All language subtitles for 1991 - Le Jour des Rois

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Original subtitles

Je ne veux pas y aller.

Rien à faire.

Pour rien au monde je n'irai.

Tu m'entends ?

D'ailleurs,

je n'irai jamais plus.

- J'entends rien. - Ça, tu peux le leur dire.

D'ailleurs, c'est officiel, tu m'entends ?

Plus jamais.

Plus jamais.

- Parle, parle, parle. - Ça, alors...

- J'entends rien. - Plus jamais.

Je préfère encore crever que d'aller dans ta famille.

Pourtant, j'ai pas envie de crever. Ça, tu peux me croire.

D'ailleurs, je suis pas près de crever.

Il faudra encore attendre un moment. Solide, la carcasse.

Elle est solide, la carcasse.

- Parle, parle, parle. - Ça suffit avec toi et ta famille.

Vas-y, toi, dans ta famille. C'est ta famille. Restes-y.

Restez ensemble, que diable, puisque vous vous aimez tant.

Restes-y, là-bas, avec elle.

Puis ce sont des personnes si bien,

tellement chics,

comme il faut.

Parle, parle, parle.

Ne reviens plus ici parce que moi, je te fais honte...

- Je n'entends rien. - Comme je suis un moins que rien.

Un rien du tout.

- Parle, parle, parle. - Je suis encore moins que ça.

Un minable.

Je vais te faire voir ce que c'est qu'un minable.

Oui, un minable. Un beau minable !

C'est au restaurant chinois, il ne manquait plus que ça.

Là, c'est le pompon.

Allez vous y empoisonner, tous d'un coup !

- Et bon débarras. - J'entends rien, parle.

Vous comptez sur les Chinois pour vous débarrasser de moi,

ni vu ni connu ?

- C'est ça ? - J'entends rien, parle.

Du riz au béribéri ?

- Je suis solide, moi. - J'entends rien.

J'ai oublié d'être idiot ! Pauvre femme.

Peut-être que vous espériez

que je m'étouffe avec le gâteau des Rois,

que j'avale la fève ?

N'y comptez pas.

La fête des Rois,

les Rois mages.

Elle croit à tout, même au petit Jésus,

à la Vierge Marie, au charpentier Joseph,

à l'ange du Saint-Esprit, même au bon Dieu.

Parle, parle, parle, parle, parle.

Elle croit à tout, même aux miracles.

La fête des Rois !

Blasphème, maintenant !

Tu seras bien puni.

La fête des Rois.

Heureusement que j'ai les pieds sur terre,

même enfoncés dans la terre,

et que c'est moi qui tiens le gouvernail.

Ici, le roi, c'est moi jusqu'à nouvel ordre.

Qui est-ce qui gouverne ?

Je suis pas un roi de catéchisme.

Je suis pas Ponce Pilate.

J'entends rien.

Je suis un roi à part entière.

Un vrai roi.

Le roi des cons !

Et j'emmerde le peuple,

et je vous emmerde tous !

Pauvre imbécile.

Triste individu, triste sire !

Tu tâcheras de rentrer avant la nuit

parce que, sinon, je ne t'ouvrirai pas la porte.

Tu iras dormir à l'hôtel si tu veux ou sous les ponts avec les clochards.

Parce que moi, après 20 h, je n'ouvre à personne,

pas même au pape !

Fous le camp.

Chameau !

Chameau !

Oui, j'arrive.

Qui peut sonner comme ça ?

On n'a pas idée de sonner comme ça.

Oh !

Allô ?

Allô ?

Mais qui est-ce ?

Enfin, qui est-ce ?

Parlez plus fort, je n'entends rien.

C'est toi, Germaine ?

Tu tombes à pic.

Si tu savais la séance que vient de me faire Georges...

J'ai bien cru qu'il voulait me donner quelque mauvais coup.

Je lui ai dit : "Si tu touches un seul cheveu de ma tête,

"toute ta famille sera au courant et je demande le divorce."

Ça l'a fait réfléchir, quand même.

Il sait bien qu'il n'a droit à rien. Tu comprends ?

Tout m'appartient.

Attends une seconde.

Oui, attends,

je vais m'asseoir.

Enfin, bref.

Il ne veut pas venir avec nous demain

chez Albert et Armande.

Oui.

Il a dit qu'il n'y mettrait plus jamais les pieds.

Tu comprends, chez eux,

il ne peut pas dire ce qu'il veut.

Il ne peut pas faire sa vedette.

Oui, il a l'air d'un pantin, ce qu'il est.

J'insiste pas.

On sera bien plus tranquilles sans lui.

J'ai toujours peur qu'il dise une bêtise

ou qu'il commette quelque impair.

Avec lui, il faut s'attendre à tout.

Et puis,

quand je lui ai dit que nous allions au restaurant chinois,

alors là...

"Vous allez vous empoisonner."

Remarque, il n'a peut-être pas tout à fait tort.

Je vais devoir me forcer.

J'y vais pour vous faire plaisir, il faut bien suivre le mouvement.

M'enfin, quelle idée ils ont eu là !

Ne parlons pas du spectacle de Marie-Louise.

"Jamais, jamais vous ne me traînerez voir ces idioties pour les vieux."

Il se croit jeune, lui.

Remarque,

je me passerais bien d'aller voir les sarabandes de Marie-Louise.

C'est bien parce que c'est notre sœur et qu'on ne la voit jamais.

Oui.

Je viens te chercher demain,

à 10h30 dans le hall.

10h30.

Écris-le-toi sur un papier.

N'oublie pas qu'en plus,

comme si ça ne suffisait pas du restaurant chinois,

nous passons au cimetière.

Oui. Bon.

Moi aussi, je t'embrasse bien fort.

À demain.

Oui, Germaine ?

Non, elle a raccroché.

Chose réglée et bien réglée.

- Nous arrivons tout de suite. - Très bien.

Je vous laisse le pot de fleur en dépôt.

- Je vous fais confiance. - Très bien.

Allô ?

- Vous m'entendez ? - Oui, parlez.

C'est moi. Je viens pour Mlle Guitare.

Mlle Guitare, vous me connaissez.

- Poussez la porte. - Oui.

Poussez fort, voyons.

Je pousse, mais ça ne s'ouvre pas.

Oh là là, cette saleté de porte !

Comment ça se fait, ça ?

Ah ! Tout de même. Oh là là.

Elle n'est pas là.

Germaine ?

Germaine ?

Mon Dieu !

Allez voir la salle de télévision ou dans le parc.

Elle vous attendait tout à l'heure dans l'entrée, elle s'impatientait.

C'est quand même terrible. Je suis toujours à l'heure.

Ce n'est pas pour me vanter,

mais, en 40 ans de travail, je n'ai jamais été en retard.

Elle devrait le savoir.

Au moment d'être livré

et d'entrer librement dans sa passion,

il prit le pain, il rendit grâce,

il le rompit

et le donna à ses disciples en disant :

"Prenez et mangez-en tous.

"Ceci est mon corps

"livré pour vous."

À la fin du repas, il prit la coupe.

De nouveau, il rendit grâce

et la donna à ses disciples en disant...

Germaine,

c'est l'heure, le taxi nous attend.

Nous allons être en retard.

Je regarde la messe. Tu attendras.

...qui sera versé pour vous et pour la multitude

en rémission des péchés.

Vous ferez cela en mémoire de moi.

Frères et sœurs, dans la charité du Christ,

donnons-nous la paix.

Heureux les invités au repas du Seigneur.

Voici l'agneau de Dieu...

Bonjour, Germaine.

Quelle tête tu me fais. Qu'y a-t-il ?

Tu me demandes ce qu'il y a ?

Quoi ? Dis-le, enfin.

Tu te moques de moi ?

Pourquoi veux-tu que je me moque de toi ?

Que me racontes-tu ? Tu te montes la tête.

Explique-moi ce que j'ai fait de mal.

Je ne comprends pas.

Que faisais-tu ?

- Il est 10h30. - Maintenant, il est 10h30.

Allez, Germaine, prépare-toi, il faut que nous y allions.

Le chauffeur de taxi va nous enguirlander.

