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Fidèles jusqu'à la mort.
Je vous présente, chers amis et chers hôtes, mes meilleurs vœux.
Joyeux 1913. - Ne dites pas cela, M. Grünewald.
Ce sera une très mauvaise année. - Comment l'appeler alors, Ella?
1912 plus 1. - Joyeux 1912 plus 1.
Chers amis, puissent vos vœux se réaliser.
Espérons aussi avoir une meilleure clientèle,
afin de pouvoir rénover notre Villa.
J'espère que cette année, le vin aura le goût du vin.
Pourvu que Mme De Kerros ait pitié du piano.
Bas les pattes.
Et vous, M. Brizard? Vos souhaits pour l'an neuf?
M. Brizard n'en a pas. Bien. Et vous, M. Aasgaard?
Je souhaite que tous les amours non partagés soient partagés.
Et que tous les rêves rêvés ou à rêver se réalisent.
Et je souhaite à toute la planète un bonheur éternel.
Au contraire. Je souhaite la même chose, surtout pour moi.
Vous savez, mes amis, combien votre présence compte pour moi.
N'empêche que je désire aller de l'avant, et rencontrer une veuve fortunée.
Je crois, M. Grünewald, que pour une personne dotée de vos talents cachés,
c'est plutôt faisable...
Et que savez-vous des talents de notre ami allemand?
La nouvelle bonne ne devrait pas être Là? - Demain.
Servir n'est pas dans mes attributions.
Exactement. Une cuisinière devrait plutôt cuisiner.
Je vous prie de bien vouloir être respectueux envers la nouvelle bonne.
Surtout vous, messieurs.
Bien évidemment.
Et toi aussi.
Vous êtes en retard.
Pas de français ici. On est britanniques.
Bien sûr, madame. - Madame? Je ne suis pas si vieille.
Alors, on prend racine?
Fermez toujours la porte principale.
Attendez dans le bureau de Madame.
Je m'appelle Ella et suis la cuisinière.
Créteur Louise, la nouvelle femme de chambre.
Madame descend dans un instant.
Oui.
Créteur Louise. A votre service, madame.
Les règles. Primo: vous êtes une bonne, disponible pour toute tâche.
Secundo: ni trop aimable, ni trop serviable.
Gardez une certaine distance avec les hôtes.
En d'autres termes, prenez garde aux hommes.
Ne sous-estimez pas Paris.
La passion flotte dans l'air. Comme des pets.
Madame, soyez sûre que Paris n'aura aucun effet sur moi.
Votre anglais n'est pas mauvais pour une étrangère.
Je comptais partir en Amérique.
Mais vous n'y êtes pas arrivée. Classique.
Bien, vous semblez assez sérieuse.
Hugh, la nouvelle femme de chambre est Là.
Tertio: mon mari et moi avons un singe. Il s'appelle Chico.
En notre absence, veillez sur lui comme sur votre enfant.
Je vous fais visiter.
Rez-de-chaussée, vestibule,
salle à manger, salle de lecture,
cuisine, cellier, chambre du personnel, avec la buanderie à côté.
Le reste est en ruine et inaccessible.
Au premier: 4 chambres de 2e classe. Au deuxième: 4 chambres de 3e classe.
Et la première classe?
Hélas, ce sont nos hôtes qui déterminent la qualité de l'hôtel.
Et en ce moment, avec cette pagaille...
Vous n'aimez pas? Vous voulez partir? - Non, ça ira.
J'aime... les roses.
Vous conviendrez. - Oui, trésor?
Voici notre vedette: mon époux. Hugh Marbles Burrell, ex-avocat.
Bravo, charmante. - N'écoutez pas ses blagues.
Voici Chico.
Sois sage, petit monstre. - Je vous montre la cuisine.
Je vous présente Ella. Soyez aimable et obligeante envers elle.
De nos jours, les cuisinières se font rares.
On s'est déjà vues. - Et chères.
250 francs par an, plus les primes. - J'ai l'air vieille.
Non. Que du contraire. Pas vrai, Louise?
Séduisante. - Vous voulez dire charmante, non?
Je dois y aller.
J'ai à faire. - La charité n'attend pas.
Au revoir, mon trésor.
Occupez-vous bien de notre petit ange. N'ayez pas peur de le dorloter.
Bécasse.
OK. L'uniforme.
Allez Chico. Par ici, petit putois. Dans le tiroir.
Tu ferais un excellent ragoût avec des carottes, à servir à Mme Olive.
Il ne parle pas... Dieu soit loué.
J'espère que tu aimes les ragots. - Eh bien...
