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Original subtitles

C'est rien, mon mignon, c'est la corne de brume.

S'il te plaît !

Quoi ?

Tu m'en accroches un ?

Un quoi ?

Un crabe.

Tu as la frousse ?

Ah, c'est marrant de pêcher avec une femme !

Enfin...

Un beau, là, tiens.

J'en ai un !

T'es une vraie championne !

Tu me le décroches ?

Décidément.

T'es une trouillarde !

Non.

Si on faisait l'amour ?

Ici ?

Il y a rien de mal.

Si quelqu'un arrivait ?

Il en profiterait. Il ne viendra personne.

J'en ai tellement envie.

C'était beau. On reviendra.

Oui, on reviendra.

On reviendra.

Où est-ce que tu vas, papa ?

Chercher des bûches.

Est-ce que je peux venir avec toi ?

Tu ferais mieux d'aller au lit. Il est presque 9 h.

Pour une fois !

Oui, pour une fois.

Je connais votre rengaine. C'est tous les soirs pareil.

Elle a quand même six ans.

Elle voit ses copains se coucher de plus en plus tard.

- Non. - C'est pas sa faute.

Non. De cinq minutes en cinq minutes, elle finira ses nuits chez Castel.

Allez, mon chéri, tu ranges tes affaires et tu vas au lit.

Bonsoir, mon bébé. Bonsoir, mon chéri. Fais dodo.

Papa, tu me racontes une histoire ?

Moi, j'éteins.

Tu ne veux vraiment pas dormir ?

Non, une histoire.

Nixon ou Brejnev ?

- Non. - Quoi, alors ?

Tu sais bien.

Dis donc, ce ne serait pas le...

Oui, papa, tu as trouvé !

Le petit...

Oui, papa !

Le petit...

Tu as trouvé !

...chaperon.

Oui, papa, tu as trouvé.

Quel petit chaperon ? Quelle couleur ?

Rouge !

Tu t'ennuies ?

Non, pas du tout.

Pourquoi tu me demandes ça ?

Tu sais que ça se fait pas, de couper sa salade ?

Je m'en fous !

Tu m'aimes encore ?

Oui.

Depuis huit ans ?

Oui.

Tu es folle !

Et toi ?

Ça te ferait de la peine si je couchais avec une autre fille ?

Comment veux-tu que je sache ?

Autrement dit, il faudrait que j'essaie ?

Philippe ?

Oui ?

Ça t'est déjà arrivé ?

Oui.

Souvent ?

Cinq ou six fois, quand tu étais en voyage.

C'est classique, c'est pas grave.

C'est toi qui le dis.

Non, c'est tout le monde.

Oui, tous les hommes.

Écoute, épargne-moi les lieux communs, mais

c'est comme fumer une cigarette ou boire un verre.

Et toi ?

Quoi, moi ?

Ça t'est arrivé aussi ?

Tu sais bien que non !

Comment tu peux me demander des trucs pareils ?

Il y a tant de choses étranges, complètement inexplicables.

On tomberait à la renverse, si on savait.

Regarde-moi dans les yeux.

Je t'en voudrai pas.

Ça n'aura aucune importance, on n'en parlera plus.

Ça t'est vraiment jamais arrivé ?

Jamais !

Qu'est-ce qui te prend, ce soir ?

Rien. Ça m'est venu comme ça.

Mais c'est le moment ou jamais de me répondre.

Si je l'apprenais un jour, je t'en voudrais à mort.

Eh bien ?

Non.

Esther ?

Oui ?

- Tu devrais essayer. - Quoi ?

Si tu rencontres un autre type.

Coucher ailleurs,

pour les gens, ça veut dire tromper. Prouvons-nous que c'est faux.

Qui vient ce soir ?

Katkof, Isabelle, Michel, Fernand.

Ça pique !

Qui encore ?

Annie, François et son copain.

Quel copain ?

J'ai complètement oublié son nom.

Le brun, plutôt maigre, qui arrive de Tokyo.

Il m'énerve, celui-là.

C'est le petit mec dans le coup, je l'aime pas beaucoup.

Oui, moi non plus.

C'est le genre de type qui parle par procédés, par tics.

Je sais pas, "parano,

"la défonce, quel pied".

Que nous fais-tu de bon, ce soir ?

Une blanquette de veau.

J'adore la blanquette de veau.

Mets beaucoup de citron.

Oui, je sais.

Toujours !

C'est pas assez réduit.

Surtout, fais gaffe, force pas la flamme,

ça durcirait la viande.

Juste avant de servir,

tu verseras la sauce dans une casserole, à feu très vif.

- Et si tu vois que ça attache... - Je sais !

C'est pas la peine de hacher si fin, tu fais de la purée.

Quand je commence, je vais au bout.

Les voilà !

Garde ton tablier, qu'est-ce que c'est que ces manières !

Bonjour.

Salut, les enfants, ça va ?

Tequila et triple sec.

- Vous avez du citron ? - Là-bas.

On va se faire des margaritas et se bourrer la gueule.

Bonjour, mon petit bonhomme, comment tu vas ?

Bonjour, ma chérie, ça va ?

Tout ce beau monde est là.

Tu en as, un beau tablier !

Bonjour.

Bonjour, toi.

On peut pas travailler ici.

Écartez-vous de mes fourneaux !

Allez, viens.

Louise, vous venez avec moi.

Michel, dépêche-toi, on a soif.

Bon alors, si tu nous mets dehors...

Viens !

Tu connais Habib ?

Vous arrivez de Tokyo, il me semble ?

On a dû se voir une ou deux fois.

Chez Castel, peut-être.

Sûrement, oui.

J'oublie régulièrement ce que j'y fais.

Il a apporté sa guitare.

Ça ne m'étonne pas.

Esther, le presse-citron est où ?

- Il est là. - Tu vas voir ce que tu vas voir.

Il fait des margaritas.

Dis-moi où est le sel et je t'emmerde plus.

- Là, sous l'évier. - Merci.

- Annie, une assiette, s'il te plaît. - OK.

Tiens, mon petit. Voilà ! Tu veux que je t'aide ?

Oui. Lave ça, et proprement.

Monsieur ?

Je peux aller avec toi ?

Tu as pas encore dîné ? Elle a pas encore dîné ?

Si, un artichaut, un steak haché et un yaourt.

- Elle a tout fini. - C'est bien.

C'est bien, mon bébé. Maintenant, tu vas au lit.

- Vous la mettez au lit ? - Tu viens avec moi ?

Je peux pas, j'ai plein de travail.

Dis-moi bonsoir.

Allez.

Va dire bonsoir à papa.

C'est ça, viens me dire bonsoir.

Tu me racontes une histoire ?

Je peux pas toujours te raconter des histoires.

Demain, je te promets.

C'est la plus heureuse, elle va déjà se coucher.

Attention, les copains, ça va faire mal.

Tu t'es fait attendre.

Toute nudité sera châtiée.

On s'est trompé d'histoire d'amour.

Le Sexe fou.

Il faut le faire, messieurs.

Garbo, ça, c'est pas mal, c'est souvenir.

Les défonceuses. Les maîtresses de vacances.

Toute une vie. La Bonzesse. Et Le Jour le plus long.

Le Jour le plus long.

Ça vous rappelle rien ?

- Ah, les mecs. - Quelle forme tu tiens !

Attends, c'est pas fini.

La vie sexuelle de la femme moderne.

Les défonceuses. Les caresseuses.

Attends. La Bonzesse.

Et Miss Innocence dans Les défonceuses.

Ça me plairait, moi !

Et L'Ironie du sort.

