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Vous croyez à la magie ?
Pas les accessoires et les illusions.
La vraie magie, c'est commander les éléments pour capturer le cœur des gens.
La magie.
Pas les tours de magie.
Le flux de la grâce.
Ce vato, ce jeune, avait de grands yeux, un grand cœur, de grandes oreilles.
Il y a des musiques qui donnent envie de faire la fête
et quand on fait la fête, la peur s'en va.
Et il ne reste que le plaisir.
C'est ça, la vraie magie.
C'est comme un ouragan.
Un tremblement de terre.
Comme une tornade.
Ça peut remuer les fondations du monde.
J'ai vu Stevie Ray et Jimi Hendrix.
Coltrane et Bob Marley.
De vrais musiciens.
On les appelle des forces de la nature.
Ils créent une transformation de la structure moléculaire
par le son, la résonance et les vibrations.
Mon père m'a dit :
"Suis-moi."
On est allés dans le jardin.
Le soleil se couchait. Tout était doré.
Il a ouvert…
Il a ouvert l'étui à violon,
il a sorti son violon,
il m'a regardé très intensément et m'a dit :
"Je veux t'apprendre quelque chose. Mira."
Il place le violon comme ça, s'appuie dessus et il fait…
Et là, un oiseau sort de nulle part, atterrit sur une branche et fait…
Mes yeux s'ouvrent comme ça. "Mon Dieu. Papa parle à un oiseau."
De nouveau.
L'oiseau…
Et moi : "Ça alors !"
Mon père dit : "Tu vois ?
"Si tu peux parler à ces oiseaux, tu peux parler au cœur des gens."
Cindy Cin !
Regardez.
CINDY BLACKMAN SANTANA FEMME DE CARLOS
Tu en as fait du chemin, depuis Tijuana.
C'est magnifique.
Où tu veux.
LES SŒURS DE CARLOS
Je suis dans le pétrin.
- Oui. - C'était merveilleux.
C'est naturel d'avoir de la musique chez soi tout le temps.
- Toujours là. - Et on dansait tout le temps
car ma mère ne nous laissait pas sortir, alors on faisait la fête à la maison.
Quand on passait l'aspirateur sur les tapis,
si ce n'était pas une corde de guitare qui bloquait la machine,
c'était les cordes de violon de papa.
On se disait : "Comment on va couper tout ça ?"
- Mais on était heureux. - Oui.
Tous les vendredis et samedis soirs, on jouait de la musique.
On était à la Colonia Libertad.
Ma mère faisait son truc.
C'était dur. C'était très dur.
J'ai dit à ma mère : "Maman ?"
Elle m'a répondu : "Quoi, mon fils ?"
"Un jour, je t'achèterai une maison,
"et je t'achèterai un réfrigérateur, un lave-vaisselle,
"une machine à laver et un sèche-linge."
Et elle me dit : "C'est gentil, mijo."
J'ai répondu : "Je ne plaisante pas. Je vais le faire."
Ma mère avait une détermination divine, c'était quelque chose à voir.
Sa façon de visualiser un objectif puis de le poursuivre,
c'était comme la regarder attraper l'habit de Dieu,
et le tirer en disant : "Tu vas me le donner.
"Et je sais que tu vas me le donner.
"Alors donne-le-moi."
Voir le futur qu'on désire, c'est elle qui me l'a appris.
Tu vois une chose et tu la poursuis.
Ma mère disait : "Ma vie, c'est mes enfants, la cuisine et José."
Les femmes adoraient mon père.
Il avait du charisme, du charme.
Regardez ses mains.
Si douces.
Il avait les mains extrêmement douces.
Mon père jouait surtout du classique.
Il jouait des choses comme Agustín Lara,
qui est une sorte de Cole Porter.
Et je savais que je voulais être comme mon père,
juste jouer de la musique.
Et il est parti.
Tout le monde a dit : "Josefina, tu es folle.
"Il ne va pas te reprendre."
Elle a dit : "S'il ne me reprend pas, il doit me le dire devant mes enfants.
"Je veux voir ses yeux quand il dira qu'il ne veut plus d'eux ni de moi."
Elle avait tellement de cran.
Quatre sœurs, deux frères, un petit chien, on a conduit une semaine jusqu'à Tijuana.
Ça a pris du temps,
car toutes les routes n'étaient pas goudronnées.
On a dormi dans le désert.
La bouffe était horrible.
Les haricots des aires d'autoroute étaient périmés,
on tombait malades, mais ma mère restait déterminée.
BIENVENUE À TIJUANA
Quand on est arrivés chez mon père, une femme a ouvert la porte.
On voyait que c'était une prostituée.
Il a passé la tête.
C'est d'abord moi qu'il a vu, parmi mes frères et sœurs,
et il m'a regardé avec colère, gêne et peur.
Mon père a dû quitter cette femme et venir avec nous.
Je ne comprenais pas,
car on aime son père et on aime sa mère.
Je savais qu'ils se disputaient.
Et puis mon père revenait à 4 h du matin
avec des musiciens, faire la sérénade à ma mère.
Maman et papa se sont lentement rapprochés et la situation s'est améliorée.
À Tijuana, c'était la belle vie quand vous étiez petit ? C'était dur ?
Car les seuls quartiers de Tijuana que j'ai vus,
c'est juste après la frontière californienne.
On regarde et on fait demi-tour.
Mais il y a tout un autre monde là-bas, non ?
Oui, c'est comme New York. La première impression est trompeuse.
Oui. Et où allez-vous maintenant ? Allez-vous…
Je vais juste…
Tijuana, c'est comme la cantina dans Star Wars.
Les habitants de Tijuana viennent de différentes galaxies.
Surtout là où j'ai grandi, la Colonia Libertad et La Coahuila,
où ça sent un peu bizarre.
C'est le ghetto, mais le ghetto-ghetto.
Quand mon père est venu à Tijuana, il n'y avait que des mariachis,
car c'est la musique que les touristes américains voulaient.
Il est donc devenu joueur de mariachi.
On n'avait rien.
Mon père devait gagner sa croûte avec son violon
et j'y allais avec lui.
Au début, tout était mécanique pour moi.