Je lui ai laissé le pot en dépôt,

pourvu qu'il ait l'honnêteté de nous attendre.

Moi,

je n'y vais pas, je reste ici.

Tu ne parles pas sérieusement, j'espère ?

Je ne vais pas chez Armande.

J'en ai assez de toutes ces simagrées.

Le passé, c'est le passé.

Pour moi, le passé, c'est le présent et même l'avenir.

On pourrait aller au self, au bout de la rue, toutes les deux,

ça serait aussi bien.

Après, nous irions au cinéma, ça nous changerait.

Mon Dieu, mais tu n'y penses pas. Qu'est-ce que tu me racontes, là ?

Tu veux nous fâcher avec Armande ?

Voyons, ils nous attendent.

Si nous continuons comme ça, ils vont se faire un sang d'encre.

Ils ont acheté un gâteau des Rois spécialement pour nous.

Jamais ils ne nous pardonneraient une chose pareille.

Tu as oublié que nous devons passer au cimetière

déposer des fleurs sur la tombe de Maman

pour l'anniversaire de sa mort ?

Maintenant, j'ai acheté le pot.

Tu verras, ce sont de très jolies fleurs.

Je n'ai jamais vu cette variété-là.

Allez, viens, Germaine.

Ne me fais pas de peine. Allez, viens.

Tu verras, tu seras contente.

C'est le premier pas qui coûte.

Tiens,

fais comme moi, pour te donner du courage, tu te fais une image.

Regarde, aujourd'hui, c'est l'Épiphanie.

Pense à ces trois Rois mages

qui ont été si vaillants,

qui ont marché par n'importe quel temps

sans même savoir où ils allaient, en regardant l'étoile.

Ça, c'est un exemple pour nous.

Moi, ça m'encourage.

Tu ne vas pas me faire le catéchisme ?

Bien sûr que non, je ne te fais pas le catéchisme.

Tu connais ça mieux que moi.

Je le connais, mon catéchisme,

mieux que vous ne le saurez jamais.

Viens, pense à Maman, elle nous voit de là-haut.

Allez, viens.

J'espère que tu te souviens du lieu du caveau. J'oublie toujours.

Tu ne vas pas commencer.

Nous n'avons pas été trop longues ?

C'est l'ancien ou le nouveau ?

Parce qu'il y a un ancien et un nouveau ?

Ça ne peut être que l'ancien depuis le temps.

Fermez bien votre portière. Elle est mal fermée.

Germaine, c'est pas par là.

Tu vas pas commencer à m'embrouiller. Viens, tais-toi.

Je te suis.

- Je te dis que c'est pas par là. - Tu vas t'arrêter ?

Je ne voudrais pas te contrarier,

mais je t'assure que ce n'est pas la bonne direction.

Nous aurions dû déjà tourner à droite.

Après les poubelles, il y a la pompe à eau

et, là, c'est tout de suite à droite.

Jamais de la vie.

Je crois plutôt que ça serait par là.

Pardon, Monsieur.

Pardon, Monsieur.

Pardon, Monsieur.

Les tombes du quartier Saint-Cyprien,

vous ne connaîtriez pas ?

La famille Guitare ?

Ça ne vous dirait rien ?

Il y a aussi les Cordelier, les Poussac,

les Leslavoix.

Écoutez, Madame,

je ne suis pas d'ici, je ne sais rien.

Je vous en prie, Madame,

adressez-vous aux gardiens.

Ils ont les renseignements.

Ils ont les plans du cimetière.

Merci, Monsieur.

Merci.

Germaine !

Tu as entendu ce qu'a dit ce monsieur ?

Si nous allions demander au gardien ?

Vas-y, toi, si tu veux.

Quel malheur !

Qu'allons-nous devenir maintenant avec ce pot ?

Je suis malheureuse.

Mon Dieu, que je suis malheureuse !

Je pourrais mourir là, tout de suite, sur place.

Ce serait fini. Je serais délivrée.

Rien ne va plus. Je vous laisse le pot.

Je reviens tout de suite, je me renseigne. OK ?

Si jamais on se perd, on se retrouve au taxi.

Il est bien serviable, ce taxi.

Il y a bien des Français qui n'en feraient pas autant.

Je ne ferai pas un pas de plus.

Germaine,

ce n'est pas de la mauvaise volonté,

mais je ne peux pas avec ce pot.

Tu vas te faire un tour de rein pour rien.

Vas-y voir si tu veux.

Je te dis que c'est pas par là.

T'es obstinée quand même.

Oh non.

Germaine !

Je les comprends.

On fait quoi maintenant ?

On n'a plus le temps maintenant.

Il n'y a qu'à laisser le pot au gardien, avec un bon pourboire.

Ils le mettront eux-mêmes.

Ils sont honnêtes.

Dans un cimetière, ce serait bien le diable.

C'est navrant.

T'es méchante.

Pourquoi tu es comme ça ?

Je ne t'ai jamais rien fait, au contraire.

Je me mets toujours en quatre pour te faire plaisir,

pour t'être agréable, malgré toutes mes misères.

Tout ça, c'est de la faute du chauffeur de taxi.

Il nous a trompées avec son histoire d'ancien et de nouveau cimetière.

En plus, c'est un étranger.

Quelle drôle d'idée

que d'être chauffeur de taxi quand on est étranger !

Il ne peut pas connaître.

Tais-toi, il arrive.

Alors ?

C'est bien ce que je pensais : on est dans le nouveau cimetière,

pas dans l'ancien.

Allez, je vous y emmène.

Il va falloir courir un peu parce que les grilles vont fermer.

Vous êtes bien aimable, mais nous n'avons plus le temps.

On leur donnera le pot, ils le déposeront eux-mêmes,

avec un bon pourboire.

Oh là là !

Quelle histoire !

Voilà, quand on veut, tout s'arrange.

Germaine, c'est pas pour t'embêter,

mais tu vois bien que nous nous étions trompées.

Je m'en fiche. Je me fiche de tout.

Pas une bonne impression, le gardien.

Il n'a pas l'air honnête, il doit boire.

Tu as fini ?

Sois tranquille, je ne dirai plus rien.

C'est la fête des Rois. Pensons à autre chose.

Je vais acheter un bon gâteau sur le chemin

pour que nous n'arrivions pas les mains vides.

Moi, c'est pas de ma faute.

Je vous avais demandé si c'était l'ancien ou le nouveau.

Nous ne savions pas qu'il y en avait deux.

Vous êtes mieux informés que nous, comme quoi...

Moi, je suis né ici.

J'ai mon père, mon oncle et mon frère qui sont enterrés ici.

Mon garçon, vous avez déjà tant de morts.

Il n'y a pas de raison.

Il faut bien les enterrer quelque part.

Ne l'écoutez pas. Elle dit n'importe quoi.

Vous savez...

Nous sommes arrivés.

Oh là là !

Ouille, ouille, ouille.

- Voilà. - Merci bien.

C'est nous qui vous remercions.

- Merci. - Au revoir.

- Au revoir. - Merci.

Qu'avez-vous fabriqué ? Il est presque midi.

Je croyais qu'on vous avait enlevées.

Ne m'en parle pas.

Tu n'as pas des sœurs dégourdies. On t'expliquera.

J'espère qu'on n'a pas fait manquer la messe à Albert.

- Tu penses qu'il t'a attendue ? - Dès qu'il a vu 11h15, il a filé.

Lui, manquer sa messe ? Tu n'y penses pas.

On s'est perdues.

On a tourné en rond pendant 20 bonnes minutes.

On s'est trompées d'entrée.

Évidemment.

Entrez une minute au lieu de piétiner dehors.

Albert ne va pas tarder. Il devrait être là, d'ailleurs.

Je n'ai plus que mon manteau à prendre.

Il ne fait pas chaud.

M'enfin, quelle heure est-il ?

Albert est très en retard.

Il devrait être là depuis cinq minutes.

Non, ne t'inquiète pas,

la messe aura duré plus longtemps que d'habitude.

Ce curé, c'est un fantaisiste.

Il faut toujours qu'il invente quelque originalité

pour faire jeune, sans doute.

Il ne nous plaît pas beaucoup, à Albert et à moi.