Et Deux Grandes Filles dans un pyjama.

Mon chéri, mon petit mignon.

Encore ! Encore !

Que ta peau est douce.

Encore.

Je tire les rideaux ?

Oui, à moitié.

C'est gentil !

Ferme un peu plus. J'ai mal aux yeux.

Des croissants, j'adore ça !

Tu vas te régaler, ils sortent du four.

Où sont les autres ?

Partis, il y a une heure.

Tu vas où ?

M'en parle pas !

Le type du génie rural vient inspecter les arbres malades.

J'ai plein de boulot.

Tu ressembles à un lama.

Je me demande bien en quoi.

Tu as un nez de lama.

Merci !

Toute personne ressemble à un animal. Toi, c'est un lama.

Tu es fière de ressembler à un lama ?

Si ça peut te faire plaisir !

Philippe ?

Oui ?

Tu m'aimes ?

Oui, tu es mon petit lama que j'aime.

Moi aussi, je t'aime.

Il m'emmerde, ce truc-là.

Je suis très heureux, même si ça te choque.

Comment trouves-tu Esther ?

Formidable, tu le sais bien.

Parfois, je me demande pourquoi je l'aime. Mais je l'aime.

Elle a des côtés qui me dérangent, mais ça n'a aucune importance.

Au fond, il y a que les faiblesses qui touchent vraiment.

Elle est belle et sensible.

Je pourrais la regarder sans arrêt.

Ils sont chers, vos melons. Ils sont même pas mûrs.

Ils sont pas chers, mes melons !

Donnez-moi plutôt un kilo de pêches.

Pourquoi tu ris ?

Je ris pas !

Menteur, je vois bien que tu ris.

Parce que tu dis des "pêches".

Comment ça ?

Tu raccourcis les voyelles longues : des "pêches", du "beurre".

Et tu fermes les ouvertes : du "chocolat".

Pas du tout.

Des "pêches", du "beurre", du "chocolat".

La prochaine fois, je ferai mon marché toute seule.

Fais l'expérience, achète du chocolat.

D'accord.

Madame, s'il vous plaît.

Je voudrais du...

Du quoi ?

Du chocolat.

41, 42, 43,

44, 45, 46,

47, 48...

J'aime bien cet endroit.

Je l'oublierai jamais.

Je suis très heureux.

Dénonciateur athénien, en dix lettres ?

Sycophante, avec Y et PH.

C'est dément, tu sais tout !

Tout le monde sait ce qu'est un sycophante.

Pas moi.

Parce que tu es une petite dinde.

Tu as recouché avec Habib ?

Oui.

J'aime pas ce type.

Parce que tu es un raciste !

Il est très gentil.

Peut-être, mais c'est son genre qui me casse les pieds.

À propos de pieds, comment baise-t-il ?

Terrible.

Tu es pas amoureuse de lui ?

Ça va pas !

Il me plaît bien, c'est tout.

Plus que les autres ? Que Michel ou Katkof ?

Je sais pas. Comment veux-tu que je sache ?

Ça me fait quand même drôle.

Ça fait drôle qu'on en soit venus là.

Mais non ! Vivons sans problème.

Tu parles en fille. Les hommes s'en posent toujours.

Dis-moi...

Oui ?

Ça va pas ?

Quelque chose te contrarie ?

On s'est promis de tout se dire. Il faut me le dire.

Bien sûr.

D'ailleurs, tout ira bien.

Tout ira bien si tu m'aimes toujours.

Mais je t'aime. Ça n'a pas de rapport.

J'espère que non.

Les autres mecs, les autres filles, c'est un remède préventif.

Il faut se le répéter sans cesse.

À propos, je me suis tapé Isabelle.

Ah ! C'était bien ?

Comme ça.

Sans plus ?

Tu es pas jalouse ?

Non.

Même pas un tout petit peu ?

Je peux pas dire que je suis folle de joie.

Je m'en fous.

Quand je pense qu'il y a un an, tu m'aurais arraché les yeux.

On était bêtes !

En sept lettres : verre pour borgne ?

Monocle.

Viens voir là.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Viens.

Qu'est-ce que tu as dans la main ?

Salaud, tu sais bien que je déteste ça !

Viens, je vais te montrer un truc.

Mais quelle horreur !

Tais-toi, c'est la vie.

Roule plus vite ! On a toute la smala à bouffer.

Tu sais quel jour on est ?

Non.

Le 27 juin.

- Et alors ? - Ça ne te dit rien ?

Rien du tout.

Tu deviens bizarre.

Dans le temps, tout était gravé dans ta tête,

Ies dates, les étapes de la vie.

J'avais tort.

Le passé est le passé. On vit pas pour ses souvenirs.

Pour quoi alors ?

Je me demande bien ce qu'on possède d'autre.

Je suis encore jeune. Je préfère penser à l'avenir.

Parce que tu crois que l'avenir, c'est la jeunesse ?

L'avenir, c'est la mort, ma pauvre vieille.

Le 27 juin, il y a un an, je t'ai dit qu'on était libres.

Voici, entre autres, ce que je mets au passif

de la science officielle :

pourquoi cache-t-elle les manuscrits hiéroglyphiques de l'île de Pâques ?

Pourquoi ne parle-t-elle pas des cartes vieilles de 30 000 ans

de la cité secrète de Patala,

de la capitale de l'empire de Mu ?

Pourquoi nie-t-elle la précision rigoureusement exacte

par rapport au méridien terrestre

de la coudée pyramidale ?

Qui a escamoté l'invention...

Qui est-ce ce type ?

Un copain de Habib.

Comment il s'appelle ?

- Rosco. - C'est son nom ou son prénom ?

C'est son nom, il cache son prénom.

Il a une théorie comme quoi le prénom est un truc magique

qui n'appartient qu'à soi, symbole d'identification, tu vois ?

...à juguler l'imagination,

comme si on avait peur des grandes synthèses initiatiques.

Un petit coup de pinard ?

Non, merci.

On passe au salon.

- Non, mais j'ai pas envie. - J'ai un ami qui a...

Fais gaffe.

C'est vrai, à 40 ans, il faut faire attention.

Comment ? Moi, du bide ?

C'est pas sympa !

Il est génial, non ?

Qui ?

Rosco.

C'est exactement le mot que je cherchais !

Tu as tort.

Il est capable de construire une bombe atomique tout seul,

sans outil.

Esther, dis pas de conneries !

Je te jure, tout le monde le dit.

Qui ça, tout le monde ? Habib ?

En tout cas, ses idées sur Mozart sont justes.

- Ce sont les mêmes que les tiennes. - J'ai oublié mes sèches.

- Mon chéri... - Excusez-moi.

N'importe quel imbécile finit par dire la vérité.

C'est comme une pendule arrêtée,

deux fois par jour, elle donne l'heure exacte.

- C'est déjà pas mal. - Va plutôt nous chercher à boire.

Je suis en forme.

Où est Esther ? À la vaisselle ?

Écoute,

tu devrais pas emmerder Esther à propos de Rosco.

Excuse-moi, j'ai tout entendu.

Qu'elle puisse prendre ce clown au sérieux, ça me dépasse.

Merde ! Je lui ai appris le bon goût.

J'ai essayé de lui inculquer un peu de sens critique

et la voilà qui donne dans la coudée pyramidale,

en attendant le zen ou je sais pas quoi.

C'est les filles, t'y peux rien ! Je te préviens, méfie-toi.

Et de quoi ?

Philippe, je t'en supplie, méfie-toi.

Arrête de faire le con. Non seulement, je me tairai pas,

mais je vais le faire chier toute la soirée.

