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J'ai l'immense honneur
d'annoncer la candidature
à la présidence des Etats-Unis
d'un grand Américain et secrétaire d'Etat.
Notre prochain président,
l'honorable William Russell !
Nous voulons Russell !
- Ça, c'est une parade. - Elle durera longtemps ?
- C'est spontané ? - Et prémédité.
La spontanéité va durer 22 minutes.
Je dois y aller.
- Et l'ancien président ? - Il est ici.
- Il vous soutient ? - Il le dira ce soir.
- Il soutient Cantwell ? - Attendons qu'il parle.
- Et le débat d'hier ? - J'en suis ravi.
Et l'intégration ?
Le gouvernement garantit les droits de tout citoyen.
Si le parti le contestait, je ne serai pas candidat.
Mais les droits fondateurs...
Ces droits valent pour les Noirs aussi.
Désolé, nous sommes déjà en retard.
Vous avez vu les derniers sondages ?
Je ne crois pas aux sondages.
Les gens se méfient des intellectuels en politique.
Intellectuel ? J'ai juste écrit un livre.
Bertrand Russell a dit :
"En démocratie, on craint moins l'idiot que l'homme intelligent."
Ça devrait être l'inverse.
Russell a été exclu de l'université.
Pour avoir enseigné l'amour libre,
pas pour incompétence philosophique.
Que pensez-vous de l'image de M. Cantwell ?
L'image est un terme publicitaire.
On vend l'image du produit, pas le produit.
- L'image peut tromper. - Votre image à vous...
"Peignez-moi comme je suis, même avec mes verrues."
Le voilà ! C'est William Russell !
Je voterais pour vous si j'avais l'âge.
Moi aussi.
Otez-les.
Merci !
- Vous allez gagner. - Je l'espère.
- Elle arrive. - Qui ?
Ma vice-présidente.
Entre les droits civiques et le Ku Klux Klan.
- Prépare-toi. - Avançons.
Bill Russell, mon candidat préféré.
Voici Dick Jensen, mon directeur de campagne.
J'adore les têtes en politique.
Les professeurs donnent un ton à ces conventions.
Je suis une des rares à apprécier.
- Je suis trop directe ? - Non, non.
Vous êtes la voix de la ménagère moyenne.
Enfin, sans être moyenne, vous parlez pour elle.
C'est bien tourné, M. Jensen.
Je peux être franche ?
Bien sûr.
Vous n'êtes pas le candidat idéal d'une femme.
Comment ça ?
Vous faites toujours le malin.
D'accord, c'est une erreur.
On veut un homme ordinaire, comme Eisenhower.
Un charmant sourire, pas d'agressivité.
Tout ce qu'on aime chez un homme.
Il était parfait.
On l'imaginait faire la vaisselle ou écouter sa femme.
C'est vrai.
Ne faites pas l'intellectuel avec elles.
Nous voulons voir votre femme plus souvent.
Tant de gens se méfient des Anglais.
Mme Russell a été malade.
Oui, mais il faut qu'elle soit là.
On doit la voir vous conseiller.
Adlai Stevenson a pâti d'être sans épouse.
Et d'avoir fait le malin.
J'ai une question personnelle.
Votre mariage serait en difficulté ?
Ma femme me soutiendra.
- Alors elle est ici ? - Bien sûr.
Je peux la voir ?
Montez dans ma suite.
On doit voir le gouverneur Merwin.
Dans l'après-midi.
Bien. Mabel Cantwell est charmante.
- Une vraie Américaine. - Il paraît.
Madame Gamadge ?
Mesdames, en selle avec Russell. Notre candidat !
- Mme Russell est arrivée ? - Bien sûr.
C'est le couple gagnant. Bill et Alice Russell.
- George et Martha Washington. - Boucle-la.
- J'écris de bon discours ! - Voyez Jensen.
- Je ne suis pas cher. - Plus tard.
Et la boule de neige !
Où est la boule de neige ?
On est à la traîne au Texas.
Passez-moi le président Hockstader.
- Et la boule de neige ? - Elle est énorme.
- Où est-elle ? - On a un problème.
La voilà !
Spectaculaire.
Comment ça, où elle est ?
- Cantwell sera nommé quand ? - Quand on aura fini.
Dites au président que j'ai appelé.
On pourrait l'emporter au premier tour.
- Si Hockstader me soutient. - Et le Texas ?
Buvez plus de pétrole ? Non.
- C'était pour le lait. - M. le secrétaire ?
- Désolée. - Oui, Janet ?
- Mme Russell veut vous voir. - Où ?
Dans votre suite.
J'appelle Art Hockstader.
Voilà le programme d'Alice.
- Le discours de ce soir ? - Il arrive.
- Et la boule de neige ? - Oubliez-la.
Alice ?
Bonjour !
Ravi de te voir. Ils te réclamaient tous.
Tu as fait bon voyage ?
Il faut bien le dire.
La politique fait d'étranges ménages.
C'est toi qui dis ça.
Je suis venue à cause des sondages d'hier.
Tu seras le prochain président apparemment.
Monte dans le wagon.
- Juste comme ça ? - Sans absurdité ni sentimentalisme.
Sans absurdité, c'est ça.
Après 20 ans absurdes à faire bonne figure,
pendant que mon mari se vouait à son passe-temps...
S'il te plaît.
Depuis notre mariage, c'est la première fois
que tu as vraiment besoin de moi.
Si je divorce, tu ne seras pas président.
N'en sois pas si sûre.
Ce serait difficile.
Se débarrasser de la vieille est mal vu.
Et je ne veux pas m'en débarrasser.
Tu ne peux pas, plutôt.
Je me découvre ambitieuse.
J'aimerais être première dame.
Je supporterais de te voir.
De temps en temps.
On se croisera dans la chambre de Lincoln.
Alors ça t'intéresse.
Vraiment ?
J'ai une condition.
Pas de garçonnière à la président Harding.
Pas de filles à la Maison Blanche. Ni en voyage.
Voilà le traité 674, signé ce 14 mai à Los Angeles.
D'accord.
Merci.
- Ça se présente bien ? - Plutôt.
J'espère que tu réussiras.
Que nous réussirons.
Ton programme de la journée.
Tu savais que je viendrais ?
Tu feras vraiment un bon président.
Que devient le traité si je perds ?
Nos chemins se sépareront.
C'est bien ce que tu veux.
Bonjour, Dick.
- Ravi de vous voir, Alice. - Ça semblait amusant.
Personne n'a vu Hockstader.
Arrête avec le miroir.
Je ne peux pas m'en empêcher.
Fais ton sourire timide, le préféré des ménagères.
Sourire est si indécent.
Toutes ces dents de prédateur
209b nous renvoient à notre animalité.
Ne va pas parler de Darwin. "Au commencement était le Verbe."
Ton discours de ce soir. Il est bon. Lis-le.
Non, j'aime me surprendre.
M. le président ?
- Bonjour, Alice. - D'où sortez-vous ?