Il exagère.

On va arriver en retard à ce restaurant chinois.

Décidément, c'est la journée des décalages.

Moi, j'ai peut-être tort.

Je sais que je ne suis pas une grande aventurière.

Je t'avoue que je ne suis pas fière d'aller dans ce restaurant chinois,

moi qui ne supporte rien, aucun écart de nourriture.

Dis-toi bien que si Albert a décidé d'y aller,

c'est qu'il a confiance.

Plus délicat que lui, ça n'existe pas.

M. Delattre le lui a recommandé.

Ils ont fait l'Indochine ensemble.

Il est bien placé pour l'apprécier, cette cuisine.

Ça change un peu des habitudes.

Ces gens-là ne m'ont jamais inspiré confiance,

avec leur tête, leurs yeux bridés.

On ne peut jamais savoir ce qu'ils pensent.

Que tu es sotte.

Ce sont des hommes comme les autres,

plutôt mieux élevés que nous,

plus raffinés, courtois.

Souvent, ils sont beaucoup plus intelligents.

Peut-être bien.

Mais c'est justement tous ces raffinements,

toutes ces manières,

ces façons de marcher à petits pas, sans faire de bruit.

Tais-toi, tu ne dis que des bêtises.

Voilà Albert.

Il était temps, tout de même.

Tu n'auras qu'à goûter les plats.

Si ça ne te plaît pas, tu les laisseras.

Tu te rattraperas ici en rentrant avec les galettes.

Non, non.

Ah.

Que faisais-tu ?

Tu te rends compte ? 12h15.

Que vous est-il arrivé, mes pauvres ?

Tu vas me répondre ? Tu sais l'heure qu'il est ?

Oui, je sais l'heure qu'il est, mais je n'y peux rien.

Ce prêtre n'en finissait plus.

J'étais coincé au milieu d'une rangée et je ne pouvais plus bouger.

C'est extraordinaire. C'est incroyable !

Puisque tu sais que ça se passe comme ça,

pourquoi tu ne te mets pas systématiquement en bout de rangée ?

Laisse-le tranquille, ce n'est pas bien grave.

On n'est pas à 15 minutes près.

Qu'est-ce qui vous a pris ?

Elles se sont perdues dans le cimetière

comme nous l'avions pensé.

Nous y allons.

Oui, on part immédiatement.

Allez, apprêtez-vous.

Voilà les hommes.

Ça fait un quart d'heure que nous l'attendons

et c'est nous qui nous ferions engueuler.

C'est extraordinaire.

J'arrive.

Suze a peur de s'empoisonner au restaurant chinois.

Tu lui dis ce que tu penses, que c'est frais, s'il te plaît.

Oui, je vais lui en parler. Mais ça ne changera rien.

Tu la connais, quand elle a une idée dans la tête...

Je t'avais prévenue.

C'est toi qui as insisté pour que nous y allions ensemble.

C'est une affaire entendue

mais tu peux lui dire un mot, ça ne va pas t'écorcher la langue.

Je vais lui en parler.

Va leur ouvrir les portières de la voiture.

Le Palais du Dragon.

Il y a un monde fou.

Mais j'y pense,

ils mangent avec des baguettes, ces gens-là ?

Moi, je ne saurai jamais. Il faut être habitué.

Personne ne te dit de manger avec des baguettes.

On nous donnera des fourchettes si tu le demandes.

Tu les prends pour des sauvages.

Ne reste pas couverte comme ça, tu as l'air d'une momie.

Laisse-moi faire à ma sauce.

Je n'ai pas très chaud, je me déshabillerai plus tard.

Assieds-toi là.

Tu te mets là, Germaine ?

Dites donc, on est bien reçus.

On est pour ainsi dire les mieux placés.

On se croirait en Chine.

C'est vrai que c'est bien joli. Hein, Germaine ?

Toi qui aimes les endroits fleuris, t'es servie.

Oui, c'est très bien.

C'est clair,

c'est espacé, c'est agréable.

C'est propre.

Si la cuisine suit, il n'y aura rien à redire.

Tu te faisais du souci pour rien.

Choisissez au lieu de bavarder, vous retardez le service.

Ce n'est pas parce qu'on est dans un restaurant chinois

que tu vas nous mener à la baguette.

On a la permission d'échanger quelques mots quand même ?

C'est toi qui nous as mises en retard.

Laisse-nous nous détendre un peu.

C'est dimanche.

C'est écrit en chinois.

Il y a le français à côté.

Guide-nous, je n'y comprends rien.

Choisis pour moi.

En entrée, on n'a qu'à prendre tous la même chose.

Ça évitera les complications. Des nems.

C'est sans surprise.

Je prendrai comme vous. Faites au mieux.

Voilà. Pour commencer, quatre nems.

T'as choisi, Albert ?

Oui, canard avec du riz.

Bon, bon, Monsieur.

Deux canards

et deux poulets aux champignons noirs avec du riz.

Et pour Monsieur, un quart de vin, en pichet s'il vous plaît.

Pour nous, ce sera de l'eau, une carafe d'eau.

Vous serez gentil de nous amener des fourchettes,

nous ne sommes pas du tout des spécialistes des baguettes,

à part mon mari.

Que nous as-tu commandé ?

J'ai entendu quelque chose de noir.

Un poulet aux champignons noirs.

C'est ce qui vous dépaysera le moins.

C'est léger, ça passera tout seul.

C'est très bien.

Les champignons, c'est indigeste.

Et des champignons noirs ?

Tu m'agaces. C'est toi qui nous as demandé de choisir.

Je te dis que c'est excellent et très léger.

Ce sont des sortes d'algues.

Ce n'est pas spongieux comme nos cèpes.

Ça se rapprocherait plutôt de nos trompettes de la mort.

Trompettes de la mort ?

Je n'ai jamais mangé ça, ma pauvre Armande,

ni des algues.

Tu en parles à ton aise.

Moi, je n'ai pas l'habitude.

Je suis un peu désorientée.

Il faut aller jusqu'au bout de l'expérience.

Si tu n'aimes pas ça, je mangerai ta part.

Je commence à me réchauffer.

C'est la bonne humeur qui fait ça.

Bonsoir, messieurs-dames. Les nems.

Merci.

Ce qu'ils sont drôles !

On a beau dire que nous sommes tous frères,

mais on n'a vraiment rien à voir avec eux.

C'est une race à part.

D'ailleurs, ils restent entre eux.

C'est quoi, cette chose rose que tu as autour du cou ?

C'est un boa.

Je l'ai eu au supermarché, il y en avait tout un assortiment.

C'est de la plume de cygne.

La vendeuse m'a dit que c'est ce qu'il y avait de plus chaud.

Ça me tient très chaud au cou.

T'as vu sa couleur rose électrique ?

T'aurais pas pu trouver quelque chose de plus voyant ?

Elle est tombée sur la tête.

Germaine, dis-lui qu'elle est ridicule.

Je m'en fiche pas mal.

Je l'ai acheté pour que ça me tienne chaud.

Le reste...

Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?

Laisse-la, si ça lui plaît.

Pour moi, elle peut bien se mettre un pot de chambre sur la tête,

ça m'est égal.

Ça la regarde.

Tu es charitable, toi ?

Tu laisserais les gens se ridiculiser sous ton nez sans rien dire.

Et vous vous dites catholiques pratiquantes.

Vous avez bonne mine. Vous avez une drôle de mentalité.

Moi qui ne suis ni catholique ni pratiquante,

j'ai plus de charité que vous.

Suzanne, fais-moi le plaisir d'enlever ça.

Tu le mettras chez toi si ça te chante mais pas dehors.

N'importe qui de sensé te le dirait.

Tu m'expliqueras ce que vient faire la religion là-dedans.

J'aimerais bien entendre ça.

Laisse-la tranquille,

qu'on finisse de déjeuner en paix.

Écoute, Albert, on ne t'a rien demandé.

Tu te fiches de tout.

Si je ne te surveillais pas,

tu serais capable de sortir en pyjama, alors ton avis...

Ce qu'il faut entendre !

Pourquoi pas en caleçon de bain, tant que tu y es ?

