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-On va jamais profiter.
-Si, à la fin de la saison.
-C'est quand qu'on kiffe, quoi ?
-C'est clair.
-Si on doit toujours attendre...
-C'est fermé ? Putain.
Le gars a déjà appelé trois fois.
Il va nous foutre dehors. -Il a pas le droit.
-Si, c'est une sous-loc.
Il relouera l'appart.
-Les patrons sont dans la merde. -Arrête de les défendre.
-Voilà la patronne.
-Excusez-moi !
Vous allez nous payer bientôt ?!
-Bonjour, Anton.
-On devrait pas avoir à réclamer !
-Voyez avec Lionel.
-Votre mari nous balade. -Je vais lui en parler.
C'est pas ouvert ? -Non.
-Lionel devrait déjà être là.
Lionel !
-Sois pas relou.
-T'es une lèche-cul. -Calme-toi.
-Tu la protèges ?
-Déconne pas.
-Tu me fais pas peur !
Cri.
-J'appelle les secours. -Il est mort ?
-Il respire ?
-Je sais pas.
Lionel ! Non, Lionel !
...
-Et c'est pourquoi
Montesquieu disait : "La justice consiste à mesurer la peine
"et la faute."
Un commentaire ?
Ah, je croyais
vous avoir tous perdus.
Mlle Diacoure ? -Une institution
qui fait du cas par cas
est perméable aux pressions extérieures.
C'est le début du clientélisme. -Vous oubliez un détail :
la personnalisation de la peine.
-Article 132-4 : la justice
fait du cas par cas.
C'est le rôle du procès et de l'exposition des circonstances.
-N'oubliez jamais, Mlle Diacoure, que votre matière première
sera toujours l'humain.
On va s'arrêter là-dessus.
Je vous laisse y réfléchir. A la semaine prochaine.
-Ca va ?
Messieurs.
-Bonjour, patron.
-Bonjour, tout le monde. -BONJOUR.
...
-Lieutenant, vous pouvez aller chercher madame Duprieur,
s'il vous plaît ? Merci.
-Madame Duprieur ?
-Bonjour, je suis le commandant de police Philippe Vasquez.
Je vous présente mes condoléances.
Je vais devoir vous poser
quelques questions.
-OK.
-Asseyez-vous. Ca va aller ?
-Oui.
-Quand avez-vous vu votre mari pour la dernière fois ?
-Hier soir.
On a fermé le restaurant et je suis rentrée
m'occuper de Gaïa.
-Votre fille ? -Elle a dix ans.
Qu'est-ce que je vais lui dire ?
-Vous voulez prendre
un instant ?
-Non, ça va.
-Si j'ai bien compris, le Cocoon vous appartient à tous les deux.
Vous êtes en cuisine, et votre mari...
-Lionel s'occupait de tout. Il s'est toujours occupé de tout.
-Et il n'est pas rentré hier soir.
-Il avait de la paperasse à faire.
-De la paperasse.
D'après vos employés, ça n'allait pas très fort dans votre couple.
Hier soir, après le service, ils vous ont entendus
vous disputer.
-Vous insinuez quoi, là ?
Vous m'accusez ?
-Non, j'ai juste besoin d'entendre votre déposition.
-Je pourrais avoir un avocat ?
-Vous avez tout à fait le droit d'être assistée.
Absolument.
-Je vous tiens au courant.
A très vite, merci.
-Tu me fais kiffer.
-Ca va, professeur ? -Ca va, merci.
-Vraiment ?
Vous avez l'air tout... -Vous êtes très mauvais mime.
-C'est bon ? Rien de grave ?
-Une certaine Mathilde Duprieur est accusée du meurtre de son mari.
-Qui gère l'affaire ? -Un flic
que je connais très bien. Il doit avoir des billes contre elle.
-Vous acceptez l'affaire ? -On retourne sur le terrain ?
-On se calme, c'est sérieux.
Je vais d'abord aller voir.
-Vous êtes passé à l'ennemi. -Il est juste devenu avocat.
-Tu es trop rigide,
tu n'as aucune empathie.
-Se réjouir d'un meurtre, c'est empathique ?
-On n'a pas dit ça.
-Cessez-le-feu. On reparlera de ça plus tard.
En attendant, interdiction de vous entretuer.
Bip.
-Antoine ?
-Mon Fifi, comment ça va ?
-Evite "mon Fifi"
devant mes hommes.
Ca va comme un flic qui manque de moyens et d'hommes, comme d'hab.
-C'est pour ça que tu ne donnes plus de nouvelles ?
-Désolé, je n'arrête pas de courir. Et puis la vie, quoi.
-Heureusement que ta femme m'a invité à l'anniversaire de Robin.
Mon filleul a déjà 13 ans,
ça ne nous rajeunit pas ! -M'en parle pas !
J'attends un baveux, là.
-Le baveux, c'est moi.
-C'est toi qui représentes Mathilde Duprieur ?
-Qu'as-tu contre elle ?
-Je ne te dirai rien. Mais je vais vous laisser dix minutes ensemble.
-OK. Comme le stipule la loi.
-Mais absolument, maître.
Suivez-moi.
Alors...
Alors, alors...
Vos employés vous ont entendue dire : "Tu m'as trahie."
"Tu m'as trahie."
Votre mari vous trompait ?
-Non, pas du tout.
-Vous n'avez pas dit ça ?
-Si, mais il ne me trompait pas du tout. C'est...
C'est juste que je venais d'apprendre que...
-Que ? -Prenez votre temps.
-On voulait ouvrir
un restaurant gastronomique, où j'aurais pu vraiment cuisiner.
On avait un local dans le centre.
Mais Lionel
a tout fait capoter et il me l'a caché.
-Donc vous vous êtes disputés,
vous l'avez poussé.
C'est un accident.
-C'est n'importe quoi.
-J'ai découvert qu'en cas de divorce, vous auriez dû
tout partager avec votre mari : la paillote, le restaurant...
Là, vous héritez de tout.
-Vous savez de quoi j'hérite ? De dettes.
On risque la faillite.
-Vous alliez tout perdre,
vous étiez folle de rage.
-Alors, excusez-moi, mais...
On avait des problèmes.
Mais on s'aimait.
Alors... C'est vrai,
j'étais furieuse en apprenant ce qu'il avait fait, mais...
Je m'en voulais
surtout à moi.
Je l'ai toujours laissé gérer la compta, les papiers,
je me suis laissé porter et...
Il nous a foutus sur la paille.
Mais sans lui, je ne sais pas ce que je vais devenir.
-Commandant Vasquez,
ma cliente est-elle en garde à vue ?
Non ? Alors, on y va.
Venez, Mme Duprieur.
-L'autopsie est en cours.
On va se revoir très vite.
-D'accord. Au revoir.
(Je t'appelle, Fifi.)
-Ce flic veut absolument que ce soit moi.
