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Je l'ai acheté à l'aéroport, à côté de l'hôtel,
parce que l'hôtel est à côté de l'aéroport.
C'est bien moi, c'est le geste qui compte.
Comme quoi, quand c'est pas cher, il faut se méfier. Les avions le matin...
Ça y est, elle te veut la rentrer ?
Ah tiens, salut.
C'est bien passé ?
Ouais, c'était super.
Regarde ce qu'elle m'a acheté.
J'ai emmené ça, de Prague.
C'est quoi, ça ?
Ça s'appelle un golem.
Elle doit pas créer de bonheur, cette chose-là.
Il y avait un papier pour expliquer à les gens, mais évidemment, je l'ai perdu.
C'est bien, là ? Je sais pas.
Non, je crois que je le préférerais plutôt vers le dodo.
Le dodo, là.
Ah, alors on prend le dodo de l'île Maurice.
De l'île Maurice, là, oui.
Là ? Oui, oui.
C'est bien, oui.
J'ai envie que tu me fasses peur.
Ah non !
Non, non !
Non, non !
Non, non, non, non, non !
Non, mais laissez-moi !
Qu'est-ce que vous faites ?
Il faut que je finisse ma tournée !
Non !
Pitié, pitié, pitié !
Mais pourquoi vous êtes si méchants?
Parce que vous le méritez, madame!
Ah! Ah oui! Ah oui! Pardon! Pardon! Pardon! Merci.
Je sais pas, j'en sens un qui coule, là.
Tu le vois? Il y en avait encore un, là-haut?
Voilà! Eh bien, merci!
Oui, tu me laisses la porte ouverte, s'il te plaît? Un peu moins.
Encore un peu moins.
C'est un peu trop, ce coup-là.
Merci!
Bonne nuit, maman!
Bonne nuit!
Bonne nuit!
Raphaël?
Oui?
Garenche, je t'aime.
Vous pouvez m'ouvrir le manoir, s'il vous plaît? Tenez.
Mais pas de bagages!
Je vous prépare quelques chambres.
Je m'en fous.
Bonne nuit, madame.
Jamais un coup de fil depuis la mort de son oncle.
Des chèques, elle les envoie toujours en retard,
et puis là, elle arrive au milieu de la nuit, sans nous prévenir, et puis voilà,
pour qu'elle se prend celle-là.
Et puis, tu vas lui demander les tâches que tu
as à faire, hein, qu'on mette ça bien à plat,
parce que tu sais, les patrons, hein,
ils te demandent la main au début,
puis après, ils te prennent l'avant-bras, puis tout le branquier passe, hein.
Non, mais... Oh, attends, viens voir.
Faut faire attention, là.
Putain, t'as une tasse, là.
Allez, ça va.
Ah, mais tu veux pas te présenter, il faut quand même être propre.
Madame Chaptel ?
Madame Chaptel ?
Madame Chaptel ?
Madame Chaptel ?
Vous m'entendez ?
Madame Chaptel ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous m'entendez ?
Vous voulez que je cherche un médecin ? Non, non, non.
J'ai besoin de personne.
Faites tirer les rideaux, s'il vous plaît.
Toute la boîte ?
Ah ben, dis-donc.
Ça tient une famille, c'est comme la tante avec les fusils.
On devrait peut-être prévenir ses proches.
Mais non, on ne peut pas.
Elle n'a plus de parents, elle n'a pas de mari, elle n'a pas d'enfant.
La tante, non. Tout le monde est mort, il n'y a plus personne.
Mais voir un peu plus fort, là.
...
Tire-moi les cheveux.
Non, mais plus fort.
Allez, c'est pas grave.
Si tu ne prends pas de plaisir, tu n'as qu'à m'en donner.
Je vais être en retard à ma répétition.
J'ai qu'à venir avec toi.
C'est bien que je n'aime pas qu'on vienne.
Si tu veux nous écouter, il y a des concerts pour ça.
Oh là là, dis !
Tu n'es pas Vivaldi non plus, là !
Qu'est-ce que c'est que ces grandes phrases, là ?
Ce ne sont pas des grandes phrases.
C'est bien les hommes, ça !
Alors, il y a la bébête qui ne marche plus !
Tout s'effondre !
...
Raphaël !
Vous pouvez venir une minute ?
Entrez, entrez, entrez.
Regardez.
Regardez, là. Je les ai tous descendus.
Celui-là, il me résiste. Il est trop lourd.
...
