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Elle chante.
-Pourquoi dis-tu ça ? Ma tantirelire
Pourquoi dis-tu ça ? Ma tantirelo
C'est vrai, pourquoi je dis ça ?
-Julietta !
Julietta !
-Martine !
-Voilà, j'arrive !
-Où est Julietta ?
-Elle est pas sur la plage.
-Il faudrait un homme pour nous aider.
-Même sans hommes, nous finissons toujours par fermer nos valises.
-Essaie, toi. Moi, je n'en peux plus.
Je n'ai pas fermé l'oeil depuis 3 jours.
-C'est ton foie.
-Faut-il marier Julietta ?
Ou ne pas marier Julietta ?
La forcer à parler ? Faire semblant de ne pas l'entendre pleurer ?
Ta mère perd la tête. -Ca y est.
-Tu as réussi ? -J'ai enlevé ça.
-Où le met-on ?
-Dans le carton. -Julietta !
-Elle est sur la plage.
-Depuis le départ d'Hector, elle vit sur la plage,
et elle voudrait que moi, je dorme.
-Maman, si tu perds le sommeil
chaque fois que Julietta t'exaspère...
-Appelle-la.
Le téléphone sonne.
Qu'est-ce que c'est ?
-Oui, c'est ici.
Oui. C'est Marie.
Oui, je vous la passe. Le prince d'Alpen.
-Va t'habiller.
Allô, oui ?
Ah, c'est vous, mon petit Hector.
Oui, nous prenons le train tout à l'heure.
Vos fleurs sont ravissantes. Julietta va très bien.
Non, elle n'écoute pas.
La bague de fiançailles ? Quoi ?
Un diamant ou un saphir ? Franchement, je n'en sais rien.
Julietta n'entend rien aux bijoux. Tout lui fera plaisir.
-Vous me trouverez à la gare. Mes hommages, madame.
-Prenez le saphir. Elle est trop jeune pour un diamant.
-Justement. Elle ne sait pas très bien ces choses-là.
-Vous lui apprendrez. Le saphir est très bien.
-C'est vrai. Faites le nécessaire pour l'anneau.
-Bien, monsieur.
-Restez un peu.
-Non, je pars pour Bordeaux.
-Merci d'être venue.
-Je vous souhaite d'être heureux avec cette jeune fille,
mais vous faites une folie.
-Que faire d'autre à mon âge ?
Je suis las de me coucher à l'aube.
Il est temps pour moi d'avoir quelques enfants.
Je cacherai ma femme à la campagne,
dans l'espoir de prolonger l'ivresse éphémère
d'un amour partagé. -Je n'y crois guère.
Je ne vous verrai pas
avant le mariage. -N'est-il pas question du votre ?
-Si, j'y ai pensé.
-N'y pensez plus. Cet homme n'est pas pour vous.
-Peut-être, mais il est à moi.
-Et vous le cachez. Mauvais signe ?
-Prudence. Vous me l'abîmeriez.
-Julietta, tu devrais rentrer.
Maman va finir par exploser.
-Je réfléchis.
-Tu réfléchira dans le train. -Je ne veux pas rentrer.
-Pourquoi ? -Parce que.
-Tu le diras à maman.
-Martine, attends-moi.
Je suis très triste.
-Etre amoureuse, ça rend triste.
-Tu crois ? Non, c'est pas ça.
Tu as déjà embrassé un homme ?
-Evidemment. -Embrassé vraiment ?
-Ben oui,
les yeux fermés. -Je ne sais pas.
C'était agréable ? -Divin.
-Divin ?
Alors je suis pas normale. Je peux pas me marier.
-Que ressens-tu ? -Je ne peux pas t'expliquer.
Presque du dégoût.
L'impression d'avoir des bêtes sur moi.
-Tu le lui as dit ? -Non, bien sûr.
Je pensais que ça s'arrangerait,
mais rien que sa main sur moi... Comment le trouves-tu ?
-Je le trouve fascinant. -Fascinant ?
Alors tu vois, c'est ma faute.
Il faut que j'entre au couvent, que je me fasse psychanalyser.
-Bah !
-Julietta !
Martine ! -Oui.
Essaie avec un autre. -T'as pas honte ?
J'ai donné ma parole au prince.
-Epouse-le et essaie après. Allez, viens.
-Ah, vous voilà !
-Julietta ne veut plus se marier.
-Tu as changé d'avis ?
Réponds. -Je ne sais plus.
-Julietta, ne me cache rien. Tu en aimes un autre ?
-Mais non. Je voudrais être veuve.
-Commence par te marier. Tu n'aimes pas le prince ?
-Mais si. -Que lui reproches-tu ?
-Moi je le sais. Elle n'aime pas l'embrasser.
-Et alors ?
-Mais c'est tout, non ?
-Va t'habiller, toi.
Tu renoncerais à te marier pour ce détail ?
Dis-lui de ne pas t'embrasser, que ça te donne de l'urticaire.
Ou bien surmonte-toi. Les baisers n'ont qu'un temps.
-Tu crois ?
-Je ne crois pas. Je sais.
Allons, assez de tergiver...
-Tergiversations. J'aime bien ce mot.
Il est tout bouclé... -Ecoute-moi.
Si tu veux rompre, dis-le. On se moquera de nous.
Jamais tu ne retrouveras un mari de cette qualité.
Donc ? -Tant pis.
Tu lui expliqueras.
-Non. Si tu veux rompre,
appelle-le et dis-lui la vérité.
Martine, demande Paris. Je suis morte.
-Non, je ne peux pas. Laisse-moi réfléchir encore.
-Il a des qualités par-dessus la tête et il est prince.
-Oh, tu sais, prince...
-Oui, c'est un peu démodé,
mais princesse,
c'est bien joli.
Coups de Klaxon
Il est l'heure. Alors, Julietta ?
Il est l'heure. Alors, Julietta ?
-Je serai princesse.
-Elle sera princesse ! Nous arrivons.
-Alors on part ? -Evidemment.
Mon manteau. Toi, va te peigner.
Vous allez me rendre folle.
-Ce sera le plus grand mariage de l'année.
Tu auras 6 demoiselles d'honneur. Des enfants porteront ta traîne.
On dira : "Comme la soeur de la mariée est belle !"
-Les orgues tonneront. -Maman pleurera.
-J'avancerai au bras du prince
et brusquement, il s'écroulera.
-Pourquoi ? -L'émotion.
Tout le monde se précipitera On criera : "Un médecin !"
Je dirai : "Inutile, le prince est mort."
Pour me faire plaisir.
Ma traîne blanche deviendra noire et je sortirai de l'église veuve.
-Mais c'est horrible.
-Non, c'est beau.
Tu n'as aucun sens du drame.
*-Poitiers ! Poitiers !
Poitiers !
-Pardon.
-Les enfants,
où sommes-nous ? -A Poitiers.
-Allez dîner sans moi.
-Tu viens ? -J'ai pas faim.
-Premier service !
Cloche
Premier service !
-Monsieur !
Monsieur !
Monsieur ! Monsieur !
Vous avez oublié votre étui dans le train.