Parfait.
Eustache Lejeune, son amant et patron, directeur de l'assistance publique.
Olive est inspectrice: 250 francs par mois. Mon salaire annuel.
On dit qu'elle gagne encore plus,
grâce à une contribution spéciale.
Mon petit trésor, vous êtes ravissante heute.
Today, Eustache.
Et jusqu'à la fin des temps, amen.
Revenons aux choses sérieuses.
Regarde.
Mme Gendron. Son fils possède la Villa.
Ça l'arrange de la laisser dépérir ici.
C'est une vraie voleuse. Elle chipe tout ce qui est à sa portée.
Ça, c'est l'Allemand. M. Grünewald. Il est à cheval sur la ponctualité.
OK. Au boulot.
Premier étage, première porte à gauche. Vas-y.
Et excuse-toi.
Pauvre conne.
M. Grünewald?
Mon nom est Aasgaard.
Vous pouvez m'appeler Aasgaard.
Désolée.
Faites pas attention aux secousses. Les travaux du métro, c'est normal.
Et vous êtes? - En retard. Pardonnez-moi.
Je veux dire, votre nom?
Louise.
Pardon accordé, Louise. Juste pour cette fois, d'accord?
Et cette odeur? - Chocolat chaud.
Heisse chokolade. Une de mes boissons favorites.
Excusez-moi, j'ai rendez-vous à 9h. - Il est déjà 9h10, monsieur.
Que sont 10 minutes face à l'éternité?
Vous êtes un bel objet, Louise. Vous devriez poser pour moi un jour.
Pas de répit dans le travail. Finies les vacances.
Dorénavant tu travailleras dur...
Mais qui voilà? Mile Louise, notre femme de chambre.
Quand peut-on se voir en privé pour parler d'une affaire urgente?
Désolée, Mile Louise, mais nous gardons les anciennes chaises.
M. Craxi, je viens chercher votre linge.
Ça ne vous tente pas?
Mettez-en encore, Louise. Il fait si froid.
Jetez-la à l'eau. - Mais c'est bouillant.
La vieille sent rien. Madame Gendron, c'est par ici.
Du moment qu'on la nettoie...
Votre fils vient dans deux semaines.
Quelque chose à fêter? - Mon premier client, chère cuisinière.
L'avenir est brillant et accueillant comme un lit de roses, sans les épines.
Pas la peine. C'est pas elle dans le bain.
Qui?
Chasse gardée. Hors d'atteinte pour vous, malgré tous vos talents cachés.
Fascinant.
On parie? - Vous savez que je ne suis pas joueur.
Une bouteille de champagne.
Alors M. Grünewald, votre réponse? - A quelle question?
Comment va mon cher M. Brizard? Et vos amours?
Très bien, merci.
Mais?
Mais je crains que cela ne dure plus très longtemps.
Vous connaissez la charmante Louise. N'est-elle pas ravissante?
M. Brizard, Louise.
Il dîne ici une fois par semaine. Un homme très bien.
Et ce pari? Il tient toujours? - Laissez-moi y réfléchir.
Après tout, les paris, c'est un jeu sérieux.
Alors, cette première semaine? Des vues sur quelqu'un?
J'ai mis les pieds dans le plat. Pardon.
Bonne nuit. - Dormez bien. Faites de beaux rêves.
Où en es-tu dans tes projets?
Lesquels? - La veuve fortunée.
Bouge pas. Ne me regarde pas. - Désolé.
Tout se déroule comme prévu.
Louise, remue-toi. Grosse feignasse.
Magnifique. - Merci.
Non, Aasgaard. Merci à vous. - De rien, Richard.
Vraiment désolé, mais j'ai un rendez-vous urgent.
A plus tard.
Vous cherchez aussi une nouvelle robe?
Quel heureux hasard.
Je ne crois pas au hasard, M. Grünewald.
Richard. Je m'appelle Richard.
Navrée, M. Grünewald. Mais je dois garder mes distances avec les hôtes.
Très professionnelle. - Merci.
J'en ai besoin?
Que voulez-vous dire? - Des habits neufs. Un costume neuf?
Pas si vous suivez la mode de l'an dernier.
Ma mère m'achète mes vêtements et me les envoie par la poste.
Elle dit que c'est la mode de Breslau. - Vous êtes de Breslau?
Oui. Pourquoi? Vous connaissez Breslau?
Ce doit être en Allemagne, j'imagine.
Futée. - Merci.
Et vous? - Moi?
D'où êtes-vous? - De Honfleur.
Ce doit être en France, j'imagine.
