All language subtitles for The.Story.of.My.Wife.2021.1080p.WEBRip.x264-RARBG-French

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Original subtitles

Si j'avais un fils,

que lui dirais-je en guise de bienvenue en ce monde ?

Je ne décrirais peut-être qu'une soirée,

rien d'autre.

Une soirée sur mon bateau,

ce lourd cargo solidement bâti

qui, en un instant, peut devenir une fragile coquille,

ballottée par les forces de l'océan.

Je lui parlerais de ce monde d'hommes qui est le mien...

de la monotonie du travail,

de la nourriture simple,

des rares moments de débauche dans les ports,

de la beauté des nuits sous les étoiles.

Je lui parlerais de cet état d'alerte constant

face au moindre changement des vagues,

qui peuvent si aisément prendre une vie, sans mauvaise intention.

Je lui parlerais de notre vie...

passée à essayer de contrôler l'incontrôlable.

Merci, Tommy.

- Je l'ouvre ? - Non, ça va.

Le voici, commandant.

Merci, Tommy.

Le repas vous a pas plu, commandant ?

J'ai à nouveau mal à l'estomac, Habib.

Si je puis me permettre,

vous ressentez un ballonnement

ou comme une pierre ?

Comme une pierre, exactement.

Et en fumant ?

Même ça ne me soulage pas.

Alors quoi ?

La maladie du marin ?

Je le crains, monsieur.

J'en suis affreusement désolé, mais...

rien d'étonnant, après tant d'années.

Vous, vous êtes en pleine forme.

Mais je suis marié.

Et alors ?

Ça aide.

L'HISTOIRE DE MA FEMME

- les tribulations de Jakob Störr en sept leçons -

Tu as perdu la tête ?

Un rendez-vous dans un lieu aussi chic...

Assieds-toi et tais-toi donc.

Kodor, tu es cinglé.

Tu bois quoi ?

Je vais prendre un verre de lait.

J'ai l'estomac un peu dérangé.

Quand même, commande autre chose.

Quelque chose de normal.

Je ne veux pas me faire remarquer.

Un café pour lui.

Ne regarde pas là-bas et parle doucement.

Mon associé me trahit,

en ce moment même.

Je vois.

Non, ne regarde pas là-bas !

Regarde-moi.

Fais semblant de bavarder...

Bon, eh bien...

j'ai décidé de me marier.

Et qui tu vas épouser ?

Je ne sais pas encore. Une femme.

Elle me verra peu, à vrai dire.

Ça peut être délicat.

Je pourrais épouser la première à passer cette porte.

C'est facile à dire.

Ils se serrent la main.

On dirait qu'ils partent.

Le fumier.

Je lui ferai manger sa merde.

Alors,

voyons.

Quoi ?

Tu épouserais la première qui entre ?

Oui...

C'était une façon de parler.

Je savais que tu te raviserais.

Tu l'as échappé belle.

À un poil de chatte près.

Va te faire voir.

Mais dis-moi la vérité.

Toute cette affaire de mariage,

tu n'as pas peur ?

De quoi ?

Et si elle te trompait, par exemple ?

Ça ne te dérangerait pas ?

Ça fait partie du jeu.

Au fait...

tu peux m'aider ?

Je suis un peu fauché.

Merci.

Salut, Jakob.

Merci pour le verre.

1 - De la résolution des problèmes pratiques

Pardonnez mon intrusion.

D'accord. Mais faites court.

Voudriez-vous être ma femme ?

Je suis sérieux.

Cela doit vous paraître étrange

qu'on s'approche de votre table et...

Parlez-moi de vous.

Vite.

Je suis capitaine de navire.

Je mesure 1,95 m.

Votre taille, je la vois.

Quand nous marions-nous ?

Demain ?

Dans une semaine, ça semble plus réaliste.

Je suis tout à fait sérieux !

Ne gâchez pas le jeu.

Quelle sorte de capitaine êtes-vous, déjà ?

Je ne l'ai pas encore dit.

De navires marchands. Vraquiers, cargos,

de façon générale.

Et c'est intéressant ?

Tout dépend du cargo. Par exemple...

Votre nom, vite.

Capitaine Jakob Störr.

Lizzy !

Ma beauté !

Pardonnez mon retard.

Je vous présente, messieurs.

M. Ridolfi.

Capitaine Jakob...

Störr.

Félicitations.

N'est-ce pas un peu...

soudain ?

Il est capitaine, vous savez.

Très romantique.

Une profession qui brise le cœur des femmes.

Au fait, vous n'avez pas peur de lui ?

Un tout petit peu.

Puis-je être votre témoin, ma chère,

moi, votre plus loyal ami ?

Je regrette, ma douce, choisissez quelqu'un d'autre.

Désapprouvez-vous mon humble personne, monsieur ?

Non.

Mais je doute que vous soyez rétabli à temps.

Lizzy ?

Vous êtes un sacré numéro.

Vous de même.

Je veux dire...

Vous savez quoi ?

Commandons à manger

et je vous apprends le poker du marin.

Ce poisson est un délice.

Je suis surpris qu'on en trouve à Paris.

Digne de la taverne d'un port.

Vous avez un solide appétit.

C'est sûr.

J'ai dit quelque chose de drôle ?

Non. C'est que...

Peu importe.

Alors...

un poker du marin, c'est ça ?

À vrai dire,

il existe une version spéciale.

Aimeriez-vous l'apprendre ?

Bien sûr. Comment joue-t-on ?

Il y a une règle, quand des dames sont présentes.

Allez. Racontez-moi.

Celui qui perd...

ôte un vêtement.

C'était une idée stupide.

Voilà votre passe-temps quand vous êtes à terre.

Bon à savoir.

Oubliez ça.

On essaye. Ça ne me dérange pas.

Très bien.

Alors, le poker se joue comme ça...

Je sais jouer au poker.

C'est formidable.

Jamais je n'aurais rêvé nuit de noces plus amusante.

Allons, cessez de bouder.

C'était votre idée, non ?

En tout cas, tu sais embrasser.

Tu as de quoi comparer ?

Ne gâche pas tout.

Je serai de retour dans quatre mois.

