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BASÉ SUR DES ÉVÉNEMENTS RÉELS
En 1916, la Roumanie entra dans la Première Guerre mondiale
à côté de la France, la Russie et le Royaume-Uni,
ranimée par le désir de réunir ses provinces fragmentées
dans une Roumanie Unie.
Malgré le succès initial en Transylvanie,
le retrait de la Russie de la guerre laisse le pays isolé et exposé.
Les forces roumaines souffrent des pertes massives
après une féroce invasion allemande qui dévaste le pays
et oblige le gouvernement à accepter un traité humiliant.
Bien qu'il n'ait jamais été ratifié par le roi Ferdinand,
ce traité est maintenant utilisé contre la Roumanie,
à la Conférence de la paix à Paris.
La guerre est finie, mais on perd l'espoir
que la Roumanie Unie sera reconnue au niveau international.
MARIE, LA REINE DE ROUMANIE
ABIS STUDIO PRÉSENTE
UN FILM DE ALEXIS SWEET CAHILL
RÉALISÉ AVEC LE SOUTIEN DU CENTRE NATIONAL DE LA CINÉMATOGRAPHIE
SCÉNARIO ET DIALOGUES BRIGITTE DRODTLOFF et MARIA DENISE THEODORU
MONTEUR THEODORA PENCIU
COMPOSITEUR GIANCARLO RUSSO
DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE GABRIEL KOSUTH
CO-PRODUCTEUR C-STORY CRISTINEL ȘIRLI
PRODUCTEUR EXÉCUTIF COSTIN RANTEȘ
PRODUCTEUR RADU APOSTOLESCU
PRODUCTEUR GABI ANTAL
RÉALISATEUR ALEXIS SWEET CAHILL
Votre Majesté, ne serait-il plus prudent de revenir un autre jour,
avec les ambulances remplies ?
LA PÉRIPHÉRIE DE BUCAREST FÉVRER 1919
- Les pains, Baliff ! - Nos enfants meurent de faim !
- Nous avons du pain pour tout le monde !
- Restez en arrière ! Restez en arrière ! - Voilà ! Voilà !
- Laissez-nous un peu d'air ! Il y a assez de pain pour tout le monde !
- Arrêtez de pousser, s'il vous plaît !
S'il vous plaît, du pain et aussi des médicaments !
S'il vous plaît, Votre Majesté, montez en voiture en ce moment !
Demain on vous apportera aussi du bois de chauffage.
Je vous promets que demain on reviendra
avec plus de médicaments et de nourriture. Je vous le promets.
Que Dieu vous bénisse ! Ayez pitié de nous !
De retour ! Restez en arrière !
La Roumanie va s'épanouir seulement en tant que pays indépendant.
Nos frontières doivent être restaurées
à celles pour lesquelles nos ancêtres se sont battus et ont gagné !
Des frontières que, et je vous le rappelle, nous ont été promises par nos alliés,
avant d'entrer en guerre !
La promesse d'une Grande Roumanie était la raison principale pour laquelle
nous avons sacrifié des milliers de vies, les vies de nos soldats.
Et maintenant, messieurs, on découvre que cette promesse est retirée...
ça c'est absolument intolérable !
En outre, la Roumanie a le droit légitime à la liber...
BUCAREST, LE PALAIS COTROCENI
Oui ?
Majesté, vous m'avez demandé de vous informer quand la Reine arrive.
- Marie !
- La prochaine fois que tu quittes le palais, où que tu ailles,
tu dois respecter le protocole et avoir une escorte complète avec toi.
‒ Nous vivons des temps troublés... ‒ Mais ils ont besoin de notre aide.
- Je sais que tes intentions sont bonnes et que tu es désireuse d'aider tout le monde,
mais ne met pas ta vie en danger..
- S'il te plaît, soit prudente ! - Je suis prudente.
- Missy, je ne peux pas lutter contre toi aussi !
- Merci !
- Contre moi et qui d'autre ?
- Nos politiciens n'ont aucun pouvoir.
Les négociations ne se déroulent pas bien à Paris.
- Peut-être ils ne connaissent pas tous les aspects.
- Peut-être ils ne veulent pas les connaître.
- Maintenant c'est en jeu même l'avenir de la Grande Roumanie.
- Que voudrais-tu que nous fassions ?
Revenir sur notre parole ?
Après que des milliers de soldats se sont sacrifiés sur le front ?
- Non, mais tout le monde est contre nous :
L'Angleterre, la France, les Américains.
Ils décident notre destin et aussi celui de tous les autres.
Ils se cachent tous derrière le traité de Bucarest avec l'Allemagne.
Traité avec lequel je n'ai pas été d'accord. Et que je n'ai même pas signé !
- Nando, tu as promis que tu seras le roi de la Roumanie Unie.
Nous devons respecter notre parole ! N'oublions pas qui tu es !
Tu es un roi puissant, et ensemble nous trouverons un moyen.
- Monsieur le Premier ministre ! Monsieur Brătianu ! Ion ! S'il vous plait !
- Excellence...
- Tu ne penses pas qu'une approche plus diplomatique serait meilleure ?
- Non ! Tu as vu ce que s'est passé là !
– Ils se moquent de nous avec cette conférence-là ! – Pour cela, je m'excuse.
Clemenceau et Lloyd George nous ignorent tout simplement,
et le président américain ne sait pas non plus où se trouve la Roumanie sur la carte !
- Je m'excuse, je m'excuse.
Je fais de mon mieux, mais je suis un seul homme...
Avez-vous des idées ?
- Majesté, Son Altesse le Prince Știrbey est rentré de son voyage
et demande à vous voir.
- Un instant.
Dites-lui d'entrer.
- Le Prince Știrbey.
- Majesté…
- Comment s'est passé ton voyage ?
- Je te demande pardon, nous aimons tous la Grande Roumanie,
mais maintenant les routes sont deux fois plus grandes qu'avant.
- Nous pourrions ne plus avoir une Grande Roumanie.
- Tu as lu les journaux ?
- De Paris? Oui. Je ne voudrais pas être à la place de Brătianu.
- Pourtant, il doit y avoir quelque chose qu'on puisse faire !
- Et qu'est-ce qu'on pourrait faire ? Tout dépend des politiciens maintenant !
- J'ai une idée ! Et si j'écrivais à mon cousin George ?
Il doit avoir un mot à dire, après tout, il est le roi d'Angleterre !
Qu'en penses-tu ?
- Sans le dire à Ferdinand ? - Il n'y a pas de temps pour ça maintenant !
- Et de toute façon, il ne me laisserait rien faire.
- « Missy, les têtes couronnées ne se mêle pas à la politique.
Ce sont deux affaires distinctes ! »
- Et il a raison.
Voilà pourquoi je doute que votre cousin, le roi, puisse nous aider quoi que ce soit...
- Si seulement j'étais au lieu de Brătianu, c'est sûr que nous nous ferions entendre !
- Barbu, pourquoi ne suis-je pas un homme ?
- En ce qui me concerne, je ne me plains pas du tout...
que Votre Majesté ne soit pas un homme.
- Mais si tu devais te joindre à ce combat, je suis sûr que tu gagnerais.
La volonté et le courage de toute la nation sont avec toi !
Sa Majesté demande la présence de Son Altesse le Prince Știrbey tout de suite.
Majesté…
Mon cher cousin George, je vous écris pour vous demander tout carrément
de nous aider avec notre réception injuste à Paris...
- Maman, je ne suis plus un enfant. Tu ne peux plus me plier à ta volonté...
- Carol, mon cher, écoute-moi s'il te plaît,
il ne s'agit pas de «ma volonté», il s'agit de ton statut !
Dieu merci, nous avons arrêté le malheur et le mariage est annulé.
Et malgré tout cela, tu continues à voir cette femme.
Carol, au nom du ciel, pourquoi ?!
- Parce que je l'aime, Maman ! Tu ne vois pas que Zizi est mon seul bonheur ?
Rien ne peut me tenir loin d'elle.