Mon père m'avait appris à lire et à jouer la musique mariachi.
Le mariachi est un mélange de classique, country-western et folklore mexicain.
Papa n'était pas un bon prof.
Il était très dur : "Non ! J'ai dit non !"
Merde, je vais faire une crise cardiaque.
J'associe donc le violon à quelque chose qui n'allait pas.
Ce n'est pas la faute du violon. C'est moi.
Cette musique était peut-être trop facile à jouer pour lui.
Tous les morceaux se terminent pareil.
Désolée.
Je suivais ma mère au parc à Tijuana,
et il y avait un groupe, Javier Bátiz et Los TJs.
Et…
Il avait une guitare reliée à un ampli,
et quand il jouait une certaine note…
L'écouter résonner, c'était comme regarder un OVNI.
Mais il avait un son.
Quel son.
J'étais hypnotisé.
J'ai immédiatement su que ce serait ça, le reste de ma vie.
Voilà qui je suis.
J'ai suivi Javier Bátiz comme un chiot pendant deux ou trois ans.
Il avait plein de disques.
Il n'avait que des disques de B.B. King, Ray Charles et Little Richard.
Et il était un mélange des trois.
Il a été mon premier héros.
Puis ma gamme s'est étendue.
Avec John Lee Hooker, Jimmy Reed, Lightnin' Hopkins,
et beaucoup de Chuck Berry et Bo Diddley.
Et puis j'ai découvert Lobo y Melón.
C'était la première fois que j'entendais de la música tropical.
De la musique de Cuba, Porto Rico, toutes ces îles des Caraïbes.
On était à La Coahuila, le quartier le plus pauvre,
et je jouais du violon avec mon père.
Je lui ai dit : "Papa, je ne veux plus jouer ça."
Mon père m'a regardé. "Tu veux jouer cette merde de pachuco ?"
Pachuco signifie blues et rock 'n' roll.
J'ai dit : "Ça peut pas être si mal. Regarde où on est.
"On n'a même pas de plancher, que de la terre. Et ça pue.
"Regarde-nous. Cette musique ne peut pas être pire."
Et mon père a dit : "Merde."
Il m'a dit : "Vas-y."
Et j'ai fait…
Parce que c'était triomphal.
Je veux être au sommet de ce qui se fait de mieux à Tijuana.
Je veux être au sommet de ce qui se fait de mieux à San Francisco,
ce qui se fait de mieux à Londres.
Pas de temps à perdre avec :
Mec.
Je ne suis pas une victime. Je ne jouerai pas cette musique.
J'ai traversé la frontière
car on m'avait parlé d'un magasin avec des guitares en vitrine.
Je regarde ces guitares et je veux les toucher.
Je veux les sentir.
Et j'entends quelqu'un crier : "Hé ! Hé !"
Je me suis pas retourné, je pensais pas qu'il me parlait,
à moi, un gosse mexicain. "Hé !"
Je me retourne, et je vois trois marins.
Des marins blancs qui font :
"Hé, sale Pancho Villa, enculé de chili con carne."
Je me dis : "Merde. À qui il parle ?
"Ça peut pas être moi, je le connais même pas."
C'était ma première expérience du racisme et de l'ignorance.
"Hé, sale Pancho Villa, enculé de chili con carne."
Et je me suis dit…
"Putain, qu'ils sont méchants."
Mon père est allé à San Francisco.
Il a ramené l'un des premiers groupes mariachi dans la région.
Il a commencé à gagner plus d'argent, il nous en envoyait,
et un peu plus tard, ils nous ont fait venir.
J'ai commencé à faire la plonge chez Tic Tock's,
puis à faire des tortillas.
Ce qui était beau chez Tic Tock's, c'était le jukebox.
C'est le jukebox qui me gardait sain d'esprit.
À San Francisco, j'avais l'impression
de voir un jardin musical qui s'ouvrait au ralenti.
Et c'était vraiment un vortex de nouveauté pour moi.
Il n'était pas souvent là.
Il était toujours avec ses amis, à répéter.
Carlos se concentrait vraiment sur sa musique.
- Tu veux commencer ? - Non, toi, vas-y.
1966 : RÉPÉTITION, 19 ANS PREMIER ENREGISTREMENT CONNU
Prêts ?
Stan Markham et Ron Estrada
m'ont trouvé en train de jouer dans la rue.
J'étais encore au lycée Mission.
Ils ont été cash : "On croit vraiment en toi.
"On t'a vu jouer une fois ou deux.
"Je vais quitter mon job de coiffeur, lui, le sien de garant de cautions.
"On va démissionner pour devenir tes managers à plein temps.
"On va devoir vendre de l'herbe vu qu'on n'a pas d'argent pour l'instant."
Et ils ont dit : "On va t'emmener dans un endroit."
J'ai demandé où. Il m'a dit : "Ça s'appelle le Fillmore."
Moi : "Il y a quoi là-bas ?" Ils m'ont dit : "Tu verras."
Dans ce train, défoncé à la cocaïne
Casey Jones, fais gaffe à ta vitesse
Il y avait Grateful Dead, Quicksilver,
Country Joe et The Great Society, un truc comme ça.
Cette idée m'a traversé l'esprit
Il y avait un show lumières avec des couleurs,
ça sentait l'herbe et le patchouli.
Et je regarde ça comme… Car j'étais clean
Il y a toujours eu de la marijuana autour de moi,
mais je n'avais jamais goûté.
Je répétais à Ron et Stan :
"Vous m'avez trouvé un groupe mais j'ai remarqué qu'ils fument de l'herbe.
"Moi, je fume pas.
"Et quand ils fument, ils n'arrivent pas à rejouer deux fois la même chose.
"Ils le jouent différemment et oublient des choses.
"Je préférerais qu'ils fument pas
"pour bien apprendre la chanson et la jouer correctement."
Ils m'ont regardé : "Merde."
Ils ont roulé un joint de cette taille et l'ont juste posé,
et m'ont dit : "On va déjeuner. On revient." Et ils sont partis.
Le joint me regardait comme ça.
Et moi : "Non."
Puis j'ai fini par dire : "Bon, d'accord."