-Votre train !
-Attention !
-Montez !
-Attention !
-C'est ma faute. Je suis désolé.
Vous alliez à Paris ? -Oui.
-Il n'y a plus de train, ce soir.
-Que vais-je faire ?
-Nous allons voir.
-Rien de grave, M. Landrecourt ?
Et votre billet ? -Mon sac est dans le train.
-Passez vite, je ferme les yeux.
-On va vous trouver une chambre.
-J'ai pas un sou. -Ne vous inquiétez pas. Montez.
-Bonjour, monsieur. -J'ai été retardé.
-Merci, mon vieux. -J'ai réparé
vos freins.
-Où puis-je trouver une chambre ?
-Avec le congrès, c'est plein partout.
Au revoir, monsieur.
-Tout le monde vous connaît.
-Oui, je suis avocat.
-C'est joli, Poitiers ? -Oui, mais c'est plein.
J'en viens ! J'ai fait tous les hôtels de la ville.
Y a pas de place non plus. Vous trouvez ça drôle ?
-Pardon, c'est nerveux. Que devrais-je faire ?
-C'est vrai.
Qui eut cru qu'il y avait autant de vétérinaires en France.
-Pour une nuit, je peux dormir à la belle étoile.
-Cherchons chez l'habitant.
-J'aime encore mieux chez vous.
-J'habite à 25km d'ici et la maison est fermée.
Mes domestiques sont en vacances.
Et je repars à l'aube. -Pour une nuit.
Vous me prêterez un savon et un peigne, voilà tout.
-Oui, c'est plus simple.
-Julietta.
Julietta !
-Oui. -Comment ?
J'appelais ma fille. -Je m'appelle Juliette.
-Pardon. -Pour quoi ?
-Julietta ! -Oui.
-J'appelle ma fille. -Appelez-la autrement.
-Martine !
-Vous voyez, là, elle vient.
-Ce n'est pas elle.
-Comment ?
Qui cherchez-vous ? -Ma fille Julietta.
-Je comprends.
-Martine,
où est-elle ? -Je l'ignore.
-Où êtes-vous montée ?
-A Poitiers.
-Vous étiez seule ? -Avec vous.
-J'étais seule ?
-Il me semble.
-Suis-je bête ! -Ca, je ne sais pas.
-Elle doit être enfermée dans le lavabo. J'y vais.
Pardon, madame.
Julietta, ouvre-moi ! Tu es là ?
Ne t'inquiète pas, le contrôleur arrive.
C'est pas toi. -Je le regrette, madame.
-Où est ma fille ?
Martine, réfléchis.
-Nous arrivons.
-Vous êtes marié ? -Non. Vous non plus ?
-Moi, je suis veuve.
-Veuve ? A votre âge ?
-Vous trouvez ça drôle ?
-Non. Pardon, c'est nerveux. Je trouve ça très triste.
-Je ne m'en plains pas. Triste, on est plus tranquille,
et veuve, on est moins seule.
Ca sent bon la campagne.
Oh, écoutez. C'est une chouette ?
-N'ayez pas peur.
-Pour qui me prenez-vous ? Je n'ai peur que des pensées.
Air de piano
-Que jouez-vous ? -Rien, j'invente.
-Oh, du chocolat et du saucisson !
-Un taxi viendra viendra demain à 9h.
Votre train est à 10h24.
Prenez de quoi acheter votre billet.
Vous pouvez utiliser le téléphone.
-Personne ne m'attend.
-Je vais préparer votre chambre.
-Pas tout de suite.
Pardon. Vous désirez aller vous coucher.
Je suis indiscrète ? -Non, vous êtes inattendue.
-Votre saucisson est trop salé.
Vous n'avez pas faim ? -Non.
-Merci. Alors ne vous gênez pas, laissez-moi seule, j'ai l'habitude.
-Vous vivez seule ? -Ca dépend des jours.
Je navigue sur mon voilier.
Il y a des souris ? Elles aiment le chocolat ?
-Je pars tôt, demain matin.
-J'aime beaucoup mieux votre maison que l'hôtel.
-Les chambres sont au premier.
-Le feu est allumé. C'est pas prudent.
-Je reviendrai.
-Il n'y a personne ? -Personne.
-Coucou !
Beaucoup d'enfants ont joué ici ?
-Oui, autrefois.
Grincement
Ecoutez ! On entend des chaînes.
-Des chaînes ?
-Un fantôme ! -Ce sont les volets.
-Ah ! -Nous sommes seuls.
Voilà ma chambre.
-Laissez-moi trouver les autres. Je peux entrer ?
Je dors ici ? J'aime bien cette chambre.
-Voilà un pyjama. Il doit y avoir des draps.
Je vous laisse. -Attendez.
Je n'y arrive pas toute seule.
Merci. -De rien. Bonsoir.
-Vous avez sommeil ? -Oui.
-Que vais-je faire ?
-Il y a des livres,
dans cette vitrine. -Merci.
Je vous ai retardé. -Non, tout est ma faute.
Bonne nuit, madame.
-Monsieur !
-Oui. -Vous avez l'heure ?
-Minuit moins dix.
-Merci.
Mon train est arrivé à Paris.
Porteur ! Porteur !
Ah, mon cher Hector, nous sommes ici.
-Julietta a disparu !
-Comment ? -Elle s'est envolée.
-Prends les bagages.
Oh, mon ami ! -Racontez-moi.
-A 19h30, Julietta était dans le train, à 20h30, elle avait disparu.
Voilà son sac.
-Elle disparaît souvent ? -Voyons !
Julietta ne disparaîtrait pas sans prévenir sa mère.
Je vais m'évanouir. -Gardons notre calme, chère amie.
Il y a 3 façons de disparaître d'un train...
-Qu'allons-nous faire ?
-Prévenir la police.
-Et mes bagages ?
-Ils sont là !
-Vite. Je suis inquiet. Vous savez quelque chose.
-Oui. Julietta me dit tout.
-Que vous a-t-elle dit ? -Elle dit toujours des bêtises.
C'est de leur âge. Et du nôtre.
Allons-y. On te retrouve à la sortie.
-Moi, on me retrouve toujours. Allons-y.
-J'aurais dû prévenir maman.
Non. Elle viendrait me chercher avec Hector.
Faisons la morte.
Si j'étais morte, elle le saurait.
Vous partez, monsieur ?
-Oui. Sortez par la cuisine
et donnez les clés au mécanicien.
C'est un ami. -Vous êtes sûr qu'il viendra ?
-Oui, il viendra.
-N'oubliez plus
votre étui à cigarettes. -Non. Merci encore.
Elle soupire.
-Oui, Hector.
Non, non, Hector.
Je ne suis pas vraiment inquiète.
Il n'y aucune trace d'accident.
-Il y a quelqu'un sur la ligne. Allô ?
-Allô ? Donnez-moi mon numéro, mademoiselle, je dois partir.
Il doit forcément être libre.
Allô ? C'est toi, maman ?
-Non, madame, je ne suis pas "maman". Allô ?
-Oui, Hector. Je vous écoute depuis 40 minutes.
