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Trousse-chemise fut son surnom
Avant qu'il sache dire, dire, dire
Trousse-chemise fut son surnom
Avant qu'il sache dire son nom
Bien mignonnet, enfantelet
Plus grandelet, moins drôlet
Fils de sa mère et de son père, père, père
Vilain forlay, fort prospère, père, père
Où de sa mère et du curéréré
Mais peu importe en vérité
Ce qui importe c'est qu'il fut né
Pour que ce que ce que ce que ce compte
Ce qui importe c'est qu'il fut né
Pour que ce compte soit compté
Venons-en à cette matinée
Nous menons ces chèvres auprès
Collino pour la première fois vit
Il faut peiner, gagner son pain,
Nourrir sa femme et ses bambins.
Bientôt les cris, les soucis, si, si,
Remplacent les jeux et les riris,
Tandis que l'eau montait du puits, puits, puits,
À cela il ne pensait mire.
Et sur la donzelle, sans peur,
Il jeta, jeta, jeta les prunelles.
Et sur la donzelle, sans peur,
Il jeta les yeux et le cœur.
Et sur la donzelle, sans peur,
Il jeta les yeux et le cœur.
Je vais baigner tes accordages.
Ce ne sont pas des épousages.
Aussi, ne les confondes pas, ma fille.
Bien, mon père.
Hé, qu'est-ce qu'il perd ?
Il est touché, il est touché !
Voilà, maintenant tu es baigné.
Écoutez donc, ce gros sanglier.
C'est un visiteur au château.
Il a le visage aussi plaisant que le derrière de notre mule.
Laquelle est la fiancée ?
Bergamote, je l'ai là.
Jolie chapelle, mon cousin.
Il est jour d'Île à l'Oued.
Allons jouer sur l'herbette.
Allons jouer sur l'herbette,
qui ne me fera jamais vie sinon une zèbre.
Qui ne me fera jamais vie sinon une zèbre.
Ils ont mis la boîte.
Allons jouer sur l'herbette.
Je vais bénir tes accords d'ail, ce ne sont pas des épousailles.
Aussi, ne le confond pas, mon fils.
Il est jour d'y l'alouette, il est jour d'y l'alouette.
Allons jouer sur l'herbette, allons jouer sur l'herbette.
Je te veux faire la chausette, qui est si douce, si douce, cette fête.
Jolie fillette, quand seras-tu ma miette ?
J'ai trop couru.
Le corps me cogne.
Comme il cogne mon coeur, Colino.
C'est vrai, il cogne.
Mais pas encore assez à mon goût.
J'entends de la musique. Le village ne doit plus être loin.
Il en est temps, j'ai faim.
Une soudaine fatigue me prend.
Je vais rester ici un moment, sous ces ombrages accueillants.
Mais nous voilà presque arrivés, frère Rovichon.
Mais je vous assure, frère Sylvain, j'ai les jambes coupées.
Mais vous êtes sur votre cheval.
Mais c'est que justement, mon fondement me fait fort mal.
Eh bien, nous vous attendrons au village.
Le village est bien.
Je suis assis, mais j'ai envie d'aller dans le village.
J'ai envie d'aller dans la ville.
C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai.
Mais je suis fatigué.
Et je n'ai pas le temps.
Bien le bonjour, mon père. Qui parle ici?
Si l'on veut savoir à ton monastère qui t'a cassé le nez, tu diras que c'est Colinot, très sain père.
Ah, mes yeux sont faibles, hélas, lâche venant. Je vous prenais pour un mouton broutant.
Pour un mouton broutant, vraiment?
Hé ben, c'est toi qui va brouter maintenant.
Où êtes-vous? Ici, me voici.
Je suis revenu sur mes pas, j'ai soudain craint pour vous, à ma lèse.
Ciel, que vous est-il arrivé?
Hélas, je suis...
Remis la paille, jambi, gazonaille, sur le joli Jean.
Rémis sous l'ombre d'un buisson, le fil de mon vieux Don.
Le ciel vient dans son compagnon, il ne sait chose à dire.
À la vue, ça s'appelle la mort.
Alors, Colinot, tu as réussi à placer ton arbalète?
Rémis sous l'ombre d'un buisson, le fil de mon vieux Don.
Occupe-toi de ton petit bagage et laisse l'arbalète de Colinot.
À la vue, ça s'appelle la mort, il ne sait chose à dire.
À la vue, ça s'appelle la mort, le fil de mon vieux Don.
Joli patinet, c'est un verger aux billets.
Et qu'est-ce qu'il répond?
C'est un verger aux billets.
Où étais-tu passé, derrière votre...
L'on peut se battre, un verger ou un chambre.
Moi, c'était un verger.
Mourons encore une autre fois, mourons encore une autre fois,
car t'es le mort de me faire vivre.
Et lorsque la nuit fut tombée,
tout s'avait bu, beaucoup ronflait.
Passant par là, il a de chevauchées,
Viralt, trois étrangers.
Moi seul, j'ai pas besoin de vin pour être ivre.
Bergamote, ma petite motte.
Bergamote, Bergamote, Bergamote.
Et quand l'ombre se fut levée,
il ne l'avait pas retrouvée.
Là, parmi tous ces étrangers,
c'était en fuyant l'emmenant.
Et sans perdre un moment pour la réflexion,
Colineau enfourcha son cheval et piqua les talons.
Il prit la route pour aller retrouver
cette moitié de son âme qu'on lui avait ôtée.
Saleté de cheval.
Il a pissé.
Adieu, Brossoudravin.
Colineau.
Attends-moi.
On m'a vu.
Je vais retrouver Bergamote et l'épouser ainsi que j'ai décidé.
Restons tombis d'un carapeau.
Il ne connaît pas un autre pas. Il n'a jamais couru.
Le bonnet de Bergamote.
C'est de fuiter là. J'étais là pour montrer ce chemin.
Ils sont trois.
C'est la route d'Orléans.
Ça y est.
Il a appris.
Il y a des pucelles qui vont pleurer
de voir partir les deux plus beaux paquets du village.
Donc, je plaque mon arbalète.
Elle me gêne pour chevaux.
C'est bon.
Faites-le y est, combagnons.
Ça sera pas long.
Allez.
Colineau.
Je me suis endormie.
Lâche-moi, tête de gargouille.
C'est bon.
Un vrai chat sauvage.
