All language subtitles for La.Tulipe.Noire.(1964)

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Original subtitles

-Oui, la Révolution Française a eu ses héros,

ses martyrs et ses Saints.

Les historiens qui nous l'ont magnifiquement contée

ont su avec perspicacité découvrir, sortir de l'ombre

des figures obscures, apparemment sans importance

et dont sans eux, nous n'eussions jamais soupçonné l'existence.

Pourtant, par un singulier phénomène,

il est un personnage essentiel et déterminant

qu'ils ont unanimement ignoré.

Mais, heureusement, le cinéma est là

avec sa caméra qui explore le temps,

son objectif qui perce la nuit des siècles.

Grâce à lui, cette grande figure méconnue

va vous être enfin révélée.

Justice va lui être rendue !

Nous sommes en juin 1789.

En juin.

C'est-à-dire que le 14 juillet n'a pas encore eu lieu.

Non plus d'ailleurs que les massacres de septembre. Bien sûr.

Mais déjà, tandis que Paris s'agite et gronde,

la province, elle, bouge et soubresaute.

Car c'est en province, très exactement quelque part en France,

ici, là, vous voyez, que souffle la bise de la révolte.

Quelqu'un, mais qui, fomente cette révolte ?

Quelqu'un, mais qui, inquiète

menace les nobles et leurs privilèges ?

Quelqu'un, mais qui, agit au nom du peuple ?

Pour le peuple. Le pouvoir met à prix la tête de ce quelqu'un.

Vainement. Car le pouvoir n'a pas la force.

Alors pris de panique, les aristocrates s'apprêtent à fuir

en emportant avec eux, les profits de leur rapine,

toute leur fortune. "Voilà, au revoir, M. le baron !

"Et bon vent !" Mais l'autre veille.

C'est un homme vaillant et décidé, comme son nom l'indique,

la Tulipe Noire. Retenez bien ce nom.

Il va entrer dans l'histoire. Dans la nôtre en tout cas.

La Tulipe Noire

et son cheval, Voltaire.

-Allez, vite !

-Merci.

-Il m'a tout pris ! Ma fortune,

mes bijoux, ceux de la comtesse !

-Vous entendez, M. le Lieutenant Général de Police ?

Les exploits de la Tulipe Noire n'échauffent-ils pas vos oreilles ?

Et pensez-vous, un jour, honorer votre charge et votre titre,

M. le Lieutenant Général de Police ?

-Mais M. le marquis, mon zèle !

-La tête de la Tulipe Noire ! Je veux sa tête ici !

Sur ce bureau, avant lundi.

-Vous l'aurez. La tête et le reste !

-Je n'ai que faire du reste. La tête !

-Et vos diamants vous seront restitués, M. le comte.

- Vous semblez si sûr de vous. - Je ne suis sûr de personne.

Mais je crois pourtant avoir identifié la Tulipe Noire.

-Oh, un aventurier de basse origine !

-Non, monseigneur ! Quelqu'un que vous connaissez fort bien.

- Un familier de votre maison. - Un domestique.

-Un domestique n'est pas un familier.

Et le comte Guillaume de Saint Preux n'est pas un domestique !

-Comment ? Que dites-vous ?

- Saint Preux ? Impossible ! Il est de mes amis !

Vous extravaguez, M. la Mouche !

-Saint Preux ? Mais personne moins que lui ressemble à une tulipe !

C'est insensé, c'est incroyable, monstrueux. Et c'est ridicule !

Savez-vous ce que vient de nous bâiller la Mouche ?

Tenez-vous bien, ma chère. Il prétend, ce jocrisse,

que la Tulipe Noire est votre ami Saint Preux !

- Guillaume ? - C'est toi qui l'as nommé !

-La Mouche s'y connaît bien peu en botanique !

Et sur quoi se base-t-il ?

-Sur son antipathie de Saint Preux. Il est extrêmement jaloux de lui.

Et je le comprends d'ailleurs.

Oui, quelle preuve avez-vous contre M. de Saint Preux ?

- Ma conviction. - Sa conviction !

-Ma conviction étayée de quelques indices.

Bien sûr, il est habile et il faut des arguments plus convaincants.

Mais un flagrant délit de brigandage.

-Je serais très surpris !

-J'ai mon plan. Un piège de ma façon.

-Ah ! Enfin !

Un instant, que je termine cette page.

Vous m'avez fait attendre. Chacun son tour.

-Quel accueil ! Après tout le mal que j'ai eu pour venir !

-Le plaisir ne s'obtient pas sans peine, ma chère.

C'est une faveur qui se mérite. Et non un droit.

Eh bien, mettez-vous à l'aise !

-Je n'aime pas être traitée comme une fille.

-Quel serait votre dépit si je vous traitais comme une mère !

Voilà.

Maintenant, vous pouvez venir. Sur mes genoux.

Bonjour, Catherine.

Bonjour, Guillaume.

-Très bien.

-Est-ce une place pour une honnête femme ?

-Bien des honnêtes femmes sont passées par là, sans s'en repentir.

Combien de temps avez-vous ? - 2 heures suffiront-elles ?

-Deux heures. Oui. On n'aura pas le temps de tout faire

mais ça ira.

-Avant, que je te raconte. Sinon j'oublierai.

C'est d'un drôle ! Imagine-toi que mon mari.

-Oh, non ! Est-ce un endroit pour me parler de ton mari ?

Un peu de dignité, lève-toi !

-Mais je ne lui manque pas de respect !

Et puis, il s'agit de toi !

-Lève-toi quand même car nous avons très soif !

Alors, ton mari ?

-Mon mari a eu une conversation avec le baron la Mouche.

Devine ce que le baron lui a dit.

-Une sottise, bien sûr !

-Il prétend savoir qui est la Tulipe Noire !

- Quel rapport avec moi ? - Attends !

Il est persuadé que la Tulipe Noire et toi, c'est tout un !

- Non ! - Oui !

- Que c'est drôle ! - D'honneur, il l'a dit !

- La Mouche ? - Oui !

-Et que pense ton mari de ces mouchardages ?

-Que cela ne doit pas t'empêcher d'être à la réunion de vendredi.

L'envoyé du comte d'Artois vient de Paris nous remettre ses consignes.

La Reine a décidé d'en finir avec le tiers état.

-Elle a raison. Il mérite une bonne correction.

-Plus que 2 heures moins dix, mon ange.

Y songez-vous ?

-Mais, objet de mon plaisir, je ne pense qu'à cela !

Que j'ai hâte de vous honorer de mes hautes faveurs.

Oh !

Que tu es belle, ainsi vêtue de ta seule vertu !

Ta seule vertu. Enfin !

- Oh ! - Quoi donc, mon cœur ?

-Là, par terre, une tulipe noire !

Mon Dieu, que va-t-il nous arriver ?

-Attention !

-Vas-y !

Allez, à toi !

Hé !

Bas les masques, M. de Saint Preux ! Montrez-moi votre visage !

Vous êtes marqué. Vous ne m'échapperez plus !

-Voltaire !

-Il n'ira pas loin. Lieutenant, alertez tous les postes de police.

Et qu'on arrête tout individu avec une balafre sur la joue gauche.

La Tulipe Noire sera bientôt cueillie !

-Charognard, crapule ! Non, je ne parle pas de toi, Voltaire !

Je pense à la Mouche. Toi, tu es un brave homme. Enfin, un vrai lion !

Alors, ça va ?

-Mal.

-Tenez.

Rot -A tes souhaits.

-Ce n'est pas moi. C'est l'estomac.

Alors, on va monter sur Paris ?

-Quoi ?

-Marqué comme vous l'êtes, vous ne pouvez rester ici.

-J'ai quelques comptes à régler.

-Oh, avec cette tête-là ?

Il vous en faudrait une de rechange !

-Brignolle, prépare-toi à partir.

-Ah, vous voilà devenu raisonnable.

-Non, pas comme tu l'entends, Brignolle.

J'ai dit : "prépare-toi à partir." Immédiatement.

-Halte !

Ta feuille de route.

-Que se passe-t-il ?

- Ta gueule. - Ah, police !

-Tiens. Ça va.

Vous,

descendez !

-Descendre ? Mais pourquoi descendre ?

- Descendez, pas de rébellion ! - Mais monsieur.

- Ta gueule ! - Comment ? Ma gueule.

Ça, par exemple ! - Allez, ouste !

Vous aurez de mes nouvelles ! - Silence. Allez, roulez !

-Julien !

C'est merveilleux, tu n'as pas changé.

-Toi non plus, tu n'as pas changé.

-Brignolle, que penses-tu de ça ?

-Il vous ressemble encore plus que dans la diligence.