Ma fois suivante au Fillmore, c'était très différent.
C'était comme aller à Disneyland pour la première fois
et vraiment essayer l'attraction.
Dommage que je doive dormir,
car je pourrais rester éveillé toute la nuit à écouter ça.
Fillmore a été mon université.
J'y suis allé plus souvent qu'au lycée Mission,
et, comme à l'université, j'y ai étudié différentes matières.
LYCÉE MISSION
C'était le dernier jour d'école, et mes amis disaient :
"Qu'est-ce que tu vas faire, Carlos ?"
Moi, je leur demandais : "Et vous ?"
"Je vais m'engager dans les Marines."
"Et toi ?"
"Je vais travailler à l'entrepôt avec mon père."
"Et toi, Carlos, que vas-tu faire ?"
J'ai dit :
"Je vais monter sur scène et jouer avec B.B. King et Eric Clapton."
Et ils se sont mis à rire.
Je ne voulais pas abandonner mes parents
parce que je savais qu'ils avaient besoin de mon argent.
Mais j'ai dit : "Il va falloir qu'ils trouvent autre chose."
Je me suis engagé.
Il fallait devenir musicien à plein temps.
Pour ça, il faut quitter sa maison
sans demander la permission, car on ne l'obtiendra pas.
Quelque chose doit stimuler l'imagination,
la détermination et les convictions.
La réalité est trop limitée.
Je ne veux pas avoir de réalité.
Je préfère rêver.
Rêver perpétuellement.
J'étais au bureau un soir,
et j'ai entendu un bruit le long du mur près des fenêtres.
FONDATEUR DU FILLMORE
Aux fenêtres, j'ai vu deux hommes
qui escaladaient l'immeuble par le tuyau d'écoulement.
Quel âge ?
Ils devaient avoir
la vingtaine, ou 19-20 ans, à l'époque.
Je ne leur ai pas demandé d'entrer, je les ai traînés à l'intérieur.
Ils essayaient d'entrer.
Oui, et bien sûr, la question basique :
"Qu'est-ce que vous faites ?" Question idiote, bien sûr.
L'un deux a dit : "On n'a pas de fric et…"
L'un a dit : "Je suis fan de Butterfield",
et Cream jouait avec Eric Clapton, bien sûr,
et il avait un harmonica dans sa poche.
Il a dit : "Je joue de l'harmonica et de la guitare et on n'a pas d'argent."
Il avait quelque chose de très doux.
On voyait que s'il avait eu de l'argent, il n'aurait pas fait ça.
Certains, on voit que même s'ils avaient 1 000 $ en poche,
ils essaieraient quand même d'entrer sans payer.
- Carlos n'était pas comme ça. - Carlos n'était pas…
Il ne l'était pas à l'époque. Il ne le sera jamais.
La guitare de Michael Bloomfield était là.
Il jouait du clavier.
Stanley dit : "Excuse-moi, il y a un maigrichon mexicain là-bas.
"Il joue très bien de la guitare. Tu le laisserais jouer ?"
Il m'a regardé et m'a dit : "Ouais, mec. Allez. Viens, mec.
"Vas-y, monte. Voilà ma guitare, attrape-la."
Et j'ai sauté dessus.
Quand j'ai fini, Bill Graham est venu me voir et m'a dit :
"C'est bien, petit. Tu as un groupe ?"
"Oui." "Comment ça s'appelle ?" "On n'a pas de nom."
Il m'a dit : "Bon, je t'engage avec ton groupe,
"vous ferez la première partie des Who.
"Et vous ferez les premières parties de Steve Miller et de Howlin' Wolf."
J'étais là : "Mince. Bon, d'accord."
Bill Graham était quelque part à mi-chemin entre les vrais hippies
et les émissions de variété.
Bill Graham était comme ça, un vrai curateur.
Quelqu'un qui découvre un tableau dans la rue, qui déchire,
et qui le met au Louvre, aux Beaux-Arts.
Chaque fois qu'un groupe annulait au Fillmore West, il nous appelait.
Santana a été le premier et le seul groupe à jouer en tête d'affiche au Fillmore
sans avoir sorti de disque ni signé en label.
C'était dans le journal du dimanche, dans la section rose,
là où les groupes à venir étaient annoncés.
Il y avait 20 groupes de San Francisco, et on était en haut de l'affiche.
Ils disaient : "C'est ce groupe-là qui est destiné à aller très loin."
- Qui aimez-vous ? - Le Santana Blues Band. Ils me bottent.
C'est Bill Graham qui nous a repérés.
Si on parle de grand dessein, de vue d'ensemble.
Il m'a toujours dit qu'il aimait le groupe mais c'est moi qu'il voulait.
C'est lui qui a dit :
"Tu es l'enfant parfait de B.B. King et Tito Puente,
"et c'est la musique que j'aime."
"Santana est mon enfant."
Et il nous a adoptés, comme ça.
Irma rentre un jour et dit : "Maman, je viens de voir un bus
qui disait Santana Blues", ou un truc comme ça, ou peut-être…
On disait : "Ça alors, où est-il ?"
C'est comme ça que petit à petit, on a commencé à entendre parler de lui.
Chaque fois qu'on allait le voir en concert au Fillmore West,
au début, la queue allait jusqu'au bout de la rue,
puis jusqu'au coin suivant, et puis tout le tour du pâté de maisons.
Et nous : "Quoi ? On fait la queue pour le voir jouer ?"
Mes parents sont allés au Fillmore,
ce qui était impensable.
On est entre Chicago et Janis Joplin et Big Brother & the Holding Company.
Mon père a sa cravate, sa chemise, sa veste, son chapeau.
Et ma mère porte des bas nylon, au Fillmore.
J'ai dit : "Il n'y a pas de sièges, on s'assoit par terre."
On s'assoit par terre, on attend.
Devant nous, il y avait des hippies
qui faisaient tourner un joint.
Mes parents fumaient à l'époque, et ma mère a dit :
"Regardez. Ils n'ont pas les moyens, ils se partagent une cigarette."
Alors papa a ouvert sa boîte et offert des cigarettes à tout le monde.
"Non, maman, c'est de la marijuana !" Ils font : "Ah, d'accord."