Mais que pourrais-tu savoir sur l'amour ?
- Comment peux-tu me dire ça ?
Est-ce que tu sais ce que j'ai vécu, moi ?
- Ce qui compte, Carol, est que nous sommes la famille royale et non pas de roturiers !
Et tu as été élevé de manière que tu connaisses la différence !
Alors n'oublie pas qui tu es !
- Arrête !
- Vas-y !
- Le comte de Saint-Aulaire est arrivé de Paris.
- On repproche toujours à la Roumanie le Traité de paix de Bucarest.
- Et qu'est-ce que le comte de Saint-Aulaire nous conseille ?
- Que le roi envoie encore une personne à Paris pour aider à sauver la situation.
Une personne dont la voix sera entendue. - Qui ?
- Ils vont tous rire de nous.
- Laissez Brătianu finir ce qu'il a commencé !
- Une femme, même une reine, n'a aucune place dans une telle situation politique !
- Messieurs, s'il vous plaît! Messieurs, s'il vous plaît!
- Votre Excellence, que proposez-vous exactement que la Reine fasse à Paris ?
- Eh bien, sa Majesté pourrait améliorer la position de la Roumanie.
Prenant en compte les questions urgentes d'actualité.
- Elle sera soutenue par la communauté roumaine à Paris,
qui depuis quelques années est assez influente et bien organisée.
- Monsieur Le Flers.
- Bien sûr, moi et mes collègues journalistes nous préparons dûment la presse française.
- Pourquoi ne cherchons-nous pas une alternative ? Par exemple, pourquoi ne pourrais-je pas aller à Paris ?
- Monsieur Averescu ?
- Votre Majesté, nous avons besoin de quelqu'un avec de l'expérience diplomatique.
- N'oublions pas qu'officiellement les membres de la royauté ne doivent pas participer aux pourparlers de paix.
- C'est une idée absurde !
C'est le travail des politiciens de résoudre la situation, peu importe la durée des négociations !
Et surtout qui va payer un voyage si coûteux ?
- Laissez-moi m'en occuper... - Ah bon ?
- Ne serait-il plus approprié de dépenser votre argent en aide,
au lieu de le gaspiller pour un voyage si inutile, Monsieur Moscovici ?
- Votre Altesse Royale, les banquiers investissent pour faire du profit.
Sa Majesté la Reine va augmenter dix fois les avantages de la Roumanie.
- Si Sa Majesté le roi est d'accord avec Son Excellence, le Comte de Saint-Aulaire,
je vais accepter avec honneur son souhait et je partirai pour Paris.
- Alors c'est décidé.
- Merci messieurs !
- Messieurs, nous venons d'être témoins d'une grave violation de la Constitution.
La loi stipule clairement
que les décisions sont prises par les partis et leurs politiciens.
- D'accord ! Exactement ! - D'accord ! Oui !
- Cette fois-ci le roi est allé trop loin !
- Il ne peut pas décider cela sans nous, il a dépassé ses attributions.
C'est un mauvais précédent.
- Nous avons déjà envoyé Brătianu ! - Il a besoin de plus de soutien.
- Nous devons envoyer plus de ministres, et non pas la Reine !
- Nous risquons beaucoup !
Juste une de ses explosions spontanées et nous serons de retour dans l'ère pré-Bismark !
Avec tout notre pays divisé !
- Je n'en suis pas convaincu !
- Mieux vaut la Reine que Brătianu ! Il n'a rien fait jusqu'ici !
- Laissez la Reine partir !
Elle parle leur langue et sait comment s'y rendre !
- Et que pouvons-nous faire maintenant ? La Reine sera déjà dans le train le 1er mars !
- Attendez un peu, attendez.
N'avons-nous pas la presse locale de notre côté ?
- Pas toute la presse, mais oui, la plupart.
- Mais nous pouvons commander quelques articles
pour mettre en doute les mérites de ce voyage.
- Ce dont nous avons vraiment besoin
c'est le prince lui-même !
Nous devons attirer Carol de notre côté.
Il a une influence croissante à la cour, même sur la Reine.
Si on lui promet notre soutien,
il pourrait s'avérer être un roi plus flexible, qu'en dites-vous ?
- Peut-que de cette façon nous pouvons encore arrêter la Reine d'aller à Paris.
- Non !
- Monsieur Cantacuzino ! Messieurs !
- Des nouvelles de Londres ?
- Malheureusement, non!
Sa Majesté, le roi George n'a pas répondu au télégramme d'hier non plus.
- S'il te plaît, demande que nous appelons Londres.
Si on ne trouve pas George,
essaie à notre ambassade, il se peut que Joe Boyle soit là.
- Oui, votre Majesté. - Merci.
- Tu vas vraiment porter ces chiffons du dernier siècle à Paris ?
- Et tu n'as vraiment pas d'autre préoccupation que la mode ?
- Si tu ne souhaites pas venir avec nous, tu es libre de rester à la maison.
- Carol m'a dit qu'en fait tu pars en mission politique à Paris.
- Pourquoi te mêlerais-tu dans une telle chose ?!
- Nous avons réussi à appeler par téléphone monsieur Boyle.
- Merci.
- Joseph, bonjour ! Joe ?
- Marie, c'est toi ?
‒ Oui, Joe, c'est moi ! ‒ Comment ça va ?
- Je vais bien, comme je te l'ai dit dans le télégramme d'hier aussi.
‒ L'as-tu lu ? ‒ Évidemment !
- Je pars pour Paris !
- Quelle bonne nouvelle ! Dis-moi, qu'est-ce que tu vas faire à Paris ?
- Eh bien, ce n'est pas tout à fait une visite officielle, mais j'y vais pour soutenir notre cause.
- Je crois que c'est une idée extraordinaire ! Je parie que tu vas les surprendre à Paris.
- Mon cher Joe, tu ne sais pas à quel point ta confiance en moi est importante pour moi.
- Je viens aussi à Londres pour voir Nicky !
- Comment va-t-il à Eton ? - Il va très bien !
- Tu sais Marie, ton garçon n'est plus un enfant, c'est un beau jeune homme avec des notes extraordinaires.
- Je suis tellement fière de lui !
- Son Excellence, le Comte de Saint-Aulaire, et Monsieur Robert de Flers
sont déjà partis pour Paris.
- Mais… - Mais quoi ?
- Votre Majesté, s'il vous plaît, pardonnez-moi, êtes-vous absolument sûr que c'est une bonne idée
d'envoyer la Reine dans une mission aussi importante ?
- « Une bonne idée » ? C'est une catastrophe ! Une terrible erreur !
- Tu penses vraiment que tu es le plus indiqué à te prononcer ?
- Le plan n'est pas sans risques. Mais c'est notre dernière chance !
- Monsieur le Général, quand est-ce que la Reine peut-elle partir ?
- Le train royal est déjà prêt.
- S'il vous plaît, informez tous les officiels, notre service de presse et celui de Paris.
- Messieurs, s'il vous plaît.
- Merci, je m'en occupe d'ici.
- Mes hommes ont vu Carol prendre le dîner avec Zizi Lambrino à Capșa.
Après cela, ils ont disparu ensemble dans sa maison.
- Oui, je l'ai vu plus tôt partir en grande vitesse d'ici.
‒ Et tu ne lui as rien dit ? ‒ Qu'est-ce que j'aurais pu lui dire ?
- De devenir raisonnable et de quitter cette femme.
- Je l'ai essayé ! C'est ton tour de lui parler, de père à fils !
Il en aurait besoin de plus dans sa vie !
Nous en aurions tous besoin.
- Il ne m'écoute jamais. Tu sais que j'ai tout essayé.
Et franchement, quand il est submergé par la colère, il devient incontrôlable.
Tu aurais dû passer plus de temps avec lui quand il était petit,
au lieu de le laisser avec des gouvernantes odieuses.
- Vraiment ? C'est ma faute maintenant ?
Tu as oublié les règles de l'oncle Carol.
Que devais-je faire ? Que d'espérer qu'un jour tu interviendras.