Si j'avais pu penser

que ça déclencherait une histoire pareille,

moi qui ai une sainte horreur de me faire remarquer...

C'est fini.

N'en parlons plus.

T'es bien mignonne, va.

T'es ma sœur quand même. C'est comme si c'était moi.

T'es beaucoup mieux toute simple et naturelle.

Il faut me pardonner si j'ai été un peu brusque.

Ce n'est pas par méchanceté, au contraire.

C'est pour ton bien.

Il faut toujours que tu aies raison.

C'est la seule solution pour avoir la paix avec toi.

Bien sûr, je sais bien que ce n'est pas par méchanceté.

Nous nous connaissons depuis assez longtemps.

Il faut être accommodant dans la vie.

Toutes les deux, vous avez un fichu caractère.

Heureusement que je suis plus facile que vous.

Regardez le petit Chinois

avec ses parents.

Ce qu'il est mignon !

Il est trop joli.

On dirait une porcelaine,

et ses petits cheveux tout raides comme un hérisson.

Il est vraiment trop amusant.

La rose, c'est comme la majorité des fleurs.

Si elle sait chanter, elle chantera avec deux voix.

Je vais essayer de chanter "La vie en rose"

avec ma sœur, copine siamoise.

C'est pour le meilleur et pour le rire.

Un chanteur, ma chère, nous sommes gâtés.

C'est amusant de le voir.

J'ai oublié mes cachets dans la voiture,

je reviens.

Ce n'est pas "La vie en rose".

C'est méconnaissable.

Quand il me prend dans ses bras

Il me parle tout bas Je vois la vie en rose

C'est ça, Germaine,

toi qui chantais si bien.

Bravo, ma petite Suze, t'as beaucoup d'oreille.

On ne l'aurait pas reconnue.

Vous ne voulez pas parler d'autre chose ?

Arrête, Germaine.

Arrête, Germaine.

Tu vas nous faire pleurer comme des madeleines.

Que veux-tu que j'y fasse ?

Tu crois que ça m'amuse ?

Qu'est-ce qu'on est bêtes !

Je n'y peux rien, c'est la vie.

Ce que vous pouvez être bêtes, toutes les deux,

à remuer le passé comme ça.

Ce qui est fait est fait.

C'est le destin.

Ce n'est pas nous qui décidons, c'est ça qu'il faut se dire.

Si Albert vous voyait...

Je t'en prie, mêle-toi de tes affaires.

On est assez grandes pour se débrouiller entre nous.

Finis tes champignons noirs.

Allez, essuie tout ça.

Il ne faut pas qu'Albert s'en aperçoive.

Il ne mérite pas ça.

Ce serait lui faire bien trop d'honneur.

Pauvre Albert.

Je crois qu'il ne s'est pas rendu compte.

Il n'a jamais rien compris à quoi que ce soit.

Il est tellement...

Tu crois ?

Il sort toujours ravi de la crèche, mais il n'est pas innocent.

Il en a toujours été aussi malheureux que toi, si ça peut te consoler.

Le voilà, arrêtez. Il arrive.

On n'a pas l'air malignes.

Et ce chanteur idiot qui continue...

Je crois qu'il vient à notre table, le chanteur.

Un fou rire, c'est idiot.

Écoute, arrête, Suze. Tu vas le vexer.

Écoute, arrête, Suze.

Les belles bananes !

On va de surprise en surprise, de nouveauté en nouveauté,

on se croirait au pays des merveilles.

Merci.

- Merci. - Attends, j'en mets un peu plus.

Merci.

C'est beau.

T'en veux ?

Tu veux de la sauce ?

Voici.

Faites comme moi.

Faites bien comme ça avec la cuillère

pour que la banane soit bien imprégnée d'alcool.

Comme ça.

- Tu ne manges pas, Germaine ? - Je n'ai plus faim.

C'est délicieux. C'est ce qu'il y a de meilleur.

N'insiste pas.

Tu n'es pas contente qu'on soit venus ici ?

Si,

mais il me tarde de rentrer, maintenant, j'en ai assez.

Le chanteur m'agace.

S'il vous plaît !

Ce serait gentil de nous amener l'addition et toutes nos affaires.

- Bien. - Merci.

Tu vois, Suze, ton dernier jour n'est pas encore arrivé.

Tu n'as vraiment pas une tête d'agonisante.

Il n'y a rien à redire. C'était impeccable.

Je ne sais pas ce que j'ai avalé, mais c'est très bien passé,

comme quoi on se fait des idées.

Et ce chanteur, je n'ai pas fini d'en rire.

Quand j'aurai un moment de cafard, je n'aurai qu'à penser à lui.

Ça change des habitudes.

J'ai l'impression d'avoir fait un voyage à l'étranger.

Merci.

Pour vous, ce n'est pas pareil.

Vous avez tellement virevolté un peu partout

que plus rien ne vous épate,

tandis que, pour moi qui ne suis jamais sortie de chez moi,

ce fut un dépaysement.

Où j'ai mis ce catalogue ?

Il faut que je vous montre quelque chose.

C'est surtout pour toi, Suze,

qui as toujours froid aux pieds.

Voilà.

Alors, attends.

Voilà.

"Rentrez vos griffes après une dure journée,

"glissez voluptueusement vos pieds surmenés

"dans ces chaussons pattes de tigre

"et relaxez-vous confortablement

"grâce à leur douceur câline et leur chaleur affective.

"Taille unique, 129 francs."

Tiens, regarde le modèle.

Quand tu auras ça aux pieds, tu pourras aller en Sibérie.

Dieu m'en préserve. Rien que le nom me donne des frissons.

Voyons ça.

Ça ne te concerne pas, de ce côté-là, tu n'as rien à craindre.

Tu es exactement comme Maman, tu as des pieds impeccables.

Encore heureux, tout le reste cloche.

Tu te moques de moi ?

Personne n'oserait mettre des choses pareilles aux pieds.

Qu'est-ce que ça peut faire ?

C'est pour l'intérieur, pas pour aller à la parade.

L'essentiel, c'est que ça tienne chaud.

Tu n'y penses pas. Jamais de la vie je n'oserais mettre cette mascarade.

On dirait des pattes d'animaux.

Tu me reproches mon joli boa rose

et tu voudrais que je m'affuble avec ça ?

Que penserait-on de moi ?

Que je suis devenue tout à fait dingo ?

Qu'est-ce que ça peut faire puisque c'est pour l'intérieur ?

- Tu ne reçois jamais personne. - Et le facteur ?

Et le docteur ? Et il y a moi.

Je me vois.

Montre-moi ça.

Toi, tu peux encore te permettre ce genre de fantaisie,

quoique ça m'étonnerait que ça te plaise.

Non. Pour les plus jeunes, ça pourrait aller.

Pour Suzanne, c'est trop voyant.

Il y a des modèles plus simples dans les supermarchés.

Non, c'est ridicule.

Que vous êtes sérieuses !

Que vous manquez de fantaisie !

Moi, ça ne me ferait pas peur du tout.

Toi, c'est toi.

Nous n'avons absolument rien de pareil.

Nous avons été élevées de la même façon,

mais nous n'avons rien à voir les unes avec les autres.

Regardez notre sœur Marie-Louise.

Là, pour le coup, c'est à n'y rien comprendre.

Encore nous autres, toutes les trois,

nous sommes à peu près raisonnables, enfin, normales.

Nous avons un certain bon sens

et, surtout, nous avons horreur de nous faire remarquer.

Pourquoi Marie-Louise est-elle aussi différente de nous ?

C'est vrai, c'est une extravagante.

Parfaitement.

C'est un mystère. Il n'y a rien à comprendre.

En tout cas, ce soir, Marie-Louise nous attend de pied ferme.

Cette fois, pas question de nous défiler.

Elle a tellement insisté pour que nous venions à ce spectacle.

Elle a l'air d'en être très fière.

Elle m'a dit que le répertoire de la troupe

avait été renouvelé de fond en comble.

Il y aura un thème.

Le thème, ce sera un voyage autour du monde.

Il y aura des chants, des danses, des espèces de sketchs.

Elle appelle ça des clips.

Ce qu'elle ne va pas inventer pour être dans le vent.