On ne s'embrasse pas ?
M. le président !
Je suis si heureux.
Tout se passe bien pour toi.
Je ne voulais pas être vu.
Je suis passé par la suite voisine.
Vous semblez remis de votre opération.
J'avais forcé en jouant avec mon petit-fils.
Un verre ? Ne dis rien. Whisky à l'eau.
Oui. Un "coup pour la liberté".
Ne dites à personne que je suis là.
Alors, la politique te plaît ?
A un point inquiétant.
C'est pire que le jeu.
Quand j'étais haut comme ça,
j'ai vu un certain William Jennings Bryan.
"N'enfoncez pas cette couronne d'épines
235b "au front du travailleur."
"Ne crucifiez pas l'humanité sur cette croix d'or."
Un sacré discours.
- Bryan a perdu l'élection. - En effet.
Art, ton soutien compte pour l'investiture.
Je sais, mais excuse un vieux croûton.
Vous voir suer pour savoir sur qui je vais miser
243b est le seul plaisir qui me reste.
- Je sue ? - La politique a changé.
La grande époque est révolue.
Les riches comme toi l'avez vendue.
Te voilà marxiste ?
Jamais entendu parler.
Les gosses de riches jouaient au polo avant.
Et maintenant, vous jouez à la politique.
Je ne sais pas.
L'électeur croit qu'un riche ne va pas le voler.
Le côté "pauvre mais honnête" de Cantwell lui réussit.
Joe Cantwell.
Il n'a ni ton argent, ni ton cerveau.
Tu es l'un des plus brillants.
- Allons, Art. - Je le pense.
Les hommes supérieurs sont rares en politique.
Cantwell est un médiocre, comme moi. En plus lisse.
Lui ferait tout pour gagner. Ça le rend dangereux.
Non, non. Tu exagères.
- Il sait où il va, au moins. - Et pas moi ?
Tu es si intelligent.
Tu te perds dans la complexité des choses,
sans résoudre les problèmes importants.
Imaginons que la Chine attaque l'Inde.
Toi et moi saurions gérer la situation
sans guerre atomique ou sans perdre l'Inde.
Joe regarderait d'abord les sondages.
Qui lui diraient quoi ?
Ne risquons pas un conflit pour sauver l'Inde.
Joe suivra la vox populi. Au diable, l'Inde.
Cela nous affaiblirait.
Et ce jour que l'on craint se rapprocherait.
Tu lis trop ce Joe Alsop.
Ce n'est jamais aussi terrible.
Tu crois en Dieu, Bill ?
J'appartiens à l'Eglise épiscopale.
Je suis méthodiste, mais la question demeure.
Crois-tu en Dieu, au Jugement dernier et à l'au-delà ?
Non, je crois en nous. En l'homme.
J'ai souvent feint de croire en Dieu.
A des fins politiques.
Je n'ai jamais eu à parler de Dieu.
La politique a bien changé.
Avant, il fallait mettre Dieu partout.
Non, je ne crois pas à l'au-delà.
On ne vit qu'une fois. Et après... rien.
Je suis mourant.
L'hernie était un mensonge de plus. Désolé.
J'ai un cancer.
J'aurais juste le temps de finir tout ça.
- Que puis-je faire ? - Rien.
J'ai des pilules contre la douleur.
J'avoue que je suis mort de trouille.
"Mort de trouille", c'est exactement ça.
J'aimerais te rassurer, mais tu ne marcherais pas.
Il y a un point positif.
Vous me rejoindrez tous tôt ou tard.
Bill, il faut parler aux Texans.
Bonjour, M. le président.
- Ne le répète à personne. - Bien sûr.
- Le suspense finira au dîner. - Et après ?
Je me battrai en bon camarade pour l'heureux élu.
Ces rumeurs sur toi et les amies de ta femme,
elles ne te feront pas de mal.
Pas de lettres compromettantes ?
- Aucune. - Parfait.
Va parler à ces fous de Texans maintenant.
J'aimerais être une mouche pour t'entendre parler
de la hausse des taxes sur le pétrole.
Sors d'ici, vieux croûton.
Est-ce ainsi qu'on traite le dernier d'une époque
qui va quitter la scène ?
Mon passage secret.
Alors ?
Qu'a-t-il dit ?
Il va soutenir Cantwell.
Impossible.
Il croit que Joe est un dur, et pas moi.
Tu es sûr ? Ces politiciens parlent en Morse.
J'ai décodé.
Jensen.
Les bénévoles féminines voudraient vous voir, Alice.
- Bien sûr. - Elle arrive.
- Elle est là. - Qui ?
- Mme Gamadge. - Seigneur.
Mme Gamadge !
Alors elle est vraiment là.
Tu n'as pas oublié Mme Gamadge ?
Mais non. Enchantée. Quelle allure.
J'adore. Vous êtes absolument parfaite.
J'aime tout.
Quand vous serez première dame,
n'en faites pas trop comme Mme Roosevelt.
Les femmes n'aimaient pas ça.
Mais faites-en plus que Mme Eisenhower.
Grace Coolidge était la meilleure.
Vous êtes pour démettre le juge en chef ?
Pas pour l'instant.
Cinq membres de la Cour suprême sont au Parti communiste.
Etiez-vous dans une cellule communiste à Harvard ?
Pas en cellule, en amphithéâtre.
Sheldon Bascomb. Mettez-le dans l'avion.
Je me fiche de son accord.
Je le veux ici demain.
La parade pour Cantwell commence.
Le gouverneur va annoncer sa candidature.
- Alors ? - Ils ont dépensé.
Nous aussi.
Retrouvons le sénateur Cantwell à l'hôtel Ambassador.
Joe Cantwell, l'ennemi public numéro un.
Certes, je respecte William Russell.
Mais il n'est pas proche du peuple.
A le flatter.
Le président doit sortir du peuple.
Comme mon modèle, Art Hockstader.
Je ne lui achèterais pas de voiture d'occasion.
Lors des primaires, M. Russell et vous
divergiez sur l'intégration.
Pas sur l'aspect moral du problème.
Les discriminations sont mauvaises.
Mais le gouvernement fédéral
402b n'a pas à trancher sur une question locale.
Je n'aime pas forcément ce qu'on fait au Mississippi,
mais ils ont le droit de se gouverner à leur guise.
Les délégués du Sud vous soutiennent ?
Nord et Sud sont préoccupés par l'agitation communiste.
Les cocos manipulent souvent les Noirs.
Ils sont partout autour de nous.
Et la réforme fiscale ?
Je suis pour les réformes fiscales.
En réduisant les dépenses du gouvernement,
on supprimera l'impôt sur le revenu.
- Et Cuba ? - Il faut être dur.
Ils ne comprennent que ça.
Renforçons notre puissance militaire.
Quand il faut y aller,
les soi-disant libéraux nous trahissent.
Comment augmenter nos dépenses militaires
et supprimer l'impôt sur le revenu ?
