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- On s'est connus à Poly.
En jouant au volley.
Je me rappelle, ce jour-là...
en plein tournoi...
elle s'arrête et elle se met à chanter.
Comme ça.
Du Sarah McLachlan.
Les deux équipes, on s'arrête et on est comme...
< Mais voyons donc. >
C'était tellement beau.
Même le coach, qui l'aimait pas plus qu'il faut...
Je veux dire, Gab était pas bonne en sport...
Même lui, il l'a laissée finir.
- C'est là que ça a commencé pour elle.
Je la vois encore rentrer à la maison... sur un nuage.
- Ca m'était...
comme...
rentré dedans tellement fort.
Sa voix, je veux dire.
Je pensais rien qu'à ça. Obsédée bien raide.
Quand on s'est recroisées, je l'ai pognée par les épaules
puis je lui ai dit: < Toi, là...
un jour, je vais te gérer. >
Full intense.
- Ca veut pas dire que ça a été facile.
On a fait tous les concours,
de Mixmania à Star Académie.
(reniflement)
On était tout le temps sur la route, ça se peut pas.
Beau temps, mauvais temps, on partait. Hum?
(musique triste)
- Guy.
Vous avez pas dit un mot.
Avez-vous des réflexions à partager?
Ca fait du bien des fois, échanger.
Puis on est là pour ça.
- Me venger.
C'est ça que je voudrais.
En maudire une à quelqu'un, ça...
Ca, ça me ferait du bien.
Mais me venger contre qui? Contre quoi?
- C'est un accident, y a pas grand-chose qu'on peut faire.
- C'est la vie, comme on dit.
Mais je fais quoi, moi, avec mon...
(sirène, hélicoptère)
Il y a rien à dire, rien à faire,
à part fermer sa gueule puis encaisser.
C'est ça que je fais: je ferme ma gueule puis j'encaisse.
(brouhaha)
(musique douce)
(♪)
(sirène au loin)
(musique dramatique)
♪ ... est un long cri d'amour ♪
♪ Restons ensemble ♪
♪ J'ai froid je tremble ♪
♪ Du fond de moi ♪
♪ Je t'appelle au secours ♪
♪ Demain n'existe pas ♪
C'est un petit peu haut. - Un peu trop haut?
- Pourquoi vous arrêtez? C'était beau.
- C'est un petit peu triste pour un mariage, non?
- C'est vrai que c'est un peu downant.
- Mais j'aime ce que ça dit. < Demain n'existe pas. >
C'est comme si c'était éternel entre eux.
- Je comprends, mais je veux dire...
elle appelle au secours, elle tremble, y a pas de sourire là-dedans.
- Laisse faire les paroles, c'est l'émotion qui compte.
- Rick, qu'est-ce que t'en penses, toi?
Elle appelle au secours, elle tremble...
- C'est votre mariage, demandez-moi pas de prendre un bord.
- Et pour la sortie, c'est ce qu'on s'était dit?
- Non, ça par exemple, on a changé d'idée.
- Ouais. On pensait à une de tes tounes.
- Une de mes tounes? - Ouais.
- T'en as fait une au Musi l'autre fois,
juste un petit bout, mais je sais pas...
- Tout de nous?
(Il chantonne.)
- OK. Un, deux,
trois, quatre.
♪ J'attendrai au départ j'attendrai au retour ♪
♪ Et si tu ne m'en veux pas je marquerai les jours ♪
♪ J'apprendrai tout sur toi ♪
♪ Je changerai tout de moi ♪
♪ Ah ah ♪
C'est tout ce qu'on a, ça eut pas être ça. - Pas grave, finissez-la.
On se marie pas demain matin.
- Non! Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu!
(rire) - Quessé qui se passe?
- Je viens de parler à Sam Francoeur.
Il capote sur ton démo.
Il veut te rencontrer en studio vendredi si possible!
(rires)
- Sérieux, là... - Hum?
- Veux-tu vraiment une toune dépressive pour le mariage?