-Vasquez est un policier intègre.
Quand il croit tenir une piste, il ne lâche pas.
-Maître, je vous jure que je n'ai absolument rien fait.
Jamais je n'aurais été capable de faire ça.
Qui s'occupera de ma fille si je suis arrêtée ?
-Si besoin, on trouvera une solution.
-Maman !
Maman ! -Ma chérie...
-Qu'est-ce qui se passe ? Où est papa ?
Cléo n'arrête pas de pleurer, elle n'a rien voulu me dire !
-Je vais tout t'expliquer.
Voici Cléo, elle travaille avec nous
au Cocoon.
-Antoine Bellefond, je suis avocat.
-Il fait quoi ? -J'aide ta maman.
-Cléo,
vous vous en occupez ?
-Je reviens, ma chérie. J'arrive.
-C'est comme ça que je travaille.
Embauchez mes stagiaires
à la paillote. -La police a fermé mon restaurant.
Déjà qu'on était au bord du gouffre...
Je vais tout perdre.
-Je vais demander la levée
des scellés, ça ira.
Je vais m'occuper de tout.
-Merci, maître.
-Le tueur se trouve généralement dans la sphère familiale, non ?
-Il devrait chercher d'autres suspects.
-Surtout que Mathilde est totalement perdue sans son mari.
Elle est vraiment...
-Maître ! -Awa, arrêtez de surgir comme ça.
-Je dois vous parler.
-Que puis-je pour vous ?
-Pourquoi je n'ai pas eu la moyenne à ma plaidoirie ?
J'étais claire, précise :
des faits, rien que des faits.
-Et vous avez laissé de côté tout ce qui aurait pu toucher un juré.
-Mais c'est une plaidoirie, pas un conte de fées.
-Les circonstances atténuantes,
c'est du réel ! Ca vous dirait de faire un stage dans mon cabinet ?
-Hum !
Hum !
-Pour valider mon UV ? -Et surtout
pour appréhender la part humaine de notre métier.
-Qu'attendez-vous exactement de moi ?
Sonnerie.
-Prenez place !
...
-Je vous remercie pour cette minute de silence.
Ce qui s'est passé
est horrible.
Sachez que je suis là si l'un d'entre vous ressent le besoin
d'en parler.
Je voulais vous remercier aussi d'être restés, parce que...
Si le resto coule, je...
Je ne sais pas comment...
-Vous pouvez compter sur nous.
-Merci, Baccari.
Bon,
j'ai dû revoir un petit peu
l'organisation, parce que sans Lionel...
Bref,
j'ai embauché deux extras, Camille et Lucas. Cléo, toi,
tu seras au bar, et tu t'occuperas de Gaïa le soir.
Anton, tu restes avec moi en cuisine.
Lucas et Baccari aux transats, et Camille et Nadia
en salle. OK ?
-Vous rêvez. Après tout ça, les clients ne vont pas
se bousculer. -Ca ira.
Occupez-vous de faire la cuisine, nous, on vous ramène les clients.
Tu viens ?
-Oh, les nouveaux,
ici, les pourboires
sont en commun.
-Allez, venez.
-C'est clair ?
-Déjà, tu...
-Très clair. Et merci pour votre accueil.
Ca fait chaud au coeur.
Hein, Camille ?
-Faites pas attention,
il est juste très con.
-Bonjour, vue imprenable !
-Bonjour !
-Tout est frais ! -Et délicieux !
Bonjour, madame !
-Les gambas sont à tomber !
Formule à 30 euros !
-Ouais, mais non. C'est là que le mec s'est fait buter.
-C'est quoi, son problème,
avec les pourboires ?
-Tout est cher ici. On a dû prendre un 2-pièces
à quatre. -Ah ouais ?
T'avais déjà bossé ici ?
-Ca fait trois étés de suite. Et le dernier, je pense.
-Tu le connaissais bien, le patron ?
-Entre nous,
je vais pas pleurer sur son sort.
Il nous mettait la pression tout le temps.
Y a même un gars
qui a pété les plombs.
-Comment ça ? -Lionel le harcelait,
du coup Elias a craqué, il a hurlé qu'il allait cramer Lionel
et sa paillote.
-C'est chaud. Mais attends, tu...
Tu crois que c'est lui qui...
-Elias ? Il est trop gentil !
C'est pour ça que Lionel l'a bouffé.
Du harcèlement, je te jure.
Bon, on s'y remet ?
-Ouais, mais va falloir trouver une nouvelle stratégie.
-Tu fais pareil ?
-Alors les mecs aussi. -Bien sûr.
-OK. C'est parti.
Bonjour !
-Bonjour.
Le Cocoon, c'est "good" !
-J'ai pas assez de poitrine.
Bonjour ! -Bonjour !
-Juste ici.
-Maintenant que son mari n'est plus là, la patronne embauche
des beaux petits gars !
-Ici, on touche avec les yeux !
-On ne peut plus rien faire !
-Alors, mon petit ?
Comme ça, le patron, il est mort ?
-Oui, l'équipe du Cocoon est bouleversée.
-Y a pas mal de rumeurs
qui courent. -Comme quoi ?
-La mafia.
-La mafia ? -Rappelle-toi,
ils avaient détruit les transats.
-Ah oui, t'as raison.
Peut-être un avertissement ?
-Au fait, vous penserez à nos deux jus de tomate ?
-Tout de suite, mesdames.
Les mamies parlent de mafia. C'est vrai ? Je tiens à la vie.
-Non. Le racket, c'est du passé.
-Et les transats cassés ?
-C'est pas la mafia, c'est Alouche.
Lionel payait pas son poisson. -Alors Alouche a cassé le matos.
Ils se sont battus, Baccari les a séparés.
-Chaud, le poissonnier.
-Faut jamais déconner
avec les pêcheurs.
-Les gars, à poil. -Tu l'as entendue ?
Allez, on y va.
En piste !
-Bon, OK.
Tiens-moi ça.
-Pas mal, le nouveau.
-Il a l'air un peu niais, non ?
-Il plaît aux mémés sur la plage.
-Mme Herrera a dû le peloter.
-Tiens, c'est pour elle.
-Non, attends. Je m'en occupe.
...
-Il est là, lui ?!
-(Il est sous couverture.)
-Pour déjeuner ou pour bronzer ?
-Pour déjeuner. Je suis déjà assez BG comme ça.
-(C'est quoi, ce délire ?)
-(C'est mon espion.)
-(C'est du grand n'importe quoi !)
-J'ai peut-être un truc. Un certain Alouche.
Un pêcheur qui s'est battu avec le patron.
-Merci, Lucas. Tout se passe bien ?
-On crève de chaud et on bosse dur. Je veux bien échanger avec Awa.
-Tu peux changer mon couteau ? Il est sale.
Ca se sent que t'as chaud, tu pues.
