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Original subtitles

- Essaie de t'aligner sur ceux qui sont devant.

- Oui. Regarde.

- Avoue que ce n'est pas difficile.

C'est trop près. - Ah bon ?

- Oui, regarde. Comme ça, juste une main.

- Qu'est-ce ? - Une petite pomme de terre.

À toi.

L'arrosoir gargouille.

- Lève ton arrosoir.

- Voilà. - Maman…

- Encore un peu plus de pions. Allez !

La mère lance les dés.

Six !

- Réfléchis bien. - Alors…

Si je commence ici… Un, deux, trois, quatre, cinq, six.

J'arrive là. - Tu peux.

Le père lance les dés. - J'ai fait un double trois.

- Tu ne peux pas le jouer. - Je peux jouer ça.

La fille rit. Je, je, je…

Je n'ai pas d'intérêt à le faire.

Ça m'empêche de faire un des trois.

Mais je peux faire ça. - Eh oui, tu peux.

- J'aimerais bien faire avancer cette colonne.

Ça fait six… et deux. Ah…

J'aimerais bien. - Essaye.

Alors… Un, deux, trois, quatre… - Ah, non.

- Cinq, six.

- "Je ne viens pas ici tant pour me secourir

"du mal de trop aimer dont tu me fais mourir,

"que pour garder ce monde et lui donner puissance,

"vertu, force et pouvoir.

"Lequel n'est qu'en enfance.

"Débile, sans effet et sans maturité.

"Par faute de sentir

"notre divinité.

"Depuis que le printemps, cette garce virile,

"aime la terre en vain, la terre est inutile.

"De quoi servent les fleurs, si les fruits ne mûrissent ?

"De quoi servent les blés, si les grains ne jaunissent ?

"Toute chose a sa fin et tend à quelque but.

"Le destin l'a voulu.

"Lorsque le monde fut, en ordre comme il est,

"telle est la convenance de nature et de Dieu

"par fatale ordonnance."

Elles rient.

- Quoi ? - Les ongles…

Merci. - Et l'autre ?

Les ongles…

- Bien, hein ! Parce que… j'ai fait le jardin.

Elle était gentille. Elle était très gentille.

- Elle me fait peur. - Ah bon ?

- Oui. - Attends. Je te montre la pire.

La plus sévère, je l'ai dessinée de mémoire.

C'était elle.

Elles rient.

- Oh là là !

- Elle donnait des coups de canne aux élèves dans son bureau.

Et là, tu vois, c'est le couvent, vu de derrière.

C'est ce qu'on voyait, du dortoir.

La chapelle, prière trois fois par jour.

Ça, c'est un détail d'un vitrail que j'aimais bien.

- Et vous rentriez quand, chez vous ?

- La première année, deux jours à Noël, seulement.

Les années suivantes…

Une semaine l'été et trois jours à Noël. C'est tout.

Alors je ne venais pas ici, c'était trop court.

- Tu te souviens de la cousine Augustine ?

Une petite femme, toute menue.

- Non.

- Tu devais être trop jeune. - Tiens.

- Ah, merci.

"Ma chère cousine,

"nous voici de retour, après ce séjour en votre compagnie.

"C'était un bonheur, de voir votre petite Jeanne

"qui grandit si vite.

"Cette enfant est un ravissement.

"Le voyage nous a semblé plus long." - Tiens.

- Merci.

"Au retour qu'à l'aller.

"Sans doute à cause du mauvais temps,

"qui a rendu les routes impraticables."

Simon-Jacques ! Simon-Jacques !

Simon-Jacques ! Ils arrivent.

Un chien aboie.

- Monsieur le baron. - Bonjour, curé.

- Monsieur le curé.

- Alors, je vous présente le vicomte Julien de Lamare,

dont je vous ai déjà parlé, qui s'installe par chez nous.

- Mme la baronne le Perthuis des Vauds.

- Mme la baronne. - Très vieille amie, très chère.

Son époux, M. le baron.

- M. le vicomte. - M. le baron.

- Et sa fille, que j'ai baptisée, communiée… Ma petite Jeanne.

- Mademoiselle. - Monsieur.

- Les Lamare dont vous parlez sont liés aux Busschère.

Mais de l'autre côté de Grémonville.

Nous sommes d'Octeville. - Ah, voilà.

- On confond,

parce que j'ai un oncle éloigné qui était marié à une Busschère.

- Voilà, voilà… - Oui.

- Et donc…

le cousin de votre oncle par votre mère…

c'est un Labrière. - Oui.

Parfaitement. - Oui, je vois.

Sa belle-sœur…

c'est à l'origine une Desfrancs. Le mari s'est pendu.

J'ai connu sa sœur. - Mme de Poupeville.

- Mme de Poupeville. - Henriette.

- Henriette, qui était notre voisine,

de notre maison, à Rouen. - Oui, oui.

- Vous retournez souvent à Rouen, visiter votre famille ?

- Oui, oui. Bien sûr.

- Est-ce qu'il te plaît ? - Oui…

- C'est important.

Alors, évidemment, il y a des choses à considérer.

Julien a une petite rente, tu es plus riche que lui.

Ses parents sont décédés.

Il a été forcé de vendre le château, pour pouvoir…

- Justement… - Rembourser la dette de son père.

Voilà, son père avait des dettes de jeu.

- Voilà, mais il ne s'agit pas de faire les calculs.

Il s'agit de sentiments. - Il s'agit pas de calculs.

C'est ce que je veux dire.

Le plus important pour nous, c'est de savoir ce qu'elle pense.

Et non pas… - Oui.

Bah, ce qu'il faut savoir aussi,

c'est que, si tu épouses Julien,

ton père et moi allons l'accueillir dans notre famille comme un fils.

