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-Je suis dévasté,
Vanessa. Comment peux-tu imaginer tirer un trait
sur l'histoire d'amour la plus belle,
la plus pure,
la plus lumineuse qui ait jamais existé ?
Comment penses-tu vivre sans le goût de ma peau,
ma bouche,
nos caresses, nos baisers ?
Ta lettre de rupture te trahit.
Elle dit à quel point tu n'aimes que moi.
Alors pourquoi vouloir me faire du mal ?
Moi qui étais l'homme le plus fidèle
de tous, avec toi.
J'ai fait la promesse à Dieu que jamais,
non, jamais
tu ne ferais partie de mon passé.
-Allez-y. Dites-le :
"Malheur à l'homme par qui le scandale arrive.
"Matzneff, il est trop beau,
"il est trop libre, trop heureux, trop insolent,
"il est trop amoureux." Alors, je ne suis peut-être pas
comme tout le monde, mais je ne renierai jamais
mes complices. - Mais enfin...
à vous entendre,
on croirait que vous appartenez
à une association de malfaiteurs.
-Il n'y a que les juges pour parler des malfaiteurs.
Je suis peut-être un pêcheur,
mais cela ne regarde que mon confesseur et moi.
Le mea culpa,
c'est sur sa propre poitrine qu'on le frappe,
pas sur celle de son voisin ou de sa voisine.
Pardon, chère amie.
-Votre voisine serait ravie que vous visitiez
sa poitrine.
-Le vrai reproche que me font ces "honnêtes gens",
c'est d'avoir le courage
d'être moi-même, de ne rien regretter,
et d'écrire, comme aimait à le dire Tolstoï,
avec le sang de mon cœur.
"Il n'est peut-être autour de moi que des fantômes,
"mais ce dont je suis sûr, c'est que les vivants, eux,
"sont dans mes livres."
-Oui, chérie.
-Tu aimes lire Vanessa ?
-Ah oui.
Elle adore la littérature.
Elle préfère les livres à toutes les distractions
des enfants de son âge.
-Un tempérament littéraire. Intéressant.
Moi à 11 ans,
j'ai découvert Les Trois Mousquetaires.
C'est grâce à Dumas
que je suis devenu cavalier.
La lecture d'un livre
peut changer le cours d'une vie.
Il est donc capital
de rencontrer ses maîtres le plus tôt possible,
quand l'esprit se forme.
Qui as-tu déjà
admiré, Vanessa ?
-Vanessa, à 13 ans, elle a déjà tellement lu.
Elle adore Cohen, Dostoïevski, Tolstoï...
Elle est beaucoup plus cultivée que sa propre mère.
Ah oui, oui, vraiment.
Non, non, je vous assure.
-Dostoïevski, Tolstoï.
Il faudra que nous en parlions, Vanessa.
Je crois que nous avons beaucoup de points en commun.
-Gab la Rafale ?
-C'était mon surnom au service militaire.
-Ah bon ?
J'aurais jamais pu imaginer ça.
-J'étais le meilleur au fusil-mitrailleur.
Et comme disait mon adjudant : "Matzneff, à 200 m,
"il mettrait une balle dans le cul d'une mouche."
-Une petite idée pour le Goncourt ?
-C'est le même jury que l'année dernière.
J'étais un peu déçue. - "Déçue" ?
-J'accroche pas du tout, Duras, moi.
-L'Amant, c'était...
-Oui, ça fait vendre. C'est formidable.
-J'ai lu Les Noces barbares
de Queffélec. Écoute... c'est assez surprenant.
Et toi ?
-Moi, j'ai adoré Besson.
-D'accord. Dara ?
-Dara. C'est exceptionnel.
-Où habitez-vous exactement ?
-C'est un très bon choix,
mais ce livre n'est pas pour une jeune fille de votre âge.
Vous tenez à lire cet écrivain ?
-Oui.
-Alors celui-ci vous conviendra mieux.
-Vanessa ?
Tiens, voilà le courrier.
-"Chère Vanessa,
"c'est d'une plume trempée
"dans le sang de mon cœur que j'ose vous écrire aujourd'hui.
"Mais cette plume
"est impuissante à vous dire le trouble délicieux
"que vous avez fait naître en moi.
"J'ai tenté en vain de lutter contre le sortilège
"de vos beaux yeux posés sur moi, ce soir de novembre.
"Vous me hantez.
"Vous n'êtes pas comme les autres.
"Chère Vanessa, quelle enchanteresse êtes-vous ?
"Je voudrais être le confident
"de votre cœur et le gardien de vos secrets.
"Mêler vos doigts aux miens suffirait à mon cœur...
"Je ne me connaissais pas si vulnérable.
"Ma douce princesse, je m'inquiète.
"Peut-être ai-je tort, mais je ne puis me raisonner.
"Chère Vanessa, votre absence
"me torture.
"Ne pas avoir de vos nouvelles m'est insupportable.
"Vous n'êtes pas comme les autres.
"Je l'ai perçu dès le 1er instant. Chère Vanessa...
"Vous le méritez...
"Je serai l'homme
"le plus heureux de lire
"en retour aux miens vos mots précieux.
"Ma douce princesse,
"ne me répondez que lorsque vous m'en jugerez digne,
"lorsque vous serez prête.
"Je rêve de vous, jour et nuit."
-Alors, composition du sujet.
-C'est qui ?
C'est ton père ? - Sujet du verbe à l'ablatif,
participe du verbe à l'ablatif.
Alors...
Je vous écoute, le sujet du verbe à l'ablatif,
c'est quoi ?
Springora, vous êtes avec nous ?
Vous n'imaginez pas
que vos excellentes notes vous dispensent de suivre avec les autres.
"Attention à l'hubris qui perd les héros."
Pour la prochaine fois,
vous chercherez le sens de ce mot :
hubris. H.U.B.R.I.S, et vous l'expliquerez
à vos camarades.
Alors, ce participe...
-Madame ?
-Volontaire pour réciter ?
-Euh...
L'hubris, madame, chez les Grecs,
c'est l'orgueil démesuré.
C'est une faute qui cause la perte des hommes,
des héros dont vous parliez.
Œdipe, par exemple.
C'est à cause
de son orgueil démesuré qu'il connaît un sort tragique.
Est-ce que je dois chercher encore, madame,
ou est-ce que cela suffit pour vous ?
-ET PUIS L'ANNÉE D'APRÈS
JE RECOMMENCERAI
JE ME PROSTITUERAI
POUR LA POSTÉRITÉ
LES NOUVELLES DE L'ÉCOLE
DIRONT QUE JE SUIS PÉDÉ
QUE MES YEUX PUENT L'ALCOOL
QUE JE FAIS BIEN D'ARRÊTER...