Merci.
Vous vous souvenez quand l'Homme a atterri sur la Lune le 20 juillet ?
Il y avait un gros truc à la télé.
J'ai regardé maman et elle s'est mise à pleurer.
"Maman, tu pleures parce que l'Homme a marché sur la Lune ?"
"Non, je pleure parce que c'est l'anniversaire de Carlos."
"Ah, d'accord."
En tant que mère, elle se concentrait sur ses enfants,
et nous, on se disait : "C'est la Lune."
Mais on avait tellement l'habitude de le voir dans son monde
qu'on était habituées à ce que papa travaille tout le temps.
Mais on ne pensait pas vraiment à maman et son fils qui lui manquait.
Je sais que ma mère souffrait
de ne pas savoir pas où j'étais, ni avec qui, ni ce que je faisais.
Mais il le fallait.
Je devais faire Santana, faire mon truc,
aller dans la rue et suivre mon rêve.
Je vais vous présenter un homme
très important dans l'industrie du disque.
Chez Columbia Records,
il a joué un grand rôle dans la popularité de Janis Joplin,
Blood, Sweat & Tears.
C'est M. Clive Davis.
La première qualité que l'on cherche est l'originalité.
Des gens qui lancent de nouvelles tendances
et qui emmènent la société plus loin, pas à pas,
car la musique a joué un rôle majeur
dans l'évolution de la pensée ces 20 dernières années.
Il paraît qu'en 1969,
tu as volontairement saboté une audition pour Atlantic Records.
- Oui. - Tu voulais travailler pour Columbia.
Avec Columbia.
Columbia, le label de Miles Davis et Bob Dylan. C'est vrai ?
C'est absolument vrai.
Ça ne t'a pas rendu nerveux de saboter une audition ?
Non, parce que comme Nirvana ou Metallica,
quand on a confiance en ce qu'on fait,
c'est eux qui viennent à vous.
La nouveauté, la chaleur,
j'ai tout de suite dit : "C'est pour moi, pour Columbia."
Et j'ai signé Santana.
Bill Graham nous a appelés, il voulait nous voir.
Il a dit : "Il va y avoir un festival.
"Ça va être le festival des festivals."
On n'avait pas encore sorti d'album. On venait de l'enregistrer.
Il m'a dit : "Je leur ai dit que je ne les aiderai
"que s'ils te programment au festival.
"J'ai tout arrangé, vous avez d'abord un festival à Phoenix,
"puis un autre à Dallas, et un à Atlantic City.
"Vous allez passer de 2 000, à 5 000,
"à 15 000, à 30 000, à 60 000, à 90 000,
"et ensuite, il y aura Woodstock.
"Pour vous habituer à un large public."
Il nous a entraînés comme des boxeurs.
Il a dit : "Sache qu'après ce festival,
"tu ne seras plus jamais le même.
"Rentre chez toi, regarde-toi dans la glace.
"Car la personne que tu y verras n'existera plus après Woodstock."
Ça a commencé dans l'hélicoptère.
On regardait dehors, il y avait ce bruit.
Je suis sorti, j'ai vu Bill,
puis Jerry Garcia.
Je me suis dit : "C'est rassurant.
"Jerry Garcia est là. Super."
"Salut, ça va ?" "Salut, ça va ?"
"Vous jouez à quelle heure ?"
"On passera deux groupes après vous.
"Mais installez-vous confortablement.
"Parce qu'ils ont dit qu'on ne jouerait pas avant minuit.
"Alors mettez-vous à l'aise."
Je regarde cet océan, cette multitude de chair.
Et là, Jerry Garcia me dit : "Ah, au fait…"
Et moi, je fais : "Oh."
Je réfléchis : "Deux ou trois heures du matin.
"Là, il est midi.
"D'accord, donc j'ai six, sept, huit heures,
"un peu d'espace pour faire ce que j'ai à faire,
"et quand j'atterrirai, je serai parfait pour jouer."
Après avoir dépassé l'état d'amibe.
Alors je prends l'acide, et juste après, j'entends quelqu'un dire…
Et maintenant, voici Santana !
Et j'étais là…
"Quoi ?"
Mais j'ai senti un truc dans mon ventre : "Mijo, aie confiance."
"Dieu, je sais que Tu es là. Maintiens mon rythme et mes accords."
Continue comme ça !
Tout est passé dans une autre dimension.
J'ai vu que le manche de ma guitare était comme un serpent électrique.
Il n'arrêtait pas de bouger.
Alors je fais des grimaces vraiment moches…
pour essayer de l'empêcher de trop ramper.
Je devais constamment dire : "Non, non."
Le manche et la guitare tournaient comme ça,
et moi, je faisais : "Non."
Je n'ai jamais dit pourquoi le serpent.
Le serpent représente le doute et la peur de me rater devant…
En gros, de pondre un œuf devant tout le monde.
Mesdames et messieurs, Santana !
Et puis j'entends…
Comme un écho… écho, écho, écho…
de ce moment éternel dans le temps.
Une semaine après Woodstock, notre premier album est sorti.
SANTANA TIENT LE PUBLIC ROCK EN RESPECT
De San Francisco,
le groupe de rock dont l'album vise la tête des classements,
Santana !
Quelque chose en toi, bébé M'empêche d'aller voir ailleurs
Mon Dieu, le 26 octobre, oui.
Le Ed Sullivan Show, on était…
On est restés assis hébétés.
"Maman, souviens-toi, quand il était petit,
"il disait : 'Je ferai cette émission',
"et qu'on disait : 'C'est ça' ?"
Il était comme un laser quand il voulait quelque chose.
Un peu comme maman.
Il se mettait en mode laser : "Voici que je veux", et il l'obtenait.
Carlos Santana, comment avez-vous lancé votre groupe ?
Comment en êtes-vous venu à la musique ?
Il faut répondre, mec.
FESTIVAL DE TANGLEWOOD, 1970 LENOX, MASSACHUSETTS
Dès qu'il y a de la musique, on voit les gens changer.
L'humeur, la façon de parler, tout l'environnement.
Tout devient plus naturel.
Les gens deviennent plus eux-mêmes que ce pour quoi ils sont programmés.