Oh, la police ! C'est son métier d'envisager les catastrophes.
Ils ne vivent que dans les drames.
*Allons, Hector, soyez raisonnable.
Nous ne pouvons pas aller plus vite que la police.
-La police ? *-Je vous en conjure,
dites-moi le fond de votre pensée.
Je ne veux pas la perdre,
mais si ses sentiments... -Voyons, Hector !
-Je vais la retrouver. J'ai hâte. de la serrer dans mes bras.
*-Comment ?
-J'ai hâte de la serrer dans mes bras.
Coup de Klaxon
-La personne est partie avec M. Landrecourt.
-Dites-lui qu'on a reçu ses pneus.
-Il rentre en octobre. -Ca fait rien.
-Au revoir, monsieur. Merci encore.
-Qu'avez-vous fait sans moi ? Vous avez acheté une cravate.
-Oui, à Limoges. Elle est affreuse ?
Pour Biarritz...
-André, on achète de la porcelaine, à Limoges, pas des cravates.
D'ailleurs, nous n'allons plus à Biarritz, nous allons chez vous.
-Aux Saules ? -C'est une bonne idée, non ?
-Non, je crois pas, mon amour.
La maison est vide, ce sera lugubre.
Et que dirait-on dans le pays ? Je n'y ai jamais amené une femme.
-Jamais ?
-Jamais.
-Je serai la première.
-La première sera ma femme, Rosie. C'est un sacré engagement.
-Mais si ça ne m'effrayait plus ?
-C'est vrai ?
Je suis heureux. -Alors partons.
-J'ai peur que vous vous ennuyiez. -Avec vous ?
-Allons à Biarritz. Le luxe vous manquera.
-Quel luxe ? André, vous ne me connaissez pas.
J'aime la simplicité. Je suis lasse de me coucher à l'aube.
Je rêve de vivre cachée à la campagne
et de prolonger ainsi l'ivresse d'un amour partagé.
-C'est vrai ? -Vous ne me croyez pas ?
-Si. Parce que j'ai envie de vous croire.
Que risquons-nous ? Essayons.
-Oh, ma boîte ! -Elle ne me quitte pas.
-L'oublier serait m'oublier. -Ca n'arrivera jamais.
-C'est vrai ? -Oui.
-Vous ne mentez jamais ?
-Jamais. -Comment êtes-vous devenu avocat ?
-Par bêtise. Je voulais défendre la veuve et l'orphelin.
On se fait de ces idées sur les veuves...
-Je vous adore.
-Oui, je sais.
Mais est-ce que vous m'aimez ?
Sifflement
-Oh, comme il fait sombre sous ces arbres. Où sommes-nous ?
-Nous arrivons chez moi.
Rosie, je suis très ému de vous présenter ma maison.
-Pourquoi y a-t-il de la lumière ?
-De la lumière ?
J'ai dû oublier d'éteindre, ce matin. Il faisait encore nuit.
Et j'étais pressé de vous rejoindre. Je suis parti comme un fou.
Voilà le salon. -C'est très dépaysant.
C'est drôle, je n'imaginais pas du tout votre maison ainsi.
-Vous avez le nez froid. -Pas seulement le nez.
-Au travail. Seuls les amoureux et les fous savent allumer un feu.
J'espère que vous êtes un peu l'un et l'autre.
Moi, je m'occupe des valises.
-Oh !
-André !
Où courez-vous comme ça ?
-Je ne cours pas.
-Les allumettes. -Sur la cheminée.
-Pardon, monsieur...
-Chut ! Taisez-vous.
Chut !
Elle tente de parler.
Chut ! Restez là, je reviendrai.
-Mais... -Je vous expliquerai.
Alors, ce feu ?
-Il ne veut pas prendre. Et je me suis cassé un ongle.
-Oh, là...
Là, c'est fini.
-J'entends un coeur battre bien fort.
-C'est ma montre.
-Tant pis.
Cet endroit est lugubre. Pourquoi fait-il si sombre ?
On se croirait il y a 100 ans.
-Oui, c'est sombre. Il y a 100 ans que c'est sombre.
Je n'ai rien changé.
-Ca se voit.
Ne restons pas ici.
Allons visiter les chambres.
-Tout de suite ? -Oui.
Oh, il va y avoir de l'orage.
-Oui, c'est vrai.
-Oh, regardez !
On dirait du saucisson.
-Tiens !
Ca doit être les souris. Regardez les marques de dents.
-Il y a des souris ?
-Toujours, à la campagne. Mais je vous protégerai.
Vous n'avez pas vu la cuisine.
Venez voir toutes vos possessions.
Fouillez, vous êtes chez vous.
-Oh, donnez-moi du champagne !
-Il sera chaud, mais prenez-en.
Portez ça au salon. Je monte vos valises
et je vous rejoins.
-Ne tardez pas.
Oh !
Veux-tu t'en aller ! Sale bête !
André !
André !
Elle hurle.
André !
André !
André !
Oh mon Dieu !
Elle pleure.
Oh, j'ai eu peur !
Oh, c'est affreux !
J'ai vu...
-Qu'avez-vous vu, ma chérie ?
-Une forme blanche énorme...
-Ce sont les rideaux du couloir.
-Vous croyez ? -Je vous le promets.
-Je ne peux pas croire... -C'est curieux,
mais je l'ai déjà remarqué. -C'est vrai ?
-Oui.
-Oh, j'ai cru mourir.
J'ai besoin d'un peu d'alcool.
Ecrasez l'araignée, là.
-Là, c'est fini.
Buvez tranquillement, je vais fermer la fenêtre.
-Non, restez.
-Je vais fermer ces rideaux.
-Non. Laissez-moi vous accompagner.
-Mais non ! Votre chambre n'est pas prête.
-Je ferai mon lit, comme en pension.
-Laissez-moi le plaisir de tout préparer.
Hoquet -Pardon.
-Reposez-vous bien. -Oui.
-Madame, où êtes-vous ?
Tenez, vos draps.
Vous trouverez des matelas, là.
-Qui avez-vous tué ?
-Une araignée.
-J'ai jamais entendu une araignée crier "André !"
-Soyez prête à l'aube. -Mes vêtements !
-Je vous les apporterai. On ira à la gare.
-Je veux rester. -Comment ?
-Pour aller où ? -Au diable !
-Non, merci. Je ne partirai pas.
-Mais pourquoi ? Que faites-vous ici ?
-Et vous ? Pourquoi me cachez-vous ?
-C'est pas le moment.
-Apportez-moi une bougie, j'y vois rien.
Et de l'eau. J'ai soif.
-André !
André !
André !
-Qu'y a-t-il ? -Faites-moi peur.
-Encore ? Hoquet
-Vous vous moquez ? -Non.
Je plaisantais.
-Ce mauvais alcool m'a donné le hoquet.
-C'est une framboise de 150 ans !
-Il n'y donc rien de jeune, ici.
-Non. Venez, allez-nous-en.
-Voir votre chambre ? -Non. Quittons la maison.
C'était une folie de venir ici. Vous vous ennuierez.
