens la prennent pour faire carrière
et ne pas se retrouver en marge de la société.
Mais la plupart sont gênés de devoir manifester
leur adhésion à une idéologie à laquelle ils ne croient pas.
Alors ils choisissent une sorte de double vie :
d'un côté, ce qu'ils affichent en public,
de l'autre, ce qu'ils expriment en privé.
-Pour faire simple,
il s'agit de deux mondes.
Impossible de les confondre tellement ils sont différents.
À l'école, tu te comportes d'une certaine façon,
et à la maison, d'une autre.
Il est clair que je croyais ce qu'on me disait à la maison.
Je captais immédiatement
les mensonges qu'on nous racontait à l'école.
Nous nous faisions un clin d'oeil.
Je mens, tu mens, on disait ce qu'il fallait dire,
mais on savait que ce n'était pas la vérité.
-Notre génération n'avait pas le choix.
On savait ce qu'il fallait dire
et comment ne pas se faire remarquer.
Pour nous, ça allait de soi.
-Au kiosque à journaux, dans la queue, un voisin demande :
"Est-ce que tu achètes le journal du Parti ?"
"Oui. Sinon, comment saurais-je que notre vie est merveilleuse ?"
Et pour ceux qui refusaient de mentir,
de lire le quotidien du Parti ou de mener une double vie,
il restait une solution.
-Au fond,
tous les gens étaient contre le système politique de la RDA.
On ne pouvait pas le dire,
on ne pouvait pas manifester,
mais on pouvait se retirer dans notre monde intérieur.
-L'émigration intérieure,
c'est aussi ce qu'on avait choisi, dans ma famille.
Mon père avait renoncé à la carrière qu'il aurait pu avoir
et avait accepté de mener une vie à la marge de la société.
On vit entouré d'un réseau d'amis qu'on choisit uniquement
en fonction de leur attitude envers le pouvoir communiste.
-5 à 10 personnes se réunissaient, le soir.
Et avec elles, on pouvait discuter très ouvertement.
J'ai découvert plus tard qu'on était fichés,
mais ça m'était égal.
J'ai organisé une soirée et j'ai invité des gens,
une trentaine de personnes.
Je leur ai présenté mes écrits...
Dans le domaine de la fiction,
ce n'était pas un problème.
J'écrivais ce que je voulais.
Je me moquais des limites,
puisque je savais que mes écrits ne seraient pas publiés.
Point à la ligne.
-Interdits aux éditions officielles,
ces auteurs se font connaître par le biais de l'édition clandestine :
le samizdat.
Parmi eux, les futurs prix Nobel Imre Kertész
et Soljenitsyne,
ou le futur président tchèque Vaclav Havel.
Leurs écrits, recopiés à la main ou tapés à la machine,
s'échangent sous le manteau.
Mais c'est bien plus difficile pour d'autres
qui, comme Ernst Hirsch, veulent faire du cinéma.
-La société cinématographique d'État
était entièrement dirigée par les Russes.
Tout était politique,
et les réalisateurs étaient remplacés
s'ils n'adhéraient pas au Parti.
-Pour faire des films
loin de la censure des studios de Berlin,
Ernst a choisi de rentrer à Dresde, sa ville natale.
Là, il a pu réaliser des films industriels
et quelques sujets culturels.
Il travaillait seul, en évitant les productions officielles.
-Il fallait être indépendant.
On pouvait réaliser quelques documentaires
et films culturels
si on travaillait en indépendant.
-Et les gens s'habituent
à ce que j'appelle une posture de loyauté minimale,
sans conviction.
Tout fonctionne et presque personne n'y croit.
Et on espère qu'un jour, l'État sera clément
et qu'il accordera de petites libertés.
Peut-être qu'un jour, la télévision de l'Ouest
ne sera plus interdite, mais autorisée.
Peut-être qu'on pourra obtenir quelques produits de l'Ouest,
que je pourrai aller à l'Ouest pour une fête d'anniversaire.
Tu espères ce genre de choses, mais plus la liberté.
-On était en prison, et on le savait.
Une sorte de prison de luxe.
Et tant qu'on ne résistait pas, ça allait.
Je n'ai jamais eu de contact avec la Stasi.
Une chance.
Parce que la situation devenait vite délicate.
"Si vous voulez travailler pour la télévision,
"vous allez devoir nous faire quelques rapports."
Petit chantage.
