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Original subtitles

Lila.

Tu es à l'hôpital.

Tu as eu un accident, mais tout va bien.

Tu vas bien, ne t'inquiète pas.

Lila, ma chérie,

tu sais qui je suis ?

Vous connaissez votre prénom ?

Salut.

Je suis Blanca.

Je suis ton amie.

J'étais venue chez toi parler de travail.

Tu es allée à la plage pendant que j'étais au téléphone.

Comme tu ne revenais pas, je suis allée te chercher.

Et je t'ai vu évanouie, dans l'eau.

Ça te plaît ?

C'est moi qui les fais.

Je peux t'apprendre, si tu veux.

C'est plus facile si on le déplie pour le refaire.

Il suffit de suivre le modèle pour lui redonner sa forme.

Tu sais qui c'est ?

C'est...

Shakira.

Et elle, tu sais qui c'est ?

Lily.

Lila Cassen.

Doucement, Lila.

Qui es-tu ?

Je suis Blanca.

Tu es Blanca.

Oui.

- Tu es mon amie ? - Oui.

J'ai une maison ?

Bien sûr.

Alors je veux rentrer chez moi.

Tu l'imaginais comme ça ?

Je ne l'imaginais pas.

On sera que toutes les deux.

J'ai dit à César de prendre des vacances.

- Qui est César ? - Ton assistant personnel.

Une maison aussi grande, il faut l'entretenir.

Pendant son absence, je m'occuperai de tout.

Je vais préparer à manger.

Tu veux des crudités ?

Quoi ?

Des crudités.

Des légumes crus.

Carotte, céleri, concombre...

Pourquoi crus ?

Tu es crudivore.

- Je suis quoi ? - Crudivore.

Tu penses que les aliments crus sont meilleurs pour l'organisme.

La viande aussi ?

Tu ne manges pas de viande.

Je peux te préparer autre chose.

Un œuf au plat ?

D'accord, je vais à la cuisine.

Fais un tour. Je viendrai te chercher.

Oui.

Où sont les toilettes ?

De quoi voulais-tu parler ?

Quoi ?

Avant de me retrouver sur la plage.

Tu as dit que tu étais venue me parler de travail.

Mais...

je me suis retirée.

Ne t'inquiète pas pour ça maintenant.

Quand dois-je commencer à m'inquiéter ?

Je pensais attendre un peu pour t'en parler.

Moi...

je préfère en parler maintenant.

Très bien.

Tu ne chantes plus depuis dix ans.

Tu as vécu des droits d'auteur et des ventes d'albums,

mais c'est de plus en plus dur.

Sans concerts, c'est impossible de vivre de la musique.

Ou du moins, de mener ce train de vie.

Donc on a organisé ton retour sur scène.

Dix concerts, pour l'instant.

Le premier est dans deux mois, à Madrid.

Et si je ne rechantais pas ?

Il faudrait déjà que tu vendes cette maison.

Après, il y a plusieurs options.

Tu pourrais disparaître et recommencer à zéro, loin de tout.

Ou vivre des émissions people.

Beaucoup de chanteurs le font.

Mais par nécessité, et toi, tu n'en as pas besoin.

Pourquoi ?

Car tu as du talent.

Alors pourquoi j'ai arrêté de chanter ?

Parce que ta mère est morte.

Je suis à tes côtés depuis 25 ans,

je ne t'abandonnerai pas maintenant.

Rien ne m'importe plus que toi.

Rien ne m'importe plus que Lila Cassen.

C'était mon secret.

Tu détestes le tabac. Ça t'embête ?

Personne ne devient Lila en un jour.

Même pas toi.

Depuis mon réveil à l'hôpital,

je sens une...

un rythme, constamment.

C'est une chanson lointaine

qui résonne partout.

Sur le sol,

sur les murs.

Je veux l'écouter,

mais je ne peux pas.

Je la sens juste,

comme un battement.

Tout le temps.

Et toi, tu la sens ?

Parce qu'elle va exploser en moi.

Tu sais ce qu'est une tomate avec une cape et un masque ?

Non.

Super-tomate.

Et une patate avec une cape et un masque ?

Super-patate.

Non.

Une patate déguisée en Super-tomate.

Elle est nulle.

C'est toi qui me l'as racontée.

Et qui suis-je ?

Tu es unique.

On a dû te le dire mille fois.

- Pardon ? - Tu ressembles à une chanteuse.

Ah bon ?

À Tina Turner ?

Pas loin.

Mais je parle d'une Espagnole.

Des années 90.

