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"L'état d'exception est déclaré sur tout le territoire national

la défense de la paix, le progrès de l'Espagne

et les droits des espagnols contraignent le gouvernement

à suspendre les privilèges relatifs aux libertés d'expression,

de résidence, de réunion et d'association,

ainsi que l'article 18 selon lequel aucun espagnol ne peut être détenu

en dehors des cas et des formes fixés par les lois."

MADRID, JANVIER 1970

T'es dans la lune, petit ?

Des actions minoritaires,

destinées à perturber la paix de l'Espagne et son ordre public,

ont été menées récemment. Elles sont liées

à une stratégie internationale visant de nombreux pays.

La défense de la paix et l'exercice des droits civiques,

souhaités par tous,

obligent le gouvernement à prendre des mesures

pour mettre fin aux troubles.

Par conséquent, nous aurons recours aux articles 35…

Qu'est-ce qu'il se passe ?

Rien, retourne bosser. Je m'en occupe.

Arrête de crier, tu vas réveiller tout le quartier.

J'en peux plus. J'ai l'estomac tout retourné.

Tu exagères toujours.

- Quoi ? - Rien, rien.

T'exagères pas du tout.

T'es à deux doigts d'accoucher. Viens, on s'habille.

Tu m'as menti, Isabel.

T'étais déjà enceinte en arrivant.

Doucement, doucement.

Attends que je referme la porte.

Doucement.

Accoucher cette nuit… Fallait prévenir !

Je savais pas, moi.

- Si toi, tu sais pas… - Je sais pas compter.

L'ignorance, c'est terrible !

Arrêtez-vous !

Fumier !

Appuie-toi là. Doucement.

Arrête !

Attention, Centro !

Arrête-toi, bordel !

Ça va aller.

Viens. Dépêche-toi.

Vous êtes folle ! J'aurais pu vous tuer.

Pas vous, plutôt mes talons.

Je ne prends personne, je vais au dépôt.

Mon amie va accoucher.

Et alors ? Je vous ai dit de ne pas monter.

Installe-toi.

Vous ne pouvez pas me faire ça.

Je vous demande pas d'adopter le gosse !

Je vous dis que je vais au dépôt.

Le bus n'est pas à moi.

Retiens-toi. Serre les cuisses.

Respire !

30 000 conducteurs à Madrid et il faut que ça tombe sur moi !

Pleure pas.

S'il n'y avait pas des toquées comme nous pour accoucher,

le monde serait vide ou rempli de vieux.

L'eau de Cologne te fait du bien.

- Il tombe. - Serre les cuisses.

L'ange…

On dirait qu'il va se jeter.

Comme s'il voulait se tuer.

Centro…

Je me suis faite pipi dessus.

C'est pas ça. Tu perds tes eaux.

Arrête-toi, mon amie a perdu ses eaux.

Je me gare pour pas gêner.

Tes jambes, mets-les ici. Là, allez !

L'autre, maintenant. Calme-toi.

Je suis avec toi. Allez.

Vas-y, pousse. Pousse !

Continue ! Très bien, très bien !

Chauffeur, viens m'aider ! Vas-y, pousse !

Ça y est !

C'est un garçon.

Il est tout content.

Ça tombe bien.

D'abord, il faut attacher le cordon.

T'as de quoi l'attacher ?

Les lacets de tes chaussures, donne !

T'as été très bien.

Il a tout ce qu'il faut ?

Tout ! C'est un gosse archi complet !

L'autre lacet…

Maintenant, il faut couper le cordon.

- T'as des ciseaux ? - Moi ? Non.

T'as vraiment rien !

C'est pas grave, je le fais avec les dents.

Ça fait pas mal.

Donne-moi quelque chose pour envelopper le petit.

Mon bébé !

Qu'il est mignon !

Tiens, voilà ton fils.

Mon petit bébé !

Ce que tu es beau !

Où on va, maintenant ?

À l'hôpital. Je peux pas la ramener à la maison.

Tiens-le bien. T'es faible. Le laisse pas tomber.

Ne t'endors pas.

Attention, je démarre.

Comme il est beau… Ne t'endors pas !

J'ai encore mal.

C'est le placenta. Donne-moi le petit.

Faut que tu pousses.

- Encore ? - Oui.

Tout doit sortir. Après, c'est fini. Vas-y, pousse.

Grouille, elle perd du sang.

Je fonce !

Repose-toi.

Tu pouvais pas attendre, petit emmerdeur ?

T'étais pressé d'arriver à Madrid ? Tu y es !

Comment tu vas l'appeler ?

Victor.

Regarde, Victor ! Madrid !

EN CHAIR ET EN OS

En plein Madrid, défiant le mauvais temps,

une jeune femme a accouché

dans un autobus de la Régie Madrilène.

La nouvelle de l'heureux événement

a été accueillie avec sympathie.

Le Maire de Madrid a offert au nouveau-né son premier trousseau,

le nommant "Fils adoptif de la ville".