-Comment trouves-tu mon petit frère ?

-Lui, c'est un beau garçon.

-Merci pour nous ! Il est vrai qu'avec ma balafre.

Il t'a raconté ?

-Il m'a dit que tu étais blessé. Que tu avais besoin de moi.

Je n'en sais pas plus.

-Alors, tu es venu par curiosité, quoi !

-Non, non ! Je suis venu parce que tu es mon frère.

Et parce que.

-Parce que tu m'aimes bien, vieux lapin !

Dis-le donc !

Toujours aussi pudique, hein ?

Une vraie petite sœur, mon petit frère !

Brignolle, bats-nous une omelette !

-Tu sais, j'ai beaucoup changé depuis quatre ans.

-En effet, tu as grandi et tu m'as presque rattrapé.

- Oui, et puis aussi. - Et puis aussi ?

Et puis aussi, je crois que j'ai. j'ai vaincu ma... ma...

-Vaincu qui, vaincu quoi ? On t'a coupé la langue ?

Vaincu quoi ? - Ma timidité.

J'aurais voulu être comme toi.

-Ambitieux, va !

-Oh, je ne t'enviais pas. Oh, non.

Mais je t'ai toujours admiré.

J'ai toujours admiré ta force, ton courage !

Ta générosité ! Oh, Guillaume, je voulais tant te ressembler !

-Oui.

Eh bien, si tu me ressembles, tu dois avoir une faim du tonnerre !

-Oui, c'est vrai.

- Et soif ? - Oui, j'ai soif.

- A la fraternité ! - A la liberté !

- A l'égalité ! - A la justice !

-Au droit. Et vive la nation !

- Toi aussi ? - Quoi, moi aussi ?

-C'est vrai ? Toi aussi, tu partages mon idéal ?

-Oui. Et cette omelette. Allez, viens t'asseoir.

-Toi que j'ai connu si fier de ton blason, indifférent face au peuple !

-Toi, tu admirais ma hardiesse et ma force.

Et moi, ta pureté et ton enthousiasme.

Et sans se concerter,

ce soir, nous nous rejoignons. 1 et 1 ne font pas 2, mais 1.

-Peuple, que ta volonté soit faite ! Tu as lu Rousseau ?

-Le "Contrat social" est mon livre de chevet.

Nourri de Jean-Jacques et de viande crue !

-Voilà pourquoi tu as choisi de vivre dans cet humble moulin.

Le retour à la nature. - Non.

Les circonstances m'ont obligé à me réfugier ici.

-Mais quelles circonstances ?

-Des circonstances fâcheuses. Connais-tu la Tulipe Noire ?

- La Tulipe Noire ? - Oul.

-Qui fait trembler les profiteurs, les fermiers généraux,

et qui lutte contre la tyrannie ?

-Eh bien, Julien, regarde-moi. La Tulipe Noire,

c'est elle ! Enfin, c'est moi.

-Non !

-Eh oui !

-Oh, Guillaume ! Tu es deux fois mon frère.

Tu m'es deux fois plus cher !

Guillaume de Saint Preux est la Tulipe Noire !

Mais. mais je suis le frère de la Tulipe Noire !

Moi. Moi ! Moi !

Sers-moi de ce vaillant vin du Roussillon.

Il est comme toi : jeune, vif, enivrant, chaleureux !

Oh, Guillaume Noir de la Tulipe de Saint Preux !

Comme je voudrais être toi !

-Soit ! Tu seras Guillaume de Saint Preux pendant quelques jours.

Oui, le temps d'une balafre.

Julien, je suis en danger de mort. Ma tête est mise à prix.

Cette marque m'a été faite par le Lieutenant Général la Mouche

alors que j'attaquais un fermier général.

Or il me faut assister demain soir à une importante réunion politique

chez le marquis de Vigogne. Il le faut.

Il faut absolument que l'on m'y voit.

N'y pas paraître causerait ma perte.

M'y montrer me coûterait la vie.

Tu iras à cette soirée.

-Mais le marquis de Vigogne est du parti de la Reine !

-Bien sûr !

-La Tulipe Noire se compromettait chez ces gens-là ?

-Mais on apprend des choses intéressantes chez les Vigogne.

On est au fait des intrigues de la cour.

Des manigances du duc d'Artois.

On peut déjouer bien des complots.

Et tu auras des satisfactions. Nous sommes l'amant de la marquise.

- Quoi ? - Plains-toi !

- Tu m'obliges à... - Non. C'est une possibilité.

C'est une femme conquise. Tu n'as qu'à jouir de ma victoire.

-Tu ne l'aimes pas ?

-Donner ce qu'on aime, est-il plus pure joie pour un honnête homme ?

-Guillaume ! Tu es un libertin !

-Je suis ainsi. Avec mes qualités et mes défauts !

Allez, je compte sur toi pour ne pas trop la décevoir.

Pense à moi. Et n'oublie pas qu'il y va de notre réputation.

-Je ferai mon devoir jusqu'au bout.

-Tu as bien tout retenu ?

-Par cœur ! Chapitre la Mouche, chapitre marquis.

Le chapitre marquise, c'est différent.

- Chez moi, tu trouveras... - Oui, je retrouverai tes habitudes.

-Bien. Ne sois pas trop dépaysé. ♪ espère que ma maison te plaira.

Quant à mes gens...

Ah !

Voilà Voltaire !

Ne dis rien. Voyons s'il va me reconnaître.

- Extraordinaire. - La voix du pur sang !

Ça, c'est un frère. Tu vois, il a des usages.

Non, ne le caresse pas. Il ne supporte que moi.

Tiens, on amène ton cheval. Un bon bougre !

Attention, il a peur du bruit.

-Et voilà.

-Voilà. Il ne me reste plus qu'à. Je suis un peu ému, tu sais.

-Allons ! Pas d'attendrissement. Méfie-toi de toi-même !

Pas d'enthousiasme excessif, ni d'indignation incontrôlée, hein !

Allez !

Adieu, Guillaume. - Adieu, Julien !

-Voltaire !

-C'est drôle, regarde ! Un âne sur un cheval !

-C'est le comte Guillaume !

-Je le croyais meilleur cavalier.

-Oui, mais quand il monte sur la marquise !

-C'est un cheval patriote !

Il en a assez d'avoir la noblesse sur le dos. Il se révolte. Bravo !

-Oui, les chevaux avec nous !

-Mais pauvre jeune homme ! Faites quelque chose, non !

-Qu'il tombe d'abord et on ramassera les morceaux.

- Oh ! - Eh non ! Caroline !

-Il se prend pour un lion !

Tiens, attache-le.

-Oui.

-Rien de cassé ? Vous pouvez vous relever ?

Mademoiselle, comment vous dire ma reconnaissance ?

- Mais vous saignez ! - Non, c'est une égratignure.

-Vous ne pouvez repartir, venez à la maison.

- Mais si ! Aïe ! - Je nettoierai votre genoux.

Si la gangrène s'y mettait ! Appuyez-vous sur moi.

-Tu n'es pas un peu folle ! Marie-toi donc, on verra ça après.

-Dites à M. le curé que j'arrive tout de suite.

- A quelle heure va-t-on déjeuner ! - Aide-moi donc !

- Je peux marcher tout seul ! - Mais non !

Obéissez ! Il y a longtemps que l'aristocratie ne tient plus debout.

Et c'est moi qui dois la soutenir ! Ah, vive la nation !

-Et vive la mariée, monsieur !

- Asseyez-vous là. - Non, allez plutôt vous marier.

-Asseyez-vous là.

-Obéissez donc !

-Papa, apporte-moi de l'eau chaude et du sel.

-De l'eau chaude et du sel !

-Montrez-moi ce genoux.

-Vous souffrez ?

-Oui. De vous voir perdre votre temps pour moi.

Une si belle journée où madame doit remplacer mademoiselle.

-Alors, tu viens, ma petite reine ?

-Ah, donne-moi une serviette propre.

-A ce train-là, on ne se mariera jamais. Vivement ce soir !

-Voilà.

-Ah, merci.

-Donne à boire à M. de Saint Preux pour le ravigoter.

-Ravigoter !

- Tiens ! - Quoi ?

- Vous m'avez reconnu ? - Qui ne connaît le comte Guillaume ?

-Si on m'avait dit qu'un jour, je ravigoterais un aristocrate !

Vous avez de la chance d'être tombé sur moi !

Un vieux soldat épargne toujours un ennemi blessé. Santé !

-Qui vous dit que je suis votre ennemi ?

-Mais tout ! Votre nom, votre titre, mon gentilhomme !

Vos amis, monseigneur !

Vous êtes avec la coterie du marquis qui nous écrase d'impôts.