On dit qu'elle mange des animaux vivants.

C'est ce qu'on dit ?

C'est ce que j'ai entendu.

Je ne vois toujours pas.

Son prénom commence par L.

Non.

Une de ses chansons s'appelle Orchidée sauvage.

Si tu trouves, je te laisse tranquille.

Lila Cassen.

C'est ça.

Je tiens parole et je poursuis mon chemin vers les toilettes.

Je pensais avoir trouvé une autre fan de Lila Cassen

dans une boîte perdue de Rota et il fallait que je lui parle.

Tu es fan de Lila Cassen ?

Très.

Très ?

Si tu l'étais, tu n'aurais pas parlé d'Orchidée sauvage.

Pourquoi ?

Elle n'est pas d'elle.

C'est une reprise de Lisa Tornatto des années 60.

Ça alors...

Et tu n'aurais jamais mentionné la légende urbaine des animaux vivants.

C'est tabou.

Je l'avoue, je suis un fan accidentel.

C'est-à-dire ?

J'ai tous les disques de Lila Cassen

car mon ex n'est jamais venue les récupérer.

Soit elle n'était pas très fan, soit tu étais un horrible fiancé.

Et que fait un horrible fiancé fan accidentel de Lila Cassen à Rota ?

Je vends des poupées.

Tu connais la série Chorly et Procket ?

Celle qui cachait des messages sataniques ?

C'est une légende urbaine.

C'est ma revanche pour les animaux vivants.

Je suis le chef du merchandising. Il y a un congrès à Cadix.

Et à quoi sert un congrès de vendeurs de poupées ?

Surtout à vendre des licences pour faire plein de merdes inutiles.

Coques de portables, chaussons, tee-shirts...

Des spécialistes en pédagogie

nous aident à nous sentir moins minables.

En quoi ils vous aident ?

Par exemple, pour les messages quand on appuie sur les poupées.

J'ai le message parfait pour tes poupées.

Tu es pédagogue ?

Non.

Tu fais quoi ?

Je travaille dans un karaoké.

Je suis tout ouïe.

"Tu es probablement

"une personne médiocre parmi tant d'autres.

"Ne perds pas ton temps à essayer d'être spécial,

"mais assume la réalité.

"Comme ça,

"même si tu n'es pas pleinement heureux,

"au moins tu ne te sentiras pas minable le reste de ta vie."

Alors ?

Un peu long.

Mais les enfants d'Espagne devraient écouter ce message.

Je passe aux toilettes avant d'aller danser.

Tu danseras avec moi ?

Non.

Mais je te regarderai peut-être d'ici.

Ça a été un plaisir. Moi, c'est Nicolás.

Et moi, Violeta.

Si tu le veux vraiment, tu peux briller.

Qu'est-ce qui est arrivé à la porte ?

Marta, je te parle.

Elle s'est cassée.

Je vois bien. Je veux savoir comment elle s'est cassée.

Toute seule ?

Tu pourrais jeter les coquilles dans un cendrier ?

Laisse, je le fais.

Il me faut un nouveau portable.

Le tien a un an. Il s'est cassé tout seul aussi ?

Non, mais il fait des photos pourries.

Il fait des photos pires qu'il y a un an ?

Non, mais les nouveaux portables en font des meilleures.

D'accord.

Si tu es sur les photos, elles ne peuvent pas être si pourries.

Tu te fous de moi ?

Non, Marta. C'était un compliment.

Arrête tes compliments et file-moi l'argent.

Je te parle.

Quoi, Marta ? On en a déjà parlé. Fais comme moi, travaille.

Te ressembler ? Surtout pas.

Tu fais quoi ?

Si tu me le donnes pas, je le cherche, t'inquiète.

Laisse ça, Marta.

- Et la carte ? - Il n'y en a pas.

Comment ça ?

La banque l'a annulée. Je paye la dette d'il y a deux mois.

- Trouve-moi de l'argent. - Je n'en ai pas ici.

- Pas à la maison ? - Non.

Marta !

- Marta, arrête. - Me touche pas !

Me touche pas, putain !

N'essaye même pas !

Il est où ?

Il n'y a pas d'argent.

Il est où ?

Je suis sérieuse.

Sale menteuse !

Qui te dit que j'ai de l'argent ici ?

Je le sais. Tu sais que je le sais,

alors arrête de mentir et sors l'argent !

Marta, il n'y a pas d'argent.

Où est l'argent ?

Ne commence pas.

Si, je commence. Où est l'argent, putain ?

Marta, pose ça, tu vas te faire mal.