Le Directeur Général de la Régie Madrilène

n'a pas voulu être en reste.

Accompagné d'un conseiller et de leurs épouses respectives,

il a offert à la mère et à l'enfant des titres de transport à vie

qui leur permettront de voyager en autobus

gratuitement et aussi souvent qu'ils le voudront.

Avec de telles perspectives,

nous souhaitons à l'impatient bambin

que sa vie roule "comme sur des roulettes".

20 ANS APRÈS

Dans la réserve on a tué

On a tué mon chien

Dans les verts taillis, il suivait une biche

Dans toute l'Andalousie

Il n'y avait pas de chien comme le mien

Des chiens, voilà comment on nous traite

et c'est ce qu'on est !

Vise le troupeau de brebis qu'on est censé garder !

Il était si joyeux quand il revenait

Et me ramenait les brebis

Il était la clé de ma ferme

La sentinelle de mon troupeau

Pas un loup n'osait s'approcher des agneaux sur la berge

C'était le plus vaillant

Et le plus noble de tous

Regarde-les.

Voler, trafiquer et se trahir les uns les autres.

Il n'y avait pas de chien comme le mien

On est les sentinelles d'un troupeau malade.

Tiens, bois pour fêter ça.

Non, merci. Tu bois pour nous deux.

Salut, c'est moi.

- Tu fais quoi ? - Rien, j'arrose.

T'es fâchée ?

Non, esquintée.

Excuse-moi.

Je regrette d'être parti comme ça.

Je n'aime pas parler de ça au téléphone.

On en parlera plus tard.

Je rentre le plus vite possible.

À tout à l'heure, mon amour.

Ma femme me trompe.

Quoi ?

Clara couche avec un autre.

Sancho, dis pas de conneries.

Je ne sais pas quoi faire.

Picole moins.

Tu crois que tout s'arrange en ne picolant pas.

Je ne crois pas que l'alcool t'aide.

Si je ne bois pas, je la tue.

Arrête tes conneries !

C'est le meilleur moyen de ne pas être cocu.

Je pourrais le tuer, lui.

Mais je ne sais pas qui c'est.

C'est peut-être un de ceux-là.

Dire qu'un de ces connards baise ma femme

pendant que je bosse…

Ça me fout la haine !

Ma belle.

Mon père n'est pas là, sinon je t'aurais pas rencardé ici.

Apprendre à attendre ?

Rien à secouer de Lou Reed !

Si t'es pas là dans un quart d'heure, j'appelle un autre.

C'est mieux que rien !

Rapporte-moi du chocolat. J'ai la flemme de descendre.

- Helena ? - Oui. Qui c'est ?

- C'est Victor. - Quel Victor ?

Le mec de samedi dernier.

Quel mec ?

Celui avec qui t'as tiré dans les chiottes.

J'étais pétée.

Tu m'as donné ton téléphone.

J'allais sortir.

- Où ça ? - J'ai rencard. Rappelle-moi.

C'est pas possible, t'avais rendez-vous avec moi.

J'ai oublié !

Je t'ai apporté une pizza. Tu m'as dit que t'aimais.

Quel idiot.

Elle est encore chaude.

Bouffe-la ! Et ne m'appelle plus, d'accord ?

LA VIE CRIMINELLE D'ARCHIBALD DE LA CRUZ

Prochain arrêt : Eduardo Dato.

On aura fait le tour de Madrid.

Je le sais.

- Tu ne descends pas ? - Non, je continue.

- Tu vas où ? - Je ne sais pas. Nulle part.

Comment ça ? Tu vas bien quelque part ?

Non, ça te gêne ?

Tu comptes passer la nuit ici ?

- Je descendrai. - Quand ?

Plus tard.

Pas trop tard. Je t'ai à l'œil.

Connard !

Elle devait sortir, hein ?

Il y a longtemps qu'il est parti ?

Arrête tes bobards !

Ça doit être lui.

Pas trop tôt ! Monte !

Attends-moi dans le salon et touche à rien.

Qu'est-ce que tu fous là ?

Tu m'as ouvert.

Je ne t'ai pas ouvert. Je croyais que c'était quelqu'un d'autre.

C'est moi !

Je te rappelle qu'on avait rendez-vous.

Pour qui tu te prends ?

T'attendais un dealer ?

Qu'est-ce que ça peut te foutre ? Dégage !

Attention ! Je suis resté poli, moi.

Je partirai quand j'aurai eu une explication.

C'est pas si grave.

Je voulais seulement causer un peu.

On se connaît depuis une semaine. On a tiré un coup génial.

Pour moi, c'était la première fois.

Tu te rends compte ?

C'est aussi la première fois que je vole dans une pizzeria.

Je l'ai fait pour être avec toi.

Va-t'en !

Tu ne vois pas que je pointe mon revolver sur toi ?

Casse-toi !

C'est pas parce que t'as déchargé entre mes cuisses

que ça te donne le droit de débarquer chez moi !

D'où tu sors, abruti ?