JOYEUX ANNIVERSAIRE
JOYEUX ANNIVERSAIRE
JOYEUX ANNIVERSAIRE, VANESSA
JOYEUX ANNIVERSAIRE
-Ce n'est pas grand-chose. Disons
un encouragement de ma part.
-Merci.
Ça me touche vraiment. Vraiment beaucoup.
-Champagne !
-Écrire, eh bien, ça peut paraître idiot,
mais ça commence d'abord par s'asseoir à une table...
-Et écrire tous les jours.
-Voilà.
-Écoutez...
je ne peux rien vous dire encore, mais...
Mais je... - Fais voir, ma chérie.
C'est magnifique.
Merci, Jean-Didier.
-Je vous en prie.
-Vanessa a tellement de facilités.
Je lui dis d'être exigeante avec elle-même.
Suis les conseils de Jean-Didier.
Un critique littéraire comme lui sait de quoi il parle.
Je suis si fière de toi, ma chérie,
et ce n'est qu'un début.
Merci.
-On écrit quand on va bien.
-C'est pour ça que je veux que tu regardes toujours plus haut,
plus haut que toi.
Jamais en dessous.
Tu comprends ?
-Tu ne veux pas rester dîner ?
-Je ne peux pas, tu sais bien.
-Tu vas lui parler quand ?
-On se voit la semaine prochaine.
D'accord ?
Embrasse ta fille.
-Y a pas de secret entre toi et moi ?
C'est notre pacte à nous deux.
Il y a nous et le reste du monde.
Les hommes finissent toujours par se comporter comme des salauds.
Ton père déjà...
-Tu devrais aller te reposer un peu.
Je m'occupe du dîner.
-Je suis heureux de vous voir, Vanessa.
Si heureux.
Il ne faut pas avoir peur.
Je vous en prie.
C'est ici que j'écris.
Non.
-Je lis des livres pour adultes, vous savez.
-Ces livres-là, nous les lirons ensemble,
quand nous nous connaîtrons mieux.
Assieds-toi.
Je peux te tutoyer ?
-Je ne sais pas
si je devrais être ici.
Peut-être... qu'il vaudrait mieux
que je parte ?
-Non. Vanessa,
mais tu n'as rien à craindre de moi.
Je te le jure devant la Sainte Vierge.
-La Sainte Vierge ?
-Regarde là.
Elle nous protège.
N'allons pas trop vite.
-J'étais avec Gabriel, maman.
-Je connais pas.
Il est dans ta classe ?
-Mais non.
Regarde, il m'a écrit un poème.
Il m'aime, il me l'écrit.
C'est vrai, regarde.
Regarde.
-Qu'est-ce que tu as fait ?
-Maman ?
-Tu ne le connais pas. C'est un vicieux, un débauché.
-Ah non !
Non, tu te trompes, je t'assure.
Il est pas comme ça. Il me respecte, maman.
Lui, il m'aime.
-Non, il ne t'aime pas. Il désire ta jeunesse.
Oh !
C'est un pédophile.
T'es pas au courant ?
Mais enfin, tout le monde le sait.
-Tu le savais quand tu l'as raccompagné ?
-Si tu le revois, je t'envoie en pension.
-T'as pas le droit.
Je l'aime.
-Je suis ta mère. J'ai tous les droits.
Tu m'entends ? Tu es sous ma responsabilité.
-Ta responsabilité ?
Ta fille à l'arrière d'une voiture avec un pédophile ? C'est ça ?
C'est n'importe quoi, ce que tu dis,
je suis plus une gosse.
T'es jalouse,
en fait.
T'es jalouse.
C'est ça ?
Si tu m'empêches de vivre cet amour, j'arrêterai le collège.
Je m'en fiche ! J'irai vivre dans un squat !
Dans mon bahut, il y a une fille qui s'est pendue dans sa chambre.
J'en suis capable si tu me sépares de lui ! Tu m'entends !
-Nous ne faisons rien de mal.
Ce qui se passe entre nous, c'est beau, c'est très rare.
Pourquoi une fille de 14 ans n'aurait pas le droit d'aimer qui elle veut ?
-Peut-être que quand tu me connaîtras mieux, tu seras déçu ?
-Je sais parfaitement qui tu es.
Toi et moi, nous sommes les mêmes.
Ta mère, elle a peur de ce qu'elle ne connaît pas.
Nous allons leur prouver que le grand amour existe.
-Le grand amour, je ne l'ai lu que dans les livres.
-Rassure-moi, tu n'as pas peur ?
-Non.
Et puis j'ai fait des choses, déjà,
avec Julien.
-Julien ? C'est qui, Julien ?
C'est un garçon de ton âge ?
-C'est quand j'étais petite.
-Bah dis-moi. Raconte-moi.
-On n'a pas fait l'amour.
On s'est juste caressés,
en vacances.
C'était pour jouer.
-Caressés ? Mais tu étais toute nue ?
-Parfois, presque.
-Mais tu vas le revoir, ce Julien ?
Il habite où ?
Il y a quelque chose entre vous, toujours ?
-Non.
Non. - Non ?
-Il ne m'intéresse plus. Je te le jure.
-Tu en es sûre ?
Je vois bien, dans tes yeux, tu ne me dis pas tout.
Dis-moi la vérité.
Il te plaît toujours ?
-Non.
Non. Et...
Il a une copine maintenant.
Ça n'arrivera plus, je te le promets.
- Tu me le promets, Vanessa ? - Oui.
-Tu me le promets ?
-Oui.
Oui, et puis...
C'est un gamin, tu sais, ça rien à voir avec toi.
-Mais tu es toujours vierge ?
-Moi, oui.
Oui, évidemment.
Ma première fois, je voulais la vivre avec quelqu'un que j'aime,
et qui m'aime aussi.
-Excuse-moi.
Excuse-moi.
Tu sais, je t'aime tellement, c'est pour ça,
je ne supporte pas, je ne supporterai jamais
qu'un autre puisse poser ses mains sur toi.
Ça me rend dingue, ça. Tu comprends ? Et puis...
ça aurait pu être terrible pour toi, traumatisant.
Ta première fois avec un garçon brutal, sans expérience.
C'est une chance pour toi que je sois le premier.
Tu sais...
je ne suis peut-être pas parfait...
mais je maîtrise l'art de l'amour.
Je serai pour toi le meilleur des professeurs.
Tendre...
persévérant...
et imaginatif.
-Pardon, pardon.
-Ne t'inquiète pas.
Je vais prendre le temps.
Parce que c'est toi.
Parce que tu es unique.
Tu trembles, mon enfant chérie ?
Tu veux que j'arrête ?
Je ne te forcerai à rien.
Hein, tu le sais ?
-Ça fait mal, ça fait mal, pardon, je suis désolée.
Je suis désolée, pardon.