- Décroche.
Oui. - Je te hais.
- En passant, j'ai retrouvé ton billet d'avion.
Il était dans ta poche de chemise. - Thanks.
- Encore beau que je l'aie pas passé dans la laveuse.
- Je l'ai sur mon cell, m'man, c'est pas grave. - Sur ton cell?
- Oui. Je t'expliquerai ça à un moment donné.
- Coudonc, toi, il est donc bien beau mon gars aujourd'hui!
- Il était le temps que tu le remarques.
- Puis il sent bon en plus.
- J'avais le goût d'essayer ça. C'est pas trop fort?
- Comment elle s'appelle? - Elle est ou ma montre?
- Elle est là là.
Tu t'es jamais peigné en 25 ans, elle doit être spéciale pas à peu près.
- T'as pas besoin de ton char?
- Avec tout le lavage que tu me donnes, pas le temps de sortir.
- Merci, maman.
- Envoye donc, c'est qui la chanceuse?
- Ah. Maman, quand tu plies mes t-shirts,
ça te dérange-tu de pas les plier dans le milieu?
Ca fait une barre, c'est pas beau.
- Rentres-tu souper? - Non.
- Bye.
(télé en sourdine)
- Il me semble que c'est elle.
- Je sais pas, je suis pas certain.
- Depuis le temps que je la connais.
Regarde, je vais te la faire à 1200 $. C'est un modèle unique.
- T'as pas quelque chose de plus simple?
- Gab, tu m'apporterais-tu le petit jonc
que t'as mis de côté pour Jacinthe? - Oui.
Tiens. - Merci.
Il est juste là. Oui.
(sifflement admiratif)
- Tabarouette. C'est pas laid, ça.
- Hum-hum.
- Combien? - 500.
- En tout cas, moi, je trouve que pour Marie,
ça le fait pas, mais... - Hé.
(rires)
- Salut, les filles. - Salut.
- Hé, salut, Dan. - Hé, hé.
- Hé! Notre futur marié, comment est-ce qu'il va?
- Ecoute... il essaie de se faire une idée.
Qu'est-ce que tu penses, toi?
- Celle-là, cette affaire. - Et voilà.
- Je sais pas. c'est parce que Marie, elle a des petites mains.
Me semble que celle-là, elle a des grosses pierres.
- Fie-toi sur moi, Marco, sont jamais trop grosses.
- Moi, je pensais plus à quelque chose de délicat, de...
- Hé, hé, hé, c'est pas le temps de faire ton cheap là.
- Hé, c'est parce que je marie une police, pas une princesse.
- Fais attention pour pas manger un coup de matraque.
(rires)
Moi puis mes frères, on cherche un bracelet pour Julie.
C'est sa fête vendredi. - OK.
- C'est vrai, la belle Julie. 40...
Elle les fait pas. - Je vais lui faire le message.
- Tiens, y a ça qui vient de rentrer.
Nouvelle collection. - Oui.
C'est pas donné, mais c'est vraiment superbe.
- Hé... c'est vrai, c'est beau.
C'est quoi? C'est bleu? - C'est bleu.
C'est du saphir, ça, mister. - Combien?
- C'est quand même assez cher. - Ouais.
Parce que nous autres, on veut mettre 150 chaque.
Peux-tu nous faire ça en bas de 500?
- Oui, mais pas celui-là. - Je vais te le prendre, celui-là.
(rires)
- Tu sais, ça me regarde peut-être pas, là,
mais 40 ans, c'est un âge... difficile.
C'est pas le temps de faire vos cheaps. - Ouais...
- On est pas là pour la marier, c'est juste notre soeur.
Anabelle, trouve-moi de quoi à ton goût, emballe-moi ça,
je vais repasser. Ca marche-tu? - Ouais, parfait.
- Alright. J'ai reçu les plans pour la rue Laval.
Va falloir qu'on se parle pour les boucles de détection.
Appelle-moi plus tard, OK? - C'est beau.
