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UN FILM ORIGINAL NETFLIX

Tu ferais mieux de te dépêcher.

On n'y arrivera pas.

Si. On n'a pas le choix.

Fais une pause.

À mon tour.

"Si. On n'a pas le choix."

C'était mon frère, Henry.

Absolument certain que ses désirs se réaliseraient.

La pluie se calmerait à temps pour resemer le coton.

On creuserait ce trou avant que la tempête éclate.

Bordel !

- Nom de Dieu ! - C'est quoi ?

Une tombe d'esclave.

T'en sais quoi ?

Une balle dans la tête.

Sans doute un fugitif.

Bon, c'est réglé.

Quoi donc ?

J'enterre pas mon père dans une tombe d'esclave.

Il aurait détesté ça.

Aide-moi à remonter.

On n'a pas le choix.

C'est bon, frérot ! C'est bon !

C'est bon !

Je te sors de là !

Allez !

Allez.

Bon Dieu de merde !

- Allez, Jamie. Accroche-toi ! - Non.

Je vais chercher une échelle.

Henry !

Henry !

- Henry, où es-tu ? - Là ! Je suis juste là !

C'était mon frère, Henry.

Absolument certain que ses désirs se réaliseraient,

et que son petit frère...

Jamie.

...ne le trahirait jamais.

Allez. Qu'est-ce qui te prend ?

J'ai cru que t'allais... me laisser au fond de ce trou !

Pourquoi j'aurais fait ça ?

Pourquoi j'aurais fait ça ?

La ferme me fait penser à la boue.

Aux croûtes dans les genoux et les cheveux.

Au défilé des empreintes de bottes sur le plancher.

Je rêvais en marron.

Allez. Soulève-le.

- Du nerf. - Prends... Allez !

- Attends. Laisse-le... - Attends.

Soulève-le, Jamie. Encore un peu plus...

On arrête. On le pose.

Et si on passait les cordes dans la longueur ?

Le cercueil est trop étroit. Il risque de se briser.

- On peut essayer. - Non !

- Hap ! - Henry.

- Hap ! - Non.

J'y suis pour rien.

- Je les avais prévenus. - Laisse-les partir.

Hap !

Hap, tu peux attendre ?

Tu peux nous aider, Hap ?

On doit enterrer le cercueil.

J'avais 31 ans et j'étais vierge

quand j'ai rencontré Henry McAllan au printemps 1939.

Je vivais avec mes parents dans la maison familiale.

Mon univers était restreint,

et il m'a sauvée d'une vie de marginale.

Ah bon ? Il me dit que vous avez fait des études.

D'ingénieur.

- Vous avez un diplôme d'ingénieur ! - Oui.

Tu entends, Laura ? Il a un diplôme d'ingénieur.

Ma parole.

Laura est diplômée, elle aussi.

Elle a un certificat d'enseignement.

On est très fiers.

Ma sœur est l'intellectuelle de la famille.

Elle avait de meilleures notes que moi. On me l'a rabâché.

Elle est intelligente.

Laura, joue-nous donc du piano après dîner.

Vous devriez l'entendre chanter. Elle a la voix d'un ange.

Tu devrais jouer un morceau à M. McAllan.

- Maman... - "Ave Maria", c'est mon préféré.

- Vous allez adorer. C'est si beau. - Maman !

Quoi ?

Je doute que Teddy ait invité

son nouveau patron pour écouter des cantiques.

Et si on lui posait la question ? M. McAllan ?

Aimeriez-vous écouter de la musique après dîner ?

J'aime les cantiques.

Il aime les cantiques.

L'admiration des hommes m'était inconnue, mais j'y pris goût rapidement.

Cela changeait de la pitié sincère

et de la bonté hypocrite qu'on réserve aux vieilles filles.

- Bien. - Donc...

Il n'éprouvait pas le besoin d'inonder l'air de paroles comme moi.

Il avait l'aplomb qui me manquait.

Eh bien...

Je n'étais pas amoureuse de lui à ce moment-là...

mais la reconnaissance que j'éprouvais éclipsa tout le reste.

Mon frère Jamie rentre d'Oxford le week-end prochain.

J'aimerais te le présenter.

Il est là-bas.

Frérot !

- Tu as bonne mine. - Toi aussi.

L'air de Memphis te réussit.

Où est-ce autre chose ?

Mlle Chappell, voici mon frère, Jamie.

- Enchantée. - Tout le plaisir est pour moi.

Il se prend pour un de ses rôles au théâtre.

Oui, mais de quelle pièce s'agit-il ? Hamlet ? Faust ? Prince Hal ?

Un rôle qui te permettrait de gagner ta croûte.

Qu'en pensez-vous ?

Je vous vois plutôt en Puck.

- Qui est-ce ? - "Seigneur, que ces mortels sont fous !"

Puck est un lutin espiègle.

C'est un farfadet.

Pardonne-moi. Je ne cherche qu'à l'impressionner.

Tu découvriras que Mlle Laura n'est pas impressionnable.

- On y va ? - Bien sûr.

J'ai prévenu Pappy que tu rentrais aujourd'hui.

Je veux tout savoir.

Tout à coup, je me suis retrouvé sous l'eau,

commotionné et en sang, sûr que j'allais y passer.

Une énième victime de la Grande Crue de 27.

- Tu ne me l'avais pas dit. - Ce n'est pas tout.

Et ensuite ?

J'ai vu une lueur chatoyante

- telle une étoile. - "Chatoyante".

Une main est apparue.

J'ai cru que Dieu venait à ma rescousse.

Mais ce n'était pas Lui. C'était mon frérot, Henry.

- Tu lui as sauvé la vie. Tu es un héros. - Pour sûr.

Que pouvais-je faire d'autre ? Le laisser se noyer ?

Trinquons à l'avenir, quoi qu'il nous réserve.

Puissiez-vous connaître le bonheur, la santé, la prospérité,

et si elle veut de toi, une maison remplie de bambins.

Avec tout mon amour.

Pétillant.

Est-ce que je peux danser avec ta dulcinée ?

Mlle Chappell, vous dansez ?

Avec plaisir.

Jamie voyait les choses différemment.

Et quand il posait les yeux sur moi, je ne me sentais plus invisible.

Merci beaucoup.

- Je reviens. - Bien sûr.

Tu es particulièrement jolie.

Jamie a cet effet sur les filles.

Elles rayonnent en sa présence.

Il t'aime bien, ça se voit.

Il ne doit détester personne.

Personne en jupe, en tout cas.

La demande en mariage d'Henry ne s'est pas passée comme je l'imaginais.

Il ne s'est pas agenouillé,

et c'était plus une déclaration qu'une question.

Henry n'était pas un romantique.

Il était d'une autre trempe.

J'adorais la vie de famille.

Servir Henry et attendre qu'il rentre

était ma raison même d'exister.

Quand Amanda Leigh est née, je me suis consacrée pleinement à elle.

Puis vint le jour où tout a changé.

À tout jamais.

Le 7 décembre 1941,

une date frappée du sceau de l'infamie.

Les États-Unis d'Amérique

ont subi une attaque soudaine et délibérée

de la part des forces navales et aériennes de l'Empire du Japon.

Les États-Unis étaient en paix avec cette nation,

et à la demande du Japon...

Papa emprunta la camionnette de M. Robert pour m'emmener.

C'est ce qui m'a marqué.

Les premiers et les derniers souvenirs...

sont toujours les plus marquants.

On priera pour toi.

Ne nous oublie pas.

Non, promis.