Ne m'en veux pas. - C'est pas grave.
On peut faire autrement, tu sais.
Comme un petit garçon.
-Jean-Didier a appelé. On pourrait dîner ensemble tous les trois ?
Tu adores parler littérature avec lui.
-Tu fais mal.
-Je ne te demande pas si tu connais Alice aux Pays des Merveilles.
-Bah oui, bien sûr, je connais.
Pourquoi ?
-Ce chef-d'œuvre n'aurait jamais existé
si son auteur n'était pas réellement tombé fou amoureux
d'une petite fille prénommée Alice.
Non, mais aujourd'hui on pousse des cris d'orfraie pour tout.
J'aurais été si fier
que tu m'accompagnes à cette signature.
Qu'on me voie avec ma belle écolière.
Qu'est-ce que tu regardes ?
-Toi.
-Je n'avais pas été aussi inspiré depuis si longtemps.
J'ai écrit sur toi, je n'ai pas arrêté,
des pages et des pages dans mon journal,
des pages à ton image, sublimes.
Tu n'as pas oublié ce que je t'ai expliqué la dernière fois ?
Dans l'amour, rien n'est sale.
Il n'y aucun geste sale ou interdit.
Et quand des choses pourraient te paraître gênantes,
dis-toi bien que tout le monde les fait
et que c'est normal.
Ce n'est que de l'amour.
-Pourquoi t'as fait ça ? C'est mon journal.
Tu me dégoûtes.
T'entends, tu me dégoûtes.
-J'ai peur pour toi.
-C'est ma vie, ça ne te regarde pas.
-Maintenant, je vais devoir lui dire.
Ton père sera d'accord avec moi.
-Moi, je m'en fiche de lui maintenant,
Je ne veux plus le voir.
J'ai plus de père,
je peux perdre ma mère. Ça ne me fait pas peur.
-Vanessa, arrête.
Lâche ce sac, tu n'iras nulle part !
Tu m'entends ? Arrête !
Je vais aller voir les flics.
Je te laisserai pas gâcher ta vie avec ce type.
Il a 50 ans, t'en as 14 !
Il se sert de toi ! - C'est faux.
Des artistes ont vécu des passions avec des filles de mon âge.
Et c'était leurs muses.
Je te parle de grand amour.
Tu n'y connais rien. Qu'est-ce que t'as fait dans ta vie ?
Et t'es seule maintenant.
Et tu me fais de la peine.
Pourquoi tu pleures ?
En plus, tu pues l'alcool.
-C'est bon, vas-y.
Fais ce que tu veux, ça m'est égal.
Faudra pas te plaindre après, hein ?
Vas-y, pars !
-Tu ne la connais pas.
Rien n'a été facile pour elle.
-Je ne veux pas semer la discorde entre vous.
J'ai peur que tu préfères choisir ta mère plutôt que moi.
C'est injuste.
J'aimerais que ma vie soit une page blanche,
mais le passé ne s'efface pas. Avant toi,
j'ai vécu comme un Libertin,
Mais c'est terminé.
Il n'y a plus de place que pour toi.
Tu es ma rédemption, Vanessa.
Mais si toi, tu ne crois pas en moi...
Avant toi, j'ai aimé une autre fille, Francesca.
Elle m'a terriblement fait souffrir.
Elle était jalouse, hystérique, possessive, folle.
Folle.
Elle aurait pu me détruire.
Tu es "l'enfant ultime" que j'espérais.
Et s'il le faut, je me battrai pour t'épouser.
Tu es mon dernier amour.
Culture sans conscience n'est que ruine de l'âme, n'est-ce pas ?
-Comme je n'ai jamais eu d'enfants, je n'ai pas d'expérience ?
-Non, je n'ai rien dit de pareil.
Nous avons tous été des enfants, face à nos parents d'abord.
C'est déjà une expérience.
-Les miens se sont séparés quand j'avais 6 mois.
Je ne les ai jamais vus ensemble dans la même pièce.
Les nurses m'ont éduqué.
Elles m'ont fourni les règles de base :
pas de coudes sur la table.
On ne marche pas sur les pelouses.
On ne pleure pas, surtout quand on est un garçon.
Et qu'est-ce que cela donne à l'âge adulte ?
Des mensonges sur patte. Certainement
courtois et aimables en société,
mais... à quel prix ?
Non, mais je pense
qu'il faut laisser les enfants grandir,
comme ils veulent, à leur guise.
Il faut les laisser se tromper, se faire mal...
Il faut les laisser apprendre. Être soi, c'est exactement ça.
On ne peut pas dire que nos générations,
nous n'avons pas tout à fait le même âge...
que nous ayons été éduqués selon ces principes.
-Eh bien, laissez-moi vous dire...
Tu n'écoutes pas, Vanessa.
Que vous avez su respecter la nature de votre fille,
et je vous en félicite.
Elle est vraiment
différente des autres, elle est...
plus mature, plus authentique...
unique.
-Je peux dormir
chez Gabriel, ce soir ?
-Non, non, je...
Vous ne trouvez pas qu'elle est un peu fatiguée ?
-Maman, s'il te plaît.
-Non.
Ta mère a raison.
Mon enfant chérie,
nous nous verrons demain.
Fais attention à ne pas te noyer dans le chocolat,
c'est de l'engrais pour l'acné.
-Votre maman travaille
dans l'édition, c'est ça ?
-Oui...
-Sa mère et elle sont fusionnelles.
-Votre mère ne voit pas d'inconvénient
à ce que vous chérissiez le scandaleux,
le sulfureux, l'intrépide
cavalier que l'on sait ?
La différence d'âge ne l'inquiète pas davantage ?
-L'amour n'a pas d'âge.
-Tout à fait d'accord. Tu es brillante de penser ainsi.
-Non seulement, je le pense, mais...
je suis prête à le crier haut et fort. - C'est une bonne élève.
-Elle a eu un bon professeur.
- Elle est appliquée. - Et très déterminée.
-Je ne suis plus une enfant.
-Vous êtes absolument adorable.
T'as des nouvelles de Francesca ?
-Oh non, très peu.
-Comment va Marie-Agnès ?
-Très bien. Elle est toujours aussi fraîche, pétillante.
Et bien que je lui aie brisé le cœur,
elle n'est pas encore trop endurcie par la vie.
J'ai revu Diane
qui m'a proposé de participer à sa conférence
à la Sorbonne, je n'ai évidemment pas pu refuser.
Vanessa est différente des autres.
Elle est intelligence.
Elle est en avance sur absolument tous les plans.
Enfin, presque.
-C'est quoi ?
-Une lettre d'amour.
-Pourquoi t'es triste, alors ?
-Je suis émue.
Ses mots sont magnifiques.
Je n'avais jamais lu une lettre
aussi belle. - Je peux voir ?
