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Original subtitles

Va-t'en.

- Va-t'en. - Non, je reste avec vous.

Quelqu'un doit raconter ce qu'on a vécu, Manuel.

Va-t'en.

C'est la dernière fois que je l'ai vu,

il y a 50 ans, une journée noire,

tout aussi sourde que tragique,

poreuse, incomplète.

Pour certains, c'était un marxiste fanatique,

pour d'autres, le premier révolutionnaire

qui accédait au statut de président d'un pays de manière démocratique.

Pour moi, c'était...

Pour moi, Allende était bien des choses.

J'ai du mal à me souvenir de ce jour-là.

Comme la plupart des jeunes de l'époque,

j'ai vieilli d'un seul coup.

Je suis Espagnol, s'il vous plaît...

Va-t'en, allez.

J'arrivais en Espagne deux semaines plus tard.

J'ai survécu. Et je suis là pour le raconter.

- Bonjour, entrez. - Merci. Bonjour.

- Manuel Ruiz... - L'étudiant espagnol ?

- Oui. - Suivez-moi.

- Merci. - Attendez.

Je n'aime pas ce slogan, il est mièvre.

Il faut parler au peuple de manière directe, tu vois.

Venez avec moi.

- Il arrive, d'accord ? - Merci.

Personne n'aurait cru que ce père

de famille affectueux serait

la nouvelle bête noire des Etats-Unis.

Oncle Joe parlait castillan, vous le saviez ?

Il a dû apprendre en travaillant d'aide-cuisinier

sur un bateau argentin.

Imaginez la scène.

- Salvador Allende. - Manuel Ruiz, enchanté.

On m'a dit que vous vouliez m'interviewer.

Oui. Je fais ma thèse de doctorat

sur les campagnes électorales de gauche au Chili à partir de 1952.

Ca alors. Vous avez face à vous un expert sur le sujet.

Je ferai l'interview, mais après les élections.

Je pars vers le sud.

Dans 30 jours, ça vous va ?

Laissez-moi vous accompagner.

Pardon ?

Pour moi, ce serait...

Ce serait un honneur et une grande chance

de pouvoir observer sans intermédiaires

le processus de transformation

que vous souhaitez implanter au Chili,

et baser ma thèse sur du direct et non pas sur des statistiques.

Etre témoin de l'histoire.

Il tiendra ?

C'est peu probable.

Comment savoir si ce n'est pas un espion facho ?

Tati...

C'est déjà arrivé.

Je ne suis pas un fasciste, Mademoiselle.

Et un espion ?

Non, je ne fume pas, merci.

J'en ai.

Le briquet, c'est pour allumer les dames, j'imagine.

Un vrai gentleman.

Non, il était à mon père.

Il était dans le 5e Régiment durant la guerre civile.

Des gens très courageux, batailleurs.

Voilà ce qu'on va faire.

Vous venez avec nous.

Mais si vous craquez, vous rentrez chez vous et je garde

votre briquet.

Tes racines te manquent ?

Ma mère.

Quand elle a su que j'allais au Chili

et que je rejoignais les socialistes,

elle croyait que j'allais me faire fusiller, comme en Espagne.

Toute mère a une attitude exagérée.

C'est un long voyage.

Au travail.

- Santé. - Santé.

- Madame ? - Oui ?

Je peux l'interviewer ?

Pas maintenant, plus tard.

Nous voulons un gouvernement populaire

qui encourage les changements sociaux,

économiques et institutionnels nécessaires

pour céder le pouvoir

des classes dominantes,

et profiteuses aux ouvriers, aux travailleurs,

aux paysans et aux classes moyennes progressistes.

Ruiz.

Ruiz.

On est sur le point d'arriver à Valdivia,

le docteur est libre. Tu veux l'interviewer ?

- Bien sûr. - Suis-moi.

C'est parfait.

Tout va bien ?

Excusez-moi.

Assieds-toi là.

Je vais te poser une question.

Que penses-tu de l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 ?

Je crois que ce fut une erreur...

une énorme erreur

des Soviétiques.

Le socialisme avec un visage humain était une opportunité, Docteur.

Très bien.

Maintenant, pose-moi une question,

mais comme si c'était la dernière que tu pouvais poser.

Surprends-moi.