Je ne vous oublierai pas.

Prends soin de toi.

Entendu.

Mettez la main à la pâte. Aidez votre mère, maintenant.

- Entendu ? - Oui.

Et protégez Lilly May des vauriens. C'est encore une enfant.

- Reviens-nous. - Promis.

Reviens en un seul morceau. Tu m'entends ?

- Je t'aime, maman. - Moi aussi, mon bébé.

Je ne peux pas me retourner.

Je ne me suis pas retournée.

Ça porte malheur de regarder quelqu'un partir.

J'ai tenu ses battements de cœur dans ma main.

Je me souviens du moindre battement.

Il était chaud et vivant.

Je le connais par cœur...

et j'ai dû lutter pour ne pas me retourner.

Je n'ai pas d'enfant préféré.

Je les aime tous pareil.

Comme toute mère.

Mais durant ces quatre années

où il a été absent...

je n'ai prié que pour lui.

Dieu me le pardonnera.

Allez.

Creuse-moi ce sillon.

Allez, Ruel. Active-toi.

Continue de creuser. Le souper sera prêt en rentrant.

À quoi sert un acte de propriété ?

Mes grands-pères et grands-oncles, grands-mères et grands-tantes,

mon père et ma mère,

ont retourné, labouré, dégelé, planté, arraché, cultivé,

brûlé, retourné à nouveau.

Ils ont travaillé cette terre toute leur vie,

cette terre qui ne serait jamais la leur.

Ils ont travaillé à en suer, sué à s'en faire saigner,

saigné à en crever.

Ils sont morts avec la terre de ces 80 hectares sous leurs ongles.

Morts en se cramponnant à la terre dure et brune qui ne serait jamais à eux.

Ils en ont fait, des actes.

Mais dans ce pays, les hommes et la loi

disent que le seul acte qu'il faut, c'est un acte de propriété.

Calvin Augustus a acheté cette terre,

et son ami Leo, celle-ci.

Il doit rester quelques hectares là.

On ne pose pas des clôtures avec du plomb.

On en détruit avec du plomb en permanence.

Ce ne sera plus très long, hein ?

L'an prochain,

je posséderai 20 hectares de coton, 20 d'avoine et 20 autres de riz.

Le riz ne pousse pas ici, idiot !

N'insulte jamais ton frère.

- Je compte en faire pousser. - Je ne serai pas fermière,

- mais sténographe. - Sténo... quoi ?

C'est comme une dactylo.

- Y a pas de dactylos noires. - Ta sœur sera la première.

Chérie, au fait,

j'ai acheté une ferme dans le Mississippi.

On va y déménager dans trois semaines.

C'est à 65 km au sud de Greenville.

Il y a un grand...

porche, un figuier...

Les filles vont adorer les quatre chambres.

Mais on adore être ici.

Elles auront chacune leur chambre, et Pappy aussi.

Ton père ?

Maman n'est plus là, on doit s'occuper de lui.

On aura 80 hectares de terre fertile. Imagine un peu.

- Tu es bien silencieuse. - Je suis surprise.

Tu savais que je voulais ma propre ferme.

- Non. - Je te l'ai dit.

Henry, je l'ignorais.

- Je... - Je m'en serais souvenue.

Dans ce cas, je te le dis maintenant.

Tu vas adorer.

Je t'assure. Tu verras.

Chérie !

- J'aime beaucoup le porche. - Oui.

Ah oui ? Qui va prendre quelle chambre ?

Allez. Toi aussi.

Attends-moi, dis donc.

Tu veux te garder la meilleure chambre ?

C'est ça, hein ?

Qu'est-ce qu'il y a derrière ?

Il devrait y avoir une clé sous le paillasson.

- Vas-y. Trouve-la. - Vous êtes qui ?

Les McAllan.

Les locataires de cette maison. Qui êtes-vous ?

Orris Stokes, le nouveau propriétaire.

George Suddeth m'a loué cette maison il y a trois semaines.

Il vient de me la vendre.

Il n'a pas parlé de locataires.

Je vais devoir lui rafraîchir la mémoire, dans ce cas.

- Il a quitté la ville. - Avec ma caution de 100 $.

- Tu as une trace écrite ? - Non, Pappy. Une poignée de main.

Je lui ai donné 100 $ en liquide dans ce salon.

J'ai dîné avec lui et sa femme. Je lui ai montré...

- Vous feriez mieux de partir. - ...des photos de ma petite...

Tu t'es fait arnaquer. Tu es un idiot fini.

Un idiot fini.

Je n'aurais jamais pensé avoir un fils aussi con.

On peut aller à la ferme. Il y a une maison, là-bas.

On va y vivre.

Ça va marcher. Venez.

Avec les nègres et les ouvriers agricoles ?

Il n'y a aucun logement en ville assez grand pour nous.

Crois-moi, j'ai vérifié. Viens, ma puce.

Chérie ! On y est ! Voilà nos terres !

Un de mes grands-oncles, oncle Willie,

a réussi à acquérir des terres du temps de la Reconstruction.

Il avait un acte de propriété.

Quatre Blancs à cheval sont venus un jour, l'ont mis en joue

et ont dit qu'il était mort.

L'acte de propriété de mon oncle

a été déchiré en mille morceaux et éparpillé par les vents.

Je me demande donc : à quoi sert un acte de propriété ?

Grâce à cette mule, je suis colocataire, pas copropriétaire.

Elle m'a donné envie de posséder mon propre lopin.

Les problèmes viennent de là.

Tu viendras t'approvisionner ici.

On vivra de ton salaire de dactylo.

Non. Je serai en Californie ou à Chicago.

Les bons boulots sont là-bas.

- La guerre sera finie. - Non.

- Mais Ronsel pourrait rentrer plus tôt. - Ce n'est pas souhaitable.

- Ça signifierait... - Ce ne sera pas le cas.

Terminez votre repas. Faites la vaisselle avant d'aller dormir.

Bonjour.

Bonsoir, monsieur.

McAllan. Henry McAllan.

- Tu es Hap Jackson. - Oui, monsieur.

Ma famille et moi venons d'arriver.

J'aurai besoin d'aide pour décharger.

- Vous êtes le propriétaire ? - Oui.

Vous deviez arriver plus tard.

Il faut décharger et allumer un feu avant la nuit.

- Entendu ? - Oui, monsieur.

Bonsoir.

Qu'il marche.

C'est trop loin, et on n'a pas le temps. Il se fait tard.

Je ne bougerai pas pour un nègre.

Il ne peut pas accompagner les filles,

et il n'y a pas de place à l'arrière. Pappy, s'il te plaît.

M. McAllan venait de Memphis.

Il n'aurait pas su distinguer la tête et le cul d'un mulet.

Il m'a dit qu'il voulait utiliser un de ces tracteurs infernaux.

Vous imaginez ?

Une machine pour travailler ses terres et lui éviter de se salir.

On ira pêcher.

Ça va, Mme McAllan ?

Oui. Merci.

Qu'il répare ces volets ou on va mourir de froid.

- Viens. - Il faut décharger avant la pluie.

Laissez-le là.

Reste tranquille, Pappy. On s'en charge.

Les filles sont cuites. Il me faut des couvertures.

D'accord.

Il doit y en avoir quelque part.

Allez, les filles.

- Empile-les dans le coin. - Oui, madame.

Le Conte de deux cités.

Les Hauts...

Tu sais lire ?

Mon fils Ronsel m'a appris.

Il va combattre sous les ordres du général Patton.