-Non.
-"Que tu ne sois pas encore prête pour d'autres
"types de rapports que modo puerili,
"ça ne me gêne pas, mais tu dois faire des d'efforts
"pour te montrer plus audacieuse.
"Je pense être très gentil à ton égard, non ?
"Toi aussi, tu pourrais l'être encore plus
"et t'occuper de moi comme je m'occupe de toi.
"Je te l'ai dit, en amour,
"rien n'est sale. Peut-être que je suis injuste,
"ou peut-être que tu es trop jeune pour moi.
"Mais l'insatisfaction chez un homme
"est source de douleur,
"et mon enfant ultime,
"j'ose espérer que tu veuilles me rendre véritablement heureux."
Vanessa ?
Tu n'es pas avec tes petits camarades de classe ?
-Je les trouve de plus en plus débiles.
Je n'ai plus rien à faire avec eux.
Et plus rien, plus personne ne m'intéresse à part toi.
Si tu me quittes, je me tuerai.
Je suis ton écolière, et ton enfant,
ton amante,
ton petit garçon, je serai tout ce que tu désires.
Demande-moi ce que tu veux.
Que pourrais-je faire pour combler mon professeur préféré ?
-Que son écolière s'applique à lui montrer ce qu'il lui a appris.
-Maman...
Maman, j'ai mal. Maman...
Appelle Gabriel !
-Je reviendrai vous voir demain.
Au revoir, Vanessa.
-C'est qui le zozo qui vient de me fusiller du regard ?
-C'est un psy, c'est un ami de ma mère.
-Mmh.
-C'est un rhumatisme articulaire aigu.
Lui croit que je somatise.
Je ne sais pas ce qu'elle lui a raconté.
-Hum. Oui, je vois.
Je vois, je vois.
Bon d'abord, je m'assois.
Un peu en arrière.
Je travaille mon regard.
Intense, le regard.
Alors...
je vous écoute... hein...
Même si j'ai déjà une idée sur ma jeune patiente.
Jolie, très jolie.
Très, très
jolie.
Je l'interroge sur ses rêves, et je la laisse parler.
Si elle pouvait me faire vite un transfert.
Bon, je sais, ça n'est pas éthique,
mais c'est pour ma cause.
Évidemment, je ne lui dis pas.
Mais, j'affûte mes armes.
Vite, et attention,
une citation puissante pour l'étourdir.
Voilà, celle-là : "Le rêve est le gardien du sommeil"
Voilà, elle ne résiste plus.
Je la tiens.
Allons, l'estocade finale.
Manquerait-elle de repères, père...
repère...
Gagné.
Ma belle enfant,
consultez plutôt le docteur Gabriel.
Lui vous dira que votre maladie n'est pas psychosomatique.
C'est une infection,
ou une inflammation.
Quel abruti, ce psy.
Déjà, par nature, je n'ai jamais trop goûté
aux prêches du vieux Sigmund, mais ces conneries
me brouillent avec ces viennoiseries.
Moi...
je préfère les religieuses.
-Elles sont douloureuses ?
-Par moments, mais ça va.
-Vous avez un petit copain ?
-Oui. C'est plus que ça, on est un couple.
-Un couple ?
Ne soyez pas gênée par ma question :
vous avez déjà eu des rapports sexuels ?
-Je voudrais faire l'amour avec lui, mais je n'y arrive pas.
C'est quelqu'un qui fait très attention à moi...
mais à chaque fois qu'il essaye,
ça me fait tellement mal, et ça me panique, alors...
Alors j'ai peur qu'il en ait assez.
Même s'il m'aime,
j'ai peur qu'il en ait assez que je ne me donne pas à lui,
qu'il me trouve puérile et qu'il me quitte.
Ce n'est pas juste.
Je voudrais...
Je voudrais tellement qu'il me voie comme une femme,
et pas comme une gamine.
-Il y a forcément une explication.
Je vous demanderai juste de mettre vos pieds ici.
Très bien.
Ah, vous êtes en effet la vierge incarnée.
Je n'avais jamais vu un hymen aussi intact,
c'est une vraie ceinture de chasteté.
Ne vous inquiétez pas comme ça.
Je peux vous aider si vous le souhaitez ?
Une petite intervention chirurgicale,
sous anesthésie locale, et tout se passera bien,
sans aucune difficulté, sans aucune douleur.
-Je t'aime.
-C'est un grand jour.
Un jour sacré pour toi et pour moi.
Les pages que je vais écrire
seront les plus belles de toute ma vie.
Retourne dans le lit, mon enfant chérie.
-Je n'ai jamais osé te le dire, mais...
moi aussi, j'écris.
Vraiment.
C'est à toi que je consacrerai mon premier livre.
Il ne parlera que de toi.
-Je ne veux rien oublier de ce moment où je t'ai initiée.
Une chose que je n'écris pas,
et j'ai très vite la sensation de ne l'avoir jamais vécue.
Je serai ta mémoire.
Et toi, mon enfant,
tu t'y découvriras comme dans un miroir.
-LES BELLES AURONT LA FOLIE EN TÊTE
ET LES AMOUREUX
DU SOLEIL AU CŒUR
MAIS IL EST BIEN COURT LE TEMPS DES CERISES
OÙ L'ON S'EN VA DEUX CUEILLIR
EN RÊVANT
DES PENDANTS D'OREILLES
CERISES D'AMOUR AUX ROSES PAREILLES
TOMBANT
SOUS LA FEUILLE EN GOUTTES DE SANG
MAIS IL EST BIEN COURT
LE TEMPS DES CERISES
PENDANTS DE CORAIL
-J'ai vu ton vieux mec
en train d'embrasser une autre fille dans le bus.
Mon père m'a dit que c'était un salaud de pédophile.
-C'est bien ce que je dis.
Mes écrits sont et resteront mes pires ennemis.
On se sert de quelques-uns, certainement sans les avoir lus,
pour dire n'importe quoi sur moi.
Et ton petit morveux de copain,
sois bien sûre qu'il ne fait que répéter
ce que ses imbéciles de parents lui ont dit.
-Pourquoi tu ne veux pas que je lise tes livres ?
Qu'est-ce que tu me caches ?
-Je crains simplement que certaines pages puissent te choquer.
Et puis ces écrits ne correspondent plus à l'homme
que je suis devenu grâce à toi.
-Quand je serai plus vieille, tu m'aimeras encore ?
-Grâce à moi,
tu seras éternellement jeune.
J'ai pris une grande décision, Vanessa.
Je vais écrire un roman inspiré de notre rencontre.
Ce sera le témoin de notre amour solaire
et de mon existence réformée pour les beaux yeux
d'une jeune fille de 14 ans.
Elle s'appellera "Allegra",
il s'appellera "Nil".