Que ferez-vous si vous perdez pour la 4e fois ?

Ca va ? Docteur ?

Docteur, Docteur.

Docteur. Madame, Madame...

Un médecin, s'il vous plaît. Appelez un médecin.

J'ai été convaincant ?

L'Espagnol... Pour te remettre de tes émotions.

Pour les émotions, oui, pour la santé, pas sûr.

Le docteur ne fait ça qu'aux gens qu'il aime bien.

C'est un honneur.

Santé.

Mais bon sang.

Je vous lis les articles dans le journal El Mercurio.

C'est dingue.

"Mamans chiliennes,

"voudriez-vous que vos fils portent une mitraillette

"au lieu d'un syllabaire ? C'est ce qui vous attend

"si le communisme triomphe." Ecoutez celui-là.

"Vierge del Carmen, reine et sainte patronne du Chili,

"libère-nous du communisme athée. Amen."

De vrais perroquets.

Ce sont les arguments

de la conspiration internationale communiste de 1950.

Ne vous en faites pas, camarades.

Même si les Momios agitent leur plume sur ce journal,

demain ce bout de papier sera sur un marché autour d'un poisson.

C'est possible.

Jorquera,

c'est qui, les Momios ?

Les momios ?

Si tu savais, mon petit...

Tu le sauras bien vite.

Les Chiliens utilisent des surnoms pour tout.

Appeler momios les gens de droite était une preuve de leur génie.

Il s'agissait des hommes haut placés et des chefs d'entreprise,

et comme les momies, ils n'avaient pas de sang

dans leurs veines.

C'était le Parti national.

Ceux de la Démocratie chrétienne, on les appelait les dévots.

Un parti dur à déchiffrer et encore plus dans cette histoire.

Il était très présent

surtout chez la classe moyenne et même populaire.

Ses leaders allaient à la messe dominicale

et étaient de bonne famille.

Et comme dans toute bonne famille,

ils étaient toujours fâchés.

Et enfin, l'Unité populaire, ou les Upelientos,

comme les appelaient la droite,

regroupait socialistes, communistes et d'autres partis plus petits.

Après des décennies de travail, Allende était enfin

arrivé à unir la gauche.

Ou c'est ce que l'on croyait.

Avec 301 245 votes dépouillés

qui correspondent à 10,6 %

du total des suffrages recensés,

Radomiro Tomic Romero, 28,2 %.

Jorge Alessandri Rodriguez, 36,0 % des votes.

Salvador Allende Gossens, 35,9 % des votes.

Il faut voir ce que dit la DC.

Pour quoi faire ?

Il doit y avoir une de ces queues.

Oui, mais il faut qu'on reste calme pour l'instant.

Non.

Il reste encore beaucoup de votes à dépouiller

et tu as fait ce qu'il fallait faire. Reste calme.

Et dans tous les cas, on sera là, les filles et moi.

Tu crois que si je perds,

je pourrai à nouveau me présenter pour 1976 ?

Pour la cinquième fois ?

Même pas en rêve.

Notre vie est une campagne électorale.

Non, ça suffit.

Les citoyens se réunissent devant la fontaine, place Bulnes,

comme le veut la tradition.

Les gagnants espèrent se jeter dans la fontaine, mais...

Dans les élections précédentes,

à cette heure-là, on avait déjà perdu.

J'avais mangé pour deux semaines.

Si c'est long, c'est bon signe.

Certaines chaînes annoncent Alessandri comme vainqueur.

La droite se réjouit toujours trop vite.

C'est un tic qu'ils ont, ces cons.

Vous croyez quoi,

qu'ils vont crier la victoire de Lopez ?

Excusez-moi.

Je viens de finir une analyse statistique

où j'ai fait coïncider les résultats des élections passées,

ville par ville, région par région,

et si ça continue comme ça...

Pardon, pas de prédictions au hasard, s'il vous plaît.

Les résultats vont tomber.

José, laisse-le parler, s'il te plaît.

Manuel, explique-nous comment ça fonctionne.

Pardon.

J'ai utilisé les données des élections

depuis 1952 et j'ai pu calculer

comment s'étaient comportés

les électeurs des trois candidats.

Et à partir de cette analyse prédictive,

j'ai pu construire avec une fiabilité très élevée...

Excusez-moi.