Ce serait bien que ça marche.

Oui, ce serait bien.

Ne t'inquiète pas. Je t'attendrai.

C'est charmant.

Bonjour.

Bonjour, capitaine.

Je t'ai rapporté quelque chose.

Tu t'es souvenu.

Bien sûr.

Merci.

2 - De ce labyrinthe que l'on nomme vie sociale

J'ai toujours voulu comprendre...

pourquoi un navire ne coule pas ?

C'est sans doute une question stupide,

mais tout un bâtiment en fer,

plus les gens, le chargement...

On transporte même des pierres.

Comment est-ce possible ?

Je peux essayer d'expliquer.

Ce sont les lois de la physique...

Excusez-moi, commandant, Kodor est là.

Je mange. Qu'il attende.

Très bien.

Laisse-moi entrer.

Continue, continue. Mange.

Je ne voudrais te déranger pour rien au monde.

J'ai de la marchandise.

Un peu de hashish.

Le type est dans le pétrin. Il le cède à bon prix.

C'est toi, ce type, par hasard ?

Pourquoi ?

On t'aurait raconté des histoires ?

Pas du tout, je vais bien.

Je suis en excellente forme.

Faisons moitié-moitié.

Je suis d'humeur généreuse, aujourd'hui.

Tu n'as pas faim ?

Vas-y, mange.

Tu as un sacré cuisinier.

C'est arrivé au courrier pour toi.

Je peux voir ?

Ça...

Il y a une semaine,

en rentrant à la maison,

je suis passée devant l'église.

Soudain, un homme

m'a arraché mon sac et a filé.

Mon Dieu...

Oui...

Un affreux bonhomme avec une cicatrice au visage.

J'en frissonne encore,

rien que d'en parler.

J'imagine.

Tu sais quoi ?

Je vais aller au commissariat pour m'en occuper.

Non, ne te dérange pas.

Les maris sont là pour ça, non ?

Mais je t'assure... Jacques !

Son sac...

Bonjour, monsieur.

En quoi puis-je vous aider ?

Pouvez-vous lui expliquer...

Le sac de ma femme a été volé...

Voici le rapport.

Elle m'a dit que...

Dites-moi, êtes-vous M. Ridolfi ?

Non.

Que dit ce rapport ?

Je suis allé au commissariat.

Je...

Ils n'ont pas trouvé le dossier.

Comme tu danses bien...

Tu es plein de surprises.

Tout va bien, les gars ?

Oui, commandant !

C'est pas Fritzi qui est de quart, aujourd'hui ?

Si, commandant, mais on a échangé nos quarts.

C'est qu'il voulait voir son fils.

Le mari n'est pas là...

Ces maris...

Ça va souffler, cette nuit.

Habib,

votre foyer ne vous manque pas, parfois ?

Votre épouse, par exemple ?

Vous êtes marié, non ?

Oui, je suis marié.

J'ai une femme.

Une jeune et belle épouse.

J'en ai même deux.

Deux ?

Et une vieille !

On a été élevés ensemble.

C'est la meilleure,

la plus déchaînée.

Et que font-elles en ce moment ?

Trois femmes sans homme, ça ne vous inquiète pas ?

Non.

Allons, vous pouvez me le dire.

Elles vivent enfermées.

Ma mère les surveille.

Elle est toujours de ce monde, à 92 ans !

Elles ne deviennent pas folles ?

Peut-être bien...

mais c'est leur problème, pas le mien.

Dedin !

Voici enfin le vieux loup de mer.

Aussi loup de mer que vous, rat d'égout.

Je me trompe ?

Que fait ce jeune homme dans la vie ?

Il est écrivain.

Enfin... de qui parles-tu ?

Écrivain...

En outre, il a un oncle très riche.

En d'autres termes, c'est un parasite.

Tu ne l'aimes pas, n'est-ce pas ?

Je m'en suis bien rendu compte.

Pourtant, si tu pouvais l'apprécier...

Lizzy,

tu veux que j'apprécie ton admirateur ?

Il n'est pas mon admirateur.

Tu es complètement fou.

N'essaye pas de me berner, allons !

On dirait une poule qui couve.

À deux doigts de la fièvre.

Tu me compares à une poule ?

Oui, c'est ça.

Estime-toi heureuse que je m'en tienne là.

Comme tu as changé...

Tu es devenu tellement grossier.

3 - De la perte de contrôle

Écoute...

Après tout...

c'est un jeune homme plutôt aimable.

Nous...

Nous pourrions l'inviter, si tu veux.

On m'a proposé un travail,

pour aider un vieil ami gravement malade.

C'est un navire de passagers, de luxe.

Alexandrie, aller-retour.

Très chic.

Je n'aime pas trop ces créatures fragiles...

Elles me rendent un peu nerveux.

Mais...

si j'acceptais ce travail...

je pourrais t'emmener, si tu veux.

Bienvenue à bord du Marietta !

Merci, monsieur.

Quand madame pense-t-elle arriver ?

Nous avons donné à votre cabine une touche plus féminine.

À vrai dire,

elle ne vient pas.

Navré de l'apprendre. J'espère que tout va bien.

Elle va bien.

Peut-être une prochaine fois.

Je vous fais visiter.

Commandant !

Vous revenez avec nous, finalement ?

Non, je suis désolé, Tommy.

Il paraît que vous préférez les navires de luxe.

C'est une affectation exceptionnelle.

Je ne l'ai acceptée que pour ma femme.

Je vois, vous l'emmenez donc avec vous.

Viens.

Je t'offre un verre.

Volontiers !

Prenons une table à l'intérieur.

Merci.

Alors, dis-moi. Quelles nouvelles ?

Pas grand-chose.

On met les voiles après-demain.

On a un commandant serbe.

Merci.

Ce qu'il est beau, votre uniforme !

Ce Marietta !

Il en jette.

Je suis allé le voir.

Enfin, de l'extérieur.

On me laisserait pas monter à bord.

Des nouvelles de Kodor ?

Il n'est plus ici.

Il s'est rempli les poches.

Comment ça ?

Le mois dernier,

la douane a saisi un gros chargement de cocaïne.