Futé. - Merci.
Deux grandes nations se rencontrent.
Dites, Louise, je me demandais si...
Vous voudriez sortir avec moi?
M. Grünewald, quel heureux hasard.
Je ne crois pas au hasard. Et votre robe?
Vous me devez un verre. - Ne vendez pas la peau de l'ours...
Monsieur régale.
Qu'avez-vous de plus cher au menu?
Dans les boissons.
Triple-sec? - Bien.
Je n'ai pas soif. - Pas besoin d'avoir soif pour boire.
Bien. Trois triple-sec.
Je croyais que tu n'avais pas soif. - Que mangeons-nous?
Vous avez dîné à la Villa. - Je veux un bon dîner, pour une fois.
Louise, tu as envie de quoi?
Goûts onéreux, poudre aux yeux.
Trois Thermidors et une bouteille de ce 'triple-sexe'.
Allez, étalon germanique. Au galop.
Pardonne-moi.
Bonjour, M. Brizard. Comment vont les amours?
Très bien. Merci, Ella.
Mais...
je crains que cela ne dure plus très longtemps.
Cet homme n'est pas très heureux, je pense.
Allons-nous prendre un verre ce soir?
J'ai du travail.
Je suis libre. - J'ai du travail.
On prend racine? - Oui.
Faites quelque chose. Il ne mord pas. - Allons-y.
Mettons-le sur le fauteuil confortable. - Ça lui importe peu maintenant.
Jeune homme, j'étais officier durant la bataille de Spionkop en 99.
Et y avait pas de place pour les poltrons.
Prenez-le par l'autre épaule.
Mon Dieu, il vit encore. Vite, Olive. Des sels.
Ella. - Louise, ma petite.
Est-ce une bonne idée?
Reniflez.
Un chapeau noir, un tapis rouge, un âtre. Cinq ans de malheur.
Quel cauchemar. Il me doit encore 17 déjeuners et 17 dîners.
Qui disait que diriger la Villa serait une partie de plaisir?
'Chers amis, je suis sur le point de mourir
et je vous dois à tous un adieu bref mais sincère.
La vie est un enfer et vous vous en apercevrez vite.
40 ans sans guerre en Europe,
la plus longue période de paix depuis le moyen-âge.
Mais les tambours résonnent à nouveau. Je présage la guerre ultime
qu'on appellera la Grande Guerre.' Qu'en sait-il, ce crétin?
Ne dis pas de mal des morts. - Surtout s'ils ne sont pas enterrés.
Pardonnez-moi. Bien. Blablabla... Ah oui.
'Voilà pourquoi j'ai voulu en finir, mais en même temps je souhaite
que vos chemins soient parsemés de roses.
Je ne ressens de haine envers aucun de vous
et je demande à ma mère de me pardonner.'
Oh, chérie.
'Ce soir, réunis autour de la table, et lancés dans une agréable conversation,
dédiez une pensée à votre cher Gustave Brizard.'
Il écrit mieux qu'il ne parlait.
Ah, autre chose. Lundi matin, le Conseil emmène le corps.
Mais qu'en fait-on ce soir?
Oserais-je suggérer le lit de Mme Gendron?
On ne va pas mettre un cadavre dans le lit de la vieille, non?
Ils se tiendront tranquilles. L'un est mort. Et l'autre, c'est tout comme.
Ils ne se disputeront pas non plus. - Bien dit, l'ami.
Problème résolu. - Comment pouvez-vous?
Elle a raison.
Il faut veiller le défunt.
Du moins, c'est la coutume chez moi. J'accepte de céder ma chambre.
Si quelqu'un veille le mort ce soir jusqu'à 1 heure,
j'irai au café chantant et prendrai la relève.
Un volontaire?
Tout à fait d'accord.
On ne peut pas laisser le défunt seul, même s'il n'est pas de la famille.
Je m'en charge.
Problème joliment résolu. - Passez le vin à Herr Grünewald.
Comment se porte notre défunt?
Il ne s'est rien passé.
Vous avez dormi?
J'ai écrit une lettre à Lucien.
Mon fils.
J'ignorais que vous en aviez un. - Il a 6 ans.
Il écrit si bien pour son âge. - Vous permettez?
Pas une seule faute d'orthographe.
Quel enfant intelligent. - C'est bientôt son anniversaire.
Mon mari, puisse-t-il reposer en paix, fêtait le sien le même jour.
Vous êtes veuve, alors.
Jean-Michel est mort l'an dernier. Le 15 avril.
Je n'ai jamais aimé avril.