Ca veut dire quoi tout ça ?

- Qu'Allende va gagner. - Tu en es sûr ?

C'est fort probable.

Les statistiques, par définition,

sont un calcul de probabilités.

Ecoute, Manuel,

si c'est vrai, tu seras

mon conseiller présidentiel.

Santé.

Avec 1 319 879 des votes dépouillés

qui correspondent à 44,6 %

de la totalité des suffrages émis,

Radomiro Tomic Romero, 28,1 % des votes.

Jorge Alessandri Rodriguez, 35,7 % des votes.

Salvador Allende Gossens, 36,3 % des votes.

Je n'y serais jamais arrivé sans toi, ma chérie.

Camarade !

Hourra pour notre président Allende !

Hourra !

On le sent, on le sent, Allende est président !

On le sent, on le sent, Allende est président !

On le sent, on le sent...

Du calme, Patricio, tu me stresses.

Je ne peux pas me calmer,

le Parti socialiste, l'extrême gauche,

va s'asseoir ici !

Allende a atteint la majorité à quelques votes près.

Une poignée de votes.

Pour être président,

le Conseil doit le ratifier,

il lui manque des votes pour ça.

- Enormément de votes. - Et comme par hasard,

il s'agit de nos votes.

Mais...

- Président ? - Oui ?

Les journalistes veulent vous parler.

Je ne fais aucune déclaration.

Ils demandent pour les tanks. Je leur dis quoi ?

Rien du tout, et appelez le Général Valenzuela.

D'accord.

L'armée dit que des tanks vont vers La Moneda.

C'est pour garantir l'ordre, dit le ministre.

- Il faut sortir dans les rues. - Non.

Pas avant l'annonce officielle.

Je crois qu'il faut sortir dans la rue,

dire qu'on a gagné.

Elle a raison !

- Sortons. - Appelle Valenzuela.

- C'est fait. - Réessaye.

C'était si beau. Ils n'allaient pas nous laisser gagner.

La gauche ne prendra pas le pouvoir par cette voie-là.

Il est en ligne.

Allô ? Bonsoir, Général.

Oui, Salvador Allende.

Bonsoir.

Général, vous devez laisser nos partisans

sortir dans les rues pour célébrer la victoire.

Je comprends.

Oui, c'est très clair.

Merci beaucoup. Bonsoir.

Je peux vous dire en toute sérénité qu'on a gagné.

Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

Le peuple uni

ne sera jamais vaincu !

Si j'ai pu supporter la défaite passée,

aujourd'hui, très humblement, j'accepte ce triomphe

que je dois au peuple chilien,

qui entrera avec moi à La Moneda

le 4 novembre prochain.

Je déclare solennellement que je respecterai les droits

de tous les Chiliens.

Mais je veux aussi que vous sachiez, qu'à mon arrivée à La Moneda,

peuple et gouvernement unis,

nous accomplirons notre promesse historique

où nous avons juré de mettre en place

le programme de l'Unité populaire.

Je crois

en l'honnêteté,

en une attitude héroïque de tout homme et toute femme

qui a rendu possible cette victoire.

Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

Le peuple uni ne sera jamais vaincu !

La Révolution,

ce n'est pas détruire, mais construire.

Ce n'est pas anéantir, mais bâtir.

Et le peuple chilien est prêt

pour cette énorme tâche.

En cet instant de ferveur,

je m'engage au nom de ma conscience

et du peuple chilien,

acteur fondamental de cette victoire,

à être totalement fidèle

dans cette tâche commune et collective.

Comme je l'ai dit,

mon unique but est d'être pour vous

votre compagnon président.

Allende ! Allende !

Par ici, Sénateur.

Il faut que l'opinion publique comprenne

qu'Allende n'est pas président.

Si les démocrates...

Mais quel connard...

le résultat serait différent.

Ils disent qu'on n'a pas gagné, que ce n'est qu'une majorité,

qu'Allende a une majorité relative.

Sur cette page, que les patrons

vont retirer l'argent des banques,

la débâcle économique...

Une campagne de terreur.

Et tout ça depuis La Moneda, c'est incroyable.

On a gagné, le reste, c'est une formalité.

Ils ont déjà refusé d'en ratifier un ?

Jamais.

La fumée m'empêche de penser.

