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-Mes frères,
..admonestant les mulots de se retirer d'ici trois jours,
..à défaut de ce faire,
..nous les déclarerons maudits et excommuniés.
Amen.
Ils prient en breton.
-Tiens, celle-là, c'est la plus belle.
Prends-là, n'aie pas peur.
Elle est belle, hein ? Attends.
Je t'en montre une autre. Regarde celle-là.
C'est la plus jolie, la plus fine.
Elle s'appelle Julie, comme ma fille.
Conduis-moi chez ta maman.
Et ton amie nous conduira chez la sienne.
-C'est la même.
-Vous êtes les deux soeurs ? -Oui.
On se prêtera la poupée.
-Eh ben d'accord. On y va.
Allez, hop !
...
-Attends !
Breton.
Brouhaha.
Brouhaha.
-Aaah ! Ah...
-Tu voulais enlever ces petites ! Qui t'a payé ?!
Allez, avoue !! Confesse-toi !
Tu vas mourir !
Il a avoué avant de mourir.
Il les enlevait pour le compte du Régent.
Pour les déporter en Louisiane..
..et les donner en pâture aux sauvages d'Amérique !
Voilà le sort qui vous attend.
Déportés, ou morts de faim !
Vous pouvez l'enterrer en terre sainte.
Doue l'e bardono !
Musique de Cour.
Un chien aboie.
-L'Espagne, ne l'oubliez pas...
-Continuez.
-L'Espagne s'est engagée..
..à débarquer des troupes en Bretagne.
-M. de Pontcallec, nous sommes en guerre.
-Pas moi !
L'Espagne a pour prince le petit-fils de Louis XIV.
C'est mon vrai roi. Le Régent est un usurpateur !
-S'il faut que vous recourriez à l'Espagne,
..je ne suis plus des vôtres.
Mais je garderai le secret.
-M. de Roquefort, dans ce cas, remettez votre masque.
-Je propose, cependant,
..qu'avant de demander l'aide de l'Espagne,
..on lance un ultimatum au Régent.
-Une députation. -Pourquoi donc ?
Un seul suffit. J'irai.
Je suis noble et aussi capitaine de dragons.
Le Régent, en dépit de ses infamies,
..doit respecter le militaire.
Ici, on retire son masque.
-Mon mari a fait une chute de cheval.
-Oh, ma chère Hélène...
C'est une réunion d'hommes, exclusivement.
-Et si je gardais ma barbe ?
-Ah oui, dans ce cas, rien à dire.
Naturellement, pour ce voyage...
-En Espagne, mon cousin ?
-Non, seulement à Paris.
Ce sera moins cher.
Il faut que je fasse encore appel à votre bourse, mes amis.
-Une fois de plus. -J'ai même pas..
..de quoi me payer l'auberge ! Et j'ai de l'appétit.
Tu le sais.
Un billet de banque ?
J'en avais encore jamais vu !
-Vous n'en voulez pas ?
-Oh, ho ! Mais j'accepte tout.
Même les billets du Régent.
C'est peut-être dur, M. De Moutier,
..mais quand le vin est tiré,
..il faut le boire !
-Un peu d'eau.
Un peu d'eau, vite.
Revenez, madame, je vous en prie.
Regardez.
Voilà une chose intéressante et qu'on ne voit pas souvent.
La cervelle est réduite de moitié.
-Est-elle morte de cela ? -Oh non, madame.
C'est une lésion ancienne, peut-être l'avait-elle en naissant.
La duchesse de Berry est morte d'une congestion..
..due à ses excès. Sa goinfrerie l'a tuée.
-M. Chirac, je vous en prie ! -Chirac !
Je lui avais sauvé la vie quand elle avait 6 ans,
..avec de simples tisanes. -Elle ne buvait pas de vin.
C'est la cause principale. -Il y en a une autre :
..vous étiez son médecin.
On aurait pu la sauver de la mort, pas de votre médecine.
-Ils disent qu'elle avait une lésion au cerveau.
Ce qui expliquerait..
..bien des choses. -Vous voulez dire..
..qu'elle était folle ? -Folle ? Oh non, Monseigneur.
..mais pas tout à fait comme les autres,
..sans doute.
-C'est pour ça que je l'aimais tant.
-Elle vous aurait encore fait beaucoup de mal.
Ils ont dit qu'elle était enceinte de 4 mois.
-J'aurais tout accepté.
Son mari, son mariage,
..son enfant. Tout.
Le mal qu'elle ne me fera plus me manquera.
-Vous avez d'autres filles.
-La mort n'a pas frappé au hasard.
Elle m'a pris ce que j'avais de plus cher.
Dieu est méchant, madame.
-Monseigneur ! Vous n'avez pas peur ?
-Peur de quoi ? Il ne peut pas être plus cruel.
Allez vous coucher, madame.
Cela a dû être une longue et pénible nuit.
-Pour vous aussi, Monseigneur. -Non, j'ai dormi.
C'est la journée qui sera terrible.
-La chambrière m'a dit que vous étiez ici.
Je ne m'y attendais pas.
Après ce qui vient d'arriver.
-Je n'ai pas encore de chagrin, Dubois.
Alors j'en profite pour travailler.
Je viens de lire le rapport de M. de Montesquiou.
Y voit-il bien clair dans cette histoire de Bretagne ?
Il s'agit d'une poignée de petits nobles,
..menés par le marquis de Pontcallec,
..qui rêvent d'une république bretonne,
..où ils ne nous paieraient plus d'impôt.
Mais il n'y aurait là que quelques pauvres hobereaux,
..mais des paysans, des vrais pauvres,
..il n'y en aurait pas un seul.
La misère ne peut pas faire d'un paysan le frère d'un noble.
Ce sont deux gueuseries différentes.
Elles ne se mélangent pas. Alors, je te le demande,
..quelle troupe auront-ils ? -Celle du roi d'Espagne.
-Non, les Bretons ne feraient pas appel à l'étranger.
Surtout pas à l'Espagne. -Votre famille l'a fait,
..lors de la conspiration de Cellamare.
-Nous l'avons pourtant gentiment étouffée,
..sans aucune goutte de sang.
Nous les avons couverts de ridicule.
Au point qu'ils n'osaient pas avouer en faire partie.
-Vous avez même récompensé l'homme qui a failli vous enlever.
-Pour acte de courage : vouloir enlever un homme de mon poids !
-Je suis heureux de vous voir de cette humeur.
-Comme mes ennemis, tu croyais que je coulerais à pic ?
Eh bien, je vais vous décevoir tous.
-Mais rien ne me réjouirait plus. Que deviendrais-je sans vous ?
Je ne suis même pas archevêque.
-Ecris à M. de Montesquiou qu'il arrête M. de Pontcallec..
..s'il le désire, mais sans aucune effusion de sang.
Tiens.
Ce sont les dispositions pour le deuil de ma fille.
-Les médecins n'ont rien trouvé de particulier à l'autopsie ?
-Non, rien.
Absolument rien.
-Le roi ne portera le deuil que 6 semaines ?
-6 semaines, c'est déjà bien, non,
..pour un enfant de 9 ans ?
-Je la connais, cette fille.
C'est une putain de la Fillon.
-Ils vont pas baiser dans une chapelle ?
-Non, c'est une messe à la mémoire de sa fille,
.."Jouflotte", la duchesse de Berry.
-Dis donc, c'est vrai, ce qu'on raconte ?
Jouflotte couchait avec son père ?
-Un cocher de fiacre n'a pas..
..à en savoir autant qu'un cocher de maître.
Prière collective en latin.
-Je suis en retard parce qu'on s'est égarés.
Moi, je me perds toujours à la campagne.
-Je te remercie d'être venue.
Je ne suis pas un grand amateur de messe,
..mais j'aime bien qu'on pense encore un peu à elle.
Ils sont 12.
C'est pas si mal.
Après un mois.
Qu'elle a reçu les sacrements portes ouvertes.
Qu'il y avait beaucoup de gens.
Qu'elle leur a parlé comme une reine.
En leur demandant pardon pour tous ses péchés.
-Elle était folle.
Ma pauvre Emilie, j'ai des enfants fous.
Ma fille aînée qui s'est faite abbesse,
..et se prétend l'épouse de Jésus !
Crois-moi, je ne suis pas bien avec mon gendre.
Et mon fils, qui a horreur des femmes...
Clochette. -C'est l'élévation.
-Je vois bien que vous croyez en Dieu.
-Si c'est une question de genoux...
Tu vois le prêtre ?
Il prétend qu'il a déjà vu le diable,
..qu'il est entré dans sa chambre et s'est jeté sur lui.
Il dit qu'ils se sont battus.
Comme des chiffonniers.
-Si vous croyez au diable, vous croyez en Dieu ?
D'ailleurs les princes croient toujours en Dieu.
-J'en ai passé des nuits,
..dans les carrières de Vanves et Vaugirard,
..à invoquer le diable.
Je ne l'ai jamais vu.
-Jouflotte aussi craignait l'enfer.
Elle allait souvent chez les Carmélites,
..se faire fouetter, après ses nuits avec nous.
Un jour, elle m'a demandé de l'accompagner.
Mais j'ai refusé.
Je suis trop jeune pour faire pénitence.
-Elle n'était pas bien vieille.
Elle n'avait pas 24 ans. -Mais elle croyait peut-être..
..qu'elle allait mourir.
-Tu ne fais jamais pénitence ?
-Notre pénitence à nous, c'est la vérole,
..les cheveux tondus et mourir à l'hospice.
-Emilie...
On t'a déjà tondue ?
-Oui, Monseigneur.
Il y a bien longtemps.
-J'ai eu 32 mouches et un rat, ce matin.
-Ils étaient jeunes, ces ouvriers, 20 ans.
Ils s'enfilaient dans la rue.
-Tu as dit ça au p'tit roi ? -Pas exactement.
Ils n'avaient aucun appui à la Cour,
..on les a brûlés vifs.
-Quand on sait ce qui se passe ici...