Je les déteste.
Tu as l'impression qu'ils me regardaient et qu'ils me jugeaient.
Vous me foutrez tous à la déchetterie.
Il y en a plein dans le couloir, en haut, là, dans l'entrée.
...
Gauthier de Rosemont.
Arrière, arrière, arrière, grand-père de la famille.
C'était un grand docteur.
...
Je ne sais pas.
Je pense, par moments, à des choses, peut-être, qui n'existent pas,
mais ce n'est pas normal qu'elle arrive au milieu de
la nuit, là, comme ça, sans prévenir, sans bagages,
d'ici qu'elle se soit échappée d'un asile.
...
Ah, oui ! Tiens, je me rappelle bien de cette photo-là.
C'était un jour de Noël, en 1970.
Ça fait déjà un moment, hein !
Mais je me rappelle bien.
Il y avait tout le personnel qui était là.
Tiens, moi, j'étais là.
Il y avait un énorme chapeau à faire cuire.
Je l'avais farci.
... C'est pour ça que je m'en souviens bien, hein !
Elle était comment, quand elle était petite ?
Oh, elle était un peu spéciale, hein !
Ah, oui !
Elle se mettait, des fois, à rire, comme ça, ou alors à pleurer.
Je ne savais pas pourquoi.
Elle est exposée dans les musées les plus prestigieux du monde.
Je regarde ce que j'ai trouvé.
Garance Chaptel, celle qu'on appelle la Dame en bleu,
est aujourd'hui une figure incontournable de l'art contemporain.
Son travail consiste à faire de sa vie,
et notamment des moments les plus intimes, une œuvre.
Toutes ces fioles, c'est tout simplement les larmes que je récupère.
Je fais comme ça.
La larme coule.
Je récupère la larme ou les larmes.
Et hop, dans le flacon.
Donc ça, ça représente tous mes chagrins depuis 1992.
Premier divorce.
72 larmes.
Déménagement, 120.
Oui, je pleure plus pour un déménagement que pour mon divorce.
Dès sa première performance, Garance Chaptel crée le scandale.
Le corps tatoué à la façon d'une découpe de
boucher, elle offre en spectacle son anatomie.
C'est venu, très simplement, d'une détestation du regard des hommes sur moi.
J'étais assez timide.
Mais je le suis toujours, d'ailleurs.
J'ai eu l'idée de découper mon corps.
Voilà, je me découpe avant que vous me découpiez.
Dans quelques jours, l'artiste s'apprête à passer neuf mois dans une de ses œuvres.
Hommage à sa mère, morte en lui donnant naissance,
le Bunker Love a des allures de ventre de femme enceinte.
Les gens pourront venir me visiter.
Moi, je ne les verrai pas, je ne les regarderai pas.
Mais eux pourront voir comme une sorte de fœtus adulte.
Un peu... un peu monstrueux.
Je te dépose.
Je n'ai pas le temps.
Oh, cinq minutes, quoi !
Je n'ai pas le temps, je te dis, j'ai affaire.
Oh là là, tu es sûr ?
Tant pis pour toi, petit larban !
Je vous ai apporté l'argile, je la mets où ? Ah, merci.
Ben, laissez-le là, je vais m'en occuper.
D'accord.
Ah, je voulais vous demander, je voudrais que vous me rendiez la clé.
Ne le prenez pas contre vous, mais j'ai besoin d'être seule.
Ah non, seule.
Bonne nuit.
Encore un peu, je suis presque.
Ah oui, là.
Ça fait mal, hein.
Oui, un petit peu.
Voilà, j'y suis.
Un petit peu.
Voilà, on va attendre un petit peu que je vous entende dans mon casque, là.
Ça me sert, mais il faut, hein.
Ils sont beaux, tous ces tableaux, hein.
Ah oui, j'aime bien aussi, moi.
On avait des bons peintres.
Il est joli, celui-là.
Jolie, la petite dame, là.
Joli corsage.
Oui.
Bon.
Par contre, attention, ça, c'est moins bien, hein.
Aïe.
Ah oui, il y a de quoi.
Vous pourriez bien aller la voir au château, hein.
Ça fait des jours, des jours qu'elle ne sort pas.
C'est pas normal.
Tiens, on fait travailler, là.
Il y a plein de nouveaux modèles, dedans.
Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?
C'est quoi, ça ?
Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?
Je suis là pour les choses que j'ai à faire.
Son contrat, ça a été fait.
Il y a des choses qu'on peut faire, hein.