‒ As-tu déjà intervenu ? As-tu intervenu ? ‒ D'accord, nous sommes tous les deux à blâmer.
‒ Et maintenant on fait quoi ? ‒ Je vais te dire ce qu'on fait...
- Je vais ramener mon fils à la maison.
Tu lui trouves une fonction importante,
suffisamment imposante pour qu'il en soit intéressé
et aussi loin que possible de Bucarest.
- Comment osent-ils t'appeler « traître » juste parce que tu m'aimes ?
- Tu seras la Reine. Je vais te le prouver, Zizi ! Je vais leur montrer comment on fait la justice !
- Qu'est ce que c'est ?
- S'il vous plaît, pardonnez-moi, madame, mais Sa Majesté la Reine est ici.
Elle demande à parler à Son Altesse Royale tout de suite.
- Votre Majesté, juste pour me faire comprendre, je ne suis pas une roturière.
Les Lambrinos, ma famille, ce sont des aristocrates !
- Dis-lui, mon amour ! Dis-lui ce que je signifie pour toi !
Il se peut que je ne provienne pas d'une famille royale,
mais vous devez comprendre que l'Europe et le monde changent !
La Russie l'a compris ! Personne ne peut s'opposer à l'histoire.
Carol m'aime vraiment.
Et je l'aime de tout mon cœur. Il est heureux avec moi.
Que pourrait vouloir de plus une mère pour son fils ?
- Carol, mon cher, je t'en prie ! Lève-toi et viens à la maison avec moi !
- Dis-lui, mon amour, s'il te plaît !
Dis-lui ce que je signifie pour toi ! S'il te plaît ! Mais s'il te plaît !
- Si tu souhaites être à la hauteur de ton rôle comme héritier du trône de la Roumanie,
tu vas te lever maintenant et retourneras au palais avec moi.
- Maintenant, Carol !
- Pourquoi ?
- Qu'est-ce que tu vas me faire ? Tu vas me punir ?
- Par conséquent, tu reconnais
la nomination du roi de votre frère en tant que nouvel héritier de la Couronne.
- Est-ce qu'elle peut faire ça ? Elle ne peux pas le faire, non ? - Tais-toi !
- Qui ?! Nicky, prendre mon trône ?!
Nicky est quelqu'un de maudit ! Il est un pauvre mec !
- Où vas-tu ? Ne pars pas, s'il te plaît ! S'il te plaît !
- Tu es vraiment capable de tout faire !
- Papa ! Papa ! Papa ? Papa ?!
- Oui.
‒ Tu as été d'accord avec ça ? ‒ Avec quoi ?
- De mettre Nicky sur le trône si je continue à voir Zizi ?
- Carol, moi et ta mère nous avons discuté et décidé
que ce serait le mieux pour toi maintenant d'aller en Transylvanie.
Tu transporteras là-bas les aides des fondations de ta mère.
- Il ne suffit pas que tu nous détruis, moi et Zizi,
mais tu m'envoies au bout du pays.
Pour faire quoi ?! Donner du pain aux pauvres ?!
Non, tu apporteras un soulagement aux moins fortunés.
- Ma mère se promène avec mes soeurs à Paris,
Nicky vit comme un roi à Londres,
et moi, ton premier né, tu m'envoies au milieu de nulle part ?!
- Carol, tu seras digne d'un futur roi,
tu feras preuve de compassion et d'attention pour le destin de ton peuple.
Tu as entendu ?
- Prêtes, oui ? Partez ! Bravo !
Cher journal,
Je sens que tout le monde a mis ses espoirs en moi pour ce voyage.
Mais vais-je réussir ? Pourrais-je apporter à mon peuple la victoire dont il a besoin ?
C'est étrange que maintenant, quand je me prépare pour lutter pour l'unité de mon pays,
il semble que j'ai presque perdu l'unité de ma famille.
En fait, ne devrais-pas me battre pour cette unité-ci ?
- Nando ! Tu est éveillé ?
- Je ne pouvais pas dormir, je pense toujours à ce voyage.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Missy, je veux que tu prennes soin de toi.
Comprends-moi bien, mais parfois tu te laisses emportée par ton ardeur.
Tu dois toujours garder à l'esprit les conseils de Saint-Aulaire.
Si tu veux faire un discours ou parler à la presse,
laisse Brătianu te conseiller.
Ils sont là pour toi, permets-leur de te guider.
S'il te plaît, n'improvise pas !
- Tu ne me fais pas confiance.
Nando, mais tu as accepté !
- Ce n'est pas ça, mais...
Les enjeux sont élevés, même pas les politiciens habiles ne l'ont pas réussi jusqu'au présent...
- Je ne vais pas échouer.
Je ne peux pas avoir de doutes maintenant.
Je suis déterminée à réussir et je vais obtenir des résultats.
Nando, tu le verras, tu le verras !
- Tu es inébranlable, tu le sais ?
- Veux-tu rester ici pendant la nuit ? - On a besoin de repos tous les deux.
On se verra demain matin.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
PARIS, LA GARE DE LYON
- Bienvenue, Votre Majesté !
- Monsieur Mișu, contente de vous revoir. - La joie et l'honneur sont à moi, Majesté.
- Monsieur Brătianu, quel plaisir ! - Bienvenue, Votre Majesté.
- Contente de vous revoir, Monsieur le Premier ministre.
« Je suis une petite princesse et j'ai un joli diadème.
Et j'aimerais recevoir une petite poupée.
Maman m'a appris à être sage, et je suis joyeuse comme une hirondelle. »
- Dîner avec l'Ambassadeur de l'Angleterre à Paris.
Inauguration du musée Rodin.
Conférence de presse, réception à notre Ambassade, ouverture de mon spectacle, évidemment,
réception à Madame la Marquise de Flers.
Dévoilement de la statue de Victor Hugo ?!
Rencontre avec Madame Jeanette Lahovary, réception à l'Académie des Beaux-Arts.
Ouverture de l'exposition florale ?!
Monsieur Brătianu, ce calendrier est pour combien de jours ?
- Pour les quatre prochains jours.
- Quatre jours ?! - Quatre.
- Et ceci est la liste de ceux
qui veulent vous être présentés dès que possible :
des marquises, des comtes et des comtesses et aussi des Américains et des Anglais importants,
aussi connus ces jours-ci en tant qu' « hommes d'affaires ».
Vous allez les rencontrer au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner.
- Mais le Premier ministre Clemenceau n'est pas sur cette liste...
- Non, il n'y est pas.
Je suis désolé, je n'ai pas encore réussi à planifier un rendez-vous avec lui.
- Le comte de Saint-Aulaire n'a-t-il même pas réussi à organiser quelque chose ?
- Il est parti.
Il a quitté la capitale pour quelques jours, mais il doit être de retour demain et...
- Merci.
- Monsieur Brătianu, un instant s'il vous plaît. - Votre Majesté !
- Est-ce que ma présence à Paris vous dérange ?
- Pas du tout.
- Je veux que nous soyons honnêtes l'un envers l'autre.
Je ne veux pas me mêler à la politique,
mais si je veux aider la Roumanie de quelque manière que ce soit, j'ai besoin de votre soutien total.
- Je comprends.
Nous avons déjà assez d'ennemis,
et cela n'a aucun sens pour nous d'être des adversaires.
- Votre Majesté, vous pouvez compter sur ma loyauté. Pour être honnête, je ne vous envie pas du tout.
- Merci. - C'est moi qui vous remercie.
- Excusez-moi...
Excusez-moi... excusez-moi... Une seconde s'il vous plaît ...
- Les filles, les filles, s'il vous plaît. Arrêtez. Remets ça, s'il te plaît !
D'où vient tout ça ?
- De moi, Votre Majesté. Je m'appelle Alice Alleaume et je suis à votre disposition
pour toute pièce de garde-robe dont vous et vos filles avez besoin.
Avec les compliments de Madame Chéruit.
- Tu le savais ?