M'insulte pas !

Un coup génial…

T'as pas été foutu de me la mettre !

T'en as des trucs à apprendre !

Tais-toi !

J'étais convaincu que c'était moi qui l'avais tuée.

Ce sentiment morbide me procurait un certain plaisir.

On a reçu un appel d'une femme qui a entendu un coup de feu.

Rue Eduardo Dato, numéro 18.

Elle habite au deuxième.

C'est tout près d'ici.

Ka nuit à H-50.

Je vous écoute, Ka nuit.

Appel reçu. On est sur le pont d'Eduardo Dato.

Nous allons intervenir.

La femme qui a appelé n'était pas sûre d'elle.

Après, faites-nous un rapport.

Bien reçu.

T'es encore là ?

J'allais pas te laisser toute seule. Pour qui tu me prends ?

J'ai mal…

Tu m'as fendu le crâne.

Tire-toi ou j'appelle les flics.

De l'héro, merde !

Quelqu'un a sonné. Je lui ai dit que t'étais pas là.

Il est reparti un peu furax. Il t'apportait du chocolat.

Qu'est-ce qui te prend ? T'es malade ?

T'en veux une autre ?

Voilà le 18.

- Qui c'est ? - Police. On nous a appelés.

Mon amie dit que je suis folle. Je jure que c'était un coup de feu.

- C'était la télé. - C'était pas la télé !

Madame, ouvrez-nous.

Madame est en voyage. On est les bonnes.

Ouvrez cette putain de porte !

Un maniaque armé veut violer votre voisine.

Un violeur !

Donne-moi le talkie-walkie.

Lâche-ça, bordel ! Je passe devant, tu me couvres.

Il faut appeler le Central. C'est une descente !

Tu veux qu'il la viole ?

J'ai pas dit ça, mais c'est pas comme ça qu'on agit.

En crevant de trouille, non plus.

Peut-être, mais je ne suis pas bourré

et personne se tape ma femme !

Ne me parle pas de Clara !

Allez, Sancho, merde !

La porte est là.

On entre comment ?

Laisse-moi appeler le Central.

Faut qu'on entre.

Comment ?

On frappe.

Prends pas le flingue, c'est à mon père.

Tiens, ton flingue.

Police, ouvrez !

- Bougez pas ou je tire ! - Du calme ! Lâche la fille !

Pourquoi vous êtes là ? J'ai rien fait !

Dis-leur, toi.

- Vraiment, merdeux ? - Sancho !

J'ai rien fait !

Et la blessure, là ?

Je suis désolé. Je t'ai blessée ?

Elle se l'est faite.

Lâche-la ou je t'arrache les couilles !

Arrête de le provoquer, putain !

C'est toi qui me provoques.

Ton nom ?

Victor Plaza.

Je sais qu'il y a une explication.

Pose ton arme et donne-moi la fille.

Après, on cause. D'accord ?

Oui, mais dis-lui de pas braquer mes couilles.

Si tu ne la lâches pas, je m'en fais une omelette.

Ça suffit ! Donne ton flingue.

Qu'est-ce que tu fous ?

Tu déconnes ?

Tu braques un supérieur.

Non, un malade et un ivrogne.

Donne ton flingue.

On va faire un marché.

Mon collègue me rend son arme et tu poses la tienne.

Et tu me donnes… c'est quoi votre nom ?

Helena.

Enchanté. D'accord ?

D'accord.

Sancho, donne ton flingue une fois pour toutes.

Victor, garde ton calme.

On a fait un marché. À toi, maintenant.

Oui, mais après ?

Il ne t'arrivera rien. Baisse ton arme.

Baisse-la, s'il te plaît. Doucement.

Lâchez ce flingue !

Sancho, s'il te plaît !

Restez pas là, partez !

Va-t'en !

Aux Paralympiques de 92,

l'Espagne a remporté une autre médaille.

Au basket, en fauteuil roulant,

la sélection espagnole a battu l'Argentine.

David de Paz, maillot numéro 5, s'empare du ballon.

C'est bien lui le meilleur.

Trompant la défense argentine, il marque un panier.

Dans le public, une spectatrice fête la victoire,

sa femme, Helena Benedetti.

David de Paz, ancien policier

devenu paraplégique au cours de son service,

a fait un excellent tournoi avec une moyenne de 20 points.

Je veux que tu souffres autant que moi

J'apprendrai à prier pour cela

Je veux que tu te sentes aussi dérisoire

Qu'un verre vide qu'on tient à la main

Je veux que tu sentes battre dans ta poitrine le cœur d'un autre

Et que tu souffres

Je ne souhaite que ta mort, où que tu sois

J'apprendrai à prier pour cela

Mon fils, j'ai un cancer.

Je ne crois pas que je vivrai jusqu'à ta sortie.

Je te laisse la maison de la Ventilla,

si elle n'a pas été rasée,

et des économies,

si cette maladie n'engloutit pas tout.