Creuser des tranchées et peler des patates, plutôt !

Non, il est chef de char.

L'armée ne confierait jamais un char qui vaut des milliers de dollars

à un nègre.

Mon fils, Jamie, c'est un vrai militaire.

Il pilote des bombardiers.

Mon fils est sergent. 761e bataillon.

Surnom : les Panthères noires.

Mon gars,

tu sais comment on appelle un nègre en uniforme ?

Un singe savant.

- Où veux-tu mettre le piano ? - Je couche d'abord les filles.

Pas de place pour le piano. Je dors où ?

Dans l'appentis.

Je refuse d'y dormir.

- Y a même pas de plancher. - Henry.

- C'est trop petit ici. - Vire le piano.

Y a la place pour un lit. Il suffit de rajouter un rideau.

On pourrait, oui.

Pas de chambre dans le salon.

Elle me jette dehors.

- On ne te jette pas. - Je peux te parler en privé ?

- On ne te jette pas. - Henry.

Quand tu m'as annoncé qu'on vivrait dans ce bled paumé,

je n'ai rien dit.

Pareil quand tu as dit qu'il vivrait avec nous.

Et quand Orris Stokes t'a dit

que tu t'étais fait plumer pour la maison, je l'ai bouclée.

Mais je te préviens, on garde ce piano.

C'est la seule chose civilisée ici.

Ton père peut dormir dans l'appentis ou dans ton lit.

Je ne resterai pas sans mon piano.

- Tu es épuisée. - Pas du tout.

Bon Dieu !

Mon trisaïeul et ses esclaves ont bâti la ferme où j'ai grandi.

Une fois, mon grand-père m'a dit

de lui rapporter une poignée de terre.

Il m'a dit : "Que tiens-tu là, petit ?" Moi : "De la terre."

"C'est exact. Donne-la-moi."

Je me suis exécuté, et lui d'ajouter : "Qu'est-ce que je tiens ?"

"De la terre."

"Non, petit, c'est ma terre. Tu sais pourquoi ?

Parce qu'elle m'appartient.

Et un jour, elle te reviendra."

Sauf que ça n'est jamais arrivé.

Non. Pappy l'a vendue après la crue.

Il a dit à tous que la rivière avait eu raison de lui.

Mais c'était un mensonge.

Il était content de quitter cet endroit.

L'armée a fait de Jamie un pilote de bombardier.

C'était ma faute s'il était là-haut.

Je lui ai fait promettre que s'il devenait soldat,

ce serait dans les airs.

La guerre est plus propre, vue d'en haut.

Rien à signaler.

Adam est à gauche.

Pour sûr.

J'ai raté l'anniversaire de ma fille. Elle n'est pas contente.

On rentrera bientôt. Je te ramènerai sain et sauf, Rog.

J'y compte bien.

Tu as ta pin-up, j'ai la mienne.

Oui, mais la mienne vient d'un magazine.

Chère famille...

Je vous écris d'un village en Belgique du nom de Tillet.

C'est un pays au nord de la France, et c'est magnifique.

Papa s'y plairait. Il y a des fermes partout.

C'est quoi, ça ?

- "Venez vous battre" ? - Oui.

Bien sûr, quand vous lirez ça, je serai loin d'ici.

On se déplace sans arrêt.

- On repart ! - À vos ordres.

On se bouge ! On y va !

Allez ! En route !

- Allons-y ! - On se bouge !

Tu as tiré sur ton cheval ?

- Ça ne se fait pas, Carl ! - Mais...

- Même pas fichu de... - Il a avalé mon tabac !

- Il m'appartient ! - Ça suffit.

J'en ai assez entendu !

Si tu fais pas ton boulot, je ne peux pas te garder !

- Henry, non. - Tu le sais !

Henry, j'ai...

J'ai Vera, les filles et un bébé qui va arriver !

- Je veux dire... - J'ai...

J'ai une famille.

- Je n'ai nulle part où aller. - J'ai une femme et des enfants.

On fait pas la charité, ici.

- Je te donne... - Allez !

jusqu'à la fin de semaine.

Après ça, tu dégages !

La violence fait partie intégrante de la vie à la campagne.

La mort vous assaille de toutes parts.

Souris mortes, lapins morts, opossums morts.

On les trouve dans la cour,

on les sent se décomposer sous la maison.

Et puis, il y a les bêtes qu'on tue pour se nourrir.

Poulets, cochons, chevreuils, grenouilles, écureuils.

Plumés, écorchés, vidés, désossés, frits.

On mange et on recommence à tuer.

J'ai appris à recoudre une plaie ouverte,

à charger et tirer avec un fusil,

à enfoncer mes mains dans le ventre d'une truie pour l'aider à mettre bas.

Mes mains faisaient ces choses-là,

mais mon esprit ne suivait pas.

Bonjour, Mme McAllan.

Bonjour, Mme...

Vera. Appelez-moi Vera.

Bonjour, Vera.

Voici une de mes filles, Alma.

On doit vous parler.

Ne nous renvoyez pas.

Pardon ?

On n'a nulle part où aller.

On ne nous embauchera pas si tard dans la saison.

Ce n'est pas ma décision, mais celle de mon mari.

C'est à vous que je demande de nous garder.

Ce n'est pas ma décision.

Et si ça l'était ?

Alma.

Chère famille...

Les gens d'ici nous traitent très bien.

Pas comme les Blancs à la maison.

J'ai le mal du pays.

Et ils font tout leur possible pour qu'on se sente comme chez nous.

Je leur en suis reconnaissant.

Ronsel.

Henry !

- Quoi ? - Ta femme te cherche.

Isabelle est malade et l'autre couve la même chose.

J'arrive !

C'est la coqueluche. Va chercher le médecin.

Et dis à ton père de faire bouillir de l'eau.

Vas-y, Henry !

File !

"Si seulement vous aviez été là pour voir ça.

Sa robe scintillait... de mille feux.

Même les GI blancs avaient les yeux rivés sur elle.

Dites à Lilly May

que même la grande Lena Horne ne lui arrive pas à la cheville au chant.

Assurez-vous que Ruel continue de s'entraîner au base-ball.

Dites à Marlon

que j'ai voulu lui garder de la neige, mais elle a fondu.

Je lui rapporterai un verre d'eau à la place."

"Et..."

- Hap ! - J'arrive, monsieur !

Hap, j'ai besoin de ta femme, de Florence.

Mes filles ont la coqueluche.

Je ne peux pas aller en ville, le pont est submergé.

Tu m'as dit qu'elle était sage-femme.

- Elle n'est pas médecin. - Je sais bien.

Ma femme a besoin d'aide. J'ai pensé...

- La toux a commencé quand ? - Isabelle, il y a deux jours,

et Amanda Leigh, il y a quelques heures.

C'est contagieux.

Elle peut vous donner un remède, mais pas venir avec vous.

Je peux la payer.

Je ne pourrai pas rentrer pendant quatre jours.

- Qui s'occupera des miens ? - Je vous en prie.

Ma femme a très peur.

Je n'avais pas le luxe de n'aimer que mes enfants.

Dans mes souvenirs, ma mère est bleue.

Bleue de la pénombre du petit matin.

Quand la lune était encore haute,

elle nous embrassait, mes sœurs et moi.

On faisait semblant de dormir.

Elle partait travailler

pour aller s'occuper des enfants d'une autre.

Je m'étais juré de me consacrer à mes enfants.

Attention à la marche.

- Voici Florence. - Qui ?

Elle est sage-femme.