En tout cas, nous sommes sûres de ne pas nous ennuyer.

Moi, je m'attends à tout.

Rien que d'y penser, j'ai le tournis.

Je me demande où elle trouve l'énergie pour toutes ces bêtises.

Au fond, si ça l'amuse... Pas vrai ?

Parfaitement.

Elle a bien raison. Je l'admire.

C'est autre chose que l'ambiance que j'ai toujours autour de moi.

Tu ne nous as pas raconté ta dernière sortie au théâtre.

Nous n'étions que des cars du troisième âge.

Une belle hécatombe. Il fallait voir ça.

Certains tombaient dans l'escalier, d'autres s'évanouissaient.

Vraiment pas très brillant.

Mais enfin, le spectacle, Le Pays du sourire !

Je t'ai donné mon cœur

Tu tiens en toi tout mon bonheur

Sans ton baiser, il meurt

Comme sans soleil

Meurent les fleurs

Toi, mon plus beau chant d'amour

Et pour toi seul

Il fleurira toujours

Toi que j'adore

Ô toi, ma douce

Redis-le-moi

Je t'ai donné

Mon cœur

Vous avez des mémoires épatantes.

Décidément, nous sommes en pleine chinoiserie.

C'est le jour.

Ce n'est pas en Chine que ça se passe. C'est au Japon.

Tu mélanges tout.

La Chine ou le Japon, ça se ressemble,

c'est kif-kif bourricot.

Si tu sais reconnaître un Chinois d'un Japonais, tu es forte.

Pour moi, c'est du pareil au même, ma pauvre.

Que racontez-vous, toutes les deux ?

C'est en Chine que ça se passe.

C'est même dans les paroles de la chanson,

"Au salon d'une pagode".

De très longs cheveux

C'est affreux

En Chine, c'est affreux En Chine, c'est mal vu

C'est le prince Sou-Chong qui épouse Lisa, non ?

Sou-Chong, c'est chinois, non ?

Ça ne veut rien dire.

Je me souviens très bien des décors et des costumes

qui sont toujours dans le style japonais,

avec des amandiers en fleurs.

Enfin, Albert ?

Hein ? Non.

Qu'as-tu à rire comme une bécasse que tu es ?

Tu le sais, toi aussi, que c'est du chinois.

Moi ? Je n'y ai jamais rien compris.

Je me souviens que c'était le prince Sou-Chong,

mais dire que c'est chinois ou japonais...

Albert, tu la connais par cœur, cette opérette.

C'est du chinois ou du japonais ?

C'est chinois. Voilà.

T'es contente maintenant ?

Ça n'a pas d'importance.

Ici aussi, c'est le pays du sourire.

Regardez

le petit oiseau qui sautille.

Il a de jolies couleurs.

Armande, toi qui connais si bien les oiseaux,

c'est un rouge-gorge, non ?

S'il a la gorge rouge, c'est un rouge-gorge. Bravo.

C'est joli.

Regardez comme il se goinfre de graines.

Et la mésange,

elle mange à éclater.

Avec la capuche, c'est la mésange charbonnière.

Celle qui a comme une couronne sur la tête,

c'est celle qu'on appelle la gendarme.

Il y en a beaucoup, je les regarde.

Ça me change les idées.

Depuis le début de l'hiver,

elles m'ont bien dévoré 3 kg de graines de tournesol.

C'est un vrai défilé.

Comme c'est toujours les mêmes, je finis par les reconnaître.

Les mésanges emportent les graines dans les arbres

et font le tri dans les branches en s'aidant avec les pattes.

Elles ont une grosse consommation de graisse, d'ailleurs.

On voit comme elles sont grasses.

Le verdier, lui, consomme tout sur place.

Il sort la graine de l'enveloppe directement sur le perchoir.

Il est plus costaud avec son gros bec,

mais il a vite fait de tout dépiauter.

Il est très vorace, avec ses grosses pattes.

Tous les deux ou trois jours, je suis obligé de le nettoyer

et je leur sors une bonne petite balle de graines.

Le rouge-gorge,

lui, il est plus rare.

Il est plus craintif, il ne se mélange pas avec les autres.

Tiens, regardez, il picore à peine

et il disparaît.

D'ailleurs, il est plus fragile.

Il en meurt beaucoup.

Les voilà qui s'envolent tous.

S'ils ne reviennent pas, c'est qu'ils ont vu le chat des voisins.

Qu'est-ce que je disais ?

Le voilà, l'artiste.

Heureusement qu'il n'est pas discret, on le voit venir de loin.

Arrête !

Sale chat !

On va faire un tour au jardin ?

Avec ce petit rayon de soleil,

ça serait dommage de rester enfermés.

Ça nous dégourdira les jambes.

Suze, on en profitera pour aller voir les pieds de sauge.

Je vous en donnerai chacune un bouquet pour vos infusions.

Ces pieds donnent à foison. Ils n'ont jamais été aussi généreux.

Tu as une main de fée. Tu es douée pour les plantes.

D'ailleurs, tu es douée pour tout.

Avec moi, ça ne donnerait rien.

Si tu avais un jardin, ça marcherait. Je ne suis pas spécialement douée.

C'est une question de terrain, d'orientation.

Évidemment, sur ta terrasse...

Taratata, il faut être doué !

Tu l'entretiens bien, ton gazon.

Il est gras, il est vert, il est aveuglant.

Ça demande de l'entretien.

Il faut la passer, cette tondeuse de malheur.

Heureusement que ce genre d'activité amuse beaucoup Albert.

Va-t'en, sale bête !

Laisse nos oiseaux tranquilles !

Comme s'il n'avait pas assez à manger chez lui.

Il est gros comme un cachalot.

Allez !

Quel bon air vous avez ici, ce n'est pas comme au centre-ville.

Vous avez de la chance d'avoir autant de bon air.

Tiens, j'en prends une provision pour la semaine.

Qu'as-tu vu ?

T'en fais une tête.

On dirait une poule qui avalé de travers.

C'est leur palmier qu'ils ont entouré de plastique ?

Que c'est vilain.

On dirait un épouvantail à moineaux.

Ça les empêche de geler.

Ils ont vu ça dans leur revue de jardinage.

C'est idiot, on ne fait pas du tout comme ça.

Il faut les entourer de paille avec du fil de fer.

Ils auront de la chance s'il reprend figure humaine.

C'est affreux.

Que veux-tu que ça nous fasse ?

Nous ne passons pas nos journées à regarder dans leur jardin.

Nous avons assez à faire avec le nôtre.

Elle devient insupportable.

Elle critique tout, elle sait tout, elle pontifie sur tout.

Maintenant, c'est le palmier des voisins qui ne lui revient pas.

Quoi, le palmier ?

Germaine n'apprécie pas le plastique sur le palmier des Monnier.

Oh, si ce n'est que ça...

Laisse-la parler.

Elle critique tout, c'est dans sa nature.

Ça lui passera comme ça lui est venu.

Je vais vous donner votre ration de sauge.

Oui.

T'en veux, Germaine ?

Tu la consommeras ?

Que je ne la coupe pas pour qu'elle parte à la poubelle.

Sinon, je la laisse là où elle est.

Tu t'en fais bien des infusions ?

Que veux-tu que j'en fasse ? Elle est très bonne, ta sauge.

J'en distribue à mes voisines.

Tu peux en distribuer à qui ça te chante.

L'essentiel, c'est qu'elle ne se perde pas.

Je ne manque pas d'amateurs.

Autant que ça fasse plaisir.

Viens voir, Suze.

Regarde.

C'est un pied de bégonia que m'a donné la voisine.

On verra ce que ça donnera.

Il crèvera.

Pourquoi il crèverait ? Tu es bien catégorique.

Jamais avant Pâques.

Les bégonias, jamais avant Pâques.

Ça, on le verra bien.

Je leur trouve très bonne mine. Nous en reparlerons.

J'aimerais qu'ils tiennent le coup rien que pour t'embêter.

Tu me fais dire des sottises.

S'il crève, il crèvera. La belle affaire.

C'est pas moi qui ai inventé les règles de la nature.

Je ne te dis que ce que j'ai appris et constaté.

J'ai assez jardiné, je crois.