-Vous me défendrez si je l'empoisonne ?
-Oui.
-Je vous envoie ma collègue.
-Regardez à quoi je ressemble !
-Désolée, mais j'ai trébuché sur votre sac, c'est votre faute.
-Maladroite !
-Un souci avec la dame ? -Non. Retour de karma.
Vous avez choisi ?
-(Elle aussi ?)
-Bon,
apparemment, Lionel était un vrai connard.
Au point qu'un employé,
un certain Elias, a craqué
et l'a menacé.
-Bon boulot, Camille. -C'est légal, qu'ils soient ici
pour espionner ? -Tout à fait.
Et avec l'accord de notre cliente.
-Un verre de rosé ?
Ca va te détendre. -Jamais d'alcool en journée.
-Meuf, pète un coup.
-Camille a raison, Awa.
Vous devriez vous détendre.
Bonne chance pour vos partiels. -Merci, professeur. Au revoir.
-Y a rien, là-dessus.
-La vidéosurveillance urbaine ?
Comment vous avez fait ? -Camille est très douée.
-Elle l'a piratée ?
Ca ne peut pas être utilisé.
-Il faut bien commencer quelque part.
-Qu'est-ce que vous cherchez,
exactement ?
-Exactement, je ne sais pas.
-Je n'ai pas retrouvé le fameux Elias,
mais j'ai le pêcheur.
Mohammed Alouche,
55 ans, marié, deux enfants,
pêcheur indépendant, joueur de rugby amateur, pas de casier.
-Je le connais, lui. Venez voir.
Regardez.
C'est bien Alouche, là ?
-C'est lui. -Et cette caméra est à proximité
de la paillote.
M. Alouche ? Maître Bellefond. -Vous voulez quoi ?
-Je représente la veuve de Lionel Duprieur.
-J'ai rien à dire.
-Il vous devait de l'argent. -Il a payé. Affaire réglée.
Au revoir.
-Vous étiez là-bas le soir du meurtre.
-Et alors ? Je me promenais.
-La nuit ? Et ce soir-là ?
Vous vous êtes à nouveau battus avec Lionel et ça a dérapé ?
-Il avait payé, c'était réglé.
-Pourquoi être revenu ?
Je dois en parler à la police ?
-Je vous raconte ce qui s'est passé,
mais n'en parlez pas aux flics.
Je vous jure que je n'ai pas tué Lionel.
-Ca ne me suffit pas. -J'ai une famille, des gosses.
Si ça vient à se savoir, je... Ca n'a rien à voir avec Lionel.
-Si ça n'a rien à voir avec sa mort, je vous garantis
que je ne dirai rien.
-Ce soir-là, j'avais rendez-vous avec quelqu'un sur la plage.
Avec un homme.
-Un rendez-vous amoureux ? -Si vous voulez.
Mais j'ai une famille et je les aime. Vraiment.
-Donnez-moi son nom.
-Il est marié, lui aussi. -Mais on parle
d'un meurtre !
Ou c'est moi qui vérifie, ou c'est les flics !
-Vous avez ma vie et celle de mes gosses entre les mains.
-Je ne dirai rien.
Téléphone. Excusez-moi.
Allô, oui ?
Ne vous inquiétez pas, j'arrive tout de suite.
Je dois y aller.
Envoyez-moi un mail avec le nom et les coordonnées
de l'ami avec qui vous aviez rendez-vous le soir du meurtre.
-Faites attention ! -T'inquiète pas, maman.
Ca va aller.
-Attention, Lionel y tenait beaucoup. Non, pas mon ordi !
-On ne va rien casser, on connaît notre travail.
Rassurez votre fille. -Vous cherchez quoi, là ?
-On ne sait pas. -Bonjour, Philippe.
-Bonjour, Antoine.
-Ils cherchent quoi, là ?
-On peut vous aider si vous cherchez quelque chose de précis.
-Commission rogatoire, tout est écrit dessus. Y a plus qu'à.
-Elle couvre beaucoup trop de choses : domicile, garage,
restaurant...
N'importe quoi !
-Commandant, regardez.
-Vous reconnaissez ?
Envoyez ça au labo. -Expliquez-moi !
-Contactez la juge d'instruction.
-Tu pourrais nous dire, quand même.
-Quand t'étais procureur, tu méprisais les avocats qui poussent
au vice de procédure.
-Je n'ai pas porté ce top
depuis des années. Pourquoi ?
-Je vais me renseigner auprès de la juge, ne vous inquiétez pas.
-Chérie...
-Ca va aller. -Oui.
Bébé...
...
-Je comprends bien. Merci, madame la juge. Au revoir.
On frappe.
Entrez !
-Alors ? Que dit la juge ?
-Le top à paillettes est en lien avec certains indices prélevés
lors de l'autopsie. Merci.
-Mon regard sur la plage
a changé.
-C'est éprouvant.
Alors ? -C'est pas Alouche, j'ai vérifié.
-J'ai retrouvé
le serveur qui a démissionné, il vit au camping avec sa compagne
et leur fils.
-On ira le voir demain. Et vous, de votre côté ?
-Tous les saisonniers ont un alibi, ils faisaient la fête dans un bar.
-Et tous disent
que Mathilde est sympa, mais larguée.
-La pauvre aura du mal à s'en sortir.
-"La pauvre" ?
Elle reste suspecte.
-Qui d'autre
aurait pu en vouloir à Lionel ?
-Il s'est mis du monde à dos. -Pour sauver son business.
Il voulait sauver les emplois des saisonniers, voilà tout.
-Tu sais plaider, quand il s'agit de défendre le harcèlement.
-Tu me reproches de faire preuve d'empathie ?!
-Awa, on ne vous reproche rien du tout. Disons
que Camille, simplement, a un esprit critique aiguisé.
-Eh ouais, c'est comme ça, meuf !
La porte claque.
-Elle aussi devrait péter un coup !
...
-Je la sens bien, cette collaboration.
...
-Oui, bravo !
C'est pour moi ? C'est bon ! Merci, mon coeur !
-Fais-lui un câlin.
-Bonjour. Maître Bellefond et Awa Diacoure.
On peut vous parler ?
-Oui, bien sûr.
Tu restes là ?
-Je ne l'ai pas tué. J'arrête pas de penser à Mathilde et à Gaïa.
-Vous avez craqué soudainement au bout de quatre saisons.
Pourquoi ?
-Lionel s'est foutu de sa gueule, voilà !
C'est à cause de Lionel
qu'on est obligés de vivre au camping !
-Vous avez démissionné,
vous n'aviez droit à rien. -Lionel était devenu infect.
J'étais déclaré 20 heures mais j'en faisais 40.
-T'as cru à ses promesses.
-Papa ! Papa...
-Salut, Alex. Moi, c'est Awa. T'aimes les origamis ?
C'est vrai ? Moi aussi, j'adore.