- Personne n'accouche. - Le pont est submergé.

- Elle peut aider. - Un docteur...

- Le pont est inondé ! Je fais quoi ? - Prends-la.

Mes enfants l'ont eue.

Il faut les faire boire.

Mais d'abord, il faut évacuer ces glaires.

C'est bien, la vapeur, pour ce qu'elles ont.

M. McAllan, pouvez-vous faire bouillir de l'eau ?

Je veux ma maman !

Ça leur fera évacuer les glaires.

J'aurais dû les emmener plus tôt chez le docteur.

S'il arrive quoi que ce soit...

Je sais désormais ce que devait éprouver ma mère.

Elles vont se rétablir.

S'il était arrivé quelque chose aux enfants de cette autre femme,

c'en aurait été fini de nous.

Je sais qu'elle nous quittait pas simplement par devoir,

- mais aussi par amour. - J'ai soif.

Tu m'entends ? Je veux de...

- Si tu me menaces... - Et je sais...

- ...je te tabasse. - ...que l'amour est une sorte de survie.

On est touchés. Que se passe-t-il ?

J'ai un visuel. Contournez.

L'artilleur arrière est mort !

Descends-le !

Il me faut de l'altitude.

À gauche !

- Redresse ! - C'est parti, capitaine !

Roger !

Formation rompue !

Roger, allez !

Artilleur avant, tu es là ?

Je suis toujours là ! Je l'arrose !

- Ils arrivent à gauche ! - Je les vois !

Jeremy !

Parle-moi, Jeremy !

Maman ?

Bonjour.

Contente de voir que tu vas mieux.

On a une bonne nouvelle pour toi.

On aimerait te proposer un travail.

Pour m'aider ici.

J'ai besoin d'aide avec les filles. Cuisine, ménage, ce genre de choses.

Ça fera plus d'argent pour ta famille et toi.

On ne leur appartient pas.

On paie le bail, on s'occupe de nos récoltes. C'est tout.

On n'est pas des outils à leur disposition.

Tu dis toujours qu'il faut économiser,

qu'avoir nos terres permettrait de s'émanciper d'eux.

- C'est l'occasion. - Je refuse que tu travailles pour eux.

Je ne travaillerai pas pour eux, mais pour nous.

J'ai déjà accepté.

"Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église."

"Qui peut trouver une femme vertueuse ?

Elle a plus de valeur que les perles.

Son mari a confiance en elle, et les produits ne lui feront pas défaut."

Tous ces dimanches...

- Tu écoutes vraiment, alors ? - Oui.

À ton tour de m'écouter.

"Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père.

Si cela n'était pas, je vous l'aurais dit.

Je vais vous préparer une place.

Afin que là où je suis, vous y soyez aussi."

Ça m'apporte du réconfort.

Ça m'apporte du réconfort de savoir...

qu'un jour, je me réveillerai le cœur plus léger que la veille.

Un beau matin,

mes enfants ne se réveilleront pas ici.

Ils ouvriront les yeux sur un ciel nouveau.

Un beau matin, on se libérera du joug qui nous oppresse

et on brisera les chaînes qui nous retiennent.

Un beau matin,

et je ne parle pas du futur, mais bien d'aujourd'hui.

D'aujourd'hui !

- Un beau matin ! - Un beau matin !

Je vous le dis...

Feu !

Feu !

Joli tir, mon vieux !

Sortez du char !

Sortez ! Sortez du char !

Papa !

Je vais t'aider !

On s'active ! Couche-toi !

Il me faut un toubib !

Complètement alité.

Coincé au lit en sachant que ma femme fait mon travail.

Florence a les mains pleines d'ampoules.

Et je l'ai vue se masser le dos, pensant que je ne regardais pas.

Le lendemain, la pluie est arrivée.

Une pluie lourde qui a englouti les champs.

On n'a rien pu faire.

On est restés assis là à se faire du mouron deux jours durant.

Hap, tu es là ?

Oui, monsieur.

- Comment ça va ? - De mieux en mieux.

Tu as l'air de savoir ce que tu fais.

C'est une tradition familiale.

Tu seras alité encore combien de temps ?

D'après le docteur Turpin, six semaines. J'en suis à quatre.

Je parie sur lundi prochain.

- Lundi, hein ? - Oui, monsieur.

Je vais être direct. Je ne...

Je ne pense pas que vous pourrez tout semer à temps.

Ce sera trop juste.

Florence et les garçons mettent les bouchées doubles.

Et le champ doit être retourné à nouveau à cause de la pluie.

Pour sûr. Si seulement on pouvait contrôler la pluie !

Vous devriez être en train de planter

et vous n'avez même pas encore sarclé.

Ça ne peut plus attendre, Hap. Tu es fermier. Tu le sais.

Oui, monsieur.

Si tu avais une mule...

tu finirais en un clin d'œil.

- Notre mule est morte du tétanos. - Je sais.

Florence et les garçons...

Tu vas devoir louer une de mes mules.

Tu me donneras 50 % de tes récoltes.

Envoie un de tes garçons chercher la mule après dîner.

Oui, monsieur.

Au fait, j'ai oublié de te dire.

Florence ne pourra pas travailler un moment.

Comment ça, elle ne revient pas ?

Pas avant la fin juillet. Quand les semences seront faites.

- Où est Hap ? - Il s'est cassé la jambe. Je te l'ai dit.

- Non. - Si.

- Pas du tout. - Si.

J'ai besoin d'aide. Prête-lui une mule.

Je ne peux pas lui en prêter une.

Une mule, ça ne se prête pas.

Autant lui donner la ferme tant que j'y suis.

S'ils ne peuvent pas semer à temps,

ils nous en loueront une en nous donnant 50 % de leurs récoltes.

Pas de bol pour eux, mais on y gagne.

Il s'est blessé pour nous.

Non, Hap Jackson s'est blessé en travaillant pour Hap Jackson.

- L'agriculture est un commerce. - Je me dis...

J'ai tout investi dans cette ferme.

Toutes nos économies.

Si on ne gagne pas d'argent cette année, on sera dans le pétrin.

Est-ce que tu comprends ?

Alors ?

Oui, Henry.

Bien. Allez, viens.

30-8-62.

La date où les forces confédérées ont écrasé l'armée de l'Union à Richmond.

Il ignorait que je connaissais la combinaison.

- Bonjour. Mme Jackson ? - Oui ?

Je suis le Dr Pearlman. Je viens soigner votre mari.

Merci. Entrez.

Si vous m'aviez demandé à l'époque,

j'aurais dit que tous les Blancs étaient pareils.

Henry m'en voulait encore et le montrait en m'ignorant au lit.

Je n'avais pas toujours aimé faire l'amour avec Henry,

mais ça me faisait me sentir comme une vraie épouse.

Je n'avais jamais songé à lui dire non.

Comment le pouvait-il, lui ?

L'heure est solennelle, mais glorieuse.

Le général Eisenhower m'informe

que les forces allemandes ont capitulé face aux Nations Unies.

Les drapeaux de la liberté flottent partout en Europe.

Pour cette victoire, nous nous unissons et offrons nos remerciements

à la providence qui nous a guidés et soutenus...

- Hitler est mort ! - La guerre est finie !

Hitler est mort !

C'est fini, oui ?

La guerre est finie !

On est en territoire ennemi.

T'es mort, petit Blanc, t'es mort !

On les écrase. Attention à droite, artilleur.

T'es mort.

Le samedi était mon jour préféré.

Le seul jour où je me sentais vraiment propre.