Allez-y, vous.
Comme ils s'étaient confessés, on leur a passé..
..une chemise de soufre, il paraît que ça fait moins mal.
Passe-moi le balai.
Comme ça, le bourreau a pu ramasser le petit bois..
..qui n'avait pas brûlé. -Il n'y a pas de menu profit.
Et qu'a dit le p'tit roi ? -Il était très intéressé.
"Quand pourrai-je voir brûler des gens ?"
"Quand vous serez roi." "Mais je suis roi !"
"Quand vous serez grand !"
Viens voir !
Regarde. -C'est une carte de France.
-Il est trop jeune ! -Il a presque 10 ans.
C'est un vrai Bourbon.
-Monsieur Chirac ?
Venez.
-C'est une carte de France !
Sa Majesté nous a fait une carte de France.
Ce n'est rien, Sire.
C'est même un signe de bonne santé.
-Une maladie qu'il ne me déplairait pas d'avoir !
-M. de Villeroy, allons.
-C'est mal, ce que j'ai fait ? C'est défendu ?
-C'est défendu d'en parler. -Comment a dormi Louis ?
Vous avez l'air un peu pâle.
-Je suis malade, je crois. -Pourquoi ?
Chirac, vous ne l'avez pas saigné ?
-C'est défendu..
..d'en parler. -Pourquoi défendu ?
Ca n'est ni une maladie ni un péché.
C'est très naturel, Louis.
C'est un cadeau que la nuit t'envoie.
Il n'y a pas de péché dans la nature.
Les hommes ont inventé le péché.
On ne devrait pas te faire peur avec ça.
Il y a des choses tellement..
..plus vilaines.
-Sire, j'ai onze doigts.
Regardez.
10, 9, 8, 7, 6.
1, 2, 3, 4, 5 !
6 et 5 font 11.
Donc, j'ai onze doigts !
-Je vous laisse à votre leçon de calcul.
-Si vous le permettez, je vais partager votre chocolat.
Je le prendrai avec beaucoup de lait,
..parce que le chocolat m'échauffe.
Je vous trouve l'air un peu fatigué.
..parce que le chocolat m'échauffe.
Vous avez bien dormi ? -Pas mal. Et toi ?
-Admirablement. J'ai fait un rêve magnifique.
Vous me faisiez archevêque de Cambrai.
-120 000 livres de rente, comme tu y vas !
Tu te vois archevêque ?
-Quantité de mauvais sujets ont été mitrés de vos mains.
-Tu as préparé ton affaire.
-Mgr de Troan, 2 enfants naturels. -Banal.
-Oui, j'ai mieux. Mgr de Chalais en a 15.
Quand il dit la messe, il les veut tous autour de lui !
-Touchante réunion de famille.
-Et Mgr d'Entrain qui porte l'amour de la robe..
..jusqu'à ne s'habiller qu'en femme !
Sans compter les prélats qui affament leurs paysans.
-Evidemment,
..tu ne déparerais pas. Pourtant, toi,
..archevêque, ça me choque. -Ca ne vous amuse pas ?
-Et toi, ça t'amuse donc d'être archevêque ?
-Non... Ca m'ennuiera de dire la messe.
Je suis naturellement païen. Mais je pense à l'avenir.
Un jour, je peux ne plus être ministre.
Archevêque, je le resterai.
D'archevêque à cardinal, il n'y a qu'un pas.
Et la pourpre, personne ne pourra me l'enlever.
-Tant que je serai là, tu seras ministre.
-Vous pouvez mourir avant moi.
Je ne serai qu'un fils d'apothicaire, même pas abbé.
-Tu ne crains pas les moqueries ?
-On sera choqué, mais on ne rira pas.
On rirait si vous me faisiez duc ou prince.
Mais un archevêque ne tient pas sa puissance des hommes.
-Tu ne vas pas croire en Dieu ?
-Non, non, pas encore.
Mais quand je serai pape, qui sait ?
Rires.
-Montre tes dents. -Pourquoi ?
-Ordre du Régent. -Ouvre. Ouvre !
Il en manque qu'une.
-Bon pour la Louisiane. T'as de la chance.
Le Régent te paye un voyage en Louisiane sur un beau bateau.
-Je veux pas y aller, en Louisiane. -Il veut pas.
-Allez !
-Encore 10 pistoles de gagnées ! -Dans la joie !
Lachopine ! Viens-tu, de Dieu !
Allez hop ! Lui, ça part.
-Allez, en route !
-Au trot ! -Et dans la joie.
-Allez, hop ! -En route !
-Compère ! -Brindamour !
-Dans la joie ! -Dans la joie !
Dépêche-toi !
Arrêtez ou je tire !
-Tu vas les rattraper, oui ?!
-Dépêche-toi !
-Pour le roi !
-Nom de Dieu !
-J'arrive ! -Dépêche-toi, plus vite !
-Nom de Dieu, la belle fille !
-En réserve !
-Plus vite ! Attrape-la !
-Reste là !
Pour le roi !
Prends le haut ! On fouille les chambres.
A toi de la tenir.
-Toi, la putain, dehors ! -Quoi ?
-En route pour la Louisiane ! -On n'a pas commencé !
Mais j'ai payé d'avance !
-Venez tous les deux. -Mon jambon !
-Quel jambon ? -Mon jambon !
-Mes habits ! -Dépêche-toi !
Ca suffit. -Prends mon chapeau !
Prends mon chapeau !
-Dépêche-toi !
-Voilà votre chapeau...
-Vous savez pas à qui vous avez affaire.
Je suis le marquis de Pontcallec,
..délégué de la république de Bretagne !
-Allez ! -C'est une ville d'enfer, Paris !
-J'ai ton chapeau et ton manteau !
-Tu vas venir, toi !
Pleurs d'enfant.
Aboiements.
-En avant, marquis !
-Dehors ! -Ne me touchez pas !
Je suis le marquis de Pontcallec. -En route pour la Louisiane.
T'as le pied marin ? -Vous commencez à m'échauffer.
-Tu ne veux pas partir avec la dame ?
-Je ne la connais pas, j'ai pas eu le temps.
-Eh bien, on va vous marier.
-Je ne veux pas épouser madame.
Je veux mon jambon !
Brouhaha.
-Profession ? -Ouvrier boulanger à Melun.
-Marquez "vagabondage à Paris". Emmenez-le.
-Ma femme et mes enfants m'attendent !
..à condition d'avoir un conspirateur sous la main.
-Suivant ! -Je croyais que..
..vous preniez des volontaires ! -Y en a plus.
-Je suis gentilhomme.
Ca va vous coûter cher. -Vous avez des papiers ?
De quoi le prouver ?
Je n'emporte pas mes parchemins.
Mais ça, ça vous suffit peut-être ?
-Il ne peut pas l'enlever.
Qui me dit que vous l'avez pas volée ?
Enfin, on vérifiera.
-Pour ce prix-là,
..je peux emmener la fille qui était avec moi ?
-Allez.
-Messieurs, si j'avais plusieurs bagues,
..je vous aurais tous délivrés.
-Mais enfin...
Léger brouhaha. Air de vielle.
-Tu restes avec moi, maintenant ?
-Vous croyez que j'ai que ça à faire ?
-Tu sais où j'habite, si le coeur t'en dit.
Ton manteau !
Le manteau.
-Non... -Prends-le, bon Dieu !
-Monsieur l'abbé ?
Y a dans le parc un homme qui a demandé au suisse..
..si Monseigneur allait paraître. -Quel genre ?
-Un Breton. -Comment le sais-tu ?
-Il a pissé dans l'escalier. -Comme tout le monde.
On n'est pas habitué à toi, Leblond.
-Il a dit aussi son nom, il s'appelle de Briquebec.
Euh, non... De Pontcallec.
-Pontcallec ?
Bravo, je suis content de toi.
-Vous pourriez me faire entrer dans la police ?
-Tu y es. Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Les seaux.
-Ah, les seaux...
Il urine.
-Ah ! Je vous connais, monsieur de Pontcallec.
-Moi, je ne vous connais pas.
-Je sus l'abbé Dubois.
-Ah ?
Mais c'est le Régent que je viens voir.
Je suis envoyé par la noblesse d Bretagne.
-La noblesse de Bretagne ? Vous êtes un voleur de poules,
..un tire-laine de troisième ordre.
Et vous me parlez de noblesse ?
-La nuit que j'ai passée a usé ma patience.
Alors menez-moi au Régent.
-Je vais vous mener en prison.
Non pour votre conspiration digne du Mamamouchi de Molière,
..mais pour contrebande de tabac entre Jersey et la Bretagne.
Je devrais vous envoyer aux galères,
..mais eu égard à vos antécédents d'officier,
..je me contente de vous déporter en Louisiane.
-Ah non ! La Louisiane, ça suffit !
Passe encore de se faire insulter par un coquin d'abbé,
..mais vous ne m'enverrez pas en Amérique,
..où je n'ai que faire !
Il parle en breton.
-Vous apprendrez le breton aux sauvages ! Ah, ah !
Il rit.
Applaudissements.
Accent anglais. -Evidemment.
Votre idée me paraît bizarre. Musique de chambre.
Que Sa Majesté, roi protestant d'Angleterre,
..demande au Régent de vous nommer archevêque de Cambrai.
-Venant d'un prince protestant, ça n'aura que plus de poids.
-Monsieur l'abbé, pourquoi un homme..
..intelligent comme vous tient tant à la mitre ?
-"Monsieur l'abbé", voilà la réponse.
-Elle me satisfait.
Mais c'est une demande délicate.
Surtout en ce moment.
Comment se fait-il..
..qu'en Bretagne où des mouvements de révolte ont eu lieu,
..on ne soit pas encore intervenu ?
Des conjurés pourraient livrer des ports à la flotte espagnole.
-Nous venons d'arrêter le marquis de Pontcallec,
..l'âme de cette révolte. -Arrêter..
..ne suffit pas. Chant.
Les prisons du Régent, on en sort facilement.