Je vais te montrer comment faire un lapin avec du papier.
Je te confie ça. Regarde... Hop !
Et je replie.
Et avec ce carré...
-Lionel et Mathilde voulaient ouvrir un nouvel établissement.
-Oui, un restaurant gastronomique.
-Elle m'avait promis
la gérance, mais tout était faux.
-Et un lapin
comme sur ton tee-shirt !
-Ils n'ont jamais eu l'intention d'ouvrir ce restaurant ?
-Si, mais ça a foiré.
Il ne nous en a pas parlé,
ni à moi ni à sa femme. Quand je l'ai su,
j'ai pété un plomb.
Mais je l'ai pas tué.
-Elias a passé toute la soirée avec moi, il n'a pas bougé d'ici.
On l'a dit à la police.
-Parfait. Merci pour le temps
que vous nous avez consacré.
Venez, Awa, on y va.
Elias a un mobile, et son seul alibi,
c'est sa femme. C'est léger !
-J'ai vérifié, le téléphone d'Elias a borné toute la nuit au camping !
-Excuse-moi, je me suis laissé emporter.
-C'est exactement ce que je craignais.
-C'est-à-dire ?
-Tu sembles oublier que tu n'es plus procureur.
Laisse-moi enquêter !
Si tu comptes sur notre amitié...
-Mais enfin, je sais faire la part des choses, quand même !
-Pas moi. Le mélange des genres, ça n'a jamais été dans mes cordes !
-Je suis désolé, mais jamais je n'utiliserais notre amitié
à des fins professionnelles !
Parole de baveux.
-C'est censé me rassurer ?
-Tu as reçu le cadeau
pour Robin, au fait ?
-Oui, ce matin. Je te remercie.
-A temps pour le dîner,
parfait.
-Bon, laisse-moi.
J'ai une tonne de PV à rédiger et tes collègues ne laisseront passer
aucune erreur. -A ce soir.
Robin ?
-Antoine ? Ca va ?
-Joyeux anniversaire ! -Merci pour le cadeau.
C'est papa qui t'en a parlé ?
Dis, tu dînes toujours avec nous ?
-Oui, ta mère m'a dit 20 heures.
-Oui, c'est bien. Ah, papa.
-Attends-moi dans la voiture.
Deux minutes.
-A ce soir !
-J'ai les résultats des analyses du tee-shirt de ta cliente.
-C'est ta tête de content ou pas content ?
-Les paillettes matchent avec celles retrouvées dans la plaie
de la victime, elle a tué son mari.
-Merci de m'avoir prévenu. -J'emmène Robin au basket.
Ca te laisse 20mn avec elle avant que je la place en garde à vue.
-Merci.
Vraiment.
Dites-moi la vérité, sans ça je ne peux pas vous défendre
correctement. -Mais c'est la vérité.
Il était vivant quand je suis partie.
-Qui d'autre Lionel aurait-il pu se mettre à dos ? Vous avez
d'autres noms ?
-J'en sais rien.
La vérité, c'est qu'on ne se parlait quasi plus, avec Lionel.
On se croisait.
-Vous alliez vous séparer ?
-Pas du tout.
On ne faisait que bosser.
Mais il avait changé et je n'ai pas essayé de comprendre pourquoi.
On avait toujours été une équipe.
On s'est rencontrés il y a 15 ans, on était saisonniers
et on avait le même rêve :
avoir une affaire à nous deux. On a bossé dur,
on s'est endettés, mais on a réussi.
Parce qu'on était ensemble.
On a toujours tout fait ensemble.
-Et là, il vous cachait des choses.
-Après le Covid, on a cru qu'on allait perdre la paillote,
mais je pensais qu'on avait surmonté tout ça,
qu'on allait continuer à accomplir nos rêves.
Mais en fait, on était sur le point de tout perdre,
et je n'en savais rien.
Je sais que Lionel a fait ça pour me protéger,
il a toujours voulu me protéger, mais...
Mais s'il m'avait parlé,
si je l'avais aidé...
Finalement, j'ai l'impression que c'est moi qui l'ai laissé tomber.
-Maman,
la police est là.
-Ma grande,
va dans ta chambre s'il te plaît.
Lieutenant, accompagnez-la.
-Je reste avec ma mère. -Non, vas-y.
Vas-y, ma chérie.
Vas-y.
-Merci, Yasmine.
Vous êtes en garde à vue dans le cadre de l'homicide volontaire
sur Lionel Duprieur.
-Volontaire ? -Le rapport d'autopsie indique
que la victime a été frappée avec un objet contondant.
Ce n'est plus un accident, mais bien un meurtre.
-Bonjour, Basile.
Bonjour, Estelle.
-Je ne vois pas Mathilde tuer son mari sous le coup de la colère.
Elle est douce et posée. -L'un n'empêche pas l'autre.
-Je le dis depuis le début : elle l'a tué
et espère que vous l'innocenterez, même Camille est d'accord.
-Non, je dis juste qu'une femme aussi peut tuer.
-Il faut plaider la légitime défense
ou l'irresponsabilité.
-Si Mathilde était si maligne,
elle nous aurait aiguillés vers un bouc émissaire.
Tout la désigne. -C'est elle.
-C'est pas elle.
-Et le top à paillettes ?
-L'assassin l'a remis dans ses affaires pour la faire accuser.
-Mais qui ? -Un saisonnier ?
Lionel les traitait mal. Peut-être même
tous ensemble ? -Ils ont tous un alibi.
Ils faisaient la fête ensemble.
-On passe la soirée
avec eux, on va les faire parler.
-Parfait, continuez à creuser cette piste.
-Awa, si tu veux, tu peux...
Aïe !
-Je vais pas griller leur couverture, maître. Et puis
je suis déjà prise.
-Ah oui ?
T'as un "date"
avec ton code pénal ?
-Non, j'ai un "date" avec un SDF.
Je fais une maraude
avec le 115.
-Vous n'avez pas le monopole du coeur,
Mlle Moreau.
-"Au revoir."
-Au moins, elle a des références
que je comprends.
...
Carillon au loin.
Ah, quand même ! Je suis armé :
Châteauneuf de l'année de naissance
de Robin.
-Tentative de corruption ?
-C'est pour ta femme.
-Antoine, j'ai bien réfléchi : ça va pas être possible, ce dîner.
-Tu déconnes ? Qu'est-ce qui a changé depuis ce matin ?
-Ta cliente est en garde à vue pour meurtre,
je ne peux pas t'inviter chez moi.
-Mais c'est l'anniversaire de Robin, mon filleul !
-N'insiste pas. Robin comprend
la situation. On fera ce dîner
quand cette affaire sera terminée.
-Le principe d'un anniversaire, c'est que c'est à une date précise.
-Je suis désolé.
La porte claque.
Bribes de conversations.
-Hello !
Je vous ai manqué ?