Papa m'aura assez donné des leçons de jardinage.

Parlons-en, de Papa.

Il avait des idées comme ça, il n'en sortait pas.

Il était bien borné.

Nous en savons quelque chose.

Pauvre Papa.

Il commence à faire froid.

Je sens que je vais prendre mal.

Vous ne trouvez pas qu'il fait froid ?

Tu n'as qu'à rentrer.

Papa et ses grands principes,

sur le jardinage et sur le reste.

Tu en as pris de la graine, ça, on peut le dire.

Moi, j'en fais à ma tête et, grosso modo, ça me réussit,

alors je continue.

Tu as raison, dans un sens.

On ne te le fait pas dire.

Allons manger la galette des Rois.

Encore ?

Nous sortons à peine de table.

Pour nous y remettre, j'ai bien peur de ne plus avoir assez de place.

Honneur à l'aînée.

Elle est très bonne.

Il me semble qu'elle est meilleure que celle de l'an dernier.

Les nouveaux boulangers sont très soigneux.

Nous allons toujours chez eux. Nous n'avons jamais été déçus.

Non,

que ce soit pour le pain, les millefeuilles,

les éclairs et même les religieuses.

C'est toujours réussi, ils font du bon travail.

J'espère que la mienne ne déparera pas tout.

Ce n'est pas d'aussi bonne qualité.

Au moins, qu'elle soit mangeable.

Ça ne doit pas être léger.

Il y a quelque chose comme beurre.

On n'en mange qu'une fois par an. C'est un extra.

- Tu peux y aller, c'est très frais. - Oui.

J'ai trouvé quelque chose.

Vive la reine !

- Ça tombe bien que ce soit sur toi. - Je fais une belle reine.

Heureusement que je n'ai rien à gouverner.

Comment ?

Tu es notre reine à nous, Germaine.

Ne dis pas de bêtises, mange.

Mets ta couronne quand même.

Voyons !

Là.

Quelle est la fève, cette année ?

Un mouton en porcelaine.

Dis donc, un mouton.

Heureusement que tu ne l'as pas avalée.

T'étais bonne pour l'hôpital. Ils sont fous.

Ça devrait être interdit. Un mouton !

Quelle idée !

Autrefois, c'était une simple fève,

c'était le petit Jésus.

Ça ne se fait plus, le petit Jésus.

Ça s'est perdu.

C'est de la porcelaine, on pourrait s'y casser les dents.

Germaine, il faut que tu choisisses ton roi.

Tu ne vas pas rester la seule couronnée.

Vive le roi ! On dirait que tu es né avec.

Je t'assure, le roi des andouilles.

Allez, il faut goûter aussi à celle-là.

Allez, embrassez-vous.

Qu'est-ce que c'est ?

Nous n'attendons personne.

Mme Azzaro peut-être ?

Il ne manquerait plus que ça.

Va ouvrir.

Nous lui clouerons le bec avec un morceau de gâteau.

Elle est tellement gourmande, ça l'empêchera de trop parler.

Dès qu'on mange un gâteau, on dirait qu'elle le sent.

Elle va peut-être se lasser.

Non.

Va ouvrir.

Elle sait que nous sommes là, il y a la voiture devant la porte.

- Bonjour, Mme Azzaro. - Bonjour.

Quel plaisir.

Non, ne bougez pas.

Continuons comme si de rien n'était.

C'est le seul moyen

pour qu'elle disparaisse rapidement.

Casse-pied, celle-là !

Elle va nous faire arriver en retard au spectacle de Marie-Louise.

- Alors là... - Entrez, Mme Azzaro.

Vous prendrez bien un morceau de galette avec nous ?

J'en ai profité pour vous ramener vos catalogues.

Oui, merci, Mme Azzaro.

Toute la famille est là au grand complet.

Ça fait plaisir, ça,

parce qu'à part la famille...

Ça fait au moins 15 jours.

Qu'est-ce que je dis ?

Trois semaines que je ne vous avais pas vus.

J'espère que tout va bien,

la santé et puis le reste.

Bon anniversaire de mariage à tous les deux !

Oui.

Tiens, du coup, je refais une bise à chacun.

C'est drôle que ça tombe le jour des Rois.

Oui.

Ça vous fait combien ? 45 ?

45.

Vous êtes bien partis pour aller jusqu'aux noces d'or.

Oui.

Ce n'est pas maintenant que vous allez divorcer.

Non.

Quoiqu'on ne sait jamais, on en a vu d'autres.

Asseyez-vous.

Vous mangerez bien une part de galette avec nous ?

Je ne peux pas

parce que mon neveu est là avec sa femme.

Il se demanderait ce que je fabrique. Il m'engueulerait.

Il me trouve bavarde. Je suis bavarde ?

Non, je dis que je suis sociable, tout simplement.

On ne peut pas vivre enfermé dans son coin toute sa vie,

ou bien ce n'est pas la peine de vivre en société.

C'est pas vrai, ce que je dis ?

Et votre mari, ça va un peu mieux ?

Ne m'en parlez pas. C'est une véritable catastrophe.

Oui,

entre les prises de sang, la tension, les électrocardiogrammes,

les radios, les piqûres, les infirmières,

les docteurs...

Le pauvre,

je le plains.

Mais que puis-je faire d'autre ?

Comme je lui dis :

"Prends ton mal en patience, ça va passer."

Nous avons tous notre lot de souffrances.

Offrez-le au bon Dieu.

Ne me parlez pas du bon Dieu, Mme Suzou.

Excusez-moi, je vous appelle Suzou.

J'aurais deux mots à lui dire, à celui-là.

Il s'en souviendra, je vous prie de le croire.

Il ne faut pas le prendre comme ça.

C'est notre destin sur la Terre que de souffrir.

Il faut bien l'accepter. Il n'y a pas le choix.

Acceptez-le si vous voulez,

Mme Suzou, mais moi, je ne l'accepte pas.

Je comprendrais si nous étions des assassins,

mais mon mari et moi,

nous n'avons jamais fait de mal à une mouche.

Que voulez-vous ? C'est de notre faute.

C'est depuis le péché originel.

Vous trouvez ça normal, vous,

logique,

que nous soyons obligés de payer pour les bêtises

de ces deux-là ?

Moi, ça me révolte.

Vous n'y changerez rien.

Notre pauvre maman nous le disait tous les jours :

c'est Satan qui gouverne le monde.

On ne peut pas lutter contre Satan,

il est plus fort que nous.

Ce que tu dis comme bêtises, ma pauvre Suze.

Et tu te crois réconfortante ?

Il n'y a rien à comprendre, malheureusement.

Pas la peine d'aller chercher le diable et le bon Dieu pour ça.

Mais oui.

Mangez donc votre galette,

ça vaudra mieux que de vous mettre dans des états pareils.

Si ça ne vous fait pas de bien, ça ne vous fera pas de mal.

Oui, merci.

Et si vous alliez faire un pèlerinage à Lourdes ?

Je suis sûre que la Sainte Vierge pourrait vous aider.

Ça m'étonnerait que je change d'avis.

Une fois qu'on m'a trompée, c'est fini.

J'ai la tête dure.

On ne me possède pas deux fois d'affilée.

Enfin, tant que vous tiendrez le coup...

Vous êtes robuste, heureusement pour vous.

Vous attendez des gens ?

- Ma tante est là ? - Oui, elle est là.

- Je vais lui dire tout de suite. - D'accord, merci.

C'est votre neveu qui s'impatiente.

Je lui ai dit de rentrer, il a dit qu'il devait partir vite.

Mon Dieu !

Je vais me faire engueuler.

Excusez-moi de vous avoir dérangés.

Je me sauve.

Merci pour la galette.

Au revoir, il faut que je m'en aille.

Au revoir.

Eh bien, vous savez...

Merci pour tout.

Il y a toujours plus à plaindre que soi-même.

Elle est à plaindre, mais elle est fatigante.

Parfois, nous avons droit à ses litanies deux fois par jour.

Il faut avoir de la patience.

Vous avez vu le spécimen ?

Et encore, elle était pressée.

C'est un ouragan, cette femme.

Un cyclone !