Je n'ai pas été une bonne mère, je le sais.

Ce que j'avais, je l'ai partagé avec toi.

Mais la rue ne m'a apporté que la misère.

Je t'envoie la photo et la coupure de journal.

Maman,

je n'ai pas viré toxico

et je n'ai pas attrapé le sida.

Je passe mes journées à prendre des cours :

pédagogie, menuiserie métallique, artisanat…

et même théologie.

Avec les cours, on a une remise de peine.

Un copain m'apprend le bulgare.

Je m'intéresse à la Bible. J'en suis à la Genèse.

Tu dois penser que je suis taré.

Si je ne veux pas devenir fou, je dois occuper ma tête

pour ne pas penser.

4 ANS APRÈS

L'enfoiré !

Bonjour, maman.

Je suis sorti, il y a deux jours.

J'ai pas pu venir avant, je nettoyais la maison.

C'était dans un état !

Ce matin, je suis allé à la banque

toucher mon héritage : 150 000 pesetas.

En venant ici, j'essayais de calculer

combien de coups tu as dû tirer

pour économiser ça.

Au moins mille.

J'ai ramassé tout ça sans tirer une seule fois.

C'est pas juste.

Vraiment pas juste.

Je suis vraiment désolé.

Qui est-ce ?

Je suis Ana. Je travaille avec Helena.

- J'en remets ? - Y en a assez.

- Chef ? - Quoi ?

Je peux prendre des fleurs ?

Vas-y, ça ne dérangera pas M. le Consul.

- Merci, chef. - De rien.

El Fontanar, foyer pour enfants.

"Courage, Helena. On t'aime et on a besoin de toi."

C'est l'enterrement de M. le Consul ?

C'est sa tombe. La famille est déjà partie.

Ça fait une demi-heure que je tourne en rond.

C'était plutôt minable. Et ils sont partis comme ça !

- Je suis très déçu. - Tu es un ami de la famille ?

D'Helena, surtout.

Je sais seulement que le père était diplomate

et qu'il avait une arme.

Et vous ?

Celui que je connais, c'est David.

Ils sont heureux ?

Les morts ?

Peut-être. Moi aussi, je me le demande.

Non, je parle de David et Helena.

Je n'en sais rien. Pose-leur la question.

Par là.

Tu la connais ?

Enfin, tu l'as connue ?

Pas beaucoup, c'était ma mère.

Merci.

Si tu m'aides à retrouver ma voiture,

je te dépose où tu veux.

Ça marche !

Je n'ai aucun sens de l'orientation.

Je pourrais me perdre dans 1 m carré.

Tu te souviens au moins de la couleur ?

Je ne suis pas tarée à ce point-là.

Mon Dieu ! On se croirait à Sarajevo.

Ils vont tout raser.

Quand ça ?

Je ne sais pas. Ils vont construire une avenue.

Ça s'appellera "Prince des Asturies".

Tu bois quelque chose ?

D'accord, ça m'aidera à me réchauffer un peu.

Je n'ai pas encore les meubles.

Un autre jour…

J'ai de l'argent pour t'inviter.

Regarde, 150 000 pesetas.

Tu m'inviteras un autre jour.

Je ne l'ai pas volé. C'est un héritage.

Tu comprends ? Un héritage.

Ça va, ça va…

Je m'appelle Clara. Ne te fâche pas, on se verra un autre jour.

Excuse-moi.

Moi, c'est Victor.

À un de ces jours, Victor.

Quoi ?

C'est bon.

C'est encore meilleur.

Grimpe…

J'ai vu Victor Plaza au cimetière.

Victor ?

Tu es sûre ?

Je ne l'ai pas vu.

Tu avais le dos tourné.

Tu repartais avec Sancho.

Le salaud ! Il t'a dit quelque chose ?

Il m'a présenté ses condoléances.

Ce mec est un psychopathe.

Comment il a su ?

Je n'en sais rien.

Il a dû te suivre.

Il faut le dénoncer aux flics.

S'il te plaît, David, ne fais pas ça.

Je ne veux pas que ce cinglé te suive.

On ne peut pas l'accuser d'avoir présenté ses condoléances.

Les gens croient que la charité,

c'est donner ce qu'on a de plus tarte.

N'importe quoi ! Il n'y a que des maillots usés !

Et les anoraks, alors ?

Il faudra que je tape encore Helena.

C'est une violation de domicile !

J'en ai rien à battre !

Tu foutais quoi, au cimetière ? Tu espionnais ma femme ?

J'espionnais personne.

Ma mère est morte pendant que j'étais en taule.

Je me suis trouvé là par hasard.

T'es toujours là où il faut pas.

C'est vrai. J'ai pas ta chance.

Tu sors toujours gagnant.

Si tu t'approches de ma femme,

je t'étripe.

Ah, oui ?

Et comment ?

Comment ?

But !

Quel but !

Regarde…

T'as vu comment il lui prend ?

Ce Caminero, il est génial !

Bravo, Caminero !