- Je m'assois ? - Oui. S'il te plaît.

Le reste du temps, on puait.

Maman, y a quelqu'un qui arrive !

- Tonton Jamie ! - Tonton Jamie !

Venez faire un câlin à tonton Jamie.

Qui es-tu, toi ? Ma petite Amanda ?

- Et qui es-tu, toi ? Ma petite Bella. - Jamie !

- Venez embrasser tonton Jamie ! - Jamie !

- Ce que vous avez grandi ! - Jamie !

Et qui c'est, ça ?

Venez, les filles.

Tu as bonne mine, frérot.

Tu as une mine de déterré.

- Me ménage pas, surtout. - Jamais. Viens !

Vous avez vu son uniforme ?

Ma douce belle-sœur.

- Bon retour à la maison. - Venez là.

- D'accord. - Allez voir ce qu'il a rapporté !

Tu te plais dans le paradis d'Henry ?

Tu pourrais au moins saluer ton paternel.

Mon cher Pappy, tu m'as sacrément manqué !

Tu lui as manqué aussi, même s'il ne l'admettra pas.

Je parie qu'il ne chique plus de tabac et qu'il milite pour les droits des Noirs.

Tu es venu à pied, j'en reviens pas !

Je ne voulais pas vous embêter.

C'étaient ses dernières paroles.

Bon sang !

Seigneur !

Bon sang.

Ça fait quoi d'être un héros de guerre ?

- Aucune idée. - Me raconte pas d'histoires.

L'armée m'a écrit au sujet de tes médailles.

Les plus grandes distinctions qu'un pilote puisse décrocher.

- Ah bon ? - Eh bien...

j'ai eu de la veine.

- D'autres en ont moins eu. - Oui.

Ça t'a valu plein de bons coups, je parie.

Jamie n'a pas besoin de médailles pour plaire aux filles.

Il tient ça de moi.

Votre mère était la plus jolie fille de Greenville.

Et elles me couraient toutes après.

Oui. Je vais vous dire une chose :

tu as dû dézinguer un paquet de boches pour avoir ces médailles.

Combien t'en as descendu, tu dirais ? Cinquante ? Cent ?

- Je ne sais pas. - Dis quand même.

Je ne sais pas.

Quelle importance ?

Un homme se doit de savoir combien de types il a tué.

Une chose est sûre :

il y en a eu plus d'un.

Eh bien, fiston...

au moins, moi, celui que j'ai tué, je l'ai regardé droit dans les yeux.

C'est pas comme de larguer des bombes à 1 500 m dans les airs.

Pappy.

- Pappy, arrête. - Qu'il aille au diable.

Pourquoi tu as fait ça ?

Il est fier de toi.

C'est tout.

- Oui. - Mais il a raison.

Allons nous coucher.

Le canapé, ça t'ira ?

Oui.

Viens.

Content de te voir, frérot.

Merci à Laura et toi de m'accueillir.

Dormir te fera du bien.

Ainsi que des bons petits plats pour te remplumer un peu.

C'était plutôt 6 000.

Quoi ?

Plus de 6 000 m dans les airs, l'altitude pour larguer des bombes.

Comment tu peux voir de si haut ?

Si tu savais.

Routes, villes, usines.

Mais pas les gens.

À 6 000 mètres, ce ne sont même pas des fourmis.

Pappy a raison.

Un homme se doit de savoir.

Bonne nuit.

GENS DE COULEUR

Retour au bercail, youpi.

Tupelo ! Prochain arrêt, Tupelo !

Bamboula, macaque, négro.

J'ai combattu pour mon pays,

mais à mon retour, rien n'avait changé.

RÉSERVÉ AUX BLANCS

Bonjour, Mme Tricklebank.

Ronsel, c'est toi ?

Oui, madame, pour autant que je sache.

Fichtre alors, comme tu as grandi ! Comment ça va ?

Très bien. Et vous ?

Je vais très bien. Tu as vu tes parents ?

Non, je voulais leur acheter des choses avant de rentrer.

Bonjour, Ronsel. Je suis Mme McAllan. Tes parents travaillent dans notre ferme.

Bonjour, madame.

Ta mère parle tout le temps de toi.

Ils seront ravis de te revoir.

Ce sera tout ?

Non, il me faut du sucre et des bonbons.

Du sucre et des bonbons ?

Oui. Le sucre pour ma mère, et les bonbons pour Marlon et Lilly May.

Je veux les gâter un peu.

- Avec ma solde de sergent. - Ils vont apprécier.

Oui, madame.

Passez une bonne journée. Mme McAllan.

Qu'est-ce qu'on a là ? Un bamboula en uniforme.

Où tu crois aller comme ça, jeunot ?

Excusez-moi. J'aimerais rentrer chez mes parents.

- Pas par là. - Pappy, c'est Ronsel,

Le fils de Hap et Florence. Il revient du front.

C'est pour ça que tu essaies de sortir par la porte de devant.

Tu ne dois plus trop savoir où tu es.

- Non, je sais très bien où je suis. - Je crois que non, jeunot.

J'ignore ce qu'on te laissait faire là-bas,

mais ici, tu es dans le Mississippi, négro.

Sors par derrière.

Vas-y, petit. On ne veut pas causer d'ennuis. Allez.

Vas-y.

Vous avez tout à fait raison.

En Europe, on n'empruntait jamais la porte de derrière.

Le général Patton nous a placés en première ligne.

Oui, monsieur. Vous savez ce qu'on a fait ?

On a fichu une raclée à Hitler et aux schleus.

Pendant que vous étiez bien à l'abri ici.

Henry, j'ai presque fini.

Retour au bercail, youpi.

Bénissez-nous, Seigneur, ainsi que ce repas que nous allons prendre

grâce à Jésus-Christ, notre Seigneur et sauveur.

Et merci, Seigneur, pour le soleil que Tu nous envoies,

qui fait pousser le coton et apporte la santé à ma famille.

Et Seigneur Jésus, protège mon fils Ronsel

où qu'il puisse se trouver.

Amen.

Ronsel !

Mon bébé !

Regarde-toi. Comme tu as grandi !

- Et tu es beau. - Merci.

Marlon, regarde-toi. Tu es aussi grand que moi !

- Tes médailles, - T'as bien voyagé ?

c'est en tuant des boches ?

- Tu aurais dû nous prévenir. - Arrêtez de l'embêter

et laissez-le saluer son père.

Je savais que tu rentrerais. J'ai prié pour toi.

Merci, Seigneur.

Ça alors !

Regarde-toi.

Que diable t'est-il arrivé ?

- Va voir tes frères. - J'ai fait des courses.

Merci, mon bébé.

Viens t'asseoir.

La providence.

- Tu veux du riz ? - Oui.

- Merci, Seigneur. - Amen.

J'ignorais que tu fumais, fiston.

Beaucoup de choses ont changé.

- Tu es sûr d'avoir assez mangé ? - Oui.

Je suis repu. Ces biscuits, j'en rêvais, là-bas.

Et moi, je rêvais de toi.

Tu voyais quoi ?

Tu nous es revenu, sain et sauf.

Ce sera bien d'avoir deux bras de plus.

Avec toi à la maison, on pourra rattraper ce qu'on a perdu :

payer le nantissement, dégoter un nouveau contrat, redevenir locataires.

Il a peut-être des projets personnels. Laisse-le choisir, Hap.

Non, maman.

Bien sûr que je resterai.

Ça va de soi.

Ça me laissera le temps de faire le point et de digérer la guerre.