Si tu épouses quelqu'un d'autre, tu iras chez des étrangers.

Il faut le savoir, c'est important.

En tout cas, moi, il me plaît. Je le trouve très… Il me plaît.

Enfin, il ne s'agit pas de moi.

C'est de la menthe, ça ?

Oui.

Julien halète d'excitation.

- Chut, n'ayez pas peur.

Il l'embrasse.

Julien halète de plaisir.

La respiration de Jeanne se tend.

Elle murmure. - Arrêtez…

Julien gémit de plaisir.

Arrêtez…

La respiration de Julien s'accélère.

Aïe…

Julien pousse de petits cris de plaisir.

Des bourrasques de vent s'élèvent.

Des bûches craquent dans l'âtre.

Jeanne est saisie d'un bâillement.

Une porte grince.

- Rosalie ?

- Oui, madame.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Je plie le linge.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Je plie le linge.

- Est-ce que tu voudrais venir bavarder avec moi ?

- J'ai encore du travail.

Musique mélancolique

…

Jeanne halète.

…

- Est-ce que tu m'aimeras toute ta vie ?

- Bien sûr.

Je t'aimerai toute ma vie.

Le feu craque dans la cheminée.

Une horloge tinte.

- Rosalie, as-tu demandé à Lucien

de rentrer du bois, au premier étage ?

- Oui, madame. - Que fais-tu, avec le bois ?

Est-ce que tu imagines la quantité de bois,

si tu chauffes comme cela tous les jours ?

- Je fais chauffer la maison. Il fait froid.

- Je ne sais pas, mets… mets des vêtements plus épais.

- Mais j'en ai. Ma robe en laine, mon châle.

- Mets-en davantage !

Tu ne peux pas utiliser autant de bois.

Va dehors, va dans le parc.

Sur les falaises. - Je sors tous les matins.

- Dans le parc le matin et l'après-midi, ailleurs.

Ne chauffe pas pour rien.

C'est terminé, les gaspillages.

Le bois, les bougies…

Les bougies, partout dans la maison.

Quand je rentre, il y a des bougies dans tous les coins.

- Toi, tu sors tous les jours. Tu vas visiter nos fermes.

Tu vois M. de Fourville. - Je chasse.

- Moi, je suis seule.

Rendons visite aux Fourville, quand il ne chasse pas.

- Je te l'ai dit.

Quand M. Courtin aura peint les armoiries sur la voiture, oui.

Pas avant. - Mais papa et maman…

- Non, mais arrête, avec papa et maman !

Ils n'habitent plus ici. C'est chez nous, maintenant.

Arrête de dire : "Papa et maman faisaient ci ou bien ça."

C'est insupportable. On dirait une petite fille.

Jeanne pleure. - Jeanne, Jeanne…

Arrête, Jeanne, s'il te plaît.

Jeanne, s'il te plaît, arrête.

- Rosalie, si tu ne me parles pas, je ne peux pas t'aider.

Tu comprends ? Je ne peux t'aider, si tu ne me parles pas !

Qui est le père de ton enfant ? - J'ai pas besoin d'être aidée.

- Dis-moi qui est le père. Mon mari l'obligera à t'épouser.

- Je veux pas, je vous ai dit !

Arrêtez de m'interroger. - C'est pour t'aider.

Pas pour te condamner ou te faire la leçon.

Je veux simplement t'aider… toi et ton fils.

- J'ai rien à vous dire.

Rosalie soupire.

- N'aie pas honte devant moi. - J'ai rien à vous dire.

- On se disait tout. Autrefois, on se disait tout.

- Bah, maintenant, c'est terminé.

- Mais c'est son problème, Jeanne !

Elle s'est fait engrosser, elle nous a trahis.

Elle se débrouille !

Que veux-tu faire ? Le garder ici, avec nous, à la maison ?

- Mais il ira en nourrice, Julien.

Voilà tout. - Et… c'est toi qui vas payer ?

- Mais non, le père paiera. - Qui est le père ? Tu le connais ?

- Je vais demander à Rosalie de le dire. Ça viendra.

- Elle ne veut pas le dire ! - Il s'expliquera.

- Je lui ai demandé, aussi. Elle ne veut pas le dire.

Ta bonne ne veut pas parler. - Qu'est-ce que tu comptes faire ?

- Ils s'en vont, elle et son bâtard. - Jamais.

- Bien sûr que si, dehors ! - Je ne la renvoie pas !

Nous avons été élevées ensemble. C'est ma sœur de lait.

- Ils ne resteront pas ici. - Moi, j'élèverai cet enfant.

- Toi ? Toi, tu élèveras cet enfant ?

Tu réfléchis, Jeanne ?

- Julien ! - Est-ce que tu réfléchis ?

Imagines-tu les ragots, ce que les gens vont dire de nous ?

Ils finiront par nous éviter. - Ils nous éviteront.

Je garde Rosalie. - Tu veux me ridiculiser ?

- Mais non. - Tu veux me ridiculiser, c'est ça ?

C'est ce que tu veux ?

Vous ai-je demandé d'enlever mon verre ?

- C'est pour le vin apéritif. - Ai-je demandé de l'enlever ?

- Non, monsieur.

- Vous pouvez me servir à nouveau ?

Merci.

- Mes chers parents, je vous remercie pour votre lettre,

qui m'a fait chaud au cœur.

Rosalie a repris son travail.

Julien est encore fâché contre elle.

Mais, petit à petit, les choses retrouvent leur juste place.

M. Courtin a enfin peint les armoiries

sur les portières de la voiture.

Et nous avons pu aller rendre visite à M. et Mme de Fourville.

Ce sont deux personnes délicieuses.

Je crois que j'ai enfin rencontré, avec Mme de Fourville,

ma première vraie amie.