- Oui, votre Majesté. Et il y en a d'autres encore à venir.
- Merci madame.
- Même beaucoup de gens. J'ai été surpris par le nombre de personnes qui l'ont rencontrée.
- Je l'ai ratée. A-t-elle amené ses enfants ?
- Elle est ici pour la première de sa propre pièce ? - Ce n'est pas une pièce de théâtre, c'est du ballet !
- J'ai entendu qu'elle est venue pour faire des achats.
- Non, non, non ! Mon journal est convaincu qu'elle est venue pour les pourparlers de paix.
- Les pourparlers de paix ? Mais qu'en est-il de Brătianu ?
- Qu'en est-il de Brătianu ?
- Mesdames et Messieurs, La Reine Marie de Roumanie !
- C'est un plaisir de vous rencontrer.
- Au nom de la presse française et étrangère, nous vous souhaitons la bienvenue à Paris, Votre Majesté.
- Merci. Veuillez vous asseoir.
- Je vais commencer. Je m'appelle Gabrielle de Jouvenel, Le Matin.
Vous êtes venue pour la première soirée du spectacle inspiré de votre conte de fées,
« Le Lys de la vie » ?
- Je suis venue pour m'assurer qu'ils le comprennent comme il faut !
- Merci, Votre Majesté.
- Votre Majesté, Bernard Fresh, le New York Times. Quels endroits allez-vous visiter à Paris ?
- Au lieu des endroits, je vais rendre visite aux gens.
De bons gens qui veulent aider notre pays se remettre des horreurs de la guerre.
- Merci, Madame. - Votre Majesté, Votre Majesté !
- Wickham Steed, le Times, Londres. Participez-vous également aux pourparlers de paix ?
- Malheureusement, non. Mais dites aux politiciens
que s'ils ont besoin de mes conseils je vais les aider volontiers.
- Je vais sûrement leur transmettre ça, Ma'ame.
- Il semble que vous avez déjà accordé depuis l'année dernière plus d'attention aux femmes en Angleterre.
Il est peut-être le temps que le reste du monde suive votre exemple.
- C'est vrai.
- Pavel Brătășanu, de La Roumanie.
Vous avez eu l'occasion de parler avec monsieur le Premier ministre Brătianu ?
‒ Une chose à la fois. ‒ Merci.
- Votre Majesté, Votre Majesté ! Votre Majesté !
- Valbelle, de Le Journal.
- Votre Majesté, alors quel est le but principal de la visite à Paris ?
Mon but principal est de recueillir de l'aide pour mon peuple.
Je suis ici pour faire appel à la bienveillance de votre pays
et pour recueillir le plus d'aide possible pour notre nouvelle nation.
Nos soldats se battent encore sur le front de la Transylvanie.
- Sur la petite table, s'il te plaît.
- Merci.
« Le peuple meurt de faim alors que La Reine fait la fête à Paris »
« Une politique externe soumise aux contournements de la politique interne »
« Où sont les wagons avec les aides promis par la Reine ? »
«Les Grands Pouvoirs accomplissent les prétentions de la Roumanie»
- Elle est très belle, n'est-ce pas ?
- Elle est juste une femme qui expose sa garde-robe à Paris.
Elle ne ressemble pas du tout à sa grand-mère,
La Reine Victoria, une force contre laquelle il était mieux ne pas lutter.
- Certains l'admirent, d'autres la critiquent.
- C'est ce qu'elle a en commun avec nous, les politiciens.
- Je suis constamment pressé par tout le monde autour de moi pour lui donner audience.
Elle est très persévérante.
J'ai l'impression d'être chassé. - Vous n'êtes pas le seul.
- Votre Majesté. - Monsieur le Premier ministre.
- Votre Majesté.
- Majesté, vous êtes juste arrivée, et Paris est à vos pieds.
- Il est peut-être vrai, mais les nouvelles parlent trop peu de mon appel à l'aide.
Ils semblent plus intéressés par mon agenda social ou ma garde-robe.
Mais je ne trouve pas la même préoccupation journalistique
pour les vêtements de Lloyd George, Clemenceau ou tout autre dignitaire !
- Mais vous savez ce que disent les Américains. - Qu'est-ce qu'ils disent ?
- Toute publicité est bonne.
- Eh bien, je suppose que si je veux me faire entendre je dois d'abord me faire voir.
- Qu'en penses-tu ?
- Pourrions-nous trouver quelque chose que Lisbeth fasse ici à Paris ?
- À quoi avez-vous pensé ?
- Étant donné sa passion pour la musique, peut-être elle pourrait étudier le chant ou le piano.
- Je vais m'intéresser. Pour combien de temps ? - Jusqu'à ce que je lui trouve un mari convenable.
- ... contribution à la guerre et à sa Grande Union.
- Les territoires roumains qui se trouvent actuellement sous l'occupation austro-hongroise.
- Au nom du Conseil Suprême, on a décidé
que les intérêts spéciaux de la Roumanie soient traités par des comités spécialisés.
Nous invitons les interlocuteurs suivants à prendre la parole.
- Messieurs, quelles nouvelles avez-vous des pourparlers de paix ?
- Votre Majesté, c'est une farce !
Les quatre grandes puissances coupent la carte du monde à leur guise.
- Maintenant que l'Empire Ottoman a disparu, les nouveaux pouvoirs la démantèlent
sans aucune considération pour personne.
- Y a-t-il des nouvelles sur ma rencontre avec le Premier ministre Clemenceau ?
- Des milliers d'excuses, Votre Majesté. Permettez-moi quelques jours de plus.
Il semble que Clemenceau m'évite.
« Le Tigre », comme ils l'ont appelé sait exactement ce que je veux de lui.
« Le Tigre » ?
- Majesté, vous avez un appel téléphonique de prince Știrbey de Buftea.
- Un moment.
- S'il vous plaît, arrangez la rencontre !
- Merci.
- Mon cher Barbu ! Quelles nouvelles as-tu de la maison ?
- Carol est parti en Transylvanie et Zizi est restée à Bucarest.
Apparemment, elle ne s'est pas sentie à la hauteur pour un tel voyage.
- Oui, j'ai parlé à Nando hier. Il était plutôt tendu.
- Le gouvernement le tient responsable de ton voyage à Paris.
- Mais je pensais que tout le monde avait accepté ?!
- Oui et non. L'opposition proteste :
Maintenant que « Le peuple meurt de faim La Reine fait la fête à Paris. »
- Oui, j'ai lu ça. Veuillez informer le gouvernement que
le premier chargement d'aides part pour la Roumanie demain.
Des vêtements pour les pauvres et de la nourriture.
Des médicaments et des équipements pour les hôpitaux vont suivre.
- Cela les apaisera un peu.
- Merci d'être direct, comme d'habitude ! On se reparle bientôt.
- Bonne chance !
- Merci.
- C'était le chef de cabinet de Clemenceau, le Général Mordacq.
« Il est impossible, Votre Majesté, de gaspiller plus de 20 minutes. S'il vous plaît, comprenez-le. »
20 minutes, ce n'est pas beaucoup.
Messieurs, j'ai besoin de toutes les informations que vous avez sur « Le Tigre ».
- Du café, Votre Majesté ? - Du thé, s'il vous plaît.
- Je m'excuse, j'oublie toujours d'où vous venez.
- Apporte du thé, s'il te plaît !
- Que pensez-vous sur Paris, Votre Majesté? - C'est splendide, mais incroyablement encombré.
- Il l'est, vraiment.
- Monsieur le Premier ministre, nous remercions la France
pour l'aide accordée pendant la guerre.
Comme vous le savez, des milliers de soldats ont donné leur vie sur le front,
mais il semble que leur sacrifice a été en vain.
La Roumanie s'est réjouie auparavant du respect et de la faveur du peuple français,
donc je suis étonnée de découvrir
qu'elle ne bénéficie pas du tout de l'attention qu'elle mérite dans les pourparlers de paix.
- Votre Majesté, la Roumanie a signé l'année dernière le traité de Bucarest avec les allemands,
ce qui a été une erreur colossale.