Frei doit arrêter de jouer à cache-cache.

Il n'a même pas appelé pour te féliciter.

Il doit avoir perdu la voix

à force de râler ?

Une question. La DC peut s'allier avec la droite

pour voter pour Alessandri au Congrès ?

- La Constitution le permet. - Ca ne serait pas la majorité.

Ca n'est jamais arrivé. Ce serait un scandale.

On a toujours respecté le résultat des candidats

qui obtiennent la majorité. Toujours.

Il faut convoquer le président en public.

On ne résout pas tout en faisant passer les gens face à la presse.

Qu'on le veuille ou non,

il faut passer un accord avec la Démocratie chrétienne.

Mais sans toucher un mot du programme.

Pas besoin.

Il faut parler avec la personne la plus proche de la DC.

Radomiro Tomic.

Pardon.

L'agenda du jour.

Oui.

Sénateur Allende,

la victoire du communisme est la vôtre ?

Non.

C'est la défaite de l'impérialisme et le triomphe du peuple.

L'échec du président Frei ?

Je n'aime pas le mot échec.

Les réformes étaient trop souples,

mais nous pensons que la Démocratie chrétienne

va nous soutenir et sera cohérente

avec le programme de son candidat, Radomiro Tomic.

Le Chili sera-t-il le nouveau Cuba après cette victoire,

monsieur Allende ?

Monsieur,

je vous invite à rendre visite aux gens à dix minutes de La Moneda.

Vous découvrirez des milliers de Chiliens

qui vivent dans l'immondice.

Demandez-leur

ce qu'ils mangent, et combien d'heures

ils attendent avant qu'on les soigne à l'hôpital.

Vous croyez que les Chiliens peuvent se mettre d'accord ?

Bonne question.

Ce qui nous unit, nous les Chiliens,

ce sont les empanadas et le vin rouge.

Radomiro Tomic est avec nous.

Mon cher...

Je suis là pour saluer un ami.

Un ami de longue date.

Je viens saluer le président élu par le Chili.

Radomiro,

c'est la bénédiction de la DC pour le président ?

Il me faut plus qu'une accolade pour être président du Chili.

Nos programmes se ressemblent.

La Démocratie chrétienne va te soutenir,

mais tu dois voir avec Frei.

- Tu dois gagner sa confiance. - Oui...

En politique, rien n'est simple.

Tu fais un pas et il faut déjà penser au suivant.

Allende savait que le soutien de Tomic ne suffisait pas.

Pour obtenir la ratification du Conseil,

il fallait ouvrir le dialogue politique

avec le secteur le plus conservateur de la Démocratie chrétienne.

Il fallait Patricio Aylwin,

l'un des sénateurs les plus influents la DC.

C'est curieux, il n'est jamais là.

Bref, j'espère que j'aurai plus de chance à l'avenir.

Dites-lui que je suis venu le voir, d'accord ?

- A bientôt. - A bientôt.

Il vous évite.

Il était peut-être en train de prier.

Que fait-on, Docteur ?

On va parler au roi de la jungle au lieu des singes.

J'espère que quand ils parlent de nous,

vous n'êtes pas Tarzan et moi le singe.

Vous ne pouvez pas être un singe, José. Une girafe, oui,

un lévrier,

un chat égyptien.

Mais un singe, jamais.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu as faim ? Tiens, regarde.

C'est délicieux.

Et si le pays tombait dans un abîme économique, social

et politique ?

Je ne doute pas des bonnes intentions du sénateur Allende.

Mais contrôlera-t-il sa coalition ?

Vous avez entendu le sénateur Altamirano ?

Pour être franc, je ne sais pas.

Monsieur le Président,

je peux vous assurer,

indépendamment du scénario politique,

que les Forces armées et de l'ordre

seront toujours, et uniquement, du côté de la Constitution.

Je me réjouis que vous connaissiez votre rôle, Schneider.

Mais face à une telle responsabilité,

j'espère que vous serez tous à la hauteur,

et sans verser une larme.

Je mentirais si j'affirmais

qu'Allende les avait croisés ce jour-là.

Mais ce dont on était tous sûrs,

c'est que le commandant en chef de l'Armée, le Général Schneider,

et son adjoint, le général Prats, constituait un mur

sur lequel rebondissaient les rêves des Américains

et des entrepreneurs chiliens

de vaincre Allende avant même qu'il ne soit président.