Victor, je t'aurai prévenu.

Regarde. Comme ça, c'est un canapé.

C'est super.

Si tu l'ouvres, ça fait lit.

Merci beaucoup.

Tiens, lis ça.

C'est ma Bible.

- C'est quoi ? - Lis-le.

Vas-y.

Amygdalectomie, pas d'accoutumances toxiques.

Aucune.

Hémoglobine, hema… quoi ? Hématies.

Fer…

Test VIH négatif.

Tu vois, je suis en bonne santé.

En très bonne santé…

Je vois ça.

Je te l'ai pas encore dit,

mais je viens de sortir de prison.

Il fait chaud, non ?

Qu'est-ce que ça veut dire ?

C'est du bulgare. Ça veut dire : si tu veux, on déplie le futon.

Arrête de regarder.

J'ai jamais vu un truc pareil.

Moi non plus.

Allez, viens.

J'arrive.

C'était comment ?

Je n'ai rien senti.

J'ai pas beaucoup d'expérience.

- Apprends-moi. - Ça ne s'apprend pas.

Si je m'applique, je peux apprendre.

Très, très vite.

Je veux être le meilleur baiseur du monde.

Dis-moi ce que tu aimes faire,

à quoi tu penses quand tu te masturbes,

à quoi tu fantasmes.

J'ai tout mon temps pour apprendre.

Écoute, tu m'as prise comme un trou.

Putain !

D'abord, ne te jette pas sur ma chatte si vite.

Ni avec ta langue

ni avec ta queue.

Avant, tu dois la préparer.

Elle te dira quand elle sera prête.

Comment ?

Elle te le dira, tu verras.

On va voir.

La 1re leçon, tu la connais : l'amour, ça se fait à deux.

Et la deuxième ?

Salut, Clemen. Ça va ?

J'ai dû renvoyer Josep chez lui, sinon il nous refilait la grippe.

Les enfants ?

Très bien. On a un volontaire.

Il a des références ?

Il s'y connaît en chaudières.

Il a réparé la nôtre ?

Très bien. Mais d'où il vient ?

Il a étudié la pédagogie.

Il compte rester toute l'année. Je le trouve plutôt bien.

Je vois ça.

Il a vu que j'étais débordée, il a proposé de m'aider.

Les gosses s'amusent comme des fous.

Loup, viens ici.

Je te présente Helena.

C'est elle qui commande ici.

Miguel, lâche-lui les jambes, enfin !

Enchanté.

- Qu'est-ce que tu veux ? - Moi ? Aider.

En me suivant comme un psychopathe ?

Je ne te suis pas.

Depuis que tu es sorti de prison, je te vois partout.

Je suis désolé, on vit dans la même ville.

Tu ne peux pas rester.

Pourquoi ?

Clemen m'a dit

que mon diplôme suffisait.

Tu as étudié la pédagogie, toi ?

En prison, par correspondance.

Tu l'as dit à Clemen ?

C'est à cause de toi que j'ai fait de la prison.

On est dans une ONG ou un ministère ?

Dans un foyer qui accueille des enfants qui ont souffert.

Je ne veux pas que nos problèmes retombent sur eux.

"Maudit tu seras à la ville et maudit aux champs.

"Maudit sera le fruit de ton sein et de ton sol.

"Maudit tu seras dans tes allées et venues."

Deutéronome, chapitre 28.

Moïse devait penser à moi en écrivant ça.

Leçon numéro 11. C'est quoi, aujourd'hui ?

Ce que tu voudras.

Ah, non… pas ce que je veux.

Leçon 11 :

une femme amoureuse ne trouve son plaisir

qu'en voyant jouir l'homme qu'elle aime.

Tombe pas amoureuse de moi !

Il fallait me le dire avant.

Qu'est-ce que tu fais là ?

J'habite ici. Je t'ai épousée bien avant ton Alzheimer !

D'où tu viens ?

De mes cours.

De danse ?

Oui. Tu fais de la queue de bœuf ?

De la queue de taureau au brandy.

On fête quelque chose ?

Nos douze ans de mariage.

J'avais complètement oublié ! Je suis désolée.

Je vois ça. Va dans le salon, je m'occupe de tout.

Tu me sers un verre ?

Tu t'affales sur le canapé comme un mec.

Je ne savais pas que c'était un truc d'homme.

Ça l'est.

Je suis fatiguée.

Vu la façon dont tu te démènes pour danser !

Ça fait 7 ans que tu as arrêté. Pourquoi reprendre ?

Pourquoi pas ?

J'ai besoin de m'occuper.

Occupe-toi de nous.

Pourquoi on ne se sépare pas ?

Dis, pourquoi ?

Tant que je t'aimerai, tu ne me quitteras pas.

Un jour, tu ne me feras plus peur.

Et ce jour n'est pas très lointain.

J'y retourne, ça doit être prêt.

Ne me frappe plus jamais.

J'ai encore plus mal que toi.

Raison de plus.

Reste ici, je mets la table.