Qu'est-ce que tu fabriques là ?

La vaisselle, tiens !

Il faut bien, tout le monde est rond.

C'est vrai, qu'est-ce que je tiens !

Ça, c'est vrai.

Allez, pousse-toi un peu.

Oh !

Bas les pattes ! Je travaille !

J'ai envie.

Ça va, je te connais. Laisse-moi travailler !

J'adore ton cul.

Comme disait mon grand-père, "on en a plein les pognes !"

Tu es un petit peu salaud sur les bords !

Comment tu fais pour Ie garder comme ça ?

Je te remercie, tu sais vraiment parler aux femmes !

Ah, non ! Arrête, je te dis !

Écoute, arrête.

Arrête, je t'en prie.

Arrête de gigoter comme une folle.

C'est le comble, alors.

Et, en plus, tu dépareilles mon service !

La liberté primordiale est dans l'absence de désir.

Il y a ce geste rituel des deux mains

sur les statues des dieux.

Je dénoue les cordons du vouloir.

Connerie !

Pourquoi une connerie ?

Parce que je le dis, et j'ai toujours raison.

Ce n'est peut-être pas suffisant.

La liberté est un lieu commun qui commence à m'emmerder,

exactement comme la pollution,

l'acupuncture ou la sociologie.

Ensuite, vouloir une chose engendre presque toujours son contraire.

C'est en instaurant la liberté

que la Révolution française a inventé le passeport.

Donne-m'en un autre, chérie.

Et, écoutez-moi bien, mon cher ami,

ceux qui parlent de liberté sont presque toujours des pauvres mecs

terrorisés par leur belle-mère

ou ficelés comme des saucissons.

Justement, ils désirent que ça change.

Pas vraiment.

Très peu de gens souhaitent réellement être libres.

Quand ils le sont, c'est pas toujours drôle.

La liberté, c'est le vide, avec l'angoisse du vide.

C'est la responsabilité, donc la solitude.

Ils se l'avoueront jamais,

mais ils préfèrent de beaucoup leur esclavage.

Ça, c'est la sécurité,

avec la paye, les primes, les assurances.

Un esclave est forcément mieux traité qu'un homme libre,

puisqu'il vous appartient.

On le bichonne, on le ménage, c'est une valeur négociable.

Pour vivre heureux, vivons aliénés.

La liberté, c'est des coups pied au cul.

- Je pense... - Il faut pas penser.

Je pense quand même qu'un homme comme Gandhi, qui a libéré son peuple...

Parlons-en, tiens !

Vous vous êtes baladé du côté de Calcutta,

en enjambant les cadavres,

les famines, les révoltes, les millions de morts ?

Elle est belle, la non-violence !

On ne peut pas nier que...

Votre mahatma a fait autant de morts que Hitler et Staline.

Vous buvez un coup ?

Non, merci.

Moi, oui.

Je vais au lit.

Tu l'as vexé.

- Qui ? - Rosco.

Je suis ravi.

C'était pas très poli.

Toi qui te flattes d'être un hôte parfait.

Je m'en fous. Ça te dérange ?

De toute façon, pour ce que tu fais attention à ce que je pense !

Il n'y a toujours que toi, toi, toi !

Fais pas cette tête-là. C'est pour ton bien.

Tu es toujours mon petit lama ?

Bon, je monte.

Philippe !

Oui ?

Tu dors avec Annie ?

Pourquoi ?

Parce que si tu dors avec Annie, je peux dormir avec Habib.

Fais ce que tu veux.

Philippe !

Oh là là !

Eh bien, alors !

Qu'est-ce qui se passe ?

C'est plus la fête.

C'est toujours comme ça.

C'est plutôt le bide, on dirait.

Excuse-moi, je sais pas ce qui m'arrive.

Pourtant, dans la cuisine, tu avais l'air tellement à fond.

- Tais-toi, on a trop picolé. - Parle pour toi.

Allez !

Eh, merde !

Merde !

Vraiment, j'ai honte.

C'est pas grave.

En plus, j'ai envie. Je comprends pas. C'est trop con.

Philippe, arrête de tripoter.

T'en fais pas, c'est des choses qui arrivent, c'est pas grave.

De toute façon, je suis pas susceptible.

Ton cœur bat.

Encore heureux !

Tais-toi, laisse-moi écouter.

C'est marrant.

On dirait des soldats qui avancent.

Une, deux, une, deux.

Une, deux, une, deux.

Arrête, tu me fous la trouille.

Tu es gentille.

Oui, je sais.

Je t'aime.

Menteur.

Menteur.

J'ai envie de t'aimer.

C'est pas pareil.

Je me demande.

C'est bizarre, un corps.

Comment ça ?

Toujours pareil,

des seins, un ventre,

des cuisses.

On s'y trompe.

Et pourtant...

Tu as bien dormi ?

C'est de la confiture du jardin ?

Oui.

On va avoir des fruits formidables, cette année.

Il y a que mes pruniers qui périclitent !

Qu'est-ce qu'ils ont ?

Ils vieillissent. Je suis embêté.

Ça va être un peu les vaches maigres.

Il va quand même me falloir un peu de blé pour faire les courses.

Le blé, comme tu dis, est dans la poche arrière de mon pantalon.

Prends ce qu'il te faut.

Qu'est-ce que c'est que ça ?

Une guitare.

Ah !

François me l'a eue moitié prix.

Tu comptes t'y mettre ?

On devrait toujours pratiquer un instrument de musique,

ça aide à penser.

Ça aide à penser à quoi ?

À tout.

Et pourquoi justement la guitare ?

C'est ce qu'il y a de plus facile.

Moins d'efforts pour une meilleure compréhension.

Viens, on va plutôt aller voir mes arbres.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? Dis-moi ! - Rien.

- Pourquoi fais-tu cette tête ? - Je fais pas de tête.

Si.

Tu n'aimes plus être ici ?

Ce serait dommage.

Quoi ?

Écoute, on peut tout se permettre dans la vie,

se partager les femelles,

se balader avec une omelette sur la tête,

et même jouer de la guitare,

à condition de pas en faire une philosophie.

Ce serait trop con, à cause d'une bêtise,

de gâcher l'essentiel, non ?

Qu'est-ce que c'est, l'essentiel ?

Si tu ne le sens pas, je me demande vraiment pourquoi on s'est connus.

C'est toujours la même chose, tout se ramène à toi.

Tu décides de ce qui compte et je n'ai qu'à dire amen.

Et alors ? Qu'est-ce qu'il y a de mal à ça ?

Moi aussi, on m'a appris à vivre.

Allez, mon mignon, on est trop bêtes.

Celui-ci est carrément mort,

ça va coûter plus cher que je le craignais.

Écoute, Philippe...

Oui ?

Pourquoi investir tant dans un truc qui rapporte à peine ?

Ça fait tout juste tourner la maison.

C'est déjà pas mal.

On pourrait peut-être trouver mieux.

Tu tiens tellement à rester ici ?

Mais Esther, c'est notre maison.

C'est notre maison.

Ce n'est pas notre maison, on la loue, et assez cher.

Il y en a d'autres plus commodes, plus près de Paris,

ou même dans Paris.

Peut-être, mais j'ai l'impression d'être né ici.

Élise avait six mois quand on est arrivés ici.

Mes souvenirs commencent dans cette maison.

C'est comme si ma grand-mère l'avait bâtie.

Tu crois ?

Ça vaudrait mieux pour nous deux.

On a besoin d'autres choses.

Parfois, il faut savoir changer.

Papa !

Eh oui !