Pas de ça. Pensez à lui. - Je sais pas ce qui m'a pris.
S'il vous plaît, Louise, restez. Je ne peux pas dormir près d'un mort.
La condition pour veiller, c'est de rester éveillé.
Je regrette déjà d'avoir cédé mon lit.
Et cette veillée?
On dirait le jour de sortie des couples.
Ils croient avoir la priorité.
Nous, célibataires, devrions nous unir.
Eh bien... il fait très chaud.
Oui, c'est une serre.
Les manières de certains...
Eustache, et si je vous disais que c'est un de mes hôtes,
avec une de mes employées?
Lui est un étalagiste allemand.
Elle est française et veuve.
Ils ressemblent à deux soldats,
prédestinés à s'infliger les pires horreurs.
Eustache, vous êtes un véritable poète.
Je veux vous montrer quelque chose.
Félicitations. C'est un chef-d’œuvre.
C'est ingénieux, intéressant, moderne.
Tu trouves? C'est pas mal. - Pas mal? Le bateau est sensationnel.
Merci. J'accepte le compliment.
On va prendre un verre?
Si vous fricotez encore avec mes hôtes, je vous renvoie sur-le-champ.
Madame... - Vous êtes prévenue.
Il y a quelque chose sur votre robe.
Merde. - Laissez-moi vous aider.
Mme Burrell.
Venez ici, illico presto.
Quelque chose ne va pas?
Un avocat veut te voir. Dans le bureau.
M. Bernard, avocat. - Enchantée.
J'ai la pénible tâche de vous informer du décès de Monsieur Gendron,
propriétaire de ces lieux et légataire universel de Mme Gendron.
Mes condoléances. - Merci.
Pauvre M. Gendron. Il était si jeune. Est-il mort en paix?
Hélas, c'était une maladie longue et pénible.
Puis-je vous prier d'annoncer la nouvelle à sa mère?
Vous la connaissez mieux que moi.
Nous le ferons, M. Bernard. - Avec plaisir.
Inutile d'être cynique. - Oh non.
En ce qui concerne l'avenir...
L'épouse de M. Gendron
vend la Villa au métro de Paris.
Vous êtes donc priés de quitter les lieux.
Quand devons-nous partir? - A Noël.
Nous espérons que vous resterez malgré ces temps difficiles.
D'ici Là, merci de clore vos comptes.
Nous ferons notre possible pour trouver d'autres locaux,
où nous espérons
pouvoir vous accueillir.
C'est la fin d'une époque.
Je lève mon verre à la Villa des Roses.
A la Villa. - Aux Roses.
Qui finiront comme le Titanic.
Alors, ce repas? - Encore un instant, s'il vous plaît.
Louise, apprenez donc à dresser une table.
Combien d'oranges met-on dans le compotier?
Onze oranges, monsieur. Une par personne.
Et combien en voyez-vous?
Dix oranges.
Au moins, vous savez compter. - Mais y en avait onze.
Où est l'orange manquante, alors?
Grâce à la matière grise dont Dieu ou Darwin m'a doté,
je viens de résoudre le mystère. L'orange manquante s'est évaporée
comme par enchantement.
Avant que ça n'arrive aux autres, je vais en sauver une
et l'offrir, en gage d'affection,
à Mme Gendron.
Ceci me rappelle, Mme Gendron, que votre fils unique est mort hier,
au terme d'une maladie longue et pénible.
A la fin, il déféquait par la bouche. - Hugh, je t'en prie.
Je vais mettre mon cadeau ici, à l'abri.
Seigneur.
Doux Jésus.
Le voleur était parmi nous.
Il faut la livrer à la police mais soyons miséricordieux.
Je propose de la déclarer inapte à gérer ses affaires.
Saisissons sa fortune, y compris cette pension,
et partageons-la, honorables citoyens.
Comme avocat, - Ex-avocat.
J'ai le pouvoir de prendre ces mesures. Les documents sont prêts, Mme l'escroc.
Votre fortune sera répartie à compter de ce jour, le 15 avril 1913.
La peste soit sur vous et sur cette maison.
Eh bien, quand l'heure est si grave, une petite fête est de rigueur.
Louise, champagne pour tout le monde. - Vous voulez me ruiner, M. Burrell?
Impossible. Vous l'êtes déjà.
J'ai compris.
Votre mari est mort il y a un an. Le 15 avril 1912.
Il se trouvait sur ce bateau.
Lucien et moi devions le rejoindre dès qu'il aurait du travail en Amérique.
Je suis désolé.
Il ne faut pas. La vie est un naufrage.