T'as des beaux cheveux !
-Euh... Merci.
Où est Cléo ? -Avec Gaïa.
Les parents de Mathilde ne sont pas encore arrivés.
Pourquoi ? Elle te manque ?
Tu la kiffes ? -Trop pas.
-Mathilde l'utilise souvent comme baby-sitter.
Elle est payée double ?
-La lèche-cul ? Elle était prête à tout pour se rapprocher de Lionel.
-Il est persuadé que Cléo
se tapait Lionel, mais c'est du vent.
-T'es aveugle ? T'as jamais vu
les messes basses
et les regards en loucedé ?
-Il a pas tort.
-Elle a foutu la merde
entre Lionel et Elias, c'est pour ça qu'Elias a pété un plomb.
-Elias était sur Cléo ?
-Non, pas du tout.
-Ma théorie : Mathilde
a cramé que Lionel couchait avec Cléo
et elle l'a tué.
-Cléo aussi a pu tuer Lionel, alors.
-Non, Cléo gardait Gaïa,
et après elle nous a rejoints au bar, regarde.
-Pourquoi tu la défends tout le temps ?
-Faut pas accuser les gens à tort.
-C'est ça. Bon, vous en avez pas marre de la "glauquitude" ?
On fait la fête ou une enquête ?
-Ouais !
Nadia a raison !
Si on faisait un bain
de minuit ?
-Je valide !
Viens !
-On n'a pas le choix.
...
Choc. -La nuit
a été courte ?
-Oui.
J'ai mal aux cheveux.
-Des infos ? Des rumeurs ? Des bruits de couloir ?
-Oui : Lionel couchait avec une des saisonnières. Cléo.
-Une dispute qui a mal tourné ?
Mais Cléo était avec les autres au bar le soir du meurtre, non ?
-Oui.
On a des photos de la soirée.
-Regardez Cléo en début de soirée.
On voit le top
qui dépasse. -Vous reconnaissez ?
-Elle portait le top
à paillettes !
-Cléo fait souvent la baby-sitter.
-Elle avait accès aux vêtements de Mathilde.
-Après, on ne la voit plus.
-Elle a quitté la soirée ?
-On n'en sait pas plus, on a failli se faire griller.
C'est Awa qui s'y colle. -Bon boulot.
-Merci.
-Je croyais que l'avocat de Mathilde, c'était le bourge.
-C'est mon boss.
-Pourquoi ces questions sur Cléo ?
-On vérifie son alibi. Ca peut aider ta patronne
à sortir de garde à vue.
-Cléo nous a rejoints au bar, oui,
mais on n'est pas restées collées.
-A quelle heure ? -Je ne me souviens pas.
Elle n'avait plus de batterie : elle a utilisé ma batterie portable
pour charger son tél
pendant la soirée.
-Donc c'est toi qui avais son téléphone.
-Voilà. Bon, je dois y retourner.
-Ouais. Merci.
-Je t'ai dit que l'enquête, c'est mon domaine.
-Cléo portait le top à paillettes.
Et si son téléphone borne au bar, c'est parce que Nadia l'a gardé.
-Elle serait partie,
aurait tué Lionel et serait revenue ?
-Avec le top,
elle a fait accuser Mathilde. -Tout ça pour une histoire de cul ?
-Le cul, le pouvoir, l'argent... Tu dois lever la garde à vue.
-Je n'ai pas le choix.
Mais c'est moi qui enquête sur Cléo !
-Tu n'aurais pas dû me priver du dîner d'anniversaire.
-Je ne fais pas ça contre toi, Antoine, c'est mon devoir.
Je ne suis pas obtus, je suis les preuves, c'est tout !
-Moi aussi.
-T'as raison.
C'est plus facile quand on a des espions.
-Tu sais ?
-Evidemment ! Mais c'est légal, je ne peux rien faire.
Attention, tu joues avec le feu.
-Tu l'as dit : c'est légal.
-Au moindre pas de côté, je te tacle.
-Comme ça, là ?
-Fais le malin, oui.
-Quel enfoiré !
Il se tapait la baby-sitter !
-Vous n'avez rien vu ? -Et l'autre
qui m'a fait le coup de la gamine paumée qui avait perdu sa maman !
-Vous ne pouviez pas deviner. -Et je lui ai confié ma fille !
-Vous vous sentez trahie, mais dites-vous
que vous allez retrouver Gaïa.
-Oui, vous avez raison.
Merci, maître.
Gaïa !
Papa ! Maman !
Bon. Ma surprise a raté.
Maman ? Devine qui est rentrée à la maison.
Quoi, Gaïa n'est pas avec vous ?
Avec Cléo ?
OK. A tout de suite.
Gaïa est partie avec Cléo.
-C'était prévu ? -Non, ma mère dit
que Cléo est venue par surprise
pour lui changer les idées. -Appelez-la.
*-Bonjour, vous êtes bien... -Elle est sur messagerie.
-Il vaut mieux prévenir le commandant Vasquez.
-OK. Je vais me changer.
-Impossible de localiser Cléo.
Elles n'ont pas pu aller loin, les patrouilles ont leur signalement.
-Comment j'ai pu me laisser avoir ? -Cléo n'a aucune raison
de lui faire du mal.
-La scientifique a extrait du téléphone de Lionel des SMS
de Cléo lui mettant la pression pour qu'il vous parle. Ce soir-là,
elle devait le rejoindre.
-Ca confirme le mobile.
-Me Bellefond, y a un truc pas net. Faut que je vous montre.
J'ai passé en revue tous les mails de Lionel.
Ca date de 4 mois.
-Quatre mois. -On n'est pas remontés aussi loin.
-Lionel a fait comparer son ADN à celui de Cléo.
On s'est gourés.
-Ils sont pas amants, mais père et fille.
-Cléo est la fille de Lionel ?
-Elle et Gaïa sont demi-soeurs.
-Elles sont vers les calanques. -Mais Gaïa a peur de l'eau !
-On y va.
Appelle
les autres.
-Ca me fait peur.
Sirène.
...
-Elles sont là !
-On y va !
Allez !
-Non !
-Gaïa !
...
-J'ai réussi !
J'ai réussi !
Maman !
Tu vas pas le croire : j'ai sauté de tout là-haut !
-Mon amour...
-Vous êtes en garde à vue
pour l'enlèvement de Gaïa. -Je l'ai pas enlevée !
-Maman,
fais quelque chose !
Cliquetis.
-Allez.
-Je voulais aider Gaïa
à surmonter sa peur de l'eau...
avant de me rendre.
-Vous vouliez vous rendre ?
-Pour faire libérer Mathilde.
Je ne voulais pas vous faire du mal,
ni à vous ni à lui.
-Vous devriez garder le silence.
-Dis, tu permets ? Emmenez-la.
-Cléo !
Cléo ! -Ca va aller, ma chérie.