Quoi encore ?

Bonsoir, M. McAllan.

Bonsoir, Hap.

Florence.

Voici notre fils Ronsel dont je vous ai parlé.

On a fait connaissance.

Hap, je veux te parler en privé.

Je ne suis pas un enfant.

Ce que vous direz à mon père, je peux l'entendre.

Bon, très bien. Tu risques de t'attirer un tas d'ennuis

en te comportant comme tu l'as fait.

Je sais que ce n'est pas ce que tu recherches.

Pour toi ou ta famille.

Qu'as-tu fait ?

Il n'a rien pu faire de mal.

- J'ai juste voulu sortir du magasin. - Par devant.

Quand mon père l'a réprimandé, il lui a répondu.

Tu nous as tous remis à notre place.

C'est vrai, ça ?

Dans ce cas, excuse-toi.

Je suis navré, monsieur.

Mon père aussi voudra des excuses.

Ronsel lui rendra visite demain après l'église.

N'est-ce pas, fiston ?

Oui, monsieur.

- Bon retour. - Merci, monsieur.

Bonne soirée.

À quoi bon se battre ? Ils auront toujours le dernier mot.

Je n'ai pas l'habitude de fuir l'affrontement, c'est tout.

Plus maintenant.

Quand êtes-vous rentré ?

Il y a deux semaines.

- Vous vous plaisez à Marietta ? - C'est une charmante petite ville.

Je vais la prendre. Je la mets là.

Merci, Mme Tricklebank. Bonne journée.

Au revoir.

Regarde ça.

- Il fait quoi ? - Qu'est-ce qu'il a ?

Il doit revenir de la guerre.

Ce n'est rien.

C'est une voiture qui a pétaradé. Sûrement une soupape coincée.

Ça passe avec le temps, il paraît.

Tu es Ronsel, le fils de Hap.

Jamie McAllan. Le frère d'Henry.

Enchanté.

T'es venu à pied ?

Je vais te déposer.

Viens.

Ici Bob Dunning, qui va vous résumer le 15e All-Star Game annuel.

- Monte devant. - Je suis bien derrière.

Grimpe, soldat. C'est un ordre.

Dans la ligue nationale, c'est du lourd.

John Mize, Walker Cooper, Ralph Kiner et Stan Musial.

Les pionniers de la ligue américaine.

Ted Williams, Joe DiMaggio, George Kell et Lou Boudreau.

- Qui vous dit que je suis moins gradé ? - J'étais capitaine.

J'ai servi sous les ordres de plein de capitaines noirs.

Tu as obéi à mon ordre. Je parie que t'étais sergent.

761e bataillon de chars.

"Venez vous battre."

On était le fer de lance du général Patton.

Et vous ?

Je pilotais des B-25.

Alors, sergent, content d'être rentré ?

Oui, moi aussi.

- Tu t'es accroché avec mon père ? - Je me suis excusé.

C'est un salaud fini. Je suis sûr qu'il l'avait mérité.

- À ta santé. - Non, merci.

Tu es toujours aussi têtu

ou qu'avec les Blancs qui essaient d'être gentils ?

Vas-y.

Tu fais un drôle de sous-off.

N'en gaspille pas. C'est mon remède.

Chaque goutte compte.

C'est vrai que vous pissiez dans vos casques ?

- Très souvent. - On avait un tuyau dans le cockpit.

Parfois, c'était plus facile de faire dans le casque.

Mais à plus de 6 000 mètres,

l'urine gèle en moins d'une minute.

Il fait si froid là-haut ?

Merde. Il fait - 30 º, - 35 º.

Un jour, en mission longue,

j'ai pissé dans mon casque et j'ai oublié.

On survolait la cible, j'ai remis mon casque.

On bombardait en esquivant les tirs de DCA,

et soudain, j'ai senti un truc me couler sur le visage.

J'ai cru que j'étais blessé.

Ça schlinguait les latrines.

Vous avez dû vous faire chambrer au mess des officiers.

Mes amis m'en ont rebattu les oreilles.

Du moins, ceux qui s'en sortis.

Moi aussi, j'ai perdu des amis.

À leur santé.

"Je ne rentrerais à la maison que si..."

- Tout va bien, M. Jamie ? - Comme sur des roulettes.

J'ai ramené Ronsel.

Je retourne en ville samedi prochain.

Si tu veux, je peux passer te prendre.

Avec plaisir.

Très bien.

Hap.

Oh mon Dieu !

J'ai un cadeau pour toi.

C'est trop.

Je le garderai pour ton frère et ta sœur.

Non.

- C'est pour toi. - Je ne peux pas.

Je veux te voir le manger.

Merci, mon fils.

Finis-le, maman. Ne le garde pas.

Lilly May et Marlon n'ont pas intérêt à en manger.

Je t'aime.

Je t'aime aussi, chéri.

Je ne sais pas...

J'ai essayé.

Je suis désolé.

Je ne sais pas...

Je ne sais pas nager.

Bon sang.

Bon sang.

Mon Dieu.

Tout va bien, Jamie. Tout va bien.

C'est moi.

Tout va bien.

Tout va bien. Approche.

Non, je ne peux pas.

- Jamie. - Je dois y aller.

Comme d'habitude, les drames se tissaient quand Henry était absent.

Pappy et lui étaient allés voir des cochons,

aussi étais-je seule avec les filles.

Vera ?

Vous devez m'emmener en ville.

Je vais tuer Carl.

Vera, venez vous asseoir. On va discuter...

Je n'ai pas le temps de m'asseoir.

Il est avec elle, en ce moment.

Il a commencé à s'en prendre à Alma, comme avec Renie.

Amanda, emmène ta sœur à l'intérieur.

Allez, Amanda.

Fais le tour, file.

- Vera ? - Vous devez m'emmener en ville.

- Je ne conduis pas. - Je vous ai vue !

Et je me suis attiré des ennuis. Mon mari a pris les clés.

Venez.

On a trouvé le corps de Carl sur le bord de la route menant en ville.

Florence a dit avoir vu Vera descendre la grand-rue, couverte de sang.

On aurait dit qu'elle s'était baignée dedans.

Vera l'avait poignardé à 17 reprises.

Mais je n'ai appris ces détails que plus tard.

J'étais trop hantée par ma propre détresse.

Seigneur.

Qu'y a-t-il, maman ?

Amanda Leigh, sois une grande fille et va chercher Florence.

Tu te souviens du chemin ? Cours le plus vite possible.

Moi aussi, j'ai perdu un de mes bébés.

Il s'appelait Samuel.

Je venais ici tout le temps quand j'étais gamin.

Quand j'avais besoin d'être seul et de me changer les idées.

Chouette décor !

Tiens.

Pourquoi êtes-vous si gentil avec moi ?

Tu as l'air d'en avoir besoin.

Foutaises !

On survolait l'Autriche.

Une armada de Messerschmitt nous a pris en chasse.

Ça grouillait de partout.

Ils ont eu mon artilleur arrière, mon copilote...

J'ai passé un pacte avec Dieu à ce moment-là.

S'Il me sauvait, j'ai juré de faire un acte de bonté.

J'ignorais lequel, mais...

je Lui ai quand même promis.

Et aussitôt, une tripotée de P-51 est apparue,

comme la cavalerie.

Ils ont dégommé ces Allemands.

C'était des anges envoyés par Dieu en personne.

La queue de ces P-51 était peinte en rouge.

L'un d'eux a volé à mon niveau juste après.