- OK. - Salut.
- Fait que? - Fait que...
je vais devoir y penser, je suis pas certain.
- Mais tu maries à la fin de l'été, Marco. - Je le sais.
- Parfait. Donne-moi-les, je vais les mettre de côté.
(klaxon de train)
(vrombissement de train)
(tintement) - OK, gang!
Comme vous le savez, y en a une qui a reçu des grosses nouvelles!
Gab s'en va enregistrer vendredi à Montréal!
(acclamations)
Il y en a qui vont dire qu'il était à peu près temps,
mais quand même!
Sérieusement, Gab, tout le monde ici,
on est vraiment fiers de toi. Pour vrai. Félicitations.
Et pour souligner ça, bien... disons qu'il y a quelqu'un
qui t'a préparé une petite surprise.
- Tada! - Non! Non!
Qu'est-ce que tu fais là?! Allô!
- Pensais-tu vraiment que j'allais manquer ça,
le triomphe de notre belle Gab?!
Et ça, c'est pour toi.
J'appelle ça Intervention divine.
C'est un cocktail à ton image,
avec une délicatesse florale légèrement amère...
une main de fer dans un gant de velours.
Quand on y goûte, on en veut toujours plus.
- Yeah! - T'es malade. T'es trop fin.
Hé, tout le monde, merci tellement!
Ca me touche. Je vous aime. Je vous aime tellement!
Merci. - Bravo!
(acclamations)
- Bravo, Gab! - Wô, wô, wô! (tintement)
Nat, toi aussi, t'as jamais lâché. T'es une vraie lionne.
Avec une esti de tête de cochon puis un front de boeuf,
on va se le dire, mais une lionne pareille.
- Lionne avec une tête de cochon.
Laisse-moi deux secondes, que je processe l'image. Mais merci, Yvann.
Cheers tout le monde! - Cheers!
- Cheers! - Santé!
OK, tout le monde, qui veut une Intervention divine?
C'est sur mon bras! Pour les autres...
Ah, puis shooter pour tout le monde!
(musique rythmée)
- Tu me feras pas croire que t'es venu juste pour ça? - Bien quoi? Je suis content.
C'est mon amie d'enfance, je l'aime, Gabrielle!
- < Annick > t'as dit? Hein?
Excuse-moi, la musique est trop forte, je t'entends pas.
- Combien ça coûte une bière de même en Alaska?
- Combien? - 8,50 $ plus taxes.
- US? - Hum-hum.
- Bon, mon Pat, tu le fais-tu, ton move?
- Bien oui, relaxe.
- C'est juste si tu baves pas sur la table.
- Y a pas de stress. On a du temps.
- Paye-lui un drink.
- Elle a déjà un gros cristi de drink fancy avec un bouton de rose
fait par M. Sourire de Sherbrooke ou je sais pas...
- Veux-tu que je m'en charge?
- Si tu fais ça, je te tue. - Tue-le, il est trop tard.
- Ta yeule. - Juste que tu saches,
t'es après lui commander un Cosmo... - Fuck off.
Ah, fuck you, man!
Ah, calvince. - Checke, il s'en vient.
Et voilà!
- C'est de la part de Pat.
- Hein? De... - Hum-hum.
Il arrête pas de te regarder. Puis toi avec,
tu louches de son bord pas mal.
- Pantoute. - Essaie pas.
Elle voit tout, Corine. - C'est un enfant,
Pat... un timide.
Fais-lui donc un petit sourire.
Hein? < Allô, Pat. >
- Envoye! Vas-y!
- Ta yueule. Après ma bière.
- On peux-tu vivre avec ça, nous autres?
- Ouais, je suppose. Envoye, bois.
- Gang de morons.
(musique rythmée)
- Pas pire soirée pareil.
- T'es le gars le plus bretteux de la planète, man. - Reviens-en.
C'est elle qui est partie, c'est pas de ma faute.
- Tu zignais sur la banquette, elle est partie.