Ne t'inquiète pas pour elle.
-On retourne au poste, garde à vue. Tu t'occupes du procès-verbal ?
Allez. Allez, go !
-Qu'est-ce qui l'attend ? -Elle va être mise en examen.
-Pour Gaïa, je la crois. Elle n'a pas voulu lui faire du mal.
Après, avec Lionel, ce soir-là...
-Son casier est vierge. Ca ne semble pas prémédité.
-C'est qu'une gamine, sa vie est fichue.
Vous pourriez la défendre ? Je vous paierai.
-Non, je ne peux pas vous représenter toutes les deux.
-Mais c'est la fille de Lionel et la soeur de Gaïa.
Je dois l'aider.
-Tant que je suis
votre avocat... -OK. Vous êtes viré.
-L'avocat de Cléo Laroche est là ? -Tu me cherches ?
-C'est quoi, ce bordel ?
-Mathilde Leprieur m'a viré, maintenant qu'elle est
innocentée.
-Donc tu représentes Cléo ? -On me vire par la porte,
je reviens par la fenêtre. -Allez, viens.
-Avant de mourir, ma mère m'a dit qui était mon père.
Je crois qu'elle ne voulait pas que je me retrouve toute seule.
-Vous avez retrouvé Lionel et lui avez tout raconté.
-Il ignorait
qu'il avait une fille, alors je ne voulais pas arriver comme ça
et lui annoncer direct.
-Et il l'a pris comment quand vous lui avez dit ?
-Il a été très surpris.
Je lui ai dit que je voulais juste apprendre à le connaître.
-Vous vouliez surtout qu'il parle
à sa femme, on a tous les textos.
Regardez : tout est là.
-Au début, je voulais vraiment pas plus.
Et après, j'ai rencontré Gaïa et ça a tout changé.
C'est comme si, instinctivement, elle savait qu'on était soeurs.
Alors, j'ai eu envie de plus.
-Mais Lionel a refusé. -Pas du tout, il a promis
de me reconnaître.
-Alors pourquoi
il a changé d'avis ? -Il n'a pas changé d'avis.
Il m'a dit qu'il avait besoin de temps.
Mais je n'en pouvais plus d'attendre.
-Tu veux foutre en l'air ma vie ?!
C'est pas le moment !
-Ca fait quatre mois que tu me balades, je n'en peux plus !
-On est à deux doigts du divorce
avec Mathilde, je vais pas lui dire que j'ai une fille
sortie de nulle part ! -Tu m'avais promis !
-Fais pas ta gamine.
-Je vais lui dire moi-même.
-Tu vas rien lui dire !
-Arrête ! T'es dingue ou quoi ?!
Lionel, réveille-toi !
Papa...
Je regrette. Je sais que je n'aurais pas dû partir.
J'ai paniqué et...
-Vous avez quand même pensé
à remettre ce tee-shirt dans les affaires de Mathilde
pour la faire inculper.
-Elle va s'expliquer.
-Je l'ai lavé
et remis à sa place, comme toujours quand j'emprunte une fringue.
Et quand j'ai vu
que c'était ça qui la faisait accuser, j'ai voulu me rendre.
-Vous reconnaissez ça ?
Ce poivrier
est l'arme du crime.
Parce que ce n'est pas un accident.
-Ca s'est passé
comme je l'ai dit.
-Ce n'est pas ce que disent les preuves.
-Il me faut le rapport d'autopsie et l'analyse de la scène de crime.
-Bien sûr, la juge va t'envoyer
tout ça. -Ca va prendre des plombes !
-C'est la loi. -Tu ne peux pas prouver
qu'elle l'a frappé. Tu as des empreintes ? De l'ADN ?
-Cette fille a tué son père parce qu'il la rejetait, et ensuite
elle a fait accuser Mathilde Leprieur.
Elle aurait pu faire du mal à Gaïa.
-Cléo n'a pas le profil de la manipulatrice dont tu parles.
-Y a pas de profil, Antoine !
Tu sais très bien que n'importe qui peut devenir le pire des criminels.
Qu'est-ce qu'il y a ? T'as emménagé chez les Bisounours
depuis que t'es avocat ?
-Tu m'as appris qu'il ne fallait pas avoir de certitudes.
Rester objectif sans ignorer ses instincts.
Que s'est-il passé, Philippe ? -Trente ans de police.
-Arrête. Pas à moi, ça.
Il s'est passé quelque chose.
-Sophie Martel, violée dans son parking début janvier.
On a topé le gars,
mais son avocat l'a fait sortir pour vice de forme.
Comme on était en début d'année,
l'OPJ a écrit "2023" au lieu de "2024" : erreur de date.
Son client est libre.
-Il a récidivé ? -Un mois plus tard.
Et cette fois-ci, pour être sûr que sa victime ne l'identifie pas,
il la viole et la tue.
Fatima Messaouidi, infirmière, 40 ans,
totalement dévouée, deux mômes.
Toutes ces vies flinguées à cause d'une erreur de date.
Voilà ce qui s'est passé.
-Pourquoi tu m'as rien dit ?
-Parce que t'es devenu avocat.
-Cet avocat a fait
son boulot : les lois, la procédure sont faites pour protéger les gens.
-Va dire ça aux gosses de la victime.
-Moi aussi, j'ai eu ma Sophie Martel.
J'ai réalisé que si je voulais continuer à servir la justice,
je devais faire autrement pour éviter d'autres erreurs.
-Tu crois que je boucle le premier suspect qui me tombe sous la main,
c'est ça ?
-C'est ce que tu as fait avec Mathilde Duprieur,
et c'est ce que tu fais
avec Cléo Laroche.
-Laroche a avoué ! Elle minimise pour réduire sa peine !
T'es prêt à tout pour faire sortir
tes clients, toi aussi ?!
-25 ans d'amitié, et tout ce que tu vois de moi,
c'est un baveux. -Oui, peut-être.
Je comprends surtout qu'on n'est plus dans le même camp.
Voilà.
...
-Awa ?
-On vous écoute. *-Cléo a été mise
*en examen, demandez à la juge un accès aux pièces du dossier
au plus vite.
-Bien. *-Je dois jeter un oeil
à l'autopsie et à l'analyse de la scène de crime.
-Je m'en occupe.
*-Merci. -Voyez ? Ce n'était pas Mathilde.
-Les flics ont mal fait leur travail.
-Justement, Bellefond cherche
là où les flics ne peuvent pas chercher.
-Il est au courant que ses clients ne peuvent pas tous
être innocents ? -Jusqu'à preuve du contraire.
-S'il veut le rapport en urgence, c'est qu'il a une idée en tête.
-C'est pas gagné.
-Et voilà, une petite adresse
gouvernementale...
Si vous alliez vous chercher un verre à la cafète ?
-J'ai pas soif. -Toi,
tu vas récupérer les pièces,
et c'est pas réglo.