C'est un femme très aimable, très drôle et toujours enthousiaste.

En attendant de vous revoir au printemps prochain,

je vous embrasse bien fort,

mes chers parents que j'aime.

"Seigneur, Dieu tout-puissant,

"quand je veux Te comprendre,

"Ta grandeur m'éblouit et vient me le défendre.

"Quand ma raison s'élève à Ton infinité,

"dans le doute et la nuit, je suis précipitée.

"Je ne puis saisir dans l'ombre qui m'enlace,

"qu'un éclair passager qui brille et qui s'efface.

"Mais j'espère, pourtant, car là-haut, Tu souris.

"Car souvent, quand un jour se lève, triste et gris,

"quand on ne voit partout que de sombres images,

"un rayon de soleil

"glisse entre deux nuages,

"qui nous montre, là-haut, un petit coin d'azur.

"Quand l'homme doute et que tout lui paraît obscur,

"il a toujours à l'âme un rayon d'espérance.

"Car il reste toujours,

"même dans la souffrance,

"au plus désespéré,

"par le temps le plus noir,

"un peu d'azur au ciel,

"au cœur, un peu d'espoir."

Jeanne tousse violemment.

…

…

Jeanne frappe à la porte.

- Rosalie ?

Rosalie ?

Rosalie, tu peux aller me chercher du bois ?

Rosalie ?

Jeanne tousse.

- Julien ?

- Jeanne !

Arrête !

Jeanne !

Un vent violent souffle.

- Laisse-moi ! - Jeanne !

Jeanne… - Lâche-moi.

Jeanne hurle.

- Jeanne ?

Jeanne pleure.

- Enfin, Jeanne !

- Laisse-moi. Laisse-moi !

- Arrête ! Laisse-moi te parler. - Non, laisse-moi.

Laisse-moi.

Jeanne hurle. Laisse-moi !

Jeanne pleure.

- Viens.

Jeanne hurle. Laisse-moi !

- Écoute-moi !

Un feu crépite dans l'âtre.

Jeanne tousse violemment.

Elle essore une éponge.

- Je vais vous rafraîchir sous les bras.

Jeanne gémit.

Jeanne tousse.

- Assieds-toi.

Raconte-nous, Rosalie.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Depuis combien de temps ça durait ?

- Depuis un peu avant leur mariage.

- Il t'a bien dit quelque chose, pour que tu te donnes à lui ?

- Parle.

- Il faut dire les choses. - Parle, s'il te plaît.

- Comment ça s'est passé ? Allez !

- J'étais dans la maison, tout le monde était dehors.

Je travaillais, à la cuisine.

Monsieur voulait me montrer quelque chose au premier.

Alors, j'y suis allée.

Il a commencé à me prendre la main.

Il m'a dit quelque chose, je sais plus quoi.

Après, il a commencé à m'embrasser.

Et puis après… Après, ça s'est passé.

Et après,

quand il avait envie, il venait ou j'allais dans sa chambre.

- Rosalie, est-ce que M. Julien est le père de ton enfant ?

- Oui, mon père.

Musique mélancolique

…

- Très bien, continuez.

Oui…

Et on souffle.

…

- Toussez, s'il vous plaît.

Jeanne tousse.

- Très bien, merci. Encore une fois, allez-y.

Elle tousse.

Ouvrez la bouche, s'il vous plaît.

Mme de Lamare, ce que je vais vous demander,

vraiment, c'est important, c'est beaucoup de repos.

Vous avez une infection des bronches qui est sévère.

Et, au vu de ce que vous m'avez dit et de ce que j'ai constaté,

il y a une forte probabilité pour que vous soyez enceinte.

Voilà pourquoi je vous demande de vous reposer,

de prendre soin de vous,

et de la tranquillité.

…

- Vous avez commis une faute, Julien. Une faute… immense.

Enfin, vous le savez. - Oui, je sais.

- Rosalie et son fils ont quitté la maison.

Mais ça n'efface pas votre faute.

Alors, M. le baron a pris une décision très importante.

La décision d'emmener Jeanne dans leur maison de Rouen.

Alors, est-ce que vous comprenez cette décision ?

- Oui. - D'accord.

Est-ce que vous la trouvez juste ?

- Oui, mon père. - Bien.

Alors je crois que c'est le moment de répéter ce que vous m'avez dit.

- J'ai dit que j'avais honte de moi.

Que j'avais trouvé une famille, avec Mme la baronne et M. le baron.

Que je m'en étais montré indigne.

- C'est pas tout ce que vous m'avez dit.

Le plus important, mon fils. Dites le plus important.

- Je voudrais que tu me pardonnes.

C'est la seule chose qui peut me sauver.

Je voudrais que…

que nous essayions de nouveau de…

Je me dégoûte, Jeanne.

J'ai compris beaucoup de choses. J'ai compris que…

que je t'aime plus que tout.

Je t'en supplie, Jeanne.

Je te demande pardon.

- Voilà, vous savez maintenant ce que votre époux désire le plus.

Le salut de l'homme est dans le pardon, Jeanne.

Je vais bientôt quitter la paroisse et partir là-dessus…

c'est, pour moi, une grande défaite. Une grande défaite…

C'est très douloureux, mais ça l'est aussi pour votre mère.

Elle se fait beaucoup de souci. Elle n'a pas besoin de ça.

Vous êtes consciente de ça, Jeanne ?

Et vous, madame, qu'est-ce que vous en dites ?

- Je pense que vous avez raison, M. le curé.

C'est important, le pardon.

Julien a dit de fort belles choses.

Il faut savoir pardonner.

- Et vous, Jeanne, qu'est-ce que vous dites ?

Est-ce que vous pardonnez, Jeanne ?

Est-ce que vous pardonnez ?