-Non. Je ne veux pas partir.
-Vous non plus ? -Comment cela ?
André, mon chéri, qu'avez-vous ?
-J'ai rien. Je suis fou. Tout s'arrangera demain.
-Mais oui. Hoquet
-Je vais vous chercher de l'eau.
-Ne me laissez pas seule avec ces vieux tableaux !
-Ce sont mes parents. -Oh, pardon.
J'aurais dû m'en douter.
Allons visiter notre domaine.
Hoquet
Il crie. -Ah !
Qu'est-ce qui vous prend ? -C'est pour le hoquet.
-Ne vous inquiétez pas, ça s'arrangera.
Il n'y a personne ? -Non. Pourquoi ?
-J'ai entendu des chaînes.
-Ce sont les volets.
Je vous l'ai dit. -Mais non.
-Je vous l'ai dit sur cette marche.
-On a parfois de fausses réminiscences.
-Ma chambre.
-Une chambre dit tout et j'ai le droit de tout savoir.
Oh, ce bougeoir est amusant.
Et là ? -La salle de bains.
Elle est en désordre.
Et votre bain n'est pas prêt.
Regardez comme la vue est belle.
-Vous aviez raison. Il va y avoir de l'orage.
Il fait chaud, dehors.
Quel silence ! C'est vraiment la campagne.
Vous aimez le vent ?
André !
Mais le bain est prêt !
-Oui... Non, l'eau est froide.
Je me suis trompé. -Un peu d'eau chaude suffira.
Seriez-vous étourdi ? Je vous croyais très posé.
-Je suis étourdi quand je pense à vous.
-Oh ! Et là ?
-Là, ce sera votre chambre. Vous plaît-elle ?
-Oh oui, beaucoup. Quand on aura changé quelques détails.
Ca donne sur le couloir ? -Oui.
-Vous deviez faire le lit. Où sont les draps ?
-Alors ça...
C'est curieux. J'ai dû les oublier.
Ou bien je les ai perdus en route.
-Où avez-vous la tête ?
-Installez-vous. Je vais retrouver les draps.
Je reviens.
-André ! Je peux prendre la salle de bains ?
-Oui.
-J'en ai pour longtemps.
J'adore traîner dans le bain.
-Voilà vos vêtements. Et une bougie.
-Merci. Et des allumettes ?
Il tousse.
Et à boire. Votre saucisson est trop salé.
-Vous n'avez besoin de rien ?
-Non, merci. Vous avez les draps ?
-Oui. -Laissez-les-moi.
Musique douce
...
-Oh, zut !
-André !
-Oui, je viens !
-André !
André !
André !
-Ce sont les plombs qui ont sauté.
-André !
Cri perçant
Ah, André, venez vite !
Ah, André !
-Les plombs ont sauté. -Donnez-moi une bougie !
-J'en ai pas.
-Il y en a une dans votre chambre.
-Vous croyez ?
-J'en suis sûre !
-C'est le réfrigérateur. -Pardon ?
-J'ai essayé de le réparer. -Tout s'explique.
Donnez-moi ça.
-Mais...
Je vous la prête, seulement.
-Donnez-moi un peignoir ou une serviette. Je grelotte.
Retournez-vous.
Vous en avez mis, un temps.
-Et votre hoquet ?
-C'est fini, mais je vais avoir une pneumonie.
Où allez-vous ?
-Réparer les plombs. -Laissez-moi la bougie.
-J'en ai besoin. -Oh, je vous accompagne.
Où sont ces plombs ? -Dans l'escalier.
-Drôle d'endroit !
Vous êtes maladroit !
Les plombs aussi ont 150 ans ?
-Non, j'ai voulu brancher le frigidaire.
Et comme vous avez tout allumé...
-Vous m'accusez ?
-Mais non, c'est moi. J'aurais pas dû vous amener.
-Faites vite, j'ai froid. -Voilà.
Vous avez l'air d'une sirène en colère !
-Ah non, je la garde !
-Laissons-la près des plombs.
-Je la garde !
-Pst !
Ma bougie !
-Cachez-vous ! -Ma bougie.
-On refuse de me la rendre. -J'y vais.
-Oh non ! Attendez.
On frappe.
-Entrez.
-Bonsoir. Vous n'avez plus besoin de rien ?
-Si. Les draps.
-Oh, c'est vrai.
-Eh bien ?
Allons, allons... J'ai été un peu brusque avec vous.
Pardonnez-moi.
-Nous ne cessons de nous demander pardon.
Je dois vous dire... -Quoi ?
Qu'il y a des rats et un cambrioleur ?
-Non, c'est pas ça.
-Alors allez vite me chercher des draps.
-Vous dormirez mal, dans cette maison. Allons ailleurs.
-Si je dors mal, nous partirons demain.
Allez vite me chercher des draps.
Allez !
-Vous avez eu du mal ?
-Cachez-vous, maintenant.
-Qui est-ce ? -Ma fiancée.
-Vous êtes fiancé ? C'est pas drôle.
-Non. A cause de vous.
-Emmenez-la ailleurs.
-C'est vous que je vais emmener ailleurs.
-N'y comptez pas !
Apportez-moi de l'eau ou j'y vais.
-Chut !
-Ne m'enfermez plus ou je fais du tapage tout la nuit.
-Voilà les draps.
Que faites-vous ?
Ne vous installez pas. Je veux partir demain.
-Moi je ne veux pas.
Oh !
Vous m'avez fait mal.
Vais-je pouvoir finir par dormir ?
Votre attitude est étrange, André.
Je ne vous ai pas forcé à venir ici.
-Non.
-Vous me trouvez indigne de votre horrible maison ?
-Mais mon amour, c'est moi qui suis indigne de vous,
de votre patience, de votre confiance.
Un orage éclate.
-Oh !
Où est la bougie ?
-Elle a fondu.
-Fondu ?
-Je l'ai allumée.
-Pour quoi faire ?
-Pour qu'elle vous tienne chaud.
-Où est le bougeoir ?
-Mais je l'ai emporté pour le ranger.
J'ai horreur des bougeoirs sans bougie,
et des lits sans draps.
Et des femmes sans sourire. Souriez, je vous en prie.
-Non, je ne peux pas.
Allez vous coucher, je finirai mon lit toute seule.
-Vous me chassez ? -Oui.
-Nous avons toute la vie devant nous.
-Vous ne voulez pas... -Je veux me reposer.
Est-ce clair ?
Allez vous coucher, mon chéri. Laissez-moi dormir.
Coups de tonnerre
Fracas de métal
Cri perçant
André, au secours ! André !
-Je viens, Rosie ! N'ayez pas peur, mon amour.
-André !
André !
Vous avez entendu ?
-Mais calmez-vous.
Ce n'est rien du tout.
-Rien du tout ?
Ce vacarme épouvantable, rien du tout ?
-C'est l'orage.
-L'orage ?
-Vous avez peur du tonnerre ?
-Vous avez peur du tonnerre ?
-Oui.
-C'est une petite fille,
une toute petite fille qu'il faut bercer.