Donc, les alliés ne se sentent plus obligés
à respecter les promesses territoriales de 1916 !
- Monsieur, je vous rappelle que le traité
a été signé sous occupation allemande et n'a jamais été ratifié par le roi.
Nous avons été abandonnés et pressés,
nous avons attendu en vain de l'aide de la France et de l'Angleterre.
Malgré tout cela, nous sommes restés fidèles aux Alliés.
Le roi a dû agir même contre sa propre famille, monsieur Clemenceau
et vous vous accrochez toujours au traité non officiel avec l'Allemagne ?!
Pardonnez-moi, Monsieur Clemenceau, cela ne vaut pas la peine
de gaspiller ni une minute de plus de votre temps limité !
- Votre Majesté, pas besoin de pleurer.
Il ne sert à rien de précipiter ces questions importantes.
Veuillez vous asseoir.
Pour vous j'ai tout le temps du monde.
La politique est un jeu assez complexe.
Mais vous, vous apprenez vite. N'est-ce pas ?
- Je suis venue devant vous comme une femme simple,
qui est en même temps la Reine d'un pays ravagé par la guerre.
J'espère qu'un homme avec votre position et influence
peut m'aider à lui faire justice, Monsieur Clemenceau.
- Justice? Qu'est-ce que c'est la justice, exactement ?
Juste ce qui serait censer de nous appartenir :
la Transylvanie jusqu'à la Tisza, la Bessarabie, la Dobrogée et le Banat.
Tous les territoires avec population roumaine.
- Juste ça ?
- La Bessarabie est un problème russe, mais je pense que quelque chose peut être arrangé.
La Dobrogée est déjà en discussion, probablement la Roumanie va la récuperer.
La Transylvanie est une autre affaire,
les relations avec la Hongrie se détériorent en ce moment.
- Mais tout le Banat ?
Vous demandez la part du lion, n'est-ce pas, Votre Majesté ?
- Voilà pourquoi, monsieur le Premier ministre,
La Lionne est venue voir son cousin, le Tigre !
- Même si je ne peux pas vous faire aucune promesse, vous avez toute mon admiration.
- Je suis flattée par votre admiration, mais je veux quelque chose de plus concret.
- Je vous remercie pour votre temps, Monsieur le Premier ministre.
Mon cher Nando, j'ai eu aujourd'hui mon premier grand test.
J'ai eu une entrevue avec Clemenceau.
Nous avons été assez directs l'un avec l'autre,
mais je ne suis pas sûre qu'il veuille ou qu'il puisse nous aider.
Je voudrais tellement que tu sois ici, avec moi,
tu l'aurais sûrement fait comprendre mieux que moi notre misère.
Tes conseils me manquent tellement !
J'espère qu'il sera plus facile avec mes compatriotes.
Aujourd'hui, j'ai rendez-vous au déjeuner avec Lloyd George.
- Ileana, mon amour, que s'est-il passé ? - J'ai fait un mauvais rêve !
- Qu'est-ce que tu as rêvé ? - Je ne m'en souviens pas.
- Ça va, elle restera avec moi. - Bonne nuit, Votre Majesté.
- Ce n'était qu'un rêve. Maintenant tu es avec moi. D'accord ? Viens.
- Cela nous arrive dans la vie aussi,
nous avons de mauvais rêves, mais heureusement, nous avons aussi de bons rêves.
Le secret est de garder les bons rêves et d'oublier les mauvais rêves.
- Cet arrangement à la table, Lloyd George l'a fait exprès !
- C'est vrai, les pays des Balkans sont tous pareils, ils ne savent pas ce qu'ils veulent.
- Au contraire, monsieur le Premier ministre, la Roumanie sait très bien ce qu'elle veut.
Vous avez probablement écouté le discours de monsieur Brătianu aux pourparlers de paix.
- Oui, oui. C'était un discours plutôt... magnifique !
- Votre Majesté, j'ai entendu dire que vous vous réjouissez de merveilleuses vacances à Paris.
Je suis content que vous ayez de la chance pour un si beau temps.
- Nous savons bien que nous ne sommes pas ici pour parler de la météo, monsieur le Premier ministre !
- Non, non, c'est vrai.
J'ai découvert que vous avez également reçu les distinctions de l'Académie des Beaux-Arts.
Mes félicitations, ma'ame.
- La question est de savoir si les Britanniques vont honorer
les sacrifices faits par le peuple roumain pendant la guerre.
- Le Roi George V serait mieux en mesure que moi de vous répondre.
- Comme nous le savons tous, mon cousin n'a pas pu venir.
Par conséquent, j'adresse ma demande directement à vous, monsieur,
que les besoins urgents de la Roumanie soient considérés.
- Je vais la transmettre. - À qui plus précisément ?
- Vous avez entendu les dernières discussions à propos des Arabes ?
Il semble que maintenant nous sommes coincés à cause de quelques acres de désert.
C'est ridicule.
- Faites attention où vous tracez les frontières, monsieur le Premier ministre.
Les conséquences pourraient être ressenties encore cent ans d'ici.
- Nous vous remercions pour la généreuse invitation au déjeuner!
Malheureusement, nous devons partir. D'autres délégations nous attendent,
des gens qui prennent au sérieux le destin de la Roumanie.
- Encore un peu de vin, messieurs ?
- Votre Majesté ! - Comment s'est passée la rencontre ?
- Majesté !
- Paris vous aime !
- Que puis-je faire pour vous ?
Le traité de paix est rédigé par les Quatre puissances, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Italie,
et soumis pour être signé aux délégués.
- Elena...
s'il te plaît, occupe-toi de mes bagages. Nous partons à Londres.
- Bien sûr, Votre Majesté.
- Vous demandez même la part du lion, n'est-ce pas, Votre Majesté ?
- S'il te plaît, n'improvise pas.
- Et si tu devais rejoindre ce combat...
- Les Britanniques vont-ils honorer les sacrifices du peuple roumain pendant la guerre ?
- Le Roi George V serait mieux en mesure de vous répondre.
LONDRES, LE PALAIS BUCKINGHAM
- Ma chère May, on ne s'est pas vues depuis des siècles.
- C'est vrai. Oui, c'est vrai. Mais dis-moi, Marie, c'est comment à Paris ces jours-ci ?
- Terriblement encombré.
Tu te souviens de l'exposition ? Trois fois plus encombré.
- À cause des Allemands, les bâtards. Ils ont presque détruit l'Europe.
- Oh là là, oh là là, Je suis le garçon qui peut tout faire,
Voilà le bâton pour le p'tit Nic, Qui ne peux rester en arrière
Mais doit entendre ma prière !
C'est bizarre, c'est bizzare,
Le bâton a disparu! Et tout est perdu ! C'est comme ça qu'on doit le faire !
- Bien sûr, demande-lui !
- Pourquoi tu t'appelles Windsor ? - Viens ici, princesse. Je vais te l'expliquer.
- Vas-y, vas-y !
- Houp-là!
- Pendant la guerre, les Allemands ont bombardé Londres
avec un grand avion, Gotha G IV, un nom qui ressemblait à une partie de notre nom.
‒ Saxe-Coburg et Gotha ! ‒ Exactement.
- À cause de la guerre, personne n'aime plus les Allemands ici,
donc il y a deux ans, nous avons décidé de changer notre nom en « Windsor ».
- C'est toujours ces allemands, les connards ! Ils n'apportent que des problèmes.
- Mon cher, laisse-moi te rappeler que toi aussi tu as du sang allemand.
- Nous sommes les Windsor depuis quelque temps !
Nous ne sommes pas et nous ne serons plus jamais des allemands !
Nous l'avons fini, c'est une nouvelle ère pour notre famille !
‒ Mais pourquoi Windsor ? ‒ C'est un château magnifique.
- Quand tu vas te marier, tu vas vivre là-bas avec ta femme ?
- Eh bien, si elle le voudra...
- Et qui va la choisir ? Tes parents ?