- C'est à cause de vos cristi de niaiseries.
On avait l'air d'une gang de tatas.
- Tu repars samedi. Laisse-nous te pousser un peu.
- Tu me dois 10 $ pour le Cosmo.
Je paye pas pour les téteux, moé. Bye là.
- C'est ça, bonsoir.
(musique rock)
- Hé. Julie est sur la terrasse, elle veut te voir.
Elle a l'air assez feeling. - C'est bon, je m'en occupe.
Je reviens.
Hé...
Qu'est-ce que tu fais là, ma belle Julie?
- Bien, c'est toi qui m'as offert une oreille.
- OK.
Quessé qu'y a?
- Je l'ai pogné.
- Non?
- Je l'ai pogné.
Les textos, les échanges de courriels... tout.
- Esti. - Hum.
Je l'ai même suivi.
- Non...
- Hum.
- Puis?
- Tout le long que je le suivais,
sais-tu ce que je me disais? - Non, quoi?
- J'ai même pas 40 ans puis je suis déjà rendue là.
- Qu'est-ce que tu veux dire, t'es < rendue là >? - Rendue là.
Dans le club des connes, des plus bonnes.
Tu sais, le club ou on finit toutes par se ramasser?
- Parle pour toi.
- T'as pas 40 ans, toi. Moi, je vais avoir 40 ans.
Sais-tu pourquoi on se ramasse là?
- Non.
- Parce que quand nos chums nous regardent la face,
ils sont en contact direct avec le fait
qu'il leur en reste bien moins en avant qu'en arrière.
Ils ont la chienne, fait que... - Fait que shooter.
- Je vais me coucher, mon beau.
Bonne nuit. - Hum.
Ah, m'man. - Oui?
- Je peux-tu emprunter ton char demain? - Ah?
- Il faut que j'aille à Montréal voir des chums.
- Qui ça? - Mes chums, m'man.
Tu les connais pas, c'est pas grave.
- Bien oui, je te le prête. - Merci.
- Profites-en bien. - Hum.
♪ La froideur d'une feuille qu'on voudrait pas tenir ♪
♪ Par peur de pleurer tout bas ♪
♪ Puis je l'ai vu passer... ♪
- Dans une heure environ.
OK, oui, promis.
Après ça, c'est à toi de jouer, par exemple.
Oui. OK, bye.
♪ ... J'étais la seule à y croire ♪
♪ Oublies-tu le temps qui passe ♪
Non, non.
On peut-tu recommencer, s'il vous plaît?
- Pourquoi? C'était super bon. - Bien oui.
- J'aime pas comment ça sonne. - Qu'est-ce que tu veux dire?
- C'est lent. Tout est lent.
Le pré-refrain-- - Tu trouves?
- Moi, je trouve ça vraiment bon.
- Pareil ici. - Super!
Ca serait le fun que moi aussi, j'aime ça.
- C'est juste un démo. Tu vas avoir le temps en masse
de refaire ça comme tu l'aimes. - Je l'ai entendue souvent celle-là.
< Pour vrai, t'as le temps. > C'est pas vrai.
J'ai pas le temps. Je n'ai plus le temps.
Attendre... J'ai fini, là, attendre.
Quand je fais de quoi astheure,
je veux aimer ça sinon je le fais pas.
- Elle en a dedans. Elle a pas la langue dans sa poche.
- Nope. - OK, on reprend ça!
- J'étais stressée. J'avais peur que ça sonne poche, mon affaire.
- Oui, on a vu ça. - Penses-tu que je l'ai vexé?
- Je penserais pas. Il est sur le cul tellement il a aimé ça.
Là, on a bien de la job qui
- Je suis tannée de faire la cute pour plaire à tout le monde.
Ca va marcher, mes affaires. Je sais que ça va marcher.
Mais à ma façon, sinon y a pas de toune.
- T'es bien à pic aujourd'hui! - Oui... OK...
Excuse-moi.
Je sais. - Hum.