Un énorme coup de filet.

Tout a été mis sous clé dans un dépôt.

Le lendemain matin, le chargement a bien sûr été détruit.

Mais...

Kodor s'y était faufilé la veille au soir

et avait tout remplacé par de la farine.

Joli.

Il est devenu un gros bonnet à Hambourg.

Je vois.

Commandant ! Venez ! Le navire brûle !

Commandant, on arrête les moteurs ?

Il faut envoyer un SOS.

Continuez à toute vapeur.

Cap à l'ouest, vers la pluie.

On va brûler, commandant !

Le pont a déjà pris feu !

On ne peut pas risquer d'attendre un navire de secours.

Mais...

La pluie éteindra le feu.

Pleine vapeur, j'ai dit.

À l'aide !

Faites-le rentrer !

Restez ici !

Ne laissez sortir personne !

On ne devrait pas envoyer un signal radio ?

On attend.

Il va pleuvoir.

Mais...

Mais quoi ?

Commandant, c'est un navire délicat.

Le pont est mince et raffiné.

Nous ne sommes pas sur un cargo,

commandant...

Giuseppe, Tonino... venez !

Maintenez la pression stable !

Merci.

Ça ne te plaît pas ?

J'en porte un autre, maintenant.

Qu'est-il arrivé à ta main ?

On a eu un incendie.

Tu as été en danger ?

Je suis désolé, c'est impossible d'avoir un taxi.

Je me sens pas très bien.

J'ai une voiture.

Puis-je vous reconduire ?

Merci beaucoup, c'est très aimable.

Avec plaisir.

Vous resterez prendre un verre de brandy ?

J'en ai un qui vient d'Arménie.

Très volontiers.

Avec grand plaisir.

Jacques...

s'il te plaît...

Par ici ?

Oui.

Je vais voir ma femme.

Tiens, tes cachets.

Je vais te mettre au lit, d'accord ?

Que se passe-t-il, chérie ?

S'il te plaît, non...

Ne me...

Arrête !

Je t'en prie !

Alors...

Belle voiture !

Merci.

En fait, elle n'est pas à moi.

Mon oncle me la prête de temps à autre.

Que faites-vous dans la vie ?

Je ne fais rien.

Ma foi,

voilà une réponse sincère.

Et de quoi vivez-vous ?

C'est un vrai mystère.

Ainsi...

c'est un mystère...

Capitaine, permettez-moi un conseil,

puisque nous parlons finances.

Pourquoi ?

Que savez-vous de ma vie ?

Et de toute façon, en quoi cela vous regarde-t-il ?

Ne tournons pas autour du pot.

D'accord.

Je sais très bien l'immense choc

que cet accident a dû être pour vous.

Même si vous choisissez de ne pas en parler.

Tout le monde sait

le tour de force que fut le sauvetage de ce navire.

Comment savez-vous cela ?

Mes relations dans la marine.

En l'occurrence, je tiens cela de Lord Cunningdale.

Il vous tient en haute estime.

Vous le connaissez ?

Vraiment ?

Permettez-moi...

Merci.

Attendez...

Je vous ai promis un verre.

Je vous en sers une goutte ?

Mais bien sûr !

Vous avez parfaitement maîtrisé la situation à vous seul.

Les services de sauvetage vous auraient plumés.

Non sans raison, à bien y réfléchir.

Ils n'emploient que les meilleurs.

C'est donc tout naturel.

Et ils patrouillent dans les zones les plus dangereuses.

N'avez-vous jamais pensé à travailler pour eux ?

Pour un service de sauvetage ?

C'est une idée splendide.

Vous avez absolument raison.

Comment y avez-vous pensé ?

C'est l'évidence.

Il faut du courage, de l'expérience

et la capacité à prendre des décisions rapides.

Franchement, vous êtes taillé pour ça.

Vous n'avez jamais pensé à vous installer à Hambourg ?

Pourquoi Hambourg, précisément ?

Les affaires décollent en ce moment.

Tout le monde le dit.

Certes.

Je l'ai entendu aussi.

Mais aller s'y installer...

Pourquoi pas ?

Vous savez quoi ?

Vous avez entièrement raison.

Rien ne me retient ici.

Je vous remercie pour cette idée.

Je ne vous aurais pas imaginé un tel flair pour les affaires.

Seulement quand cela concerne les autres.

Pour moi-même, je suis moins habile,

comment vous l'avez finement observé.

Je ne voulais pas vous...

Mais c'est un plaisir d'être utile à un vrai héros.

Au roi de l'océan...

J'espère que vous avez passé une bonne soirée.

Bonne nuit.

Capitaine ! C'est bien vous ?

Comment allez-vous ?

Je n'en crois pas mes yeux !

C'est étrange de vous voir sans uniforme.

Vous êtes sans doute la femme du capitaine.

Ça doit être passionnant !

Grete Winterhalter.

Enchantée.

Je reviens.

N'est-elle pas mignonne ?

Tout à fait.

Elle m'a raconté l'incendie, et tout le reste.

Je suis vraiment impressionnée.

Si vous prévoyez de rentrer tard, prévenez-moi.

Je vous donnerai une clé de la porte cochère.

Ça, c'est la clé de l'appartement.

Bienvenue.

Qu'en penses-tu ?

On pourrait changer les meubles ?

Tu n'as pas sommeil ?

Non.

Je te raconte une autre histoire ?

Oui, s'il te plaît.

Il était une fois un jeune homme

qui était en mer depuis l'âge de seize ans.

Emprisonné à bord de son bateau des mois durant.

Et pourtant, comme n'importe quel jeune homme,

il aspirait follement à être heureux.

Mais il ne savait pas comment s'y prendre.

Car sa vie, jusque-là,

avait été tout autre chose.

Elle n'était que devoir et labeur.

Un jour...

son navire jeta l'ancre sur une île,

l'île de Java.

Le soir venu,

le jeune homme se promenait parmi les petites huttes,

seul dans la nuit fraîche,

parmi tous ces gens,

qui chantaient, qui riaient,

ou qui bavardaient à la lueur des bougies, au fond des huttes.