Pourrez-vous jamais aimer un autre homme?
J'ignore si j'en ai le droit.
Serez-vous à moi?
Prenons notre temps.
Réfléchissez-y.
Je me sens coupable. - Mais t'as rien fait.
Il m'en a empêchée. - Honte à lui.
Je reste fidèle à mon mari. Je l'embrasse à travers mon fils.
Désolée, Louise, mais les morts sont bel et bien morts.
Et Richard Grünewald est plus vif que mort,
si je puis me permettre.
Ton deuil est terminé. Point à la ligne.
Il est de Breslau. Il est fils unique.
Il a quatre sœurs et, disons-le, des lèvres délicieuses.
Tu sembles bien le connaître. - En effet.
Supposons que...
Combien de temps durerait le plaisir? - Une demi-minute?
Ella, tu vois ce que je veux dire...
Si on pouvait lire l'avenir...
Justement, c'est possible.
Pas question que je rentre Là.
On dirait un cœur percé, surmonté d'une couronne.
Ou une tête de mort.
Recommence. - Mais je n'ai pas le droit.
En amour comme à la guerre, tout est permis.
Que dit-il? - Je suis Cancer.
Toi qui adores le homard...
Il me dit qu'un homme conquerra mon cœur.
Ma fortune est faite et mon bonheur assuré.
Que dit-il?
D'éviter l'homme aux cheveux foncés.
Heureusement, je n'en connais aucun.
Mais c'est Richard. T'es aveugle? - Il est blond.
Ne le rends pas plus blond qu'il ne l'est.
Presque noir. - C'est l'ombre.
Ah, tu vois? Châtain clair avec des mèches blondes.
L'amour est aveugle. Tu te voiles la face.
Tout le monde est contre moi. - C'est un gentleman. T'es une bonne.
Il est allemand. T'es française. Il saute sur tout ce qui bouge.
S'il voyait un trou dans un arbre, il...
Louise, cet homme te fera souffrir.
Peut-être. Je ne sais pas.
Merde.
Le cap sur? - L’Amérique.
On peut y aller. La voie est libre. - Dépêchez-vous.
Et votre fiancée? - Je vous la laisse.
Merci. Vous êtes trop bon. - Adieu, M. Grünewald.
Fermez la porte.
Ne coulez pas.
C'est lui.
Monsieur... Chéri.
C'est le cœur d'une femme. - C'est plutôt un ultimatum ridicule.
C'est une question d'éthique. Ton opinion?
Traite-la avec respect. - Tu ne comprends pas.
Elle croit que je la trahirai.
Et si c'est mon intention, elle me prie de quitter la Villa.
Mais si je reste, écrit-elle...
'Si vous restez, je verrai votre présence comme le gage de votre amour éternel.
Rejoignez-moi au kiosque du parc à quatre heures précises, chéri.'
Aujourd'hui? - C'est ça.
Mon conseil est simple. Il ne faut pas la tromper.
C'est une fille bien. - Une fille magnifique.
Mais aussi une veuve et une mère. Et elle est expérimentée.
Je ne pourrais la blesser.
Certaines retrouvent leur virginité quand elles retombent amoureuses.
Tu savais que j'ai été marié, Richard?
Ma femme était très belle.
Elle avait de longs cheveux blonds. Une patineuse et une pianiste hors pair.
Elle m'aimait profondément, presque autant que je l'aimais.
Mais après six mois de mariage, elle et mon meilleur ami...
Aasgaard, de telles choses arrivent aux couples les plus unis.
Et ils peuvent se ressouder. - Il s'agit pas de ça.
Ils ont eu un accident et elle est morte.
Je suis venu à Paris pour oublier.
Depuis lors, j'ai appris une chose.
Ne t'expose pas à une plus grande souffrance,
et le temps calmera ta douleur.
La décision t'appartient. Certains le feraient, d'autres pas.
Merci. Très utile.
Ils sont partis? Pour de bon?
Les enfants de salaud. Nom de Dieu.
Cesse de geindre. Si t'étais un homme au lieu d'une pute...
Que se passe-t-il?
Ton Irlandais s'est tiré, avec l'Italien.
Sans payer pour les six derniers mois. Ces putes Hongroises se sont envolées.
Et l'Irlandais nous a laissé cette conne. OK, dégage.
Nom de Dieu.
Ella. Louise. Ramenez-vous.
Qui les a laissés filer? - Pas nous.
Ah non? - Les règles de la maison.
Chacun a la clé. - C'est de ta faute, alors?
Et lui aussi?