T'es d'un sang pourri.
Ta bouche pue plus que les coudes de mes boucles.
C'est avec un bagage si molle et si petit que tu crois me faire peur.
Oh.
Peut-être que tu l'avais pour toi, Gognepin.
Non.
Retourne faire le guet.
Gognepin,
t'as un cœur de donzelle.
Crève l'œil.
Lâche-la.
La motelette me prétient à l'environ.
Je suis de ces portelettes pour endurer le canon.
Parle vite, mon garçon. Que veux-tu?
Colineau, mon garçon, le temps nous presse.
Retire-moi ce couteau.
Un couteau? Où cela?
Prends-moi ça, ton cheval.
Et m'aide-moi, je te dirai.
Non, cela est impossible, compagnon.
Il auberge la sortie de ce bois.
Tu m'y mèneras.
Je te parlerai de Bérigamotte.
Il était une bergère dormant dans un verditon.
Tonton, disons-tu le chansonnette.
Là que ne me marie tonton,
la petite motelette
me frétille à l'environ.
Je suis de ces portelettes
pour endurer le canon.
Je suis de ces portelettes
pour endurer le...
Cet homme a demandé que je le mène chez toi.
Il y a dans trois jours à Bourges,
une grande foire et beaucoup de marchands.
C'est là que le marieur descend
avec ta bergamote.
Mais je ne sais pas pour combien de temps.
Le marieur?
Dans le langage dégueu, ça veut dire le bourreau.
Et toi, comment te nommes-t-on?
Jacquinot.
Dis Gagnepin.
Dis-moi, Gagnepin,
est-ce pour Bergamote que t'as pris ce coup de couteau?
Je détrousse les gros
et je trousse leurs femmes,
mais je n'aime pas qu'on touche aux pauvres gens.
Où est le soleil à présent?
Tout en haut.
Le marieur est parti. Quand les rayons rasent le sol,
tu ne peux pas le rattraper.
À Bourges, sur la place,
tu verras la taverne du lion d'or.
D'ici trois jours,
attends-moi là jusqu'à ce que Sixte ait sonné.
Et si...
si lorsque Sixte aura sonné,
je n'y suis pas,
c'est que je ne viendrai pas.
Blague-toi!
C'est la crasse qui t'empêche de voir!
Arrête de nous voir!
Arrête de nous voir!
Arrête de nous voir!
Blague-toi!
On ne peut pas se moquer toute la nuit.
Non, nous ne nous égarerions.
Cherchons un gîte pour la nuit.
À l'aube, nous repartirons.
Il n'y a que pas qui peut le faire.
Il n'y a que pas qui peut le faire.
Ici, on lâche tout le monde
et tout le monde est content.
Il fait bon ici.
Ici, on lâche tout le monde
et tout le monde est content.
Arrêtez-le!
Arrêtez-le! Il m'emporte sur mon chou-fleur!
Tu vas mener sa maîtresse à l'office,
à l'église Notre-Dame.
Sans plus tarder.
Ne m'avez-vous pas dit de l'amener à la messe?
Comment voulais-tu l'amener?
Comme j'avais coutume de n'y pas être notre jument
quand j'étais chez mon ancien ami.
Il va déjà monter dessus.
D'où venez-vous, compagnon?
D'Oreiller, près de Chartres.
Dieu vous bénisse, je viens du même pays.
Sur quinze hôteliers dans cette cité,
quatorze sont des canailles.
J'ai l'honneur de servir le quinzième
homme droit et loyal.
Voulez-vous essayer de son hospitalité?
Si elle est à bon marché.
Ah oui, car nos bourses sont moins pleines
que nos pantalons.
C'est la file dentelle, mes bons maîtres?
Fille Margaux, tu ne goûtes pas de maçonnelle.
Ne suivez pas cette asperge, mes bonsseigneurs.
C'est un filou et son maître en sont deux.
Ces filles, elles font mine de vente de la dentelle,
mais c'est bien autre chose qu'elles vendent
dans leur logette rutire-boudin.
Maître, je vous emmène deux voyageurs
qui sont de mon pays.
Entrez, entrez.
Ici, vous serez bien servis.
As-tu de bons lits?
Bien moelleux?
Les meilleurs à son lieu.
Et maintenant, l'honte,
fais-nous goûter ton vin.
Ah, le voilà!
Ah, la canaille! De qui te manges-tu?
Tavernier du diable!
Oh, qui crie ici?
C'est toujours le boeuf qui ne veut pas payer
deux sous pour boire les urines de ta femme.
C'est le vin d'Epernay.
Celui-là même que tu as goûté.
Ton boeuf, je crois que cet homme a raison.
J'aime ton visage, Bono, t'y l'es.
Franc ou vert,
refuseras-tu de boire avec moi?
Je vais chercher un gobelet.
Non, non, non, laisse.
Je te sers.
Buvons à ton auberge
et à ton image.
Bravo, Bono.
Je commence toujours par aller flammer
et puis couper.
Je demande à chacun d'eux
de couper et de préparer leur chambre pour l'enseignerie.
Allumez le feu.
Mettez vos chapeaux sur la broche. Allez, allez.
Vous hésitez de vous asseoir, vos seigneuries.
Où nous asserrons-nous, douze dames?
En un verger,
sous le fouet de l'alpes.
En un verger,
sous le fouet de l'alpes.
En un verger,
sous les fleurs
de l'eau bépine,
nous hésitons de nous asseoir.
Permettez-moi de vous offrir ce coin-ci,
mes seigneurs, gendarmes.
Il n'y a point d'eau bépine, mais il y a des courtines.
Permettez-moi,
belles dames,
de vous offrir de mon vin le meilleur.
Au dios,
au dios
de l'alba tantos tres.
Au dios,
au dios
de l'alba tantos tres.
L'eau fraite,
mes fils.
Tire les courtines, active ton feu
et apporte ton vin.
De la pisse pour nos gosiers
et de la gueufe pour nos couilles.
Ainsi Dieu en a décidé.
Voilà donc les bons lits qu'il nous avait promis.
En croire mon nez, c'est sûrement ici
que les voyageurs viennent soulager leur ventre.
La nuit est courte pour celui qui dort.
Ah!
Sais-tu quel langage passent ces gens-là?
T'appelles ça parler?
T'appelles ça goûter?
Quand le pauvre monde voudrait dormir!
Oh là là! Pas de bruit!