- Mais qui voilà ?

- Tiens, prends-le.

- Qui est cette petite merveille ?

Il dort bien ?

- Il vient de manger. - Petit Paul.

Bonjour, mon petit Paul.

Oh, il dort bien, hein ! - Tu lis tes lettres ?

- Oui, je suis dans mes souvenirs. J'aime bien.

Il dort profondément.

- Comment te sens-tu ? - Fragile.

Tiens.

Tout doucement. - Merci.

Est-ce que tu descendras dîner avec nous, ce soir ?

- Non, pas ce soir, ma chérie. Voilà.

Elles s'écrient de joie et rient.

- Eue ! Eue ! - Non. À peine effleurée.

Regardez-la !

Bas les pattes !

- Non !

- Je le ferai pas ! - Je le sais.

- J'en ai vu une pour vous qui serait ravissante.

Regardez celle-ci.

- Non. Non, non, non !

- Mais pourquoi, non ? - Non. La couleur.

- C'est ravissant. - Pas cette couleur.

Et puis les manches…

- Il faut que vous portiez ce style. - C'est joli sur vous, pas sur moi.

- Sur vous aussi, ce serait très joli.

Un grenat, comme ça.

Jeanne acquiesce sans conviction.

- La taille est très jolie.

- Les bras, l'encolure, tout.

Regardez ce tombé. - Cette couleur…

- Ces carreaux. - Ce ton, sur moi ?

- Oui, grenat. Ou carmin.

Jeanne acquiesce.

- Parfaitement. C'est une évidence, pour moi.

Musique paisible

- Sans le chapeau, peut-être. - Ah, oui, oui. Faut voir.

De face, là et le type de profil.

…

Il rouspète.

- Tu n'as pas regardé, chéri. - Si.

- À toi, papa.

M. le baron s'exclame.

- Alors…

Faites attention, derrière.

- Je m'écarte. - Pardon ?

- Je m'écarte.

M. le baron tire.

- À moi ? - Jeanne, c'est à toi.

- Celle-ci ? - Non, celle-là.

- Ah… Gilberte ?

Merci.

La victoire est entre mes mains. - La victoire est proche.

Jeanne rit.

- Alors là, oui ! - Le maillet, la boule, tout !

Elles éclatent de rire.

- Georges ! - Vous voulez abîmer mon potager ?

- Mais, Georges ! Tu casses le matériel !

Ça fait deux maillets !

Ah, non, alors ! Où est passé le bout ?

Alors, nous étions là.

- Je te laisse recommencer. - Gilberte, sauve-nous. Joue.

- Prenez celui-là, il va lâcher. - Non, non. Pas du tout, regardez.

Bon !

- Georges, pardonnez-moi. - Je finis ?

- Mais c'est à moi, non ? - C'est à toi de jouer.

- C'est notre troisième coup. - C'est à nous ?

Papa ? - Oui, oui. Oui, oui.

Les Fourville rient.

- C'est la mienne ?

Oh, non ! - Elle est forte.

- Très bien ! - Non…

- On est plus proches. - Oui.

- Ce n'est pas la bonne direction.

- À nous ! Bah, là… - Papa, non !

- Partie gagnée. - Les herbes se sont interposées.

Les femmes rient.

Jeanne pleure.

- C'est un bel été, que nous avons, ma chérie. C'est bien agréable.

J'ai bien marché. Plus qu'hier, je crois.

- Tribulationem et dolorem inveni et nomen Domini invocavi.

O Domine, libera animam meam,

misericors Dominus et iustus, et Deus noster miseretur.

Custodiens parvulos Dominus,

humiliatus sum et liberavit me.

Convertere, anima mea, in requiem tuam,

quia Dominus benefecit tibi.

Quia eripuit animam meam de morte,

oculos meos a lacrimis, pedes meos a lapsu. Placebo Domino

in regione vivorum.

Requiem aeternam dona eis, Domine.

Et lux perpetua luceat eis.

Ad Dominum, cum tribularer, clamavi et exaudivit me.

Domine,

libera animam meam a labiis iniquis et a lingua dolosa.

Quid detur tibi aut quid apponatur tibi

ad linguam dolosam ?

Sagittae potentis acutae

cum carbonibus desolatoriis.

Heu mihi, quia incolatus…

incolatus meus prolongatus est.

Jeanne fond en larmes.

- Chère Adélaïde,

voici une nouvelle année qui débute

et je tenais à vous présenter mes vœux de bonheur et de santé.

Ici, la vie suit son cours et Emile va mieux, depuis quelques semaines.

Nous espérons avoir la joie de vous voir au printemps.

Je vous embrasse, votre cousine, Rose.

Que je suis heureuse de mon séjour dans votre si délicieuse maison.

Jeanne et Éléonore s'entendent toujours bien.

Et c'est un bonheur, de les voir jouer ensemble.

J'ai aimé nos promenades dans le parc,

et nos discussions dans votre salon.

J'aimerais que ces moments existent tout au long de l'année.

Mais seul l'été nous offre ces moments privilégiés.

En attendant les prochains beaux jours,

je vous embrasse bien tendrement.

(Un homme) - Ma chère Adélaïde,

déjà plusieurs semaines sans te voir.

Où es-tu ? Que fais-tu ? Je pense à toi à devenir fou.

Je ne peux plus me passer de tes caresses, tes baisers.

Je t'en prie, viens ce soir, dès que ton mari sera sorti.

Nous aurons une heure. Une heure pour nous.

Je t'aime. Ton amoureux, Ferdinand de Vauvert.

Adélaïde, j'ai passé une nuit de délire à te désirer vainement.

J'avais ton corps dans mes bras, ta bouche sur mes lèvres,

tes yeux dans mes yeux.