Vous partez aussi pour votre Heimat, Herr Grünewald?
Désolé de vous contredire, mais j'ai plutôt l'impression d'arriver.
Pour faire vos valises. - Pourquoi voudrais-je partir?
Je suis heureux ici.
J'aime les roses.
Au kiosque à 4 heures.
Il est presque 4 heures. - L'heure du péché.
Que Dieu me pardonne.
Dépêche-toi, s'il te plaît. - Tu peux encore battre en retraite.
La guerre n'a pas encore commencé. - Quoi?
Je suis en retard.
Fais quelque chose. - La bataille a commencé.
J'ai l'air d'une traînée. - Peut-être que t'en es une.
Ça vient, patience.
Pardon? - Louise Créteur... Louise.
Ah oui, Louise Créteur. Elle n'est pas Là.
Elle est partie avec la vieille Gendron. Vous êtes des proches, non?
Quel dommage. Et vous lui apportez des gâteaux.
Comme c'est chou. Mais comme vous avez fait tout ce chemin,
je vais vous faire visiter.
Vous voyez, la salle de banquet est de style napoléonien...
Que s'est-il passé?
Je viens de comprendre que je n'ai plus de fils,
de mari, de père, de village ni de passé.
J'ai un homme en chair et en os qui m'attend ici,
sur ses deux jambes, comme un simple mortel.
Heureux de vous voir constater que j'en ai deux.
La réponse est oui.
La réponse à quoi?
Ça a de l'importance?
Probablement pas.
Mon amour. - Trésor.
Mon ange.
Pour toujours. - Et cætera.
L’Allemagne envahit la France.
Comme tu es pâle.
Toi aussi.
C'est la lumière.
Zut.
Ton mari avait de grandes mains?
Oui, mais pas aussi douces que les tiennes.
Qui aimes-tu le plus?
N'aie pas peur de me froisser.
Je le sentais bien.
Je n'ai rien dit. - Pas besoin de parler.
Je sais tout.
Alors, tu te trompes.
Je ne te crois pas.
Tu es un bel objet, Richard. Tu devrais poser pour moi un jour.
Laisse mon nez tranquille.
Apprends-moi autre chose.
Quoi d'autre?
En allemand, je veux dire.
Prête?
Bravo.
Ça veut dire quoi? - Fidèle jusqu'à la mort.
C'est vrai, Richard?
Bien sûr. Demande à n'importe quel Allemand.
Mais non. Je demande si tu seras vraiment...
Vraiment quoi? - Fidèle jusqu'à la mort.
Je ne comprends pas.
Comme il fait froid ici.
Tu me passes ma veste, chéri?
Je croyais que tu avais faim.
J'avais faim.
Je suis désolée.
Tu sais, on pourrait fort bien manger à la Villa ce dimanche.
Mais alors...
on ne pourra pas manger à la même table.
Vrai. Mais payer 5 francs pour se frotter les genoux
alors qu'on a passé l'après-midi ensemble c'est abuser des bonnes choses.
Surtout après trois mois de tu-sais-quoi.
Tu as fini?
Doux Jésus. T'as un petit pain au four.
J'ai pourtant été si prudente.
Que dois-je faire? - Tu le gardes, tu t'en débarrasses,
ou tu sautes dans la rivière.
Et l'autre solution? - J'en vois pas d'autre.
Prier.
Tu devras prier plus fort.
Jésus et sa mère m'ont abandonnée.
Faites qu'elle ne souffre pas. - Vous êtes sûr qu'elle n'en veut pas?
Après tout, elle vous aime.
Je ferai en sorte qu'elle n'en veuille pas. - Un peu brutal, non?
C'est mieux comme ça.
Au fond, vous avez peut-être raison.
Vous savez, Grünewald, c'est plus facile à mettre qu'à enlever.
J'ai quelque chose à te dire.
J'ai envie de savoir?
Je crains que non.
Alors, je ne veux pas le savoir.
Mais qu'est-ce qui ne va pas?
Toi.
Pourquoi ne pas le garder?
Il me déteste. Il déteste les enfants.
Évidemment. Il en est un lui-même.
Tu connais
quelqu'un?
Ta religion te l'interdit, je crois.
Ella, s'il te plaît.
Oui? - C'est parti, mon kiki.
'Souvenir aus Deutschland'? - Oui.
Alors, ça fera dix francs. - Plutôt cinq.
Elle en a déjà eu un, ce sera plus facile.
Et je survis comment, moi?
OK, sept francs. - D'accord.
C'est toujours bon de traiter avec une vieille cliente.