- Je suis reconnaissante. - Merci.
- J'essaie pas d'être capricieuse, c'est juste que...
je sais ou je m'en vais, OK? - Je comprends.
Je veux pas que le monde dise que t'es dure à travailler.
- Non, laisse-moi aller, OK? Tu vas voir.
Je vous respecte toute la gang.
Mais si moi j'y crois, là, c'est bon.
Là, c'est authentique.
Alright? - Ouais.
- Qu'est-ce qu'il fait là, lui?
Ouf... C'est pas un peu malaisant, ça?
- T'es moins à pic là.
Veux-tu que je lui dise de s'en aller?
Bien, assume puis déniaise. (bisou)
- Salut. - Salut.
- Je passais dans le coin. Je me suis dit: < Je vais lui offrir un lift. >
- On est à trois heures de Mégantic.
- Trois heures aller, trois heures revenir.
Ca va être moins plate à deux.
L'autre jour au Musi, je me suis dit:
< Je la rusherai pas... > Mais je n'ai plus de temps.
Je repars par l'Alaska. - Tu n'as plus de temps...
OK. OK.
Là, tu me parles. - Ah oui?
- Mais je suis à pic aujourd'hui, il paraît. Attention.
- T'es à pic parce que t'as faim.
Je connais une place à patates hallucinante.
- J'ai un photo shoot bientôt.
Fait que burgers, frites, ça ira pas. - Non, non.
Tu peux pas refuser la meilleure poutine de ta vie.
On allait tout le temps là avec mes parents.
Chez Bob. C'est une institution. - Tu me niaises?!
Nous autres aussi, on allait tout le temps là.
Saucisse extra fromage. C'est genre, la meilleure affaire au monde. Ah!
(ambiance rétro)
- Merci. - Merci.
- Bon appétit. - Yes.
- Extra fromage. - Mets-en.
Alright. Hum.
L'Alaska, ça fait deux ans.
Avant ça, j'ai été trois ans au Pérou.
- Et c'est pas dangereux?
Genre beaucoup, la soudure en haute mer?
- Je gagne bien ma vie. - Faut croire, pour vous faire jouer
avec des fils électriques en dessous de l'eau.
- On est formés.
Mais j'avoue qu'au Pérou, à la fin,
je craignais pour ma sécurité.
- OK. - Fallait tout le temps travailler sur la plateforme
juste pour qu'elle tienne debout. C'était pas cool.
On a perdu deux plongeurs.
Mais en Alaska, c'est vraiment moins heavy.
On travaille encore sur les plateformes un peu, mais pas mal moins.
Je me concentre surtout sur les pipelines.
- Qu'est-ce que t'aimes là-dedans?
- C'est comme dur à expliquer.
Tu sais, quand t'es 100, 200 pieds en dessous de l'eau
puis que tu soudes...
la lumière blanche vraiment intense du chalumeau
dans le noir total,
le silence,
l'isolement...
Je sais pas, t'es juste bien.
T'es comme...
t'es comme hypnotisé.
Je me sens juste en paix,
comme si toutes les misères du monde pouvaient pas m'atteindre.
Tu sais, je suis vraiment pas un gars religieux,
mais dans le fond de l'eau comme ça,
je me sens proche des anges.
J'aime vraiment ça,
mais aujourd'hui, j'ai moins le goût d'y retourner, on dirait.
- Mal du pays?
- Quelque chose comme ça, oui.
- Je m'excuse, hein... pour l'autre soir.
Je suis partie vraiment vite.
J'avais une toune à finir avant d'aller en studio.
- Me niaises-tu? C'est moi, le cave.
J'aurais juste dû venir te parler.
- En tout cas, merci. Le Cosmo était bien bon.
Puis... ouais.
Oui, oui, oui, t'aurais dû... venir me parler.
Le temps, c'est un luxe.
Je trouve.
Puis je veux juste être sûre de...
jamais en manquer.
- OK.
(musique dramatique)
(klaxon de train)
- Bon...