Tant mieux pour elle,

ça peut l'aider face à l'adversité.

J'admire les femmes comme ça.

C'est drôle,

elle ferait presque rire alors qu'il n'y a pas de quoi.

C'est amusant une fois ou deux, pas plus.

On a beau être charitables,

il y a des fois où je me retiens pour ne pas l'envoyer sur les roses.

Quand j'y pense...

Et toi qui lui parles d'aller faire un pèlerinage à Lourdes !

Je ne sais pas où tu as la tête, à quoi tu penses.

Pourquoi pas ?

Ça ne peut pas lui faire de mal,

encore moins à son mari, le malheureux.

Il y en a beaucoup qui y vont

et qui en reviennent guéris, ou tout au moins bien soulagés.

Ce qu'il ne faut pas entendre ! Tu es encore plus naïve que Maman.

Dis donc !

Si tu n'y crois pas, ça te regarde,

mais respecte au moins ceux qui y croient.

Il y a eu assez de miracles comme ça.

Toutes les béquilles suspendues à la grotte en témoignent.

Quelle foutaise !

Déjà, cette histoire de Sainte Vierge

est complètement ridicule.

Que tu contestes les miracles,

à la rigueur,

mais tu ne vas pas contester l'existence de la Sainte Vierge

tout de même.

Comment peut-on croire encore à des histoires pareilles ?

Enfin,

si ça peut t'aider à vivre, tant mieux.

Chacun peut y trouver son interprétation.

Chacun est libre d'y mettre ce qu'il veut.

La belle affaire !

Et l'Immaculée Conception aussi, tant que vous y êtes.

Je vous jure !

Mais je pense bien,

c'est d'ailleurs comme ça qu'elle s'est présentée

à sainte Bernadette :

"Je suis l'Immaculée Conception."

Eh oui.

Et ça veut dire quoi, ma pauvre Suze ?

"Je suis l'Immaculée Conception", franchement ?

Ça dit bien ce que ça veut dire.

Tout le monde le sait, même les non-croyants,

et toi la première.

Ne fais pas l'innocente.

Nous avons reçu exactement la même éducation.

Oui, hélas.

Mais je ne me suis pas contentée d'avaler, moi. J'ai réfléchi.

Je t'attends avec ton Immaculée Conception.

C'est tout simplement que la Vierge a conçu le Christ

sans commettre le péché de la chair.

Par l'opération du Saint-Esprit.

Oui.

C'est l'ange Gabriel qui est venu le lui annoncer.

Même Joseph était bien comme toi,

il ne voulait pas y croire.

Il y a bien été obligé.

C'est dans tous les Évangiles.

Chacun l'interprète comme il veut.

Comment ça, chacun l'interprète comme il veut ?

Non, pas du tout. Je suis désolée, c'est un dogme.

C'est à prendre ou à laisser.

On ne nous donne pas le choix, c'est bien ce que je leur reproche.

Comment peut-on croire encore à des âneries pareilles ?

Que les enfants y croient, je comprends,

mais des adultes,

quand on connaît la vie...

Ce n'est pas du tout ce qu'a dit Suzou,

il n'a jamais été écrit que la Vierge n'a rien fait pour avoir un enfant.

Il a seulement été dit

qu'elle a été conçue, elle, la Sainte Vierge,

sans le péché, c'est tout.

Qu'est-ce que tu racontes, toi, maintenant ?

Qu'est-ce qu'il faut entendre !

- Albert ? - Ne m'ennuyez pas avec ça.

Laissez-moi digérer mon gâteau, tranquille.

Il n'y a qu'à demander à un prêtre. Je ne veux pas me mêler de ça.

C'est un peu fort quand même.

Sur ce point, je t'assure que tu te trompes.

Tu as sans doute oublié.

Il y a le fait que la Vierge a conçu Jésus

sans commettre le péché de chair.

Jamais il n'a été dit que c'était un péché de faire des enfants.

Ce serait la fin du monde. Ça ne tient pas debout.

Elle est vierge de tout péché, c'est tout.

C'est bien suffisant.

Vous êtes aussi folle l'une que l'autre.

Je sais ce que je dis, tout de même.

"Vierge",

ça veut dire quoi, d'après vous ?

C'est du français, non, "vierge" ?

Il n'y a pas 36 significations.

Moi aussi, je sais ce que je dis.

Il y a le sens propre et le sens figuré.

Tu n'as qu'à regarder dans le dictionnaire.

La virginité de la Vierge, c'est une autre question.

"Vierge", ici, veut dire

"vierge de tout péché".

Tout le reste n'est que fantaisie,

et peut-être bien des inventions de l'Église.

Jamais de la vie.

Tu dis n'importe quoi, comme d'habitude.

Albert, les Évangiles,

tu vas me les chercher s'il te plaît, tu seras bien gentil.

Quand tu as quelque chose dans la tête,

tu ne l'as pas ailleurs.

Que vous êtes bêtes, toutes les deux. Qu'est-ce que ça peut bien faire ?

Ce sont des affaires pour les théologiens.

Il n'y a pas deux interprétations identiques.

Et puis c'est pas l'essentiel.

C'est quoi, l'essentiel ?

L'essentiel, c'est d'avoir la foi

et d'aimer son prochain comme soi-même, pour l'amour de Dieu,

et de respecter les dix commandements.

Un point c'est tout. Le reste...

Je t'en prie, arrête tes sermons, t'es empoisonnante.

C'est pas la question.

Je veux tirer cette affaire au clair et j'en aurai le cœur net.

Tu le trouveras dans le fond, à gauche, du tiroir d'en bas.

J'ai regardé, il n'y est pas.

Cherche bien quand même.

Tu m'embêtes avec ça, cherche toi-même.

Oui.

Là.

Maintenant,

on va bien voir ce qu'on va voir.

Germaine, que fais-tu ?

Pourquoi tu t'emportes comme ça ?

Tu n'es vraiment pas raisonnable.

C'est ridicule de se mettre dans de tels états pour des bêtises.

Il n'y a pas assez de guerres comme ça ?

Armande, fais quelque chose.

Albert, essaie de la calmer, voyons.

Qu'elle s'en aille si ça lui fait plaisir,

elle n'ira pas loin.

J'en ai assez de toute cette comédie.

Il y a des choses indiscutables et des limites à la patience.

Il y a des fois où il faut savoir s'arrêter.

"Le sixième mois après la conception,

"le messager Gabriel est envoyé par Dieu,

"dans une ville de Galilée appelée Nazareth,

"à une jeune fille engagée à un homme appelé Joseph.

"Le nom de la jeune fille était Marie.

"Marie est profondément troublée. Le messager reprend :

'Ne crains pas, Marie, car tu es aimée de Dieu.

'Tu concevras et mettras au monde un fils que tu nommeras Jésus.'

"Marie dit au messager : 'Comment est-ce possible

'puisque je ne connais pas d'homme ?'

'L'Esprit-Saint viendra sur toi

'et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre.

'C'est pourquoi l'enfant qui naîtra sera saint et appelé fils de Dieu'."

C'est dans saint Luc, c'est l'Annonciation.

Voilà, c'est gagné.

- T'es bien avancée maintenant. - Enfin, rattrapez-la.

Faites quelque chose, voyons.

Elle ne peut pas être partie.

Elle n'est pas sotte à ce point-là.

Aïe, aïe, aïe !

Quelle catastrophe !

Elle ne peut pas rentrer chez elle à pied, c'est trop loin.

Alors ?

Elle s'en va bel et bien. Elle est déjà au bout de l'allée.

Et elle marche à bon train.

"Voici l'origine de Jésus-Christ.

"Marie, sa mère, était engagée à l'égard de Joseph.

"Avant qu'ils n'aient habité ensemble,

"elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit-Saint.

"Joseph, son époux, qui était juste et ne voulait pas la dénoncer,

décida de la répudier secrètement."

- Qu'est-ce qu'elle va faire ? - Elle va sûrement prendre le car.

"Comme il méditait ce projet,

"un messager du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :

"'Joseph, descendant de David,

"'ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme,

"'car ce qui est en elle émane de l'Esprit-Saint.'"

C'est dans l'Évangile selon saint Matthieu.