Pardonne-moi.

Tous les poulets que tu veux, mais tu me dois deux mois !

On n'a pas encore été payés.

L'Italienne est pleine aux as, qu'elle raque un peu !

On va chez le dentiste.

Pour la facture, tu fais l'innocent.

David, quelle surprise !

- Ma femme est là ? - Je vais la chercher ?

Non, j'y vais. Merci.

Laisse-moi encore deux jours.

T'en fais une tête. Qu'est-ce que tu as ?

J'ai vu Victor entrer ici.

Il travaille comme volontaire.

Ne me fais pas une scène.

Comment tu as pu l'engager ?

Ce n'est pas moi. Je suis arrivée, il était déjà là.

Je ne comprends pas.

Ce n'est pas l'armée ici.

Je ne peux pas condamner cette démarche sans me justifier.

Et Victor travaille bien.

- C'est le comble ! - Qu'est-ce que je peux faire ?

Tu ne vois pas que je suis occupée !

Excuse-moi. J'aimerais te parler avant que tu partes.

Moi aussi.

Ça t'ennuierait de nous laisser ?

Oui, beaucoup !

Ne t'en fais pas, mon amour. Il ne va rien se passer.

C'est le dernier endroit où vous auriez dû vous rencontrer.

On va mettre les choses au clair.

La femme qui sort d'ici, c'est ma femme.

Je suis fou d'elle.

Je suis prêt à tout pour elle. Je n'ai plus qu'elle.

Et j'ai un caractère de chiottes !

J'en doute pas, ni que tu aimes ta femme,

mais j'ai rien à y voir.

Pas qu'un peu !

Avant de te connaître, je regardais le soleil, les étoiles…

Depuis que je t'ai rencontré, je dois regarder le sol,

les merdes de chien pour ne pas me salir les mains,

les dégueulis, les trottoirs… Tu m'as condamné !

Je ne t'ai pas condamné !

Je m'en branle que ce soit un accident.

C'était pas un accident !

Tu l'as fait exprès !

C'est pas moi qui ai tiré. C'est Sancho !

Clara me l'a dit.

C'est toi qui tenais le flingue.

Lâche-moi !

Lâche-moi, s'il te plaît !

J'ai pas voulu appuyer, j'ai pas voulu tirer.

Prends le pistolet !

Mets ton doigt, sans appuyer.

J'avais le doigt sur la détente, mais c'est Sancho qui a appuyé.

Il l'a fait parce que tu te tapais sa femme.

Clara voulait le quitter pour toi.

Il le savait.

C'est pour ça qu'il a tiré.

J'ai parlé avec les Messagers de la Paix.

Ils ont un foyer pour les enfants atteints du sida.

Je vais les voir demain.

Si ça marche, je laisse le Fontanar.

J'en ai parlé au boulot.

Tu ne peux pas faire ça.

Victor n'aura plus d'excuses.

Ça ne te fait pas plaisir ?

Non et je déteste que tu te martyrises.

Tes collègues te laissent partir ?

Je continuerai à les aider financièrement.

Et tes enfants ?

Je ne sais pas…

Je ne dois pas penser à moi.

Viens, Helena. On va fumer un joint.

Ça va nous détendre.

On a eu une sale journée tous les deux.

Tu as plutôt l'air détendu.

J'en ai déjà fumé un.

De quoi avez-vous parlé Victor et toi ?

Il ne te l'a pas dit ?

Je ne lui ai pas demandé. C'est à toi que je le demande.

De quoi vous avez parlé ?

Du coup de feu.

Il dit que ce n'est pas lui.

C'est lui qui tenait le revolver.

Helena…

Il y a des choses que tu ne sais pas,

qui se sont passées avant qu'on se connaisse.

J'étais très ami avec Sancho et aussi avec Clara.

Surtout avec Clara.

Défoule-toi, insulte-moi,

mais dis quelque chose.

Dis quelque chose.

Fais attention, tu vas prendre froid.

J'avais besoin d'air.

David m'a raconté pour le coup de feu.

Et alors ?

Tu as dû me haïr

et tu dois me haïr encore.

Qu'est-ce que tu dis ?

J'ai l'air de te haïr ?

Je reconnais que j'avais l'intention de me venger.

J'avais même un plan.

Pour te venger ?

Un plan ridicule.

Ce qui m'a le plus fait mal, c'est que tu m'insultes

et que tu dises que je ne savais pas baiser.

Je me suis juré de te faire ravaler tes paroles.

Le pire, c'est que c'était vrai.

Quand je suis sorti de prison,

j'ai décidé de devenir le meilleur baiseur du monde.

Mon plan consistait à passer une nuit avec toi.

Cette nuit-là, je t'aurais baisée jusqu'à te fendre en deux.

Je t'aurais fait jouir plus que tu n'en as rêvé toute ta vie.

Tu serais devenue complètement accro.

Mais je t'aurais laissé tomber.

Je ne t'aurais plus revue,

même si tu me l'avais demandé à genoux.