Ça va, Louise ?

Quelle folie ! Ça ira mieux demain.

J'espère.

Tu es contente de déménager ?

Oui, comme ça j'irai à l'école à Paris.

Tu as si envie d'aller à l'école ? Moi, j'adorais pas.

On va voir Maman.

C'est amusant de changer d'air un petit peu.

On va bien rigoler, on va faire les fous.

C'est quand même plus marrant, tu as pas envie ?

Oh oui !

Alors ?

J'ai presque fini. Ça va, en bas ?

C'est le bordel !

On va à Paris ?

Oui, mon chéri.

Tu vas avoir une chambre toute neuve, toute repeinte,

avec tous tes jouets.

Toute neuve.

Oui.

J'ai oublié mon petit cheval.

Ton plus vieux jouet, on allait l'oublier.

Allez, on l'emporte avec nous.

Viens.

Voilà ton petit cheval.

Je suis en train de vendre la plantation.

Je te fais la proposition suivante :

je te refile le pognon et je t'aide dans ton boulot.

On s'associe.

C'est pas tellement ton genre, le travail sérieux.

Tu sais, moi, tout m'intéresse.

Tu me l'envoies ? Oui, d'accord.

Après tout, pourquoi pas ?

L'argent frais, je crache pas dessus.

Au fond, Esther n'avait pas tellement tort.

C'était charmant, là-bas, mais on s'encroûtait.

Il y a tellement de trucs à faire.

Fais voir.

Voilà, formidable ! Très bien, comme ça.

Élise, passe-moi le marteau.

Non, c'est moi !

Voilà.

D'accord.

C'est plutôt sympa, ici, tu ne trouves pas ?

Oui, finalement, les responsabilités, les énormes baraques,

les copains, j'en avais plein le cul.

Moi aussi. Et les vaisselles énormes.

Et on va pouvoir recommencer à voyager un peu,

faire les petits bistrots, aller en Bretagne.

Tiens !

Si on allait passer Noël à Ceylan

ou en Birmanie ?

Ça te plaît pas ?

Philippe, tu vas pas être content.

Ah ?

J'ai envie de travailler.

Au contraire, je trouve ça formidable.

Qu'est-ce que tu veux faire ?

Habib me propose un job.

Ah !

Dans ses maisons d'éditions musicales.

Comme on connaît tout le monde,

il a pensé que je pourrais servir de public-relations,

voir les journalistes, les chanteurs.

Ça doit être amusant, non ?

Oui. Élise, arrête !

Arrête, Élise.

Tu commences quand ?

Le plus tôt possible.

Dis donc, on parlait Bretagne.

Moi aussi, je dois commencer bientôt.

Si on y faisait un petit tour pour se mettre en forme ?

Oui.

Oh, oui, maman, oui !

Bon, on perd pas de temps. On se tire tout de suite.

Je peux pas, j'ai un rendez-vous chez le tapissier

que je peux pas remettre.

Eh bien, ce soir ?

Écoute, on part à 7 h, on bouffe à Loué,

écrevisses de la Vègre, petit vin de Jasnières.

On arrive à Saint-Malo, et hop !

D'accord !

Quelle heure est-il, papa ?

07h10.

C'est beaucoup ?

Juste un petit peu trop.

Tu m'apprendras à jouer aux cartes ?

Tu ferais mieux d'aller te débarbouiller.

Maman va arriver.

Je vais mettre mon chapeau.

- Allô ? - C'est qui ?

Tais-toi.

Allô ?

Oui.

Bon. Tant pis.

Tu me rappelles.

C'était qui ?

Maman.

- Elle vient ? - Non.

- Elle vient pas ? - Non.

Alors, on part pas ?

Écoute, mon chéri, on va bien rigoler quand même.

Je te permets de regarder la télé jusqu'à 10 h.

On va faire la fête.

Tiens, quand même !

On dit au moins bonsoir quand on est poli.

Toujours le vague à l'âme.

Donne-moi du feu.

Qu'est-ce que tu foutais ? Un rendez-vous d'affaires ?

J'ai été à la Coupole avec François, Michel

et des copains, et au cinéma.

Tu pouvais pas me téléphoner ?

Tu sais ce que c'est :

il faut y aller, demander un jeton, la cabine est pas libre.

Tu devrais regarder ta gueule dans la glace.

Oh, elle est là ?

Oui, j'ai horreur de dormir seul.

Je vais la mettre au lit.

Mon bébé.

Allez, je l'emmène.

Allez, dodo.

J'ai à te parler.

Demain, j'ai sommeil.

Non, je te connais.

Demain, il y aura autre chose, les courses, tes copains...

Tu es là, j'en profite.

Je t'en prie, je dors déjà.

Je m'en fous, tu n'avais qu'à rentrer plus tôt.

Écoute, ma vieille, je vais te dire un truc.

On avait conclu un pacte, tu le respectes pas.

Il a jamais été question de mener des vies parallèles.

Au contraire, ça devait nous rapprocher.

J'ai l'impression que c'est contre moi que tu veux travailler,

que tu vois tes amis

et que tu donnes dans des philosophies débiles.

Je te parle !

T'endors pas, ou je te balance un verre de flotte.

D'ailleurs, je mets le réveil à 7 h.

Élise doit aller chez le dentiste,

et j'en ai marre de faire la bonne d'enfant.

Ce qui me rend malade,

c'est pas les crétins qui t'entourent,

c'est que tu donnes là-dedans.

Tu m'écoutes ?

Oh, oui.

Ne m'oblige pas à constater que tu es une conne.

Ce qui est affreux, quand on est déçu,

c'est qu'on se méprise soi-même, on n'a pas été à la hauteur.

C'est bien ça.

Toi, toi, toujours toi.

Ça alors ! Tu reviens à l'aube, tu laisses tomber ta fille,

tu te désintéresses d'ailleurs

de tout ce qui n'est pas ta petite personne,

tu chouchoutes des minables

tout simplement parce qu'ils te flattent.

Et l'égoïste, c'est moi.

Tu ne te rends pas compte que les gens peuvent changer.

J'ai changé.

- Voilà. - "Changé", voilà autre chose.

Ou bien on est con, et c'est sans espoir,

ou bien on l'est pas et on a intérêt à ne pas changer.

Je te préviens d'un truc,

si on se quitte, c'est pour de bon.

On ne se reverra jamais,

c'est clair ?

Debout.

Debout, c'est l'heure.

Et prépare le café !

Madame s'est mise à penser, figurez-vous.

Elle pense par elle-même.

"Je suis une femme libre.

"Je dénoue les cordons ombilicaux de la sagesse."

- Viens danser. - Ta gueule !

"Je suis à la fois

"Bergier, Pauwels, Bouvard et Pécuchet.

"Mon nouveau job,

"grande prêtresse en Égypte ou au Tibet,

"selon mes humeurs.

"Et je rends mes oracles sous le nom de Bécassine Bovary."

Un petit coup, Bécassine ?

Un petit coup ?

Pauvre con !

Oh non, Esther !

La pauvre, tu charries un peu.

- Viens danser. - Ta gueule !

J'en ai marre de cette crise qui dure.

- Elle a plus 18 ans. - Viens danser.

Donne-moi un cigare.

Viens danser, viens.

Fous-moi la paix.

Devant cette montagne de conneries, je casse tout.

J'en ai marre, marre !

Pardon, chérie, je te réveille.

Viens faire ta toilette.

Je te demande pardon pour hier,

mais reconnais que tu y vas un peu fort.

Fais ce qui t'amuse, mais que ça n'entraîne pas de conséquence.