Avez-vous l'impression de diriger un groupe de rock ?
Non, je ne dirige rien.
SANTANA À L'ASCENSION DE L'EXCELLENCE MUSICALE
C'était comme des montagnes russes très rapides.
On appréciait tellement l'attraction
qu'on n'a pas vu qu'on avait atteint notre "but".
Car ce n'était pas notre but, en fait.
Notre but était juste de continuer à jouer,
d'ouvrir pour des gens comme Janis Joplin, Chicago,
tous ces gens, on jouait avant eux,
on savait très bien qu'on était à la hauteur,
et que les gens nous adoraient aussi.
Je ne savais pas ce que signifiait "jingo" jusqu'à il y a sept ans,
alors que je le chante depuis 1967 ou 1966.
Jingo veut dire "Va avec Dieu".
Va avec Dieu
Une autre façon de dire "Bonne chance".
Quand j'ai touché mes premiers droits d'auteur
pour le premier album et pour Abraxas,
j'ai apporté le chèque et j'ai dit : "Maman, voilà le chèque.
"Va acheter ta maison, ton frigo, ton lave-vaisselle."
Elle l'a regardé et ses yeux se sont écarquillés.
Et mes sœurs disaient : "Mon Dieu, Carlos !"
C'est mieux que les Grammys, les Oscars et le trophée Heisman.
C'est mieux que tout.
Quand on peut tenir sa promesse
et donner à sa mère ce qu'on lui avait promis…
Il n'y a rien de mieux.
Santana était, pour le rock 'n' roll,
le premier groupe à coloration latine qu'on pouvait trouver.
Avant moi, il y avait Ray Barretto, Mongo Santamaría,
et les Temptations, chez Motown, ils avaient des congas.
Oui.
Mais la façon dont on a marié le blues et les percussions,
ils peuvent toujours s'amuser à nous cataloguer.
- Oui. - Appeler ça du mariachi psychédélique.
Je leur dis d'analyser plus avant, car ce n'est pas ça.
Entre 1969 et 1971, ces années-là,
il y a eu une véritable…
tension.
Personne n'est préparé pour accéder à la célébrité
à un tel degré, à une telle vitesse.
On ne répétait plus autant que je l'aurais voulu.
Ils s'intéressaient plus aux drogues,
aux filles et aux voitures de luxe.
J'ai commencé à me sentir…
J'étais jaloux
de l'énergie qu'ils investissaient
dans autre chose que notre musique.
On a fait 312 concerts en un an.
On se détestait.
On ne se supportait plus. On en avait marre les uns des autres,
marre de nos vêtements,
marre de nos coupes de cheveux, on en avait juste marre.
J'en ai appris sur les tournées, sur les concerts.
J'en ai appris sur la complaisance.
Je ne sais pas pourquoi, les gens qui traînaient avec nous
n'étaient plus des artistes.
C'était des clowns,
des gens qui prenaient trop de drogues.
À ce moment-là,
on a fait partie de ce cirque,
où la musique passe au second plan.
Certains parmi nous ont réussi à garder tout ça à l'écart,
d'autres pas.
Finalement, au bout de deux ou trois ans,
le groupe
était fini.
On a été décimés.
Quand Jimi est parti, on était à Salt Lake City.
Je vous jure, j'entendais les gens tirer la chasse,
jeter la cocaïne ou l'héroïne.
"Ça n'a pas marché pour lui, donc ça ne marchera pas pour moi."
Jimi Hendrix est mort. Jim Morrison est mort.
Janis Joplin est morte. Plein de musiciens sont morts.
Pour moi, il y avait deux voies.
L'une était l'héroïne,
l'autre était la méditation spirituelle.
DEBORAH EX-FEMME DE CARLOS
Je me souviens de ses yeux.
Ses yeux étaient…
Je la regardais et je ressentais…
C'était à l'intérieur. On ne peut pas le décrire.
Ce qui m'a attiré,
c'était quelque chose qui sortait de son cœur,
qui émanait de son être.
Le sacré, ce n'est pas Jérusalem, le Vatican ou Stonehenge.
Pour nous, le sacré, c'est la famille.
Musicalement, la distance entre le 3e album
et Caravanserai est assez grande.
Clive Davis est heureux quand il a un single.
Caravanserai n'avait pas l'ombre d'un single.
Il me l'a dit. "Carlos, je crois que tu fais une erreur."
Je me souviens distinctement d'avoir allumé une bougie
sans même regarder Clive.
Je regardais juste la bougie.
Et j'ai dit : "Clive, tout ce que tu dis
"est absolument vrai.
"Mais c'est la voie que je suis maintenant,
"et je dois aller au bout."
Je voulais faire plus que rejouer "Evil Ways"
ou "Black Magic Woman".
Je voulais voir si on pouvait fusionner le rock 'n' roll et le jazz
et je crois que ça a découragé
certains musiciens du groupe,
qui voulaient conserver la direction soul de Santana,
tandis que moi, pas tellement.
J'ai dit : "Je vais me couper les cheveux, m'habiller tout en blanc
"et partir dans une autre direction."
J'ai donc adopté une voie spirituelle
avec un professeur spirituel appelé Sri Chinmoy, de 72 à 82.
Deborah et moi y sommes allés.
Ce n'était pas une lubie.
On le vivait 24 heures sur 24.
À l'époque, on appelait ça le parfum de l'âme.
Pour mes disciples, ressentez la nécessité
du Dieu qui vit en eux.
Ils deviennent eux-mêmes des Dieux vivants.
Pas de viande, pas d'alcool, pas d'herbe.
On vivait comme des personnages de série télé,
une vie de gens rangés, même un peu coincés.
Ma mère disait toujours :
"Il me défie sur ma foi, parfois.
"Il me fait réfléchir à ma façon de penser."
Ces 11 années passées avec le gourou
étaient incroyables.
Quand on a été catholique toute sa vie,
voir son fils suivre une autre religion,
ça l'a mise mal à l'aise.
Car elle disait : "Il visite toutes ces religions."
Mais ce n'était pas une religion, c'était de la spiritualité.
- Merci. - Pas vrai ?
Si.