Bien, à la prochaine.
(musique douce)
- Merci pour le lift.
- Hé, en tout cas...
j'ai bien aimé ma ride.
- Moi aussi.
- Je te rappelle?
- OK.
- Il faudrait bien qu'on se voie avant que je parte.
- Ouais... Quand?
- A soir?
- Il faut que je ferme la bijouterie. Mais après?
(musique intrigante)
(télé en sourdine)
(sonnerie de téléphone)
- Allô? Nat! T'es...
Hein? Quoi? De...
Comment, le feu? Je...
Voyons, t'es-tu folle?
Non, elle est pas rentrée. Je l'attends.
- ... l'explosion de plusieurs wagons de train
transportant du pétrole a dévasté le centre-ville de cette municipalité...
- Guy, réveille! Il est arrivé quelque chose!
(alarme de voiture)
(sirènes)
- As-tu des nouvelles? - J'allais vous en demander.
- Je suis sûr qu'elle est correcte. Elle doit être chez des amis.
Qu'est-ce qui se passe, bonyeu? - Un train de pétrole a déraillé dans le centre-ville.
- Quand ça? - Vers 1 h, mais ça ne finit plus de péter.
Le feu est pogné jusque dans le lac, il paraît.
- Comment ça marche ici? - Au fond là-bas, ils font la liste des gens
qui manquent à l'appel ou qui sont retrouvés.
(brouhaha)
C'est juste là.
- On pense qu'il était au Musi-Café.
Il se tient là les fins de semaine.
On voudrait le mettre sur votre page Facebook.
- Gauvin, vous dites? - Oui, Mathis.
- Mathis Gauvin! C'est pas si compliqué, baptême! - Jacques...
- Mathis est correct, monsieur Gauvin.
J'étais avec lui au casino. On est partis avant l'explosion.
Son cell était mort. Il aide à évacuer le monde.
- Guy, ça va? - Je sais pas. As-tu de quoi à me dire?
- Vous savez comme moi qu'elle était au Musi-Café.
- Ca veut rien dire! Personne vous a rien dit de plus?
L'accident est arrivé à 1 h? - 1 h 15 à peu près.
- T'es partie à quelle heure? - J'étais sur la terrasse.
- T'as rien vu de ce qui s'est passé?
- Je l'ai croisée dehors; elle avait oublié sa bouteille d'eau pour la route.
Elle est retournée en dedans. - Elle aurait pu sortir puis tu l'as pas vue?
- Corine Ménard était sur la terrasse.
Elle a vu votre fille dans le bar.
(cris et pleurs)
(musique dramatique)
- De l'eau!
- Monsieur. Monsieur.
Avez-vous essayé l'hôpital? Moi, c'est là que j'irais.
- Bien oui.
Bien oui, merci.
On se tient au courant.
(sonnerie de téléphone)
- Hé.
Qu'est-ce qui se passe, Nat?
(klaxon, sirène)
- Ah, Guy, suis-moi. Elle est en arrière.
- Oh.
- Ca fait une dizaine de minutes qu'elle est arrivée.
Elle est correcte. - Elle est correcte? - Oui, elle va bien.
- Bien voyons. Qu'est-ce qui se passe?
- Un petit choc vagal. Rien de grave.
- J'ai essayé de t'appeler, mais ça marchait pas.
(reniflement) L'ambulance est venue.
Je leur ai dit que j'étais correcte, mais ils ont insisté.
- Guy? - Monsieur le curé.
- Le feu est pris près de l'église. Je suis venu pour aider.
- Je cherche Gabrielle.
Elle était au Musi-Café.
Vous avez pas entendu quelque chose?
- Non, rien.
- Je peux voir vos blessés?
Quoi?
- On a pas reçu de blessés.
- Pas un, Guy.
Pas un blessé ici.
- Mais voyons.
Ca se peut pas, ça.
- Assoyez-vous, Guy.
- Je veux pas m'asseoir. Je veux voir ma fille.