- Ma princesse, j'ai l'intention de choisir ma femme seul.
- Je te dis que ce n'est pas fini !
- Est-ce que tu sais? Nicky a reçu le permis, et il sera ici samedi.
- C'est super !
- C’est formidable de te voir ! - Mignon, c’est formidable de te voir !
- Aimes-toi Londres ? - Oui, beaucoup. Merci.
- May, j'ai pensé... pouvons-nous trouver une bonne école pour Mignon, ici, à Londres ?
- Je suis contente que tu y penses. Nous pouvons certainement trouver quelque chose qui lui plaise.
- Dis-moi, Marie ! Qu'est-ce qui te préoccupe ?
- La Roumanie a terriblement souffert à cause de la guerre et d'une certaine manière, c'est de ta faute aussi.
Nous avons compté sur l'aide de l'Angleterre quand nous étions en état de siège !
- Malheureusement nous n'avons pu rien faire.
- Je ne te demande pas de revenir en arrière. Je te prie de nous aider maintenant.
- Je t'envie, tu luttes avec une telle passion pour ta Roumanie !
- George, ne me prends pas de haut. Toi aussi tu luttes pour ton pays.
- Oui, mais je suis né ici !
J'ai hérité de la couronne de ma famille, ils sont tous nés ici, depuis des générations.
Je connais les coutumes, les jeux politiques, les perspectives et le caractère de l'entourage.
Mais toi ?
Tu t'es attachée à un pays complètement étranger et tu lui as donné tout ton coeur !
- George, fais quelque chose pour nous aider, s'il te plaît !
- Tu sais que je ne peux pas en faire trop, on est une monarchie constitutionnelle, comme vous.
Je pense que je peux parler avec ton vieil ami, Churchill.
Mais Marie, à l'avenir, s'il te plaît empêche vos politiciens de signer des traités avec, avec... les allemands !
- Merci, George. Merci.
- Je lui ai dit : arrête de me parler comme ça, tu me souviens de mon premier mari !
- Merci !
- Merci d'être venus.
‒ Marie, ma chérie ! ‒ Nancy !
Quelle joie de te revoir ! Merci !
Non, merci !
- Joe, mon cher ami ! - Votre Majesté !
- D'une année à l'autre vous êtes de plus en plus belle !
- Et toi Joe, de plus en plus charmant !
- Nancy, où est Waldorf ? Je pensais qu'il allait venir avec toi.
- Malheureusement, il ne s'est pas senti bien. Il m'a dit de l'excuser.
Dis moi ce que tu as réalisé à Paris jusqu'ici.
- Pas grande chose, comme si je me heurte à un mur de briques.
- Il est temps que les femmes fassent entendre leur voix directement !
Je ne m'arrête pas avant de recevoir un siège au Parlement de Londres !
Et toi, Marie, tu dois expliquer ce qu'il faut faire pour ton pays
à partir d'une position officielle, et non pas des salons, des restaurants et des hôtels !
- Votre Majesté… - Merci.
- Les monarques ne peuvent pas faire ce que font les politiciens. Tu le sais et c'est la même chose ici.
- Qui t'as donné le plus du fil à retordre ?
- Qui ne m'en a pas donné ? Lloyd George m'ignore avec arrogance.
Clemenceau se cache derrière sa politesse,
et Wilson est simplement inaccessible.
- Laisse Lloyd George affronter ton autorité de Reine.
Tous les hommes anglais sont pareils,
réprimande-les durement et ils vont s'incliner devant les supérieurs.
Et qu'en est-il de Wilson, monsieur Boyle ?
- D'une part, il est un conservateur bien connu,
et d'autre part il respecte beaucoup
les femmes énergiques qui n'ont pas peur de se battre pour leurs idées.
Et votre Majesté, vous êtes certainement une femme puissante.
La politique est un jeu tellement compliqué.
- C'est vrai, ma chérie, tu ne peux pas jouer le jeu si tu ne connais pas bien les règles.
- Je suis sûr que vous allez entrer dans le jeu pour gagner.
- Les amis, les invités, rapprochez-vous ! Je voudrais vous présenter un cher ami.
L'aventurier intrépide.
L'archéologue audacieux. - Pardon ?
L'entrepreneur prospère.
Le guerrier galant omniprésent.
Mesdames et Messieurs, je vous présente monsieur Joe Boyle !
- Aucun sacrifice n'est trop grand pour Votre Majesté !
- Joe, j'ai vraiment besoin de ton aide.
- Je suis entièrement à votre disposition,
mais maintenant je veux vous enseigner une nouvelle danse.
- Voyons.
1-2-3. Par ici et encore une fois. Très bien !
Ma Marie, je ne veux pas t'inquiéter, mais je dois être honnête.
Le danger hongrois en Transylvanie s'est empiré.
Les bolcheviks hongrois ont traversé les frontières
et ils dévastent des villes et des villages entiers.
Le roi a déjà fait appel au Général Berthelot pour de l'assistance militaire.
Nous devrons peut-être ramener Carol à Bucarest.
Essaie de gagner le plus d'alliés que possible pour la cause de la Roumanie,
sinon notre pays va s'effondrer.
Je t'admire de tout mon coeur.
Je t'aime, ma Marie.
- Et il a un château ? - Oui, un grand et beau château.
- Et comment s'appelle-t-il ? - Il s'appelle David.
« David » est un nom merveilleux.
- Je suis très contente.
- Oui, moi aussi. - Moi aussi.
- Nicky ! Nicky !
- Comment ça va ?
- Un jour, j'épouserai David. - Vraiment ?
- Bonjour, maman. - Nicky ! Te voilà...
Si mignon ! Prends place, prends place !
Enfin, nous pouvons parler tranquillement. C'est tellement déprimant quand George est ici.
- En fait, j'aime bien. - Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Juste ce que j'ai dit. J'aime bien Eton,
je me suis même fait des amis, je ne veux pas retourner en Roumanie.
- Pourquoi ?
- Ici je me sens comme si la guerre n'a pas du tout existé
C'est tellement civilisé !
J'ai détesté les terribles années de guerre, notre misérable exil à Jassy.
Pourquoi voudrais-je retourner dans ce pays pauvre, moche, en retard de notre époque ?
Qu'est-ce que je pourrais faire à Bucarest, entouré de petits politiciens
qui ne font que se disputer ?
Mon propre frère n'a pas d'amour du tout pour moi, Maman !
Tu veux que j'attende jusqu'à ce qu'il agisse sous cette impulsion ?
- Les enfants, allons-y un peu ! - Ileana ? Oui !
- Je n'ai pas d'avenir dans cet arrière-pays, Maman !
- Je ne te reconnais plus !
Bien sûr, je suis contente que tu sosis heureux ici en Angleterre.
Je ne suis pas surprise que tu vois comme ça notre guerre et l'exil...
Je peux même comprendre ce que tu ressens à propos de ton frère.
Mais ne sois plus jamais irrespectueux envers ton pays !
PARIS, FRANCE
- Majesté, le Premier ministre Brătianu.
- Merci.
- Votre Majesté !
- Monsieur Brătianu, veuillez vous asseoir. - Merci, je préférerais rester debout.
- Comment ça se passe à la Conférence de paix ?
- Personne n'ose dire mot tant que le président américain n'est pas convaincu.
Quand il ouvre la bouche, tout le monde se tait.
- Comment se fait-il ?
- Votre Majesté, depuis des mois on a la même routine :
tous les jours nous allons dans les salles de Quai d'Orsay, comme toutes les autres délégations.
Tout le monde réitère ses voeux, présente ses revendications encore et encore.
Nous négocions, citons des exemples historiques, nous mettons de la pression et que font-ils ?
Ils mangent, ils boivent, ils fument et nous ignorent tout simplement !
Et voilà un autre jour sans progrès, sans aucune décision !
- S'il vous plaît, pardonnez mon tempérament. Pour être honnête, j'aimerais pouvoir démissionner.
- Monsieur Brătianu...