C'est pas de se faire, c'est pas de se faire,
C'est quoi, ça ?
Ça, ce que j'aime beaucoup, c'est ça.
Non, c'est ça.
C'est pour amener le public, c'est-à-dire que,
Vous êtes comme un paysage, un paysage changeant, accidenté, un canyon.
Il n'y a rien d'attendu quoi, rien de précis.
Je pourrais passer des jours à vous parcourir.
Ah, je vous ai préparé un petit vestiaire, comme ça vous pouvez vous déshabiller.
Oui, mais là il faut tout enlever, parce que je vais vous sculpter entièrement.
Ah oui, je comprends, je comprends, mais vous verrez, ça viendra.
Il suffit d'un déclic, c'est une question de confiance, asseyez-vous.
Alors, le buste légèrement en avant,
l'avant-bras posé sur la cuisse.
La main droite, la main gauche sur la cuisse gauche.
Le visage légèrement dévissé, les yeux fermés.
Avancez la jambe, avancez la jambe.
On va peut-être avancer le pied, avancez le pied, vous serez plus confortable.
Comme ça, les yeux fermés.
Qu'est-ce que c'est que ce baron ? Il est là ! Il est là !
Il est où ?
Mais j'en sais rien moi !
Tu fais mieux de t'occuper de la cuisine.
Arrête ton bordel là.
Arrête un peu.
Oh !
C'est en train de brûler.
T'es malade ?
Je sais ce que t'en as fait.
Notre programme avec WITRUST, opérateur de crédit humide.
Ouais ! Oh ben alors ! C'est tout foutu !
Allume ça tout de suite, espèce de chiasse !
C'est pas à 58 ans qu'on fait une crise d'adolescence !
Je vous ai remis.
Ah non, non, non, non.
J'avais envie de vous écouter.
C'est beau.
... ...
Raphaël ?
Oui ?
Ça vous dirait d'aller boire un verre ce soir ?
Ce soir je peux pas, je le répète.
J'ai envie de sortir, j'en peux plus d'être enfermée ici.
...
On se met en place.
Il a de la peau une Patrice.
Vous allez voir.
...
Un sonnerre d'applaudissements pour Terra Gallica !
...
Ça vous a plu ?
Pas tellement, non.
...
Je m'attendais à ce que vous jouiez votre morceau.
Je préfère ce que vous faites, vous.
...
Patrice dit que c'est trop triste.
Il préfère qu'on joue pour faire danser des gens.
...
Il a rien compris, ce gars-là.
Les plus belles chansons, c'est des chansons tristes.
Pour évoquer la condition humaine, il vaut mieux choisir Brel que Carlos.
... Non ?
... ...
Bonsoir.
Bonsoir.
Je peux vous aider ?
Je viens voir Garence.
Elle reçoit personne.
Ne vous inquiétez pas, monsieur.
Tadam !
... ...
Ça va, Raphaël ? Bonne nuit.
...
...
...
...
...
Raphaël ?
...
Quand vous aurez fini tout ça,
vous voyez, il y a plein de feuilles sur la voiture, ça vous embête de les enlever ?
...
Merci.
... ... ...
Ciao, ciao !
Ciao !
Là, tiens, venez.
Ça fait plaisir d'arriver à la plage.
On n'en veut pas.
Bon.
Bonne journée !
... Je vous regarde tendrement
J'aurais bien voulu vous parler
Mais le courage m'a manqué
J'aurais voulu vous emmener
... Faire quelque part à mes côtés ...
Sans pour cela imaginer
...
Imaginer un tas de choses Des choses Que je n'ose vous dire Madame Et pourtant
Je pense à vous bien souvent ... ... Je pense à vous Madame
Souvent je vous...
J'ai des idées
Et peut-être normalement...
Mais c'est pas possible !
Tu ne vas pas revenir là-dessus !
Nos moyens ne te permettent pas ! Et c'est tout.
De toute façon, c'est moi qui gagne cet argent.
Je devrais pouvoir en faire ce que je veux.
Mais si je ne t'avais pas fait embaucher au manoir, tu serais où ?
Réponds pas, là, hein !
Si tu veux jouer les fleurs bleues, les playboys libres à toi !
Mais ça ne changera rien !
Tu auras toujours la même tête !
Tu ne comprends rien !
Je suis un paysage !
Je suis un paysage !
Je ne te prendrai pas aux cartes postales !
Je ne te prendrai pas aux cartes postales !