- On me dit ici que tout le monde s'est rassemblé sur Laval,
mais que la circulation a pas de bon sens.
Il n'y a plus rien qui passe.
- Vas-y, Guy.
Ramène-moi ma fille, je t'en supplie.
(musique dramatique)
(sirène)
(démarrage)
(musique dramatique)
- Nat?
(chanson indistincte)
♪ ... par peur de pleurer tout bas ♪
♪ Puis je l'ai vu passer ♪ - Hé.
♪ J'ai cru t'apercevoir ♪
Ca a pas de bon sens, mais on sait pas encore, là.
- Oui, on le sait.
Moi, je le sais.
Je le sens.
♪ ... oublies-tu le temps qui passe... ♪
- Elle est partie.
(sanglots)
Je me sens vide.
Puis coupable. - Bien non.
Bien non...
- Elle avait raison, Gab.
Il faut pas attendre pour faire les choses,
il faut les faire tout de suite.
♪ ... Laisse-moi croire tout de nous ♪
(Elle monte le son.)
(♪)
♪ Y a des mots écrits pour nous ♪
(brouhaha)
(déflagration)
- Il était en amour, le petit bonjour.
J'ai jamais su qui c'était.
Cette pauvre fille...
elle va prendre ça dur.
Tu sais, mon Pat...
elle n'en retrouvera pas un autre de même.
Mais c'est pas ça que vous voulez savoir...
Vous voulez quoi déjà?
- Vous me disiez comment il était habillé.
< Une chemise vert forêt, des jeans gris. >
Ses souliers?
- Des espadrilles, il me semble.
Mais demandez-moi pas la marque.
- Montre? Bague? Bracelet?
- Une montre.
Une belle montre de plongée.
Je lui avais donné pour ses 20 ans.
- Des tatouages?
- Non.
Pas à ma connaissance. - Ahem!
Il prenait l'avion le lendemain.
Je venais de finir de faire sa valise.
Je lui avais tout bien plié ses t-shirts
pour que... pour pas que ça fasse de pli en avant.
- Ca nous prendrait un ou des objets personnels.
Rasoir, peigne, brosse, brosse à dents.
Pour l'ADN.
(musique triste)
Madame?
Ca va?
Merci.
- J'aimerais ça les ravoir si c'est possible.
- Vous pouvez compter sur moi, c'est noté.
Ca va être tout pour le moment.
Allez-vous être correcte?
Voulez-vous appeler quelqu'un? - Non, non, c'est correct.
- Je vous souhaite beaucoup de courage.
(ouverture de porte)
(fermeture)
- Tout est...
pareil puis différent en même temps.
Les odeurs, la lumière, l'air que tu respires.
Tout est...
(reniflement)
familier puis étranger.
T'as aucune idée de comment t'es arrivé là.
Tu sais pas... tu sais pas comment sortir.
Comme une mouche qui volerait dans un bocal.
Tout est là autour d'elle, tout est pareil, mais...
elle n'a plus accès à rien.
- A part la douleur.
- Juste avant que ça arrive...
ma fille m'a demandé si je croyais au destin.
Je sais toujours pas si j'y crois,
mais j'y pense tous les jours depuis le 6 juillet.
Puis y a des choses, des fois...
Bon Dieu, que c'est étrange.
(Gabrielle): Tu crois-tu à ça, le destin?
(Janine): Je sais pas, pour être franche.
- Quand ta vie est tout croche...
puis qu'il y a rien qui marche comme tu voudrais...
c'est sûr que tu peux pas penser que c'est tracé d'avance.
Mais...
astheure que ça va bien...
j'ai l'impression que...
tout a été programmé pour que ça m'arrive.
Il y a un chemin. Puis il est par là.
Y a rien, y a...
y a personne qui va m'arrêter, tu sais.
(Janine): On se textait...
30 fois par jour, ma fille puis moi.
Vers 6 h, je lui envoie un texto...
en jurant que c'est le dernier.