Comment veux-tu qu'il n'y ait pas de conséquence à quelque chose ?

C'est justement ce qu'on voulait prouver, mon chéri.

Je ne t'oblige à rien,

mais si tu voyais un peu moins Habib, Zoroastre

et les petits mages, ça aiderait bien des choses.

Tu as cessé d'être toi, c'est terrible.

Terrible comme la folie.

C'est qui, celui-là ?

Aristide Bruant.

- C'est qui, Aristide Bruant ? - Un chanteur, il est mort.

Et celui-là, c'est qui ?

Landru, un assassin.

Un assassin est un monsieur qui tue les autres.

C'est méchant ?

En principe, oui. Quoique, parfois...

- Elle est gentille avec toi, maman ? - Oui !

Tu n'es pas triste de moins la voir depuis qu'elle travaille ?

Si.

Elle t'emmène te promener de temps en temps ?

Oui.

Vous rencontrez quelquefois ses copains ?

Oui.

Quels copains elle voit le plus souvent ?

Tous.

- Michel ? - Oui.

- Katkof ? - Oui.

- Habib ? - Oui.

- Rosco ? - C'est qui, Rosco ?

C'est un petit brun, très sérieux,

avec des grands yeux de vache. Un gourou, un mage.

C'est quoi, un mage ?

Un mage, c'est un monsieur qui s'occupe de tout,

de ce que tu dois faire et ne pas faire,

comment manger ta soupe, tout.

- Je crois qu'on s'est vus ? - C'est un monsieur qui sait tout ?

Absolument tout.

Je suis allée chez vous à la campagne, il y a quelque temps.

Et puis, on s'est vus il y a huit jours,

avec Annie, Katkof, Georges et des tas d'autres.

Bien sûr, asseyez-vous, je vous en prie.

Vous vous appelez Sylvia, n'est-ce pas ?

C'est ça, oui, Sylvia Murdoch.

C'est ta fille ?

Oui.

Tu as de la chance.

Oh, pardon. Je ne sais pas dire "vous".

Mais, comment faites...

Comment fais-tu quand tu rencontres une vieille dame ?

Ça fait souvent des drames.

Je suis désolé pour cet incident de l'autre soir.

Quel incident ?

J'ai pas arrêté d'engueuler la pauvre Esther.

J'étais un peu rond.

Moi aussi, j'étais ronde.

Le résultat n'était pas le même. J'ai honte.

Mais non, c'est normal.

J'ai été mariée trois fois et on n'arrêtait pas de s'engueuler.

L'un explique l'autre, peut-être.

Tu veux boire un verre ?

Un pastis.

- Oh ! Deux 51, je vous prie. - D'accord.

Dites-moi... Pardon, dis-moi,

si tu me donnais ton téléphone ?

D'accord.

Donne-moi le tien.

224-87-42.

43, 44...

Tu es américaine ?

Oui... Non, anglaise.

Mais, j'ai eu deux maris français.

Ça fait longtemps que je suis ici.

Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Tu as un air sérieux qui m'amuse.

Tu parles ! J'ai fait toutes les conneries.

C'est bizarre, ce qui m'arrive en vieillissant,

mais quand je détaille un visage,

je sais pas pourquoi, ça me fait rire.

Tu l'engueulais pour quoi ?

Esther ? Pour des tas de trucs.

Elle arrête pas de me parler de liberté.

C'est à la mode avec la guitare.

Arrête, Élise.

Merci, mon chéri.

Tu as toujours peur des crabes ?

Pardon ?

Tu as toujours peur des crabes ?

Je n'adore pas ça.

Et des araignées ?

Pareil.

Sur ce point, au moins, tu n'as pas changé.

Maman, j'y arrive pas.

Attends, je vais t'aider.

Toutes ces femelles qui se libèrent, se déconditionnent,

qui parlent de dignité,

elles ont peur d'un lézard ou d'un papillon.

- Voilà. - Merci, maman.

Tu trouves ça adulte ? Tu trouves ça digne ?

Et arrête de chanter comme une bonniche quand je te parle.

On n'a pas élevé les cochons ensemble.

Quand tu auras fini ta crise de bovarysme,

je pourrai pisser tranquille ?

Papa, je peux dormir avec les cartes.

Si tu veux, mon mignon.

Tu viens m'embrasser ?

Deux minutes, attends.

Une, deux. Ça y est, j'ai fini.

Tu triches.

Une minute, c'est 60 secondes, il faut compter jusqu'à 120.

1, 2, 3, 4,

5, 6, 7, 8,

9, 10, 11, 12,

13, 14, 15, 16, 17,

- 18... - Arrête, tu m'angoisses.

Papa, tu me racontes une histoire, d'accord ?

Demain. Ce soir, je suis très fatigué.

Bonsoir, papa.

Esther, je sais que tu es là.

C'est idiot de pas répondre, je vais défoncer la porte.

Très bien.

Esther, lève-toi.

Lève-toi. Ou tu veux que je t'aide ?

Esther, ça ne sert à rien. Montre-toi.

Habille-toi et viens.

D'accord, mais sors.

Tu as peur qu'on te voie toute nue ?

Lui et moi, on te connaît par cœur.

Ne I'humilie pas.

C'est pas le meilleur moyen de la récupérer.

La récupérer n'est pas l'essentiel, je veux la sauver de ce merdier.

Je me fous bien qu'elle baise.

Mais je ne veux pas qu'on la détruise.

Je ne détruis rien.

Je parle pas seulement de toi.

L'erreur n'est pas faite pour les cervelles fragiles.

Elle prend parti pour Korzybski

qui croit réfuter Aristote, l'imbécile.

Mais elle n'a lu ni l'un ni l'autre.

Elle débine Descartes,

parce que vous le faites tous,

c'est dans le vent, et vous êtes de joyeux conformistes,

sans même savoir ce qu'il voulait.

Ça, c'est dangereux.

Le monde a changé.

Comment ça ?

On n'a plus tellement besoin de connaître.

On vit.

D'accord, mais alors, on se tait.

Qu'est-ce qu'elle fabrique, d'ailleurs, elle est pas prête ?

Esther !

Navré pour la porte.

Navré aussi.

Esther.

Je te préviens, je veux dormir.

Oui.

Personne n'a le beau rôle, dans cette histoire.

Personne ne le cherche, j'espère.

Il faut que je te parle.

Je sais.

Vas-y, mais que ce soit la dernière fois.

- Ça t'ennuie si je fume ? - Oui, mais si ça peut t'aider.

J'aime pas qu'on me parle sur ce ton.

Je fais ce qui me plaît.

Ça ne veut rien dire. C'est moi qui pose mes conditions.

J'écoute.

On recommence comme avant.

D'accord.

Finis les mages, les sages, les penseurs,

et naturellement, Habib.

C'est oui ou non ?

C'est oui.

Tu travailles, tu te tapes qui tu veux,

mais à 7 h, tu es là.

D'accord.

Tu t'occupes d'Élise que tu as complètement laissée tomber.

C'est pas vrai, mais j'accepte.

Tu t'occupes de moi aussi, comme autrefois.

D'accord. C'est tout ?

En gros, c'est tout.

Eh bien, dormons.

Pas si vite. On est réconciliés ou merde ?

On est réconciliés.

Alors, embrasse-moi.

Voilà, c'est bon.

Tu m'aimes, je t'aime,

ça fera mentir Ies petits malins.

Tant mieux. On dort ?

Faisons l'amour.

Faisons l'amour.

D'accord, faisons l'amour.

Arrête.

Petite ordure ! Salope ! Traînée ! Pouffiasse.