Qui répand la famine. Vous autres, féodalités, vous cabalez

contre le peuple. Oui, je sais ce que je sais.

J'ai l'œil !

-Si je vous fais mal, dites-le moi.

-Non, au contraire. Ça m'est très agréable.

-Quand j'étais blessé aux Amériques, en 80,

on ne faisait pas tant de façons ! Oui, j'ai servi !

Avec Rochambeau, Lafayette et moi,

on a libéré les Américains de la tyrannie de l'Angleterre !

On a vengé Jeanne d'Arc, nom de Dieu !

-Vous venez ? M. le curé a encore un enterrement après vous !

-Dis-lui qu'on arrive. Tiens, toi, va le faire patienter.

- A tout de suite, ma reine. - Ma reine, ma reine !

Chez un républicain ! Foutriquet !

-Oh, ma couronne ! Gardez-la moi une seconde.

- Mais je peux le faire ! - Restez tranquille !

-Oui, restez tranquille. Ici, c'est elle qui commande.

Après moi ! Pas vrai, Caro ?

-Oui, papa !

-Caro, drôle de nom.

-Caroline.

-Oui, mais on l'appelle Caro. J'avais rêvé d'avoir un garçon.

Et sa mère m'a donné une fille par esprit de contradiction !

Elle est morte aussitôt après. Père et veuf le même jour ! Vous voyez !

Donc je l'ai élevée comme un garçon. Mains de fer, muscles d'acier !

- Pas vrai ? - Oui, papa !

-Ah, tu as voulu me donner une fille, toi ! Tiens !

-Merci, madame ! Merci, Caroline.

-Bon, allons se marier. Il faut bien penser aux choses sérieuses !

-Le curé a dit que si tu n'étais pas.

-J'arrive, j'arrive.

-Monsieur, à charge de revanche. Et vive la nation !

- J'allais le dire, monsieur. - Allez, par là !

-Ah, vous êtes content de me voir partir.

-Eh oui, monsieur.

- Surtout, rendez-la heureuse. - Comptez sur moi !

Adieu, M. le comte ! - Appelez-moi donc par mon petit nom.

-Adieu, Guillaume !

-AU REVOIR !

Et ne tombez plus !

Allez, la noce, maintenant ! Mettez-vous en rang.

-Et ma couronne ?

-Quelle couronne ?

-Où as-tu mis ma couronne de fleurs d'oranger ?

- Tu me l'avais donnée à moi ? - A qui, sinon ?

Va la chercher ! - Mais où ai-je pu la mettre ?

-Allez, allez ! Oh, là là, je vous jure !

Comme si on ne pouvait se marier sans couronne !

-Monsieur, on se demandait ce que vous étiez devenu ?

Il s'en est passé, des choses ! - Je sais.

- Mais quel est ce costume ? - Ben, c'est.

-Frontin ! C'est monsieur !

-Monseigneur ! On s'est demandé ce que vous étiez devenu !

Il s'en est passé, des choses ! - Je sais.

- M. le comte, vous boitez ? - Juste une chute de cheval.

-Ah. Au moins, ce n'est pas la joue !

-La joue ? Mais pourquoi la joue ?

-Oui, on s'est flatté de vous avoir marqué à l'épée.

Ça, Non" ?

-Ce "on" de la Mouche !

Ses sbires et lui ont envahi la maison.

Il a mis son nez partout en appelant ça une perquisition.

Il m'a jetée par terre. J'ai les fesses toutes bleues !

Vous ne les reconnaîtrez pas !

-Je. Bon, et sous quel prétexte, cette perquisition ?

-Oh, il prétend que vous êtes la Tulipe Noire !

- Non ! - Si, monsieur !

-L'imbécile ! Frontin, attelez mes chevaux !

- Quel habit mettrez-vous ? - Quel habit ?

- Oui. - Euh, l'autre, voyons ! L'autre !

- Le dernier livré ? - Evidemment !

C'est bien ce que je pensais.

Alors, cet habit ! Et j'ai dit qu'on attèle mon carrosse !

-Monsieur se sent mal ?

-Non, mais je suis contrarié et je ne trouve plus ma chambre !

-Oh, monsieur !

-Qu'avez-vous à me regarder ainsi ? Allons, pressons !

-Merci, je n'ai besoin de personne.

De personne. Ni pour m'habiller, ni pour me déshabiller.

-Méchant !

- Madame. - Non !

- Mas. - Non !

-Pounant -Non !

-Mais si, je vous aime. Là !

-Oh, aimez-moi et n'en parlons plus !

- Je vous aimerai donc en secret. - Et en silence.

-Puis-je espérer qu'un jour, je pourrai espérer.

-Espérer quoi ?

-Une nuit. Avec toi.

-Je vous gifle par 2 fois, par 3 fois, par 5 fois !

-Oh, quelle belle et juste idée vous vous faites de cette nuit-là !

Merci de ne pas sous-estimer les talents de celui qui vous fera fête.

-Ah, dites-moi, mon cher la Mouche.

Vous permettez, marquise ?

-Je vous en prie.

-Mais qu'attend-on pour ouvrir la séance !

J'ai hâte de connaître les intentions du comte d'Artois !

- Et moi donc ! - Eh bien, parlez-lui !

-Monseigneur, peut-être pourrait-on commencer ? Tout le monde est là.

- Excusez-moi. - Je vous en prie.

-Il me semble pourtant, à moi, qu'il manque

quelqu'un dont la présence est pour le moins nécessaire.

Et désirée. - Non, monseigneur, non.

M. de Saint Preux ne viendra pas.

-Le comte Guillaume de Saint Preux !

-Quoi ?

-Mon cher, vous arrivez bien. On s'inquiétait de votre retard.

-Pardonnez-moi. Une chute de cheval. Oh, sans gravité.

-Heureusement, vous n'êtes pas tombé sur la joue !

-Gauche ! Oui, on aurait pu imaginer certaines choses.

- Vous savez ? - Ce que tout le monde sait.

-Et saviez-vous que M. la Mouche s'inquiétait de votre absence ?

-M. la Mouche ?

Ah ! M. la Mouche qui rêve que je suis la Tulipe Noire ?

Qui a pénétré chez moi, fracturé mon secrétaire et malmené mes gens ?

-Excès de zèle !

- Qui se vante de m'avoir stigmatisé. - Excès d'imagination.

- Qui me calomnie partout. - Excès d'excès !

-Et qui, à cette minute, m'écoute en gardant un silence prudent.

- Excès de modestie ! - Non !

Excès de courtoisie ! Je n'ai pas voulu vous interrompre.

Monsieur, quand on insulte un homme d'honneur.

-Un homme d'honneur ne se laisse jamais insulter.

- Monsieur ! - Monsieur.

-Vous me rendrez raison !

-Sur le champ, monsieur !

- Allons, messieurs ! - Guillaume, pas ici !

Je vous interdis d'assassiner mes amis sous mon toit !

Vous ne dites rien ? Réagissez donc !

-Vous vous battrez plus tard Votre sang appartient au roi !

Allez là-bas !

Là-bas !

Et vous, madame, je vous confie monsieur.

Il n'aura rien que d'agréable à redouter.

Messieurs, prenez place. Je vais vous donner connaissance

du message de son Altesse royale, le comte d'Artois.

-Pourquoi êtes-vous resté sans me donner signe de vie ?

J'étais dans une inquiétude ! - J'avais besoin d'être seul.

- Avec qui ? - Avec moi !

-Moi aussi, j'avais besoin d'être seule. Avec vous.

Dites-moi au moins que vous m'aimez. - Chut !

-Bonne nouvelle, Versailles s'est enfin décidé à agir,

et à en finir avec les faquins du tiers état.

Si Dieu est avec nous, et il l'est depuis toujours,

le 11 juillet au plus tôt et le 14 juillet au plus tard,

L'Assemblée Nationale sera dissoute,

le roi rétabli dans ses prérogatives

et le peuple sera supprimé par décret.

-Tous des jean-foutre !

Qu'on me passe cette racaille au fil de l'épée !

Et vive la Reine ! - VIVE LA REINE !

-Voici maintenant qui nous concerne tout particulièrement.

En ce moment même.

-Viens dans le petit salon rouge. On sera plus tranquilles.

-Non, je suis très bien ici.

-En ce moment, une armée menée par le prince de Grasillac

se porte sur Paris pour étrangler la révolution dans l'œuf.

- Bien ! - Très bien, oui !

Nous aurons l'insigne privilège de recevoir le prince de Grasillac

en provenance du Sud,

à la tête de vaillantes troupes, qui s'arrêtera quelques heures

dans notre ville, oui messieurs, avant de fondre sur la capitale !

- Petite ordure ! - Aïe !