Les gens disaient : "Cosmic Carlos prenait trop d'acide,
de LSD, de mescaline, d'ayahuasca, de peyotl."
Et je répondais : "Oui, et toi, tu n'as rien pris de tout ça.
"Et ça se sent."
Je ne suis pas parti loin, je reste au centre de tout.
Si je suis parti loin, c'est loin en moi.
"Partir loin" est un terme
pour quand quelque chose est déconnecté.
Loin en soi, c'est quand on est au centre.
À ce stade, la plupart des gens me disaient
que j'étais fou ou que j'étais fou.
"Tu ne peux pas faire ça, tu es mexicain.
"Les Mexicains ne font pas ça."
On m'a dit ça pendant si longtemps et je répondais :
"Je suis peut-être un Mexicain multidimensionnel.
"Je devrais être capable de surfer sur le cosmos de l'imagination."
Au centre de tout, au hueso, à l'os.
Et même au-delà du hueso…
il y a la lumière, l'esprit et l'âme.
Je me déshabille tous les matins au réveil.
Je prends une douche et je vois tout couler dans l'évacuation.
Culpabilité, honte, jugement, réprobation, remords,
accusation, tout ça, toute cette merde part à l'égout.
Et je me dis : "Tout ça, ce n'est pas moi."
La réalité n'est qu'une perception.
Dès qu'on sort de cette planète, on voit l'éternité,
pas le jour et la nuit,
car le jour et la nuit, c'est juste la Terre qui tourne.
Quand on arrive à une certaine hauteur,
on se demande : "Quelle heure est-il ?" La réponse est : "Maintenant."
Parce que ça n'a plus d'importance.
Demain
Demain
Demain, ça me convient
Il y a la queue tout autour du stade
Sur vingt pâtés de maisons
On attend que Santana Joue sa chanson à la guitare
Mais avant de pouvoir descendre du bus
Un éclair est apparu
Pas grave, on reviendra demain Et tout ira bien
Demain, demain
Demain, ça me convient
Demain, demain
Demain, ça me convient
Alors ne sois pas déçu Demain, le soleil brillera
Il y aura de la guitare
Et le groupe sonnera super bien
Santana est là pour jouer Alors ne partez pas
On reviendra demain
Peut-être que vous entrerez gratuitement
Demain
On m'a dit qu'il y avait 35 différentes incarnations
du groupe Santana.
Je ne le savais pas. Comment vous… Comment est-ce possible ?
Il faut trois qualités pour être dans mon groupe,
endurance, stabilité et bonne humeur.
S'il en manque une,
vous ne pouvez pas rester, car la route est dure.
Je ne suis pas comme les Rolling Stones ou Grateful Dead,
qui sont une famille pour toujours.
J'aurais bien aimé, mais ce n'est pas mon destin,
ça ne s'est pas passé comme ça.
Ma femme fait de la magie noire
Ma femme fait de la magie noire
Ma femme fait de la magie noire
Elle m'a tant aveuglé Que je ne vois même plus
Qu'elle fait de la magie noire
Et qu'elle veut faire de moi un démon
On joue ensemble trois semaines, trois et demie max.
On rentre chez nous pour une semaine, une semaine et demie.
Beaucoup de groupes partent neuf mois en tournée
et ils vendent sûrement plus d'albums,
ils ont plus de succès,
mais après, ils se séparent et se détestent.
Moi, j'aime les gens qui m'entourent aujourd'hui,
et j'aime la parcimonie.
1982 RÉPUBLIQUE DOMINICAINE
Mesdames et messieurs, nous savons qu'il pleut,
mais restez assis.
Santana continuera à jouer tant que ça ne devient pas dangereux.
Votre attention, en raison de la pluie et des éclairs,
il est dangereux pour Santana de continuer à jouer.
Rien d'autre n'aurait pu les empêcher.
Merci de votre patience,
et soyez prudents en quittant l'amphithéâtre.
Santana vit dans une maison qu'il vient d'acheter à San Rafael.
Elle surplombe la baie, et c'est ici qu'il médite
et développe les caractéristiques uniques de sa musique.
Santana fait attention à ne pas prêcher,
mais il n'hésite pas à expliquer
ce que sa femme Debbie et lui veulent pour leurs enfants,
Salvador, cinq ans, et Stella, trois ans.
On veut établir une fondation de confiance,
pour être leurs amis d'abord et leurs parents ensuite,
car l'inverse a détruit beaucoup de familles.
L'adulation, les Grammys, les disques de platine,
Wimbledon, le Super Bowl, tout ça, le lendemain, c'est fini.
La seule chose qui dure,
c'est les vraies valeurs qu'on enseigne à sa famille.
Je ne suis pas ce que je fais.
Ce que je fais, ce n'est pas qui je suis.
Être marié, être un mari et être un père,
il n'y a pas d'école pour enseigner ça.
Quand on achète une voiture,
dans le coffre, il y a un kit qui va avec.
Vos enfants deviennent vos professeurs.
… Salvador et Stella, parce que je vous aime.
Tout le monde est prêt ?
Oui !
Mon père est musicien,
et son père et son père étaient musiciens.
Sol.
Sol.
Non, non.
Je sais, mais l'autre doit avoir un son propre.
On dirait que tu marches sur un cafard.
Alors, toute ma famille, comme des canards qui vont vers l'eau,
on marche droit vers la musique.
ARÈNE DE TIJUANA, MEXIQUE, 1992
On a joué à l'arène de Tijuana.
C'était irréel d'être là avec mon père.
Il a fait la première partie avec ses musiciens.
Je m'intéressais plus à lui qu'à tout le reste.
Il est venu en bord de scène et m'a dit :
"Oye, mijo." J'ai répondu : "Oui, papa."
Il me dit : "Tu sais,
"les gens connaissent ta musique dans le monde entier."
"OK, où veux-tu en venir, papa ?"
"Quand tu joues 'Batuka' et 'No one to depend on',
"c'est avec ces chansons que la calle te connaît."
Je n'ai personne
Tu sais, celle-là.
Bizarrement, je ne savais pas
que mon père écoutait ma musique.
Je pensais qu'il écoutait la sienne,
et moi la mienne.