Je me sentais des rages, tu dormais aux côtés de ton mari.

Je meurs de ton absence, mon amour.

Adélaïde, ma reine,

pourquoi restes-tu auprès de ce mari que tu n'as pas choisi ?

Nous nous quittons. Tu le sais, notre histoire n'est pas terminée.

Te souviens-tu de notre première étreinte ?

Tu étais la femme que j'attendais.

Tu m'as répondu que j'étais l'homme que tu n'attendais plus.

Mon amour, je t'en prie. Ose enfin écouter tes sentiments.

Ton amoureux pour la vie.

(Jeanne) - Tout le monde ment, mon père.

Tout le monde ment.

J'attendais autre chose.

Je suis fatiguée du mensonge.

- De quel mensonge parlez-vous ?

Quel est ce mensonge, qui vous taraude ?

- Mon mari me ment.

Il me dit qu'il va… chasser, ou visiter des fermes.

Mais il retrouve Mme de Fourville, dans la cabane des Tronquet.

- M. de Fourville est au courant de cette situation ?

- Non.

- Vous avez… l'intention de le lui dire, alors ?

- Non.

Non.

- Mais, en ne le lui disant pas…

vous vous associez à ce mensonge.

Vous ajoutez…

au mensonge de cette situation un mensonge par omission.

Alors que vous semblez…

haïr ce mensonge qui vous fait du mal.

Je vois combien il vous fait du mal. - Oui, mais…

En lui disant, je ne ferais que…

que… que provoquer sa peine.

Sa douleur. - Certes.

Il sera malheureux, mais…

c'est la vérité, qui est en jeu.

En refusant la vérité à M. de Fourville,

vous la refusez aussi à Dieu.

Vous mentez, comme sa femme lui ment.

- Non.

- Dieu n'aime pas le péché de chair. Il déteste encore plus le mensonge.

Le mensonge…

est fils des ténèbres.

Et vous, vous êtes fille de la lumière.

Sans vérité, n'espérez pas la miséricorde du Seigneur.

Vous devez la vérité.

Vous vous devez à la vérité.

C'est le seul chemin qui vous rendra libre.

- Merci.

Jeanne ? - Non, merci.

Musique mélancolique

…

- Avez-vous pu parler à M. de Fourville ?

- Non, mon père. Je lui ai écrit.

- Et savez-vous comment il a réagi ?

- Non.

- Il ne vous a point… répondu ?

- Je ne lui ai pas fait parvenir la lettre.

- Mais vous avez l'intention de le faire.

- Non, mon père.

- Comment cela ? - Je ne peux pas…

agir…

et provoquer le…

le désastre.

- Imaginez-vous un seul instant que cette… détestable histoire

prendra fin par elle-même ?

Toute cette souillure du péché rejaillit ainsi sur vous,

sur toute votre maison.

Jusque sur vos proches.

Sur votre enfant.

Vous comptez l'éduquer dans cet…

dans cet air vicié ?

Vous le condamnez, vous le tuez à petit feu.

- Non.

- Si vous vous résignez, vous consentez…

à ce mensonge.

- Mon père, je…

- Vous laissez trop de place à vos sentiments.

Vous vous trompez.

- Je sais. Je sais qu'en disant la vérité à M. de Fourville,

sa douleur sera trop immense.

- Il souffrira.

C'est sûr.

Le mensonge est un mal plus grand. - Je vous en prie.

- Je sais qu'il ne peut l'entendre. Je le sais.

Parce qu'il aime sa femme, parce que…

Parce que c'est impensable, pour lui.

Il ne peut pas imaginer cela.

C'est un homme d'une grande… d'une grande pureté. Je…

Je ne peux pas être celle qui…

qui fait écrouler tout son monde.

- Vous placez donc le péché au-dessus de la vérité.

Et l'honneur de Dieu en est blessé. Aussi, au nom de Jésus Christ,

une dernière fois,

direz-vous la vérité ?

- Non, mon père. - Soit.

Le prêtre se lève. - Mon père, vous n'allez rien dire ?

- Ne me touchez pas ! C'est vous, qui me forcez à le dire.

Musique nostalgique

…

- Merci, mon père.

Ici, tu places la mèche.

Tu allumes.

Tu dévisses ici, d'abord.

Puis tu mets de l'eau.

Revisse bien.

Et, en chauffant, la roue va tourner, comme cela.

- C'est le sifflet ? - Oui.

Ça sifflera par là, si tu lèves ici.

Tu vois ? - Oui, merci.

- Il te plaît ? - Oui.

- Tes petites mains sont toutes froides.

On t'a encore embêté, ces jours-ci ? - Non.

- Tu préviens tes professeurs, hein, s'ils recommencent.

Et tu me le dis, à moi aussi.

Si on t'embête, je veux le savoir.

Ton gâteau.

Tiens, mange la pomme, aussi.

- Merci.

- On te donne ton lait, maintenant ? - Oui, tous les soirs.

- Dans un bol ? - Non, dans un grand verre.

- J'ai demandé

à ce que ce soit dans un bol.

Tiens. - Merci.

- Il doit bien y avoir des bols, ici.

Paul renverse le mobilier.

- Doucement, doucement.

Doucement !

Paul !

Paul hurle. - Doucement.

Doucement, Paul, doucement. Mon chéri, arrête. Arrête !

- Rejoignez votre classe ! - Arrête, Paul !

Doucement, mon père. Je vous en prie.

Paul, je t'en prie, mon chéri. Arrête, arrête. Arrête !

Arrête. Arrête, mon petit. Arrête.

Calme-toi. - Soyez raisonnable. En classe.

Paul sanglote.

- Tout se passera bien.

Relevez-vous.

- Tiens bon, chéri.

- Je veux rester avec toi !

- Je sais.