J'ai regardé. J'ai cru avoir une hallucination.

Ce pilote d'avion...

c'était un Noir.

Il m'a salué.

Je l'ai salué à mon tour.

Des hommes sont morts ce jour-là. Des maris, des pères.

Des hommes bien.

Meilleurs que moi.

Enfin voilà.

On a cueilli ça pour toi, maman.

C'est pour toi, maman.

Maintenant, il faut...

On ne peut pas prendre de douche s'il n'y a pas de rideau.

Où on met ça ?

À ton avis ? Pourquoi pas ici, dans l'eau ?

Tu dois m'aider à décider où le mettre.

À ton avis ? Là-dedans ? Ça parfumera l'eau.

Maman, tonton Jamie construit une douche.

Sale petit ange !

Tu devais me prévenir si elle approchait.

Ça te fera un peu d'intimité...

de temps en temps, si tu veux prendre un bain.

T'en penses quoi ?

C'est merveilleux.

Je vais chercher de l'eau.

Elles sentent bon, ma puce.

Il ne mange presque pas, ne dort presque pas.

Il a la bougeotte, mais ne peut pas partir.

Il est agité. Comme s'il attendait quelque chose.

Quelque chose qui n'a pas encore eu lieu.

Allez ! Cette bouteille ne va pas se vider toute seule.

La journée est bien avancée !

Minute, papillon. Comment ça va ?

Je serais ravi de me voir aussi.

Tu n'es pas épuisée ?

- On doit le laisser partir. - On ne le retient pas.

Il reste pour nous. Je le sais.

Et s'il veut rester ?

Les choses seront pas toujours ainsi.

Dès que je serai rétabli,

on partira d'ici.

On s'en sortira.

Il s'en sortira quand il aura son propre toit.

On s'en sortira ?

Je te le garantis.

Tu te souviens de ça ?

Oui.

Tu n'es pas censé rester debout avec ta jambe cassée.

Si tu ne guéris pas, tu ne marcheras plus.

À quoi bon marcher si je ne peux pas danser ?

Tu es une femme charmante.

La Silver Star ?

- Oui. - Merde alors !

Inutile d'être impressionné. Je l'ai eue grâce à ma bêtise.

Quoi ?

Ça ne te manque pas, des fois, d'être là-bas ?

Pas de se faire tirer dessus, mais moi, ça me manque, parfois.

Oui, à moi aussi.

Là-bas, j'étais un sauveur.

Les gens nous attendaient dans les rues.

Ils nous jetaient des fleurs.

Ici, je ne suis qu'un négro qui pousse une charrue.

Et il y a les copains, aussi.

- Je pense à eux tous les jours. - Découvrir le monde.

Les Italiennes, les Anglaises...

les Grecques poilues comme des mygales...

Oui, c'était différent.

C'était quelque chose.

Tu as déjà couché avec une Blanche ?

Merde... j'y crois pas.

Oui ? Raconte.

On nous a donné...

des quartiers, des hôpitaux et des latrines à part.

Mais les Européennes n'avaient aucun problème avec nous.

Un jour, à Wimborne,

une Anglaise qui passait m'a tapé sur les fesses.

Une parfaite inconnue.

Un GI blanc lui avait dit qu'on tenait plus du singe que de l'homme.

Elle vérifiait si j'avais une queue.

Désolé si je ris.

Dès qu'on pouvait, on leur montrait comme on était humains.

- Oui. - Les Allemandes aussi, hein ?

Je connais ce regard.

Ce devait être une fille spéciale.

Mais ça, c'était avant. Aujourd'hui, je suis là où je suis censé être.

Oui. Là où je dois être.

À gâcher ma vie.

- Je te ramènerai sain et sauf, Rog. - J'y compte bien.

Ils arrivent à gauche !

L'artilleur arrière est mort !

Jeremy, allez, parle-moi !

Merde.

On la remorquera demain, Henry.

Je suis désolé.

C'est bon ? Bien.

C'est à cette heure-ci que tu te lèves ?

Tu vas te la couler douce pendant que tes frères et sœurs triment ?

Qu'est-ce qui te prend ?

Qu'est-ce qui te prend ?

Tu as reçu une lettre. D'Allemagne, apparemment.

D'Allemagne.

Qui c'est, Resl ? Ress...

Un homme ou une femme ?

R-E-S-L. Ressil, Reecil... Comment tu prononces ça ?

C'est une connaissance.

Où vas-tu ?

Je reviens !

Ronsel !

Tu trouves ça drôle de renverser du bon lait ?

Tu sais ce qu'on dit ? On ne va pas pleurer pour ça.

Facile à dire, quand c'est pas le tien.

Je te dois combien, 1,50 $ ? Deux dollars ?

On n'a qu'à arrondir...

- C'est pas une question d'argent ! - Que me veux-tu ?

Qu'est-ce que t'as ? Sois un homme !

Un seau renversé et je suis pas un homme ?

Tu ne te comportes pas en homme, en tout cas !

Tu traînasses, tu disparais des jours entiers,

et quand tu es là, tu es ivre.

Je n'ai pas de comptes à te rendre.

Si, tant que je t'héberge et que tu travailles ici.

Désolé, patron.

J'y suis pour rien si tes rêves de fermier virent au cauchemar.

J'y suis pour rien si tes champs de coton sont inondés !

Tu sais quel est ton problème ? Tu ne connais pas ta valeur.

Tu ne sais pas ce qu'un homme doit savoir. Ce qu'il faut savoir.

- Ouvre les yeux, grand frère. - Pourquoi ?

- Tu te prends pour le dieu de ces lieux, - Quoi ?

obnubilé par ta ferme, sans voir que ta femme est malheureuse !

Gare à ce que tu dis.

- Sinon quoi ? - Sinon quoi ?

- Tu sais quoi, frérot ? - Oui ?

C'est bon, va-t'en. Tu peux être l'homme que tu veux.

Mais ce sera ailleurs.

- C'est rien. J'irai en ville. - Je ne parle pas de ça.

Demain, je vais à Greenville pour acheter du bétail.

Je veux que tu sois parti à mon retour.

Non, mais ça va pas ?

Tu aurais vu ta tête !

C'est pas drôle.

Au contraire, mon ami. C'est très drôle.

Vous êtes complètement siphonné.

Je suis bien d'accord avec toi.

Pourquoi tu marches sous la pluie ?

Pour rien.

Ça ne va pas ?

C'est quoi, ce que tu as fait de pire ?

Un truc grave.

Tu savais que quelqu'un en souffrirait,

mais tu l'as quand même fait.

Quitter cette femme.

Mince alors !

Félicitations, tu es papa.

Il s'appelle Franz.

C'est un bon nom.

Que comptes-tu faire ?

- Elle veut que je revienne en Allemagne. - C'est pas à côté.

C'est loin d'ici.

Et vous ? La pire chose que vous ayez faite ?

Qui ça, moi ? Je suis un saint.

J'imagine bien.

Merde, baisse-toi.

Ils nous ont vus, à votre avis ?

Aucune idée.

On est arrivés.

Je vais bientôt quitter la ville. Je voulais te souhaiter bonne chance.

Tu as été un ami.

Je veux que tu le saches.

Vous avez été un ami aussi.

Vous êtes un Blanc sympa.

Prenez soin de vous.

J'espère que tu arriveras à rejoindre ton fils.

Ta famille.

Prenez soin de vous, hein ?

Toi aussi.

Salut, maman.

- Tu as faim ? - Non, ça va.

Où sont-ils tous passés ?