*-Un, deux, trois, quatre, cinq... test.
-Comme la Stasi en Allemagne de l'Est,
chaque pays frère avait son appareil de sécurité,
calqué sur le modèle de la police secrète soviétique.
*-Cinq, quatre, trois, deux, un... test.
-Ces services avaient pour mission le contrôle de chaque citoyen
afin qu'il ne dérive pas de la ligne du Parti
et qu'il n'ait pas de contact avec l'ennemi : l'Occident.
-Mon passé n'était pas exemplaire.
En clair, mon dossier n'était pas bon,
c'est ce qui m'a valu d'être surveillée.
Quand je recevais une délégation,
il y avait toujours quelqu'un pour écouter ce que je disais.
Cette photo est intéressante.
Ce sont des jeunes d'une délégation étrangère
à la fenêtre d'un train.
Je leur parle en tant que membre du comité d'accueil,
et on voit qu'une oreille attentive m'espionne.
On le voit très clairement.
J'ignore comment le photographe est parvenu à prendre ce cliché,
mais oui... on a vécu dans ce type de contexte.
Je savais qu'ils me surveillaient.
Depuis longtemps.
Je m'autocensurais.
Au téléphone, je ne disais rien qui puisse me compromettre.
Je me contentais de raconter comment je préparais
des pommes de terre au paprika.
Certains sujets n'étaient pas abordables au téléphone.
Quand on discutait et que quelqu'un faisait ce geste,
ça signifiait qu'on nous écoutait.
-Ceux qui étaient imprudents risquaient de se faire arrêter
ou, comme on le disait à l'époque,
de se faire "inviter" à visiter la police secrète.
Après quelques heures d'interrogatoire sans avocat,
on était au mieux relâché, mais on restait fiché à vie.
De toute façon, on pouvait être fiché
même si on n'avait jamais été arrêté.
Ce n'est qu'après la chute du communisme
que Gisela Trostorf a pu accéder à son dossier.
-Ça, c'est ma fiche personnelle
quand j'ai postulé pour un emploi.
Tout y était répertorié :
où on habitait, où on travaillait,
où on était engagé, dans quelle organisation.
Et ça, c'est une copie de mon dossier de la Stasi.
On se faisait contrôler, en tant qu'employée des transports.
Il nous arrivait d'être surveillé
ou suivi par la Stasi, par exemple quand on travaillait
à la gare-frontière de Friedrichstrasse.
C'est clair qu'ils avaient besoin de personnes fiables.
Pas seulement en termes de travail,
mais aussi d'idéologie.
La Stasi faisait remplir un formulaire
pour ses archives
sans qu'on en soit informé.
-Des millions de dossiers comme celui de Gisela
ont été stockés dans les sous-sols
du siège central de la Stasi, à Berlin.
Les services secrets surveillaient tout un chacun.
Après la chute du mur,
les officiers de la Stasi ont essayé de les détruire.
La tâche s'est avérée impossible, vu leur nombre.
-Ils observaient les familles dans leur foyer.
Il fallait tenir un registre d'immeuble
dans lequel on devait noter si on avait postulé
pour un voyage ou pour un nouvel emploi.
Il y avait un préposé, mais on le rédigeait tous ensemble
pour la police populaire.
-Plus on craignait la police secrète,
plus on se moquait d'elle, comme pour exorciser la peur.
"Pourquoi les officiers de la Stasi
"feraient-ils de parfaits chauffeurs de taxi ?
"Parce que tu n'es pas encore monté dans la voiture
"qu'ils savent déjà comment tu t'appelles et où tu habites."
-La Stasi cherchait aussi à recruter
des jeunes de moins de 18 ans.
Un type de la Stasi allait trouver un jeune homme pour lui dire :
"Tes notes ne sont pas super.
"Que vas-tu pouvoir apprendre comme métier ?
"Tu crois que tu passeras dans la classe suivante ?
"C'est pas du tout évident.
"mais on pourrait peut-être un peu t'aider."
*-On ne veut pas nuire à votre carrière,
mais la faciliter.
-On peut vous aider, en réalité.
-Ce serait très bon de votre part.
-Je pense qu'il faudrait qu'on conclue un marché.
Henryk, pouvez-vous nous aider ?
-Mais comment ? -On est au courant
de vos contacts avec les Allemands et les Américains
pour le travail. Vous voyagez...
Si vous nous aidez...