- Il faut qu'il y retourne. - Je reviens vite.

- Maman ! Reste avec moi !

Maman !

- Doucement, Paul ! Doucement !

Doucement, arrête. Paul !

Le prêtre crie.

- C'est dangereux, lâche. - Je veux rester avec toi !

Lâchez-moi !

- Paul ! Arrête !

Je t'en prie, s'il te plaît. Vas-y.

Allez ! Allez, mon chéri.

- Retournez en classe. - Allez, allez !

Allez, mon Paul. Allez, Paul. - Je veux rester avec toi !

- Je sais, mon chéri.

Paul et Jeanne pleurent.

Le prêtre halète d'effort.

Paul crie.

- Allez, allez.

- Il travaillait très bien, avec toi.

- Mais non. - Si, papa, il apprenait.

Ce qui lui sera utile plus tard. - Il jouait, toujours dehors.

Quand je l'appelais pour la leçon, il était toujours parti.

Il y a un règlement. Une visite par mois.

C'est le même pour tous.

Il ne faut pas aller le voir.

Il faut qu'il apprenne les choses, des connaissances.

- Il sait beaucoup de choses.

Il connaît énormément de choses que d'autres ne connaîtront jamais.

Il connaît les arbres, les fleurs… - Mais il doit apprendre

le latin, la géographie, l'algèbre.

Regarde les difficultés qu'il a, pour écrire.

- Il écrit bien, papa. Si !

Il écrit très bien. - Non, Jeanne.

Il n'écrit pas bien, ce n'est pas vrai.

Parce qu'il a passé trop de temps dehors.

Pas assez… - Mais c'est normal, pour son âge !

Il a besoin de courir, d'être à l'air libre !

- Il y a un temps pour courir et un pour étudier. Enfin !

Et, à son âge, au collège,

c'est sept heures au moins par jour. - Sept heures ?

- Oui. - Sept heures ?

Sept heures, tu te rends compte ? - C'est normal, Jeanne.

C'est la règle, c'est sept heures pour tous les élèves.

Et ils doivent travailler. Voilà.

- Mais Paul, il a besoin de jouer.

Paul a besoin d'être dehors, plus que les autres enfants.

Il a besoin de courir. Quand il dit qu'il a besoin de jouer, c'est vrai.

Qu'y apprendrait-il d'intéressant ? - Mais tout ! Tout !

- Il veut s'occuper de nos fermes. Il n'a pas besoin de tout connaître.

- Mais si, tu te trompes. Pour les fermes…

il faut des connaissances. Il y a des choses à lire, à compter.

Faut pouvoir le faire.

Il a peut-être envie d'autre chose. - Non, c'est ce qu'il veut faire.

- Tu n'en sais rien. - Si.

- Tu n'en sais rien. - Papa, c'est mon fils.

- À 12 ans, on ne sait pas. - Si.

C'est ce qu'il a envie de faire, je le sais, papa.

Et toi, tu le fais bien. - Moi, je suis d'une autre époque.

Les temps ont changé. - Je le sais.

Il n'aime pas être avec les autres.

- Mais non, bien sûr que non. - Je le sais.

- Jeanne, c'est toi qui penses ça.

Tu ne le sais pas. - Si, c'est mon fils.

- Il a toujours été seul, ici. - Je le sais, je le connais !

Je le connais, il est malheureux. - Il se fera des amis, à l'école.

- Paul ?

Je te dépose ton repas, près de la porte.

Je pose le plateau près de la porte, Paul.

Paul !

Paul !

Le caillou claque contre un volet.

- Merci, Françoise.

Jeanne frappe à la porte en continu.

…

…

- Paul.

Qui est cette fille ? - C'est personne, c'est une amie.

- Qui est cette fille, Paul ?

Je sais de quel genre de fille il s'agit.

Je le sais très bien.

C'est elle qui te fait dépenser l'argent ?

- Non.

- Regarde-moi, Paul.

Musique mélancolique

- Mon chéri, regarde-moi, je t'en prie. Réponds-moi.

- J'ai fait une bêtise. - Ah…

Paul, je veux que tu m'expliques vraiment.

Explique-moi ce qui s'est passé.

- J'ai juste… - T'as fait 20 000 francs de dettes.

Et tu as 20 ans.

Ton grand-père va être obligé de vendre une ferme.

Mais moi, tu me rends malade, Paul.

C'est terminé, Paul. Tu ne vas plus en classe.

Tu vas rester ici. Tu ne vas plus revoir cette fille.

Tu as compris ?

Tu travailleras avec ton grand-père. Tu t'occuperas de nos fermes.

…

Jeanne rit.

- Il est propre et il va se laver.

Quelle en est la raison ?

Alors, pourquoi ? - Ah, papa…

- Ça fait partie de l'énigme.

- C'est vrai, que…

Jeanne et Paul rient.

- Alors… Jacques est propre et il va se laver.

- Pierre, qui est sale, lui, ne se lave pas.

- Euh… Oui, peut-être que Pierre n'a pas de bras et ne le peut pas.

- Ah ! C'est une bonne proposition. - Est-ce qu'il a tous ses membres ?

- Oui, oui. Il n'est pas manchot.

Paul hésite.

- Je ne sais pas.

Je donnerais volontiers ma langue au chat.

- Nous allons essayer, quand même. - Réfléchis un peu.

C'est une histoire de logique. - Alors…

- Je sais ! L'un des deux est aveugle.

Celui qui est sale. Pierre. Pierre est aveugle.

Il ne voit pas qu'il est sale, quand il sort de la cheminée.

À ce moment-là… - Justement, il voit bien.

- Il va se laver,

car il voit qu'il est sale.

Non… - Mais non.

- J'ai oublié…

- N'oubliez pas que Pierre… - Est propre et va se laver.