Dormez, mon amour. Dormez tranquillement.
-Où allez-vous ? Ne me quittez pas.
-Je suis là, près de vous.
-Là, dans le couloir.
-Quoi ?
-J'entends des pas !
Des pas...
Toux forcée
... André !
-C'est moi qui tousse.
-Je suis folle, c'est ça ?
Votre maison est hantée.
Les bougies fondent, le tonnerre tombe dans les casseroles.
Et vous dites que vous toussez.
-Tout fait peur dans une maison inconnue.
Les pas, c'est l'eau dans la gouttière.
La lueur, c'est celle des éclairs
que l'orage traîne derrière lui.
-Mais vous avez dit que c'était votre toux.
-Ce n'est pas incompatible.
Je tousse, l'éclair luit, la gouttière coule.
-Un bon appartement à Paris, au 7e étage d'un immeuble de pierre.
-Je vous avais dit... -De ne pas venir ici, je sais.
J'ai sommeil.
Oh, j'ai sommeil.
-Dormez. -"Dormez, dormez",
c'est facile à dire.
Ne me quittez pas.
"Dormez" ! Avec les chouettes,
les souris, les araignées,
le tonnerre, les éclairs, les plombs.
-Il est là, M. le commissaire ?
-Pas à cette heure-ci. Que lui voulez-vous ?
-La jeune fille
qui a disparu, je l'ai vue.
-Je transmettrai au commissaire.
-Ca vous intéresse pas ? -Ordre de Paris :
tact et discrétion.
On ne veut pas d'ennuis. Que les parents se débrouillent.
-Hé !
Réveillez-vous, nous partons.
-Quoi ?
-Levez-vous et habillez-vous, je vous emmène.
-Ne recommencez pas.
-Pourquoi êtes-vous restée chez moi ?
-J'étais bien. Et puis j'aime votre maison.
Son coeur se fane, mais il bat encore.
-Je vais devenir désagréable.
-Encore plus ?
-J'appelle la police ?
-Essayez un peu ! Je leur dirai que vous m'avez enlevée.
Vous êtes avocat. Ce sera excellent pour votre réputation.
-Qui vous croira ? -Tout le monde.
Je suis mineure.
-Mineure ? Mais vous m'avez raconté...
-"Vérité la nuit, mensonge le jour." Vous connaissez ?
-Non. -Je l'ai inventé.
-Une jeune fille... Je veux bien vous croire et vous aider.
Mais pourquoi tenez-vous à rester ici ?
-Je fuis un prince qui me poursuit,
obscurcit mon coeur.
Mais comment faire confiance à un homme qui ment ?
Oui, vous mentez. Vous m'avez cachée à votre fiancée.
-Oh, ça...
-J'étais prête à m'excuser.
Je lui aurais dit : "J'abuse de votre hospitalité,
pardonnez-moi", et j'aurais tout raconté.
Au lieu de quoi, vous me jetez dans un trou de noir.
-Je peux lui dire la vérité. -Maintenant ?
Elle ne vous croira plus. A moins d'être idiote.
-Admettons.
-Elle est idiote ?
-Non. Admettons que j'aie eu tort. J'étais affolé...
-En voilà une raison !
Non, je ne peux pas partir.
Partez, vous.
-Mais je suis ici chez moi !
-Alors restez. Vous ne me gênez pas.
Mais apportez-moi à manger.
-M. Landrecourt ! -J'ai faim.
Qui est-ce ? -Mon jardinier.
-M. Landrecourt !
-Nous poursuivrons. -Je suis à votre disposition.
C'est la moindre des choses.
-Ne fais de bruit, je t'en supplie !
-Je pensais bien que vous étiez là. J'ai vu de la lumière.
C'est fini, les vacances ?
-Ca n'a pas commencé.
Je me suis fourré dans une histoire...
-De femmes ? C'est mauvais.
-Oui, c'est mauvais. -Je peux vous aider ?
Comme quand vous étiez jeunot.
-Elle est là-haut et elle ne veut pas s'en aller.
-Vous l'avez amenée ici ? Aux Saules ?
-C'est trop long à t'expliquer.
-Ca, M. André... -Ne me fais pas la morale.
Il n'y a pas de quoi. -Pourquoi elle vous embête ?
-Si seulement je le savais.
-Une folle ?
-On dit ça quand on ne comprend pas.
-Je vais vous en débarrasser. -Non, ne bouge pas d'ici.
J'ai pas le temps de t'expliquer.
-Alors faites-la descendre.
-Et après ? -Je l'embarque dans ma carriole.
-Elle est capable de tout.
-Si elle se laisse pas faire, je lui mets une toile sur la tête.
-Oh non !
Non. -Faites-moi confiance.
-Tu déjeunes
et je te l'envoie.
-On va faire un petit tour à Poitiers.
-Si vous voulez petit-déjeuner, vous pouvez descendre.
-Vous pouvez fermer ma robe ? -Oui.
-Ne cassez pas... -Non, non.
-Et pour me laver les dents ? -A la cuisine.
-André !
André !
André !
André, où êtes-vous ? -Je suis là !
-Qui êtes-vous ?
-Je vous emmène faire un petit tour.
-Vous perdez la tête ! Où est M. Landrecourt ?
-Moins de bruit ! -Pourquoi ?
-Je ne sais pas. Venez. Doucement.
-Où allons-nous ? Ne me touchez pas !
-Tant pis. Vous l'aurez voulu.
Elle hurle.
-Au secours !
-Arthur, arrête ! ...
... Je suis là, ma chérie.
Aide-moi, imbécile.
-C'est foutu.
Oh !
-Allons ! Du calme.
Du calme, mon amour.
Du calme !
Du calme, mon amour.
-Oh, André...
-C'est fini.
T'as compris ? -Cet homme est fou, André.
C'est une brute, un satyre. Mais qui est-ce ?
-Arthur, mon jardinier.
-Chassez-le immédiatement.
-Je ne peux pas. -Il ne peut pas.
-C'est un vieux serviteur.
-Un vieux serviteur qui a trop bu de cette vieille framboise.
Alors félicitez-le.
-N'en faites pas un drame.
Arthur a commis une erreur. Ca arrive à tout le monde.
-Une erreur ? -Oui...
-Tais-toi ! Il a l'habitude de lutiner les servantes.
Vous savez ce que c'est.
-Il m'a prise pour une servante ?
-Où serait le mal ?
Elle se prend pour quoi ? -Des excuses !
-Tu entends ? -Non.
Arthur...
-Je vais réfléchir.
-Venez. Il cédera, je le connais. Venez.
-Vous voulez peut-être que je lui demande pardon ?
-Je voudrais tout oublier
et vous montrer mon jardin dans le soleil.
Notre jardin, Rosie. Souriez, je vous en prie.
Une biscotte, Rosie ? -Oui, avec du beurre.
-Confiture ? -Non.
-Mangez. -Non.
Je vais prendre mon café. Oh, je n'ai pas de cuillère.
-Arthur, une cuillère !
-Qu'est-ce que c'est ? -La cuillère.
-Quelle façon de faire son service !