Et il se dit...

qu'il était arrivé

sur l'île des Bienheureux.

Il avait envie d'entrer dans une hutte, de s'accroupir dans un coin.

Il aurait tant voulu être l'un des leurs

que son cœur faillit éclater de désir.

Mais...

il n'entra dans aucune des huttes.

Et le lendemain,

il repartit avec son bateau.

À toi de me raconter une histoire.

Je ne raconte pas très bien.

Allez...

Juste une, s'il te plaît.

Tu sais...

le service de sauvetage sera un bon boulot.

Je serai souvent absent mais...

Dis-moi la vérité, maintenant.

Quel plaisir trouves-tu à vivre avec moi ?

Dieu m'est témoin,

je trouve un grand plaisir

à vivre avec toi.

Cette fille...

elle est si belle.

Pourquoi tu ne l'épouses pas ?

Allons...

Tu n'as rien à craindre de cette enfant.

Les jeunes filles comme ça ne m'ont jamais intéressé.

Ne me touche pas.

Arrête tes bêtises, Lizzy.

Il n'y a rien entre moi et cette fille.

Mon Dieu...

Tu ne vois pas que je ne suis pas jalouse ?

Qu'est-ce qui te prend ?

C'est ce jeune homme, ce Dedin ?

Crois-moi, c'est une crapule.

Il voulait nous faire décamper à Hambourg.

Histoire que tu sois au courant.

Il ne t'aime pas.

N'es-tu pas mieux avec celui qui t'aime ?

Tu penses que je ne t'aime pas.

Pourtant, tu insistes encore pour me garder.

Quel genre d'homme es-tu ?

As-tu au moins du sang dans les veines ?

Tu sais quoi ?

Tu as raison.

Je ne sais pas pourquoi je suis toujours avec toi.

J'aurais beau fracasser mon crâne d'idiot contre le mur...

je ne saurai pas pour quelle raison j'endure cette humiliation.

Il y a cette fille, qui m'aime peut-être.

- C'est ce que j'essaye de te dire. - Ne parle pas.

Ne souffle pas mot.

Il est un peu tard pour une promenade nocturne.

Pardon ?

Je ferme la porte dans sept minutes.

Je n'aime pas être réveillé en pleine nuit.

Très bien.

Je comprends, monsieur... Herr Blume ?

Leopold Blume.

Au fait, pension complète ou seulement le déjeuner ?

Vous ne me l'avez pas dit en louant l'appartement.

Le déjeuner. Ça suffira.

Vous êtes sûr ?

On peut divorcer,

si c'est ce que tu veux.

Je peux dire quelque chose ?

Dis quelque chose.

Tu es vraiment bête.

Voilà. Ça te va ?

Et ne sois pas fâché contre moi.

Mais quel malpropre !

Viens là...

Arrête de te moquer de moi.

Et pourquoi ?

C'est comme ça que le héros est accueilli au coin du feu.

Au coin du feu ?

Au printemps ?

Allons, ne prends pas de grands airs.

Le rôle d'amant n'est pas fait pour toi.

Pourquoi donc ?

Tu es prêt.

Tu es beau comme tout.

Regarde-toi dans le miroir.

Non, je me regarderai pas dans le miroir.

Alors dis-moi,

pourquoi je suis si peu doué pour le rôle d'amant ?

Est-ce qu'un amoureux est comme ça ?

C'est-à-dire ?

C'est comment, un amoureux ?

Insolent.

Et je suis quoi ?

Tu es honnête.

Sans blague.

Je devrais être une crapule ?

Eh bien,

un petit peu...

Pas besoin d'être si viril tout le temps.

En avant pleine vapeur !

Alors tu ne veux pas que je sois viril.

Très bien.

Comment tu aimerais que je sois ?

Comment le saurais-je ?

Sois comme un détrousseur de vierges.

Tu vois l'idée ?

Ça ne sert à rien d'attendre que la vie s'adapte à toi.

C'est à toi de t'adapter à la vie.

Ou alors elle te punira.

Maintenant que je t'ai instruit,

tu peux aller papillonner un peu.

Mais pas trop.

4 - Du pouvoir de la sensualité

Que suis-je en train de faire ?

Ai-je perdu la tête ?

Je connais un joli petit hôtel tout près.

Quoi ?

Regardez-moi dans les yeux.

M'aimez-vous vraiment ?

Je vous adore !

Ce n'est pas de l'amour.

Grete !

C'est ridicule !

Où allez-vous ?

Au moins, vous ne mentez pas.

Mais c'est important pour moi.

Pour moi aussi...

Écoutez,

attendez-moi ici.

Je dois faire un saut dans cet hôtel pour mes affaires.

J'en ai pour une minute.

Je vous aime.

Pas question. N'y comptez pas !

Merci !

Pourquoi tu arrives si tard ?

Je ne t'ai pas dit de faire vite ?

Tu vois, maintenant c'est trop tard.

Comment ça, trop tard ?

Comment ça, "comment ça" ?

Qu'est-ce que tu imaginais ?

Que tout Hambourg attendait ton arrivée ?

Le poste a été pris.

Je vois.

Et de toute façon...

tu fais quoi sapé comme ça ?

Et pourquoi cet air béat et satisfait ?

Les dames, mon vieux.

Les dames.

Tu sais ce que c'est.

Voyez-vous ça.

Les dames...

Alors c'est bien. Ce sont des choses qui arrivent.

On va trouver une solution. Pas de problème.

Maintenant, laisse-moi. Je suis occupé.

Je suis désolé.

Vos affaires sont réglées ?

Oui.

Allons nous mettre à l'abri et nous sécher.

Ne soyez pas bête, ce n'est pas...

Je dois rentrer, mes parents vont s'inquiéter.

Quand vous verrai-je ?

- Dix heures du matin ? - Dix heures ?

J'ai hâte.

Je suis vraiment désolé.

Quelle ville épouvantable.

Pourquoi épouvantable ?

J'ai peur de finir mes jours ici.

Je dois aller en ville.

Je vois Kodor à dix heures.

Oui, bien sûr.

Tu dois y aller.

Mais je me demande...

à quoi bon.

Avec ses grands discours...