C'était ça, ma vengeance.

C'était ça, mon plan.

Au revoir, Victor.

Ne pars pas.

Je pars dans quelques jours.

On ne se verra plus.

Pour ne plus penser à Helena,

je me suis remis à travailler et à lire la Bible,

comme en prison.

Le premier jour :

Dieu a créé la nuit pour empêcher les amoureux de dormir.

Il a créé l'eau

pour qu'elle dégouline des toits des marchés.

Il a créé le poisson, non pas pour en remplir les océans,

mais pour me permettre de le décharger

et m'empêcher de penser à Helena et de devenir fou.

Tu m'as fait une de ces peurs ! Embrasse-moi.

Embrasse-moi, merde !

Serre-moi fort.

Où t'étais pendant tout ce temps ?

Au Portugal. Tu sens autre chose.

Le poisson. Qu'est-ce que t'as fait au Portugal ?

Du tourisme et une cure.

Tu n'as pas reçu ma carte ?

Je n'ai pas pu te prévenir.

Sancho se doute de quelque chose. Il a décidé de me reconquérir.

On était dans une clinique.

Le crétin a arrêté de boire.

Et toi ?

Je bois plus que jamais. Tu ne vois pas ?

Je vais prendre ma douche.

Ça va pas ?

Je suis fatigué.

Je travaille aux halles et au Foyer.

Je charge et décharge des caisses.

Pourquoi tu te tues à travailler ?

Tu ne vas pas m'entretenir toute ma vie.

Pourquoi pas ?

Tu dis de ces trucs…

Attends.

Clara…

il ne faut plus se revoir.

Ne dis pas ça.

Je ne te demande rien,

Seulement te voir de temps en temps.

On doit tous les deux faire notre vie,

mais chacun de son côté.

Pourquoi ?

Je ne te demande pas d'être amoureux de moi.

J'aime pour deux.

Tu sens pas quelque chose ?

Je sens une odeur bizarre.

Putain, la poêle !

Tu es folle !

Qu'est-ce qu'il te prend ?

Je m'attendais plus à te voir.

J'ai eu une galère.

Ils dorment tous.

Passe une bonne soirée avec ta nana.

Embrasse-la pour moi.

Je ne savais pas que tu étais là.

Je suis venue chercher mes affaires.

Si quelqu'un doit partir, c'est moi.

Tais-toi.

Promets-moi de ne pas me chercher

et qu'on ne se reverra pas.

Promets-le-moi.

Je te le promets.

Nous sommes un rêve impossible

Qui cherche la nuit

Pour oublier dans son ombre

Le monde et le reste

Nous sommes dans notre chimère

Plaintive et chérie

Deux feuilles réunies

Par le vent d'automne

Nous sommes deux êtres en un

Qui meurent en s'aimant

Pour garder le secret

De leur amour fou

Mais qu'importe la vie

S'il faut nous séparer

Nous ne sommes que deux sanglots de la même chanson

Le jour se lève.

Rien d'autre

Nous ne sommes rien d'autre

Non, rien d'autre

Je t'ai réveillée ?

Je ne t'attendais pas si tôt.

Je suis revenu de Séville en taxi.

Je ne voulais pas attendre les autres.

Viens dormir.

Je ne suis pas fatigué.

T'as pas envie ?

C'est pas ça, ça me fait mal.

Ça te fait mal ?

Pourquoi ?

J'ai baisé toute la nuit.

Tu fais quoi ?

Je pars.

Où ça ?

Loin.

Ne commence pas.

J'ai la tête qui va éclater.

Laisse-moi passer.

Oublions ce qui s'est passé.

Calme-toi, Clara.

Donne-moi les clés.

On mérite une autre chance.

On en a déjà eu trop.

Pousse-toi !

Je peux changer. Je te l'ai prouvé la semaine dernière.

- Pardonne-moi, bordel ! - Je te pardonne.

C'était qui ?

Ça ne te servirait à rien de le savoir.

De toute façon, tu l'as fait.

Victor.

Le salaud ! Je le savais !

C'est ma faute.

Ça ne se reproduira plus.

Pourquoi je te croirais ?

Je ne mens jamais.

C'est vrai.

Tu es d'une sincérité insultante.

Qu'est-ce que tu vas faire ?

Rester avec toi, si tu veux de moi.

Ça ne t'a pas plu ?

Je n'ai pas dit ça.

Pourquoi tu resterais avec moi, bordel !

Tu as plus besoin de moi que lui.

Je continuerai donc à exploiter ton sentiment de culpabilité.

Ouvre !

David, ouvre, s'il te plaît !

- Où vas-tu ? - M'entraîner.

Tu es sûr ?

Oui, je suis sûr.

Tu te fais du mouron pour lui ou pour moi ?

Pour nous trois.

Avec qui il parlait ?

Clara, c'est toi ?

Réponds-moi.

Où que tu sois, je te retrouverai !

Salut, Sancho.