-Fous le camp.
-Ah ! Attendez.
Il y a là un air que j'ai toujours plaisir à entendre.
Surtout chanté par Souris Cadette.
-Souris Cadette...
-L'avantage de notre métier,
..c'est de pouvoir le faire dans des lieux de plaisir.
-Malheureusement, je ne suis pas du tout musicien.
-Et vous voulez chanter la messe ?
Vous la chanterez, M. l'abbé.
On dit qu'en France tout finit par des chansons.
Il ne faut pas..
..que cette conspiration finisse de cette manière.
-Si je comprends bien, vous voulez que des têtes tombent.
-Hum, hum. -Ah !
-Ah oui ! -Oh !
Rires.
-La porte, voyons ! -La porte !
-Mgr le Régent est-il parmi vous ?
-La porte ! -Savez-vous s'il viendra ?
-Non. -L'attendez-vous ?
-Dubois,
..sortez ou rentrez.
-Je sors.
Il me semble avoir reconnu sa voix.
-Peut-être. -Comment "peut-être" ?
Une patronne de bordel sait qui est là !
-OH !
-Monseigneur ? -Il n'y a pas de Monseigneur.
-C'est une affaire..
..importante. -Rien n'est important que..
..de fermer la porte ! -Une affaire..
..extrêmement grave. -Dubois, rien n'est grave..
..après 7 h du soir, si ce n'est le menu du souper.
Garde tes soucis pour toi et ferme la porte !
-La porte !
-Je veux rentrer, j'aime beaucoup la lanterne magique.
-Un conseil, si tu entres, ferme la porte.
-Ca ne va pas ?
-Je suis en train de passer à côté de ma mitre d'archevêque.
J'ai tout, le siège libre, Cambrai, le consécrateur,
..je suis célibataire, ce qui est essentiel,
..j'avais l'appui du roi d'Angleterre,
Je l'avais... -Et où est-il ?
-Je l'ai bêtement envoyé en Louisiane.
Il me fait bien défaut maintenant.
-Mais il est peut-être pas encore parti.
Air festif.
-Sa Majesté veut épargner aux courageux colons..
..qui partent pour la Louisiane les dangers d'une promiscuité..
..qui rabaisserait les chrétiens au rang de bêtes.
Vous avez répondu à son désir en acceptant..
..de devenir maris et femmes avant d'embarquer.
Etant donné votre grand nombre, vous allez défiler devant moi..
..pour prononcer ce oui sacramentel et laisserez aussitôt..
..la place aux suivants.
Mais si brève que soit cette cérémonie,
..n'oubliez pas qu'elle vous lie pour l'éternité.
Les deux premiers, s'il vous plaît.
Formule rapide en latin.
Amen. Suivants.
Amen. Suivants. Dépêchons-nous !
-Non merci. Pas pour moi.
-Oh, pardon !
-En quoi sont-elles ?
-En simple laiton.
Mais nous donnons aussi une chemise aux femmes..
..et des chaussures aux hommes. -Nom de Dieu !
Y a de quoi dégoûter du célibat.
Dites-moi, dans ce misérable troupeau,
..auriez-vous vu un nommé Pontcallec ?
-Ah, le marquis ! Ca n'a pas été commode.
Il est parti marié.
-Parti ? -Oui, la nuit dernière.
-Nom de Dieu de bordel de merde.
-Suivants !
Suivants ! Allez !
Suivants !
Allons !
Brouhaha.
-Ah, Pontcallec !
On est pas près de l'oublier.
Il a une grande gueule.
Il a dit qu'il mettrait la Louisiane à feu et à sang.
Il en est capable. -S'il y arrive.
-Il va y arriver !
Il doit embarquer sur la Belle Poule.
Il est parti depuis 3 jours.
-Mon capitaine ! -Attendez, Monseigneur.
C'est les gens qui accompagnaient Pontcallec.
Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Ben, vas-y, Brindamour, cause.
Il bredouille.
-Il dit qu'on s'est fait avoir, qu'ils se sont tous enfuis !
-Mais... Et Pontcallec ?
-... Bretagne.
-Oui. Il dit qu'il les a amenés en Bretagne.
-En Bretagne !
-Dieu soit loué ! C'est là que j'ai besoin de lui.
Vous, vous aurez 500 livres pour l'avoir laissé échapper !
Ah !
Il va la regretter, la Louisiane.
Aboiements.
-Ah, ah, ah !
Ah, ah, ah !
Hé !! Ah, ah !
Bêlement.
Ah, ah, ah !
Rires.
Ma pauvre Yvonne !
J'espérais t'amener au moins 18 personnes,
..mais la route a été longue, beaucoup m'ont lâché. Voilà.
-Ben, tant mieux.
J'ai rien à manger. -Dommage.
C'est un excellent cuisinier, lui. L'autre, c'est un bossu.
-Oui, je vois. Et elle ?
-Ah, elle..
C'est ma femme. -T'es marié ?
-Ah oui, ça, c'est l'un de mes nombreux avatars.
-Elle est belle.
-Oui, mais elle m'a jamais dit un mot.
-Oh... Aboiements.
-Ah, ah !
-Ah, ah ! -On a une grande nouvelle !
Allez, parle, Maurice !
-J'ai vu le cardinal Alberoni ! -Ouais !
-Il a donné l'ordre, au nom du roi d'Espagne,
..que 3 bateaux chargés de troupe appareillent pour la Bretagne !
-Ah ! Ah ! Hélène ! Hélène !
Je suis payé de tous mes malheurs !
C'est la guerre !
Ah, ah !
Vive la république de Bretagne !
On se défait du Régent.
On fait reconnaître à sa place le duc du Maine.
On dénonce les traités de la triple alliance..
..avec l'Angleterre et la Hollande, l'oeuvre de ce misérable Dubois !
On envoie le prétendant en Angleterre.
On met la Prusse, la Suède, la Russie contre la Hollande.
On donne la Sardaigne au duc de Savoie.
Et on couronne Philippe V roi de la moitié du monde.
Voilà.
-L'opération est d'envergure. -Ben oui.
-Et les Bretons, dans tout ça ? -Ils se foutent en république.
Cris de colère.
-En quelle langue jure-t-elle ?
-Mais je l'ignore complètement.
Mais c'est la première fois qu'elle parle.
Il urine dans un seau.
-C'est une bonne journée, mon cousin.
Les actions du Mississippi ont encore monté.
On se les arrache rue Quincampoix.
Décidément, M. Law est un grand homme.
-Tant mieux. Votre enthousiasme m'a coûté..
..la bagatelle de 15 millions, que je vous ai donnés..
..pour soutenir M. Law ce mois-ci. -Oh, je n'y pensais plus.
-Vous êtes cher, mon cousin.
-Combien de vos proches vous ont soutenu, à part moi,
..quand vous avez déchiré le testament du feu roi..
..et pris le pouvoir ?
Souvenez-vous-en. -Je m'en souviens chaque mois.
-le mois prochain, ce sera 20 millions.
Soyons nets.
Un homme comme Law, écossais, roturier et protestant,
..sans le soutien d'un prince du sang,
..n'inspirerait aucun confiance.
-Je le soutiens bien, moi.
-Il fait partie de votre gouvernement.
Moi, mon appui est désintéressé. -C'est un désintéressement..
..qui me ruine.
-Je pourrais l'alléger... -Ah ?
-Si j'obtenais la place de gouverneur du petit roi.
-Nous y voilà ! -Qu'occupe fort mal M. de Villeroy.
En outre, il a des moeurs douteuses.
C'est inquiétant quand on est chargé d'éduquer un enfant.
-J'aime votre sens moral, mon cousin.
-Cet imbécile s'est fait berner par un évêque allemand..
..pour 60 millions de billets d'enterrement.
-Oui, ça ne m'étonne pas.
On dit aussi qu'il ne sait pas lire.
-Et alors ?
-Bonjour, Louis. -Bonjour, Philippe.
Voilà le cadeau des pères jésuites du Canada.
C'est un Iroquois, mais il est gentil.
-Il a reçu une très bonne éducation. Regardez.
-Pater Noster, qui es in caelis...
-Il n'est pas cannibale. -Nous y avons veillé.
-Ce sont des fables. Il n'y a pas d'Indiens cannibales.
-Des jésuites ont été mangés ! -Bel appétit !
-Nos martyrs sont légion.
-Dus à la politiques. -Nous n'en faisons pas.
-Vendre des armes à des tribus pour en exterminer d'autres,
..c'en est. -Quel mal y a-t-il à tuer..
..les ennemis de la religion ? -M. de Villeroy,
..vous appréciez les bûchers de l'Inquisition..
..et regrettez que j'aie mis fin..
..aux massacres des protestants. -Je suis un bon chrétien.
Donc un fanatique, d'autant que je suis un soldat.
-M. de Villeroy... Pardon, Louis.
Vous êtes un imbécile,
..un général pitoyable..
..et un chrétien de dernier ordre.
Mais je vous le dis à voix basse, tandis que vous proclamez..
..que j'ai empoisonné trois membres de la famille royale,
..usurpé mon titre..
..et que je m'apprête à faire disparaître mon neveu.
Vous allez jusqu'à faire enfermer le beurre ou ses mouchoirs..
..pour que je n'y mette pas de poison.
Reconnaissez que j'ai fait preuve, jusqu'ici,
..d'une grande mansuétude.
-Vous ne pouvez rien contre moi. Je suis très aimé.
-Etonnant, vu toutes vos batailles perdues.
-Vous avez beau dire, il n'y a que la mort..
..qui vous débarrassera de moi. -Sachez, M. le maréchal,
..que je suis aussi patient que vous êtes bête.
-Allez, allez !
-Majesté !
Jetez les yeux sur ce canon.
Le dernier-né de notre artillerie.
De la jeunesse, il a la légèreté,
..la fougue et je ne sais quoi..
..de bien français, qui le fait aimer de tous.
Touchez. Non, mais touchez...
-Beau discours.