Leurs seigneuries sont endormies.
Que le printemps ait donc une belle saison!
Oh mon train!
Oh mon train!
Oh mon train!
Je meurs!
Tout mon sang s'écoule!
Mieux vaut un cordon de bourse tranché que le coup.
Merci seigneur de nous avoir sauvés.
Vindieule!
Vindieule! Gros fromage!
Ah! Bonne femme!
Ne ris pas d'amour!
L'âme ne s'envole pas par les trous dans le cul!
Sinon on serait tous morts!
Des voleurs nous ont détroussés dans la forêt.
Oh! Ce serait pitié qu'ils t'aient tué!
Joli marmoset!
Ils l'ont tué comme moi!
Chaud de journée, hein?
Je gîte seul ici.
Mon âme, lui, gîte en dessous.
Je l'ai enterré là. Comme ça, je peux lui causer.
Oh! Il est donc mort?
Bien sûr que je ne l'ai pas enseveli tout cru.
Je dois continuer ma route.
Peux-tu garder mon compagnon?
Chez moi, il aura que le son des cloches à se mettre sous la dent.
Au revoir, compagnon.
Oui, oui, va.
Et que Dieu te garde.
Adieu, tourne-boeuf.
Adieu, bonne femme.
Hé!
Notre seigneur a trop d'occupation.
Aussi, prends garde à toi-même, marmoset.
Dans deux jours...
Oh! Que cette eau me semble fraîche.
Que j'ai envie de m'y baigner.
Regardez, il y a les roseaux qui bougent.
Il y a quelqu'un dans l'eau?
Oh, mais non, c'était la brise.
Non, non, non.
Rien ne bouge.
Regardez, il y a une robe dans l'herbe.
Ah! C'est une donzelle.
Fillette!
Fillette!
Qui m'appelle?
Des baigneuses, comme toi.
Je vous le disais bien qu'il y avait quelqu'un.
Où es-tu?
Me voici.
Fillette, pourquoi te caches-tu?
Je craignais d'être surprise ainsi, sans voile.
Fillette!
Comment t'appelles-tu?
Collinette.
Tout naturellement.
J'ai grandi près d'une rivière.
Oh, Collinette!
Sois donc une angelette.
Apprends-moi à flotter ainsi sur la rivière.
Donne tes mains.
Ne pose plus les pieds au fond de l'eau.
Ah!
Ah non, pas comme ça!
Il faut me tenir toute entière.
Il faut bouger.
Les jambes et les bras.
Ah!
Venir Jésus, une couleuvre!
Où cela?
Dans ma main, sous l'ombre.
Il faut la tuer, je ne la lâche pas.
Ce n'est pas une couleuvre.
Ah!
Chut!
Il est moins fort qu'un garçon.
Je dois partir maintenant. Je vais vous dire adieu.
Eh bien, va-t'en.
Votre main me retient.
Et où te portes-tu à tes grandes hâtes?
Je dois être à Bourges dans deux jours.
Mais dis, tu vas mettre des habits de garçon.
Et que mettrais-je?
Ecoute-moi, si tu as pour moi la moindre amitié,
je t'en supplie, mon mari est jaloux et brutal.
S'il apprenait par sébécase qu'il y avait un homme dans les temps,
je serais capable de m'enfermer,
ou de me battre,
ou de me priver de confiture.
Mais ceci, je t'en prie.
Adieu, donzelle.
Adieu, fillette.
Adieu.
Mais où est ton cheval?
Sous le train d'un vaurien et ma bourse sur ses reins.
Et comment comptes-tu être à Bourges avant deux jours?
Dieu mettra.
Je crois bien qu'il l'a fait.
Je peux te procurer ce qu'il te faut avant la nuit,
si tu fais ce que je te dis.
Dame Rosemonde!
Dame Rosemonde, hélas,
ma robe a disparu.
Ainsi, je ne saurais te faire oublier ta fiancée.
Non.
Même en me serrant entre tes bras,
tu ne saurais penser qu'à elle.
Écoute-moi, Colineau,
tu es un jeune coq
et quand le jour se lève,
il faut que tu chantes.
Je ne chanterai pas.
Jusqu'à ce que j'ai retrouvé Bergamot,
je l'effurerai.
Mes pensées sont près d'elle.
Seul mon corps est ici.
Regarde mon mari
avec ces yeux-là
et tout avoir qu'il est,
il te donnera tout ce que tu voudras.
Il va bientôt rentrer
pour le souper.
Il est vaniteux
et libidineux.
Et c'est par là que tu sauras le toucher.
Mais il faut que tu lui caches
tes jambes velues.
Si je n'aimais pas tant Bergamot.
Je crois, je crois bien,
je crois bien que je m'approcherai,
ta robe, je te l'offrirai
et tu m'offrirais la mienne
et peut-être que je t'aimerais
comme j'aime ma Bergamot.
Tesla.
Je l'ai trouvé seul, ce baignant dans les temps.
Ses malheurs
et sa beauté m'ont touché.
Je sais que vous avez le coeur si bon,
si généreux et l'esprit si lumineux
et que je suis moi-même
si simplette.
Je sais que vous êtes seul à pouvoir aider
cette pauvre fillette.
Quels sont donc ses malheurs?
Questionnez-la, je vous laisse avec elle.
Mon beau, doucire,
il me semble
que le souper est tard.
Mais ne l'effrayez pas trop.
Regarde-moi.
Un regard bien étrange.
Un regard de sorcière
et qui m'allume étrangement.
Je te fais peur et tu souris.
Que ton corps est ferme,
jeune poulice.
J'abaisse.
Je te brûlerai.
Je te materai,
tigresse.
Je t'écraserai.
Je te transpercerai.
Créature diabolique.
Tu me rendras fou.
Que veux-tu de moi?
T'es présent.
T'en fais pas.
Il ne défoncera pas la porte de sa propre maison.
Fillette.
Je sais que tu es là.
Vite, tu m'as donné la fièvre.
Ce sont tes yeux d'enchantresse
qui m'ont enchanté.
Tiens donc, ceci.
Enverras-tu aussi cela
et cela
et cela
et cela encore
et cela et cela
et cela
Dans ce coffre, tu t'en feras des lapins.
Veux-tu m'ouvrir à la fin?
Veux-tu m'exaspérer?
Tu veux que je me prosterne
et que je te supplie?