C'est fantastique que quelqu'un comme moi
423b puisse parler au nom du vrai peuple.
Dans quel autre pays, un homme sorti de rien
pourrait aspirer au meilleur des boulots ?
Que le meilleur gagne.
Encore.
Que le meilleur gagne !
Une question, sénateur !
Vous êtes mon homme, Joe. Je suis à votre disposition.
On est avec vous, sénateur.
- Le conservatisme a une voix. - Exact.
Il faut arrêter le communisme
et éliminer la sécurité sociale.
Don, va voir Hockstader.
Réglons ça avant le dîner.
- On lui dit pour Russell ? - Maintenant ou jamais.
Je vous soutiens, vous savez.
Vous n'êtes pas un riche.
Que Dieu multiplie les gens comme vous.
Et votre grand frère.
447b Je vous aime bien aussi.
Je vous aurais bien vu président, M. Cantwell.
Merci, ne nous oubliez pas en novembre.
J'ai encore des admiratrices.
La parade pour Cantwell est déchaînée.
C'est le chouchou des conservateurs,
qui n'ont rien de conservateur aujourd'hui.
A l'équipe gagnante !
Voyons qui est ce candidat.
Le voici enfant à Tracy Junction. Fils d'un épicier.
Depuis, Joe Cantwell a grimpé jusqu'au Sénat.
Il s'est rendu célèbre en voulant prouver
que la mafia émanait d'un complot communiste.
Ce fut son tremplin vers le succès.
Les communistes vous ont-ils ordonné
d'infiltrer les sept entreprises légales
dont j'ai ici les noms ?
- Je refuse de répondre. - Quel est votre nom ?
- Je refuse de répondre ! - Comme ça, c'est clair.
Voilà l'ennemi qui nous entoure.
Et maintenant, une interview exclusive
avec la mère de Joe Cantwell.
Vous devez être fière de votre fils aujourd'hui.
Il a toujours été ambitieux.
Un jour, il m'a dit :
"J'ai rencontré une fille comme toi."
C'était Mabel. Il l'a épousée.
Voilà sa photo.
Vous devez avoir beaucoup d'amis à Tracy Junction.
Mabel ?
Sors, chérie. Je suis seul.
Arrête, le dîner commence bientôt.
Je serai prête. Tu as l'air si fatigué.
Je n'ai jamais été aussi en forme.
Ta mère passe à la TV.
Et que le meilleur gagne, comme il dit.
Cette bonne vieille maman.
C'est tout pour aujourd'hui.
William Russell, Joe Cantwell, gouverneur John Merwin...
Hé, Charlie. Merci.
Le scrutin commence demain.
William Russell est toujours en tête.
Mais il lui manquerait encore 60 voix.
C'est moi qui suis à court.
Allez, habille-toi.
Ecoute-toi.
Pourquoi tu t'inquiètes comme ça ?
Papa Ours est méchant avec maman Ours.
Papa Ours aime sa maman Ours.
- Habille-toi, allez. - Oui, oui.
Tu as donné ces trucs sur Russell ?
Demain, pan.
Et papa et maman Ours iront à la Maison Blanche.
- Va me chercher mon rasoir. - Tout de suite.
Je vais m'habiller.
Tu as vu les derniers sondages ?
Russell, 35 %. Cantwell, 28 %. Merwin, 12 %.
Claypoole, 10 %. Anderson, 8 %. Et 7 % d'indécis.
Tu trouves que je grossis ?
Aux hanches ?
Tu m'écoutes ?
J'imagine que non.
Il ne m'écoute jamais.
- Tu m'as déjà trompée ? - Non.
Tu as lu ce Walter Lippmann ? Ecoute ça.
"Le pays serait en de bonnes mains
"avec William Russell à la présidence."
Comment séduire ces pseudos intellectuels ?
Mon image doit leur déplaire.
Voyez-vous ça.
Tu es drôlement appétissante.
Arrête, Joe. Tu vas me décoiffer.
Allez, remonte ma fermeture.
Tu ne m'as pas trompée, alors ?
Même pas la fois où tu es allé à Paris,
quand les sénateurs se sont saoulés
538b et que les Wedlock roulaient par terre ?
Je n'aurais pas le temps d'être infidèle.
J'ai un programme serré.
- Salut, Don. - Salut, Mabel.
Hockstader t'attend.
Parfait. Le dossier sur Russell.
Sois cool, comme disent les gosses.
Ne t'en fais pas.
N'oublie pas. De la flatterie.
C'est moi qui t'ai appris ça.
- Bonsoir, Tom. - Sénateur Cantwell.
- M. le président. - Bonsoir, Joe.
L'heure approche.
Mon discours est là. J'ai hâte de m'en libérer.
Ravi de te voir, Don.
- Un coup pour la liberté ? - Non, merci.
J'oubliais. Joe ne boit pas.
Moi, si.
Les non buveurs ne savent pas
que l'âge donne soif.
Non, monsieur.
Ni alcool, ni tabac, ni maîtresse.
Je n'ai jamais connu aussi vertueux.
- J'essaie. - Bien sûr, Joe.
Vous avez bien travaillé au Sénat. En général.
"En général" ?
J'ai parfois douté de vos méthodes.
- On combat le feu par le feu. - Et la fin justifie les moyens ?
Je crois, oui.
Apprenez quelque chose sur la politique et la vie.
Cela vaut pour les deux.
Il n'y a pas de fin, seulement des moyens.
Je ne veux pas vous contredire...
Non, pas de discours avec le vieil Hockstader.
Je suis juste un plouc.
Ce qui compte vraiment, c'est notre façon d'agir,
de traiter les gens, et ce qu'on ressent pour eux.
Pas un idéal pour la société ou pour soi-même.
Dois-je comprendre que vous ne planifiez rien ?
Nous y voilà. Je connais ce ton, sénateur Cantwell.
C'est celui du croisé de la TV.
Mes méthodes en gênent beaucoup.
Surtout les criminels et les communistes.
Menez votre croisade.
Crier au loup fait partie de la politique.
Mais vous prenez ces bêtises au sérieux.
Tromper son monde fait partie du jeu.
Se tromper soi-même est dangereux.
Je le prends au sérieux parce que c'est sérieux.
C'est important pour nous tous.
Et ne venez pas me dire ce qu'est un homme d'Etat.
Le bilan de votre mandat est une charge pour le parti.
- Espèce de... - Il est sur les nerfs.
C'est le prix à payer dans les conventions.
Oui, bien sûr.
On est tous passés par là.
J'étais pareil quand vous avez failli me battre.
Je regrette. Tu nous excuses, Don ?
A plus tard, M. le président.
Je sais que je vous déplais.
En effet. Vous ne m'avez jamais plu.
Je n'espère pas votre soutien ce soir.
Je soutiens ceux qui me déplaisent
si je pense qu'ils feront le boulot.
J'ai quelque chose sur votre ami Russell.