J'ai pas la suite.
Mais il faudra qu'il y ait
des rebondissements, du suspense.
Nous l'imaginerons ensemble.
Oui.
Allegra.
Nil.
Regarde-moi.
Regarde-moi.
-J'y vais.
-Monsieur Matzneff.
Brigade des mineurs. - Enchanté.
Que puis-je pour vous ?
-Nous voudrions vous parler.
-Mais bien sûr, seulement, je dois me rendre
à une signature. - C'est une visite de routine.
-Très bien. Mais permettez-moi
de dire au revoir à cette jeune étudiante
qui est venue me questionner sur mon travail.
-Bien entendu, monsieur Matzneff.
Merci.
À bientôt.
Nous n'irons plus en même temps à mon studio. Trop risqué.
On ne pourra plus marcher main dans la main ni se promener ensemble.
J'ai passé la journée à cacher toutes les traces de toi.
On nous observe. On nous espionne.
Il faudra s'attendre à tous les scénarios possibles.
Nous avons enfreint la loi.
N'oublie jamais ça.
-Tu ne mesures pas la gravité de la situation.
C'est moi qui peux être condamnée.
Et si je perdais ta garde ?
Imagine que tu te retrouves placée dans une famille d'accueil
jusqu'à tes 18 ans ?
Oh ! Tu te rends compte ?
-Tout s'est déroulé à merveille.
J'ai été absolument remarquable.
Les policiers m'ont assuré qu'il ne s'agissait
que d'une formalité administrative.
Des lettres de dénonciations concernant des célébrités.
"Monsieur, on en reçoit des centaines par jour."
-Je peux vous servir à boire ?
Asseyez-vous. Je vous en prie.
-Je garde toujours sur moi
la lettre élogieuse que François Mitterrand m'a adressée.
S'ils avaient voulu m'arrêter sur-le-champ, je n'aurais pas hésité à leur montrer.
-Mitterrand ?
Vraiment ?
-C'est un grand admirateur de mon travail.
Oui, madame.
La lettre anonyme,
je l'ai lue.
Elle était signée "W., une amie de la mère".
-Une amie de la mère ?
W ?
Ça n'a pas de sens.
Et pourquoi pas
votre ami...
Jean-Didier Wolfromm,
cet écrivaillon raté ?
-C'est vrai que tu as annulé trois de ses invitations.
Il l'a peut-être mal pris ?
-Non, ça ne peut pas être lui.
Il m'encourage à écrire, il est gentil.
-Il t'encourage ?
C'est ce salaud. Il ne supporte pas
qu'on puisse être beau et intelligent à la fois.
Il est répugnant.
Je suis sûr qu'il veut coucher avec toi.
Comment voulais-tu que j'écrive avec cette flicaille sur le dos.
J'en étais malade.
Le Seigneur a mis sur mon chemin de généreux mécènes.
Ils me paieront tout,
la chambre, ainsi que mes repas chez Lipp.
Je les ai remerciés. Sais-tu
ce que le type de la fondation m'a répondu ?
Ne nous remerciez pas, ça n'est rien comparé au plaisir
que nous apportent vos livres.
J'écrirai à Pierre et Yves
pour leur dire à quel point ils savent s'entourer.
Cet hôtel est sans prétention, mais bien situé.
C'est merveilleux, non ?
De la fenêtre, je peux voir ton collège.
Tu fais ça de mieux en mieux.
C'est une félicité.
Qu'est-ce qui t'a pris de te maquiller ?
-Ce soir, c'est un moment exceptionnel, alors...
-Tu veux avoir l'air d'une dame, c'est ça ?
-Non, je voulais être jolie pour toi.
-Ah, Matzneff, vous êtes là.
Quel honneur de vous avoir parmi nous.
-Merci. Bonsoir.
Avez-vous déjà eu le plaisir de rencontrer Vanessa,
ma jeune, très jeune, ma douce, très douce, ma tendre,
très tendre amie, chère à mon cœur ?
-Vous ne mentez donc sur rien.
-Après cette remarquable dispute sous votre regard attentif,
je n'en doute pas Gabriel Matzneff,
et malgré ces lunettes noires... - Non.
-Vos yeux vous posent des problèmes ?
-Oui, j'ai un problème avec mes yeux,
mais c'est surtout dans le cadre de l'action
pour la vertu de M. le ministre de l'Intérieur.
Dès que je viens dans votre émission
sans lunettes noires, avec mes yeux bleus,
quelque temps après, je reçois des convocations
de la brigade des mineurs,
au Quai de Gèsvres.
J'ai troublé les jeunes téléspectatrices.
Les écrivains vont Quai Conti, moi, au Quai de Gesvres.
-Pour conclure cette émission,
lisons ces quelques mots de Gabriel Matzneff.
-Citez-moi. Citez-moi.
Bonsoir, bonsoir.
Merci. Bonsoir.
- C'était fantastique. - Merci beaucoup.
-Merci. C'était très intéressant.
Superbe. - Merci à vous. Bonsoir.
-Merci.
-Gabriel. Gabriel.
-Ne vous inquiétez pas, continuez.
-Gabriel.
Gabriel !
Gabriel !
-Je t'ai cherchée dans le public, je t'ai pas vue.
C'est dommage que Gabriel n'ait pas dîné avec nous.
T'étais placée où ?
J'ai été très attentive, mais je ne t'ai pas vue.
-Et là ?
Tu me vois là ? Hein ?
Je suis en face de toi.
Je suis pas à la télé, d'accord ?
Ça t'intéresse pas ?
-Mais qu'est-ce qui te prend, enfin ?
-Tu veux me voir ?
Putain ! Commence par t'intéresser à moi quand je suis là.
T'es déçue qu'il soit pas venu.
-Arrête.
- Tu verras quoi au concert ? - Vos gueules.
Y a que deux dates.
Il faut vite qu'on prenne des places.
-Eh, ça va aller.
C'est bon.
-Si je les loupe, moi, je me tire une balle.
-Moi, j'adore leur dernier album.
-Ah ouais ?
-Oui. Euh...
Je l'écoute en boucle.
-Ah ouais ?
T'es fan des Cure, toi ?
Je pensais pas du tout que c'était ta came.
-Et c'est quoi ma came, alors ?
Bah si, j'adore, tu vois.
-Tu pourrais venir avec nous si tu veux ?
-Ouais, carrément.
-Ouais, pourquoi pas.
-Son nom à ce jeune con,
c'est quoi ? - Valentin.
-Pourquoi ce type t'invite
si ce n'est pas pour te peloter entre deux chansons,
ou essayer de te coincer dans le noir pour t'embrasser ?
J'espère que tu as dit non ?
Tu ne vas pas te mettre à pleurnicher ?
Je suis épuisé.