Tu sais ce que je préfère

dans ces romans de cow-boys, Eduardo ?

Tu sais que tu parles

au président de la République, Salvador ?

Je t'ai appelé Eduardo,

pas Lalo.

Ce que je préfère, c'est qu'on sait dès le début

qui sont les gentils et qui sont

les méchants.

Et vous, Monsieur le Président,

vous êtes dans quel camp ?

La réalité est bien plus complexe,

tu ne crois pas ?

Et pour répondre à ta question, je suis toujours dans le même camp,

je pense au bien commun

de ce pays.

Alors, on est dans le même camp.

Pour moi, c'est un échec que tu prennes ma place.

Tu comprends ça ?

Ce serait une véritable honte

de voir le leader de la jeune patrie

aller à l'encontre du peuple chilien.

Ta carte démocratique, à la poubelle, Eduardo.

Je t'en prie.

Les communistes d'Amérique latine

soutiennent toutes les dictatures de l'Europe de l'Est.

Ce sont des pantins de Moscou.

Ce qui est en jeu ici,

ce sont 150 ans de liberté de ce pays,

ce qui n'est pas rien, Salvador.

On est amis depuis des années, Eduardo.

Si ce n'est pas suffisant pour te démontrer mon respect

face à la légalité et la démocratie,

je te demande de manière franche et directe

quelles conditions permettraient d'obtenir

un accord avec ton parti au Congrès ?

Des conditions que tu ne pourras pas assumer, même avec des promesses.

Je te propose un accord.

Un pacte.

Vous avez tout refusé de mon gouvernement.

La DC ne fait pas de pacte avec les marxistes.

Et les marxistes ne font pas de pacte avec la DC.

Mais on peut tout arranger,

en parlant calmement,

entre démocrates.

Le programme de l'Unité populaire est similaire à celui de la DC.

D'où ce désastre.

Si je cède,

c'est pour l'amitié que j'ai pour toi.

Et pas pour respecter le choix des Chiliens ?

Mon ami, je vais faire pour ce pays

ce que tu n'as pas pu faire.

Et tu seras fier.

Général Carlos Prats...

Tu ne salues pas ton ancien compagnon d'armes ?

Un ancien compagnon séditieux.

Schneider est fou.

Tu as encore ton honneur.

Un communiste comme président ?

Que sais-tu de l'honneur, Viaux ?

Parlons autour d'un verre, d'accord ?

Si c'est une invitation formelle, envoie une lettre à ma secrétaire.

Si elle est privée,

non merci.

Fais attention.

Il y a beaucoup de gens au-dessus de nous.

Bonne continuation.

Tu en veux d'autres ?

Regarde, Carlos. Tiens.

Je crois que ça pourrait t'intéresser.

Pour Sofia et pour toi. Avec Carolina, on a les nôtres.

Je croyais que c'était d'ordre professionnel.

Tu es inquiet ?

Il a...

commencé à lancer

des conspirations en l'air.

Si quelqu'un l'écoute...

Ne t'en fais pas.

Viaux a toujours été fou.

J'espère que ça va se calmer.

On n'est pas n'importe qui.

On est la démocratie la plus stable d'Amérique latine

et ça va continuer comme ça.

Tout est un peu fou, mais tu verras, ça va s'arranger.

Oui, tu as raison.

Merci, René. J'adore Dvorak.

Oui, je sais.

C'est ce qu'il nous fallait !

Alors, personne ne danse ici ?

Allez !

Allez, Carlitos, viens !

Quelqu'un,

on ne sait pas bien qui, a inventé le Cuba libre,

et moi, je viens d'inventer la version locale,

le Chili libre d'Allende.

Mais il faut quelqu'un de courageux pour le goûter, Général ?

Et les gens comme Frei,

je ne sais pas si...

Voyons si les jeunes ont du cran.

Bien sûr.

On est prêts à donner notre vie pour la patrie.

- A la liberté ! - Mon amour.

- Santé. - Messieurs.

Général.

On peut faire confiance à ce clown?

Il n'est pas trop jeune?

Le chef dit que c'est notre homme.

On verra bien.

- Messieurs. - Général.