-Ce serait encore plus beau sur un air d'opéra.
Jetez les yeux sur ce jeune canon...
-Vous plaît-il, Majesté, d'y bouter vous-même le feu ?
Il n'y a aucun danger. -Faites-le vous-même.
-Eh bien. Canonniers ?
Pointez sur ce carrosse.
-Il y a quelqu'un dans le carrosse ?
-Un mannequin, Sire. -Ce n'est pas amusant.
-On aurait pu mettre un condamné à mort...
-Oh oui, un condamné à mort ! -Une autre fois.
Messieurs, faites chanter la poudre.
Quand il plaira à Votre Altesse !
-Quand il plaira à Sa Majesté.
-Majesté, on commencera le tir quand vous voudrez.
-Je voudrais que ce soit déjà fini.
-Feu.
-Un peu loin.
-A peine.
-C'était Rabelais.
-J'investis.
Comme bon petit aloyau,
..bon petit gigot.
-Il faudrait un peu de musique pour faire passer le temps.
-Je le passe très bien sans,
..mais des violons, oui, ça ne serait pas vilain.
-Je suis désolé d'interrompre votre... tête-à-tête.
-Regardez devant vous, le spectacle est plus digne..
..de votre habit.
-Feu.
-M. l'abbé, une question me trouble fort.
J'ose à peine vous la poser. -Osez, madame.
-Est-il vrai, comme dit M. de Saint-Simon,
..que lorsque vous étiez maître d'école,
..vous branliez vos élèves ? -Oui.
-Quoi de plus normal ? -Garçons et filles ?
-Indistinctement. Tir.
-Marie-Madeleine, votre petite maison, à Asnières...
-Que vous avez eu la bonté de me donner.
-Et où vous n'allez guère. -Elle est un peu petite.
-J'aimerais vous la racheter. -Avec les meubles..
..et les tableaux ? -Surtout pas !
Ils sont trop libertins.
-J'en ai de religieux dans le grenier.
Je peux vous les laisser, Philippe.
Quelle en sera l'heureuse propriétaire ?
-Je ne suis pas pressé, ne le soyez pas.
Parlons d'argent. -Je n'en veux pas.
-Mais si. Bien sûr, vous la tenez de moi,
..mais puisque je la reprends. -Je veux de la Louisiane..
..ou du Mississippi.
-Comme je vous comprends, ce sont de jolis mots.
Plus jolis que "livres" ou "écus".
Et ça rapporte davantage ! Tape sur les fesses.
Dubois ?
Ca ne va pas ?
-Excusez-moi, Monseigneur, j'ai mal, très mal.
-Parfois, j'aime vous voir souffrir.
-Je le sais, Monseigneur.
-Je n'ai pas eu le temps..
..de lui dire combien. -Tant mieux.
Il vous en donnera plus !
-Qui est cette fille qu'il veut loger dans ma maison ?
-Oh, n'importe qui. Il aime comme on va à la chaise percée.
-Merci ! On voit qu'il ne vous touche plus.
-Ne vous fâchez pas. Je voulais dire que..
..ce qu'il aime dans les femmes, c'est le nécessaire,
..pas le superflu.
Et quand on n'aime que le nécessaire...
-Vous voudriez bien l'être encore !
-Eh bien, non. Parce que depuis qu'il ne me baise plus,
..ma mignonne, je suis le superflu.
Et j'aime mieux cela.
Le nécessaire, ce sera cette petite fille,
..sur laquelle il se trouve que j'ai quelques lueurs.
-Ah ? -Oui.
Elle viendrait d'un couvent de Bretagne.
-Elle doit être très jeune.
-C'est presque une enfant.
-Alors, il n'en a plus pour longtemps.
Depuis la mort de sa fille, il est triste.
Il doit avoir mal à l'estomac.
Une tristesse, ça vient toujours de l'estomac.
-Tu enverras une escorte en Bretagne..
..chercher une jeune fille à laquelle je m'intéresse. Oui.
Une de mes filleules.
Je ne voudrais pas qu'elle coure de risque..
..dans un pays instable. -Ca sera fait.
Vous prenez au sérieux la conspiration de Bretagne.
-Ton dernier rapport m'inquiète.
Les Espagnols sont fous d'envoyer des frégates en cette saison.
Ils ne pourront pas débarquer.
Les Bretons se feront massacrer.
-Il faudra deux régiments.
Pontcallec a 3 000 hommes dans la forêt de Lanouée.
-Si tu buvais moins de lait, tu te gâterais moins le nez.
-J'ai des brûlures d'estomac. Je peux plus boire de vin.
Je me demande si je pourrais dire la messe !
Vous ne riez pas, Monseigneur.
-J'ai pas envie de rire.
3 000... J'espère qu'on t'a menti.
Coups répétés sur une porte.
Ils parlent en breton.
-Pas la peine de frapper. Ils sont morts et enterrés.
-Tous les trois ? -Oui.
-En même temps ? -Et de la même maladie.
-Laquelle ? -De quoi on meurt, ici ?
-De faim. -Ce ne sont pas les seuls.
J'ai encore 2 avis de décès à coller sur les murs.
-Je venais enrôler des hommes. -Dépêchez-vous.
Vous ne trouverez que des squelettes.
-Allez !
Breton.
-Ho là !
C'est mauvais pour vous, mes amis, un dragon tué près du village.
On pend tous les hommes.
Au mieux, on les envoie aux galères.
-On n'a rien fait. -C'est la loi de la guerre.
-On n'est pas en guerre ! -C'est votre tort.
Engagez-vous donc dans mon armée.
Allez ! Je vous donnerai des mistouflets,
..une arme de mon invention, blanche et à feu.
Pour commencer, emportez le cheval. Nous le mangerons.
-Cette viande vous fait pas peur ? -Non. Je la ferai bouillir !
Brouhaha.
Nom de Dieu, tas de feignants !
Qu'est-ce que vous attendez ? Amenez la charrette de pommes.
Sonneur ? Où il est cet animal ?
Dès que tu entends le tocsin de Vannes,
..ce sont mes hommes qui arrivent, alors tu sonnes.
Pour soulever le peuple !
Avec un peu de chance, nous réussirons..
..avant l'arrivée des Espagnols,
..et la république de Bretagne sera née.
J'arrête le carrosse de Montesquiou,
..Talhouet marche sur St-Brieuc. -Nous sommes à peine 100.
-Dès que nous aurons Montesquiou, nous refuserons du monde.
Allons, allons !
Cloche.
Tiens ! Le tocsin sonne en avance, c'est bon signe.
Allez, dépêchez-vous !
Les pommes à cidre feront tomber les chevaux.
-Qui paiera ?
-Moi, avec l'argent qu'on prendra à Montesquiou.
Breton.
Allons-y, Montlouis.
Je te dicte une lettre pour le Régent.
-Monseigneur...
Par un coup de main d'une extrême audace,
..je viens d'enlever le maréchal de Montesquiou.
Si vos troupes n'évacuent pas immédiatement la Bretagne,
..et si vous ne reconnaissez pas la république bretonne,
..le maréchal sera pendu.
-C'est peut-être un peu prématuré, non ?
-Mais si je suis tué dans cette affaire,
..j'aurai au moins eu le plaisir de signer ça.
Vous êtes seul, mon cousin ?
Où sont vos 50 paysans ? -Ils sont restés chez eux.
Ils ont dit que c'était une guerre de nobles.
-Tant pis. -Et M. de Montesquiou..
..a pris médecine ce matin et a renoncé à son voyage.
-Décidément, le destin m'en veut.
Montlouis ?
Je te dicte une autre lettre pour le Régent.
... Monseigneur,
..il faut que les Parisiens soient bien lâches,
..pour que personne n'ait le courage de vous assassiner.
..quand vous partez tout seul..
..vous livrer à vos débauches et à vos orgies.
...
... Tu n'enverras que la seconde.
...
... Sonneur, arrête ta cloche.
Ce sera pour une autre fois.
Allez !
Regroupez-vous en bon ordre, vous autres !
Et pas de pillage !
-J'ai encore reçu une lettre de ce Pontcallec.
Je ne peux pas lui répondre, il ne donne pas son adresse.
-Foutez le camp, volaille de merde !
-Tu ne donnes pas aux pauvres ? -Y en a trop.
-Que fais-tu de ton argent ? -Je suis avare.
Le seul vice qui ne me coûte rien. Fous-moi le camp, bon Dieu !
On leur donne ça, ils vous prennent ça !
Saloperie !
Ah !!
-Tu ne seras jamais mieux qu'en satyre ! Ton état naturel.
-Vous m'aviez juré d'en finir avec ces mascarades !
-Tu vois tout ce qui entre dans le coffre de la Fillon.
Tu le partages. C'est ma faiblesse qui t'enrichit.
Tiens ! Un jésuite au bordel !
Mais un tout petit.
-Monseigneur, y voyez-vous quelque inconvénient ?
-Non. Si c'est pour la gloire de Dieu.
-Qui sait ?
-J'ai déjà vu au bordel des capucins, des récollets,
..mais des jésuites, jamais.
-Ils viennent en habit laïc.
-C'est une explication.
-Ah, Philippe ! Seriez-vous fâché..
..que le père Burdo, mon confesseur, se joigne à nous ?
-Cette nuit ?
-Il verra tout ce que je fais, ça m'évitera de me confesser.
-Marie-Madeleine ! -Geneviève !
-Je t'aime, un peu...
-Voici la bête. -La farce est prête.
-A la folie...
-Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien.
Brouhaha.
-La farce, la farce !
-Tenez !
-Ah, ah !
-J'adore les grands formats.
-Votre serviteur.
-Savez-vous ouvrir les huîtres ? -Nous savons tout faire.
-Avez-vous un couteau ? -Jamais,
..depuis l'assassinat de Ravaillac.
-Longue saucisse et courte baise, comme disait ma mère.
Belle profession de foi !
-Picard sera là ? -Oui, je viens de le raser.