-T'es sérieux ?
T'es sérieuse, Camille ?
C'est n'importe quoi !
Elle claque la porte.
-Bonjour, Mélissa Kessous, greffière
du juge Auric.
Dites, on a un problème de mails.
M'en parlez pas ! Est-ce que ce serait possible
de me renvoyer le dossier Duprieur de toute urgence ?
Oui ? C'est possible ?
Vous avez de quoi noter ?
Alors c'est "v
"point auric arobase justice.fr".
Super.
Merci beaucoup. Bonne journée à vous aussi. Merci, au revoir.
-La classe.
-Bonsoir. Bonsoir, cher collègue.
Ca va ?
-Oui.
-Ben on dirait pas, hein.
-Tada !
-Le rapport d'autopsie
et l'analyse de la scène du crime ?
Mais comment vous... Non, je préfère ne pas savoir.
Je comprends mieux
l'ambiance qui règne ici.
La porte claque.
-Bon, on va y aller. -Bonne soirée, professeur.
-A DEMAIN.
...
-Oui ?
...
Choc.
-Quelle tête !
-Merci, Camille. -Ca sent le...
Ca sent le travail, ici.
-Merci. Awa ? Une réflexion ?
-Vous avez dit que c'était urgent. Alors ?
-J'ai parlé avec un ami expert en projections de sang.
-Chacun ses hobbys.
-Regardez.
Ces gouttes de sang bien rondes
sont tombées à la verticale.
-Donc la victime
était debout ?
-De plus on a trouvé des traces de paillettes sur la main
et sur la plaie.
-Lionel s'est touché la tête.
Donc il n'était pas mort après sa chute.
-OK, donc Cléo
pousse Lionel, qui heurte la table. Elle le croit mort, donc elle fuit.
-Lionel se relève,
et il se fait fracasser le crâne avec un poivrier.
-Oui. Il faut savoir qui était au Cocoon ce soir-là,
et qui lui en voulait.
-Je reprends tout à zéro : les mails,
la compta, tout. -On va passer
son bureau au crible.
-Peut-être
un concurrent ?
-Oui, enquêtez sur les restaurateurs.
Je file au Cocoon.
Awa, on y va.
-Vous aviez des différends
avec Lionel Duprieur ? -Pas du tout.
-Et vous n'avez rien vu ce soir-là ?
-Non, rien du tout. -Merci, bonne journée.
-Bonjour. Vous le connaissez ?
-Oui. -Vous avez eu des différends ?
-Non, on est tous très solidaires.
-Aucune idée... -Non. Allez voir à côté.
-OK. -Bonne journée.
-Bonjour. -Bonjour.
-Vous aviez des problèmes avec Lionel Duprieur ?
-Non.
-Et avec sa femme, ça se passe bien ?
-On sera toujours là pour Mathilde.
-Merci beaucoup.
-Et vous aviez des problèmes
avec les autres restaurateurs ? -Non.
Vraiment, je ne vois pas. Vous savez, après le Covid,
on s'est serré les coudes. -Les flics ont embarqué l'ordi.
Il ne reste que la paperasse et cet appareil photo.
-C'est pour le site Internet.
-Y a des gens qui veulent vous parler, ça a l'air sérieux.
-Madame Duprieur, inspection du travail.
On vient vérifier tous les contrats de travail.
-Oui.
Suivez-moi.
-Généralement, vous intervenez
sur dénonciation, non ?
-Ou par contrôle aléatoire.
-Et là ? -Vous êtes qui exactement ?
-Maître Bellefond.
-Vous nous attendiez ?
-Non, je suis pénaliste. Vous savez que son mari a été
victime d'un meurtre.
-Je sais, on tombe mal. La dénonciation a été faite
il y a deux mois, on n'a pas pu
intervenir plus tôt.
-Voilà, Lionel était organisé : il y a un dossier
pour chaque employé, avec fiches de paie et emplois du temps.
-Il en manque un : d'après l'URSSAF,
un certain Elias Mae a travaillé ici.
-Oui,
c'est bizarre.
Comme il est parti, peut-être que Lionel a mis son dossier chez nous.
Je vais chercher ?
-Oui, s'il vous plaît.
-C'est une dénonciation anonyme.
Quelqu'un vous en voulait forcément.
-Je ne suis plus sûre de rien.
Mais vu comment gérait Lionel...
Mais vous savez quoi ? Je vais me battre.
-Y a pas grand-chose
d'intéressant.
-Nouvelle hypothèse :
le dénonciateur anonyme et le tueur ne font qu'un.
-Sa dénonciation restant sans effet,
il s'en serait pris
directement à Lionel ?
-Alors, c'est pas un restaurateur, ils sont solidaires.
-D'ailleurs, aucun n'a voulu embaucher Elias.
-C'est que le mec risque de péter les plombs en plein rush.
-Elias a un alibi
vérifié par la police.
-Anton !
Il n'arrête pas de se plaindre des conditions de travail !
-Venez voir.
-Philippe ?
Qu'est-ce que tu fais là ?
-Quelqu'un s'est fait passer pour la secrétaire de la juge,
et l'appel provient de ce bureau.
Usurpation d'identité,
secret de l'instruction, ça vous parle ? Non !
Quelqu'un se dénonce ?
Alors ?!
-C'est moi.
-Très bien.
Mademoiselle, suivez-nous. Lieutenant...
Merci.
-Philippe, attends !
-Attendre quoi ?
Les lois sont faites
pour protéger, non ? Eh bien,
je protège. -Ecoute, elle a pris...
-Je t'avais dit qu'au premier pas de côté,
je te taclerais. On y va !
-Maître, l'imprimante !
L'imprimante !
-Faites quelque chose.
-Je parlerai à Philippe, il finira par revenir à la raison.
-Pardon, mais c'est le flic qui a raison.
Camille le sait.
-Elle a fait ça pour aider Cléo !
-On ne va pas la laisser tomber.
Philippe est un peu impulsif,
laissons-lui un peu de temps.
-Il semblait pourtant sûr de lui.
-Si on trouve le vrai coupable et qu'on lui amène, ça le calmera.
Pourquoi Camille
attirait-elle notre attention vers l'imprimante ?
Regardez. Les photos.
-C'est quoi ?
C'était dans la carte mémoire de l'appareil photo ?
-C'est qui ? -Alouche et son amant.
Lionel avait découvert
le secret du pêcheur.
-Il a pu
le faire chanter.
-Son silence contre l'effacement de sa dette. Ca fait un mobile.
-Je m'en occupe. Lucas, allez parler à cet Anton
de cette dénonciation anonyme.
Moi, je vais voir Alouche.
-Tu t'occuperas de récupérer le bateau.
-OK. -Super.
Faut que je te laisse.
-Lionel était au courant de votre liaison.
-Pas du tout.