Je ne te prendrai pas aux cartes postales !
Allez, va-t'en, va !
Allez, va-t'en, va !
Idiot !
Je vous ai réveillé ?
Moi, j'ai envie de vous écouter !
Je vous ai réveillé ?
Ah non !
Moi j'ai envie de vous écouter !
Moi, c'est beau !
Moi j'ai envie de vous écouter !
J'ai envie de vous écouter !
Moi j'ai envie de vous écouter !
Moi... Moi j'ai envie de vous écouter !
...
Alors Beethoven !
Tu veux pas qu'on vienne aux répétitions ?
T'as oublié qu'on habite un tout petit village ?
Dis donc j'espère qu'elle t'a augmenté parce
que gigolo et gardien ça fait 2 salaires ça !
Et puis regarde bien ma voiture une dernière fois !
Parce que tu vois la gangou, la postière, c'est terminé !
Et c'est pas terminé, non mesdames et messieurs, à présent, je vous demande de
faire du bruit pour les grands, les inédarables, les incomparables, des rats de...
Bonsoir l'ex-avion !
Et bien vous êtes chauds !
Je retombe, alors c'est parti !
Vous m'éveillez les poignées !
1, 2, 3, 4 !
Excuse-moi, je t'ai réveillée.
Tu vas pas rester là ?
C'est juste bon pour les bêtes ici.
Moi je t'héberge si tu veux.
Il y a la place chez moi à la maison pour te recevoir.
Je croyais que tu voulais plus me voir.
Ah non, c'est... c'est pas moi qui ai dit ça.
C'est ma colère.
Moi, je dis c'est dommage.
On s'entendait bien.
On était bien tous les deux.
C'était sympa.
Tu me manques.
Tu sais bien que ça n'a jamais été de l'amour.
Parce que tu sais ce que c'est l'amour, toi.
Ça m'a jamais brûlé dans le ventre quand je te regardais.
Alors...
Ok.
Ah, tu vois qu'il fonctionne plus.
Ça y est.
EM16 Blue...
2,5...
3... 1...
Ce sera après quand ?
Au plus tard au début de l'été, je pense.
Raphaël !
Mais où est-ce que vous étiez passés ? Je vous ai cherchés partout.
C'était hier ?
Non, c'était en 2014.
2014 ? Voici Raphaël.
Raphaël, voici Arthur, qui est commissaire d'exposition.
Ludovic, journaliste.
Silvio, mon agent.
Ça, vous le connaissez.
Et...
Zoran, photographe.
Donc vous êtes le musée.
Fantastique.
À Raphaël.
Et à toi, Garance.
On trinque ? Santé.
À la fine.
Raphaël ?
Voilà, super, très bien ça, très bien.
Garance, India, Monsieur Moletard, Doron Paré.
Si, si, j'arrive.
Ah ok.
Je m'en vais demain.
Bon, au revoir.
Au revoir.
Un camion arrive à 11 heures.
Je pars avec la statue.
Vous serez là, demain matin ? Je viendrai vous dire au revoir.
Oh !
Oh !
Ah !
Oh !
Oh !
Ah !
Oh !
Oh !
Oh !
Oh !
Oh !
Oh !
Oh !
Oh !
GARANCE!
GARANCE !
Garance ?
Je suis Garance Chaptel, laissez un message, merci.
Est-ce que c'est moi qui t'ai tué ?
Oui, comme une copine.
Comme une copine.
Comme une copine.
Comme une copine.
Comme une copine.
Le point rouge ici, qu'est-ce qu'il représente ?
Une question ?
Un sexe ?
Un enfant ?
Du sang ?
Si vous vouliez me suivre pour ce prochain exhibit,
pour moi personnellement, c'est le travail le plus singulier des artistes.
Si vous vouliez rapidement passer par cette pièce,
vous pourriez probablement dire
que j'ai vu une sculpture d'un homme,
assis, sans moteur.
Mais si vous regardez attentivement
à la façon dont le matériel a été travaillé,
il n'y a pas un centimètre sans la forme des mains de l'artiste.
Regardez l'énergie qu'elle a transférée à la colle.
Nous ne savons pas l'identité du homme qui a servi comme modèle,
ni ce qui l'a conduit à la sculpture, ni ce qui l'a fait consulter.
On pourrait penser qu'il ressemble un peu à un penseur de Rodin.
Mais il n'est pas un penseur.
Il est un rêveur.
Il est le rêveur de Garonce.
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