- Pierre est sale. - Pierre est sale.

- Jacques est propre. Jacques, qui est propre, va se laver.

- Jacques, propre, va se laver. - Chut. Bon chien.

- Et tu as dit que… - Il voit bien.

- Oui. Et donc, que voit-il ? - Il voit… Il voit…

Bah, il voit… il voit…

Il voit le savon !

Jeanne éclate de rire.

- Alors que Pierre ne le voit pas !

Oh, j'ai fait des petites épaules. Ça ne va pas.

Jeanne efface en riant.

Jeanne rit.

- Ma chère maman,

ne m'en veux pas, je pars.

Je vais retrouver la femme que j'aime.

C'est avec elle, que je veux construire ma vie.

À Londres, je ferai de belles affaires.

C'est une belle opportunité pour moi, je le sais.

Je reviendrai alors vers toi.

Riche, tu seras fière de moi, je te le promets.

Je t'embrasse très fort.

Embrasse grand-père. Je vous aime.

Ton fils, vicomte Paul de Lamare.

Une pluie drue s'abat sur le sol.

- "Je t'aime comme un pauvre enfant.

"Soumise au ciel, quand le ciel change.

"Je veux ce que tu veux, mon ange.

"Je rends les fleurs qu'on me défend.

"Couvre de larmes et de cendres

"Tout le ciel de mon avenir.

"Tu m'élevas.

"Fais-moi descendre.

"Dieu n'ôte pas le souvenir."

Attends, attends, attends.

- Ma chère maman, n'aie pas d'inquiétude.

Je suis à Londres.

J'ai besoin d'argent. Nous ne mangeons pas tous les jours.

Peux-tu m'avancer 15 000 francs hérités de papa avant mes 21 ans ?

Tu me tireras d'un grand embarras.

Je viens bientôt vous rendre visite. Vous me manquez. Je vous aime.

Jeanne enrage.

Musique nostalgique

…

- Ma pauvre maman, pardon pour ces longs mois sans nouvelles.

Je ne voulais pas vous inquiéter.

Je me brûlerai la cervelle, si tu ne me secours pas.

Une spéculation ayant toutes ses chances a échoué.

Je dois 85 000 francs.

C'est le déshonneur, si je ne paie pas.

Je me brûlerais la cervelle, plutôt que de survivre humilié.

Ce serait déjà fait, sans le soutien la femme de ma vie, ma providence.

Je t'embrasse du fond du cœur, chère maman.

Peut-être pour toujours, adieu.

…

- Ah…

Il y en a beaucoup. - Oui, il y en a beaucoup.

- Chère madame, ça fait longtemps que nous ne nous sommes pas vues.

Peut-être m'avez-vous oubliée.

J'ai dû partir mais jamais je ne vous ai oubliée.

Votre père m'avait donné une ferme.

Je me suis mariée. J'ai travaillé. J'ai élevé mon fils, qui est grand.

Et mon mari est mort depuis peu.

La vie n'a pas été tendre, pour vous et votre famille.

J'aimerais, s'il vous plaît, revenir m'occuper de vous.

Pas pour l'argent, j'ai de quoi vivre.

Ce serait mon remerciement pour la vie que j'ai eue.

Vous m'avez manqué, toutes ces années.

Il faut rentrer, venez.

Allez, venez avec moi.

Il va falloir que je nettoie l'entrée.

- Encore ?

- Bah, on rentre, on sort, on salit. Faut nettoyer.

Qu'est-ce que vous voulez, au dîner ?

- Pas beaucoup.

- Une soupe ? - Non, non. Mais un bouillon.

- Une soupe, c'est mieux. - C'est bien…

Un bouillon, c'est bien.

- À l'heure actuelle,

à la suite des différentes ventes réalisées ces dernières années,

sur les 22 fermes que vous possédiez,

vous n'êtes plus propriétaire que de six d'entre elles.

Votre résidence, le château des Peuples,

a été hypothéquée par acte à mon rapport du 18 novembre 1844,

afin de garantir la somme de 235 000 francs, due aux banques,

après la faillite de l'entreprise de paquebots à vapeur P. de Lamare,

pour laquelle votre père, M. le baron le Perthuis des Vauds,

s'était porté garant en son nom propre.

Hypothèque qui garantit les remboursements

à hauteur de 14 000 francs en capital et en intérêts par an.

Auxquels s'ajoute le coût de l'entretien du château,

qui s'élève à 6 000 francs environ par an.

Êtes-vous d'accord sur cet inventaire, madame ?

- Oui.

- Bien, en l'état actuel des choses, pour nous résumer,

vous avez comme revenu

uniquement le revenu de vos fermes.

Ces revenus ne sont pas suffisants pour faire face à vos dépenses.

Vous comprenez ce que je vous explique ?

Vous avez des charges qui sont importantes,

puisque vous avez le remboursement de l'ensemble de vos prêts à faire,

et vous avez, au surplus, l'entretien de votre propriété.

Vous comprenez ? - Oui, mais j'ai peu de dépenses.

Rosalie n'a pas de gages.

- Vous devez entretenir la propriété.

Vous avez des travaux à effectuer assez régulièrement, pour…

pour en assurer l'entretien, justement.

Lors de ma dernière visite, j'ai constaté que les toitures

n'étaient pas en bon état.

Vous allez devoir engager des travaux.

- Je vais vendre une ferme. Une ou deux. C'est simple.

- Mais, comme je vous le disais, ces fermes constituent vos revenus.

Et, compte-tenu de vos charges, il vous faut ces revenus.

Et vous n'avez plus de possibilité… d'emprunter.

- Pourquoi ?

- Parce que, si vous hypothéquez vos biens,

vous allez devoir rembourser vos dettes.