Excusez-moi, c'est ma blessure.

-Oh, elle est excusée.

Mais si vous vous sentez mal. Madame !

Conduisez M. de Saint Preux dans le petit salon rouge.

-Non, c'est inutile. La douleur est passée. Ouh !

-Après-demain, M. de Grasillac sera notre hôte. Il conviendra d'abord

d'assurer sa sécurité et celle de son régiment.

Vous m'écoutez,

M. le Lieutenant Général de Police ?

C'est une belle occasion pour vous

d'arrêter les suspects

et pourquoi pas, d'en finir avec la Tulipe Noire.

-Faites-moi confiance, monseigneur. La région sera passée au peigne fin.

Quant à la Tulipe Noire, je lui arracherai ses derniers pétales.

C'est une image.

- M. le Baron. - Quoi ?

- Pour vous. - Bon.

Qu'est-ce que c'est ? Vous permettez ?

Et depuis quelques jours, la Tulipe Noire a disparu.

Quoi ! Qui se permet !

-Qui voulez-vous que ce soit ?

- Viens ! - Non.

-Mon amour chéri, viens !

-Lombard, en route. Nous rentrons.

Lombard ! Où vas-tu comme ça ? Es-tu devenu fou ?

Fais demi-tour immédiatement !

Lombard !

-Halte ! Police !

-Où sommes-nous, imbécile ? Où me conduis-tu ?

-Au bout de mon épée, vous y serez bientôt !

-La Tulipe Noire !

-En garde, M. la Mouche !

-Ah !

-Levez la tête !

La tête, j'ai dit !

A droite. Votre joue, tout de suite, votre joue !

Non, pas celle-ci. La gauche.

-Oh !

-Voilà. Nous sommes quittes.

Merci.

-Aie !

-Allez, fouette, cocher !

Reconduis ton maître et mets-le au lit avec une bouillotte !

Adieu, la Mouche ! Séchez-vous bien !

-Atchoum !

- Halte ! - Ho !

-Arrêtez ! Police !

C'est ainsi que vous avez brûlé mes feux ?

Et toi, là-dedans ! - Hein ?

- Oh, mais. c'est lui ! - Hein ?

-Gardes, je tiens l'homme à la balafre !

-Mais que sont ces cris ? Au garde à vous !

-On a des ordres. Vous avez bien une balafre ? Alors !

-Ces ordres viennent de moi, je suis le Lieutenant Général !

Votre Lieutenant Général de Police !

-Et moi, je suis le cardinal de Rohan. Emmenez-le !

-Mais je suis votre Lieutenant Général de Police la Mouche !

-Oui, tu t'expliqueras avec lui !

-Je vous briserai, je vous casserai !

-Moins fort ! Sinon, je te botte le cul, balafré de mes fesses !

Allez, allez ! - Atchoum !

-Occupe-toi de Voltaire. Déjà là, toi ?

- Ah, j'avais hâte de te revoir. - Tu boites ?

-Non, ce n'est rien. Ce qui nous arrive est terrible !

- Quoi, nous sommes démasqués ? - Non, tout s'est bien passé.

-Tu ne pouvais pas le dire tout de suite !

Je respire, moi !

J'ai payé mes dettes et rendu à la Mouche sa balafre !

Alors, raconte. La marquise ? Charmante, hein ?

- Eh bien. - Moi, cette garce-là m'intéresse !

Comment as-tu trouvé son petit salon rouge ? T'a-t-elle reçu,

selon mes mérites ?

-Je n'avais pas le cœur à ça après avoir entendu le marquis.

L'Assemblée Nationale sera supprimée, le tiers état et nos amis, massacrés.

Grasillac et une armée de mercenaires montent sur Paris.

- Non ! - Si, si !

Elle bivouaquera ici ! Empêchons-les de commettre leurs crimes.

Je ne te quitte plus. Alors, que comptes-tu faire ?

- Faire sauter le pont. - Bravo !

Et puis ? - Supprimer le prince de Grasillac.

-Merveilleux. Et ensuite ?

-Et puis, l'armée ainsi décapitée,

il ne restera plus qu'à la mettre en déroute.

Simple formalité, quoi !

-Oh, Guillaume ! Comme tout devient simple et facile avec toi !

Et avec quelle lucidité, quel sang froid, tu domines la situation.

-N'est-ce pas ?

Dis-moi, Julien.

Me prends-tu pour un imbécile ?

Sérieusement.

Me vois-tu faisant sauter un pont pour retarder un régiment ?

Je ne perdrais pas mon temps à ces bêtises-là !

-Mais. Guillaume, je ne te comprends pas.

-Car tu as l'esprit lent et ta jeunesse t'aveugle.

Je me fous éperdument du peuple, mon petit !

Je me fous du roi !

Je me fous du tiers état comme du quart !

Versailles, le peuple, la reine, le clergé !

Tous dans le même sac !

Et le sac, à la mer !

Je vis pour moi, moi. Je suis un sage, moi !

- Mais hier soir. - Hier, j'avais besoin de toi.

Ton exaltation m'a amusé. Je suis entré dans ton jeu par jeu.

Tu m'as bien sauvé la face. Merci. Au revoir.

-Mais quand tu me parlais de la liberté ?

-La liberté ? Un os jeté au peuple pour qu'il s'y casse les dents !

-Mais. Ce n'est pas vrai !

Dis ! Ce n'est pas vrai !

Tu ne penses pas ce que tu dis !

Et tes exploits ? Tu as bien fait rendre gorge aux fermiers généraux ?

-C'était à mon bénéfice.

-Mais le peuple croit en toi !

-Il croit aussi en Dieu et n'est pas mieux servi !

- Et ta légende ? - Des histoires de bonnes femmes.

-Imposteur, misérable imposteur !

Je te déteste, je te méprise, je te hais !

-Toujours des sentiments excessifs !

Allez, calme-toi, mon petit. Et ne me casse plus les oreilles.

-Eh bien, non et non !

Que tu le veuilles ou non, tu es un héros !

-Tu me prends pour un imbécile.

-Tu resteras un héros, malgré toi !

- Allons bon. - J'ai ta place. Et je la garde.

Je sauverai ta légende !

Tu feras sauter le pont, supprimeras Grasillac,

tu décimeras son régiment et vive la liberté !

Et vive la nation !

-Le petit crétin !

Il est capable de se faire tuer pour une tulipe.

- Monsieur ? - Oui.

- Une personne désire vous voir. - Ah ?

- Je la fais entrer ? - Je suis occupé, non ?

-Vous ne la recevez pas ? Voilà qui est nouveau !

-Je suis un autre homme, Lisette !

- J'aimais mieux le premier. - J'ai d'autres ambitions que de...

Avec les jeunes personnes ! Ça, c'est fini ! Fini !

-Les roses que j'avais cueillies pour vous !

-Pardon. Vous avez raison. Et puis, c'est indigne de moi.

-Allez, le mal n'est pas si grand. Je vous en cueillerai d'autres.

-Non, Lisette.

Plus de roses, ni de jeunes personnes.

-Oh !

Vous ferez bien une exception ?

- Caro ! - Eh oui !

-Vous ne pouviez pas le dire !

Caro.

Eh bien, laissez-nous !

-Je vous rapporte vos gants.

-C'est gentil, mais il ne fallait pas venir jusqu'ici !

-Et comment va votre cheval ?

-Il s'est bien remis de ma chute. Merci.

-Il vous a fait tomber au bon moment.

- Ah ? - Oui, je vous dois mon bonheur.

-Ravi de vous savoir heureuse !

-Oh, très heureuse !

Je ne suis pas mariée. - Pas mariée ?

-Je suis telle que vous m'avez quittée.

Oh !

Vous êtes déçu ? - Non mais...

un peu surpris.

-Après votre départ, mon futur mari et moi, nous sommes querellés

à propos de...

A propos de ma couronne de fleurs d'oranger.

-De... de votre couronne ?

-De fleurs d'oranger, oui.

Je la lui avais confiée et il l'a égarée !

Il prétendait même n'avoir jamais reçu cette couronne !

- Non ! - Oh, j'étais furieuse !

Vous savez ce que c'est, le ton monte

un petit mot en entraîne un plus gros, une injure puis un soufflet !

Bref, j'ai rompu. J'ai renvoyé la noce !

Et je me suis retrouvée le soir, toute seule dans mon lit.

Quel espace ! Quel soulagement !

Et tout ça, grâce à vous ! Merci !

-Oh, grâce à moi, c'est beaucoup dire !

-Et le lendemain, en me réveillant, j'ai eu une illumination.

Je me suis souvenu que ma couronne, qui aurait pu m'être fatale.

-Eh bien ?