- Bonsoir. - Bonsoir.

On a un cadeau pour toi.

Si tout va bien, les papiers verts seront chez toi demain.

Merci beaucoup.

Et une invitation pour découvrir Miami.

Je voudrais la Californie.

J'ai toujours voulu connaître Hollywood.

- Santé. - Santé.

Je ne sais pas comment ils peuvent faire des plans si méprisables.

C'est comme un coup d'Etat.

Oui, le jeu de la dame.

- Tu aimes les échecs ? - Oui.

Docteur, il y a une tache sur votre cravate.

Zut, je me suis taché.

Je vais me changer.

- Vive le Chili libre ! - Marxistes de merde !

Les Carabineros échangeaient de poste.

Foutaises.

C'est le ministre qui le dit, Tati.

Vous ne voyez pas ?

Quoi ?

On renforce la sécurité.

Merci.

On ne peut pas leur faire confiance.

- Ils ne vont pas tuer ton père. - Peut-être pas eux,

mais d'autres, si.

Arrête de te faire des films.

Et toi, ne sois pas si naïve.

S'il vous plaît, arrêtez.

C'est une information importante, je le sais.

Laisse-moi arranger ça.

Si le Perro était là, il dirait de dénoncer l'attentat à la presse.

Je suis d'accord.

Demandons aux Cubains, ils s'y connaissent en sécurité.

On a une équipe préparée pour ça.

- Qui, Tati ? - Le MIR, le PS.

La garde prétorienne, non.

C'est une mauvaise idée, Tati.

On les laisse nous voler la démocratie,

comme en Espagne ?

Le MIR, ce sont des clandestins. Ca prouverait quoi à la DC ?

Au diable, la DC !

Il ne faut pas que ça se sache.

Madame Allende, ne parlez pas de choses que vous ignorez.

Tati...

Un jeu de dames classique pour éviter la ratification d'Allende.

Premier mouvement :

la Démocratie chrétienne vote pour Alessandri au Congrès,

le candidat de la droite, Allende perd.

Deuxième mouvement :

Alessandri renonce à la présidence et convoque de nouvelles élections.

Troisième mouvement :

le Parti national et la Démocratie chrétienne s'unissent

derrière un unique candidat, Eduardo Frei.

J'ai su pour l'attentat.

C'est vrai, ou c'est encore un de vos mensonges,

Président ?

Je serai bientôt ex-président.

Tout dépend de vous.

Je vous ai dit sur tous les tons que votre accord est inacceptable.

Il est déshonorant.

Pour accéder au pouvoir, il faut le vouloir,

mais sans perdre sa dignité.

Vous croyez que vous la garderez

si le Chili se transforme en un satellite soviétique ?

Ne commencez pas.

Et si Alessandri ne renonce pas ?

Alessandri est bien des choses, mais ce n'est pas un traître.

Dans tous les cas, si notre proposition ne lui plaît pas,

Nixon nous a informés par le biais de son ambassadeur Korry

que si Allende accède au pouvoir...

Il ne fournira aucune vis, aucun écrou, aucune provision.

Il l'a dit haut et fort.

Faites-le pour le Chili, Président.

Veuillez m'excuser.

Bonjour.

Si vous voulez faire un break.

Merci.

Le point de rencontre devrait se trouver là,

puis se rendre vers l'objectif qui devrait être...

Juste là.

On est d'accord,

oui?

Trois bombes ont explosé aujourd'hui dans la capitale.

La première, sur un pylône électrique,

dans la commune de Quinta Normal,

a privé d'énergie électrique tout le...

Tu devrais rentrer chez toi.

Tu veux que j'arrête de t'emmerder ?

Ce serait pas mal, oui.

Laisse-moi organiser un système de sécurité.

Tati, je t'en prie.

J'ai parlé à Miguel Enriquez.

Des gens du MIR seraient prêts à travailler

comme gardes du corps.

Papa...

S'il t'arrivait quelque chose...

Tati...

Allez.

Je ne connais personne de si rebelle

et de si courageuse, Tati.

C'est ce que j'aime chez toi.

Et mon côté révolutionnaire qui ne croit pas aux élections ?

A ton âge, si tu ne l'étais pas,

tu serais folle à lier.

Et ces paiements ? Ce sont des groupes d'extrême droite

qui veulent créer de l'instabilité.