M'y voici.
Regarde cette maison là-bas.
C'est un marchand de chevaux.
Tu trouveras ce qu'il te faut.
Allons descendre maintenant et disons-nous adieu.
Adieu donc.
Tu as ma bourse.
Et moi, quels souvenirs aurais-je de toi?
La main de ton mari.
J'ai planté mes dents.
En souvenir de toi,
je voudrais encore autre chose
si tu veux bien me le donner.
Un baiser?
Oui, un baiser.
À mon cheval.
Car moi, je n'embrasse pas
les hommes qui ne m'aiment pas.
Pourquoi emmènes-tu cet animal?
Je commençais à m'en énamourer.
Et tant son baiser m'avait grisé.
Enfin, me voilà.
Deux hommes au gibet,
une belle femme au bordel.
J'arrive tard, je sais, mais à présent,
perdons plus de temps.
Tu as l'air d'avoir soif.
Bois.
C'est vrai que j'ai soif.
Attends.
Retrouve-moi les hauts-pitons.
La poignée se ratée.
Où ils sont? Ils sont pour un moment.
Est-il possible qu'enfin je touche au but
et que bientôt je te culbute,
m'amour?
Je t'y voici.
Que me montres-tu donc?
Le marieur.
Rêve l'œil.
Et...
gagne fin.
Et Bergamote?
Il n'y a pas une femme là-haut.
Ils étaient saignés à blanc quand on les a prendus.
Tu y étais?
Oui, parmi tous ces badous
qui aiment voir la mort quand elle vient.
Rêve l'œil et le marieur,
ils n'étaient pas bien frais.
Quand même,
le marieur, il a crié.
Seigneur Jésus, pardonne-moi!
C'est la faute de la misère!
Quel marieur!
Allons poser plus loin.
Pendant que tu musardais,
voilà ce que j'ai appris.
Ce matin, à l'aube dans la forêt,
tandis que le marieur détroussait un marchand,
au lac passe par là
un chevalier
et quelques écouillers.
Ce chevalier
les a découpés tous deux,
puis les a refilés aux guets
et les a mis là-haut à sécher.
Quant à la demoiselle,
il l'a emmené avec eux.
Ce chevalier
était le seigneur du château de Plassac,
près d'Angoulême.
Regarde mon front.
Va-tu pousser quelque chose?
Rien encore!
Allez!
Adieu!
Merci à toi, Gagnon.
Si je ne m'étais pas battu pour ta donzelle,
je me balancerais là-haut, moi aussi.
Si un jour tu la revois,
dis-lui que Gagnon ne peut pas la remercier.
J'étais prêt à tout affronter
pour retrouver ma bergamote.
Je n'avais point pensé aux cornes.
Pour prendre la route d'Angoulême,
est-il un autre passage que ton bateau?
Si mon bateau te déplaît, compagnon,
à Val-Lieu, tu trouveras un guéant remontant la rivière.
De toute façon, il ne serait d'autre question
que nous traversions avec ce garçon et son animal.
Eh bien, c'est ce qu'on a fait.
Fais-nous passer, ma fille. Reviens le chercher.
Vous demanderez à la ronde
si quelqu'un a jamais dit à Bertrade
ce qu'elle devait faire sur son bateau.
Qui?
A Bertrade, qui te parle en ce moment
et qui te dit que ce cheval
est moins pesant que toi, saint frère.
Je crains que la lune me trouve
avant que j'ai trouvé le gué.
Ne soupirez pointant, frère Albaret.
Vous faites pencher le bateau.
Et que craignez-vous donc?
Si nous chavirons, vous irez tout droit au ciel,
alors que moi, j'irai en enfer
contre tous mes péchés.
Lucas, va l'être aux voyageurs qui vont dormir là.
La nuit tombe et l'eau du ciel aussi.
On va pouvoir leur donner à manger.
Faut qu'ils paient la chandelle.
Entrez, c'est là que vous dormirez.
Si notre seigneur nous envoie le sommeil.
Dis-moi, as-tu fait passer beaucoup de monde sur ton bateau depuis ce matin?
Assez pour avoir mal aux bras.
Et te souviens-tu d'avoir fait passer
un chevalier et sa suite,
et une fillette blonde?
Je ne sais point traverser les chevaux et ils en avaient huit.
Je les ai envoyés au gué.
Que dis-tu?
Ton cheval à toi avait de beaux yeux.
Ainsi, tu crois les avoir vus?
A part cela, je n'ai vu que des marchands et des pèlerins.
La fillette était comment?
Blonde, ainsi que tu l'as dit.
Joyeuse?
Ou affligée?
Et pourquoi est-ce que je te dirais tout ça?
Pour les beaux yeux de mon cheval.
Dormez, frère Alvarez.
J'entends un bruit étrange.
Un soufflement.
Ouvre-moi, frère Hugo.
Ce sont des couteaux, très longs.
Et quoi d'étonnant, c'est un boucher.
À présent, frère Alvarez, dormons.
La chanson de tes couteaux me casse la tête.
Demain, j'irai voir nos capucins.
Il y en a un bien gras qu'il me faut découper.
Et peut-être même que j'en découperai deux.
Vous avez entendu, frère Hugo?
Ma jambe s'est rompue.
Frère Hugo, tu me laissais quoi?
Au nom de notre Seigneur.
Au divoine.
J'ai grissé en gueule.
Ah, une caïd.
Il n'aura pas idée de nous chercher là.
Chez ces bourceaux.
Mais qu'est-ce que tu as dans le ventre?
Tu me fais l'effet que je chevauche une morte.
T'as le temps de crier, Lucas.
T'as une femme qui n'aime pas le plaisir.
Si elle l'aimait, peut-être qu'elle te ferait porter des cornes.
Ha, ha!
Sors dehors, maître Capucin.
Aujourd'hui, j'aurai de tes cousins.
Ha, ha!
Pitié.
Pitié.
Ne commets pas ce grand péché.
Pitié.
C'est Saint-François qui nous punit d'avoir nommé nos cochons Capucins?
Ce n'était pas par hérésie, Saint-François, mais par gentement que rien.
C'est que parfois, tes moignons sont grands comme tes cochons.
Eh bien...
Peux-tu me dire où est la route d'Angoulême?
Droit devant toi.
Ne t'attardes pas si tu veux retrouver ta fillette dont on ne sait si elle rit ou si elle pleure.