-Autrefois, il était plus adroit.
La cuillère tombait dans la tasse.
Il rit.
-Je trouve pas ça drôle.
-Non, moi non plus. Je vais vous montrer les environs.
-Et mon café ? -La rivière !
Venez.
-Mais pas comme ça. -Mais si !
-Non, je vais me changer. -Rosie !
-Elle descendait du train de Bordeaux,
comme dans votre histoire.
-Où allait-elle ? -Ne me bousculez pas.
Je veux bien aider la police...
-Où allait-elle ?
-Je ne sais pas. Elle est partie dans la voiture de M. Landrecourt.
-L'avocat des Saules ? -Oui. Alors ?
-Merci, mon vieux.
-Comment m'y reconnaîtrais-je ?
-C'était l'autre. -J'ai compris.
-Je l'ai enfermée au grenier.
Tu vas la conduire à Poitiers.
Ne discute pas.
-Je n'ai rien dit. -André !
-Oui !
Ah, les femmes, la migraine de Dieu !
-Je suis prête. Nous partons ?
-Regardez comme il est beau.
-J'ai craqué un bas.
-Enlevez-le.
-Au point où j'en suis... Donnez-moi le chapeau d'Arthur.
-Qui êtes-vous ? -Je vous emmène faire un tour.
-C'est vrai ? Oh, c'est gentil.
Une tartine ? -Non, merci.
-Je n'ai rien d'autre. Mais asseyez-vous.
Je vais aménager cette pièce.
-Il faut partir. -Où ça ?
-A Poitiers.
-Mais vous me ramènerez ?
-Oui, enfin...
-Oh !
Je comprends. Je comprends très bien.
-Alors on y va ?
-Oui. On y va.
Ne le dites à personne. -Quoi ?
-Qu'il m'a séquestrée.
Ca pourrait être fâcheux pour lui.
-Vous parlez de M. André ? -Bien sûr.
Il m'a amenée ici une nuit. Il neigeait.
-Il neigeait ? Et alors ? C'était en février ?
-Je ne me souviens plus.
Il m'a cachée ici pendant des jours.
Il m'aimait follement. -C'est pas possible.
-Ca vous paraît impossible ? -Non, non.
-Et voilà, il me chasse.
Mais où irai-je ?
Je suis déshonorée. Il m'a déshonorée.
-Déshonorée ?
-Il ne se rend pas compte. C'est comme pour ses enfants.
-Il a des enfants ? -Vous l'ignoriez ?
Des petits enfants esquimaux.
Il les a laissés mourir de froid, emprisonnés dans la glace.
-C'est bien vrai, ça ?
-C'est lui qui me l'a raconté.
Il était obligé. L'autre ne l'aurait jamais épousé.
-Il veut l'épouser ? -Oui.
-Où a-t-il été la chercher ?
-Si j'étais restée ici, j'aurais pu l'en détourner.
Mais même au grenier, je le gênais.
Tant pis. Allons-nous-en.
-Attendez voir.
-J'aimais bien mon grenier. -Lui aussi.
Il se cachait toujours ici.
-Vous veniez le chercher et il disait :
"Je suis l'empereur de Chine."
Et vous : "L'empereur de Chine aussi se lave les mains."
-Il vous a dit ça ? -Il m'a tout dit.
Il ne le sait pas, mais il m'a tout dit.
Elle, elle doit bouder énormément.
Et un jour, pour la fuir, il partira à la chasse.
Et là, pan ! Un accident est si vite arrivé.
-Oh !
Pauvre M. André ! Qui aurait dit ?
-Je ne serai plus là pour veiller sur lui.
-J'ai une idée.
-Et moi, trop.
-Je vais repousser la voiture un peu,
pour s'il revenait tôt.
Je lui dis que je vous ai conduite à Poitiers,
et si vous êtes revenue, ça ne me regarde pas.
-Oh oui ! -Et vous ?
-Je m'installe, je monte des provisions et je me cache.
-Et vous empêchez le mariage. -Lequel ?
-Le sien.
-Ah oui, le sien ! Et le mien.
-Que fais-tu dans cet équipage ?
Tu es d'un bucolique !
-Je me promène. Et toi ?
-Nous allons à Biarritz.
Bob, regarde, c'est Rosie !
Tu as entendu pour Hector ? -Non. Quoi donc ?
-Je vous demande pardon, monsieur.
-Monsieur... -Je mets le cheval à l'ombre.
-Raconte-moi vite.
-C'est fini. Plus de mariage.
-Il a compris, alors ? -Non, c'est elle.
Elle n'aimait pas l'embrasser. La petite soeur a avoué.
-Y a personne ?
-Non !
Vous arrivez à pic.
-Me Landrecourt est là ? -Non.
-C'est ennuyeux. -Je ne trouve pas.
Attention à la marche. -Merci.
-On va la poser.
Merci.
-J'aimerais lui parler. Quand reviendra-t-il ?
-Ce soir. Il se promène avec sa fiancée.
-Ah, il est fiancé ? Avec qui ?
-Une grande dame prétentieuse qui l'embrasse tout le temps.
C'est écoeurant.
-Quel âge a-t-elle ?
-Je ne sais pas. Elle a l'air de ne jamais avoir été petite.
-Et vous, votre âge ? -18 ans 1/2.
Pourquoi ? -Pour rien.
Mademoiselle, vous êtes là depuis quand ?
-Depuis toujours, il me semble.
-Il me semble vous avoir vue à la gare de Poitiers, avant-hier,
-Il me semble vous avoir vue à la gare de Poitiers, avant-hier,
avec Me Landrecourt.
-Non, c'était pas moi. J'étais pas encore venue au monde.
-Et maintenant ? -Maint...
Je sors la tête de ma coquille,
mais je suis perdue.
Je me débats, j'hésite. Mais ça ne vous intéresse pas.
-Mais si. -Non, vous pouvez pas comprendre.
-J'essaie.
Vous comptez rester ici ? -Autant que possible.
-Vous serez là demain soir ? -Oui, certainement.
-Au revoir.
-Au revoir.
-Etes-vous sûre qu'il est fiancé ?
-Est-on jamais sûr de ces choses-là ?
-C'est elle. -On l'embarque ?
-Je préviens d'abord la mère.
-Merci, M. le commissaire. Vous avez la reconnaissance d'une mère.
Non, ne faites rien.
Je vous retrouve à Poitiers et nous irons ensemble.
C'est ça. Au revoir.
-Voilà. Merci.
-Cher Hector. Votre mariage est rompu ?
-Julietta ne m'aimait pas.
J'ai rendu sa main à ma mère.
Ne parlons plus de ça. Comment allez-vous ?
Vous m'avez manqué.
-Je m'ennuie, sans vous, Hector.
-C'est vrai ? Etes-vous heureuse ?
-Je ne sais pas. Vous voulez venir dîner, ce soir, aux Saules ?
André, je suis là.
-Ah oui, pardon.
-Je suis d'une humeur délicieuse.
A quoi pensez-vous ? -A rien.
A une histoire terminée.
Venez, Rosie, allons nous promener.