Tout est là-dedans.
Lisez-le et...
Qu'y a-t-il ?
Ces pilules me retapent.
- Vous croyez en Dieu, Joe ? - Oui.
Et au Jugement dernier et à l'au-delà ?
Oui.
C'est ce qui donne un sens à tout ça.
Je suis très croyant. A ma façon.
Je n'en doute pas. J'aimerais l'être aussi.
Mourir n'est pas drôle.
C'est ce qui m'arrive.
Voilà le rapport psychiatrique.
Je l'ai eu par des moyens louches,
mais la fin les justifiait.
C'est quoi, ces conneries ?
Votre candidat a fait une dépression nerveuse.
Je le sais.
Il était fou à lier pendant un an.
Pas fou à lier.
C'était du surmenage.
C'est ce que racontait la presse.
- Je connais la vérité. - C'est de la dynamite.
Voilà un rapport complet.
Il a abandonné sa femme.
Son mariage n'est qu'une façade.
Je ne veux pas savoir d'où vous sortez ça.
Tous les grands mots sont là. Dépression, paranoïa.
Le tout combiné au besoin de femmes.
- Et alors ? - Vous trouvez ça admirable ?
Je m'en fiche.
J'ai grandi dans une ferme.
Je n'ai pas oublié les leçons de la nature.
Beaucoup d'hommes ont besoin de beaucoup de femmes.
- Il y a pire. - Comment ça ?
Les hommes publics attirent la rumeur.
A la Maison Blanche, on disait que je...
Les gens adorent parler de ça.
Oublions l'aspect moral.
Va-t-on avoir un président mentalement instable ?
Il n'est pas mentalement instable.
"Susceptible de craquer sous la pression."
Voilà votre atout.
Si vous soutenez Russell,
les délégués verront ce rapport.
Vous me donnez des ordres ?
Et Russell devra dire s'il croit vraiment
pouvoir être président avec ses antécédents.
- Vous jouez au dur. - Je sers le public.
Réfléchissez avant de soutenir ce névrosé.
Merci du conseil, Joe.
Je vais m'offrir votre scalp politique.
- N'essayez pas. - Je suis intouchable.
Mais je peux vous renvoyer à vos assurances.
Et c'est vous que j'allais soutenir.
Je ne vous crois pas.
Que vous soyez un salaud ne me dérange pas.
Mais les salauds idiots me dérangent.
Encore merci, Mlle Jackson.
Mesdames et messieurs,
l'ancien président des Etats-Unis,
Art Hockstader !
Normalement, je ne parle qu'en campagne.
Mais on m'a invité à parler ce soir,
et j'adore le son de ma voix.
Même si personne ne m'écoute jamais.
Nous entrons bientôt dans cette convention
pour commencer à voter.
Quand nous aurons fini,
nous aurons un président !
Par chance, nous avons d'excellents candidats.
Mon vieil ami, procureur puis sénateur,
Oscar Anderson.
Et un autre vieil ami à moi,
la dernière fleur de la Confédération,
doublé d'un libéral progressiste,
le gouverneur T.T. Claypoole.
Merci, les amis. Que Dieu vous bénisse !
Et voici un bon jeune homme de l'Ouest,
qui sait se mêler de ses propres affaires.
Pas comme certains.
Le gouverneur John Merwin.
Ce pays a eu de mauvaises traditions.
712b Entre autres,
un juif, un nègre, un catholique ne pouvaient être présidents.
Aujourd'hui, un catholique peut être président.
Nous aurons un président juif.
Et même un président nègre.
Quand on aura entendu toutes les minorités,
on passera à la majorité oubliée du pays.
Je parle de ces dames !
Si une femme devenait présidente, pourquoi pas
l'électrisante Sue Ellen Gamadge !
Nous voilà arrivés aux deux favoris,
qui comptent le plus de promesses de votes.
L'un d'eux s'est attaqué à la mafia.
Comme président, il pourra en arrêter
les chefs qui échappent encore à la loi.
Ce garçon a un sens aigü du bien et du mal.
Ce qui veut parfois dire : ils ont tort et on a raison.
Et c'est vrai. Ils ont tort et on a raison !
Joe Cantwell !
Et enfin, mon vieil ami et frère d'armes,
un grand secrétaire d'Etat du pays.
Il est plus intelligent que moi.
Ça ne veut rien dire, je sais.
Bill et Alice, c'est à vous !
Un dernier mot, maintenant.
Vous désignerez l'un d'eux demain.
Celui qui sera choisi bénéficiera de notre soutien
pour gagner en novembre, dans l'intérêt du pays.
Merci.
Il ne soutient personne.
La convention reste ouverte.
Les femmes détestent ça.
- Et maintenant ? - C'est ce qu'il fallait.
Hockstader est toujours contre toi.
Mais il n'est pas pour Russell.
La convention est totalement ouverte !
Tout le monde peut gagner !
Pourquoi ?
Ce n'est pas facile à dire.
J'étais venu soutenir Cantwell.
Je l'ai su ce matin.
Vraiment ?
J'ai un don pour la politique.
Je n'ai jamais dit le contraire.
Tu me parles du piège de Cantwell.
Tu as changé d'avis sur lui ?
Oui, j'ai changé d'avis.
Vouloir me forcer la main était une erreur.
Il croyait que j'allais te soutenir.
Tu avais reçu le message, mais pas Joe.
Il ne sait donc pas juger les gens.
Et il y a cette diffamation.
On ne sort pas le canon pour avoir une mouche.
Alors je dois l'éliminer.
Tu vas donc devenir le prochain président.
Président par défaut.
Tu as toujours des doutes sur moi.
Oui. Tu n'as jamais été un décideur.
- J'agis au cas par cas... - Tu agis trop peu.
Je regrette.
En tout cas, je travaille pour toi maintenant.
Engage le combat.
Il faut contrecarrer ce rapport médical.
Mon médecin certifiera que je vais bien.
Tu n'es pas fou ?
On l'est forcément si on veut être président.
Parle pour toi.
Cantwell a eu mon dossier en soudoyant une infirmière.
- Poursuivons-le pour vol ? - C'est une solution.
On doit pouvoir l'effrayer.
Mais il me faut des votes, là.
Tu veux ceux de Claypoole ?
- Combien ? - La vice-présidence.
- Trop cher. - On fait le difficile ?
Et le décideur aussi.
Et Merwin ?
- Vice-président ? - Oui.
- D'accord. Et Anderson ? - S'il le faut.
Je vais voir ce que je peux faire.
Rien de tel qu'un sale combat politique
pour te mettre du rose aux joues.
- Tu te sens comment ? - Immortel.
D'ici à l'aube,
Joe Cantwell sera hors course.
M. le président, ravi de vous voir.
Bienvenue dans le vieux Sud.
Je veux vous parler.
- Vous êtes avec le président ? - Je suis son secrétaire.
Dites-lui que ce vieux T.T.
a soutenu les droits civiques
- comme jamais avant ni depuis. - Depuis quoi ?