Bécassine de merde !

Demande-moi pardon ou je te tue,

salope ! Demande-moi pardon !

Pardon, demande !

Pardon !

Tu vas prendre un pied. Tu vas vraiment le prendre !

Tiens, lèche-le-moi.

Lèche-le-moi !

Lèche-le-moi ou je te tue !

Lèche !

- Tiens ! - Bonjour.

- Bonjour. - Je peux entrer ?

Oui.

C'est chouette, chez vous.

Comment tu as eu l'adresse ?

J'ai téléphoné. Je suis tombé sur la femme de ménage.

Assieds-toi.

Tu veux boire un verre ?

Bonne idée.

Quelle chaleur !

Je suis désolée, le fridge est en panne, j'ai pas de glace.

Je m'en fous.

Merci.

Sylvia,

vous aimeriez...

Tu aimerais te marier avec moi ?

Oui.

Moi aussi.

- C'est vrai que c'est tiède. - Je suis désolée.

Ça ne va plus, avec Esther ?

Elle s'est tirée. Ça devenait un cauchemar.

Tu es triste ?

Oh non, je respire.

Où est-elle ?

Je sais pas. Disparue.

Et la petite ?

Je l'ai mise en pension provisoirement.

La vieille Louise est retournée dans son bled.

J'avais toujours rêvé d'être seul avec une chemise, une brosse à dents,

léger, libre.

Et Esther, qu'est-ce qu'elle en pense ?

De quoi est-ce qu'elle va vivre ?

J'en sais rien.

Je te dis, je l'ai pas revue.

Sec !

Je vais te dire un truc terrible et qui me fait un peu honte,

mais c'est comme ça :

on n'était pas du même milieu.

C'est si grave ?

Au début, non.

Mais ensuite, on ne parle pas le même langage.

Tu connais le proverbe : la caque sent toujours le hareng.

Ça dit bien ce que ça veut dire, hélas.

Moi, c'est pareil.

Je me suis mariée, comme une idiote.

Je m'en foutais.

Et puis, je m'en suis plus foutue.

Tu sais qui a été mon deuxième mari ?

Habib !

Quoi ? Mais c'est dément !

Oui.

J'ai eu deux enfants avec lui.

Deux garçons,

un de 4 ans et un de 2 ans.

Ça fera des petits frères pour Élise.

Où sont-ils ?

En Écosse, dans ma famille.

Quelle salade ! Nom de Dieu !

Dis-moi, Habib,

comment est-ce qu'il est,

quand on gratte le vernis ?

Quand on gratte le vernis, personne est personne.

Au début, quand je l'ai connu, il faisait rien,

il jouait aux cartes, il traînait.

Ma famille a été furieuse, mais je l'aimais.

Il est gentil, tu sais.

Et pas tellement bête, malgré ce que tu crois.

Je crois plus rien, je m'en fous.

Tu vas divorcer ?

On n'était pas mariés, figure-toi. La flemme.

On était bien, comme ça.

Philippe ?

Oui ?

Je suis une étrangère pour toi.

Pas du tout.

On s'est vus à peine deux fois.

Et chaque fois, on était un peu ronds.

Je devrais rigoler, tu sais.

Personne t'en empêche.

Tu n'es vraiment plus triste ?

Oh, non. Délivré, reposé.

Tu ne regretteras rien ?

Non. C'est fini. C'est mort et enterré.

Oui.

Je vous déclare unis par les liens du mariage.

Tu es un vrai voyou, mais je t'aime.

Ah, c'est dur, les gars.

On y est presque.

C'est la voiture, ça ?

Oui.

Tu es sûr que tu peux conduire dans cet état ?

Oui. Et je vais le prouver.

Fais gaffe, si les flics t'arrêtent !

Je n'ai rien contre eux.

Je leur dirai des choses aimables.

Oui, mais pense à l'alcootest ?

Je l'encule.

Et la petite bise, avant !

Vous êtes mes vieux amis.

Salut, Philippe.

Je vous aime tous les deux.

Nous aussi.

Vous avez été gentils.

Regarde dans quel état il est.

Vous êtes tous des gentils !

- Salut ! - Salut !

Oh !

Il est pas parti !

Allez !

Je crois que j'en ai un.

Mais non, tu es sûrement accrochée. Tire fort.

Il remue !

Tu es une fille fantastique, merveilleuse.

Tu sais le décrocher ?

Je crois que oui.

Il est beau. Tu veux que je te mette un crabe ?

Non, je vais essayer.

Quoi ? Tu n'as pas peur des crabes ?

De ces petites bestioles ? Sois pas idiot !

Philippe, qu'est-ce que tu as, mon chéri ?

Tu ne te sens pas bien ?

Si.

Qu'est-ce que tu as, Philippe ?

Rien, rien.

Mais tu as l'air tout drôle.

Vraiment ?

On dirait que tu pleures ?

Tu es folle !

Non, c'est l'air tellement vif,

c'est le vent, le sel,

ces foutus embruns,

ça fait suffoquer.

Ça va mieux.

C'est tellement beau, ici.

On a peut-être eu tort de venir.

Tu te plais dans ta pension ?

Oui, on mange de bonnes choses !

Quoi, par exemple ? Qu'as-tu mangé à midi ?

De la purée, de la viande, des haricots verts

et de la mousse au chocolat.

Tu dis "du chocolat" comme maman.

Du chocolat.

"Des pêches, du beurre et du chocolat."

Des pêches.

Tu n'aimerais pas qu'on habite de nouveau ensemble,

comme autrefois ?

Qui ?

Maman, toi et moi, dans une jolie maison.

Avec Louise ?

Avec Louise, un petit chat, des oiseaux.

On se baladerait.

Oh, regarde devant toi.

Aie l'air de rigoler.

- Vous prenez la photo à la caisse. - Merci.

Avec Louise, et je te dis, des petits chats.

Je te construirais une balançoire. On se baladerait dans la forêt,

on cueillerait des mûres, des champignons.

Tu aimerais ?

Oh oui, papa !

Tu l'as revue, maman ?

Oui, dimanche.

Qu'est-ce qu'elle a dit ?

Rien.

Ah si ! Elle a dit qu'elle allait m'acheter

des collants et un manteau.

Et de moi, elle a rien dit ?

Non.

Tu es sûre ?

Oui, j'en suis sûre.

Regarde comme c'est joli,

ces arbres, cette lumière.

Elle est pas un peu triste, maman ?

Non.

Elle est gentille, tu sais. Il faut beaucoup l'aimer.

Moi, j'aime que maman et toi.

Qu'est-ce qu'on t'apprend, dans ton école ?

À lire.

Et puis, on m'apprend aussi

à lire, à dessiner.

Tu sais, j'ai dessiné

une grande maison pour maman.

Elle était contente ?

Oui.

- Dis-moi, mon chéri, est-ce que... - On arrive !

J'ai envie d'aller là.

Fais voir.

- Tu n'aimerais pas m'aider ? - Si.

Tu ne voudrais pas dire à maman de revenir avec moi ?

Oui.

On serait tous les trois. On ne se quitterait plus.

Ce serait merveilleux, non ?

Oui.

Je suis triste, tu sais, sans maman et sans toi.

C'est triste, les choses qui devraient être ensemble

et qui éclatent comme ça.

Regarde, papa.

Tu m'achètes un cerf-volant ?

Bien sûr, mon mignon.

Dis-moi, tu le diras à maman ? Tu n'oublieras pas ?

Oui, elle ne veut pas revenir avec toi.

Comment ça ? Elle te l'a dit ?