-Il m'a bien baisée, l'autre nuit. -J'étais là, madame. J'ai tout vu.
-J'avais oublié !
-Je me souviens d'une fille assez extraordinaire...
-Il couche avec n'importe qui.
-La nuit, tous les chats sont gris !
-Marie-Madeleine, pas la place de Jouflotte.
Elle doit rester vide. -C'est de la superstition.
-Et baiser le Vendredi saint, qu'est-ce que c'est ?
-Marie, du champagne ou je te cogne !
-Laquais, voulez-vous ouvrir mes huîtres ?
-Ce n'est pas mon emploi. -Quel est-il ?
-Mirebalais. -Que fait donc un mirebalais ?
-Dans une bataille, il faut des troupes fraîches.
Nous sommes les troupes fraîches.
Et quand les lumières s'éteignent...
-Voilà un métier stupéfiant ! -Mon père ?
Et ces huîtres ?
-C'est un calvaire !
-OH !
-Je n'en ai ouvert que trois. Je ne suis pas venu pour ça !
-En quoi le déguiserez-vous ?
-En petit satyre ! -Ah...
-Cela convient à un ecclésiastique barbu.
-Avec un oeil en moins, il ferait..
..un beau cyclope. -Je me vois mieux en harengère.
C'est moi, la harengère des halles, la reine du poisson ! J'écaille,
..je sale et je chatouille les tritons !
Rires.
-Mon confesseur me ravit !
-Quelle horreur !
-Le frère de Picard, au lit, il est pas manchot non plus.
-Vous dites ça pour moi ? -Quoi donc ?
-Je disais... -Emilie, la chaise de Jouflotte !
-Ne t'occupe pas de lui. Tu es très bien à la place de Jouflotte.
Tu l'aimais bien, tu n'as pas peur d'elle ?
-Ah non !
Je me rappelle, la première fois que vous faisiez l'amour avec moi,
..dans le petit réduit, dans le noir,
..elle est entrée avec un chandelier, vous avez dit...
-"On n'a pas besoin de lumière." -Elle a répondu :
"..Je veux vous voir."
Elle s'est agenouillée près de moi,
..et m'a caressée, très doucement.
Je ne sais pas si c'est elle ou si c'est vous..
..qui m'avez fait jouir.
-Peut-être les deux.
-Encore !
-Nom de Dieu de bordel de queue !
-Prends quelqu'un pour jurer à ta place.
-Qui le paierait ? 50 F de bougies pour un mois d'été !
-T'as vu les prix ? Avec ta monnaie en papier,
..la vie a doublé.
-Mais il vient de plus en plus de monde au bordel.
Ca, c'est pour le souper du jour de mon sacre.
-Quand tu seras archevêque, je veux être abbesse.
A Montmartre.
-C'est pas sérieux ?
-Si un maquereau peut devenir archevêque,
..une putain peut devenir abbesse.
-Stupide et froide comme une colombe.
-Mais tendre. -C'est pas ce que dit la Bible.
-Oh, tu connais..
..la Bible ? -Par ouï-dire.
-Monseigneur va mal.
-Vous n'êtes pas auprès de lui ? -Il m'a chassé.
-Oh... Bordel de merde !
Quel crétin !
Mais pousse-toi !
-Monseigneur ?
-De la place, allez !
Retirez ce casque.
-Pourquoi ? -C'est pas une tenue.
Foutez-moi le camp, tous !
Allez !
Alors, quoi, Monseigneur ?
-J'ai envie de vomir.
-J'ai froid. -J'ai perdu mon soulier.
-On peut dire que vous ne lui avez pas porté bonheur.
-Merci, monsieur.
-Si on le saignait ?
-Non. Il vient de monter sa gueuse.
Ca le tuerait.
-Il faut alors des pilules de Francfort.
-Son Altesse demande Emilie auprès de lui.
-J'ai eu peur...
Mais ça va mieux, maintenant.
J'ai bien cru que j'allais passer.
-Ne bougez pas, Monseigneur.
Ils disent qu'il ne faut pas remuer.
-Dis-moi, Emilie...
Crois-tu de bonne foi qu'il y ait un Dieu, un enfer et un paradis ?
-Oui, je le crois.
-Alors...
Tu dois être bien malheureuse de mener la vie que tu mènes ?
-Je crois seulement que Dieu aura pitié de moi.
J'ai bon espoir.
-Tu as de la chance.
-L'essentiel, c'est de rester gai.
C'est un moyen que j'ai préconisé contre la peste,
..il est bon pour toutes les maladies.
Les pauvres meurent en masse parce qu'ils sont tristes.
Il y aurait un livre à écrire là-dessus..
..pour l'instruction des pauvres. -Les pauvres ne savent pas lire.
-Tue-moi bien tous les rats.
-Bien, M. l'abbé.
-Dubois ! -Hum ?
-Chirac m'a encore volé une petite statuette.
Il ne peut pas s'en empêcher.
Je me demande ce qu'on dira de nous quand nous serons disparus.
Ce qui restera de notre passage.
Pour Henri III, c'était les bals des mignons.
Nous, ce sera les petits soupers. -C'est mieux que rien.
On parlera de mon dévouement parce qu'avec mon ulcère,
..je n'allais à vos soupers que pour vous faire plaisir.
-Tu crois qu'on parlera de toi ? -Si on parle de vous,
..on parlera de moi.
-On dira qu'on était un couple bizarre.
-Que je faisais vos devoirs quand vous étiez petit.
-Après tu m'as cherché des femmes, c'était plus agréable.
Et puis tu m'as sauvé la vie à la bataille de Nerwinden.
-J'étais déjà intéressé, je prévoyais l'avenir.
Un fils d'apothicaire a toujours intérêt à sauver..
..un grand de ce monde.
Buvez ça.
Je ne vous empoisonnerai pas, j'ai encore besoin de vous.
-Berk !
-Ah non, il faut finir.
-C'est bien mauvais. -Courage.
-Bah !
Tu sais, cette fille, qui est dans un couvent de Bretagne...
-Celle pour qui vous avez acheté la maison de Mme de Parabère ?
-Tu le savais, ruffian ! -Eh oui !
-Je me demande si je dois la faire venir vu mon état.
-Une petite fille de 15 ans, ça vous distrairait.
-16.
Evidemment.
Cela me tente.
-C'est un désir qui me vient souvent aussi.
Quand on veut être archevêque, il faut ménager sa santé.
-Ce serait pourtant une mort bien agréable.
-Ah, la mort !
C'est la dernière bêtise qu'on peut faire.
Mieux vaut la retarder le plus possible.
Hum ?
-Tu sais Dubois, quelques heures après la mort de mon père,
..j'ai entendu le roi, son frère,
..chanter l'opéra..
..dans les couloirs de Versailles.
Ce qu'il chantait mal !
Vacarme. -Hé !
Cris.
-Fouillez là-bas !
-Fouillez partout !
-De l'eau, les filles ? -OUI !
On frappe. -Ouvrez.
On frappe plus fort. Ouvrez, vite !
Le couvent est envahi par des soldats.
Coquine, cache tes fesses ! A la cuve, vite !
-Silence, fillettes !
Un dangereux chef de bande s'est réfugié dans cette maison.
On fouille chaque pièce, celle-là aussi !
-Il n'y a pas d'armoire. -Et les cuves ?
On fermera les yeux. On regardera avec les mains. Allez-y.
-Mon capitaine !
-Pardon, ma mère.
-Vous ignorez qui je suis et à qui vous allez faire injure ?
Il est bon que vous le sachiez.
Regardez le médaillon qui est fixé à ma robe.
Vous le reconnaissez ?
-C'est monseigneur le Régent. -Mademoiselle est sa filleule.
Son Altesse paie sa pension, avec largesse.
-J'aimerais croire que mademoiselle ne cacherait pas..
..un homme qui veut tuer son parrain.
-Croyez ce que vous voudrez, ça m'est égal.
-Allez !
-Vous êtes la filleule du Régent ? -Oui, monsieur.
-Mais c'est mon plus mortel ennemi.
L'aventure est imprévue, plaisante.
Et ravissante.
-Vous n'avez pas honte ?
-Pas la moindre honte, ma mère.
Le spectacle est trop joli. -J'espère que vous l'oublierez.
-N'y comptez pas. J'ai peu de souvenirs comme celui-ci.
Je ne veux pas le perdre !
Si je rencontre un jour le Régent, c'est encore possible, après tout,
..je lui ferai peut-être grâce de la vie,
..en souvenir de vous.
Si je puis me permettre de formuler un souhait,
..c'est que vous gardiez le plus longtemps possible..
..votre joli petit cul !
Allez, adieu !
Merci, ma mère.
-Amaury, tu diras aux Espagnols..
..que je me suis abstenu de provoquer..
..les troupes du Régent, que j'ai toujours évité le contact.
Dis-leur bien que mes Bretons veulent se battre, eux.
-Tu sais bien...
-Oui, je sais bien que c'est pas vrai.
-C'est le contraire. -Oui.
Mais ne leur dis pas que mes hommes ont foutu le camp.
Que je suis tout seul avec mes trois dragons.
Quatre dragons devant toute une armée qui ne bouge pas,
..on ignore pourquoi.
Peut-être que le Régent aurait honte de s'en servir..
..pour tuer 4 dragons. A ceux qu'on appelle à l'aide,
..il ne faut pas dire qu'on crève, ils ne viendraient pas.
Dis-leur que s'ils tardent, je me passerai d'eux..
..pour remporter la victoire.
-Si tu partais avec moi, tu le leur dirais toi-même mieux que moi.
-On m'a prédit que la mort me viendrait de la mer.
-Tu préfères qu'elle vienne de la terre ?
-Non.
Mais j'aime autant être avec mes 3 dragons si elle doit venir.
-Attention.
Pas d'imprudence.
-Rester en vie, c'est déjà imprudent.
-Vos armes.
-Si j'avais une épée, je vous la remettrais.
Je n'ai que mon mistouflet. -C'est une arme ?