T.T. fera un bon président conservateur,
avec une vraie touche de progressisme.
Comme l'intégration ?
Personne ne s'en occupe plus que T.T.
Vous avez des écoles ouvertes à l'intégration ?
Aucune, Dieu merci. Mais on progresse.
Quel joie de vous voir, M. le président.
Pareillement, Joe.
Ce ne sera pas utile d'aller voir Merwin.
- Vraiment ? - Il soutient Joe.
C'est bon à savoir.
- Comment va, Joe ? - Au mieux !
Pourquoi Hockstader ne nous soutient-il pas ?
- Comme vice-président ? - Président.
- Et Russell ? - Et Cantwell ?
Il nous a promis le Trésor.
On a le beau rôle. Au milieu, mais déterminant.
Oscar, on a des choses importantes à se dire.
- Russell serait malade ? - Il me paraît en forme.
- Le vieux soutient qui ? - Pas Cantwell.
Anderson est le plus grand conservateur d'Amérique.
Il a créé des jardins fleuris là où s'étendait le désert.
Tout va bien ?
Je prodigue mes lumières.
- A notre ami Anderson ? - On l'a avec nous.
- J'ai encore du travail. - Bien sûr.
Il est à l'aéroport ?
Amenez-le ici, mais discrètement.
C'est la fin de Cantwell.
J'espère bien.
Le délégué californien vient d'appeler.
Voilà une excellente nouvelle.
Anderson se désiste pour moi après le 1er tour.
Pourquoi pas ?
Avec ses voix,
on peut gagner au 2e tour.
Art aurait pu m'appeler avant de négocier.
Anderson, c'est bien.
Il est là.
Qui ?
Gouverneur Claypoole !
Vous avez vu Art ? Parfait.
Quoi ?
J'en serais ravi. Si je gagne, bien sûr.
Je vous rappelle. Je suis en réunion.
Parfait.
Art a promis la vice-présidence à Claypoole.
Deux vice-présidents ?
C'est inédit, mais on est progressistes.
- Ce n'est pas drôle. - Laisse faire la vieille buse.
- Mme Gamadge ? - Je ne suis pas là !
Votre petit doigt vous dit que T.T. sera vice-président ?
On comptait sur vous.
Pourquoi pas ?
La femme qui berce et tout ça.
Silence, s'il vous plaît !
C'est le grand jour. Le vote débute à midi
pour élire le futur président.
William Russell mène, mais sans les 761 votes
qui le feraient gagner au 1er tour,
si les outsiders restent en lice.
- Que voulons-nous ? - La liberté !
- Quand ? - Tout de suite !
- Sénateur Lazarus ? - Dick !
Je vais à la convention.
Bill ne serait pas bien ?
Une diffamation de Cantwell.
Réagissez. J'aurai du mal à tenir mes gars.
On gagnera au 2e tour.
- Vous voterez pour mon Joe ? - Bien sûr.
- Vous faites quoi, Sue Ellen ? - Le chaperon, c'est tout.
- C'est le grand jour ! - Allez-y doucement.
Joe joue un sale jeu.
Il rend service. J'ai lu ce rapport.
Je suis une militante loyale.
Les femmes sont derrière Russell.
Les femmes sont plutôt sous lui.
Avec Russell, c'est sexe matin et soir.
C'est immature.
Votez Joe !
Eteins-moi ça, Charlie.
On passe le premier.
Alors, Merwin, Anderson et ensuite Claypoole.
La délégation du Maryland ?
- On aura T.T. au 2e tour. - Je m'en méfie.
Oscar Anderson reste en lice jusqu'au bout.
Proposons la vice-présidence à Merwin.
- On a échoué hier soir. - Hockstader aussi.
- On a quoi sur Merwin ? - Rien.
Il doit y avoir un moyen de le secouer.
- Envoie le rapport psychiatrique. - Je ne ferais pas ça.
Non, tu es un perdant. Mais pas moi.
Laisse au moins passer le 1er tour.
- D'accord, mais sois prêt. - C'est prêt.
Une copie par délégué. Toutes bien reliées.
Je regrette ce que j'ai dit.
C'est vrai.
Rien n'est facile, hein ?
Pas ce qui est bon.
Je suis avec vous, Bill. Tout du long.
Je venais vous le dire moi-même.
J'apprécie, T.T.
Bien sûr, je reste au 1er tour.
Je ne peux pas trahir ceux qui m'ont envoyé ici.
Mais je me désisterai pour vous au 2e tour.
- Je le promets solennellement. - Merci, T.T.
Evitez les problèmes
et ces déclarations enflammées sur l'intégration.
Quelle idée de vouloir un nègre dans votre cabinet.
Je m'inspire d'Abe Lincoln.
Guerre civile incluse ?
Gouverneur, ravi de vous avoir vu.
- A bientôt. - Quand vous voulez.
Alors ?
Au 2e tour, il a dit.
Il a dit ça.
Bill, tu devras peut-être faire du Nixon.
C'est-à-dire ?
Aller à la TV.
Gémir devant la nation, mais avec deux cockers.
Dire que je ne suis pas fou ?
Je peux fixer la caméra et dire : "Je ne vous volerai pas."
Mais je ne pourrai pas fixer la caméra et dire :
"Je ne suis pas fou, c'était une dépression."
- Ça ne marcherait pas. - Pourquoi pas ?
On se ficherait de moi.
Voilà notre candidat.
- A cinquante-cinquante. - Ne vois pas tout en noir.
T.T. est venu ?
Oui, on est convenus que le Noir avait du rythme,
de belles dents, mais qu'il restait un enfant.
A qui doit-on cette humeur ?
Pas au directeur de campagne.
71 secondes pour s'habiller.
Je n'ai pas battu mon record.
Votre médecin serait arrivé ?
Il va le déclarer sain d'esprit.
Des mots comme "maniaques" font peur aux gens.
C'est toujours comme ça.
Un shérif a été élu dans le Sud
en traitant son rival d'éjaculateur précoce.
Merci pour ces trois vice-présidents.
Deux et demi. Merwin hésite encore.
Depuis que Joe a gazé, ils attendent tous.
- Voici Sheldon Bascomb. - Qui est-ce ?
Comment allez-vous ?
Si on m'avait dit que je verrai un président.
Je transpire des mains. La nervosité.
J'arrive de Wilmington, où je vis.
La banlieue de Wilmington, en fait.
Où veux-tu en venir ?
M. Bascomb a fait l'armée avec Joe Cantwell.
Dans l'armée ? C'est prometteur.
Il était membre du Parti communiste ?
Du Ku Klux Klan ?
Il fuyait quand ça tirait ?
Eh bien, M. le président,
on n'était pas là où il y avait des armes.
Ils étaient au QG dans les Aléoutiennes.
On y a passé un an. Enfin, 18 mois pour moi.
Et Joe y est resté environ 16 mois.