Sois non plus.
On ne sait si tu pleures ou si tu ris.
Je vais faire avec toi la route d'Angoulême et puis je me retournerai.
J'ai envie de voir un peu de mon pays.
Partons.
Je n'ai jamais vu tant de gens dans de l'eau.
Tu n'as jamais quitté ton village. Il y a beaucoup de choses que tu n'as pas vues.
Je l'arriverai.
Par exemple, je n'ai jamais vu d'autre homme.
Je n'ai jamais vu d'autre homme nu que Lucas.
Tout noir de poil et noueux comme un figuier.
Je crois donc qu'un homme nu est laid. Est-ce vrai?
Mais toi, des filles, je gâcherais que tu n'en aies vu plus d'une.
Eh bien, moi, quand je me vois nue, je me trouve encore plus vilaine que Lucas.
C'est que tu t'es mal regardée.
Qu'en sais-tu?
Vois-tu donc à travers les frusques?
Peux-tu deviner le surnom que tout marmot m'a donné?
J'en vois plusieurs qui t'iraient bien.
Trousse-chemise.
Trousse-chemise, en vérité.
Trousse...
...chemise.
Parmi toutes les chemises que tu as troussées, tu ne compteras point la mienne, mon garçon.
Et ton bar ne me piquera point, Frelon.
Tu es bien trop vilaine pour être troussée ou piquée.
Qu'est-ce donc?
Le sais-je, moi?
Voyons.
Et qui est-elle, celle dont tu parles?
On dit qu'elle vient du pays d'Ock.
Elle vient chercher de la chair fraîche.
Ils sont peut-être tous morts de part chez elle.
La chienne!
Tu l'as culbuterait bien. Tu lui ferais goûter du vin.
Sûre qu'elle n'en connaît pas le fumet.
On l'appelle la belle Arabelle.
Ce n'est pas trop qu'elle est deux fois belle dans son nom.
C'était mon adieu, toute chemise.
Tu as une rude poignée de main.
Ce n'est pas trop qu'elle est deux fois belle dans son nom.
Crois-tu que je me laisserais battre comme un mouton?
Un seul regard et tu es prêt, toi aussi, à mourir pour cette patade.
Qui te l'a dit?
Mon cœur.
Et à ton cœur?
Tes yeux.
J'ai la peau rapeuse comme une langue de chat.
Ils ont la peau douce comme sa pelure.
Mais leur cœur est un porc épique. Et le mien...
C'est la première fois que je touche une langue de chat.
C'est pas si rapeux que ça.
Tu te moques de moi.
Tu m'aides à garder mes serments, bâtelier.
Tu ne m'avais pas planté ton couteau.
Moi, je t'aurais planté le mien.
Ne pars pas, qui que tu sois.
Dis-moi si c'est le château du seigneur de Plassac qui brûle.
Oui, gars.
Et le seigneur de Plassac, où est-il?
Chez Belzébuth.
Ou bien dans les oubliettes à Brassac, de l'autre côté de la forêt.
Oh!
Oh!
Hé!
Landine, n'osez tourner la tête.
Qui es-tu? Où viens-tu? Parles-tu?
Je suis un étranger. Je viens d'un rocher auquel, la l'eau étant tombée, je m'accrochais pour point me noyer.
En attendant le jour...
Un rocher, dis-tu?
Des plus pointus. Je cherche le château de Brassac.
Quelqu'un ici peut-il m'en dire le chemin?
Le château de Brassac n'en est plus bien loin.
Ma petite motelette me frétille à l'environ. Je suis assez fortelette pour endurer le canon.
Que dites-vous, Blandine?
Mon rosaire d'amiolante.
Je suis fourbu!
Qu'on m'enlève cette saleté d'armure qui me pince le cul.
Eh bien, Poupard, que nous veux-tu?
Je veux voir le seigneur de Brassac, qui a néandit le château de Brassac.
As-tu donc de mal aux yeux, Poupard?
Non.
Tu veux me voir? Eh bien, regarde-moi.
Facile à transpercer, cette peau-là.
Ma tante?
Qui t'a dit de venir là? L'aiderons.
En votre absence, le baron de Mirmont m'a remis pour vous ce présent.
Il lorgne en mépris ce dindon. Il croit que je vais l'épouser pour ces présents.
Oh, les merveilles!
Bonjour, mes amours!
Oh, les belles frimousses!
Les belles papates!
Qu'on les mette près de mon lit et qu'on n'oublie pas de leur mettre de l'eau.
Allez!
Quand ce poux nous a dérangé, nous nous regardions.
Alors, que lui veux-tu au seigneur de Brassac, oiseau?
Je veux savoir ce qu'est un oignon au seigneur de Plassac.
Ce pauvre Plassac. Je lui ai raflé tous ses prêts.
Et lui, l'avez-vous tué?
Je suis le seigneur le plus craint de toute la contrée, le sais-tu?
Je suis un étranger.
Et pourtant?
Je suis une faible femme.
En effet.
Je crois qu'il est encore un peu vivant, ce vieux Plassac.
Un boucan russe.
Il est monté sur toutes les filles des environs.
Et d'ailleurs.
Oui!
Sur sa giblette, sa bourguignette, sa...
Bergamote.
Nous irons questionner Plassac après souper.
Mange ça, poupard.
Ça réchauffe le ventre.
Mange, mange. Tu es un brin de maigrichon.
C'est un sacré coke que vous avez cuit là.
Avec trois paires de pompons.
Je bois à sa santé.
Moi, quand je mange ces petites clochettes-là, ça me monte à la tête.
Moi, ça ne monte pas, ça descend.
Linguet! Le tambour!
Quel bon garçon.
On ne peut se fier qu'à ceux qui savent bien manger.
Celle-là ne mange rien.
Et pourtant, elle est grasse comme une oie.
Grasse et mollassonne.
Juge toi-même.
Grasse et mollassonne, c'est vrai.
Ah, que j'avais faim.
Rien ne vaut un bon combat bien violent et bien sanglant pour se mettre un appétit.
Tu l'as guère, mon garçon.
Je ne l'ai ni fait ni vu.
Rien n'a pour moi de saveur.
Ni manger, ni boire, ni dormir.
Autant que d'entendre crier.
En avant!
Je vais me remuer un petit peu avant les entremets.
L'exercice fait descendre les aliments.
Viens là.
Comment ça?