Et ce soir, nous rentrerons chez nous.
-Je dois vous avouer quelque chose.
-Vous voulez aller à Biarritz ? -Non.
J'ai invité Hector d'Alpen à venir dîner ce soir aux Saules.
-Qui est Hector d'Alpen ?
-Un vieil ami. Je vous en ai parlé. Il désirerait vous connaître.
Oh, je suis rompue. Je vais me changer,
avant l'arrivée d'Hector. A tout à l'heure.
-Je vous préviendrai, dès que votre ami arrivera.
Alors ?
-Je vous ai mis un poulet au four.
Le couvert au salon ? -Je m'en occupe.
Comment ça s'est passé ? -Mission exécutée.
-Qu'a-t-elle dit ?
-Rien. -Pauvre gosse.
Elle s'appelait Julietta. -Pauvre gosse !
Je vous le fais pas dire.
-N'en parlons plus.
Arthur !
Arthur !
-Mais que faites-vous là ?
Pardon, je ne vous avais pas reconnue.
Vous vous appelez bien Julietta ?
Comme vous êtes jolie. Mais qu'attendez-vous ?
Un visiteur ?
Il va se sentir dépaysé, ici.
Non.
Après avoir passé la main sur tes yeux,
il reconnaîtra son royaume.
Il s'approchera de moi et dira :
"Je n'avais pas deviné que ce serait vous. Pardonnez-moi."
Il se met à genoux.
Je pose ma main sur sa tête.
Et je ne bouge plus.
Je ne respire plus.
-André !
-Qu'avez-vous fait ?
-Vous êtes ému ?
C'est beau, je sais.
J'avais peu de moyens, ce n'était pas facile.
-Vous voulez me perdre ?
Allez-vous-en.
Allez-vous-en !
-C'est tout ce que vous trouvez à dire ?
J'espérais moins d'ingratitude.
Dans mon rêve, pétrifié de reconnaissance,
vous disiez : "Où suis-je ?"
-Je ne veux plus vous voir hanter cette maison.
-Je suis malheureuse. Je cherche un regard.
Un regard qui me fasse briller.
Ma boîte !
-Depuis que je l'ai oubliée, je ne l'aime plus.
Mais...
Avec quelles armes faut-il se battre contre vous ?
-Pourquoi se battre ?
-C'est vrai. C'est moi qui partirai,
puisque vous m'avez volé mon grenier.
-Où irez-vous ?
-Là où les sorcières n'entrent pas.
-Vous vous ennuierez.
-Je le crains. -Vous vous sentirez seul.
-Je le sais.
-Alors partez.
Et laissez-moi rêver.
-Comme vous voudrez. -Non.
Attendez encore un peu. J'ai un service à vous demander.
Si vous refusez, je comprendrai très bien.
-J'ai pas dit non.
-Alors embrassez-moi, s'il vous plaît.
Ca vous ennuie ? Vous semblez embrasser facilement.
Merci.
Oh, merci. Non !
Si je recommençais, je serais coupable.
Et vous me croiriez légère.
-Je vous crois folle. D'inconscience ou de témérité.
-Vous ai-je troublé ? J'aimerais être troublante.
-Vous êtes exaspérante.
-Vous parlez comme maman.
-Que dirait-elle si elle vous voyait ici,
déguisée dans ce costume ?
-Quoi ? Faites-en reproche à votre fiancée.
-Quoi ? Vous avez... Rendez-moi cette robe.
-Elle avait l'air oubliée.
-Rendez-la-moi !
-Je n'en ai pas d'autre. -Je vous la prends ?
-Je hurlerai.
Elle hurle.
... -André !
Que se passe-t-il ?
Que se passe-t-il ?
-Mais rien.
-Qui a crié ?
-Moi.
-Vous criez tout seul ? -Je cherchais les valises.
-Les valises ?
-Oui, les vôtres, les miennes. Nous partons.
Il faut partir.
-Je partirai quand j'aurai récupéré ce qu'on m'a volé :
ma poudre, mon rouge
et mon parfum.
-Tout est là.
-Comment "tout est là" ? Ca, c'est mon eau de toilette,
et ça, mes rouges du jour.
Mais ma poudre, mon rouge du soir et mon parfum ?
-Du jour.
-Vous vous moquez ?
-Vous pourriez frapper.
-Où sont le rouge du jour, le parfum...
-De l'aube ? -Vous vous moquez ?
-Non, je supposais. -Donnez-moi ça.
-Vous me les rapporterez ? -Non... Si.
-Voilà le rouge, la poudre et le parfum.
Non, pas la robe !
-Donnez-la-moi ! -Partageons-la.
-Ah non !
Oh !
-Allez la chercher.
-Merci.
-Vous êtes devenu fou ?
-Presque. -Où allez-vous ?
-Chercher votre robe. -Ma robe ?
-Sultan, laisse-la-moi !
Sultan, lâche !
Lâche, Sultan !
Lâche cette robe, tu vas la déchirer !
Va-t'en !
Laisse !
Voilà ce qu'il en reste. Il a laissé les boutons.
-Qui s'est permis de prendre cette robe ?
-Le chien. -Pas dans ma chambre.
-Je comptais la repasser.
-Elle n'était pas chiffonnée.
-Un peu. -Et alors ?
-Je cherchais votre parfum, le chien est entré
et sans un mot, il a volé votre robe.
-Ce chien a pris ma robe pour un rôti ?
Vous allez beaucoup trop loin, André !
Où sont les meubles ?
-Je les ai fait enlever.
-Enlever ? Mais par qui ?
-Un ébéniste. Je voulais vous faire une surprise.
-Oh, c'est parfaitement réussi, alors.
Vous comptez faire dîner Hector ici ?
Vous vous êtes battu ?
-Non, j'ai trébuché. -C'est fini.
Je m'en vais. -Partons.
-Chacun de son côté.
-Si vous voulez. Oh, Rosie !
Mais que faisons-nous ? Pour une robe et un ébéniste.
-Cette maison fait de vous un autre homme.
-Ce n'est pas la maison. -Mais si.
Cette maison m'est hostile. Et vous aussi.
Il faudra choisir : votre maison ou moi.
-Nous réfléchirons. -Vous devez réfléchir ?
-Oui... Non... -C'est votre maison ou moi.
-Nous vivrons ailleurs. -Vous la vendrez ?
-Je la vendrai.
-Bien. Nous partirons avec Hector.
Je veux rentrer à Paris. -Pourquoi Paris ?
-J'ai les cheveux sales, mes ongles cassés...
J'ai besoin d'un endroit civilisé.
-Bon.
-Des pingouins, des phoques...
Tout, plutôt que ces deux femmes.
Le pôle Nord, seul, avec une bonne baleine
et un edelweiss dans mon verre à dents.
"Je m'en vais. Débrouillez-vous." Voilà ce que je leur dirai.
-Les femmes, je ne dis pas, mais une gentille, une douce...
-Je te conseille de te taire. Menteur !
"Mission accomplie", "pauvre gosse" !
Qu'est-ce que tu fais ?
-Je vous rends mon tablier.