-Ecartez-vous. Ecartez-vous et tournez-vous !

Elle n'est pas ici par l'opération du Saint Esprit !

-Ben.

-Faites comme moi, souriez ! C'est finalement un bienfait !

- Le pauvre garçon ! - Jean-Pierre ?

On est restés très amis !

-Oui, mais il doit me maudire.

-Il ne sait rien. Il continue de chercher ma couronne.

Pour l'honneur. Il a toute sa vie pour la trouver.

-Et avez-vous raconté cette histoire à votre père ?

-Oh !

Vous seriez un homme mort !

S'il me savait ici, dans le repère d'un despote !

- Hein ? - Oui !

Je crois bien qu'il vous tuerait pour de bon !

-Il aurait tort ! Car je ne suis pas son ennemi !

Et j'aspire aussi à la liberté !

-Oh, non ! Vous vous moquez de moi, hein ?

Pour les aristocrates, la liberté fait partie des privilèges.

-Un jour, vous vous repentirez de m'avoir méconnu !

Je ne peux rien vous dire encore. Mais cette épée-là est loyale !

Oui, loyale ! Et tant pis, zut ! Advienne que pourra !

Regardez-moi bien. Je vous défie de deviner qui je suis.

Eh bien, je suis... - Oh !

Un maladroit !

-Un avertissement ! Je ne dois rien vous dire. Mais gardez-le pour vous.

Ce sera donc pour plus tard.

-Ça me fait une jolie jambe !

-Tenez, voici quand même un gage de bonne foi.

Je crois que votre père mène une action clandestine dans le pays.

Si cela est vrai, un conseil : qu'il prenne garde.

Le marquis veut faire des exemples : perquisitions, pièges tendus, etc...

-Eh bien, un conseil en vaut un autre.

Bientôt la révolution triomphera. La chasse aux nobles sera ouverte.

Et ce jour-là, vous pourrez vous réfugier chez nous.

Le droit d'asile sera votre dernier privilège.

Et voilà, nous sommes quittes.

-Ce sera inutile. Mais merci.

-Moi, je vous sais gré de votre obligeance.

-Dites-moi, nous sommes en veine de générosité tous les deux !

Qu'est-ce que cela signifie ? Un échange d'alliances ?

-J'aimerais vous retrouver errant, ruiné, abandonné de tous !

Pour avoir la joie de vous recueillir et de vous parler d'égal à égal.

-Comme en ce moment ?

-Si je vous disais ce que j'ai sur le cœur, vous tomberiez de haut !

-Et vous seriez là pour me ramasser en robe de mariée.

Caro.

-Oui, Guillaume ?

- Caro. - Oui, Guillaume.

Guillaume. - Oui, Caro.

Vous voyez, nous nous sommes tout dit.

Vous pleurez ?

-Moi ? Non, jamais. Mon père ne m'a pas appris.

Je ne sais pas ce qu'est une larme.

-Pour une femme, c'est un bon moyen de défense.

-Oh, je préfère l'épée. C'est plus sûr !

-Même armée, une femme reste vulnérable !

-Vraiment ?

Celui qui touche l'autre au cœur a droit à un gage.

-Quelle assurance !

Vous semblez si sûre de gagner !

-Que je vous donne ou vous prenne un gage, ce sera toujours le même !

En garde, M. de Saint Preux !

Vous n'avez pas touché d'épée depuis longtemps !

-Moins longtemps que pour vous toucher, vous !

-Voyez-vous ça !

Trop court !

Ah, trop long !

Attention, gardez-vous, attention !

Touché ! Voilà !

- Vous avez de ces coups ! - Une botte secrète, de famille !

Une botte d'un arrière-grand-père qui s'appelait Portos.

Tenez, je vais vous l'apprendre !

Touchez-moi.

Ah, touché !

A vous, maintenant. Je vous attaque, attention !

- Touchée ! - Merveilleux !

On a droit à un gage chacun !

Puis-je prendre le mien ? - Tout ce qu'il vous plaira.

-Euh.

-Alors, je prends le mien, maintenant.

Eh bien !

- Quoi donc ? - La révolution est faite, non ?

-Oh, pas tout à fait !

- Du large ! Laissez-moi passer ! - Mais, mais.

- Poussez-vous ! - Il n'y a personne !

-Tiens !

Caro ! Toi, ici. Mmh !

En pleine féodalité. ♪ en étais sûr !

Tandis que j'étais à la séance secrète du comité,

toi, une Plantin, tu en profites pour trahir le tiers état !

- Je n'ai trahi personne ! - Parole !

- Silence, le corrupteur ! - Mais monsieur !

-Comment, petit canaille ! Allez, ton cadavre, tout de suite !

Allez, pendant qu'il est encore chaud. Dieu est pressé !

Un instant, Seigneur. Il arrive.

-Non, papa !

-Toi, tu vas voir tes fesses après ! Allez, en garde !

Mais. Mais c'est ma botte, ça !

Mais c'est ma botte secrète, ça !

- Où l'avez-vous prise ? - Je la lui ai donnée.

-Tu es folle ! Un bijou de famille !

-Mais elle reste en famille car on s'aime ! Et vive la liberté !

-Euh. Quoi ?

-Eh oui, M. Plantin.

-Mais jamais ! Moi vivant, jamais !

Je te défends de l'aimer, tu m'entends ?

- L'amour ne se commande pas ! - Ça ne se. Ah ? Bon !

Puisque c'est comme ça, tu vas épouser Jean-Pierre, et au trot !

-Elle épousera qui lui plaira. On naît égaux devant l'amour, monsieur.

Finis, les préjugés de classes du temps de Louis XIV !

Allez exercer votre tyrannie ailleurs !

Fini, le temps des despotes !

Nous sommes émancipés ! - Oh, ça !

Ça, alors ! Venir ici pour entendre ça !

Ça y est ! La noblesse prend tout !

Nos filles, nos bottes secrètes et maintenant, nos idées !

-Remettez-vous.

-Oh, je ne suis pas dupe. Je ne vous crois que d'une oreille !

Je connais vos manigances et vos attaches à Versailles !

-Une question, M. Plantin.

Si une armée passait par ici pour aller détruire l'Assemblé Nationale

à Paris, que feriez-vous ?

-Moi ?

- Oui, pour arrêter sa marche ! - Ben, je ferais. je ferais

ce que j'ai fait pendant la guerre de sept ans et aux Amériques !

Je ferais sauter le pont ! Pouf ! - Et le prince ?

Le prince, quel prince ? - Qui commande le régiment !

-Eh bien, lui. Euh, lui.

Lui, pan ! Enfin, j'essaierais ! Pan !

Et si c'est nécessaire, pan, pan, pan !

-Eh bien, dans quelques heures, ce régiment-là bivouaquera ici.

-Non. Ce n'est pas vrai ?

-On m'a donné votre botte secrète. Et voici une nouvelle secrète.

Vous ne perdez pas au change.

-C'est un piège ou un guet-apens ?

-C'est une main tendue.

-Non. Non, pas encore.

Celle de Caro ne vous suffit pas ?

-Vous me la donnez ?

-C'est vous qui l'avez prise !

Mais !

Mais !

C'est un souvenir de famille ?

-Oui, c'est un souvenir de famille.

-Oui. Oh, non. Non. L'autre t'allait mieux.

Dites, alors. Ce régiment, quand arrive-t-il ?

-Il bivouaquera ici cette nuit.

-Alors le pont sautera. Hein, Caro ?

-Oui, papa !

- Mais avec quoi ? - Avec de la poudre !

- Où la prendrez-vous ? - Là où je la trouverai !

-Mais vous la trouverez où ?

-Là où je la prendrai !

Huées du peuple

-Charmant accueil ! Et j'ai horreur des tomates.

-Monseigneur le prince Alexandre de Grasillac de Morvan Lebro !

-Oh, monseigneur, c'est une joie pour moi,

et un grand honneur de recevoir ici, dans notre petite ville,

un prince éminent en qui le royaume met tant d'espoirs !

-C'est en effet une ville très accueillante que la vôtre !

J'ai goûté les manifestations de sympathie dont j'ai été l'objet.

Sympathie dont voici la primeur !

C'est une tomate, fruit de votre négligence

qui aurait pu me coûter la vie. Vous êtes chargé de ma sécurité !

-Mais j'y ai personnellement veillé en faisant pendre à titre préventif

une dizaine de séditieux sur la grande place, les avez-vous vus ?

C'est la 1re fois qu'une ville est pavoisée avec les pendus du jour !

-Oui, cela part d'un fort bon naturel.

Néanmoins, je serai au regret de mettre Sa Majesté, la Reine

au fait de l'anarchie qui règne ici.