J'ai travaillé sur mon manuscrit toute la journée.
Je te rappelle que je pars demain et que j'ai besoin de calme.
Ces quelques jours de cure, sans tabac ni alcool,
à manger des graines et de la salade, sont impératifs.
-Tu vas rester combien de temps en Suisse ?
-Suffisamment pour que tu puisses lire la Bible en entier.
Deux semaines, ce sera pas long.
Tu pourras profiter de la chambre, ou de mon studio. Tu as les clés.
Allez, viens, déshabille-toi.
"Ces enfants à Manille
"sont des culs frais dont je prends un infime plaisir
"à me mettre en quête.
"Quelques billets suffiront à assouvir mon désir.
"Il m'arrive d'avoir jusqu'à quatre gamins
"de 8 à 14 ans dans mon lit
"en même temps
"et de me livrer avec eux aux ébats les plus exquis.
"Oui, ces petits garçons que je mets ici dans mon lit
"sont un piment rare.
"Un sentier d'épices
"dont je me délecte insatiablement."
-Springora, Vanessa ?
Absente.
-Vas-y, retourne-toi, là. Mets-toi devant moi.
Ouais. Allez.
Caresse-toi, tu veux bien ?
Je te regarde, vas-y.
Allez, montre-moi tes jolies fesses.
Comme ça, c'est bien, oui.
C'est bien. T'as vu comme tu m'excites.
Hein ? Tu vois comme tu m'excites.
40 000 francs. J'ai reçu 40 000 francs de l'Académie.
Décidément, des gens bien me soutiennent.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Tu boudes ?
Ça ne te rend pas heureuse pour moi ?
-J'ai lu.
J'ai tout lu.
Tu as vraiment baisé avec des enfants ?
Ces garçons à Manille ?
Et toutes ces filles
que tu décris dans le moindre détail,
avec lesquelles tu couches,
en leur mentant tout le temps ?
Je voudrais seulement qu'on en parle.
Je t'aime.
Si, je t'aime.
Je t'aime, mais je ne te reconnais pas dans ces livres, alors...
Je ne te jugerai pas si tu me dis la vérité.
-Je ne serai que la dernière d'une longue liste.
Vas-y, dis-le à ton tour.
Je connais ce reproche par cœur.
-Mais je ne te fais pas de reproches.
Je veux juste comprendre qui tu es vraiment ?
-Et toi, tu es qui, toi, avec tes questions ?
Une version moderne de l'Inquisition ?
Une féministe peut-être ?
Il ne manquerait plus que ça.
Il n'y a rien de moins séduisant
que ce que tu es en train de faire.
Tu te rends bien compte que tu es ridicule ?
-Ta vie avant moi devait être beaucoup plus agréable.
Tu regrettes,
c'est ça ?
-Il n'y a pas que mes livres et mes petites amies dans la vie.
Il y a d'autres sujets de discussion.
On peut parler politique, religion.
Regarde ce qui se passe dans le monde,
tu t'en rends compte, au moins ?
Dis quelque chose d'intéressant, je t'en prie.
Je ne te comprends plus, Vanessa.
Veux-tu encore m'inspirer ?
Mais en es-tu seulement capable ?
-Mmh.
Non. Non. Non, j'en ai pas envie aujourd'hui.
On pourrait faire autre chose ? Pour une fois ?
-Tu as donc décidé d'être insupportable, c'est ça ?
Marie-Agnès et Diane
n'avaient rien à t'envier au lit, mais elles,
en plus, étaient des modèles de bonne humeur.
Toi, tu ne sais pas profiter du moment présent,
comme la plupart des bonnes femmes d'ailleurs.
C'est dans vos gènes.
Tu ressembles de plus en plus à ta mère.
-Je te signale que je n'ai que 15 ans,
comme tu le sais.
Je ne suis donc pas encore ce qu'on appelle une bonne femme.
D'ailleurs, tu y connais quoi, aux femmes ?
Passé 18 ans
non, 16, plus rien ne t'intéresse chez elles.
-Tu as décidé de me faire souffrir ?
Ou alors, tu veux que je me détache de toi ?
Je m'inquiète sincèrement de l'empreinte
que tu laisseras sur mes lecteurs.
Tu vas finir par les décevoir, eux aussi.
Parce que moi,
quand j'écris, je signe un pacte avec eux,
et je leur dois toute la vérité.
Et la vérité, c'est que j'avais des projets d'avenir avec toi,
des rêves d'avenir.
Mais là, tu me fais peur.
Je vois enfin ton vrai visage
de menteuse hystérique.
-Non.
Ce n'est pas vrai.
- Ce n'est pas vrai ? - Non.
-C'est pas vrai ? Mais alors, attends.
Voilà. Ah, voilà, ça :
"Ton amour pour moi est un soleil qui brille
"et éclaire tout ce que nous avons vécu ensemble
"depuis notre premier baiser."
Ou encore...
Et celle-là, au style plus direct :
"Je veux passionnément avoir encore des milliers de fois
"le vertige quand tu me caresses, trois petits points.
"Avec toi, je redeviens joyeuse, mais aussi folle
"de désir, de ton corps, de ta peau,
"de ta bouche.
"Je t'aime."
Hein ?
"Je t'aime. Et cætera, et cætera."
Étais-tu seulement sincère ?
Parce que, là, moi aussi, j'ai besoin d'être rassuré.
Sois raisonnable.
Vanessa !
Vanessa ?
Déshabille-toi, s'il te plaît.
Déshabille-toi, s'il te plaît.
S'il te plaît.
Féminisme de pacotille,
méchanceté et manipulation,
c'est le syndrome Vanessa.
Elle me persécute.
Son désir de possession me torture.
C'est encore pire que Francesca.
Elle n'a pas son charisme,
elle est simplement prévisible.
C'est un échec.
Ma pauvre petite fille est devenue enragée,
hystérique, insupportable.
- Non ! - Voilà un sacré
portrait de toi dans mon carnet noir.
-Non, t'as pas le droit !
-Et sans la force de notre amour,
Vanessa tombera inévitablement dans l'errance,
la dépravation et la folie.
Et la folie.
-Dans un château tout en miroirs...
une belle princesse aux cheveux d'or
se Languissait de...
De n'avoir jamais rencontré l'amour,
quand un...
Un courageux chevalier vint la sauver.
Il était le plus gentil...
Le plus gentil et le plus beau de tous les nobles du royaume.
Et quand elle le vit...
pour la première fois...
elle sut, immédiatement...
que c'était son...
grand amour...
pour l'éternité.
Et... - Youri ?
Pourquoi elle pleure, Vanessa ?
-Chut.
Je suis le baby-sitter du soir.
Je vais prendre la relève.
-Du coup, on va boire un coup ?
C'est un nouveau bar,
avec de la bonne musique.