-Je vends les Saules. -Tant mieux.
Si c'est pour amener ici vos enfants esquimaux
et déshonorer des jeunes filles... Votre père n'aurait pas aimé ça.
-Que dis-tu ? -Je sais tout.
-Que sais-tu ? -Toute la vérité.
Et elle est pas jolie.
Vous devriez avoir honte de ce que vous avez fait.
-Qu'ai-je fait ? -Elle m'a tout raconté.
Enlevée, séquestrée...
C'est bien la peine d'être avocat.
-Je vous ai déshonorée ? -Non.
-J'ai des enfants esquimaux ?
-Je ne sais pas. -Vous n'avez rien dans la tête ?
Pourquoi mentez-vous ?
Vous ouvrez la bouche et il en tombe un mensonge.
Que voulez-vous de moi ?
-Rien. Je vous demande pardon.
-Il est bien temps. Demain, vous aurez affaire à la police.
Et moi, je ne mens pas.
-Si. Et vous faites des mensonges affreux et vulgaires.
Moi, je mens quand c'est inutile ou amusant.
-Julietta. Votre prénom, je sais qu'on peut y croire.
"Julietta D., disparue d'un train. Fugue ou suicide ?"
-C'est à cause de votre étui que je suis descendue du train.
-Oui. Ca, c'est un fait.
Mais après ?
-Après...
Je n'ai pas eu envie de rentrer.
Je suis fiancée. -Non !
Je vous ai connue veuve, poursuivie par un prince...
-Je suis fiancée avec un prince. Et j'avais envie d'être veuve.
-Julietta, je vous en supplie. La vérité.
J'ai besoin de savoir.
-Je ne sais plus vous mentir. Le prince existe, hélas.
Et il m'aime.
Ca ne vous paraît pas incroyable que l'on m'aime ?
-Continuez.
-Je ne veux plus l'épouser. -Pourquoi ?
-Parce que... -Il fallait le lui dire.
-C'est pas facile quand on s'est engagé.
-Non, en effet.
-Alors je me suis cachée ici. Et puis vous êtes revenu.
Vous avez fait de moi votre secret,
et de nous, un couple qui n'existe que pour nous.
Vous êtes sur un île déserte avec votre Robinsonne,
votre Crusoé.
-Robinsonne...
Rendez-moi un service. -Bien sûr.
Vous pouvez refuser.
Embrassez-moi, s'il vous plaît.
Pourquoi pleurez-vous ?
-Je ne pleure pas. J'ai mal.
Et c'est votre faute.
Vous avez ouvert une grande blessure,
par laquelle s'enfuit la petite Julietta.
Voilà que j'ai peur.
Je ne sais plus rien.
Vais-je devenir bête comme les grandes personnes ?
Au revoir, monsieur.
-Vous voulez partir ?
-Je ne peux plus rester ici. Je vous ai beaucoup gênée ?
-Julietta...
J'ai besoin de votre aide.
Acceptez-vous ?
-Naturellement.
J'aurai un mauvais procès à plaider, tout à l'heure.
Le coupable n'a aucune circonstance atténuante.
Il me faudra pourtant des arguments pour le sauver.
-Comment puis-je vous aider ?
-Restez là.
Près de moi.
Ne bougez pas.
Je me suis souvent réfugié ici pour réfléchir.
-Oh... -Non !
Ne parlez pas.
Ne dites rien.
Vous n'avez plus rien à dire.
-Hector, quelle joie de vous revoir !
-De plus en plus belle. De quoi vous plaignez-vous ?
Comment allez-vous ? -Mal.
Emmenez-moi loin d'ici.
-Ce n'était pas un homme pour vous.
-Mais si. Nous nous aimons.
Mais ici, il se conduit d'une façon insensée.
-C'est avec des "mais" que l'amour prend congé de nous.
-Peut-être. Emmenez-moi dîner dans un endroit civilisé.
André ! -Cette maison est ravissante.
-Je ne veux plus la voir. André ! Où est-il encore ?
Depuis deux jours, il passe son temps au grenier.
André !
-Vous lui répondrez toujours ?
-Non, c'est la dernière fois.
-Nous sommes faits pour nous entendre, vous et moi.
-Il est peut-être temps de nous en souvenir.
-Voilà André.
-Jolie maison, monsieur.
-Achetez-la, il la vend.
-Rosie plaisante.
Je ne la vendrai jamais. -Jamais ?
-Jamais. J'aurais aimé vous y recevoir,
mais notre amie a changé d'avis.
-Je me conformerai au désir de cette ravissante dame.
-Allons dîner dans un endroit gai.
-Je vais rester ici.
-Très bien. Hector me ramènera à Paris.
-Bien sûr. -Je prends mes valises.
-Je suis triste du souvenir que vous emporterez de moi.
-Je suis sujette aux bons souvenirs.
-Je me suis mal conduit. -Mais non !
-Si. J'aurais dû vous dire qu'il y avait une jeune fille ici.
-Une jeune fille ?
Qu'allez-vous inventer pour excuser votre jardinier ?
-C'est la vérité.
-Taisez-vous.
Ah, une jeune fille au grenier ? Il n'y a ni chien, ni chouette,
ni tonnerre, ni gouttière,
et je suis folle ?
-Vous n'entendez rien à la mécanique des femmes,
et de celle-ci en particulier.
Pourquoi vouloir lui faire croire la vérité ?
-Où est votre jeune fille ?
Vous me devez des explications.
-Une jeune fille se cachait ici. Elle avait raté son train.
Je l'ai hébergée ici. Julietta !
-Cette histoire m'intéresse.
Ensuite ?
-Hector, vous devenez fou, vous aussi ?
-Non, je sais qui était ici.
-Julietta !
Julietta !
...
-Oh, Hector ! Où est Julietta ?
-Je l'ignore. Adieu, madame.
-Non. Dites-moi ce que vous avez fait de ma fille.
-Cherchez-la bien. Moi je ne l'ai pas trouvée.
-Où est Me Landrecourt ? -Il était là.
-Mon petit Arthur !
-Il n'y a plus de petit Arthur. -Il faut m'aider.
-Que vous a-t-il encore fait ?
-Ma mère vient d'arriver avec la police.
-On va arrêter M. André ?
Et son père qui doit assister à une honte pareille !
-C'est moi qu'on vient arrêter.
Aidez-moi, je vous en supplie.
-Oui, votre petit Arthur va vous aider.
Y en a encore, là-dedans. -Vite.
-M. le commissaire, vous cherchez Julietta ?
-Oui. -Eh bien, elle est partie.
Ma voiture !
Julietta !
Julietta !
Julietta !
Oh !
Madame, je vous demande la main de votre fille.
-Laquelle ? J'en ai deux. -Julietta.
-Vous manquez pas de courage.
Julietta !
Rire d'ivrogne
Musique douce
-Monsieur. Vous alliez encore oublier votre étui.
-Ah !
J'ai eu si peur de vous avoir perdue.
-Vous avez gagné votre procès ? -Oui.
Oui.
Je suis...
Je suis condamné à vous aimer pour l'éternité.
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