-Ca ne se voit pas ?
-Tenez.
-Une lettre pour le marquis de Pontcallec.
-Une lettre pour vous.
-C'est une lettre de ma femme.
Il y a un mot que je ne lis pas bien, là.
-Vous permettez ?
C'est "mercredi". -"Mercredi" ?
-Oui, mercredi.
-Puis-je répondre ? -Volontiers.
-Vous avez une mine ?
Ma chère femme...
Je ne viendrai pas dîner..
..ce mercredi.
Je viens d'être arrêté..
..par le capitaine...
-La Griollais.
-La Griollais.
-En deux mots.
-Vous m'en direz tant.
-Maintenant, je vais vous montrer sa chambre.
-Voilà qui réjouirait les yeux et le coeur de notre mère supérieure.
Ce n'est pas sans inquiétude qu'elle se sépare de Séverine.
D'un couvent, passer à la vie de Paris..
..si pleine de dangers, surtout pour une enfant.
-C'est pourquoi j'ai mis Séverine à l'abri. Elle sera bien gardée.
Vous avez vu le Suisse à l'entrée ? -Oui.
Il a une figure étrange.
-Il a un nez d'argent. Le sien..
..a été emporté dans une bataille. -Je prends congé de vous.
D'ici deux semaines, Séverine sera près de vous.
Au revoir, Monseigneur. -Au revoir, ma mère.
-Monseigneur, vous n'avez pas honte ?
Débaucher une nonnette !
J'aimerais être cachée dans un trou de souris,
..quand elle arrivera. -Pourquoi "cachée" ?
Je compte sur toi pour me l'apprivoiser.
-Je lui apprendrai ce qu'il faut.
Un jour, nous serons couchées, et vous entrerez tout à coup.
Vous ferez semblant d'être en colère et vous nous fouetterez.
Vous la prendrez devant moi.
-Si elle veut.
-Je la tiendrai si elle veut pas. Mais ça m'étonnerait.
Vous avez toutes celles que vous voulez.
-Je ne les veux pas toutes, je veux celles qui veulent.
-Elle a de la chance, votre Séverine.
J'aimerais bien avoir une maison comme ça.
Il y a peut-être un peu trop de tableaux religieux.
-Mme de Parabère me les a vendus. -Quelle bigote, cette vieille.
-"Vieille" ? Elle n'a pas 30 ans ! -Moi à 30 ans, je me serai retirée.
Putain, ça peut aller jusqu'à 25 ans.
Après, c'est la vérole assurée. D'ailleurs, mon Picard,
..je lui dis quand il couche..
..avec toutes ces dames :
"..Fais ton métier de mirebalais, mais me rapporte pas une maladie."
C'est pour ça que j'ai hâte qu'on se marie..
..et qu'on se retire à la campagne.
-Je vous perdrai tous les deux. -Pas tout à fait.
Picard m'a dit qu'avec vous, je pourrai encore.
Si ça vous plaît.
Mais vous n'êtes pas très fidèle, Monseigneur. On l'étrenne,
..le lit de la pucelle ?
-Picard fait mieux l'amour que moi. -Vous, vous êtes plus caressant.
-Philippe le caressant.
-Joli nom pour un roi de France. -Ou Philippe le débauché !
-Mais vous n'aimez pas la débauche, vous aimez le bruit qu'elle fait.
-Pas de génuflexion. -Pouviez pas le dire plus tôt !
-Vous montez à l'autel avec le pied droit, Monseigneur.
Vous vous inclinez, pour baiser l'autel.
Vous vous dirigez vers le missel..
..pour lire l'introït. -Ah oui.
Dubois lit laborieusement en latin.
Merde de merde !
J'y arriverai jamais avec ce bordel d'introït.
"Justiciam..."
-Patience, nous aborderons des choses bien plus difficiles.
-Ah oui, les burettes !
-Dubois, tu vas être..
..dans la même journée sous-diacre, diacre, prêtre, évêque, archevêque.
-Ne troublez pas la cérémonie, c'est assez dur comme ça.
-Courage, l'abbé.
Profites-en..
..pour te faire baptiser !
-Reprenons.
Latin.
-Un tout petit bénitier. -On fait avec ce qu'on a.
-"Justiciam" ! -Aaah !
Je vous écoute, M. Brunet d'Ivry.
-M. de Brisson a demandé à M. de Pontcallec s'il avait reçu..
..de l'argent de l'Espagne. M. de Pontcallec a répondu :
"..J'ai reçu 4 000 livres pour lever des troupes et les payer.
"A savoir 8 sous par homme et par jour.
"20 pistoles par gentilhomme." Question de M. de Brisson...
-Hum, hum.
-Vous êtes encore là, vous ? -Je dois montrer à Monseigneur..
..comment se dévêtir.
-Foutez-moi le camp, j'ai à m'occuper de choses sérieuses.
Reprenons, M. le conseiller.
-"Livrer des ports à l'Espagne pour un éventuel débarquement."
-Inutile d'aller plus loin, nous avons tout ce qu'il nous faut.
Je veux que l'exécution ait lieu devant une grande foule.
-L'exécution ? Ils ne sont pas encore jugés !
-J'ai dit devant une grande foule.
Le spectacle en vaudra la peine, 4 têtes tomberont tout de suite..
..et 20 autres après.
Faudra que je vous envoie des bourreaux de Paris.
Ils sont très bien. -Pourquoi cette dépense ?
Nous avons d'excellents bourreaux bretons et moins chers.
18 livres pour 4 têtes. -Inutile de lésiner.
Les bourreaux de Paris, c'est autre chose.
Nous devons bien ça aux Bretons.
Je veux l'échafaud dressé au pied du château.
Et six canons pointés sur la ville pour prévenir toute émeute.
-Une émeute ? Le monde se fout de Pontcallec.
-Ne rapetissez pas le complot, M. le conseiller.
Voilà, il était gigantesque.
Nous avons réprimé quelque chose de formidable.
Vous m'en mettrez douze, des canons. Hein ?
Et ça écoute, ça !?
Foutez-moi le camp, petites saletés !
-C'est extraordinaire, je ne trouve pas la Louisiane.
Je ne suis jamais arrivé à la trouver d'ailleurs.
J'ai pourtant 50 millions d'actions dans ce pays de nègres !
-Vous vous égarez sur l'Afrique.
La Louisiane serait plutôt par là.
Dans les Amériques.
-Ca reste des nègres, Gratellard.
-Son éminence le cardinal... -Ts, ts, ts.
Vous connaissez la nouvelle ? Le cardinal de Rohan..
..va poser la mitre sur la tête de l'abbé Dubois.
Cela me revient de droit ! -Vous vous disputez l'honneur..
..de consacrer ce maquereau ? -C'est une question de principe.
J'ai le pas sur lui. -Quand à ce "maquereau",
..il est temps qu'il devienne archevêque.
Il cessera d'être dangereux pour l'Eglise.
-Il se convertira ?
-Nous n'en demandons pas tant.
Simplement qu'il persuade le Régent de renoncer à son projet.
Encore plus pernicieux..
..que l'école gratuite. -Dépouiller l'Eglise des terres..
..qu'elle possède depuis 120 ans.
L'obliger à les vendre ! -Pour les revendre aux paysans.
-Cela vous fera une belle somme.
-Et sur les biens qui nous resteront, un impôt.
-Achetez des actions qui échappent à l'impôt.
-Du papier qui ne vaut rien.
-Mais qu'on peut changer en or..
..si le vent tourne.
-Mais comment sait-on qu'il tourne ?
-Il est peut-être en train de tourner.
-Ah ?
-Vous n'êtes pas sans savoir que des amis ont déjà retiré de l'or..
..de la banque. Très peu.
Un simple avertissement.
Ce n'est pas un complot, comme en Bretagne,
..mais une façon légale de marquer notre désaccord..
..avec une politique qui sape notre puissance.
Après tout, nous sommes les piliers de la banque.
C'est-à-dire de l'Etat.
Et si les piliers se dérobent...
-Attention, messieurs.
Dépêchez-vous et faites attention, je vous en prie.
-Allez !
Dépêchez-vous !
Plus vite !
-Trois voitures d'or !? Vous n'y allez pas de main morte.
Tout ça pour un avertissement ? -Je ne fais jamais les choses..
..à moitié. -Vous avez dû changer..
..20 millions de papier ! -25. Tu vas les compter..
..avant qu'ils aillent en Suisse. -En Suisse ? Tout le monde..
..va faire comme vous. -J'ai tout pris.
-Vous êtes encore seul, M. Brunet.
Où sont les autres ?
-Ils sont partis.
-Décidément, je ne verrai jamais mes juges.
-Mettez-vous à genoux.
-Je ne me mets à genoux que devant Dieu, monsieur.
-Il est ici.
-Oui, si on veut.
-M. de Pontcallec,
..vous êtes convaincu de crime de lèse-majesté et de félonie.
Vous êtes condamné à avoir la tête tranchée.
-Je proteste ! Ce jugement est une infamie !
-Bâillonnez-le avec ça !
-Vous dites "confessez vos fautes et vous aurez la vie sauve !"
Après, on vous assassine !
-Vos biens seront confisqués et réunis au domaine de la Couronne.
Les marques de seigneurie qui sont dans vos maisons et châteaux..
..seront démolies, abattues et effacées.
Les bois seront coupés à la hauteur de 9 pieds.
Emmenez-le.
J'en ai encore trois à voir.
Aboiements.
-Je veux voir le Régent.
-J'ai des ordres.
-Je suis l'abbé Dubois.
-Seriez-vous le pape... -Vous avez une tête à vous faire..
..tuer bêtement. Occupez-vous de cet Helvétique.
Au clair de la lune, mon ami Pierrot...
Au clair de la lune, mon ami Pierrot !
Prête-moi ta plume pour écrire... -Que se passe-t-il ?
-Une affaire grave. -Pas une raison pour chanter faux.
-Un messager attend votre signature.