Mais bon,
il faudra pas tarder, sinon ils vont nous punir.
Comme d'habitude, je les connais.
Tu m'écoutes ?
On y va ?
-Oui, on y va.
-Comment oses-tu encore me faire une scène,
alors que je suis en plein travail ?
Non, tu n'as pas idée de ce que c'est, un créateur.
Ce que tu lis n'est que le brouillon d'un futur roman,
ça n'a rien à voir avec nous, avec toi.
-C'est fini.
Je te quitte.
J'en peux plus.
J'en peux plus.
-Il faudrait que l'on arrive à parler, sinon, ça va finir mal.
Très mal.
Après tous les efforts que j'ai faits pour toi...
tu vois bien que c'est ta folie qui est en train de tout gâcher.
Non !
-Are you fucking talkin' to me ?
Are you fucking talkin' to me ?
Are you ?
Tu l'as toujours pas ?
Are you fuck...
Taxi Driver. De Niro, non ?
-Non.
-Je voulais être comédien, mais je serai meilleur avocat.
J'ai repris la fac de droit, en candidat libre.
C'est pas facile, mais je vais bosser dur,
et je vais y arriver.
Puis je voudrais faire ça pour ma mère, aussi.
Elle m'a élevé seule,
et maintenant, c'est à moi de l'aider.
-Ton père, il ne vit plus avec vous ?
-Non. Non, mon père il est mort d'un AVC.
Il était russe.
J'aurais aimé mieux le connaître, mais...
-Quelle coïncidence, mon mec aussi est russe.
-Ah.
- Ah ? - Ah.
Et ça fait longtemps ? Enfin que tu sors avec ?
Je suis indiscret, c'est ça ?
Pardon, je me permets, on se connaît à peine.
-Non, non, c'est pas ça, c'est...
C'est que j'en parle jamais, c'est tout.
Personne ne peut comprendre.
-Et qu'est-ce qu'on ne pourrait pas comprendre ?
-Que...
Que je m'enferme dans une chambre d'hôtel
avec un type plus âgé que mon propre père, qui me trompe
et qui me ment.
Il a plus d'expérience que moi, et il...
Il est très intelligent, alors il a sûrement raison.
Elles doivent être plus intéressantes que moi.
Alors, je me déteste.
Je me déteste et je pète les plombs pour rien.
C'est tout.
-T'es intelligente.
T'es super jolie.
T'as la vie devant toi.
Tout va bien.
-Vanessa.
Assieds-toi, je t'en prie.
Je tremble, je suis ému.
Parce que... Garçon ?
- Oui. - La même chose
pour la jolie demoiselle. - Tout de suite, monsieur.
-J'ai eu une idée spectaculaire.
J'ai une grande nouvelle à t'annoncer.
Je dois partir pour Manille terminer notre roman,
et je voudrais que tu m'accompagnes. Je t'invite.
Dans cet hôtel
que j'aime tant, le Harrison Plaza.
Ce roman que j'écris
racontera la plus belle des histoires d'amour : la nôtre,
comme je la vois.
Et puis surtout, là-bas,
nous serons loin, toi et moi.
"Allegra et Nil."
Tous les deux, ensemble.
-Et tu voudras qu'on couche avec des petits garçons ?
-Ne dis pas de bêtises.
Je veux juste que tu comprennes pourquoi j'aime ce pays.
-Il en est hors de question.
Jamais je te laisserai quitter le territoire sans mon autorisation.
Manille en plus ?
Vanessa, c'est pour toi.
-Salut.
Euh...
Je me disais, ça te...
Ça te dirait qu'on aille au cinéma ensemble ?
-Non, je ne peux pas. Je suis désolée.
-En fait, je voulais surtout te parler.
J'arrête pas
de penser à ce que tu m'as dit l'autre jour.
Je crois que tu te rends pas compte à quel point
ce type profite de toi et te fait du mal.
T'es pas folle.
Il faut reprendre confiance en toi et le quitter.
-Tu vas me manquer.
Gabriel ?
Est-ce qu'il y a eu dans ton enfance
ou dans ton adolescence un adulte qui a joué pour toi aussi
ce rôle d'initiateur ?
-Oui. Une fois.
Quand j'avais 13 ans.
Un ami de mes parents.
-Ça va ?
-Ça va ?
-Salut.
-Il est 2h du matin.
Oui, je comprends.
Je lui dirai.
Je vous le jure.
À demain.
Il a appelé trois fois, aujourd'hui.
Il s'inquiète.
À quoi tu joues comme ça ?
-Je l'ai quitté, maman.
J'ai quitté Gabriel.
-Le pauvre.
T'es sûre ?
Il t'adore.
-Je vais aller vivre chez Youri.
-T'es amoureuse de ce garçon ?
-Oui.
Je ne peux plus habiter avec toi, tu comprends ?
-Vous viendrez dîner à la maison ensemble ?
Je ferai à manger.
-Attends, attends.
T'es sûre ?
Je ne veux pas te faire mal.
Ça va pas ?
J'ai fait quelque chose qui t'a pas plu ?
Je t'ai déçue, t'as pas aimé ?
-C'est trop de bonheur, c'est tout.
-Tu sais qu'on parle beaucoup de toi en salle des profs.
Mais moi, je te juge pas, contrairement à eux.
Je suis un admirateur.
Allegra.
-Je dois aller en cours.
Je suis désolée.
Lâche-moi, lâche-moi, lâche-moi !
Qu'est-ce que tu fais avec moi d'abord ?
Tu vois pas que...
Tu vois pas que je me dégoûte ?
-Vanessa ?
C'est toi ?
Vanessa ?
Tu es rentrée ?
T'es revenue ?
Vanessa ?
Allez, ouvre cette porte.
-"Avant moi, tu n'étais rien qu'une jeune fille perdue.
"Je t'ai sauvée.
"Que vas-tu devenir sans mon amour absolu ?
"Je suis terriblement inquiet, Vanessa.
"Nous savons tous les deux que tu es fragile,
"instable, vulnérable.
"Tu as besoin de moi."
-Vanessa Springora !
Ce n'est pas un self-service ici.
Vous êtes tenue de respecter les horaires.
Vous vous prenez pour qui ?
Personne n'a de passe-droit ici.
Ce n'est pas vous
qui dictez les règles, que je sache.
So.
What does it take it ?
-Hé !
-Ça suffit.
-Suite aux deux conseils de discipline
en raison de vos absences récurrentes,
sans compter le mauvais exemple que vous donnez aux autres élèves,
vos professeurs vous ont prise en grippe.
Parce que vous niez leur autorité, vous comprenez ?
Vous savez que la scolarité
n'est plus obligatoire à partir de 16 ans.
Donc, je vous propose de démissionner,
de votre propre chef, pour raisons personnelles.