Bois un coup.
J'ai peur. - Y a pas de raison d'avoir peur.
On ira au parc tout à l'heure.
N'aie pas peur.
Ne la regarde pas. Regarde-moi.
Tu as vu Richard?
T'écoutes donc jamais?
Où est la bonne?
Au lit avec une mystérieuse maladie. - C'est la grippe espagnole.
Elle ne tentait pas de repeupler la Villa? - Un télégramme pour Mme Burrell.
Vous n'allez pas me croire.
J'ai trouvé un nouvel hôte.
En réalité, il y en a trois.
J'ai répondu à l'annonce d'une riche Américaine
qui veut passer 6 mois à Paris dans une pension respectable.
Respectable? - Vous mis à part.
Des jours meilleurs s'annoncent enfin. - Ils disent quand ils arrivent?
'Arrivée ce soir. Préparez chambres. Wimhurst.'
La chambre de M. Connor est en ordre?
Bien sûr. Eh merde.
Mme De Kerros, puis-je vous prier de retourner dans votre étable?
Vous allez effrayer les nouveaux hôtes.
C'est notre dernière chance. Un peu de tact.
Bienvenue. - Villa des Roses?
A votre service, Mme Wimhurst.
M. Wimhurst, je présume? - Y a pas de M. Wimhurst.
Une veuve. - Et fortunée...
Vous devez être épuisées. Voilà votre suite.
M. Grünewald, voudriez-vous monter les bagages?
La bonne est souffrante, par votre faute.
Bien sûr, Milady.
Si vous voulez bien me suivre?
Voici la mezzanine, mais vous la verrez mieux d'en haut.
Entrez donc, madame...
Dans votre chambre.
Bienvenue, madame. C'est un grand honneur...
Merci, Ella. - Est-ce ma chambre?
Rien que pour vous.
Le bébé et la nourrice dorment à côté. C'est une vraie suite, grâce à cette porte.
Suite. Chambre... Suite. Vous voyez?
Là, s'il vous plaît.
Où est l'électricité? - Trop dangereux.
La catastrophe du Bazar de la Charité, c'était à cause d'un court-circuit.
364 personnes parties en fumée. - Ce fut terrible.
Je vois. Et l'eau courante?
Pas vraiment. - Un voisin s'est noyé dans son bain.
Dans son bain, oui.
Et quelqu'un s'est pendu avec le téléphone?
Vous désirez autre chose? - Non, merci.
Un dîner léger? Rien?
Merci. Sans façon.
Bonne nuit. - Bonne nuit, oui.
Fais de beaux rêves.
Je travaille pas ici, je suis aussi client.
M. Grünewald. Je suis allemand. - Mme Wimhurst, américaine.
Deux grandes nations se rencontrent.
Écoutez, je ne peux pas rester ici.
Je cherchais une pension parisienne typique, mais pas typique à ce point.
Bien sûr, Mme Wimhurst. Dès que je vous ai vue,
j'ai su que l'endroit ne vous convenait pas.
Voudriez-vous remercier la dame et demander ma note.
Nous partirons demain matin. - Certainement, Mme Wimhurst.
Allez donc à la Pension des Américains. Elle est de première catégorie.
Je suivrai peut-être votre idée, monsieur... Richard.
Irions-nous y jeter un coup d’œil ensemble?
Avec plaisir, chère...
Bunny.
Que se passe-t-il?
Rien de spécial.
Une lettre pour M. Grünewald. - Plus tard, Ella. Je suis occupé.
Ferme-la, sale bête.
Y a une lettre qui, depuis des jours, attend que vous l'ouvriez.
Espèce de salaud.
Je croyais qu'elle avait la grippe.
Réjouissez-vous de pas avoir affaire à moi.
Tu as mis un nouveau costume.
Monsieur a un rendez-vous?
C'est bien ça...
J'ai des vues sur un nouveau boulot.
Bien. Quel travail? - Ne t'occupe pas de ça.
Pense plutôt à te reposer.
Je n'ai pas maigri?
Tes traits sont devenus plus délicats.
N'importe quoi.
Tu sais, Louise...
tu es la plus belle femme que j'ai jamais vue.
Ou verrai jamais.
S'il te plaît, souviens-t'en.
C'est quoi?
Rien.
Comment ça, rien?
C'est notre...
Je ne sais pas quoi en faire.
On peut pas le garder ici.
Je sais.
Autre chose, Richard?
Je peux rester encore un peu?
Je ne veux pas que tu sois en retard à ton rendez-vous.
Bien sûr.
Remets-toi vite.