Je me fiche de Kodor.

Je reste avec toi.

Si c'est ce que tu penses...

Tiens, écoute ça.

Deux cousines célibataires vivaient ensemble dans une petite ville.

La plus jeune était fatiguée de l'autre.

Elle était amoureuse,

et sa cousine n'arrêtait pas de la harceler.

Alors elle l'a empoisonnée.

Avec de la nicotine.

On peut vraiment tuer avec de la nicotine,

aussi facilement ?

Oui.

Assez facilement.

La pauvre.

Oui, c'est une vilaine histoire.

Imagine. Personne n'aurait su la vérité,

mais cette idiote l'a révélé par accident.

Mais de qui tu parles ?

Comment ça, de qui ?

Tu n'écoutais pas ?

Ton point de vue est assez intéressant, tu ne trouves pas ?

Et pourquoi ?

Elle aurait pu enfin vivre sa vie.

Librement.

Mais, Lizzy...

tu parles de...

Allons. Tu ne veux pas comprendre.

En fait...

je vais aller voir Kodor, finalement.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Mon pied...

J'ai une terrible crampe.

Montre-moi.

Vous êtes vivant !

J'ai rêvé de vous cette nuit, c'était affreux...

Assise à une fenêtre, je vous pleurais.

Et en arrivant ici, j'ai vu une foule autour d'un corps,

et vous n'étiez pas là...

Je suis vraiment désolé.

Cette nuit,

en me réveillant de ce rêve,

je suis restée assise longtemps, incapable de me rendormir.

J'ai bien réfléchi.

Si vous le voulez toujours, j'irai à l'hôtel avec vous.

Arrêtez.

Je vous aime tant...

mais...

Vous avez raison.

J'ai compris que j'étais devenu sans cœur.

Je n'ai pas toujours été comme ça.

C'est que...

Dites-moi,

voulez-vous être ma femme ?

Oui.

Oui, je le veux.

Vous parlez sérieusement ?

Croyez-moi,

plutôt mourir que continuer à vivre comme maintenant.

Prenez-moi comme femme,

mais épousez-moi vraiment.

Vous verrez quelle bonne épouse je ferai.

Vous êtes fâchée ?

Pourquoi le serais-je ?

Je ne suis pas en colère.

Ce n'est pas mon style

de me fâcher avec quelqu'un.

Je ne suis pas une de vos traînées françaises.

Écoutez,

vous êtes évidemment fâchée à cause de ma femme.

Ce n'est vraiment pas juste.

Et de toute façon,

pourquoi vous inquiéter d'elle ?

Je serai bientôt divorcé, je vous l'ai dit.

Un divorce...

n'est jamais chose facile.

- Surtout dans un cas comme ça... - Comme quoi ?

Vous n'allez jamais vous séparer d'elle.

Que je vous aime ou non.

Vous savez pourquoi ?

Parce que vous n'êtes pas comme ça.

Vous êtes comme moi.

Vous avez un cœur fidèle.

Maintenant, nous devons aller à la fête.

Je conclus une fabuleuse affaire, mon vieux.

Ils croient tous que je leur fais une faveur.

C'est incroyable, non ?

Allons, crache le morceau.

Qu'est-ce qui t'arrive ?

Tu es méconnaissable.

De quoi tu parles ?

Quand ça ?

Ce jour-là.

Tu veux dire au...

Et tu as vraiment épousé la première femme...

Oui.

Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

Tu as plus de cran que ce que je pensais.

Maintenant, l'heure est aux affaires.

Aide-moi, et tu deviendras riche.

Prends ça.

Attire l'œil, ce soir.

Regardez-le !

Mon plus vieil ami.

Un authentique loup de mer.

Il peut boire son verre en une seule gorgée.

Regardez-le.

Quelle pomme d'Adam...

Quelle âme !

Je compte vous séduire.

M. Kodor,

nous apprécierions beaucoup un récapitulatif

des termes de notre accord.

Un peu de considération pour les dames...

Ne parlons pas affaires ce soir.

Je voulais juste dire...

Chers messieurs !

Ne gâchons pas cette charmante soirée en parlant affaires.

Après tout,

nous sommes tombés d'accord, n'est-ce pas ?

Je pense que certains points méritent...

Chers messieurs, je bois

au succès de notre consortium.

Alors,

voyons.

Tu signes ici et là,

et on en a fini.

Je t'ai dit que tu aurais ta part de gâteau.

Consortium pétrolier Kodor & Fils...

Je ne savais pas que tu avais des fils.

Pas que je sache,

mais c'est plus classe comme ça, tu ne trouves pas ?

De quoi s'agit-il, exactement ?

"De quoi s'agit-il..."

En quoi ça te regarde ?

Tu confirmes que personne ne s'est opposé à l'accord.

Tu sais,

je veux rouler ces gens.

Juste un peu.

Mais ils ne vont pas faire faillite ?

Et pourquoi pas ?

Tu parles !

Qu'es-tu donc ? Un puceau ?

Dis que tu ne veux pas signer,

et on en reste là.

Très bien.

5 - De l'insaisissable réalité

Dites-moi très honnêtement.

Croyez-vous en une intelligence supérieure ?

Une quoi ?

De quoi parlez-vous donc ?

Vous ne croyez pas au mouvement des étoiles,

à un ordre cosmique ?

Pourquoi les gens comme vous en appellent aux étoiles ?

Pourquoi pas à une carotte ?

Une carotte ?

C'est un miracle de la nature, comme les étoiles.

Tu es mignon quand tu es ivre.

En tout cas,

ces deux héritières millionnaires

que j'ai rencontrées chez Kodor...

L'une ressemblait à un gâteau à la vanille,

et l'autre avait une taille...

de violon.

Quel poète tu fais.

Toutes les deux...

je te le jure...

m'ont demandé ma main.

Mais comment épouser les deux

en même temps ?

Tu ne leur as pas dit que tu avais déjà une femme ?

Bien sûr que si !

Elles s'en fichent éperdument.

C'est drôle...

Hier, on m'a aussi demandé ma main.

Tu me laisserais partir ?