Il est arrivé en février 43. Et moi, en...
Nous ne sommes pas intéressés, désolé.
Ecoutons ce qu'il a à dire.
Je ne devrais pas dire ces horreurs sur lui.
J'ai eu vent de ça le mois dernier.
Racontez-leur.
Joe Cantwell était capitaine. Moi aussi.
Joe Cantwell était...
Vous savez ce que c'est parfois quand...
Tous ces hommes ensemble...
- Sans présence féminine ? - C'est ça.
On a eu des infirmières plus tard.
Mais pas assez.
Il y avait juste...
1062b Juste tous ces hommes...
- Et pas de femme. - Arrête ça, Dick.
- Attends, attends. - Joe n'est pas comme ça.
Je trouve ça très intéressant.
M. Bascomb... capitaine Bascomb, plutôt.
Major, en fait.
J'ai été promu avant d'être démobilisé, en 46.
Et je suis dans la réserve.
1069b Enfin, la réserve inactive.
Mais s'il y a une nouvelle guerre...
Major Bascomb !
Ce tournage autour du pot signifie-t-il
que Cantwell était ce qu'on appelait avant
un dégénéré ?
Oui, M. le président.
C'est exactement ça.
Non. Sa famille est si laide qu'il est forcément normal.
Bill, peu importe que tu le croies ou pas.
Et même si c'était vrai ?
Je suis tolérant, moi aussi.
Je me fiche que Joe Cantwell batifole avec un artilleur.
Mais c'est un moyen de l'arrêter.
Qui est le candidat ici ?
- Ça vaut pour toi, Dick. - Vas-tu l'écouter ?
Je me serais trompé de candidat ?
Oui, tu aurais pu jeter de la boue avec Cantwell.
Désolé.
Fais une faveur à un vieillard en fin de parcours.
Ecoute le major Bascomb. C'est tout.
Ecoute, c'est tout.
Très bien.
Je vais écouter.
Pour faire une faveur à un ami.
Il y a beaucoup d'argent en jeu.
Sans compter la présidence.
Major Bascomb.
Asseyez-vous là et mettez-vous à l'aise.
Racontez-nous sans omettre les détails,
aussi sordides soient-ils.
Etat de Pennsylvanie : 81 voix pour William Russell.
Adieu, Pennsylvanie.
Et au 1er tour.
Montrons les dents.
Don ?
- La Pennsylvanie a voté Russell. - J'ai vu.
Prépare-toi à tout balancer sur Russell.
- Quand ? - A la fin de ce scrutin.
- Pendant la suspension ? - Oui.
On est prêts.
Ça me suffira, Joe.
Je vous soutiendrai.
Vous ne le regretterez pas, T.T.
Je me réjouis de faire campagne pour vous.
On forme une bonne équipe.
Mais l'intégration ?
Pas sous mon mandat. C'est promis.
J'apprécie ça chez vous.
Un libéral en apparence, mais un Américain dans l'âme.
Bonjour, T.T. Je réponds, chéri.
J'ai bavardé avec votre charmante épouse, Laureen.
Qui ? Dick Jensen ?
Un instant.
Ils jettent l'éponge ?
J'y vais. A bientôt, à la Maison Blanche.
Comment ça va, Dick ?
Parfaitement bien.
Je ne peux plus attendre.
J'ai dit que ça sortirait après le 1er tour.
Si je connais qui ?
Sheldon Bascomb ? Non, je ne crois...
Où ça ?
Je veux voir Russell.
Tout de suite.
D'accord, juste après le 1er tour.
N'envoie pas le rapport. Ne l'envoie pas !
- Que se passe-t-il ? - Rapplique ici.
Parle.
Que t'a-t-il fait ?
Ce n'est pas...
Merci, M. Bascomb.
Ça nous a été pénible à tous.
Oui. Ma femme a failli s'évanouir
en apprenant que j'allais vous voir.
Elle connaît toute l'histoire, bien sûr. Je lui dis tout.
Attendez dans mon bureau, au fond du couloir.
Je crois que c'est
le plus grand moment de ma vie.
Vous rencontrer, M. le président.
Oui, je m'en doute.
Vous changez l'Histoire. Désolé de ne pas me lever.
En 44, qui aurait cru que ce vieux Joe et moi,
on se retrouverait ici vingt ans après ?
Lui, candidat à la présidence.
Et moi, à vous parler. Moi qui vous admire tant.
Bon, je n'ai voté qu'une fois pour vous.
Que votre vote reste entre vous et votre Dieu.
Merci, M. Bascomb. Je vous rejoins.
On a réussi, Bill.
On a arrêté Joe Cantwell.
Il voudrait te voir pendant la suspension.
Tu lui as dit que je le verrais ?
- Il le fallait. - Alors tu lui parleras.
C'est ce que je voudrais éliminer en politique.
Des ragots en guise de débats.
Des personnalités en guise d'idées.
On peut battre Cantwell sans se mêler de sa vie privée.
- Ni de la tienne ? - Exact.
Cantwell utilise ta vie privée.
Raison de plus. Je ne suis pas lui.
Tu n'as encore rien utilisé.
Jensen, organisez-leur une réunion discrète.
Allez !
Immédiatement !
- Je ne le ferai pas. - Il le faut.
- Faire quoi ? - Arrêter Cantwell.
Mais votre fleur bleue de mari s'y refuse.
Tu pourrais arrêter cette histoire d'état mental ?
- Peut-être. - Absolument.
- Fais-le, alors. - Elle ne fuit pas le combat.
Tu sais que je n'ai pas peur.
Alors pourquoi tu hésites encore cette fois ?
Je veux gagner.
Mais utiliser une chose pareille ?
Tu devras te décider vite à la Maison Blanche.
Des vies pourraient en dépendre.
Mais tu seras en train de débattre avec ta conscience.
Il n'y a pas de débat. Je ne dois pas faire ça.
Tu ne veux pas être le roi du château.
Alors, laisse-nous. Sois un saint tout seul.
Renonce à diriger qui que ce soit.
Je ne tire pas au canon sur un insecte.
Tu confonds réflexe et force.
Si je fais ça, plus rien n'aura de sens.
Bats-toi ou tu es fini.
Je suis là pour te dire ça.
Le pouvoir n'est pas un jouet qu'on donne à l'enfant sage.
C'est une arme qu'un homme fort utilise.
Et si tu ne vas pas là-bas écrabouiller Cantwell
avec ses propres méthodes,
tu n'as rien à faire ici.
Si tu ne te bats pas,
ce travail n'est pas fait pour toi.
Et ne le sera jamais.
Et voilà.
Une par une,
les petites compromissions et la corruption
détruisent une personnalité.
Vouloir le pouvoir, c'est déjà de la corruption.
Tu te détestes d'être un être humain.
Je veux juste être humain, et c'est difficile.
Ce genre de choses n'a plus de fin.
Et si je commence,
ça s'arrête où, Art ?