-Je ne travaille pas, il attendra.
-Non, c'est au sujet de Pontcallec. Quelqu'un veut reculer l'exécution.
-C'est exact.
-Ces Bretons doivent être décapités avant le mardi saint, sinon..
..il faudra attendre 40 jours. -40 jours, c'est bon à prendre.
-C'est stupide.
-Pourquoi !?
-Vous changerez encore d'avis !
-Changez de ton !
-De quoi je me mêle !?
-Elle se mêle de mes affaires, ce que j'approuve.
Elle a un bon jugement et du coeur. -Laissez-moi vous parler seul.
-Laisse-nous, Emilie.
Tu pourrais entendre des choses pas très jolies.
-Je vous attends ? -Oui.
Va chez le Suisse, il y a du feu chez lui.
T'as l'air d'un bedeau avec ton candélabre !
Va m'attendre en bas.
Non, Dubois !
Je gracie M. de Pontcallec et les 3 Bretons !
Ce procès est une infamie ! Il n'y a pas eu de séance publique.
Pas de défenseur !
On les condamne à mort, ils n'ont tué personne !
Tu m'as fait croire qu'ils étaient 3 000 dans la forêt.
Ils n'étaient pas 100 et non armés. -Dans un autre moment,
..j'aurais conseillé la clémence. -Je n'ai jamais ordonné..
..une seule exécution politique ! -L'Angleterre vous en veut.
-Toi, tu penses..
..à ta mitre. -C'est vrai.
Je touche de l'argent de l'Angleterre.
En faisant cette alliance, j'ai aussi enrichi la France.
L'argent est protestant, c'est pourquoi ces têtes de catholiques..
..vont tomber ! -Non.
-Alors, je démissionne.
-C'est la première fois que tu me fais cette menace.
-Je ne la fais pas sans crainte, j'ai peur que vous acceptiez.
-Tu renoncerais à être archevêque ? -Oui.
La mort dans l'âme, mais je renoncerais.
Quand vous aurez signé, vous pourrez révoquer M. de Montesquiou,
..c'est un imbécile.
Graciez les autres condamnés, ils sont nombreux.
Je vous les abandonne. -Je te remercie..
..de ta générosité. Je te revaudrai ça.
-J'y compte bien.
-Ca te reprend !?
-Voyez, je me porte encore bien !
-T'es content d'avoir ta mitre !? -Nom de Dieu !
Oh, bordel !
Bordel !
-C'est pas beaucoup, un billet de 10 livres.
Même ça ils refusent de rembourser. -Aux ouvriers, mais les nobles,
..ils les remboursent. -Ce matin, on a été à la banque.
On a voulu forcer les portes, ils ont tiré sur nous, 4 morts.
Tous les jours les actions et les billets baissent.
-Elle me gênait.
Vous avez tort de vous débarrasser de vos papiers.
C'est bon, les billets. Ca remontera.
On fait pas d'opérations de banque le vendredi saint.
C'est pas chrétien. -Une vente entre amis,
..c'est chrétien ? -Tu vends quoi ?
-Une miniature de Klingstedt... en or !
-Je t'en donne 50 livres.
-Elle est à vous. -Passe te faire payer..
..à l'hôtel d'Entraigues. Je suis le comte de Horn.
-Cousin du Régent ? -Oui.
M. Leblanc habite ici ? -Au premier, c'est là.
1er couloir sur la droite, 2e porte.
Monseigneur.
Brûlure. -Aaahhh !
Rire.
-Au voleur ! Attrapez-le !
-On tue là-haut ! Je vais chercher le guet !
-Arrêtez-le !
Au voleur !
Au voleur ! A l'assassin !
-Lâchez-moi ! C'est pas moi, l'assassin !
-Il tenait le couteau, il a tué ! -Lâchez-moi !
Je suis le comte de Horn ! -Je l'ai vu !
Il y en a au moins pour 100 000 F en livres, en billets !
Plus une miniature. -Elle est à moi.
-Tu as perdu les 50 livres que je t'aurais donné ce soir !
-Je n'aurais pas gracié M. de Pontcallec, un honnête homme,
..et je gracierais cette petite crapule de Horn ?
Jamais.
-On dirait que vous avez hâte de le tuer.
-Oui.
Je veux qu'il meure le même jour que les Bretons.
Qu'on ne dise pas que je suis injuste.
-Les Bretons, on les décapite. -Leur crime n'est pas ignoble.
La roue, pour Horn, c'est encore trop doux.
-Un noble sur la roue.
Il n'y a trace dans aucun livre..
..de pareille insulte à la noblesse.
-"Le crime fait la honte et non pas l'échafaud."
Corneille.
-Je me moque de Corneille.
Qu'est-ce que ce roturier pouvait comprendre..
..aux privilèges qui nous sont dus.
Si vous le rouez,
..les oncles, les tantes, les frères et les soeurs..
..des 3 premières générations ne peuvent obtenir..
..ni abbaye ni évêché. C'est non seulement une honte abominable,
..mais aussi une perte d'argent. -Mes ordres sont donnés.
Le comte de Horn sera roué demain, à midi.
-A midi pour qu'il y ait énormément de monde.
-Justement.
-Vous ne souffrez pas d'envoyer à la roue un membre de la famille ?
-J'en partagerai la honte, cela consolera.
-Savez-vous ce que m'a dit Gratellard, mon bibliothécaire ?
Il m'a dit que c'était une mesure révolutionnaire.
-Horn a commis un crime affreux, il mourra d'une mort affreuse.
-Pour avoir tué un spéculateur ! -Dommage que ce ne soit pas vous..
..qui ayez assassiné ce spéculateur.
-Mais mon cousin, je suis de sang royal.
Vous n'auriez rien pu contre moi.
-J'aurais amnistié celui qui aurait vengé la victime.
-Vous aimez tuer les gens de votre famille ?
-C'est une envie qui me prend quand je vous vois.
-Cette exécution est un scandale !
-Ils ont comploté avec l'Espagne. -Qui ?
-Les Bretons. -Je me fous des Bretons !
Sont-ils seulement nobles ? -Sûrement puisqu'on les décapite.
Coups de marteau.
...
-Excusez-moi mon fils, mais je n'ai rien compris.
-On peut pas se confesser avec ce bruit.
-Dernière épreuve. -Vous n'entendez pas mes péchés.
-Dieu les entend. -C'est vous qui le dites.
-Pontcallec, comment s'appelle déjà cet animal-là ?
-C'est un éléphant.
Quand je pense qu'on m'avait prédit que la mort me viendrait de la mer.
Je croirai jamais plus les voyantes.
Je vous rendrais bien votre salut, mon père,
..mais on m'a pris mon chapeau.
-D'ailleurs, qu'a-t-on fait de nos chapeaux ?
-Pour quoi faire un chapeau ?
Dans une heure, tu n'auras plus de tête.
-Elle n'aura pas duré longtemps la république de Bretagne.
-Normal, une république de nobles ! -T'aurais préféré..
..une république de paysans ? -J'aurais préféré ne pas me mêler..
..de tout ça. -Tiens ! Ils ont déjà fini ?
C'est du travail bâclé.
Ouais.
L'étrange spectacle.
Montlouis !
A Philippe d'Orléans, Régent de France.
Monsieur...
-Encore une lettre ?
Mon pauvre Pontcallec ! -Il me reste un quart d'heure,
..j'en profite. -Allons-y.
-Monsieur...
Je vous dis Monsieur,
..car on ne dit pas Monseigneur..
..à l'homme qui vous assassine.
Chanson bretonne : "Maro Pontkallek".
...
-Tout le couvent priait pour la grâce de M. de Pontcallec.
Nous sommes toutes bretonnes, Monseigneur.
Séverine aussi.
Elle ne doutait pas que vous répondriez à ses lettres.
Jusqu'au matin de l'exécution, elle a eu un espoir.
-Mais ses lettres, je ne les ai jamais reçues.
-Je n'en doute pas, Monseigneur.
Alors, c'est Dieu qui l'a voulu ainsi.
-Dieu et Dubois, ma révérende mère.
Séverine connaissait ce Pontcallec.
-A peine.
Elle l'avait entrevu, je crois.
Mais c'est notre héros.
Surtout maintenant.
-Je ferai un don à votre couvent.
-Peut-être des messes à l'intention..
..de M. de Pontcallec. -Si cela vous fait plaisir.
Mais je crois que le comte de Horn en aurait plus besoin.
Petit rire.
-Je l'aurai porté avant de crever, ce costume d'archevêque.
-T'as une bonne santé. -Dans un an, je suis mort.
-Ca fait bien l'amour,
..les archevêques ? -Ca dépend.
On entre.
Vous êtes en avance, Monseigneur. -Plus maintenant.
Ouvre ça.
-Qu'est-ce que c'est que cette chevelure ?
-Celle d'une fille qui me demande la permission d'entrer au couvent.
-Qui vous demande à vous ? Curieux.
-Ouvre la lettre.
Tu reconnais l'écriture ?
-Et pourquoi la reconnaîtrais-je ?
-Parce que tu l'as déjà vue deux fois.
Parce que tu m'as volé les lettres..
..que Séverine m'écrivait pour obtenir la grâce de Pontcallec.
-J'ai eu peur de ces lettres.
Je vous connais, j'aurais eu trop de mal à vous convaincre.
-Donne-les-moi maintenant.
-Je les ai brûlées.
Elles étaient très belles, mais très naïves.
Elle n'aurait pas été heureuse avec nous,
..elle est faite pour le couvent. Faites-en une abbesse.
Elle priera pour nous qui en avons tant besoin.
C'est peut-être une sainte ! Vous accomplissez..
..le dessein de Dieu, qui sait ? -J'en ai assez d'accomplir..
..les desseins de Dieu.
Puisque tu es archevêque, tu feras ça à ma place.
-Et vous, Monseigneur ?
-Moi ? J'irai planter mes choux à Villers-Cotterêts.
Il est dur, ton escalier.