Salut, David.

Cette fois, c'est du sérieux.

Penses-tu, ça allait mieux que jamais.

J'avais arrêté de boire.

Elle a pris le coup de sang

et m'a balancé le vanity dans la gueule.

Elle t'a tiré dessus ?

Elle ne voulait pas. C'est seulement une éraflure.

Tu ne lui tournais pas le dos.

Sinon, tu finissais comme moi.

Je m'en foutrais de finir comme toi,

pourvu que je la récupère.

Enfoiré !

- Quoi ? - Rien.

T'as de la coke ?

Non, pourquoi ?

Je ne veux pas pleurer.

La cocaïne, ça sèche les larmes, ça te refroidit.

Laisse-moi faire.

Merci, David.

Qu'est-ce que tu es venu me dire ? C'est Clara qui t'envoie ?

Comment ça, non ?

Il y a longtemps qu'elle ne me voit plus.

Mais moi, je la vois.

Regarde.

Je ne comprends pas, tu adores les céréales !

Et toi, qu'est-ce que tu as ? Tu sais manger tout seul.

Bonjour, c'est Helena.

Bonjour.

Victor est là ?

Non.

Où est-il ?

Tu ne voulais plus le voir.

C'est très important.

Tu nous as demandé de ne pas lui donner ton adresse et…

Et maintenant je te demande la sienne.

Helena, ça marche pas.

Si tu crois que l'argent te donne des droits, tu te trompes.

Ne me torture pas, s'il te plaît.

Bon, d'accord.

Il habite à la Ventilla, dans un préfabriqué.

Non seulement elle lui décore la maison,

en plus, ce salaud se la fait depuis sa sortie de prison !

T'as son adresse ?

Mon petit…

Cher Victor,

J'aimerais que tu gardes ce mot entre les pages de ta Bible,

avec les choses que tu aimes.

Quand tu le liras, je serai morte ou en fuite.

Ne te sens pas responsable et n'aie pas pitié de moi.

Je savais que je finirais comme ce quartier,

expropriée et en ruine.

Mais je ne regrette rien, je ne te reproche rien.

Avant de te connaître, j'étais déjà condamnée à disparaître.

Je te laisse ta clé et un peu d'argent.

Je n'ai pas pu en prendre plus, car j'ai été obligée de fuir Sancho.

Quitte Madrid.

Je sais que tu as de bonnes raisons de rester,

mais Helena comprendra.

Sauve-toi, fuis Sancho.

Ne t'oppose pas à lui.

Les gens comme toi et moi ne sont pas nés pour tuer.

On est capable de blesser les autres,

je dirais même qu'on a un don pour ça,

mais pas de les tuer.

Il est là.

Je suis sûre que c'est lui.

Je reconnais sa façon de cogner aux portes.

Adieu, Victor.

Où est-il ?

Il n'est pas là. Il n'habite plus ici.

Où ça, alors ?

Je ne sais pas.

Qu'est-ce qu'on va faire ? Se tirer dessus ?

Tu vois une autre solution ?

Ça dépend de toi.

C'est toute ma vie, ça,

de ramper pour être près de toi.

J'aurais dû t'arracher les couilles, cette nuit-là.

Tire.

Qu'est-ce que tu attends ?

Je vais encore devoir tirer à ta place.

Tu m'as volé six ans de ma vie.

Toi, tu m'as volé bien plus que ça.

Clara ne t'appartenait pas.

Ta vie, non plus.

Ni notre jeunesse,

ni les femmes qu'on aime.

C'est pas vrai.

Qu'est-ce que tu fais là ?

Helena, je suis à Miami.

Je suis venu passer les fêtes avec des amis.

C'est la première fois que je passe Noël au soleil

et la première fois en six ans que je le passe sans toi.

Même si ça me coûte de le reconnaître,

maintenant je comprends

ton manque de gaieté

et le peu de fois où je t'ai vu rire.

Je suis seul coupable

de ce qui s'est passé chez ton père

et du massacre chez Victor.

Reçois cet aveu de culpabilité

comme une déclaration d'amour

et comme mon cadeau de Noël.

Ça y est ?

On y va !

On va à la Maternité O'Donnell.

- Évite les embouteillages. - Et comment ?

Prends par le centre.

On n'y arrivera jamais.

Si, ils sont tous en train de regarder le match de foot.

Respire. Tiens bon, ma chérie.

Toi, ne sois pas si pressé.

Tiens bon. Pense au petit phoque !

Le petit phoque !

Les contractions !

Ne sois pas si pressé. Attends encore un peu.

J'essaie de le convaincre.

Je sais comment tu te sens.

Il y a 26 ans, j'allais naître, moi aussi.

Mais toi, tu as plus de chance que moi.

Ça a drôlement changé.

Regarde le trottoir, il est noir de monde.

Quand je suis né, les rues étaient désertes.

Les gens crevaient de trouille.

Tu as de la chance :

en Espagne, on n'a plus peur depuis longtemps.

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