Viens lutter avec moi.
Je ne suis pas de taille.
Je ne te ferai point de mal.
C'est vrai qu'on te casserait avec deux doigts si on n'y faisait pas attention.
Dis-moi.
Poupon, ignores-tu que les femmes sont des putains et les hommes n'y vont rien?
J'ai beaucoup de choses à apprendre.
Bien joué, oiseau.
Dis-moi, crois-tu donc que toi et ta donzelle, vous vous aimerez encore quand vous vous reverrez?
Je ne sais pas.
Tu apprends, dis-moi, que l'amour est une invention. Et qu'entre hommes et femmes, il n'y a que fornication.
Tu n'as pas dû voir souvent de femmes aussi fortes que moi.
C'est la première fois.
A présent, il en est temps.
Posons-le.
Posons-le.
Posons-le.
Eh!
Oh!
J'ai aussi fait serment de chasteté.
Ah! Tu fais trop de serments à tort et à travers.
Tu rigues, non?
Allez vous nettoyer, cochonne.
Toi aussi, tu es l'un de ceux qui voit tout à l'envers.
Tu trouves belle, mon laideron de nièce. Et moi, tu me trouves crapaud.
Crapaud? Non.
Tu brûles de voir plaçaque, hein, oiseau?
Ça me contrarierait un peu qu'il meurt avant que je l'ai vu.
La vie, oiseau, abonde en contrariété de tous ordres. Tu t'en apercevras à ton tour.
Toi, saute derrière moi.
Ha! Ha! Ha!
Une dame la matinée
Disait toute d'amour forcenée
Ramenez-moi ma cheminée
Ramenez-la-moi
Ramenez-la-moi aux tébars
Tu es si jolie. Et il n'est nul qui te le dit.
Que dis-tu, la drône?
Mélitani m'attend.
Tu es si jolie. Et il n'est nul qui te le dit. Soupirais-tu. Mais à qui, où le caches-tu?
Ici.
C'est un petit chat ou un chiot? Que je le vois, je raffole de petits animaux.
J'ai une petite bête. Elle n'a pas peur. Elle ne la voit pas. Dis-moi, mordra-t-elle si j'y mets le doigt?
On peut dire ce qu'elle fera.
Regarde. Il ne mord ni ne gronde. Et même, il fait le bon.
Attends. Une cachetière. J'entends comme un grattement là-dedans.
C'est son frère.
Mon Dieu, je fais mieux. Je glisse. Je chancelle. Mon Dieu, je sens que tu m'abandonnes.
Sans toi, je suis trop faible pour lutter.
Des petits chiots, m'ont plu. Et ces petits chatons, encore plus.
Des armies pour ma présence. Un sexte dégoûtant. En route comme des bestiaux.
Des spectacles répugnants. Des serments. Des serments.
Une vérité pour les jeunes. Une vérité pour les vieilles.
Une pour les belles. Une pour les laides.
Le taureau dans la cage. Avec plat sac.
C'est celui qui pue le plus.
C'est la jeunesse.
Attends.
Je vois, Seigneur, que je me trompais. Tu ne m'as pas abandonné.
Au revoir. Tu m'apportes ton avoir.
Hélas non, messire de plat sac.
Qui es-tu?
Peut-être connais-tu mon nom. Je suis Colinaud.
C'est Dieu qui t'envoie à moi.
Donc avant de mourir, je puisse obtenir ton pardon.
Tu es donc coupable envers moi?
Oui.
J'aurais voulu être vertueux.
Mais je suis né trop voluptueux.
Et Bergamote, qui t'aimait, je l'ai de force enlevée.
Et ensuite, un petit peu violée.
C'est... de force?
C'est si bon de l'efforcer.
C'est le meilleur de la volupté.
Et après, qu'en as-tu fait?
Quand mon château fut attaqué, à deux de mes écuyers, je l'a confié.
Pour qu'ils l'emmènent chez mon frère, à Montauban.
Et ton pardon?
Je te l'accorde, compagnon.
C'est notre Seigneur qui t'a fait tel que tu es.
Il n'y avait qu'à te faire meilleur.
Laisse-moi entrer chez le nouveau prisonnier.
Il y a longtemps que tu n'es pas venue.
Après.
Vite, suis-moi.
De l'autre côté, tu seras dans les douves.
Adieu.
Deux grands chevaux pour un bien petit cul.
Où vas-tu?
Sur deux pieds fatigués, je dois jusqu'en Pays d'oche cheminée.
L'indépendance de mon humeur m'a hélas conduit à la misère.
En vérité, je suis poète, en français comme en latin.
Iamb, mendicat, misere, entends-tu le latin?
J'ai oublié le peu que je savais.
Allons, hâte-toi de grimper, rimeur.
Non loin de Montauban, une dame dit tomber très bien les poètes si elle goûte les vers qu'ils font.
L'indépendance de mon humeur m'a hélas conduit à la misère.
Derrière ce champ, y a-t-il point une route?
Elle passe là et court dire à Montauban qu'elle vous a vue.
Sans vouloir t'offenser, je préfère tes chansons à tes madrigaux.
Je ne sais pas à quelle heure tu vas, je ne suis pas heureux ni triste.
Je ne suis pas étrange, je ne suis pas privilégié.
Quel blancheur! Quelle rotondité!
Dites-nous, Seigneur, quel est le porteur de ces deux demi-lunes?
Les oiseaux en pépiant m'ont empêché d'entendre vos chevaux approchant.
N'aie point de honte de tes hémisphères. L'homme est à l'image de Dieu devant comme derrière.
Pardonnez mon audace, mais comment cette dame vous a-t-elle appelée?
Déesse de beauté, mais c'est vous que je suis venu chercher dans cette contrée.
Eh bien, tu m'as trouvé. Que veux-tu?
Je suis venu vous proposer mes verres.
Tes verres?
Car à Paris, on m'a dit que vous aimiez la poésie. Et moi-même, je suis poète.
De quel côté?
Je crois que tu me plais. En sais, l'ami, et suis-moi si tu en as envie.
Tu dois être bien là d'avoir tant voyagé. Veux-tu rentrer te reposer?
Gentille dame, j'ai par bonheur rencontré un jeune et galant cavalier qui avait deux montures,
dont celle-ci qu'il me donna, lui-même avec grande hâte, au château de Ménil-Plassac,
et la moitié de son cœur qui lui avait été ôté.