- Je suis ici depuis beaucoup moins de temps et j'ai réalisé encore moins que vous, mais...
croyez-moi je démissionnerais moi aussi, si seulement je le pouvais.
- Votre Majesté, un télégramme de Lloyd George !
Ouvrez-le, s'il vous plaît !
- Il demande audience !
- Il vous attend demain à midi, au restaurant « La Tour D’Argent ».
- Non, non, non. - Votre Majesté...
- S'il vous plaît, dites-lui que nous nous rencontrerons ici, à la même heure, dans la Salle de Réception !
- Oui, Votre Majesté !
- Bienvenue, monsieur Lloyd George !
- Asseyez-vous.
- Voulez-vous un peu de thé ? Ou peut-être quelque chose de plus fort ?
- Une tasse de thé n'est que bonne. Merci.
- Votre Majesté, je comprends qu'il y a une affaire urgente ?
- Nous avons discuté de la situation actuelle autant avec le Roi George qu'avec monsieur Churchill.
Nous avons tous trouvé du temps pour arriver
à une bonne compréhension en ce qui concerne la situation politique de la Roumanie.
Je pense que vous avez également été informé à propos de ces informations.
L'affaire urgente est la même : la reconnaissance de la Roumanie Unie.
- J'ai promis à monsieur Churchill que je vais m'occuper de l'affaire de votre pays.
- Magnifique. Et ?
- Eh bien, en principe...
- La plupart de mes collègues considèrent
que la Roumanie Unie assurera la stabilité dans la région,
surtout maintenant, à la lumière de la menace bolchevique.
- Maintenant que vous avez compris parfaitement
notre point de vue que nous soutenons depuis trois mois,
quel pourrait être le problème ?
- Vous voyez, Madame, le président Wilson a une opinion inébranlable sur la Roumanie.
- Vous voulez dire que vous vous en remettez à l'autorité du président américain ?
- Je ne le dirais pas exactement en ces mots, Votre Majesté...
C'est compliqué, il y a beaucoup d'aspects diplomatiques subtils...
- Je connais très bien la diplomatie !
Je veux savoir quelle est la position de l'Angleterre vers la cause roumaine !
- Votre Majesté, nous lui accordons la plus haute importance !
- Bon.
- Merci, monsieur le Premier ministre, je dois dire que j'ai presque apprécié notre conversation, Monsieur.
Nous attendons avec impatience votre soutien véhément de la cause roumaine.
- Une dernière chose, je suis la nièce de la Reine Victoria.
Ne l'oubliez jamais !
- C'était vraiment intéressant.
- Monsieur Mișu !
- Une réponse du président Wilson? - Malheureusement, pas encore, Votre Majesté.
- Votre Majesté, si vous me le permettez...
Aujourd'hui même, à l'Atelier Franco-Américain il y a une rencontre avec les invalides de guerre et
l'invitée d'honneur est même la Première Dame Américaine, Edith Wilson.
- Votre Majesté !
Vous me permettez de vous présenter un cher ami ?
- Bien sûr, monsieur Moscovici.
- Monsieur Nelson Cromwell, le fondateur de cette initiative philanthropique.
- Enchantée, monsieur Cromwell.
- Majesté, c'est un honneur spécial pour moi.
- J'espérais avoir la chance de faire votre connaissance !
- Monsieur Cromwell, vous avez tout mon respect pour votre initiative philanthropique !
- Merci, Votre Majesté ! Me permettez-vous de vous présenter la Première Dame ?
- Évidemment, monsieur Cromwell! J'en serais ravie.
- S'il vous plaît, par ici.
- Votre Majesté, madame Edith Wilson, la Première Dame des États-Unis.
- Madame Wilson, Sa Majesté, Reine Marie de la Roumanie.
- Enchantée de vous connaître, madame Wilson. - Le plaisir est à moi, Votre Majesté.
J'ai entendu dire que vous vous battez fort pour votre Roumanie.
- J'essaie.
- Madame Wilson, je veux être honnête,
je suis venue ici parce que j'ai besoin de votre aide.
- Bien sûr. Comment puis-je vous aider, Votre Majesté ?
- Depuis mon arrivée à Paris,
j'ai essayé, mais en vain, d'obtenir une entrevue avec votre mari.
Je ne veux pas trop imposer,
mais pourriez-vous lui dire un bon mot pour moi ?
- Considérez que c'est fait.
Je vais prendre soin que mon mari trouve le temps
pour parler à la Reine Marie, l'Héroïne de la Roumanie.
- Merci !
- Une photo ? Pourquoi pas ?
« Le Lys de la Vie »
Je pense que Loie Fuller a été incroyable !
- J'ai beaucoup aimé le conte de fées de Votre Majesté !
Elle a été merveilleuse, n'est-ce pas ?
- Non, non! Du café, du café.
Je comprends, monsieur le Président, que votre temps est très limité,
alors permettez-moi de souligner immédiatement quelques problèmes.
Tout d'abord, j'admire beaucoup votre idée visionnaire de la Ligue des Nations.
- C'est un projet primordial pour la paix future dans le monde.
- C'est un de mes projets spéciaux.
Et c'est essentiel, surtout pour les petits pays.
Qui resteront petits, on l'espère.
- Je pense que la Ligue des Nations donnera un peu plus de force
aux pays qui se confrontent avec le chaos laissé par la guerre,
et surtout maintenant, avec la menace bolchevique.
Je veux vous rappeler le rôle essentiel
d'une grande et puissante Roumanie dans la lutte contre cette menace.
- Le problème de l'unificaton de la Roumanie a déjà été discuté plusieurs fois dans les pourparlers de paix.
- Cependant, qu'en est-il de votre ministre... comment s'appelle-t-il ?
- Ion Brătianu.
- Oui, lui. Ni les français ni les anglais ne m'ont pas convaincu.
Maintenant, avec tout le respect que je vous dois, croyez-vous que vous pourriez me faire changer d'avis ?
- Ne pensez-vous pas qu'il serait mieux
de rester la Reine que tous les journalistes aiment et admirent
et de laisser la politique aux politiciens ?
- Monsieur le Président, j'imagine
que vous êtes submergé par les dizaines de demandes reçues quotidiennement
et que ce n'est pas toujours facile de prendre les bonnes décisions.
- C'est vrai. Depuis des mois nous recevons des délégations de tant de pays différents.
Tout le monde veut de nouvelles frontières,
mais la plupart de leurs demandes sont purement utopiques !
En fait, il serait mieux pour l'Europe de devenir une fédération, comme les États-Unis.
Un congrès, un président, beaucoup moins de problèmes !
- Exactement ! C'est pourquoi
la solution la plus simple est de reconnaître la Grande Roumanie !
Surtout que c'est le désir de notre peuple.
- Votre Majesté, qu'en est-il des vos minorités ethniques ?
J'ai entendu dire que votre pays a de graves problèmes avec elles.
- Les minorités agitées sont une réalité partout dans le monde...
- Non, non, non, je parle de la Roumanie,
de vos minorités et de leur accorder la citoyenneté roumaine !
- Vous connaissez bien sûr le rapport de monsieur Brătianu et
vous vous rappelez que nous avons eu de tels problèmes pendant l'occupation allemande.
Jusqu'à présent toutes les minorités ont reçu leurs droits.
- Écoutez, pourquoi ne venez-vous pas vous convaincre seul ?
J'aimerais beaucoup que vous et votre femme visitiez mon pays.
Bien sûr, j'aimerais vraiment
vous recevoir dans une Roumanie pacifique et unie.
- Je ne sais pas si c'est entièrement approprié à ce moment-ci...
- Monsieur le Président, c'est un pays merveilleux.
Dès montagnes avec des pentes douces jusqu'au delta du Danube,
dès forteresses laïques aux magnifiques monastères du nord.
Ne parlons plus de la richesse naturelle :
des terres fertiles, des forêts vierges, des eaux et beaucoup, beaucoup d'huile.
- Je vois. Eh bien, si votre pays est si riche
alors pourquoi les gens meurent de faim ?