Henryk, vous savez bien que nous,
les Polonais,
nous sommes des gens d'honneur, des gens fiables.
-Faites ce que vous avez à faire, mais, s'il vous plaît,
j'ai une femme et une fille...
-Tout cela reste entre nous, évidemment. Point final.
-En période de dictature,
c'est la peur qui dicte à quel moment il faut se préserver,
comment s'adapter au mieux, comment se protéger.
Alors il faut dire aux gens
ou qu'ils en fassent eux-mêmes l'expérience :
"C'est bien de se protéger, mais dans quelle mesure ?
"Est-ce que tu veux renoncer à tout,
"rejoindre le Parti
"et faire des rapports secrets sur tes concitoyens ?
"Est-ce que tu veux aller jusque-là ?"
Et ce qui se passait souvent,
c'est qu'il y avait des camarades qui disaient :
"Le socialisme, oui. Dénoncer des gens, non."
Mais en réalité, les gens sont lâches ou peureux.
Et je l'ai vécu personnellement.
Dans mon groupe de jeunes, plusieurs ont dit non,
comme je leur avais enseigné.
Mais là, dans mon dossier,
j'en ai trouvé un en qui j'avais confiance.
Il voulait faire des études et faire carrière,
et il n'a pas pu dire non. Dommage.
-Des dizaines de millions d'Européens
vivent désormais dans le monde
de la surveillance permanente, de la double vie
et de l'émigration intérieure.
Alors, plus que jamais, les blagues politiques s'imposent.
Elles deviennent le meilleur moyen de parler librement.
Une vague d'anecdotes déferle sur tout le bloc communiste.
Elles seront notre bouée de secours au quotidien.
Nous disions souvent que notre vie pouvait être
soit tragique, soit ridicule,
et nous ne voulions pas qu'elle soit tragique.
-Les blagues font partie de la culture de l'Europe de l'Est,
car la liberté d'expression a toujours posé un problème.
Les gens ont donc compensé l'injustice politique
par l'humour.
-"Les merveilles du bloc communiste :
"il n'y a pas de chômage, mais personne ne travaille.
"Personne ne travaille, mais le plan de production est respecté.
"Le plan est respecté, mais il n'y a rien à acheter.
"Il n'y a rien à acheter,
"mais on nous dit que les magasins sont pleins.
"Les magasins sont pleins, mais tout le monde est mécontent.
"Oui, mais il paraît qu'on vit dans le paradis socialiste
"et que tout tourne rond."
-Parce qu'elles exprimaient l'impuissance humaine,
les blagues permettaient aux gens de se défouler,
d'évacuer leur frustration
parce qu'elles échappent à tout contrôle.
Par exemple :
Grun obtient finalement l'autorisation
de rendre visite à sa famille à l'Ouest.
À son retour, il est convoqué par le secrétaire du Parti,
qui lui demande :
"Alors, camarade Grun,
"comment se passe l'agonie du monde capitaliste ?"
Le camarade Grun réfléchit,
puis répond :
"C'est une belle mort."
-Je me souviens encore
quand Gagarine a effectué le premier vol dans l'espace.
À l'époque, une blague circulait :
quelque part à la campagne, on vient voir un fermier
et on lui dit : "Les Russes sont partis dans l'espace."
Et le fermier demande : "Mais sont-ils tous bien partis ?"
-Mais les Russes ne sont pas partis dans l'espace,
bien au contraire.
Et plus que jamais, leur présence va se faire ressentir.
En cette année 1961,
cela fait plus de 15 ans que l'URSS a coupé tous les liens
entre le bloc communiste et l'Occident.
Mais il reste encore une ville où les 2 mondes cohabitent,
où les échanges sont toujours possibles.
C'est Berlin.
Ici, le passage entre les parties Est et Ouest reste ouvert.
-On allait à la police, on donnait sa carte d'identité
et on recevait à la place un document
autorisant à prendre le train pour passer à l'Ouest.
Ça nous faisait une petite respiration
d'aller à Berlin-Ouest le week-end.
On allait au cinéma,
on écoutait des chansons d'Elvis Presley
ou ce qui était à la mode là-bas,
et on se procurait des livres. C'était bien.
On allait respirer un peu d'air frais à l'Ouest,
et ça nous permettait de tenir un moment.
-Tout le monde ne rentre pas de son excursion à l'Ouest.