-C'est parce que vous buvez trop, surtout depuis une semaine.
Il vous arrivera quelque chose. -Je suis venu entendre..
..la bonne aventure, pas la mauvaise.
-Je vous amène ce gentilhomme dont je vous avais parlé.
-Ce gentilhomme qui habite la province. Entrez.
Entrez, M. le marquis.
-Non merci, je n'ai pas soif.
-Ce n'est pas pour vous, c'est pour la voyance.
Ca te rappelle des souvenirs ?
Elle est restée 6 ans avec moi, c'était ma meilleure voyante.
Est-ce que tu vois encore, Emilie ?
-Non, maintenant j'ai fini de voir.
-Est-ce que vous avez une préférence ?
-Ah !
Celle-ci peut-être.
-Donnez-lui votre main.
-Elle lit dans les lignes ? -Non, c'est pour mieux vous sentir.
Tu es prête, Marie-Charlotte ?
Tu sens bien ce monsieur ?
-Oh oui ! Il vient d'avoir un grand chagrin.
-Tu viens ?
-Attendez ! Il y a quelque chose qui se fait.
Je ne sais pas ce que c'est. C'est rond, mais c'est pas un collier.
C'est une couronne.
Une belle couronne d'or qui se pose sur la tête de monsieur.
C'est une couronne de roi.
-J'en ai déjà enterré quatre qui auraient dû être rois.
Tu veux que j'en enterre un 5e pour prendre sa couronne ?
Tu veux qu'on m'appelle..
..le prince croque-mort ? -Comme il vous plaira.
-J'aurais pas dû vous amener, Monseigneur.
Vous êtes difficile en ce moment, on ignore comment vous prendre.
-Tu en connais la raison.
-Oui, Monseigneur.
-Tu sais pourquoi je ne veux pas être roi. Je ne le serai pas,
..Dieu merci.
Le roi est un petit garçon qui se porte bien.
Je ne suis qu'un vieux cadavre.
...
-Nous voulons voir Monseigneur le Régent.
-Qui êtes-vous ? -La misère, le désespoir..
..et le crime.
-S'il est un lieu où la misère, le désespoir et le crime..
..sont les bienvenus, c'est ici ! Vous êtes mes plus fidèles sujets.
Louis XIV, mon oncle, vous a donnés à moi.
Je vous laisserai à mon neveu, Louis XV, qui vous transmettra..
..à son successeur ! Car vous faites beaucoup d'enfants.
Entrez !
Que la fête commence ! -Magnifique.
-On peut me donner la palme, c'est moi le plus misérable.
Je suis le système de Law !
Autrement dit la banqueroute, la faillite, le vol.
-Et moi, je suis la grande dame du royaume.
Je viens chercher un mari. -Le masque !
-LE MASQUE !
OH !
-A qui allez-vous me marier ?
-A la banque. Quel beau couple, la misère et la banque !
Quelles belles noces ! Venez !
Chanson populaire.
-De ce lieu de douleur et d'ennui,
..les tendres fleurs sont fanées.
De ce lieu de douleur et d'ennui,
..les tendres fleurs sont bannies.
-Qu'est-ce qu'il y a, Emilie ? Tu as l'air triste.
Tu ne devrais pas.
Après tout, je t'ai donné cette maison.
Séverine n'y va plus. -Ce que je vois est triste.
-C'est une mascarade. -Je n'aime pas qu'on se moque..
..des miséreux. -Bois.
-Invitez de vrais pauvres. -Les vrais, ils me voleraient !
-Ils ont l'air malheureux, ces musiciens.
-Il y a de quoi, ils sont aveugles.
-Il paraît qu'ils jouent mieux. C'est comme les rossignols,
..il faut leur crever les yeux pour qu'ils chantent bien.
-Ils sont aveugles de naissance.
Ils savent même pas où ils sont.
Ils vont jouer des beaux airs toute la nuit.
J'ai tout réglé aujourd'hui. -Je suis là, Monseigneur.
-Je vous ai invité, Dubois, parce que c'est un bal de calamiteux.
Votre présence est indispensable. Vous avez une mine épouvantable.
Vous faites un étrange soldat.
-Je souffre, je suis endiablé de la vessie.
-Vous n'avez aucun courage.
-Il a oublié que je lui ai sauvé la vie à la bataille de Neerwinden.
Du courage, j'en ai, mais pas contre la douleur.
Monseigneur est sombre et amer. Tu perds la main, ma pauvre fille.
Rires. Brouhaha.
-Poitou, une seconde tournée, je vous prie !
Ah, un petit cochon !
-Je veux la queue et les oreilles. -Vous êtes servie, Marie-Madeleine.
Allons mesdemoiselles, maintenant disparaissez. Emilie,
..dévoue-toi.
"Les dévouements les plus obscurs sont les plus magnifiques",
..Corneille. -C'est pas un dévouement.
-C'est une habitude.
-Je ne suis pas en état de jouer.
-Que faites-vous ici alors ?
-Le plaisir des yeux me suffira. Oh, mesdames ! Je ne joue pas.
Vous me reconnaîtrez ?
-Elles te reconnaîtront à ta poire à poudre.
-Ca, c'est pas évident.
-Oh, Emilie !
-Vous, vous avez un gage.
-Quel musicien vous auriez été, Monseigneur.
-C'est inouï tout ce que j'aurais pu être,
..si je n'avais pas été régent, c'est-à-dire rien.
Aaahh ! -Perdu, Monseigneur.
-Ca fait deux gages.
-Le mien vomit partout, je sais pas quoi en faire.
-Jette-le !
-Monseigneur,
..je voudrais baiser encore une fois avec Picard.
-Demande la permission à Emilie. -Nous sommes aux ordres..
..de Monseigneur. -Tirons un coup avant la messe.
-Marie-Madeleine, tu auras beau faire, tu mourras chrétienne.
-Ha ha ha ha.
-Le nain, il a 67 ans.
-Picard a acheté son titre de chevalier..
..à un malheureux qui s'était ruiné avec les actions du Mississipi.
Nous, on a vendu à temps.
-Bon Dieu, ce que ça pue, ici !
Ah ! Tu trouves pas ?
-Non, pas particulièrement. -Si.
C'est une infection.
Chants d'oiseaux.
Il respire fort. Ca sent encore plus mauvais.
Allons-nous-en.
Ca pue encore plus ici.
-Je ne trouve pas. -Tu sens pas..
..cette odeur de pourriture !?
Mon Dieu, c'est ma main.
Sens. Sens ça.
-Non.
-Si, sens.
-Non. -Elle pue.
-Non. Je vais..
..la laver.
-L'autre ne sent rien. Je suis pourri..
..que d'un côté.
-Ca va partir. -Ca pue !
Ca pue !
Clapotis.
Une cloche sonne.
-Voilà.
Maintenant, c'est fini.
-Non, c'est encore pire.
Je dois être malade.
Je suis malade.
Je suis malade. -Essayons le médecin.
-Non, c'est toi qui vas me couper la main, Dubois.
-C'est une étrange plaisanterie.
-Cette odeur, c'est une plaisanterie ?
Tu vas me couper la main, je te l'ordonne.
Tiens, coupe.
-Avec ce couteau ?
-Tu préfères une hache ?
-Allons chez un chirurgien, il y a des instruments pour ça.
-La scie.
-Ah oui, la scie.
Comme à Nerwinden, quand on amputait les blessés..
..après la bataille. Vous vous souvenez ?
-J'aime pas le bruit de la scie.
-Ah ça, moi non plus !
Mais quand il le faut...
-Au Palais-Royal ? -Non, chez M. Chirac.
-Son Altesse est malade ? -Oui, très.
Je vous suis dans mon carrosse. -Non, tu te sauverais. Monte.
Emilie ? -Je viens.
-Plus vite.
Plus vite.
Quand on sera chez le chirurgien, c'est toi qui m'amputeras, Dubois.
-Non, Chirac est plus habile. -Je veux voir ta figure..
..quand tu scieras. Et je sais que tu scieras bien.
Tu aimes le sang, ça ne peut pas te déplaire.
-Vous ne m'épargnez pas. -Est-ce que tu m'as épargné,
..archevêque ?
-Aahh !
Au secours !
Aidez-moi !
Aidez-moi ! Aidez-moi !
Venez !
-Que se passe-t-il ?
-Y a un enfant qui est passé sous les roues.
...
-En arrière ! Reculez !
-Tu le connais ?
-C'est mon frère.
-Donne-moi de l'argent, Dubois. Donne-moi de l'argent, vite !
-J'en ai pas. -Donne-moi ça !
Tiens.
Dis à tes parents que le Régent les attend..
..au Palais-Royal.
Qu'ils viennent..
..tout à l'heure. C'est compris ?
Emilie, reste avec elle. Tu les accompagneras.
Ils risqueraient de ne pas trouver, de ne pas oser entrer. Allons-y.
-Vous m'avez fait peur, Monseigneur.
Demain, il faudra consulter votre médecin.
-Certainement.
Je ne voudrais pas mourir avant de te voir crever.
-Je ne suis pas pressé.
-Tu as déjà la mort dans la vessie.
-Oui, la mort, je vis avec. Je la sens dans mon ventre.
-J'espère que tu souffriras atrocement.
-Non, non, non.
Je l'ai apprivoisée.
-Monte avec le cocher, c'est la place des domestiques.
Tâche d'avoir bien froid.
-Voilà bien de la haine pour ces quatre têtes de Bretons.
S'ils n'avaient pas été nobles, vous ne les auriez pas remarqués.
En route.
Allez !
-Amenez de la paille et du foin !
-Allez-y, bon Dieu !
Brûlons-le !
-Non, laisse-les ouverts. Il faut qu'il voie ça.
Et toi aussi, ma belle !
-La paysanne releva la tête du mort et lui dit :
"..Regarde, petit frère, regarde.
"Regarde comme ça brûle bien."
Elle ajouta : "On va en brûler d'autres, petit frère.
"Beaucoup d'autres."
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