Si vous souhaitez que je rassemble des preuves pour un divorce,

que je prenne les parties en flagrant délit,

c'est un tout autre tarif

que pour juste fournir une liste

d'où, avec qui et combien de fois madame le fait.

Maintenant...

si vous avez aussi besoin des détails intimes,

les positions,

les accessoires utilisés pendant l'acte...

Mais...

je ne suis pas sûr qu'il y ait un acte.

Voulez-vous vraiment savoir ?

Parfois, mieux vaut ne pas savoir.

Je voudrais savoir ce qu'elle fait toute la journée.

Je vais vous dire une chose.

Je fais ça depuis trente ans.

Suivre des femmes m'a donné les pieds plats et des rhumatismes.

Vous ne croiriez jamais ce dont elles sont capables.

D'après mon expérience, cher monsieur,

une femme innocente, ça n'existe pas.

Oui ?

Tu peux fermer ma robe, s'il te plaît ?

Lizzy, dis-moi sincèrement,

qui t'a demandée en mariage l'autre jour ?

Quel grand nigaud tu fais...

Incroyable que tu m'aies prise au sérieux.

Vraiment incroyable.

Un quart de livre de farine, s'il vous plaît.

Pour quoi en avez-vous besoin ?

Quoi ? Comment ça ?

Je voudrais de la farine.

C'est pas compliqué, si ?

Monsieur, nous avons neuf types de farine.

C'est pour une pâte levée ? Une pâte feuilletée ?

Ou peut-être pour cuisiner ?

C'est ça, cuisiner.

Coucou, ma chérie.

Est-ce que je t'ai dit que je partais pour Bruges ce soir ?

Oui.

Kodor m'a enfin trouvé du boulot.

Je serai parti deux jours, donc...

À dans deux jours !

Au revoir !

Tu n'es pas parti ?

Le voyage a été annulé.

Qu'est-ce que c'est ?

Non, s'il te plaît, n'y va pas !

Et pourquoi ça ?

Ne me laisse pas seule !

Savez-vous qui a frappé à notre porte ?

Vous l'avez vu ?

Oui.

Alors ?

C'était moi.

Et pourquoi, je vous prie ?

Vous avez pris la clé de l'immeuble et ne l'avez pas rendue.

Vous avez raison.

Et pourquoi vous avez besoin de cette maudite clé à l'aube ?

On est vendredi.

Et alors ?

Je dois aller au marché.

Je suis déjà en retard.

Ils vont me faire payer le double, ces voleurs.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Qu'est-ce que tu gardes dans tes poches ?

De quoi tu parles ?

De ça...

Ça...

Je te laisse deviner ce que c'est.

C'est...

C'est un peu de cocaïne.

Pourquoi as-tu besoin de cocaïne ?

Bon sang, moi aussi j'ai besoin de rendre ma vie supportable.

C'est de la farine. Rien de plus.

Je voulais en saupoudrer le seuil

pour savoir qui grimpe dans notre lit

quand je ne suis pas là.

Tout à fait étrange.

Ma conclusion est que...

votre épouse semble vous être fidèle.

C'est une personne charmante.

Je ne peux que vous féliciter.

Mais vous savez,

je peux continuer à moitié prix un mois de plus.

Les amants s'absentent parfois longtemps.

Donnez-moi la facture et tenons-nous-en là.

Elles sont magnifiques !

Tiens.

Tu deviens un vrai gentleman.

C'est la première fois que tu m'offres des fleurs.

Je vais les mettre dans l'eau.

Joli !

Tu te sens bien ?

Tu es pâle comme la mort.

Capitaine !

Quel honneur !

Votre réputation vous précède.

Un cigare ?

Non, je vous remercie.

Trêve de bavardage. Comment puis-je vous aider ?

Je n'irai pas par quatre chemins.

J'ai besoin de travail.

Comment se fait-il...

Mais c'est un honneur que vous nous ayez choisis.

Le Yasmina part pour Le Cap,

avec une cargaison de drap fin anglais.

Je mute le capitaine sur un autre navire

et vous prenez sa place.

Non, à vrai dire...

il me faut un travail à terre.

Je vois.

J'en suis navré.

Une maladie dans la famille ?

Quelque chose comme ça...

Fred !

Le capitaine Störr a des problèmes personnels.

Aurions-nous du travail pour lui ?

Suivez-moi, je vous prie.

Tu travailles encore ?

Mon Dieu...

Tu devrais voir tes yeux.

Pourquoi ?

À quoi ils ressemblent ?

Ils sont très...

perçants.

Tu es en colère contre moi ?

J'ai fait une bringue magistrale, ce soir.

J'ai bu du champagne.

J'ai même bu du porto,

si tu veux savoir.

Alors je suis un peu pompette.

Sais-tu à quel point

la cigarette et le chocolat vont délicieusement ensemble ?

J'ai appris ça d'un jeune homme,

ce soir.

Tu aimerais goûter ?

J'en ai gardé un pour toi.

Ensemble...

Je les laisse ici.

Je vais au lit.

Tu veux me rejoindre ?

Tu travailles tôt aujourd'hui.

C'est pour quoi ?

Comment ça ?

C'est clair.

Je te demande pourquoi tu as besoin d'argent.

Je déjeune en ville aujourd'hui.

Et puis, j'ai mes frais.

Pourquoi tu ne déjeunes pas à la maison ?

Ces repas sont payés.

Voilà un sujet de la plus haute importance.

L'argent n'entre pas à flots, en ce moment,

au cas où tu n'aurais pas remarqué.

Si tu le dis...

Tu t'es bien amusé ?

Tu es grotesque.

Voici le menu pour la semaine prochaine.

Si quelque chose ne vous convenait pas,

je pourrais faire des changements.

Très bien, ça ira, merci.

Non, je vous le lis,

je n'ai pas de copie.

Je descendrai plus tard.

Là tout de suite...

À vrai dire, je ne suis pas monté pour le menu,

mais pour clarifier les choses à propos des carottes.

Les quoi ?

Comment dites-vous cela...

L'âme éternelle d'une carotte.

Ou d'un concombre.

Ou d'un tuyau...

Je ne vais pas vous expliquer votre propre idée.