Beaucire, écoutez bien. Il va nous faire, je crois, un compte anatomique tout à fait de votre guise.
Mille épreuves il a enduré qu'il m'a compté pour retrouver sa bien-aimée.
Mais après ces rudes journées, le bonheur enfin est à sa portée.
Poète, il me semble que tu en as déjà fait une chanson.
Madame, vos oreilles subtiles.
Au château de Ménil-Plassac, dis-tu?
Jeune, beau, galant, courageux et fidèle.
Voyons cette merveille.
Il vous faut nous aider, galant cavalier.
Une de nos compagnes en tombant de cheval s'est blessée. C'est là-bas, dans le pré.
Je vous suis.
La voilà.
Elle est sans connaissance.
Il faut en ce château la ramener. Nous ne saurions ni la soulever, ni l'emporter.
Pensez-vous qu'elle soit gravement blessée?
Ramenez-moi chez moi, Seigneur, sans me faire de mal.
Veuillez pitié de moi, Seigneur. Je vais mourir. Je vais mourir de rire de voir un tel bonnet.
Si vous aviez senti comme son cœur fidèle battait.
Adieu, oiseau.
Adieu, oiseau. Je te promets de ne rien dire des battements du tien.
Qu'est-ce donc ce tu, je vous prie? Nous n'avons pas gardé de mouton ensemble, que je sache.
Certes, non. Celles qui, par chez nous, gardent des moutons ont le teint rose.
Et moi, je l'ai verdâtre. Je le sais.
Non, pas l'eau. Mais il y a un autre moyen encore de l'avoir rose.
Et c'est? Je suis curieuse, vraiment.
Décartez les jambes plus souvent.
Grand cul bréneux, couillon bouffé, avec vos foutues bourriches.
Enfoirés!
Ils se coupent-ils?
Aucun malheur!
Reposez-vous sur le famillier!
Là!
Par là!
Est-ce bien le château du seigneur de Plassac?
Ce goupille nous rendra enragés.
Dame, est-ce bien le château du seigneur de Plassac?
Celui-là, même.
Et le seigneur de Plassac, où est-il?
C'est lui, là-bas.
Mon petit goupille, s'il vous plait, viens!
Messire, je viens vous apporter des nouvelles de votre frère.
Le voilà! Il entre dans le château!
Allez!
Que Dieu le voie qu'il nous geste sur là!
Vous êtes bien le frère du seigneur de Plassac?
Je le sais!
Ils sont coupés!
Il n'est pas au buisier, ni aux étuves, ni aux écureuils.
C'est bête de nous avoir été envoyés pour notre humiliation à ce jour-là!
Votre frère, Messire, vous fut amené par ses écuyers une fillesse.
Cesse de bourdonner sans cesse à mes oreilles!
Ces démons de chiens ne servent à rien!
Je te préviens, rouquin! Je m'y remets demain!
Allumez les chandelles, buvant! J'ai le gosier sec!
Toi qui te paries de mon frère, approche!
Et vous aussi, mamie!
Et vous aussi, maman!
Comme le goupil s'est cauché de votre mari!
Je ne l'aurai donc pas au bas de mes mâches, ce goupil, ainsi que vous me l'aviez promis.
Sacré goupil, hein?
Cette nuit, il faudra me le faire oublier, mamie.
Il me semble, Dieu sait pourquoi, que vous l'oubliez déjà.
Magicien!
Mamie, il y en a un étranger qui nous porte des nouvelles de mon frère.
Je ne veux rien savoir de cette gargouille.
Allons, allons, mamie.
Soyons des hôtes accueillants.
Sois le bienvenu, étranger.
Alors, comment se porte-t-on, mon frère?
Bien ou mal, je ne sais. La mort l'a emporté.
Oui, elle l'a emporté en enfer, cela est sûr.
Nous comptera ce qui est arrivé après-souper.
Alors, l'étranger, mamie, reste tout près de lui et donne-lui un boire.
Comment te portes-tu?
Bien, merci.
Moi aussi.
Qu'est-ce qu'il t'a servi?
Que dire?
Aimes-tu ce vin?
Il est fort bon.
Tu...
Je...
Il fallait venir plus tôt.
Colino...
Je t'ai attendu longtemps.
Et puis, je pensais que tu m'avais oublié.
Un autre m'a aimé.
Petit à petit, je l'ai aimé aussi.
Pourquoi ris-tu?
Parce que...
Parce que pour te retrouver, j'ai affronté mille dangers.
Et que...
Et que tu me trouves mariée.
Et que tu ne m'aimes plus.
Et moi...
Et moi non plus.
Aujourd'hui, nous ne s'en dégagerons pas.
Je n'aurai pas dit un mot.
Il était une fuyette...
qui voulait savoir le jeu d'amour.
Un jour, la trouvée se lait.
Je lui ai montré deux ou trois tours.
Il était une fuyette.
Il était heureux qu'ensemble, nous ayons cessé de nous aimer.
Sinon, l'un ou l'autre...
aurait pu en pleurer.
Nous nous sommes bien perdus, mon ami.
Et je crois que nous allons passer toute la nuit sous la pluie.
Tu vas nous passer le coup, compagnon.
Je n'aurais sûrement pas cette chance si j'en prenais un second.
Son amant lui demande où est-ce qu'on va.
Il garde le lit, et lui ne peut plus de tort qu'un autre.
Voilà pourquoi je ne vous épouserai pas.
Même si je vous aimais.
Ce qui n'est pas le cas.
Un, deux, trois.
L'orage s'éloigne.
Voyez donc ce que veut ce cheval.
C'est un cheval scellé, madame.
Il a dû avoir peur de l'orage et a désarçonné son cavalier.
Prenez des torches et des corps et tâchez de retrouver ce voyageur qui peut être blessé.
Voyez, messieurs, votre cheval.
Eh bien?
N'avez-vous rien trouvé?
Si fait.
Saute jusqu'ici, caneton.
Sèche tes plumes et soigne ta patte.
Trousse-chemise fut son surnom.
Avant qu'il sache dire, dire, dire.
Trousse-chemise fut son surnom.
Avant qu'il sache dire son nom.
Ah, Colineau, mon cher.
De tes aventures, j'ai fait une chanson que cette galante compagnie m'a fait l'honneur de goûter fort.
Bien mignonnet, enfante laid.