Vous n'avez pas de quoi…

- Je paye mes dettes. - Aujourd'hui,

vous payez vos dettes avec des sommes empruntées.

Vous n'allez plus être en capacité d'effectuer ces remboursements.

C'est… Ça me paraît… Ça me paraît assez évident.

Je ne vois pas d'autre solution

que d'envisager la vente votre propriété.

- Ah, non.

Non, non. C'est dans notre famille depuis toujours.

Non. Et il y a la chambre de Paul.

- C'est dans votre famille, à condition de payer vos dettes.

- Il va revenir. Il voudra trouver tout à sa place. Non, non.

Je vous dis non. Non !

- Alors qu'est-ce que vous proposez, comme autre solution ?

Moi, j'attends, si vous avez d'autres solutions à me proposer.

Moi, je ne vois pas comment vous pouvez faire autrement,

que de vous séparer du château. - Tu lui as dit de dire cela ?

- Plus vous allez attendre,

plus la propriété risque de… de se dégrader.

Et vous n'en obtiendrez pas le prix qu'on peut en escompter.

- Tu lui as dit de me dire cela ? - Non.

- Tu comptes racheter ma maison ? - Non.

- Tu veux ma maison ? - Non, madame.

- Je sais ce que je dis. - Mais non.

- Elle m'a volé mon mari, elle veut ma maison.

J'ai très bien compris.

- Ma chère maman,

l'entreprise dans laquelle j'avais tout investi a pris feu.

La société a fait faillite. Je dois 180 000 francs aux banques.

Je ne puis quitter l'Angleterre.

Je serai bientôt en prison, si je ne rembourse pas ma dette.

Aie la gentillesse de me procurer cette somme.

Je rentrerai.

Je m'empresserai de t'embrasser, avec la femme que j'aime

et que tu aimeras, j'en suis certain.

Ton fils qui pense à toi.

- Mon cher Paul, je n'ai plus rien.

Je me suis même vue forcée de vendre notre château des Peuples.

Ton grand-père est mort. Je n'ai plus que toi au monde.

Je ne t'ai pas vu depuis sept ans. À quoi ressembles-tu ?

Pourquoi ne viens-tu pas ?

Pourquoi m'as-tu abandonnée ?

Tu ne sauras jamais comme j'ai été malheureuse,

combien j'avais reposé mon cœur sur toi.

Tu étais ma vie, mon rêve.

Mon seul espoir. Mon seul amour.

Mais tu n'es plus là.

Aujourd'hui, je viens te faire une dernière supplique.

S'il te plaît, reviens, Paul.

Reviens m'embrasser.

- Allez !

De violentes bourrasques soufflent.

Jeanne tousse vigoureusement.

…

Rosalie pose la louche. - Mettez vos pieds dedans.

Allez ! - C'est trop chaud.

- Je ne vais pas me brûler pour te plaire.

- Je mets de l'eau froide, puis mettez vos pieds.

Rosalie verse l'eau froide en soupirant.

Jeanne tousse.

- C'est trop chaud. C'est trop chaud. Encore.

Rosalie verse de l'eau froide.

- Encore. C'est juste.

Ça me brûle. - C'est tiède. C'est tiède !

- Tiède…

Rosalie verse de l'eau froide.

- Voilà !

- Non, mais… encore. Encore !

Rosalie verse de l'eau froide.

- Il n'y a plus d'eau, de toute façon.

Un attelage approche.

- Madame, croyez-moi.

Je vous mens pas, madame. Je vous mens pas, y a plus d'argent.

- Je veux que tu me donnes mon argent, Rosalie !

Mon fils en a besoin.

Rosalie tire une chaise. - Asseyez-vous.

Il vous laisse sans nouvelles et là, il vous demande 30 000 francs ?

Vous trouvez ça normal ?

Jeanne pleure.

- Tu ne l'aimes pas. Tu ne l'aimes pas !

Tu ne l'aimes pas ! - Je n'ai jamais dit ça.

Je veux pas qu'il vienne vous dépouiller.

C'est des mensonges, tout ça, la petite fille et la femme morte.

Il veut juste vous demander de l'argent, madame.

Il a donné des nouvelles, avant ? - Il ne pouvait pas. Il pouvait pas.

- Non, il écrit juste pour demander 30 000 francs ! Vous comprenez ?

Vous lui avez tout donné, ça change quoi ? Il est venu ?

Jeanne ouvre les tiroirs. - Tu le caches où ?

- Arrêtez, je ne cache rien. - C'est mon argent.

Donne-moi cet argent. Donne ! - Je ne cache rien. Y en a plus.

- Si, il y a de l'argent.

C'est mon argent, Rosalie. - On va pas recommencer.

Arrêtez. Arrêtez ça, vous allez tout casser !

Rosalie gifle Jeanne. - Lâche-moi.

- Arrêtez, madame.

- Donne-moi mon argent ! Donne-moi mon argent !

Où est-ce que tu le caches ? - Calmez-vous.

Calmez-vous, bon sang !

Lâchez ça. Lâchez ça !

Vous venez manger ?

Hein ?

Vous savez ce qu'on va faire ?

Je vais aller à Paris. Je vais le voir, votre fils.

On va voir si sa fille existe et si sa femme est morte.

- Bien sûr que c'est vrai. - Eh ben, si oui,

je lui dirai qu'il peut venir chez nous.

Moi, je crois que c'est pas vrai. Moi, je crois qu'il vous ment.

Musique mélancolique

…

- M. Paul rentrera bientôt, le temps de régler ses affaires.

- Elle est belle.

Jeanne et Rosalie rient, attendries.

- Qu'elle est belle.

- Vous voyez, madame…

La vie, c'est jamais aussi bon ou aussi mauvais qu'on croit.

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