Ma femme ne se sent pas très bien...

Que ne le disiez-vous ?

Attendrait-elle une petite chose ?

Non, pour l'amour du ciel !

Excusez-moi...

Déjà terminé ?

Vous tenez toujours le délai.

Qu'est-il arrivé à ces classeurs ?

Je suis désolé.

Ne vous en faites pas. Tout est lisible,

et vous connaissant,

je suis sûr que tout est impeccable, comme d'habitude.

Bien. Votre paye sera prête la semaine prochaine.

En fait...

pourrais-je être payé aujourd'hui ?

Je crains que non.

Revenez me voir dans trois jours.

Bonsoir. Un sachet, s'il vous plaît.

Avec plaisir.

50 centimes, s'il vous plaît.

Ça ira.

- Bonne soirée. - Également.

Pourvu que vous évitiez la pneumonie.

Merci.

Alors, après ce que vous m'avez raconté,

comment voyez-vous les choses maintenant ?

C'est pitoyable.

Pourquoi ?

Même me noyer, je n'y arrive pas.

Elle est bonne.

Non mais vraiment,

dites-moi.

À vous de me dire.

Pourquoi je ne peux pas mettre de l'ordre

dans ma lamentable petite vie ?

Qui le peut ?

Apparemment, presque tout le monde.

Vous avez déjà vu un porcelet ?

Quoi ?

Un petit être tout doux.

Il se met à couiner

quand des inconnus l'attrapent pour le manger.

C'est notre lot sur Terre, plus ou moins.

Que l'on couine ou pas est sans grande importance.

Croyez-moi, ce monde n'est pas fait pour nous.

Il n'est pas fait pour notre âme.

Elle n'y est pas chez elle.

Alors ne soyez pas surpris.

Vous rendez-vous compte de votre chance ?

Vous pouvez simplement vous lever

et laisser tout ce malheur derrière vous.

Ça ne fonctionne pas, c'est tout.

Et alors ?

Vous avez raison, mais...

Pour ma part, je le ferais si j'étais à votre place.

Moi, je le ferais.

J'imagine

que je suis déjà mort.

Mais avant de mourir...

je revis une dernière fois...

et je m'enfuis.

Je reçois un bref sursis,

quelque part.

Un inconnu échoué sur un rivage inconnu.

Et...

n'est-ce pas seulement cela, vivre ?

Recevoir un sursis après l'autre ?

6 - Du détachement

Bonjour, mon grand capitaine !

Viens avec moi.

Je vais boire du punch à une fête.

Ma foi...

Pourquoi pas plutôt une soirée en ville ?

Très bonne idée !

Je ne peux pas être là ce soir.

Tu m'excuseras auprès d'eux.

Dis-leur que je suis enrhumée.

Devine quoi...

J'ai rencontré quelqu'un.

Il est...

Il est beau,

et même très beau.

Il a les yeux bleus,

les cheveux blonds,

les épaules larges...

Il a un je-ne-sais-quoi...

À demain.

Madame !

Puis-je vous accompagner ?

Je n'offre qu'une brève compagnie.

Brève et éphémère...

Les gens font connaissance dans les dancings, de nos jours.

Alors je vous suggère d'y tenter votre chance.

Je vous en prie, ayez du cœur.

Bientôt, je partirai pour toujours,

loin d'ici, au bout du monde...

Je suis marin, voyez-vous.

Capitaine de navire.

Êtes-vous vraiment capitaine ?

Vous n'en avez pas l'air.

Je n'en ai pas l'air ?

Je dois être ici depuis trop longtemps.

J'ai traversé bien des épreuves, dans cette ville.

Lesquelles ? Racontez-moi.

J'aimerais vraiment le savoir.

Mon cœur est tourmenté.

Chère madame, il est en miettes.

Vous oubliez une chose, monsieur.

Laquelle ?

Il se trouve que j'ai un mari,

que j'aime profondément.

Vous aimez votre mari ?

Est-ce donc si étonnant ?

Mon Dieu,

quelle sorte de mari peut-il être ?

Quelle sorte ?

Tout d'abord, il est très gentil.

Mais il y a une chose encore plus importante,

c'est qu'il est honnête.

Ça alors,

un mari sans le moindre défaut.

Il en a pourtant un.

Et lequel ?

Il s'inquiète trop.

Mais... vous, par exemple...

lui êtes-vous fidèle ?

Quelle risible question...

Délicieusement stupide.

Bien sûr, je lui suis fidèle.

Vous l'ignoriez, cher capitaine ?

Si vous êtes vraiment capitaine...

Alors...

Allons, gros bêta.

Tu m'as proposé de m'emmener quelque part.

Je commence à avoir froid aux mains.

Attention.

Tu ne m'as jamais fait la cour.

Fait la cour ?

Oui.

La cour, c'est essentiel.

Tu sais, j'aurais pu mourir pour toi,

tant je t'aimais.

Et maintenant, c'est fini ?

Oui.

C'est fini.

Quel dommage.

Oui.

Dommage...

Ou peut-être pas.

C'était peut-être trop.

Tu es fiévreux.

Tu as la tête brûlante.

Rétablis-toi.

Je t'en prie, rétablis-toi.

Tu verras, je serai sage.

Quel jour sommes-nous ?

Mercredi.

Je n'ai été malade que deux jours.

J'ai eu l'impression que c'était plus long.

Oui, ça a été long.

Nous sommes déjà en avril, mon chéri.

Comme tu es pâle.

De quoi as-tu vécu ?

J'ai vendu quelques bijoux.

Ça a été difficile, n'est-ce pas ?

Oui.

Mais c'était beau.

C'est arrivé il y a quelque temps.

Qu'est-ce que c'est ?

Les fichues actions pétrolières de Kodor.

Peut-être un jour nous rendront-elles riches.

Qu'est-ce que c'est ?

Une odeur de melon ?

Non, d'huile de lin !

Oui.

C'est ça.

Vous vous y connaissez en huiles végétales, peut-être ?

À vrai dire, oui.

Tiens donc... Qui l'eût cru ?

D'où êtes-vous originaire ?

D'un petit village près d'Arnhem.