Plus grand de lait, point trop laid.
C'est un cheval.
C'est un baume que je fais moi-même avec des plantes de la forêt.
Il calme les douleurs et les inflammations.
Je ne pense pas qu'elle soit cassée.
Où est la plus importante douleur?
Plus haut?
Ou plus bas?
Ni plus haut, ni plus bas. C'est pas cette jambe-là.
Tu n'en as que deux.
C'est donc celle-là.
Celle-ci, par contre, est peut-être cassée.
Quelle tintale!
Je souhaite que tu puisses oublier tes serments et faire flamber ta petite bûche comme avant.
Au fait, as-tu retrouvé ta bien-aimée? Que ma chanson, je la puisse achever.
Eh bien, je...
Laisse-moi deviner.
Lorsque trou se chemit, revit sa bergamote,
un autre, dans sa main, tenait la petite motte
que Colineau avait enchérie et baisée.
C'est sous d'autres doigts que sa motte vibrait.
Son ventre s'échauffait sous d'autres détendards
et ne voulait plus de Colineau ni de son tas.
La perte de ce coussinet tendre et fort bien taillé
ne le fit point du tout pleurer
car sur son chemin... sur son chemin...
sur son chemin il avait rencontré jupes et jupons qui en cachaient
bien d'autres qu'il avait fort envie de...
goûter.
Ne nous regarde pas de ces yeux-là. Ce coussinet-là n'est pas pour toi.
Pourquoi pas?
Je vois que sur l'amour, tu en sais moins que ma levrette.
Je vais te conter l'histoire d'un berger devenu parfait galant chevalier
par l'amour qu'il eut pour une dame.
On me nomme Robinette Croque-Chaton et je suis fort joli garçon.
C'est vrai.
Et j'ai entre les jambes un bel épi dont depuis trop longtemps je ne me suis servi
et je voudrais bien que quelqu'un le cueille.
Qui donc?
Une dame fort belle et fort pâle qui d'après mon sentiment n'écarte pas les jambes assez souvent.
Ne sais-tu pas, gros balourd, que l'amour a ses lois?
Dis-les-moi vite, je ferai tout ce qu'il faudra car je sens que mon épi pousse
et que bientôt, par le poids entraîné, je vais tomber sur mon nez.
Mais pour gagner l'amour d'une dame, il faut parfois plusieurs années.
Plusieurs années? Mais d'ici-là, j'aurai trois pieds.
Il faudra composer mille chansons à l'honneur d'elle,
briller à la guerre et au tournoi,
faire encore mille autres belles choses avant de venir déposer ta gloire au pied de ta dame
qui alors te récompensera.
Bonsoir, croque-chaton.
A demain, ami.
A demain, ami.
Vous avez oublié de verrouiller?
Non, je n'ai pas oublié.
Tu sens un peu le crotin, croque-chaton.
Mais je veux bien de toi quand même.
Déshabille-toi, que je vois si tout me plaît de toi.
As-tu les pieds tordus? Pourquoi les caches-tu?
Tu m'étais sorti de l'esprit.
Ils sont sales, mes poids tordus.
Il est tordu, mais point sale.
Assieds-toi près de moi.
Il ne faut pas se laisser emporter au hasard comme les animaux.
Il faut en tout décider de ce que l'on va faire.
Que veux-tu faire d'abord, croque-chaton?
Deux choses.
Plusieurs choses ensemble.
D'une main, t'entourer.
De l'autre, te caresser.
Et baiser tes lèvres.
De la troisième.
Avec ma bouche.
Et moi?
D'une main, caresse-moi.
Là où chez toi, il n'y a rien.
Où chez moi, il y a quelque chose.
Ici?
Oui.
Laisse-la sur le lit.
Nous y trouverons un usage.
Et maintenant?
Maintenant, je ne ferai pas la porte car je voudrais rentrer chez vous.
Ne sais-tu rien faire d'autre?
J'ai joué de la flûte de pan.
C'est le moment.
Petit gratteur de terre,
ne sais-tu pas que chaque endroit de notre corps
peut servir à l'amour?
Et que fait-on des oreilles?
On les fait vibrer avec des mots.
Et aussi,
comme ceci.
Elle naît?
Avec de douce senteur, on l'excite.
Qu'est-ce donc?
Ne reconnais-tu pas la douce senteur du poivre?
J'ai ainsi vibré tes fesses.
Délicieusement.
Je vois que tu ne sais plus ce que tu veux dire,
puisque tu sais le plaisir qu'il y a dans la douleur.
Qu'en dis-tu?
Je dis que ça m'a fait mal.
Il faut que la douleur soit grande pour que le plaisir le soit.
Je ferai tout pour vous complaire.
Tu m'as fait mal.
Regarde-moi.
Non, plus bas.
Jamais je n'ai autant brûlé.
De la tête, jusque aux pieds.
Nous en étions au nid.
Les yeux, eux,
sont émus par la vue.
La bouche,
quant au cœur,
si tu touches mon sein,
mon cœur, lui, ne sent rien.
Et pour toucher mon cœur,
il faut d'autres chemins.
Si tu veux que je me donne à toi,
il faudra que je t'aime,
d'abord.
En attendant,
dormons, croque-chatons.
Tu es heureux de le sentir, mamie.
Oui.
Bon, Thibault.
Oh, bien le bonjour, déesse de beauté.
Je viens de m'éveiller.
Dis-moi, as-tu vu Colino ?
Oui, je l'ai vu.
Je l'ai vu, il est parti.
Il est parti en me laissant pour vous une chanson
dont je suis en train de faire la musique.
Chante-la donc.
Je m'en suis allé, mamie,
tandis que vous dormiez.
Les vers sont faibles, vous verrez.
Il me semble que je vous aime,
il me semble que vous m'aimez.
Mais à présent, mamie, je sais
que l'amour est chose incertaine
sur laquelle, sur laquelle
on peut s'abuser.
Mais s'il vous semble que je vous aime,
s'il vous semble que vous m'aimez,
prenez la route à votre tour.
Et si vous persévérez, mamou,
nous nous retrouverons un jour.
Et quand nous nous retrouverons,
s'il nous semble nous aimer toujours,
s'il nous semble nous aimer toujours,
quand nous reverrons,
c'est peut-être, c'est peut-être
que nous nous aimerons.
C'est peut-être, c'est peut-être
que nous nous aimons.
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