- Oui, dimanche. - Cacahuètes !

- C'est méchant, les ours ? - Cacahuètes !

Personne n'est vraiment méchant.

- Demandez des cacahuètes. - Jette ça, c'est le sixième.

- Cacahuètes ? - Oui.

Un franc, monsieur. Merci.

Tu vas leur jeter des cacahuètes.

Viens là.

Jette-leur.

Élise ?

Oui, papa ?

Tu n'oublieras pas de le dire à maman ?

Dire quoi ?

Comment ? Tu t'en souviens déjà plus ?

Non.

Écoute, réfléchis un peu.

Qu'est-ce que je te disais dans le bateau ?

Le bateau ?

Oui, sur la rivière enchantée.

Réfléchis bien.

Dire à maman que tu veux revenir avec elle ?

Oui. Surtout, n'oublie pas.

- Tu peux bien faire ça, non ? - Oui.

- Quoi ? - Papa ?

Oui.

Tu m'achèteras mon cerf-volant ?

Oui.

Je crois que je vais aller faire un tour.

Écoute, on n'a plus tellement d'argent, Philippe.

Je vais en toucher la semaine prochaine.

Beaucoup ?

Pas tellement, non. Je suis un peu emmerdé.

Il faut payer l'école, le dentiste,

rembourser Katkof,

et m'acheter une ou deux robes. J'ai plus rien à me mettre.

C'est gai !

Je crois que je vais aller à Londres.

Pourquoi ?

Pour vendre quelques actions.

Tu en as ?

Écoute, comment crois-tu que je vivais ?

Tu en as beaucoup ?

Pour deux ou trois millions de dollars.

Sans blague ! C'est incroyable !

D'où vient tout ce pognon ?

De ma famille, mes parents sont bourrés.

Trois châteaux et je ne sais pas combien d'usines.

Des usines de quoi ?

De cuivre ou d'aluminium, je ne sais plus.

Malheureusement, j'ai deux frères complètement cons.

Ils savent qu'on est mariés ?

Non. Tiens, tu me rappelles que je dois leur écrire.

Oui, je vais aller faire un tour.

Je suis un peu mal foutu.

Il est près de 11 h. Tu ne veux pas plutôt aller au lit ?

Non.

Tu n'es pas fâchée ?

Mais non, pas du tout.

Il faut que je réfléchisse.

J'ai des trucs compliqués, des problèmes à la con.

Vas-y.

Excuse-moi.

Où étais-tu ?

Je te raconterai, j'ai fait un peu la fête.

Je suis un peu rond.

Pas mal rond, même.

J'ai envie de faire l'amour.

Tu sais qui j'ai rencontré, ce matin ?

Non.

Esther.

Elle travaille, ça a l'air d'aller.

Elle travaille dans une agence de je ne sais pas trop quoi,

avenue d'Iéna.

Ça alors ! N'aie pas peur.

Ça va ?

Oui, très bien.

Que fais-tu dans ce quartier ?

Je travaille pas loin.

Quel genre de travail ?

Secrétaire.

Ça te plaît ? Tu gagnes un peu de blé ?

Enfin, je veux dire du pognon ?

Pas terrible, mais enfin...

Tu déjeunes avec moi ?

- Non. - Ne sois pas idiote.

Beaucoup d'eau a passé sous les ponts.

C'est pas toi que je boufferai.

Et puis, il faut que je te parle d'Élise.

Voici, monsieur.

Pas mal, ce Margaux.

C'est du 61 ?

Bravo, je suis fier que tu aies deviné.

J'ai été à bonne école.

S'il ne pleut pas aux vendanges, on va avoir l'année du siècle.

Je veux que tu reviennes avec moi.

Ça te prend comme ça, tout d'un coup ?

Je peux pas vivre sans toi.

C'est comme un manque, comme si on m'avait arraché un organe.

Toute la journée, je te parle. Je te tiens des discours sans fin.

J'essaie de te dire qu'il faut de nouveau aimer la musique, la mer,

la forêt, la beauté des choses,

il faut de nouveau aimer Élise et moi.

C'est terrible, épouvantable.

Je n'ai même pas le répit du sommeil.

Généralement, on ne rêve pas de ce qui vous préoccupe.

Moi, si. Tu es là.

On se dispute, on dit n'importe quoi,

on part pour la Bretagne, on s'embrasse,

on fait l'amour, parfois.

Ce que j'éprouve est étrange.

Je ne trouve pas d'autre mot : étrange.

Je passe mon temps

à refaire ce qu'on a fait, à revivre ce qu'on a vécu.

J'ai gardé tes flacons de parfum vides.

Je les renifle.

Je touche ce que tu as touché,

je passe par les rues que tu as connues.

Je fais semblant d'être toi.

Mais en même temps, ce qui m'aide à vivre m'aide à mourir.

Plus jamais je ne pourrai retourner à Tahiti

ou à Honfleur, en Bretagne, au Cachemire.

Ce mot "jamais", tu réalises ce qu'il veut dire ?

J'étais né pour la joie.

Il m'arrive encore parfois, rarement,

d'avoir des moments d'oubli.

Je descends dans la rue, tôt le matin,

il y a du soleil, le trottoir est encore mouillé,

je regarde la marchande de fleurs.

L'air est léger, je respire.

Le bonheur me fait sauter en I'air.

Et puis, tout s'écroule.

Je me dis que je n'ai pas le droit, que plus rien ne sert à rien,

ni les fleurs,

ni le soleil.

Tu veux une cigarette ?

Non, merci.

Souvent, je repasse notre histoire dans ma tête,

comme si c'était celle d'un autre.

Elle est effrayante.

Je plains le pauvre mec.

Je n'aimerais pas être à sa place, pas pour un empire.

Et brusquement, je réalise : celui qui a tout perdu,

à qui tout espoir est interdit,

qui ne connaîtra plus jamais ni la joie ni le rire,

c'est moi.

Et Élise ? Il te reste Élise.

Non. Vous formiez un tout.

Élise n'est qu'une moitié d'être sans toi.

La voir me rend encore plus malheureux.

À propos d'Élise, elle t'a fait la commission ?

Quelle commission ?

Elle t'a pas parlé ?

Non.

Tu veux revenir avec moi ?

Non.

Un autre, s'il vous plaît.

Avant, c'était pareil.

Tu trouveras bizarre ce que je te demande,

il faut que tu m'aides.

Comment ça ?

En parlant à Esther.

Pour lui dire quoi ?

Qu'elle revienne.

On est dans une drôle de macédoine, tous les deux.

J'ai épousé ton ex-femme, tu m'as piqué la mienne.

Le monde est petit.

Je te l'ai pas piquée.

Elle est partie comme ça, pour connaître autre chose.

C'est bien ce que je lui reproche.

Elle avait l'amour des choses de qualité,

et maintenant... N'y revenons pas.

J'en ai plein le cul de cette logomachie à la gomme.

Dis-lui ce que je t'ai dit, qu'elle revienne.

Tu as de I'influence sur elle, démerde-toi.

Ça vaudra mieux pour elle, pour Élise et pour moi.

Je vais essayer.

Tu as des arguments en or.

Dis-lui que j'ai changé, moi aussi,

que je la brusquerai plus, que je serai très gentil. C'est vrai.

Espérons que ça marchera.

Il le faut.

Il le faut.

Tu es ma dernière chance.

Philippe.

Habib m'a téléphoné.

Ah bon ?

C'est vrai que tu veux revenir avec Esther ?

- J'ai pas envie d'en parler. - C'est oui ou non ?

C'est oui et non.

Regarde ce que j'ai trouvé.