Mais mon enfance là-bas est bien loin.

Vraiment loin.

Intéressant...

Ma grand-mère était de là-bas.

Quel village exactement ?

Rijssen.

Moi qui vous prenais pour une espèce de Flamand.

Non.

Cela fait trente ans que je ne suis pas rentré.

Je vais mourir sans avoir remangé un bon hutspot.

Ou des bitterballen.

Des bitterballen, oui.

Avec une pincée de cannelle

de Ceylan... ou de curry.

J'ai besoin de quelqu'un de fiable pour nos lignes des Indes orientales.

Un engagement à court terme ne m'intéresse pas.

C'est ce que je recherche.

Bien.

Il s'agit du Jasmina,

qui mouille à Cuxhaven.

Il doit partir dans une semaine.

J'espère que cela vous convient.

J'aimerais emmener ma femme.

Votre femme ?

Vous êtes jeunes mariés ?

Pas exactement.

Ou vous aimez à ce point la compagnie de votre femme ?

Oui.

C'est tellement rare.

Je fais davantage confiance aux gens heureux.

Alors...

dans une semaine, vous lèverez l'ancre vers Java,

accompagné de votre femme.

Suis-je en plein rêve ?

Accompagnez-nous !

Nous allons à un bal costumé.

Notre harem n'a pas de gardien !

Merci.

Champagne ?

Qui voilà...

Nous sommes là-bas,

avec Kodor.

Venez donc le voir.

Qu'il aille au diable.

Venez,

ou c'est à moi qu'il en voudra.

Pourquoi pas ?

Quelle surprise...

Giacomo en personne.

Pourquoi tu manges en solitaire ?

Tu as divorcé, peut-être ?

Oui, c'est ça.

Il faut célébrer ça !

Connaissez-vous "Les Flots salés" ?

Le marin navigue pour sa paye

Sur tous les flots salés

Bien qu'il n'y ait nulle femme à bord

Sur aucune des mers du globe

Sur tous les flots salés

Et quelle que soit l'humeur des hommes

Sur tous les flots salés

C'est bien le vent qui tient la barre

Sur toutes les mers du vaste globe

Sur tous les flots salés

Et nous boirons une fois au port

Sur tous les flots salés

Des chopes pleines de bière amère

Sur toutes les mers du vaste globe

Sur tous les flots salés

Une fois repartis pour de bon

Sur tous les flots salés...

Formidable !

Très viril, pour sûr...

Dommage que ta femme ne t'ait pas entendu.

Je me demande ce qu'elle fait ce soir.

Qui étaient ces gens ?

Je n'en ai aucune idée.

Ma femme était dans la voiture ?

Bien sûr que c'était elle.

Ils allaient où ?

À la gare centrale.

Capitaine...

Bonjour.

Maintenant, passe-moi les actions, s'il te plaît.

Quelles actions ?

Les actions pétrolières. À ton avis.

Réglons ça sans faire de scène.

J'ai besoin d'une dernière chose.

Tiens, je te dicte.

"Avec l'aide de mon amant...

"je t'ai volé ces actions.

"Je suis navrée de reconnaître...

"que j'ai mené une vie sans honneur."

Maintenant, signe.

Pardonne-moi.

J'en ai besoin pour le divorce.

Parce que je ne paierai pas de pension.

7 ans plus tard

Si j'avais un fils,

que lui dirais-je en guise d'adieu ?

Je ne lui décrirais peut-être que cette matinée.

Cela devrait suffire.

Et puis, on ne peut pas donner de conseil.

Je lui dirais que la vie est évanescente...

Qu'elle est faite d'espiègles variations.

Qu'il est vain d'y chercher une intention cachée,

but organisé ou visée supérieure,

car il n'y a rien.

Parce que, de même que la lumière glisse au-dessus de nous,

la vie glisse à l'intérieur de nous.

Alors que dirais-je à mon fils ?

Qu'il devrait apprendre à apprécier cet infini cortège,

sans chercher à s'y opposer de toutes ses forces,

comme je l'ai fait une fois.

Alors il deviendra une créature telle que Dieu l'a souhaitée.

Une créature qui vit sans entrave,

et qui disparaît sans entrave.

Bonjour, madame.

Je suis une vieille connaissance.

C'est vous, capitaine ?

Qu'il est doux d'entendre votre voix.

Je l'ai reconnue tout de suite.

Vous rappelez-vous la soirée où nous nous sommes rencontrés ?

Croyez-le ou pas, je me rappelle même ce que nous avons bu.

À propos, j'aimerais...

Et Lizzy, la pauvre...

Elle était si ravissante, ce soir-là.

Quelle adorable créature elle était...

Pensez-vous toujours à elle, la pauvre chérie ?

Pourquoi l'appelez-vous "la pauvre" ?

Vous l'avez dit deux fois. Je ne comprends pas.

Elle n'a pas l'air malheureuse. Je l'ai vue dans la rue, aujourd'hui.

Elle ne semble pas avoir vieilli.

Mais...

Pardon, mais...

de qui parlez-vous donc ?

À votre avis ?

Je dois dire que la voir dans ce petit manteau noir,

c'était drôle, parce que...

on ne voit plus cette coupe droite, de nos jours, mais...

sa silhouette était restée la même.

Portait-elle un col fermé au cou ?

Oui, un col fermé.

Et bordé de fourrure ?

Oui...

Une fourrure de couleur claire.

Mon Dieu, alors c'était sûrement elle.

Parce que je lui ai envoyé ce manteau de Paris,

juste avant sa mort...

Je vous demande pardon ?

Vous ne saviez pas ?

Vous n'êtes pas au courant que ce cher ange n'est plus là ?

Cela fait six ans déjà.

Mais c'est merveilleux, la chance que vous avez,

d'avoir reçu cette lumineuse visite aujourd'hui.

Et quelle lumineuse compagne elle a été,

le temps qu'elle a vécu à vos côtés.

Elle vous est apparue aujourd'hui.

Après tout, elle vous a tant aimé.

L'HISTOIRE DE MA FEMME

Adaptation : Hélène Geniez

Sous-titrage : HIVENTY

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