- Parce que les richesses de mon pays ont été pillés par les allemands !
Et maintenant, le danger bolchevique
peut se répandre comme la peste partout en Europe.
Je vous rappelle, monsieur le Président, même l'année dernière
ils ont détruit la famille Romanov, une partie de ma famille !
Donc c'est dans l'intérêt de toutes les nations européennes,
mais aussi des États-Unis, de les arrêter.
Et vous comprennez pourquoi je ne peux et je ne vais pas me reposer
avant de soulager la souffrance de mon pays !
Avec ou sans votre aide !
- Votre Majesté, vous savez faire écouter votre message.
Je vais voir ce que je peux faire.
- Merci.
- Nando, je voulais t'appeler, mais...
- Tu voulais m'appeler ?
- Je m'excuse, que veux-tu dire ?
Quand voulais-tu me dire que tu as été d'accord que nos filles déménagent dans d'autres pays ?
Et que tu as pris toi seule la responsabilité de décider de leur destin ?
- Je ne pensais pas que tu en étais intéressé.
- Tu as mal pensé ! Je suis intéressé !
- Tu ne penses pas que tu as de plus grandes préoccupations que l'endroit où Mignon et Lisbeth seront éduquées ?
- Ma préoccupation maintenant est que tu prends trop de décisions toute seule !
Rappele-toi que ta tâche principale est d'être une bonne mère pour tes enfants !
- Nando, de quoi s'agit-il vraiment ?
- Je me sens très isolé, Missy.
Mon premier ministre est parti depuis des mois.
Je passe mes journées à attendre des nouvelles, et les nuits tout seul,
en refléchissant encore et encore aux mêmes pensées.
J'ai besoin de toi ici, Missy, à côté de moi.
- Je comprends, Nando.
Je rentre à la maison.
- Merci, mon cher ami. Vous avez été d'une grande aide à notre cause.
- Je savais que vous alliez conquérir Paris.
- Merci, monsieur Brătianu. - Votre Majesté.
- Monsieur le Premier ministre, quel honneur de vous revoir !
- L'honneur est à moi ! Vous serez toujours bienvenue.
- Je reviendrai peut-être dans des moments plus heureux.
- Réjouissez-vous, Votre Majesté !
Vous avez fait une impression ici, peut-être même plus que vous ne le pensez.
Laissez-moi vous donner un conseil, du Tigre à la Lionne.
Ne jamais abandonner le combat !
- Merci !
- J'ai donné à mon pays une image énergique, vivante !
J'ai les promesses du président Woodrow Wilson, des Premiers ministres Clemenceau et Lloyd George
qu'ils reconsidéreront leurs positions concernant la Grande Roumanie.
Et nous sommes revenus, comme vous le savez, avec de la nourriture et de l'équipement.
- Bravo !
Bravo, Maman.
- Quoi, tu n'attendais pas des applaudissements ?
Je pensais que tu les attendais.
Voyons voir, tu es retournée de Paris avec les promesses des politiciens.
Et tu les as crues ? Et maintenant tu t'attends à ce que nous les croyions aussi ?
Laisse-moi te dire la vérité à propos de ton voyage, Maman.
- C'était inutile !
Et le pire, alors que tu te baladais à Paris,
nous nous battions et nous nous battons encore ici, en Transylvanie !
Peut-être tu étais trop occupée à étaler tes nouveaux vêtements dans toutes sortes de restaurants.
Eh bien, laisse-moi te dire que Béla Kun et ses bolcheviks sont arrivés à Budapest
et tuent des gens à gauche et à droite !
Ça c'est vraiment « une image vivante », n'est-ce pas ?
Quoi ? Ils ne te l'ont pas dit ?
Peut-être ils ne voulaient pas ruiner ta fête.
Mais je te le dis maintenant : ton voyage a été une terrible perte de temps et d'argent !
- Est-ce que tout le monde ici est d'accord ?
- Quel est le problème, Papa ? Tu t'es fâché aussi ?
- Laissez-moi un peu, s'il vous plaît.
- Cher Nando, je pense que c'est mieux pour nous deux que je reste à Pelișor pendant un certain temps.
Comme ça je peux être seule avec mes pensées et analyser la situation de plus près.
Je suis retournée du combat le plus dur de ma vie,
plus lourd que l'exil, la guerre, les hôpitaux sur le front,
et j'ai osé croire que j'ai gagné.
À Paris j'ai enduré la superficialité, la malveillance,
le mépris, la malhonnêteté,
sans perdre mon calme parce que je savais combien mon peuple avait besoin de la victoire.
Quand je l'ai enfin obtenue et je l'ai rapportée à la maison comme un cadeau précieux,
mon propre fils et mon propre mari m'ont écrasé plus douloureusement
que toute indifférence que j'ai dû endurer à Paris.
Trop de fois j'ai écouté tes besoins et désirs, Nando.
Trop de fois j'ai écouté mon sens du devoir
et ma confiance dans l'équipe que nous étions une fois, toi et moi.
Mais c'est fini.
Maintenant je vais me donner ce dont j'ai besoin, du temps et de la distance, autant que j'en ai besoin.
Et à la fin j'espère que je trouverai la voie à suivre.
- Viens, viens !
- Vous êtes allés dans la forêt ? - Oui.
- Et qu'est-ce que vous avez trouvé ? - Des escargots et des fleurs.
- Et quoi d'autre ? - Plus de fleurs.
- Et est-ce que vous avez passé un bon moment ? - Oui.
- Et qu'est-ce que vous avez cueilli ? - Des fleurs.
- Et quoi d'autre ? Qu'est-ce que vous avez cueilli ?
Allons-y les enfants.
- Avant de dire quoi que ce soit, s'il te plaît, écoute-moi !
Je sais que tu as besoin d'espace. Je sais que tu es blessée et déçue.
Tu as écrit cela clairement dans la lettre, mais pouvons-nous en parler ?
- Tu sais ce qui est ironique, Missy ?
Ils nous admirent tous, mais ils n'ont aucune idée sur ce que nous avons traversé pour arriver ici.
Nous n'avons même pas décidé de nous marier.
On se connaissait à peine, te souviens-tu ?
Et je ne devais même pas avoir ce trône.
Nous avons dû venir dans ce pays étranger. L'oncle Carol, la guerre...
Mais au total, je pense que nous nous sommes bien débrouillés.
Nous avons cinq enfants en bonne santé.
Et le plus important c'est que nous sommes restés ensemble.
- Écoute, Missy, je te demande pardon parce que j'ai été injuste avec toi.
Tu mérites plus. Tu mérites tout l'amour et toute l'admiration du monde.
Je dois être honnête, je suis reconnaissant de t'avoir dans ma vie en tant que partenaire,
en tant que mère de mes enfants, en tant que ma Reine.
J'admire ta confiance et ton énergie.
Je suppose que ce que je veux vraiment dire c'est que...
je t'aime, Missy. À ma manière, mais de tout mon cœur.
Je pense vraiment que main dans la main, nous sommes plus forts ensemble.
- Cependant, je suis venu te dire quelque chose de plus. - Quoi exactement ?
- J'ai de bonnes nouvelles de Paris, de Saint-Aulaire.
- Il semble que le destin nous sourit,
Contre toute attente, tu as réussi !
Tu as gagné, Missy ! Tu as gagné !
- Et tu me le dis maintenant?
- Si je te l'avais dit depuis le début, tu n'aurais pas écouté le reste.
En juin 1919,
le traité de Versailles a mis fin à la Première Guerre mondiale.
Les Alliés ont reconnu l'union de tous les territoires roumains.
En juin 1920,
après des centaines d'années, le rêve d'une Roumanie Unie est finalement devenu réalité.
À cette époque-là, la Roumanie a réussi d'avoir
les frontières les plus larges qu'elle ait jamais eues.
En octobre 1922, à Alba Iulia
Le Roi Ferdinand et la Reine Marie ont été couronnés les Rois de la Grande Roumanie.
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