À l'église, pour la messe du soir.

Donne.

- Et le voilà, encore soûl. - Tonton Jamie !

Bonjour, famille bien-aimée.

Avec qui tu étais dans la camionnette ?

Le type que tu ramenais, c'était qui ?

Ronsel Jackson. Pourquoi ?

Tu me dis pourquoi ce négro était à l'avant avec toi,

comme ton égal ?

Il peut aller où je veux. Ce sera tout ?

Espèce de petit salopard !

- Tu es un bon à rien, tu le sais, ça ? - Oui, je le sais.

Monsieur le grand héros de guerre.

Tu n'es qu'un misérable ivrogne ! Donne-moi ces clés.

Partez.

Tu veux te le garder pour toi, hein, petite ?

Il est soûl, tu ne pourras rien en tirer.

- Pardon ? - Je t'ai vu lui tourner autour.

- Pappy. - Henry est trop bête pour le voir,

mais pas moi.

- Tu as vu la lettre, maman ? - Celle d'Allemagne ?

Oh mon Dieu ! Attends.

Ne t'inquiète pas. Attends que ton père rentre.

Ronsel !

Salut.

- Tu seras là pour souper ? - Non.

Tu vas quelque part ?

Oui. Sûrement dans l'ouest.

Un copain de l'armée vit à Los Angeles.

Los Angeles ? Jamie, qu'est-ce que tu racontes ?

- Il ne t'a rien dit ? - De quoi tu parles ?

Henry.

Il m'a mis dehors.

- C'est sûrement mieux ainsi. - Tu vas partir comme ça ?

Tu comptais dire au revoir, au moins ?

Bien sûr. Le premier car ne part qu'à 14 heures.

Et les filles ? Ça va leur briser le cœur.

Je ne peux pas rester.

Je ne...

Tu n'es pas obligé de partir.

- Viens là ! - Chopez-le !

- Viens là, mon gars ! - Chopez-le !

Chopez-le !

Maintenez-le au sol !

- Frappe-moi ce négro ! - Rossez-le !

- Relevez-le. - Allez.

Mets tes chaussures et accompagne-nous.

- Seigneur. Relâchez-le. - La ferme !

Compte là-dessus ! Relâchez-le, bordel !

- Écoute, fiston. - Je suis pas ton fils.

Je te suggère de tirer ou de pointer ça ailleurs.

Sinon, autant me tuer aussi.

Tu trahis ton propre sang pour un négro ?

Vas-y, tire.

- Vas-y. - Oui.

- Vas-y. Tire. - Apportez la pièce à conviction.

- Il est coupable ! - Tuez-le !

As-tu forniqué avec cette femme ?

Pourquoi vous vous intéressez à une putain boche ?

Ces salopes Fräulein ont fait tuer bon nombre de nos soldats.

Si Ronsel ici présent

lui a fait cadeau d'un bâtard pour le lui rappeler,

ce n'est que justice !

La ferme, l'amoureux de nègre !

Comment savez-vous que Ronsel est bien le père ?

Demandons-lui. Es-tu le père de ce...

Je ne dirai pas "enfant"... De cette abomination ?

Vas-y ! Dis-le !

- Oui ! - Il a avoué !

La sentence, c'est la mort.

Pappy ?

Il ne tirera pas.

Tu n'as pas le cran de tuer un homme à bout portant. Pas vrai, fils ?

Tu ne vas pas tuer ton propre père.

Encore un geste de travers, et ces types risquent de te tuer.

Que va-t-on faire de lui ?

Je vous l'ai dit, il ne dira rien. J'ai pas raison, fiston ?

Libérez-le.

Tu es mal placé pour exiger des choses.

Le négro doit quand même être châtié.

Laissez mon fils décider de la méthode.

Très bien.

Ce sera quoi ?

Je te laisse le choix.

Si tu ne veux pas qu'il meure, à toi de décider du châtiment.

Sa langue, ses yeux ou ses couilles ?

Choisis.

Choisis, bon Dieu !

Sa langue.

Seigneur ! Non !

- Tenez-le. - Prenez l'échelle !

Doucement. Ça va aller.

Je te tiens.

- Tenez les jambes. - Tenez-les droites.

Mon Dieu !

Je le tiens !

Respire.

Ça va aller. Lève la torche, Marlon.

Soulevez-le.

- On te tient. - Sortons d'ici.

Mon bébé.

J'ai tenu ses battements de cœur dans ma main.

Mon garçon !

Je me souviens du moindre battement.

Il était chaud et vivant.

Je le connais par cœur.

Pappy ?

Pappy ?

C'est exactement ce que tu crois.

Ils ont eu Ronsel.

Ils étaient trop nombreux.

Quoi ? Jamie, que lui est-il arrivé ?

Ils étaient trop nombreux.

- Jamie... - Je n'ai pas pu les arrêter.

Que lui ont-ils fait ? Il est vivant ?

- Ils m'ont forcé à choisir. - Choisir quoi ?

Réveille-toi.

Je voulais te regarder droit dans les yeux.

Je vous remercie, monsieur.

À dans deux jours.

C'est ton père. Il est mort dans la nuit.

- Comment ? - Dans son sommeil, paisiblement.

- Hap ! - Henry !

- Hap ! - Henry, non.

J'y suis pour rien.

- Je les avais prévenus. - Laisse-les partir.

Hap !

Hap, tu peux attendre ?

On doit enterrer ce cercueil.

Hap ?

Hap ?

Je te remercie.

Tes fils peuvent aider.

Ils ne descendront pas de ce chariot.

Voilà, c'est bon.

"L'homme né de la femme ! Sa vie est courte, sans cesse agitée.

Il naît, il est coupé comme une fleur.

Il fuit et disparaît comme une ombre.

Et c'est sur lui que tu as l'œil ouvert !

Et tu me fais aller en justice avec toi !

Comment, d'un être souillé, sortira-t-il un homme pur ?

Il n'en peut sortir aucun.

Un arbre a de l'espérance : quand on le coupe, il repousse.

Mais l'homme meurt et perd sa force.

Les eaux des mers s'évanouissent,

ainsi l'homme se couche et ne se relèvera plus.

Il ne se réveillera pas tant que les cieux subsisteront,

il ne sortira pas de son sommeil."

Amen.

Bon.

Viens, frérot. Amen, Pappy.

- Allez. - Florence ?

Donne ça à Ronsel...

si tu le vois.

Jamie !

Je fais toujours le même cauchemar.

Je suis dans un char et je porte un casque.

Puis je suis à l'arrière d'une voiture, un sac en toile sur la tête.

Je hurle. Mes lèvres bougent, mes joues se tendent.

Mais il n'y a aucun son.

J'espère que la mort prématurée de Pappy

a apporté un peu de réconfort à la famille Jackson.

Bien que ça ne m'en apporte aucun.

J'espère aussi, par je ne sais quel miracle,

que mon ami Ronsel ait trouvé le bonheur.

Mais mon histoire doit-elle finir ici ?

Dans le silence et la défaite.

L'oppression, la peur, la difformité.

Seul un homme extraordinaire vaincrait tout cela.

Je devrais me sevrer du laudanum et ne plus m'apitoyer sur mon sort.

Et voyager avec un mot dans ma poche disant "muet".

Et enfin,

je devrais retraverser l'océan Atlantique.

Par pour la guerre, cette fois.

Mais par amour.

Ronsel.

Maman ?

J'ai donc terminé là-dessus.

Sur l'amour.

Sous-titres : Luc Kenoufi

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