Ça s'arrête où ?
Dans la tombe, mon garçon.
1253b Là où il n'y a ni bien ni mal.
Il n'y a rien.
Alice, ne vous inquiétez pas.
Mais allez téléphoner et demandez le Dr Leighton.
Il est dans cet hôtel.
Dites-lui de venir ici par la porte arrière
et d'apporter une civière.
Je ne peux plus bouger.
Oui, le général Conyers.
C-O-N-Y-E-R-S.
Oui, ici le sénateur Cantwell.
Oui, c'est une urgence !
- Ils ne le trouvent pas. - Impossible !
Essayez ses quartiers.
- Le général t'aidera ? - Il a intérêt.
Il y a un téléphone dans le coin ?
Il joue au golf.
Qu'il m'appelle dès qu'il arrivera.
A Los Angeles, hôtel Ambassador.
- Je suis morte de peur. - Non !
Approche, maman Ours.
Ne t'en fais pas.
On n'arrêtera pas Papa Ours si près du miel.
Ils ne peuvent pas utiliser ça. C'est faux.
A l'époque déjà, on savait que c'était faux.
- Je déteste la politique. - Ecoute-moi.
On va réussir.
Tu m'entends ?
Alors ne t'en fais pas.
Sois prudent.
Je serai prudent.
Alors, Bill ? Nous y voilà.
Le grand moment, comme on dit.
Le grand moment.
"Et nous voilà debout", disait Martin Luther.
Désolé, asseyons-nous.
"Et bouger est imprudent."
Qui a dit ça ?
Martin Luther a dit : "Bouger est imprudent."
- Luther était... - Je sais qui c'est.
Je suis protestant, et du genre religieux.
Quelle surprise.
Le parti doit s'unir derrière un candidat.
Derrière vous ? Vous en êtes sûr ?
Vous n'avez pas le choix avec votre dossier médical.
Ne jamais se défendre, toujours attaquer.
Vous êtes bon à ce jeu-là.
1305b Oui, je suis né pour ça.
Je sors du peuple. Je pense comme eux.
Et je me bats pour mes idées.
La vie ne m'a pas fait de cadeaux.
Il s'est fait tout seul et s'invente des problèmes.
Votre mafia communiste imaginaire.
Peu importe comment je suis arrivé jusque-là.
J'interrogerai M. Bascomb. Vous aurez une sale surprise.
Vous ne me surprenez jamais.
Je commence plutôt à me surprendre moi-même.
Que faites-vous ici alors ?
Selcomb a dû m'accuser d'être un homosexuel.
- C'est faux. - Je sais.
Vous ne croyez pas à cette accusation ?
Vous avouez une collusion.
Quel scandale, M. le président.
Le Sénat va l'apprendre, c'est passé à la TV.
- Arrêtez ça. - Hockstader a raison.
Vous manquez d'empathie.
Finissons-en avec ces saletés.
Je ne dirai rien si vous ne dites rien.
En vous laissant gagner ?
Bonne chance, alors. Que le meilleur gagne.
Si on ne se détruit pas, et le parti avec.
Où est Bascomb ?
Au sous-sol.
C'est le PV de la cour martiale ?
Allons-y.
Salut, Shelly. Ça fait un bail.
En effet, Joe.
Re-bonjour, M. Russell.
Joe a des questions.
Je dois rentrer à Wilmington.
Mon cousin Everly vit à Wilmington.
Tu le connais peut-être ?
On ne vit pas au centre-ville,
mais dans la banlieue.
Je ne connais personne du nom de...
Everly.
- Tu as l'air en forme. - Toi aussi.
J'espérais éviter ça.
Voir ton vieux pote ?
Tu serais passé ici sans même me saluer ?
Vous êtes tous deux très occupés.
1355b Avec cette histoire de présidence.
Je ne faisais que passer.
Après avoir sali ton copain.
Ne m'en veux pas, Joe.
C'était mon devoir.
Parce que j'avais signalé ton incompétence ?
Le voilà, le mobile.
- C'est vrai ? - Pas vraiment.
Mes états de service...
Sont insatisfaisants.
Il a su que j'avais bloqué sa promotion.
Où sont les 28 officiers cités ici ?
Cessation de service.
- On les a tous démobilisés. - Sauf un.
Oui, sauf toi.
Et pourquoi ?
Je ne sais pas.
Pour tes états de service ?
On était beaucoup à penser
qu'il avait magouillé pour sauver sa peau.
Il était malin.
Il s'en tire toujours.
Mais tout est dans le PV.
Le lieutenant Fenn a cité son nom sous serment.
Où est ce Fenn ?
- Il est mort. - Accident d'avion à Détroit.
La foudre !
Fenn vous a cité. Pourquoi ?
Je l'avais dénoncé.
Tu as fait ça ?
Exact, Shelly.
J'ai averti Conyers quand j'ai su pour Fenn.
Il a piégé Fenn. J'ai témoigné à son procès.
Alors Fenn s'est vengé.
Et on n'a jamais eu de preuve contre moi.
Mais je n'ai jamais été promu.
- Vous avez une preuve ? - Ce clown ne sait rien.
Mais vous n'avez pas fait vos devoirs.
Le général Conyers vous aurait renseigné.
Je l'ai appelé. Il confirmera.
Son numéro.
Il attend votre appel.
Encore un mot à ce sujet, Shelly,
et je te poursuis pour diffamation.
Tu regretteras d'avoir remué tout ça.
N'essaie pas de m'intimider.
Désolé de vous décevoir. Ça ne marchera pas.
Je suis couvert.
- Appelez Conyers. - Vous êtes pire qu'un menteur.
Vous n'avez aucun sens du bien et du mal.
- Ça marchera. - Vous allez l'utiliser ?
Je dois vous empêcher d'être président.
C'est votre enterrement.
Vous n'avez aucune chance.
Alors ?
Russell a quelque chose sur toi ?
Il a dit
que je ne savais pas juger les gens.
Il voulait juste te faire un sermon ?
C'est à peu près ça.
Je cerne très bien les gens.
Distribue le rapport médical.
On est tranquilles.
New York, 68 votes pour William Russell.
Et 46 votes pour Joe Cantwell.
Caroline du Nord ?
Ça a tout d'un duel.
Voici le directeur de campagne de M. Russell.
- Ça va, M. Jensen ? - On résiste bien.
- Et Joe Cantwell ? - On saura au prochain tour.
Vous espérez les voix d'Anderson et Merwin ?
- Et ce problème de santé ? - M. Russell va très bien.
Et si la Pennsylvanie basculait et faisait gagner Cantwell ?
La Pennsylvanie est encore avec nous.
C'était M. Dick Jensen.
La Pennsylvanie est bien la clé de tout.
- On a quasiment gagné. - Mais non.
Il faut faire le bon choix. Ce rapport sur Russell...
- Oui, une saleté sans nom. - Un service au public.
- Et si c'était vrai ? - C'est faux.