Richie? Mais quel heureux hasard.
Mais, Richard, vous pleurez?
Du tout. Asseyez-vous, je vous en prie.
Avec joie.
OK, M. Grünewald.
J'y vais.
Je reprends du service. - T'en es certaine?
Quel soulagement.
Entrez.
Bienvenue à nouveau.
Je ne suis jamais partie.
Content de voir que tu vas mieux.
Qu'y a-t-il?
Une affaire familiale.
Mon père est mort. - Vraiment navrée.
Je dois rentrer pour l'enterrement. Sur-le-champ.
Naturellement.
Laisse-moi t'aider.
Tu vois? Je n'ai pas oublié tes leçons.
Tu reviens quand?
Dans trois semaines. Ça dépend...
Je t'écrirai.
Louise, tu sais que...
un amant aime toujours plus que l'autre.
Sache que je suis cet amant-Là.
Désolée.
Cette lettre est pour toi.
'Ma chère Louise, je t'aime tellement.'
Vous mettez les voiles.
Quels mensonges lui avez-vous racontés?
Je lui ai dit que mon père était mort.
Vous avez pas les tripes pour lui avouer que vous fréquentez une autre femme.
Une Amerloque pleine aux as? - En effet.
Désormais, moi et l'Amerloque logerons à la Pension des Américains,
Avenue des Ternes. - Oh, je connais bien.
Faites-moi parvenir mon courrier Là-bas.
Vous êtes un lâche, M. Grünewald.
Je l'aime.
C'est ça.
Mais ma décision est prise.
C'est une femme de chambre. Et moi, un gentleman. En quelque sorte.
Elle est française. Je suis allemand. Elle est très sérieuse
et moi frivole.
Elle est mère et je ne suis plus un fils.
Mieux vaut qu'elle ne sache pas que je l'aime vraiment.
On oublie plus facilement un menteur et un tricheur.
Si jamais elle demande, dites-lui que je vous ai raconté
que jamais je ne l'ai aimée. - Avec plaisir.
Qu'est-ce qui te fait sourire?
Richard est parti.
Bien. - Pour trois semaines.
Et il ne reviendra pas. - Bien sûr que si.
Et pourquoi?
Parce que... - Oui?
Il m'a dit qu'il m'aime profondément.
Quelle chance.
Qu'est-ce qui te prend?
J'ai pas envie d'en parler.
Et moi, j'ai pas envie de t'écouter.
C'est fascinant.
Vous aimez? - Celui qui a créé ça
est un génie ou un fou. Je ne sais pas trop.
M. Aasgaard.
Félicitations, monsieur.
Bien joué. A bientôt.
Quel étrange personnage. - Surgi du passé.
Comment as-tu pu ne pas payer la note de gaz?
C'est un luxe dont on a plus besoin.
Aucune lettre pour moi? - Pas une seule.
Fais-moi plaisir, oublie-le.
Et puis merde.
Assez de cet amour illusoire? - Je pars pour Breslau.
Je crois même pas que cet endroit existe.
Un train part chaque soir à 10h15. Troisième classe, 90 francs.
Et en Allemagne, y a une quatrième classe. C'est un pays fabuleux.
Ferme-la, Chico.
Ils ne parlent pas le français en Allemagne.
Eh bien...
je me défends en allemand.
Soit, mais les ours de la forêt te dévoreront. J'ai vu ça au théâtre.
Dehors.
Il va y avoir la guerre avec l'Allemagne.
Je dois me dépêcher alors. - Tu seras dans le mauvais camp.
On dit qu'elle ne durera qu'une semaine.
Tu vas commettre l'erreur de ta vie.
Je ne peux me payer qu'un aller simple. Là-bas, il prendra soin de moi.
Il n'est pas à Breslau. Il n'y a jamais été.
Son père est vivant. - Quoi?
Il est à la Pension des Américains avec cette Américaine.
Ça fait trois semaines.
Que pouvais-je faire? Il m'a priée de faire suivre son courrier.
Et il m'a dit de te dire, il l'a dit plusieurs fois
qu'il ne t'a jamais aimée.
Un télégramme pour M. Grünewald.
L'armée allemande te rappelle.
Tu seras superbe en uniforme.
Je dois y aller.
Rich?
J'ai été rappelé par l'armée.
Ah oui?
Que puis-je dire?
Je ne sais pas.
Je dois y aller.
Au revoir.
Fidèles jusqu'à la mort.
Champagne pour le premier arrivé à Paris.
Pour le premier arrivé à Honfleur
un cœur.
[FRENCH] NN1
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