Mais ce soir-là, j'ai compris qu'il nous écoutait aussi.
Je n'ai personne
Sur qui compter
Je n'ai personne
Sur qui compter
Qui est Carlos Santana pour vous ?
C'est mon fils.
Le fils le plus aimé au monde.
Que faites-vous dans la vie ?
De la musique.
De quel instrument ?
Du violon.
Vous avez appris la musique à Carlos ?
Un peu.
Mais quand on grandit, on met tous un peu nos parents de côté.
Quand il a grandi. Et moi aussi,
plus jeune, quand j'ai commencé la musique.
Et Carlos aussi, il a commencé avec moi,
et puis il ne voulait plus jouer de violon et il s'est mis à la guitare.
Ce n'est pas une grande carrière, mais bon, il s'amuse bien.
Il est fier de moi, et moi de lui. Et il me manque.
Il est mort le lendemain d'Halloween.
On avait un arbre dans la maison où on vivait à San Rafael.
Chaque feuille de cet arbre était couverte de papillons.
Il semblait respirer, couvert de monarques.
Il a dit à ma mère tôt le matin :
Ma mère a dit : "Où vas-tu ?"
Il ne pouvait plus jouer du violon, ni rien faire.
"Yo me voy." Ça veut dire : "Je m'en vais."
"C'est fini."
Maman dit : "Mais où vas-tu ?" Et lui :
"Yo me voy. Te vienes conmigo?"
"Tu veux venir avec moi ?" Et elle : "Non."
"Pas encore. Pas encore."
"Je veux voir d'autres petits-enfants, et tout."
Il regardait des dessins animés, apparemment,
et il est parti.
Il est parti, c'est tout.
Sur cette Terre, le temps est une illusion.
Très bientôt, je serai près d'eux.
Je vous présente un humain qui a partagé avec nous dignité, intégrité
et le courage de s'affirmer comme il l'entendait,
en étant lui-même, avec le soutien de sa famille à 1 000 %.
Mesdames et messieurs,
voici le lauréat du Century Award 1996,
Carlos Santana.
Quand on était plus jeunes, il y a quatre trucs qu'on écoutait défoncés,
c'était Jimi Hendrix, John Coltrane,
du P-Funk, et puis Carlos.
C'est un honneur d'être ici ce soir
pour introniser un samouraï et un shogun.
D'habitude, quand on entre dans le Hall of Fame, c'est fini.
J'étais en rendez-vous avec Chris Blackwell.
Il était responsable de PolyGram, Island Records.
Je lui ai dit : "Voilà ce qui se passe.
"Tu as bossé et fait de la musique avec Bob Marley et Stevie Winwood.
"Tu es artiste comme moi.
"Je suis enceinte.
"Je porte un super album.
"Je le sens. Cet album va cartonner.
"Je suis enceinte d'un truc que tu ne pourras pas gérer.
"Alors je te demande,
"d'un artiste à un autre,
"de me laisser partir."
Il m'a regardé droit dans les yeux, puis il a regardé en l'air et m'a dit :
"Dis à ton avocat de m'appeler."
Écoute.
C'est bien. C'est de mieux en mieux.
Il y a beaucoup de médiums.
Est-ce que tu peux baisser complètement avant d'arriver
aux graves ?
Je suis allé voir Clive, qui m'a dit : "OK, si je comprends bien,
"Cette fois, tu es prêt à monter sur le ring avec moi.
"J'amène la moitié de l'album, et toi l'autre moitié ?
"Tu me laisses choisir ?" J'ai dit : "Oui."
Il a dit : "Parce que j'ai Lauryn Hill, Wyclef…"
Il me sort tous ces noms. Je n'avais qu'à dire oui.
Un, deux, trois.
C'était un délire de le voir dire à d'autres artistes :
"Bon, je vous renvoie votre chanson
"parce qu'elle ne convient pas.
"Elle n'est pas prête pour Carlos.
"C'est un album de Carlos.
"Ce n'est pas votre album, il faut de la place pour la guitare."
Un des meilleurs guitaristes de tous les temps
va jouer son tube "Smooth".
Voici son nouveau CD, Supernatural.
Veuillez accueillir Santana et Rob Thomas.
Qu'est-ce qu'il fait chaud
À 20 cm du soleil de midi
Je t'entends murmurer Et tes mots font fondre tout le monde
Pourtant tu restes si cool
Ma muñequita
Ma Joconde de Spanish Harlem
Clive Davis m'a demandé : "Que veut faire Carlos Santana ?"
J'ai dit : "Je voudrais
"reconnecter les molécules avec la lumière."
Et si tu dis Que cette vie n'est pas assez bien
Je donnerais tout Pour que tu te sentes mieux
Je changerais ma vie Pour qu'elle convienne à ton humeur
Ce qu'il voulait dire par : "Connecter les molécules à la lumière",
c'est qu'il voulait un album qui passerait à la radio.
C'est comme l'océan sous la lune
C'est comme l'émotion Que je ressens de toi
C'est difficile de monter en voiture
et d'écouter de la musique avec son fils, entre père et fils,
car ils écoutent leur musique et nous la nôtre.
Je ne sais pourquoi, Supernatural a dépassé ce clivage.
SANTANA SORT 'SUPERNATURAL'
LE ROI CARLOS
Mesdames et messieurs
Montez le son
Au son de Carlos Santana
Supernatural, numéro un aux États-Unis.
Maria, Maria
Vous êtes le héros pour ceux qui disent : "Il peut y avoir un deuxième acte."
Vous représentez…
Le fait que c'est faisable,
que le monde n'appartient pas qu'aux 17-27 ans.
Elle vit sa vie comme une star de cinéma
Maria, Maria
Je suis sûr que Clive Davis sait jouer du piano,
et connaît les noms des notes.
Mais il connaît un tube.
Il sait ce qui va marcher.
Et si tu dis Que la vie n'est pas assez bien
Supernatural était encore une porte gigantesque, comme Woodstock.
Et le Grammy revient à Santana.
Et le vainqueur est Santana.
Quelle façon cool pour moi de rencontrer Santana.
Santana, avec Everlast.
Autant rester sur scène.