Et, pour votre avenir, c'est mieux qu'il n'y ait pas
de trace d'un renvoi.
Alors, Gabriel Matzneff qui est en face de vous,
s'il y a un véritable professeur d'éducation sexuelle,
c'est quand même Gabriel Matzneff.
*-D'un autre genre.
*-Il donne des cours
et en payant de sa personne.
Vous aimez séduire, initier.
Pourquoi vous être spécialisé
dans les lycéennes et les minettes ?
Au-dessus de 20 ans, ça ne vous intéresse plus ?
*-J'aime avoir quelqu'un qui n'est pas encore durci par la vie.
Comme les hommes sont en général
soit des égoïstes, soit des lâches,
les femmes ne peuvent que se durcir.
Une fille très jeune est gentille,
même si elle devient hystérique, quand elle est âgée.
Elle est quand même plus gentille...
*-Mais pourquoi les collectionner autant ?
Vos amis disent
que vous n'inventez rien.
Alors vous devez mentir : le téléphone,
pour pas qu'elles se rencontrent...
Vous faites l'amour, le matin, l'après-midi, le soir.
La question est un peu vulgaire :
vous baisez pour votre journal ?
Plus il y aura de maîtresses, plus il y aura de pages.
*-Non. J'ai horreur des gens qui tournent la page,
qui renient les êtres qu'ils ont aimés,
qui oublient tout ce qu'ils ont vécu.
Moi, j'ai la mémoire pour les autres.
*-Oui, Denise Bombardier ?
*-Monsieur Matzneff me semble pitoyable.
Je ne comprends pas que dans ce pays,
la littérature, entre guillemets,
serve d'alibi à ce genre de confidences.
M. Matzneff sodomise des petites filles de 14 ans, 15 ans,
qui sont folles de lui.
On sait bien que des petites filles peuvent être folles
d'un monsieur qui a une aura littéraire.
Les vieux messieurs attirent les enfants avec des bonbons.
Monsieur Matzneff les attire avec sa réputation.
Mais on ne sait pas
comment ces petites filles de 14 ou 15 ans
qui ont subi, ce qu'on appelle
dans les rapports entre des adultes et les jeunes,
un abus de pouvoir,
comment s'en sortent-elles, ces petites filles ?
Je crois que ces petites filles sont flétries
pour le restant de leurs jours.
Je ne comprends pas comment on peut publier...
-Je t'ai piqué tes fringues.
Tu me trouves comment ?
Tu trouves que ça me va ?
Ou ça fait pute ?
Ça fait vieille.
Ça fait vulgaire, non ?
C'est la guerre dehors.
Je suis en mission.
Il faut que vous me croyiez.
Je vois des choses que vous ne savez pas.
Je pense qu'ils sont une armée différente.
Que tout ça est parfaitement organisé.
Est-ce que je pourrais avoir un livre ?
-Les livres peuvent exciter votre imagination,
il ne faut pas.
-Il ne faut jamais revenir
au temps caché des souvenirs,
du temps béni de son enfance.
-Elle était bien, la fête, hein ?
Ils sont tous venus
que pour toi.
Ça t'a fait plaisir au moins ?
C'était un peu trop, mes guirlandes, non ?
-C'était parfait, maman.
-Si tu soufflais les bougies, maintenant,
rien que pour nous deux.
Allez.
Hop.
Allez, vas-y.
Vas-y, souffle.
Je t'en prie.
*-La guerre nous avait jetés là Nous vivions comme hors-la-loi
J'aimais cela...
Oh mes printemps Oh mes folles années perdues
Oh mes 15 ans Oh mes merveilles
Que j'ai mal d'être revenue
Oh les noix fraîches de septembre
-Cette chanson me fait pleurer à tous les coups.
Pas toi ?
*-Hélas...
-Il ne faut jamais revenir
*-Au temps caché des souvenirs
Du temps béni de son enfance
-Car parmi tous les souvenirs Ceux de l'enfance sont les pires
-Ceux de l'enfance nous déchirent
Oh, ma très chérie O ma mère
Où êtes-vous donc aujourd'hui ?
Vous dormez au chaud de la terre
Et moi je suis venue ici
Pour y retrouver votre rire
Vos colères et votre jeunesse
*-Et je suis seule avec ma détresse
-Hélas
-Pourquoi suis-je donc revenue
*-Et seule au détour de ces rues
J'ai froid, j'ai peur Le soir se penche
Pourquoi suis-je venue ici Où mon passé me crucifie
Elle dort à jamais mon enfance
-"28 juillet
"1986, 17h20.
"Mon sexe a triomphé de l'hymen de ma belle amante de 14 ans.
"Vendredi 19.
"Vanessa m'a caressé
"voluptueusement...
"27, 28, 29... Vanessa,
"jalouse, insupportable.
"30 septembre.
"Hier, criailleries hystériques de Vanessa.
"Novembre, décembre, janvier,
"le 3, le 12, le 14.
"Ma déception l'emporte.
"Le 24. Malgré mes sacrifices,
"je subis les violences d'une injuste
"et tyrannique maîtresse.
"C'est une fatalité.
"25, 26, 27,
"Vanessa n'a que 15 ans et déjà se devine
"la bonne femme qu'elle sera, comme sa mère.
"Oui, Vanessa est déjà une femme.
"Et 31.
"Fermez le ban."
-Vanessa,
tout va bien.
*-2e étage.
- Bonjour. - Bonjour.
-Non, mais soyons clairs :
c'est pitié et copinage. - Tu vas pas t'y mettre aussi.
-T'as lu la presse ?
-Si tu parles de cette polémique
balancée par des jeunes journalistes,
c'est une blague. Crier au scandale
qu'il reçoive enfin son Renaudot.
Tout ça parce qu'il a dit que ce prix
récompensait son œuvre entière.
D'un coup, on s'indigne.
Une œuvre où il parle de gamines amoureuses
qu'il couchait dans son lit,
comme si elles ignoraient ce qu'elles faisaient.
De quoi on parle ?
-Et ces histoires
de tourisme sexuel aux Philippines,
on peut en parler aussi ? - Une autre époque.
Sinon quoi ?
On censure Céline,
Genet, et même ce bon vieux Gide ?
Non, la littérature a tous les droits.
-Cette querelle ridicule ne sera qu'un feu de paille.
Il est coriace,
et il sait se défendre.
-Il incarne toujours la liberté d'expression, la transgression.
-Et vous, Vanessa,
qu'en pensez-vous ?
-Depuis tant d'années, je tourne en rond dans ma cage.
Mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeances.
Jusqu'au jour où la solution se présente enfin,
là, sous mes yeux,
comme une évidence :
prendre le chasseur à son propre piège,
l'enfermer dans un livre.
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