-Mais je n'ai plus de Lieutenant Général de Police !

Il a disparu ! - Que me dites-vous là ?

-Oui, il a peut-être été assassiné. Il avait reçu ici même

une tulipe noire de la Tulipe Noire. Mauvais présage.

- Vous y croyez, vous ? - J'y suis bien forcé !

-La Tulipe Noire est un mythe de la canaille pour couvrir ses crimes.

La Tulipe Noire, c'est la tomate rouge !

-Chéri !

Forme un vœu.

-Voilà.

-Je crois que tu seras content.

-Vous avez entendu cette sortie ? Quel camouflet, oh !

-Vous risquez votre intendance pour quelques kg de tomates !

Elles sont d'ailleurs fort belles !

-Oui. Chère amie, venez avec moi.

Il faudrait chasser ce mauvais souvenir de l'esprit du prince.

Si M. de Saint Preux n'y voit pas d'inconvénient.

- Mais je vous en prie. Faites. - Merci beaucoup.

Venez.

Monseigneur, permettez-moi de vous présenter la marquise.

Monsieur le fermier général.

-Méchant. Vous ne m'avez pas adressé la parole de la soirée.

N'avez-vous rien à me dire ? - Si.

Que vous devez être charmante au lit.

-Comme si vous ne le saviez pas !

-Vous êtes adorable, bel ange !

-Monsieur le baron la Mouche !

-Eh bien, M. le Lieutenant Général de Police !

D'où sortez-vous ?

-De prison.

-De prison ? Comment ça ?

-Où m'ont jeté des sous-ordres bornés mais disciplinés !

-Où avez-vous pris cette belle balafre ? La Tulipe Noire !

-Elle n'oserait pas ! Non, j'ai combattu et mis en fuite

une vingtaine de bandits. Mais je vous épargnerai le récit.

Vous le lisez sur mon visage.

-Pendant ce temps-là,

pendant ce temps-là, monsieur. Tomate !

-Oui, tomate ! Ça ne vous dit rien, monsieur ?

-Tomate ? Oh, je sais, monseigneur.

Et nous avons dispersé les fâcheux, dompté l'émeute, l'ordre règne !

Des patrouilles veillent et un service d'estafettes est constitué.

Je veille, monseigneur. Je veille !

-Vous veillez !

-Oh, Chéri !

-Adieu, madame. Adieu !

- Vous partez déjà ? - Non, je vous quitte pour toujours.

- Pour toujours ? - Oui, créature perfide !

Le spectacle que vous m'avez donné m'a soulevé le cœur.

Vous étiez avec ce cuistre comme avec moi-même !

Mêmes sourires, même complaisance !

-Jaloux ! Vous êtes jaloux ! Merci, mon Dieu !

-Oui, madame ! Moi qui voulais vous rejoindre dans le petit salon rouge.

-Je ne demande que ça !

- Femme dépravée ! - Oh, oui !

- Créature faible et décevante ! - Oh, oui !

- Tout de suite au petit salon rouge. - Oui, tout de suite !

Et ravie d'avoir enfin fait ta connaissance !

- Pour le prince de Grasillac. - Oui.

Et apportez-moi mon épée.

-Pour moi ? Merci.

Vous permettez ? - Oh !

Selon moi, il y a 200000 habitants de trop à Paris.

- 300000. - 200000 !

-Non, 300000 !

Et le reste

devra obéir ou être passé au fil de l'épée.

-Ah, vous. Non, merci.

Le salon rouge ? Ah, merci.

-Merci.

-Merci.

D'avance, merci.

Merci pour votre galante sommation.

J'aime les femmes qui savent ce qu'elles veulent.

C'est si agréable pour un militaire de se sentir pris d'assaut

et d'avoir une irrésistible envie de se rendre !

Investissez-moi ! Je capitule !

Vous m'avez conquis sans résistance !

-J'arrive à temps ! Comment osez-vous ?

-Qui vous a permis d'entrer, monsieur ?

-J'attends vos excuses, monsieur. Et vite.

-Quelles excuses ? A quel titre et de quel droit ?

-Comment ? Je ne répondrai pas à ces grossières questions.

- Comprenez-moi à demi-mot ! - Demi-mot pour demi-mot,

je suis ici pour devenir ce que vous vous flattez d'être.

-Vous calomniez madame !

-Oh !

-Voilà pour l'outrecuidance ! En garde !

-Oh, non ! Pas ici !

Pas ici, vous allez tout casser !

Battez-vous dehors !

- Saint Preux. - Grasillac Morvan Lebro.

- Enchanté. - Moi de même.

-Mon mandarin !

Oh, mon vase chinois !

-Ah !

Clameur

-Mais que font-ils ?

-Mais ils se battent !

-Mais pour quoi faire ?

Messieurs, pas de carnage chez moi !

-M. de Saint Preux, arrêtez le combat !

Monseigneur !

-Fichez-moi la paix. Il y va de l'honneur.

-Aucun rapport avec vous !

-Mon devoir est fait. Je suis couvert.

-Où est le prince ?

-Ce n'est pas le moment.

-Mais j'ai une communication importante !

-Allez-y !

- Monseigneur ? - Que fait-il ici, celui-là ?

- Monseigneur ! - Laissez-moi finir !

- On a volé un chariot de poudre. - Un chariot de poudre ?

Complètement vidé, monseigneur.

-Il y a de quoi faire sauter votre château !

-Mon château ? Mais je ne le permettrai pas !

Il faut agir !

-On est en danger de mort.

-Oh, ne vous affolez pas. J'ai mis des sentinelles partout.

Le château est bien gardé. Rien à craindre.

Quant aux insurgés, ils vont tomber sur une de nos patrouilles.

-Mais c'est la Tulipe Noire qui a fait le coup.

Et avec elle, vous n'avez pas encore eu beaucoup de chance !

-La Tulipe Noire n'existe pas. Ne le mettez pas sur une fausse piste.

La Tulipe Noire, ha, ha ! La Tulipe Noire, hi, hi !

Je vous demande un peu, ha !

Une tulipe noire dans ma poche !

-M. le Lieutenant !

M. le Lieutenant Général ! - Que se passe-t-il ?

-Les sentinelles du pont St Pierre : abattues et jetées à l'eau !

Une patrouille les a retrouvées. - Au pont St Pierre.

Elles gênaient quelqu'un qui voulait faire sauter le pont !

- Avec ma poudre ? - C'est vraisemblable.

-La Tulipe Noire. Ce ne peut être que la Tulipe Noire.

-Vite, mon cheval ! Et vous, ratissez la forêt avec des hommes.

Moi, je vais cerner le pont et cueillir la Tulipe Noire.

-Bon.

Tenez !

Et maintenant, à nous deux, M. de Saint Preux !

M. de Saint Preux ? Où est-il ?

-Euh.

-M. de Saint Preux ? M. de Saint Preux ?

-Allons-y, allons-y ! Pressons !

Allons-y ! Allez ! Bon, mettez la poudre !

Doucement. Doucement !

Doucement ! C'est de la poudre. Ça éclate !

Allez.

-Arrêtez. Faites silence !

-Chut.

-Alerte ! Un cavalier !

- Caro ? - Chut, je suis là !

- Vite, Caro ! - Vous avez tué le prince ?

-Non, mais pourquoi chuchotez-vous ?

- A cause du cavalier ? - Lequel ?

-Oh, pardon ! C'est vous ! Que je suis bête !

Papa, c'est Guillaume de Saint Preux !

-Que vient-il foutre ici, cet aristocrate ? Nous espionner ?

-La Mouche arrive pour vous prendre par surprise !

-Bon, maintenant on le sait ! Et puis est-ce vrai, hein ?

- La confiance règne ! - Attendez !

J'entends une piétinade ! - Filez ! Filez !

-Quoi, filez ! On n'a pas fait ça pour rien !

On sautera peut-être avec le pont mais le pont sautera.

-Il sautera mais je m'en charge. Filez !

- Filez ! Je reste avec Guillaume. - Ah, non. Toi, tu...

Bon, on s'en va. Rendez-vous au carrefour St Blaise !

- D'accord ! - Oui !

Ça commence bien, nous deux, hein ?

Oh, attention !

-Suivez-moi !

-Bravo ! Voilà une bonne chose de faite !

Soldats, je suis content de vous !

Et votre prince, quand l'enterre-t-on ?

-Quand je l'aurai tué !

-Et cette estocade, alors !

-J'allais le faire mais vu les plans de la Mouche, je suis venu.

-Et maintenant ?

-La fête doit être finie au château.

-Oui, et alors ?

- Le prince va retourner au bivouac. - Et alors ?