Merci à M. Carlos Santana de m'avoir donné cette chance.
"Smooth."
Le Grammy revient à Supernatural, Santana.
ALBUM DE L'ANNÉE
Avec ses huit Grammys, Santana égale un record
établi il y a 17 ans par Michael Jackson.
Tu es une inspiration pour nous tous.
Merci, Carlos Santana.
Et vive John Coltrane.
C'était comme un rêve, irréel.
Quand le monde entier vous acclame,
de tous horizons.
C'était vraiment…
divinement valorisant.
Supernatural m'a permis de surfer sur une vague immense.
Et pendant longtemps…
Ce qui m'est arrivé quand j'étais enfant, ça reste gravé.
Ce n'est pas du divertissement.
Ce n'est pas du sensationnalisme, des ragots ou du scandale.
Je n'arriverais pas en disant :
"Salut, on m'a agressé dans mon enfance." C'est pas une chose dont on se vante.
Mais il y a des choses que les gens doivent savoir,
car parfois, ils ont le même problème.
De 1957 à 1959,
un Américain a commencé à m'agresser sexuellement.
Et quand j'en ai parlé au magazine Rolling Stone…
LA VIE ÉPIQUE DE SANTANA
… plein de gens qui l'ont lu
ont dit : "Ça m'est arrivé aussi,
"et je remercie Carlos d'avoir eu le courage de le dire."
Quelqu'un a dit à ma mère
qu'il avait abusé d'autres enfants du quartier,
alors elle m'en a parlé.
Elle m'a dit : "A-t-il fait ci ou ça ?"
Mais elle n'avait pas la sagesse, et moi non plus,
alors j'ai dit : "Non."
J'ai eu beaucoup de colère contre ma mère pendant longtemps.
J'avais beau l'aimer, j'avais beaucoup de colère.
Mais elle n'avait ni les compétences ni les outils
pour prendre quelqu'un à part et lui dire : "Je t'aime."
Je dois aller au-delà de penser comme une victime
de penser avec colère, d'envoyer ce type en enfer chaque jour…
et je dois me dire : "Je ne suis pas ce qui m'est arrivé.
"Je suis ce que je suis. Je suis la lumière.
"Je ne suis pas le corps. Je suis libre."
Au sommet de Supernatural, je suis retourné à Ayutla, Jalisco.
Et quelque chose a attrapé ma veste et m'a dit : "Va par là."
C'est un beau tableau de Notre-Dame de Guadalupe.
Et je me suis mis à genoux,
je l'ai regardée,
j'ai allumé une bougie en la regardant.
Je la regardais, et elle me regardait
et j'ai entendu une voix me dire :
"Je suis fière de toi."
Et tout mon corps a ressenti comme un choc électrique :
"Mon Dieu, elle me parle."
Et elle a dit :
"Je suis fière de toi."
Ça m'est resté. J'étais en transe.
Tout ce que je sais…
"Je suis fière de toi car je sais ce que tu fais,
"comment tu le fais et pour qui tu le fais."
Elle m'a validé.
Je vais utiliser ton énergie pour créer quelque chose de beau.
Et j'ai enfin appris
à dompter ce serpent.
Et je n'ai plus peur
Et je n'ai plus peur
Plus jamais
Je n'aurai plus jamais peur
Plus du tout
Je n'ai plus peur.
Plus jamais.
Je n'ai pas peur du tout.
De rien.
Papa, que penses-tu de ce truc que j'ai trouvé ? Ce truc. Écoute.
Ça fait comme ça.
Après Supernatural, les choses m'ont échappé,
Deborah s'occupait des affaires, des bureaux,
des enfants, des maisons, des familles, de tout.
C'est très simple. Ce n'est pas compliqué.
Les gens se réunissent dans un but spirituel.
Pour grandir ensemble.
Si ça devient un arrangement et qu'une personne n'est pas heureuse,
il n'y a pas de but spirituel.
On n'évolue plus spirituellement.
Alors il faut s'éloigner
car le plus important est d'évoluer spirituellement,
avec ou sans.
Je sais que j'aurai toujours une place spéciale dans son cœur,
et elle aura toujours une place spéciale dans le mien
car ensemble, nous avons créé ces enfants incroyables.
50E ANNIVERSAIRE DE WOODSTOCK
Attends une seconde.
Ça ne doit pas avancer tout seul.
L'énergie doit être intense et claire.
En paix, mais sans faire de prisonniers.
OK, seulement les congas.
Deux, trois, et…
Je le voyais parler au groupe. En le voyant en chef d'orchestre,
J'étais impressionnée.
Il sait ce qu'il veut.
J'ai dit à Dieu :
"Dieu, tu m'as tant donné
"et il y a tant de choses à apprécier.
"Trouve-moi une reine
"avec qui partager toutes les bénédictions
"que Tu m'as accordées."
Et tu es apparue.
J'adore la démarche de Cindy.
Et elle est new-yorkaise,
donc elle a cette détermination,
comme avait notre mère.
Cette conviction, cette détermination.
J'adore cette qualité chez une femme.
Comme ça, vous voyez ?
Regarde, Cindy.
J'avais un ami, quoi qu'on joue,
il dansait toujours comme ça.
Comment cristalliser toutes ses influences en soi ?
Mes sœurs m'apprennent constamment
à être plus bienveillant,
pas toujours prêt à me battre.
Je suis qui je suis grâce à ma mère,
et, encore une fois, grâce à mon père,
mais surtout ma mère.
Elle m'a inculqué l'intrépidité.
Allez !
Quand on fait un solo de guitare,
on équilibre la mélodie avec le rythme…
l'intonation…
le temps…
l'émotion, la passion…
le feu.
Et c'est comme s'il y avait des cordes entre son cœur
et celui des autres.
C'est pour ça qu'on dit :
"Tu touches ma corde sensible quand tu joues."
Les gens me disent ça.
Il faut savoir ce qu'on dit, ne pas répéter
ce qu'on a appris dans des disques.
Quand on fait un solo, on sait où on va,
ce qu'on veut dire,
et ensuite, on se tire.
Super.
Bon, allons manger des tacos.
Sous-titres traduits par: Mathieu Cesarsky
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