-Je crois même
que vous avez effacé sa dette pour qu'il se taise.
Il vous tenait ! -Non, il a payé.
Et pour ce qui est de ma double vie, il n'était pas au courant.
-Pourtant il a pris ces photos.
-Tout à l'heure... -Tu me prends pour une balance ?
-Tu te plains sans arrêt des conditions de travail.
-C'est vrai.
Mais j'ai besoin de ce taf, je serais pas allé balancer.
-Lui et Camille
bossent pour l'avocat.
-Quoi ? -Attends...
-T'es qui, en fait ?
-Désolé, on cherche juste
à trouver le bon coupable. -Et donc ?
-Je veux savoir qui a dénoncé. -C'est moi qui ai balancé.
Ce qui s'est passé
avec Elias, c'est dégueulasse.
-Vous étiez proches ?
-Pas plus que ça,
mais Elias a fait beaucoup pour le resto et, du jour au lendemain,
il n'avait plus rien. -Et t'as eu l'idée du contrôle.
-Je lui ai dit d'aller aux prud'hommes.
Il a fini par s'y résoudre. -D'où le dossier disparu.
Tu lui as donné ?
-Quel dossier ? Je l'ai pas revu depuis.
-Allez, c'est bon.
-Vous aviez un mobile et vous étiez sur la plage
le soir du crime.
-Je n'ai pas tué Lionel. Mais je pense savoir qui l'a fait.
-Ah bon ? Je vous écoute.
-Si je parle, il dira tout à ma famille.
-Comment ça ? -Le soir du meurtre,
je suis tombé nez à nez avec Elias.
Il sortait du Cocoon.
-Elias...
-Où avez-vous trouvé ça ?
-Nadia vous a dit
qu'elle a fait une dénonciation anonyme à l'inspection du travail,
mais rien ne se passe.
Deux mois, et aucun contrôle. Rien.
Alors vous décidez d'attaquer
les Duprieur aux prud'hommes.
Vous avez besoin de preuves
pour vos heures non payées.
-Vous êtes retourné
au Cocoon pour récupérer ce dossier.
Alouche vous a vu ce soir-là,
vous l'avez même menacé de tout dire à sa femme s'il parlait.
Non ?
-On sait que vous n'y êtes pas allé
pour le tuer, ce n'était pas prémédité.
Que s'est-il passé ?
-J'étais en train de fouiller
quand Lionel et Cléo sont arrivés. Je me suis caché dans la cuisine.
-Vous les avez entendus se disputer.
-C'est parti en vrille. Lionel a empoigné Cléo,
elle l'a repoussé, il est tombé. Elle a cru qu'il était mort.
-Paniquée, elle s'est enfuie.
Mais pas vous.
-Oh putain... Lionel ! Merde...
Lionel !
Tu m'entends ? Ca va ?
-Qu'est-ce que tu fous là ? -Faut appeler les secours.
Tu pisses le sang.
-Me touche pas ! C'est un coup monté ?
Tu viens finir le boulot ? -Mais qu'est-ce que tu racontes ?
Tu sais quoi ? Démerde-toi.
Je suis trop con de m'inquiéter pour toi après ce que tu m'as fait.
-Qu'est-ce que je t'ai fait ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?!
Je t'ai formé, je t'ai appris le métier !
Je comptais sur toi et tu m'as lâché.
-Tu te fous de ma gueule ?
Tu nous exploites jusqu'à l'épuisement et tu nous lâches
comme des merdes !
-C'est de ma faute si t'as craqué ? Tu tiens pas la pression !
T'es pas fait pour ce métier ! Alors oui, c'est de ma faute.
J'ai cru en toi, mais t'as pas ce qu'il faut. Regarde-toi.
Regarde-toi !
T'es un incapable ! Un bon à rien !
-Merde... Merde, merde !
Je suis pas un bon à rien.
Des heures et des heures passées dans ce putain de resto pour rien.
Aucune reconnaissance.
Aucune excuse de sa part.
Il m'a brisé et, à l'écouter, c'était de ma faute.
Je voulais qu'il se taise. -Vous étiez déjà dans un état
psychologique fragile, en plein burn-out.
Il vous a poussé à bout.
-Mais vous avez couvert vos traces,
effacé vos empreintes, demandé
à votre compagne de mentir... -J'aurais dû faire quoi ?
Il voulait juste
récupérer ce dossier.
Il l'a fait pour Alex et pour moi.
Alors oui, je l'ai couvert.
Vous auriez fait quoi à ma place ?
-Laissez-la en dehors de tout ça.
Elle n'y est pour rien.
Je suis le seul fautif.
-En effet.
...
-Ca va ? -Oui.
-Tu m'as manqué.
-Je pensais pas dire ça un jour,
mais je suis contente que tu sois libre.
Te voilà avec un casier.
On peut faire quelque chose ? -Ca va,
Vasquez a levé les charges.
-Sympa, le Fifi.
-Il m'a quand même fait la morale :
"Si tu veux enquêter, fais pas avocat, mais plutôt flic
"à la cyber..."
Blablabla. -Il n'a pas tort.
-J'ai tendance à vous pousser
à vous dépasser, mais désormais, plus rien d'illégal !
Compris ?
-Oui, maître.
-Bon, allez-y, ne m'attendez pas.
-Au revoir, patron !
-Au revoir, Vasseur !
Evite de me faire ta danse de victoire.
-Il paraît pourtant que je me suis amélioré.
-Tu veux quoi ?
-Deux choses.
D'abord, te remercier
pour Camille. Sincèrement.
-D'accord. Et la deuxième ?
-Toi et moi, on n'est plus dans le même camp.
Mais toi comme moi,
on veut la même chose : arrêter les vrais coupables.
-D'accord, Antoine.
Mais le jour où ton client sera vraiment coupable,
alors quoi ?
Là aussi, la fin justifiera les moyens ?
-Ca fait partie du métier. Chacun a droit à une défense.
-Oui, je sais.
Désolé, je te l'ai déjà dit : je ne suis pas à l'aise avec...
-Le fait que je sois devenu avocat, j'ai compris. Mais c'est gérable.
-Non. Pas pour moi.
On est entiers, toi et moi.
Quand on bossait ensemble, c'était parfait, mais...
-Mais plus maintenant.
-Je crois qu'on n'a plus grand-chose à faire ensemble
et même plus rien à se dire.
...
-Vous êtes encore là ?
-On n'était pas sûrs de ce qui allait se passer entre vous.
Alors ?
Désolé, professeur. -Mon pire souvenir
d'enfance, c'est une rupture amicale. Quand j'y repense,
ça me fait un pincement au coeur.
-T'as un coeur, toi ? -Je savais qu'en devenant avocat,
des amis me tourneraient le dos.
Philippe est le premier. J'en perdrai sûrement d'autres.
-Mais on s'en fait aussi d'autres
sur le chemin.
...
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