Je crois que la CIA est derrière tout ça.

Que les Carabineros soient corrompus, ça n'a pas de sens.

Ils sont nuls.

C'est la DC qui est responsable

de ce climat de violence avec ces indécisions.

Quand vont-ils assumer leur responsabilité ?

José...

Docteur, non.

Je ne vais pas lui reparler.

Si, tu vas le faire.

Et quand la secrétaire dira :

- Bonjour, José. - Bonjour, Monsieur Toha.

- Le Sénateur m'attend. - Il n'est pas là.

Tu iras jusqu'à son bureau

sans regarder derrière toi.

Et quand tu seras en face de lui,

tu lui diras...

- Je lui ai dit... - Ce n'est pas grave.

C'est bon.

Dites au sénateur

que s'il arrive quoi que ce soit à Allende,

la Démocratie chrétienne sera responsable.

D'abord, comme elle gouverne,

elle se doit de veiller à sa sécurité,

mais aussi, et surtout,

à cause de la violence

qu'a provoquée cette indécision.

Là, tu fais une pause...

Pas aussi longue.

Et tu lui dis :

Vous voulez vraiment que la Démocratie chrétienne

soit reconnue comme le parti

qui a permis que les différences se résolvent avec des balles ?

Comment osez-vous ?

Alors, on a raison.

Ce n'est pas l'Unité populaire qui menace la démocratie,

mais les réactionnaires,

à qui certains membres de la DC

font les yeux doux.

Je suis impatient de savoir

quelles décisions prendra votre parti, Sénateur.

Monsieur Toha,

je suis désolé de vous informer que j'ai une réunion.

Veuillez m'excuser.

Merci bien.

On devrait en parler.

On doit aborder toutes les options.

Mais comment la DC va intégrer le gouvernement d'Allende ?

Mais enfin...

Patricio, ne sois pas buté.

Et toi, ouvre les yeux, Edmundo.

On a notre propre parcours, et on ne peut pas céder

face aux âneries du Parti national,

ni face aux ignominies de la gauche.

Excusez-moi,

mais comme membre de la DC, on ne peut tourner le dos au peuple.

Plutôt mourir que de s'allier au Parti national.

Patricio,

- on doit être à la hauteur. - Voilà.

On doit trouver une issue.

Monsieur Pérez Sojo vient de suggérer un doute

qui me semble raisonnable.

Et je me dis : pourquoi pas ?

Si Allende refuse,

on donne raison à la gauche qui raconte

que l'on accède au pouvoir uniquement par les armes.

Oui.

Oui, oui.

D'accord.

Ce qu'il faut faire, c'est exiger

du sénateur Allende qu'il respecte les garanties démocratiques.

Mais quelles garanties, doux Jésus ?

Empêcher la violation des normes de cohabitation démocratique

dans lesquelles tombent habituellement

les régimes marxistes.

On doit exiger qu'il défende une réforme constitutionnelle

et qu'il garantisse que la démocratie de notre pays

ne soit pas détruite comme à Cuba.

Mais on est au Chili, pas à Cuba.

On verra bien. C'est la seule façon...

On ne lui offrira une chance que de cette manière.

Et je vous dis sincèrement, compagnons,

je prie Dieu que notre pays soit vacciné contre le marxisme.

Ecoutez le point suivant.

Le président renonce à la possibilité

de nommer et changer le responsable

et les commandants des Forces armées.

On les laisse faire mumuse entre eux.

On peut être ouvert au dialogue, mais on n'est pas cons.

Du calme, messieurs.

Il faut penser à l'ensemble.

Accepter ça, c'est comme marquer contre son camp.

Excusez-moi.

Ils veulent qu'on leur montre

qu'on est de vrais démocrates.

Ce sera fait.

Mais on va faire ça en grand, en masse.

Tous doivent écouter, même ceux qui te détestent.

- Et cette journaliste ? - Blanca Solis ?

- Oui. - Blanca Solis, c'est parfait.

Elle va te faire passer pour un communiste.

Ce n'est pas se jeter dans la gueule du loup, cette interview ?

Tu sais qui m'a appris à jouer aux échecs ?

Juan de Marquez,

un menuisier anarchiste de Valparaiso.