Puis juste après, je brûle le souper, je casse un verre,
je me coupe le doigt.
Je me mets à me sentir mal.
Mal au coeur, mal à la tête.
L'envie me prend de la texter, de l'appeler,
de lui dire de rentrer.
Un pressentiment, je dirais.
Mais ce n'est plus une enfant.
Laisse-la vivre, maudite fatigante.
- Il arrive-tu, notre beau Pat? - Je vais te dire...
c'est long ces temps-ci se mettre beau. - Ouais...
- C'est qui la chanceuse? - Vous le connaissez;
si je vous le dis, il va me tuer.
Hé, Pat! Tu t'en viens-tu?
- Bien oui, relaxe.
- Ah, man, slaque sur le parfum, pour vrai.
- De quoi tu parles? J'ai mis deux gouttes.
On peut pas tous sentir le swing comme toé. - Hé là.
- Merci pour le souper, m'man.
Pstt...
- Je vais aller t'attendre dans le char, moi.
Bye, madame Mireille.
(sanglots)
- Ca va, m'man?
- Je m'excuse.
Je peux pas croire que je te perds encore.
- Je suis pas parti là.
- C'est loin en titi, l'Alaska.
- Attends donc à demain pour pleurer, on fera ça ensemble.
- Bien oui.
T'as raison.
Niaiseuse.
- On déjeune ensemble demain. - Hum.
- J'ai une grande nouvelle à t'annoncer.
Ca va te recrinquer, ça.
C'est moi qui cuisine. - Ah!
Envoye, allez-vous-en, là.
- C'est sûr t'es correcte? - Bien oui.
C'était juste une petite vague.
Là, amuse-toi...
puis profite de ta dernière soirée.
Quand on regarde ça après coup,
c'est sûr que tout a l'air d'être lié.
- Ma pauvre mère, man.
Ca me tue de la voir de même. - Ouais, moi avec.
Qu'est-ce tu veux, son beau petit gars part demain, c'est normal.
- Hé, les boys. - Yo.
- Je sortirais le boat à soir. Petit tour sur le lac, ça vous tente-tu?
- Moi, pas tant, pour dire. Puis lui, oublie ça,
il apprivoise sa princesse à soir.
- Enfin! Il était à peu près temps.
- Justement, je vais m'assurer qu'elle a pas oublié.
Je vous rejoins!
(Janine): Chaque geste, chaque parole,
la moindre décision, la plus petite hésitation...
tout compte.
(clochette de porte) - On est fermé. Oh.
Allô.
- Salut. - Tu m'as pognée en train d'essayer un collier.
- Vraiment? Il te va bien, c'est beau.
Je voulais savoir si ça marche toujours pour ce soir au Musi? - Oui.
J'achève. Je vais juste finir deux, trois trucs dans l'inventaire,
je te rejoins tout de suite. C'est bon?
Ca va?
- Oui, ça va, excuse-moi. A tantôt.
- Minute.
A tantôt.
(Janine): Je n'en finis plus de repasser cette journée-là dans ma tête.
De revivre les événements un par un,
heure par heure,
geste par geste.
Comme si j'allais finir par pouvoir changer quelque chose.
(musique dramatique)
(Janine): Mais qu'est-ce qui est vrai, en fin de compte?
Est-ce qu'il y a un grand plan puis on est pognés dedans
puis on peut pas rien faire?
Ou est-ce qu'on peut...
est-ce que j'aurais pu changer le cours des choses
par un mot, un texto, un geste?
J'en ai aucune espèce d'idée.
Je peux dire une chose par exemple.
Jusqu'à mon dernier souffle,
je vais me poser cette question-là.
En revoyant les yeux de ma fille ce jour-là,
le regard rempli de promesses,
d'espoir...
Parce que c'est ce qu'il me reste de plus précieux:
le souvenir de l'avoir sentie heureuse
et si comblée par la vie.
A se demander si le destin existe.
(musique douce)
Sous-titrage: difuze
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