-Et alors, vous manquez d'imagination ! Suivez-moi !

-Ho !

-Que se passe-t-il ?

-Là.

Ben, va voir ce que c'est !

-Pourquoi vous arrêtez-vous ?

- Il y a un homme. - Quoi, un homme ?

- Sur la route. - Et alors, passez dessus.

-Mais c'est une femme.

-Ça va durer encore longtemps ?

Mais que faites-vous dans ses bras ?

-Caro, pistolet !

-Tiens.

-Ah, cette fois, je vous tiens.

-M. de Saint Preux ? Que faites-vous ici ?

- Je vous enlève ! - Mais je vous défends bien !

Ah, non. Personne ne monte

dans mon carrosse. - Chut. Silence, ou je tire.

-Bon, je me tais mais il vous en coûtera !

-On est arrivés !

Allez ! Tout le monde descend !

Hé, tu as la clé ? - Tiens, la voilà.

-Chef, amenez l'aristocrate.

Ici, c'est idéal pour faire un cercueil sur mesure !

-Qu'ai-je à faire dans une scierie ? C'est indécent.

-Par ici.

Je vous en prie, monsieur. Après vous.

-Vous, je vous défends d'être poli !

Judas !

Sinistre ! Un vrai coupe gorge !

-Ça, c'est vrai !

-Ah, c'est un guet-apens ?

-Non, ce n'est pas un guet-apens.

On ne vous prend pas en traître. On va vous condamner à mort.

Demain matin, vous n'y penserez plus !

-Ah !

Le peuple assassine ses princes. Quelle époque !

-Eh oui ! C'est le monde renversé !

Mais trêve de plaisanterie.

On ne vous gardera pas ici. Comment vous plairait-il de mourir ?

Choisissez vous-même votre mort. - C'est une plaisanterie ?

Je ne serai pas complice de l'assassinat de ma propre personne !

- J'insiste. - Vous me désobligez !

-Alors, on ne peut rien faire pour vous être agréable ?

-Si. Une question me chatouille.

Quelle était cette comédie chez la marquise ?

Je me suis expliquée avec elle. Le billet était de vous !

- Un prétexte pour vous tuer ! - Me tuer ?

Mais vous ne me connaissez pas ?

-Pour mettre votre régiment hors d'état de nuire.

Une armée sans chef est une nuit sans lune !

-Et vous avez inventé cet imbroglio imbécile ?

-Je voulais vous tuer sans cause politique.

Sans être démasqué. - Démasqué ?

-Oui, je peux vous le dire. Vous ne serez plus indiscret !

Je suis. Non.

A elle d'abord !

-Oh ?

Guillaume, Guillaume ! C'est merveilleux !

Papa !

Papa !

-Eh bien, oui, messieurs, je suis la Tulipe Noire.

-Quoi ? C'est la Tulipe. Mon général !

-La Tulipe Noire ? Mais ceci change tout !

Le prince de Grasillac de Morvan Lebro assassiné par la Tulipe Noire.

Mais nous écrirons une page d'histoire ! Ma gloire est assurée !

-Messieurs, buvons à la Tulipe Noire et à sa dernière victime !

-Hosanna ! Je me souviendrai longtemps de mon dernier jour !

A la vie ! A la mort !

Quelqu'un éternue.

Oh oh !

-Qui va là ?

-Baron la Mouche, Lieutenant Général de Police.

-Oh chef, que s'est-il passé ?

-Ce que j'avais prévu. Le pont a sauté.

Qu'attendez-vous ! Donnez-moi un cheval, un uniforme, une épée !

Allons voir votre officier, et que ça saute !

Euh, non. que ça ne saute pas !

-Allez, à terre, vous autres !

-Allez, allez ! Vite, vite ! Ton pantalon, toi !

Allez, les bottes ! Voilà.

-A mon dernier matin !

Et maintenant, assez bu.

Mors ultima ratio !

J'ai vécu plus que de raison.

Adieu, la vie !Adieu, l'amour !

Adieu, Plantin !

Adieu, Plantinet !

-Adieu, mon bon prince !

Ben, où allez-vous là ? - Au supplice !

J'veux mourir comme Marie Stuart. ♪ emporte mon billot !

N'oubliez pas votre hache !

-J'peux pas ! J'peux pas, moi !

J'peux pas vous faire ça, à toi !

-On peut pas lui faire ça, à lui !

-A lui, lui faire ça ? Non, on peut pas !

- J'veux mourir ! - Non !

-Sois gentil. Prends ta hache.

-Non ! Pas d'hache, là !

-Général ?

-Oh, mon pauvre petit Plantinet !

Que t'arrive-t-il ? - Alors, ça va mieux, ivrogne ?

-Oui, mon général ! Allez, ouste !

Au supplice, Marie Stuart !

-Non, il y a un moyen de le sauver.

-Sauver ?

-Signez-moi cette délégation de pouvoirs.

-Gra-si-llac ! Qu'est-ce que je viens de signer, Tulipe ?

- Votre grâce, imbécile ? - Ma grâce imbécile ?

- Enfermez-le là-dedans ! - En avant !

- Enferme-moi, petit Plantinet ! - Pas de familiarité, aristocrate !

-Plantin ? Vous lui prendrez son chapeau et sa cape.

-Le chapeau et la cape. Bien, mon Général !

-Regardez, le carrosse du prince de Grasillac !

-Présentez, sabres !

-Le prince de Grasillac ! Vite, rassemblement !

A cheval ! - A cheval !

-Garde à vous ! Présentez, armes !

-Présentez, armes !

-Où est l'officier de service ?

- C'est moi, monsieur. - Pas monsieur, Colonel !

Délégation de pouvoirs signée du prince de Grasillac de Morvan Lebro.

Donc vous êtes sous mes ordres.

- Mais monsieur, je... - Pas monsieur, colonel !

Ce sont les ordres. Vous n'allez pas à Paris mais à Marseille.

- Mais monsieur... - Les ordres sont formels !

- Mais monsieur... - Rentrez dans le rang !

Non, mais !

Attention !

A mon commandement !

Demi-tour à droite !

Droite !

Direction Marseille !

En avant !

Marche ! Une, deux ! Une, deux, une, deux.

Allez, allez ! Allez !

Et voilà, ils ne seront pas à Paris pour le 14 juillet, ceux-là !

Ah ! Chef, ça a marché !

-Regardez !

-Vraiment de façon extraordinaire !

-Mais c'est Saint Preux ? C'est mon Saint Preux !

Ah ! Cette fois, je te tiens !

Mais ils sont quatre. Cherche du renfort, nous allons les encercler.

Prenez huit hommes. Vous, par là. Moi, par ici.

Huit hommes avec moi !

-Et ils sont tous partis comme un seul homme ! Une, deux, une deux !

Bon, et le prince sanguinaire, qu'en fait-on, chef ?

-On le garde comme otage dans le petit réduit.

-C'est vrai, il n'y a pas d'endroit plus tranquille. Bon, venez manger !

- Chiffre, on va casser la croûte. - Ce n'est pas dommage !

Je commence à avoir une de ces soifs !

Manzin ! Attention !

Attention !

-Chef !

- Plantin ! - Merci !

-Allez !

-Eh, allez !

-Au nom du roi, ouvrez ! Au nom du...

-Repliez-vous vers la cabane !

Sauvés ! Amenez le prince qui nous sert d'otage.

-Oui, heureusement qu'on l'a comme monnaie d'échange, celui-là !

Hé, chef ! Il est parti !

- Comment parti ? - Oui !

Tant pis ! Fermez !

-Le salaud ! Regardez-le avec la Mouche !

-Oh, monseigneur ! ♪ étais sûr que vous étiez ici !

-Allons donc ! Je me suis délivré tout seul ! Quelle tenue !

Et quel service de sécurité ! Après la tomate,

j'ai été enlevé, monsieur ! Et savez-vous par qui ?

Par M. de Saint Preux qui est la Tulipe Noire, monsieur !

Oui, monsieur ! - J'en étais sûr, monsieur.

-Je dois rejoindre mon régiment pour être à Paris le 14 juillet

au plus tard. Donnez-moi une escorte.

-Tout de suite, monseigneur !

Quatre hommes avec moi !

- Il nous faut du renfort. - Comment ?

On est cernés, bloqués. Sans issue !

- Et ça, là-haut ! - Ça ? Un trou d'aiguille !

- Essayez donc de passer par-là ! - Moi, je peux très bien.

- Non, Caro ! Pas vous ! - Il y a des risques partout !

Faites-moi la courte échelle. - Mais enfin...

-Elle a raison ! Si on se fait tuer, autant que ce soit au grand air !

-Caro, tiens !

-En avant !

-Guillaume !