Oui.

Qu'elle y aille à pied, à cheval ou en voiture, je m'en contrefous.

Je ne lèverai pas le petit doigt. Plutôt mourir.

Ça lui fera les pieds.

Quand même, elle nous emmerde maintenant.

Un peu, ça va, mais trop, c'est trop.

Comment peut-on être d'aussi mauvaise foi ?

Ça la fera peut-être réfléchir.

Il faut bien qu'elle tombe sur un bec de temps en temps,

sinon où va-t-on ?

Enfin, j'ai raison ou pas ?

Oui, bien sûr que tu as raison.

Je n'ai pas voulu insister

pour ne pas jeter de l'huile sur le feu.

Tu connais Germaine,

elle déforme tout.

Quand elle a une idée dans la tête,

elle est trop orgueilleuse pour en démordre.

Elle se bute.

Elle deviendrait méchante.

Il faut la prendre comme elle est.

Je ne discute même plus avec elle,

c'est pas la peine.

Elle est comme ça, il faut la prendre comme elle est.

Me soutenir à moi que la Vierge n'est pas vierge !

Elle prend un malin plaisir à dire n'importe quoi

par autorité pure et simple.

Elle s'imagine que tout le monde va s'incliner ?

D'accord, je la plains.

D'accord, elle n'a pas une vie marrante.

C'est de sa faute, non ?

Je ne suis pas un souffre-douleur comme toi.

Albert, va voir en voiture si tu peux le rattraper.

Tu parles sérieusement ?

Tu veux que ce soit moi qui aille la chercher ?

Tu trouves que c'est mon rôle ?

Tu n'as pas peur des contre-emplois.

Elle ne voudra jamais revenir

et elle a bien raison.

Vas-y quand même.

Il n'y a que toi qui pourras la convaincre.

Vous commencez à être fatigantes, toutes les trois.

Il faut de la patience pour vous supporter.

C'est un doux euphémisme.

Encore un dimanche de réussi.

Bon, j'y vais,

mais ne t'imagine pas que c'est pour te faire plaisir.

Pourvu qu'il la retrouve.

Elle risque d'en faire une maladie.

Elle ne nous a jamais fait ce coup-là.

Elle a toujours été forte tête mais pas à ce point-là.

Elle a le diable au corps.

Je m'en veux de marcher comme ça, mais j'ai aussi mon caractère.

Je ne peux pas toujours faire abnégation de tout.

Elle ne va pas me faire payer son dépit amoureux toute la vie.

C'est Albert qui a choisi entre nous deux, pas moi.

Elle n'a qu'à s'en prendre à lui.

Ce ne sont pas les occasions de se marier qui lui ont manqué.

Elle n'a jamais voulu.

Elle a toujours dit qu'elle n'était pas faite pour ça.

Qu'est-ce que j'y peux ?

Si tu savais ce qu'elle me fait supporter à moi !

Je l'offre au Seigneur.

Au fond, ça me fait rire.

Offre tout ce que tu voudras au Seigneur, il a bon dos.

Ah !

- Alors ? - Elle n'est nulle part.

J'ai tourné dans tous les sens.

Elle aura dû prendre le premier car qui passait.

Espérons.

Allez, ouste.

Tant pis pour elle.

Ce qui est fait est fait.

Je lui téléphonerai ce soir, après le spectacle de Marie-Louise.

Elle se sera sûrement calmée. Espérons.

Que va dire Marie-Louise en voyant qu'il n'y a pas Germaine ?

Nous n'avons aucun compte à rendre à Marie-Louise,

pour ce qu'elle s'occupe de la vie de famille.

C'est pas ça qui l'empêche de dormir.

Encore heureux qu'on se dérange pour aller voir son spectacle.

Allez, vas-y, grouille.

Et maintenant, pour le dépaysement,

nous allons faire comme les Rois mages.

Nous allons changer de pays

et même de continent.

Nous allons faire un beau voyage.

Pour garder notre bonne humeur,

nous allons au Pays du sourire.

Un, deux, trois, quatre.

C'est réussi.

Nous qui n'aimons pas nous faire remarquer...

Heureusement que nous avons trouvé ces places assises.

Tais-toi, tu déranges.

Respire.

Cherche Marie-Louise.

Décidément, c'est le jour des chinoiseries.

Nous sommes très en retard.

Tant mieux, ça paraîtra moins long.

Bon !

Marie-Louise, à gauche, en homme.

Elle n'a pas du tout cette coupe-là.

Tu reconnais Marie-Louise ?

Où ça ?

Marie-Louise.

C'est bien joli de sourire, toujours sourire,

mais il faut penser à se rafraîchir.

Pendant l'entracte, n'oubliez pas la buvette.

À tout à l'heure.

La tombola reprend dans cinq minutes.

Le spectacle reprend dans dix minutes

avec le sourire.

Allez, nous filons, pas une minute à perdre.

Il est déjà 18h30.

Il faut d'abord aller embrasser Marie-Louise au vestiaire.

Oui.

Suze, dépêche-toi.

C'est joli quand même, ce spectacle.

- Elles se défendent pas mal. - Tu n'as qu'à les suivre en tournée.

Allez, dépêche-toi,

sinon tu sais comment tu vas te faire recevoir chez toi.

C'est vrai, je n'y pensais plus. Vite, vite.

Juste un petit bonjour.

Pardon, Madame, nous cherchons Mlle Guitare.

Nous sommes de la famille.

Oui. Dans les coulisses, à droite, en haut.

Merci.

Bonjour, nous cherchons Marie-Louise Guitare.

Nous sommes de la famille.

Dans le vestiaire du fond, en haut des marches.

Germaine,

que fais-tu là ?

Elle est bien bonne.

Viens avec nous, nous rentrons.

Il est déjà tard.

Je ne suis pas pressée de rentrer, personne ne m'attend.

Marie-Louise me raccompagnera.

C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?

Ah bon.

Au revoir, Germaine.

Toi, alors...

Merci.

Marie-Louise.

Ne te dérange pas pour nous.

Je n'y croyais plus.

Vous ne changerez jamais. Albert !

Ma Suzon.

Je vous présente Hervé.

Mes deux autres sœurs et mon beau-frère.

Couvre-toi, voyons, tu vas prendre froid.

Penses-tu, j'ai l'habitude.

Vous m'excusez ? Je continue.

J'enchaîne tout de suite avec un autre numéro.

Mesdames, je vous présente mes deux autres sœurs

et mon beau-frère.

Bravo, Mesdames.

Vous êtes très bien, vous êtes très douées.

La salle s'amuse.

Vous faites honneur à votre génération.

Bravo.

Vous avez passé un bon dimanche ?

Oui, très bien.

Tu le sais, je suppose, le train-train.

Évidemment, nous sommes moins imaginatifs que vous.

Tu nous excuseras, mais il faut vraiment qu'on parte.

C'est l'heure limite pour tout le monde.

Dommage, vous allez rater le meilleur.

Je n'insiste pas,

je sais que ce n'est pas la peine de vous retenir.

Dépêchez-vous, sinon vous allez vous rendre malades

et je ne veux pas avoir ça sur la conscience.

Albert, toujours au gouvernail ?

On fait ce qu'on peut.

Vous sortez par là, vous tombez directement sur la rue.

Vous éviterez tout ce vilain monde.

Tu t'occupes bien de Germaine ?

Oui, dors sur tes deux oreilles, sois tranquille.

Au revoir.

Ouvre, Georges.

Ouvre tout de suite.

C'est moi, Suzanne.

Ne fais pas le sot, je sais que tu es là.

Ouvre-moi.

C'est moi, voyons.

Allez, ouvre immédiatement, ça suffit.

Qu'est-ce que tu fais avec cette couronne sur la tête ?

Pauvre homme.

Tu te crois spirituel ?

Viens voir.

J'ai acheté une galette.

Comme tu tardais à venir, j'ai pris les devants. Assieds-toi.

Si tu crois que j'ai faim...

Mange.

De toute façon, vu la situation,

il n'y a pas moyen de faire autrement que ce soit moi le roi

et toi la reine.

Tu es bête.

Sous-titrage : TransPerfect Media

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