Les gens y croient.
- On milite pour Russell. - Mais Cantwell va gagner.
Il faut négocier tout de suite.
Merwin va se désister pour nous.
Il ment. On poursuivra Cantwell pour vol.
Et on a aussi des munitions. Alors, fichez le camp.
Vous ne savez pas jouer franc jeu.
On reste sur ce scrutin. Et après, on discute.
Que fait Russell avec ce PV de la cour martiale ?
Il veut une déclaration d'Hockstader...
Même une déclaration de Dieu serait inutile.
- Il sent que... - Il sent, il pense, il hésite.
Quelle direction offensive.
Pennsylvanie, 81 votes pour William Russell.
Tu as vu ? Oui, on mène de peu.
La Pennsylvanie est bloquée, mais on n'aura pas ce scrutin.
- Je vais descendre. - Ici ?
Ça ne se fait pas, je sais. Je veux parler aux gens de Merwin.
- Et Russell ? - Pas un mot.
J'avais raison. Pas de tripes.
On y est.
Sors le dossier des délégués de Merwin, Claypoole et Anderson.
On va forcer quelques mains.
Ce Warren est endetté. Mets-lui la pression.
L'ex-femme de Copland lui crée des problèmes. Contacte-la.
Promets un poste de juge fédéral à Rudger.
- J'enverrai un câble. - Pas par écrit !
Maynard a pistonné son beau-frère à la Défense.
- Alors ? - Ne parle pas.
Tu m'as écouté ?
- Je lui ai parlé. - Alors c'est gagné.
Les derniers résultats.
Vous vouliez les votes.
Quel score ?
Cantwell, 664.
Russell, 597.
Merwin, 133.
Tu ne l'as pas fait.
Je n'ai pas pu, Art.
J'ai essayé, mais je n'ai pas pu.
Allez tous les deux au diable.
O'Malley, sursis pour vol de voiture.
Myer, mêlé à un scandale à New York.
Je vais voir les gens de Merwin, puis d'Anderson.
Maintiens la pression.
L'Arizona, M. le président.
Cantwell est là, Bill.
C'est impossible, oui. Mais il est là.
Il travaille les gens de Merwin et ça marche.
Le 4e tour commence.
- On tient les nôtres ? - Tout juste.
L'Arkansas donne 27 votes
à l'avenir avec William Russell.
On a l'Arkansas.
Tu as perdu plus de 120 votes.
La Pennsylvanie est bloquée.
Il faut frapper Cantwell !
Merveilleux. Notre homme arrive.
On va se battre.
Je détiens un étrange pouvoir.
Mettre fin à la carrière de Cantwell ?
Je peux l'obliger à renoncer à la politique.
Tu vas le faire ?
Tu le ferais ?
J'ai assez à faire avec ma conscience.
Tu feras ce qui est juste.
Cantwell, 22 votes. Russell, 19 votes.
- J'ai ramassé 9 voix. - Et moi, 5.
C'est insuffisant. On manque de temps.
- Russell est là. - Quoi ?
Les candidats ne sont pas censés venir ici.
Je sais.
L'Etat souverain donne 33 votes au futur président, M. Cantwell.
T.T. a tout du chien, sauf la fidélité.
- Ça faisait un bail, Joe. - Ça vient d'arriver.
Mme Russell, je suis Joe Cantwell.
Enchantée.
Vous avez déjà écrit votre discours d'investiture ?
J'avais travaillé le mien,
en dosant délicatement humilité et assurance.
1589b Vous trouverez le ton juste.
Vous sortez des évidences comme si vous les découvriez.
- Vous me laissez parler ! - Je n'ai pas pu résister.
J'utilise la technique de Joe.
Couper la parole, surtout s'il dit : "Ecoutez, Bill."
- Ecoutez, Bill. - Tu vois ?
Très amusant.
Cette convention est bloquée.
Je vous veux sur ma liste.
Quelle générosité.
Mais la pression est en train de me faire craquer.
Ce rapport serait sorti tôt ou tard.
La vérité triomphe toujours, dirait Hockstader.
Il est mort juste après votre départ.
- Avec votre aide... - Sortez.
On pleurera plus tard.
Notre offre mériterait votre gratitude.
Il me suffit d'appeler le sénateur Lazarus.
Vous aurez ce que vous voulez.
Vice-présidence ou autre. Désistez-vous pour moi.
Ils ont peur, Bill !
Ce parti a besoin d'union.
On les tient. Laisse-moi appeler Lazarus.
Soyez le second sur ma liste.
Lâche le dossier sur Joe Cantwell.
D'accord, Dick. Appelle Lazarus.
Ne faites pas ça. Joe est le seul espoir du parti.
Tais-toi, Don. Bill agit toujours au mieux.
Préparez-vous, sénateur. On y est.
Sénateur, ici William Russell.
Quelle est la prochaine délégation qui me soutient ?
Le Wisconsin ?
Faites savoir que je me retire de la course.
Vous aurez des regrets.
Je me désiste en faveur du gouverneur Merwin.
- Vous ne pouvez pas. - Je viens de le faire.
Merwin n'est personne !
Il est quelqu'un maintenant.
- Je ne vous comprends pas. - Je sais.
Vous n'avez aucun sens des responsabilités.
C'est tragique pour un homme, et désastreux pour un président.
Vous ne me comprenez pas.
Vous ne comprenez pas la politique.
Vous ne comprenez pas ce pays.
Ce qu'il est et ce que nous sommes.
Vous êtes un idiot.
Tu ne connais même pas Merwin.
Personne ne le connaît. Un nom sans visage.
Comme Art à son investiture.
Les noms sans visage sont souvent élus.
Le pouvoir, la responsabilité leur tient lieu de visage.
Souvent plutôt bien.
M. le président ?
M. Russell m'a informé
qu'il se retirait de la course.
M. Russell a été très clair
dans ses consignes de vote.
Les 31 votes du Wisconsin vont au prochain président,
John Merwin.
Les 15 votes du Wyoming vont à John Merwin.
Le blocage est levé.
Les délégués de Russell veulent tous changer de vote.
New York donne ses 114 votes au futur président !
Félicitations, John.
Par ici, tout le monde.
Ils sont tous en selle, sauf Russell.
Déçue ?
Oui.
- Vraiment ? - Non.
Tu as fait ce qu'il fallait.
Je crois.
Et le traité 674 ?
Abrogé ou reconduit ?
Rien ne t'oblige à rester avec moi.
Je sais.
Tu accepterais, même sans chambre de Lincoln ?
Oui.
J'en suis heureux.
Mais les feux de l'automne brûlent très doucement.
J'ai eu froid si longtemps.
Qui choisiriez-vous pour vice-président ?
- Anderson ? - Et Joe Cantwell ?
Ferez-vous campagne pour M. Merwin ?
M. Merwin fera un excellent candidat.
Je ferai tout pour qu'il soit élu.
Et je suis ravi que le meilleur ait gagné.
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