Ils sont de plus en plus nombreux
à quitter définitivement le camp socialiste.
Depuis la fin de la guerre,
près de 20 % des Allemands de l'Est ont fui le pays.
On dit d'eux qu'ils votent avec leurs pieds
contre le régime soviétique.
Cette émigration concerne surtout les jeunes actifs
et pose un problème économique majeur
qui menace l'existence de la RDA.
Le gouvernement, impuissant à arrêter cette hémorragie,
trouve une solution inédite.
Au matin du dimanche 13 août 1961,
les Berlinois découvrent que tous les passages
entre les 2 parties de la ville sont fermés.
Dans la nuit, les forces armées de la RDA ont pris position.
C'est le début de la construction du mur de Berlin.
-On a entendu à la radio
qu'un mur avait été construit à Berlin pendant la nuit.
Mais on avait du mal à se le représenter.
Moi, j'avais 15 ans
et je me souviens avoir dit à mon père :
"Mon Dieu,
"on ne peut quand même pas séparer les gens avec un mur !"
-On a allumé la radio de l'Ouest
et on a appris qu'un mur était en construction.
C'était inimaginable.
La semaine précédente, j'étais allé à Berlin-Ouest.
C'était inconcevable que cela ne soit plus possible.
Ça a été un choc pour tout le pays,
et beaucoup de gens ont été très en colère
et sont devenus encore plus anticommunistes.
-Les habitants de Berlin-Ouest s'amassent devant les barrages.
Stupéfaits, ils ont du mal à croire ce qui se passe devant leurs yeux.
Personne ne s'y attendait.
La décision de séparer Berlin-Ouest de l'Allemagne communiste
par un mur
a été prise en secret par les dirigeants de la RDA.
Plus aucun passage n'est possible entre les 2 mondes.
Willy Brandt, le maire de Berlin-Ouest
et futur chancelier de l'Allemagne fédérale,
se rend sur place.
Il observe, impuissant, à quelques dizaines de mètres,
les militaires est-allemands en train de fermer définitivement
le rideau de fer.
-On pouvait le dire franchement :
c'était la seconde fondation de la RDA.
Maintenant, ils nous tenaient tous.
-Du jour au lendemain, des familles et des amis sont séparés
sans savoir s'ils se reverront un jour.
Côté Est, on n'a qu'une solution :
il faut fuir, coûte que coûte.
Au début, c'est encore possible.
Mais très vite,
les barbelés sont remplacés par une construction en dur.
Elle n'a qu'un seul but :
empêcher toute fuite vers l'Ouest.
-La construction du mur a été un phénomène très important
car il nous a privés de la possibilité
de nous déplacer dans l'espace,
mais il a aussi réduit l'espace mental de nombreuses personnes.
-Ces salauds n'avaient pas d'autre option,
et c'était parfaitement logique.
Tant que Berlin restait ouverte,
ils ne pouvaient pas contrôler la population.
C'était donc un prolongement inéluctable du système.
-Le piège s'est refermé.
Désormais, les Européens de l'Est, livrés à leur sort, sont seuls.
Face à leurs dirigeants,
face à l'URSS.
-Ce mur, c'était la concrétisation de la réalité.
Plus d'hypocrisie, tout était évident.
On voyait de quel système il s'agissait.
On était une Europe divisée,
deux camps hostiles.
-Ainsi, il y avait le monde socialiste,
les yeux tournés vers Moscou,
et son ennemi, notre ennemi le plus dangereux : l'OTAN,
contre lequel nous devions toujours nous tenir sur nos gardes,
toujours nous tenir prêts.
En cas d'attaque, on le repousserait.
-Nous tous, derrière le rideau de fer,
nous avons entendu ce discours.
Beaucoup ne le prenaient pas au sérieux,
d'autres y croyaient sincèrement.
Et il y a ceux, comme le président russe Vladimir Poutine,
qui le pensent toujours.
Pour lui, l'OTAN reste l'ennemi numéro 1.
Plus de 30 ans après l'effondrement du bloc communiste,
on a beau avoir déboulonné
et relégué dans les sous-sols des musées ces symboles,
le passé ne passe pas facilement.
Une mémoire et un mode de vie communs se sont tissés
entre les habitants de ces pays.
Et leur vécu leur a appris qu'il suffit de très peu
pour que la main de Moscou impose sa volonté.
Sous-titrage : VECTRACOM
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