Où as-tu pris ça ?

Dans les devoirs d'Élise.

Je rangeais, je l'ai pas fait exprès.

Écoute, je te l'ai déjà dit,

je n'ai jamais rencontré une fille aussi bien que toi.

J'ai cru que tu avais compris.

Compris quoi ?

Tout ça.

Esther est loin de te valoir.

Elle n'a ni ta générosité, ni ta lucidité, ni ton cœur.

Et pourtant,

je sais, je la connais trop.

Je sais qu'un jour, on remontera d'elle plein de trucs à la surface.

Peut-être même un trésor.

Tu l'aimes.

Tout le monde se fout de ta gueule.

Katkof, Michel, ils m'en ont parlé.

Ils savent tout. Ils rigolent de toi.

Je m'en fous complètement.

Écoute, Philippe, on s'est mariés.

Je suis ta femme, je veux te garder.

J'aimerais tellement que tu réussisses.

J'écoute.

Ah, c'est toi ! Ne quitte pas, il est là, je te le passe.

- Je t'embrasse. - Qui est-ce ?

Esther.

Salut.

Bon. À tout de suite.

- Elle veut me voir. - Tiens !

Sa tante est morte.

Une brave femme, toute simple, gentille.

C'est elle qui l'avait élevée. J'y vais.

Ça s'est passé quand ?

Il y a quelques jours.

On l'a enterrée avant-hier, et je l'ai même pas su.

C'est gentil d'avoir pensé à moi.

Tu es le seul à l'avoir connue. D'ailleurs...

Quoi ?

J'ai un peu peur d'y aller toute seule.

De tous les cimetières, c'est le moins gai.

- Tu sais où elle est enterrée ? - Non. C'est marqué là.

Je crois que c'est assez loin.

De quoi est-elle morte ?

Du cancer, elle m'en avait jamais parlé.

Je t'aime de plus en plus.

C'est vraiment pas le moment d'en parler.

Quand, alors ? On ne se voit jamais.

Tu t'y es vraiment mal pris avec moi.

Comment ça ?

Tout allait bien quand je n'étais que ton reflet.

Maintenant que j'existe un peu, tu me reconnais plus,

parce que tu ne m'as jamais vraiment connue qu'à travers toi.

Au lieu de m'aider, tu m'as seulement jugée bêtement.

Tu aurais dû me laisser partir. Je serais sûrement revenue.

Je ne sais pas être habile, malheureusement.

Et puis, je pouvais pas prévoir, j'étais paumé.

Et si je te laissais,

si je t'oubliais complètement, si je faisais le mort,

tu reviendrais ?

Je sais pas.

Tu ne me feras pas attendre trop longtemps ?

Je sais que c'est un peu bête, d'aimer sa femme au bout de 10 ans.

Tes petits copains doivent bien rigoler.

Non, mais c'est un peu bête, en effet.

Est-ce que tu réalises ce que serait notre vie, si tu revenais ?

Un enfer.

Tu n'arrêterais pas de ressasser tout ça dans ta tête.

Mon Dieu ! Tu me connais bien mal.

Il suffit d'être un peu gentil avec moi, et j'oublie tout.

C'est facile de m'accuser de tous les crimes

après me les avoir fait commettre.

Je ne crois qu'en la transcendance,

aux choses qui sont hors de notre atteinte,

hors de notre mérite.

Si on arrive à les saisir,

alors tout se transforme brusquement.

Le dernier des médiocres devient un dieu.

Après tout ce qu'on a souffert,

cette haine, ces déchirements...

Cette haine qui est comme un amour, un amour perverti,

elle serait merveilleuse, notre vie.

Nos sentiments demanderaient qu'à être retournés comme un gant.

Quand on a dépassé la laideur, l'horreur,

les misères d'un couple, tout ne peut être que beau.

C'est impossible, ce que tu dis.

Pourquoi impossible ? Je n'ai jamais cru au gros bon sens.

Il le faut, Esther. Il le faut.

Ça doit être ici.

Oui, c'est ça.

Pauvre vieille ! Elle n'a pas trop souffert ?

Je ne sais pas.

Reviens avec moi, je t'en prie.

Je ne peux pas.

Pourquoi ?

Tu aimes un autre mec ?

Non, je ne peux pas.

Écoute, Esther, j'ai été trop malheureux.

J'ai été trop seul à l'être.

Il est impossible qu'il n'existe pas, quelque part sur Terre,

une compensation.

Il faut que quelque chose équilibre ce que j'ai vécu.

J'ai été trop malheureux. Trop.

- Mais qu'est-ce que tu me veux ? - Reviens.

Je ne peux pas !

Personne ne t'aimera plus après ça.

Oh non !

Qu'est-ce que tu regardes dans ce mur ?

Des têtes.

Comment ça, des têtes ?

Des tâches. Elles ressemblent toutes à quelqu'un.

C'est comme les nuages.

On en fait ce qu'on veut, son père, sa mère,

sa femme.

Tu as une visite.

Ah ! Quand même !

Dis donc, ça fait combien de temps que tu es là, toi ?

Je sais pas.

Attends, 42 jours.

Tu es brouillé avec tout le monde ?

Il faut croire que non.

Bonjour, mon mignon.

Tu ressembles à un petit lama.

J'ai apporté de l'ananas, des figues,

du chocolat

et mes dessins.

C'est très gentil.

Montre-moi tes dessins.

Ils sont très jolis ! Tu as fait des progrès !

J'en ai encore plein à l'école.

Donne-moi celui-ci, le petit cheval.

Non, mon chéri, on n'a pas le droit.

On les déposera au greffe.

Tu habites toujours ici ?

Tout le temps.

Mais, dis-moi, tu travailles bien à l'école ?

Oh, oui ! Non, pas tellement.

C'est pas bien. C'est important pour plus tard

de savoir lire et calculer.

Georges m'embête sans arrêt.

Qui est Georges ?

Quoi ! Tu ne le connais pas ?

Non.

C'est un petit garçon. Il m'embête.

Dis-moi, qui t'a conduite ici ?

Michel.

Et où est-il ?

En bas. Il ne veut pas venir, papa.

- Papa ? - Oui ?

Pourquoi il y a cette grille ?

Pour m'empêcher de t'embrasser, mon lama.

Je pique beaucoup trop.

Papa, où est-ce qu'elle est, maman ?

En voyage.

Elle va rester longtemps ?

Non, tu vas la voir bientôt.

Tu I'embrasseras très fort, très fort.

Tu me promets ? Tu n'oublieras pas ?

Non.

Tu sais, papa, j'ai vu un gorille.

Tu n'oublieras pas ? Tu oublies toujours.

Non.

Et tu lui diras...

Quoi ?

Rien.

Peut-être qu'un jour, on sera de nouveau ensemble, tous les trois.

Ça serait tellement beau.

Tu aimerais ?

Oh, oui.

Dis, papa, tu vas rester ici ?

Pour l'instant, oui.

Longtemps ?

Je sais pas.

Peut-être deux ans. Peut-être un peu plus.

C'est beaucoup ?

Pour toi, c'est très, très Iong.

Il faudra que tu comptes jusqu'à...

six cents millions.

Oh là là.

1, 2, 3, 4, 5, 6,

7, 8, 9,10, 11...

Arrête.

Tu serais une grande fille, en terminant.

Allez !

33, 34, 35,

36, 37, 38, 39, 40,

41, 42, 43,

44, 45, 46,

47, 48, 49, 50,

51, 52, 53, 54,

55, 56, 57...

Sous-titrage : Hiventy by TransPerfect

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