Il m'a appris que dans ce jeu,

dès que ton adversaire lance son premier mouvement,

tu dois anticiper

les mouvements suivants, le piéger,

jusqu'à ce qu'il n'ait plus

d'échappatoire.

Monsieur Allende, pourquoi refusez-vous

les garanties constitutionnelles que proposent la DC ?

Non.

Je ne les refuse pas.

Je les accepte toutes.

Sauf l'une d'elles, qui est essentielle.

Vous savez pourquoi ?

Car aucun président, quel que soit son parti,

ne l'accepterait.

Je parle de la norme qui dit que le président de la République

ne peut ni nommer ni changer le responsable des Forces armées.

Il est évident, que dans toute démocratie sérieuse,

le pouvoir militaire est subordonné

au pouvoir civil qui émane des urnes.

Là-dessus, je suis sûr

que le président Frei sera d'accord avec moi,

car c'est un grand démocrate, un homme d'Etat.

Même si je sais que certains membres de la DC

ne me soutiennent pas,

la Démocratie chrétienne reste un parti

à vocation démocratique,

qui défend l'Etat de droit pour notre cohabitation.

On ne peut plus reporter cet accord.

Que Dieu protège ce pays.

Allô ?

Oui.

Huit balles.

Il a reçu huit balles.

Il se bat entre la vie et la mort.

Ce sont des sauvages.

Des sauvages.

L'attentat contre Schneider

confirme qu'Allende, en plus d'adversaires,

avait des ennemis prêts à tout,

même à rompre la démocratie.

Ca aurait pu être toi.

On ne va pas leur donner ce plaisir.

On est prêts.

Ce n'est que pour quelques jours.

Fais attention.

Allons-y.

Tout va bien se passer.

Merci, camarade.

L'attentat contre Schneider, c'était découvrir

le rugissement d'une bête pour la première fois.

On a vite découvert

qu'il avait été orchestré

par l'extrême droite et des militaires putschistes

dans le but de créer un climat de violence et d'insécurité

dans le pays pour justifier une intervention militaire.

Aujourd'hui, on sait que Nixon et Kissinger

faisaient partie du plan.

Il est en sécurité ici.

Je sais.

Cet endroit est loin de tout.

- C'est pour ça que c'est sûr. - Oui.

Tu as une très belle maison.

- Les arbres, la rivière... - Oui.

Une femme moderne

ne reste pas à pleurer après une séparation.

Je suis contente qu'il soit là.

Tu sais que je ferai n'importe quoi pour ton père.

Je sais.

Tu seras toujours la bienvenue.

Attention, je te prends au mot.

Tu es sûr que tu ne veux rien d'autre ?

Je n'arrête pas de penser à Schneider.

Il n'aurait pas aimé qu'on se rende.

Ce serait donner raison à ceux qui croient à la terreur.

Repose-toi,

tu vas avoir besoin d'énergie pour fêter ça,

compagnon président.

Je pourrais rester des années ici.

Personne ne t'en empêche.

Schneider agonisait,

et le Congrès décidait qui serait le futur président

du Chili.

L'incertitude régnait. On ne savait pas comment réagirait

la Démocratie chrétienne.

On pourrait l'intimider ?

Radio Magallanes vous informe depuis le Sénat.

Le président de la corporation et le secrétaire finissent juste

de compter les votes et s'apprêtent à donner les résultats.

Résultats des votes.

Pour le sénateur Salvador Allende, 153 votes.

Jorge Alessandri, 35 votes.

Le lendemain,

El Mercurio dut reconnaître le triomphe d'Allende.

Ce jour-là, le général Schneider mourut.

Président...

Compagnon président.

- Vive le compagnon Président ! - Hourra !

On le sent, on le sent, Allende est président !

On le sent, on le sent Allende est président !

- Que Dieu te garde. - Que le peuple me garde.

A la mort de Schneider,

le général Carlos Prats fut nommé commandant en chef de l'Armée.

Mon Général.

Je vous apporte la liste.

Les promotions.

C'est vrai, Colonel.

C'est un officier exemplaire.

Quelqu'un de consciencieux.

Tristounet, mais très à cheval sur le règlement.

Loyal.

C'est ce qui compte.

Le général Pinochet...

Le hasard conduit vers des chemins inespérés.

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