Guillaume ! Guillaume !

Où est Guillaume ?

- Oh, Caro, que fais-tu là ? - Où est Guillaume ?

-Ils l'ont emmené. Avec ton papa.

-Ça y est. On a encoffré et passé votre frère à la question !

-Que dis-tu ?

-Ah, oui !

C'est la prison pour Plantin et votre frère sera pendu demain matin.

-Pendu ?

-Oui, pendu.

On ne parle que de ça !

Quand on a su que la Tulipe Noire, c'était vous.

On trébuche dans vos veuves ! Des pisseuses de larmes !

Ah, pour être regretté, ça !

-Et ils vont le pendre.

-Quand on fait l'andouille, on finit par être mangé.

Enfin, nous voilà tranquilles. Il ne reste plus qu'à décamper.

Plus de patrouille à craindre !

- C'était un enfant. - Il faut faire vite.

On ne sait jamais.

S'il craquait sous la torture, on serait encrottés, tous les deux !

Allez, allez ! Venez, vite !

-Un enfant un peu fou.

Plein de chimères.

-Et demain, on sera en Espagne. A nous, les belles garces !

- On ne part plus. On reste. - Quoi ?

Vous êtes fous, non ? - On reste, Brignolle !

- Pour quoi foutre ? - Brignolle !

-Ah non, restez, vous ! Mais on ne m'empêchera pas de partir !

Personne. Déjà que votre frère pue la charogne !

-Brignolle !

Non.

Non !

-Chut.

-Oh, Guillaume, je savais.

-Plus tard, les discours ! Scie-moi ce barreau-là.

-Mais je voudrais pourtant te dire...

-Un mot de plus et je te scie la langue. Tiens.

Chut.

Vas-y 1

Tire !

-Alerte à la garde !

- Alerte à la garde ! - Va-t'en !

-Un prisonnier s'est évadé !

-Oh !

Tu vois, Julien. Je n'ai pas l'habitude des bonnes actions.

Dieu m'a puni.

Allez, fous le camp !

-N'aie pas peur, je ne te quitterai pas !

-Imbécile ! Allez, va !

Un dernier mot : ne te sépare jamais de Voltaire, mon meilleur ami.

Veille bien sur lui. C'est un bon cheval.

Tiens, c'est à toi, maintenant. Allez, fous le camp !

-Non, Guillaume. Je reste !

-Fous le camp ! Fous le camp, je te dis !

-Adieu, Guillaume.

-Adieu, Voltaire.

Ah, la famille !

-Ma balafre,

il a ma balafre !

-Idiot !

-Allez, emmenez-le !

- N'êtes-vous pas un peu émue ? - Pourquoi le serais-je ?

Un homme qui nous a autant trompés !

-En ce qui me concerne, je ne le regrette pas.

-Nul n'est irremplaçable.

Roulements de tambours

-Vous avez vu ma balafre. Il a ma balafre.

-Ça lui va très bien.

-Guillaume !

Assassins ! Assassins ! Guillaume !

Je ne veux pas qu'on te tue ! Je ne veux pas !

-Oh, c'est indécent ! Qu'on arrête cette fille immédiatement !

-Guillaume, je t'aime ! Je t'aime !

Guillaume !

-Je ne saurai jamais qui est cette charmante personne.

-Mais, voyons !

-Pendez-le, voyons !

Pendez-le !

- Pendez-le ! - Qu'attend-il enfin ?

-Voilà. Très bien ! Très bien !

Enfin, nous voilà tranquilles !

-Ah !

-M. le Lieutenant Général,

je tiens à vous remercier au nom de tous.

Vous avez accompli là un exploit. Quel beau jour pour vous !

-Et pour lui donc ! Son dernier !

J'avoue que je suis assez content. Des morts de cette qualité-là !

-Ce n'est pas tous les jours fête !

A bientôt, comte. - A bientôt.

- On va le voir, hein ? - On va le voir !

Ils s'exclament.

- Ton chef d'œuvre, mon chéri. - Eh oui.

-Quand je pense...

-Les femmes font des erreurs, mais je t'aiderai à l'oublier.

Comme il se balance bien au bout de sa corde.

-Oui, on dirait qu'il a fait ça toute sa vie !

Mon chéri.

-Mais oui. Naturellement,

on a eu tort de ne pas en profiter pour pendre ce Plantin.

L'arrestation de sa fille constituant un fait nouveau,

pourquoi ne pas les exécuter tous les deux ?

-Mais ils n'ont pas hésité à lancer des tomates au prince.

Eh bien, où est-il ? Mais où êtes-vous ?

-Monseigneur le prince Alexandre de Grasillac de Morvan Lebro !

-Mon régiment !

Où est mon régiment ?

Personne n'a vu mon régiment ?

-Quoi, vous avez perdu votre régiment ?

-C'est mon régiment qui m'a perdu. Il s'est évaporé ! Pschit !

-Donnez-moi son signalement et je vous le retrouverai.

-Rien du tout ! Je suis arrivé à Paris, seul. Dans quel état !

5 mn après que la Bastille eut été prise !

-On a pris la Bastille ?

Et qui donc ? Que je l'arrête !

Les 100000 Parisiens que je devais massacrer. Un plaisir en moins !

Parce que votre Tulipe Noire m'a coupé de mon régiment !

Sans la Tulipe Noire, jamais la Bastille n'eut été prise !

Mais il eut fallu que vous "l'arrestassiez" !

-Je l'ai arrêtée et pendue ! La Tulipe Noire est morte.

Coup de feu Cris

-Vive la Tulipe Noire ! Et que la fête enfin commence !

-Ce n'est pas possible ! Oh.

Mais que faites-vous là-haut ? Ce n'est pas votre place !

Et où est ma balafre ?

Non, mais enfin. Mais je rêve !

Vous étiez là, ce matin, quand on l'a pendu ! Là !

-Eh bien, allez donc voir là-bas si j'y suis, M. la Mouche !

-Oh ! Ciel, mon mari !

-Le tocsin ! C'est la révolution !

-La révolution ?

- Croyez-moi, j'en viens ! - Non, elle n'aura pas lieu ici !

La garde, à moi ! La garde !

-La garde ! La garde, à lui !

-La garde, à moi ! La garde !

En avant sur la Tulipe Noire !

-Et maintenant, sauve qui peut !

-Mon carrosse ! Où ai-je mis mon carrosse ?

- Vous ne l'avez pas retrouvé ? - Ah, le voilà !

-Mais vous partez déjà ? Où allez-vous ?

-Je pars. Une nation en guerre n'est pas faite pour les militaires.

-Alors, en souvenir du petit salon rouge, je pars avec vous !

-Mais, mais...

Votre mari, vous ne pouvez le laisser ainsi !

-Au point où il en est, on ne peut plus rien pour lui !

Nous le pleurerons ensemble. - Avec : joie !

Hubert, en route !

-La garde, à moi ! La garde, à moi !

-Je vous attendais, M. la Mouche !

-Encore lui ? C'est le diable !

Pendez-le ! Pendez-le !

-Non !

Laissez la vengeance aux vaincus.

Ils ont fui. Ne vous acharnez pas sur ce qui n'existe plus.

Et allons délivrer les prisonniers ! En avant !

-EN AVANT. VIVE LA TULIPE NOIRE ! VIVE LA TULIPE NOIRE !

A LA PRISON ! A LA PRISON !

-Ah !

-Oh, méchant !

-Grande journée ! Grande date !

On en reparlera du 19 juillet 1789 ! Ha, ha !

Dites-moi, ma libellule,

à votre avis, plus tard, dans les livres d'histoire,

est-ce qu'on dira "La Tulipe Noire et Plantin",

ou bien "Plantin et la Tulipe Noire". Ou encore

"Plantin" tout seul ?

-Bravo, Plantin, bravo ! Et vive la Tulipe Noire !

-Oh, toi ! Quand je pense que tu es toujours vivant, vivant !

Guillaume, Guillaume, Guillaume !

-Non, ne m'appelle plus Guillaume, mais Julien.

-Pourquoi Julien ? C'est laid ! Ça ne te va pas du tout !

D'abord, j'aime mieux Guillaume.

Je n'aime pas Julien.

-Alors, va pour Guillaume. Mais j'aimais bien Julien.

Pauvre Julien. - Mais tu es un peu fou, hein ?

Oh, Guillaume ! Je ne me lasserai jamais de t'appeler ainsi !

Que ça te plaise ou non, tu es mon Guillaume pour la vie.

Tiens, regarde !

Ah, te voilà, toi ! D'où sors-tu ?

Pourquoi ris-tu ainsi ? - Parce que lui, il sait !

- Quoi ? - Demande-le-lui !

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