Tu m'en crois pas capable ?

Tu m'en crois pas capable, hein ?

Pour te pourrir la vie, j'en serais capable.

Tu peux me croire.

Il est dans le disque de Lila.

Pourquoi tu me mens toujours ?

Toujours !

"Pour la merveilleuse Violeta".

T'as même pas de platine, pourquoi tu l'as acheté ?

Pour lui parler.

La prochaine fois, réfléchis avant de me mentir.

Bonsoir.

Désolée de vous déranger.

J'étais sur la plage et je vous ai vue de loin.

Vous travaillez au karaoké ?

Je voulais vous dire, j'ai adoré votre interprétation.

Je n'avais jamais vu personne aussi bien chanter Lila.

Merci.

Je m'appelle Blanca.

Violeta.

Vous êtes...

- Vous êtes Blanca Guerrero ? - Vous me connaissez ?

Bien sûr.

Ça alors !

Quand on est avec Lila, difficile de se faire remarquer.

Je suis Lila !

Enfin, je suis une grande admiratrice de Lila.

Vraiment. Depuis toujours.

Je vous crois.

Connaissez-vous un endroit ouvert pas loin ?

J'aimerais boire un verre avant de rentrer.

En ce moment,

j'ai pas le temps de me détendre.

Oui...

Bien sûr.

Je vous explique.

Il y a un hôtel sur cette plage,

et la cafétéria est toujours ouverte.

Vous longez la promenade...

Non.

Non.

Je vous demande si vous voulez prendre un verre avec moi.

Je ne suis pas venue à Rota depuis des années.

Ma mère était de Jerez de la Frontera et mon père, de Sabadell.

On vivait à Barcelone,

mais l'été, on descendait voir mes grands-parents.

J'avais un fiancé américain ici. Enfin, un fiancé...

Un ami.

Il m'apportait un tas de disques

impossibles à trouver ici.

Il s'appelait...

James.

Un des maquilleurs de Lila vit ici et je devais le voir

pour boucler des choses pour le concert.

Vous avez déjà votre billet ?

Je l'ai acheté dès qu'ils étaient en vente.

Vous voulez que je vous en envoie un pour inviter quelqu'un ?

Non, merci beaucoup.

- Vous habitez à Rota ? - Oui.

Vous n'avez pas l'air andalouse.

Non, je suis de Madrid.

Je suis venue vivre à Rota il y a dix ans.

Avec ma fille.

Quel âge a-t-elle ?

23 ans.

23 ans ?

Vous avez dû l'avoir très jeune.

Oui, assez.

Je n'ai pas d'enfants.

Je n'ai jamais eu l'instinct maternel.

Ou si je l'ai eu, Lila a tout pris.

Vous n'avez jamais pensé à être chanteuse ?

Chanter les chansons de Lila suffit à mon bonheur.

Je n'ai besoin de rien d'autre.

J'étais très contente d'apprendre son come-back.

J'étais à la sortie de l'hôpital.

Merci.

C'était juste une chute de tension.

Oui, je l'ai lu.

Mais je dois avouer

qu'à la voir évanouie dans la baignoire,

j'ai eu très peur.

Dans la baignoire ?

Je pensais que c'était sur la plage.

C'est ce qu'on a dit à la presse.

La baignoire, cela aurait été mal interprété.

Mince...

Un problème ?

Non, mais je dois y aller.

J'ai l'impression d'être une baby-sitter.

Non, ce n'est pas la peine. Finissez votre whisky.

Ça a été un plaisir, Violeta.

De même.

On se reverra peut-être.

Elle va bien ?

Mieux que jamais.

Bonsoir.

Bonsoir.

Je peux m'asseoir ?

Oui.

Je m'appelle Álvaro.

Je suis journaliste.

J'étais là-bas et je vous ai vue avec Blanca Guerrero.

Je n'étais pas très sûr que ce soit elle.

Car c'est impossible.

Impossible de la joindre en ce moment avec tout ce mystère...

Bien sûr.

Je me suis dit :

"Écoute, Álvaro, tu ne perds rien à t'approcher de..."

Comment vous vous appelez ?

Violeta.

"Tu ne perds rien à t'approcher de Violeta

"et à lui parler."

Je vous ai déjà dit que je suis journaliste. Je suis franc.

Mais je suis aussi fan de Lila

et vous savez peut-être si elle va bien ou mal.

Vous êtes une amie de Blanca ?

Non.

Qu'est-ce que vous faisiez avec elle ?

Ça ne vous regarde pas.

Bon...

Écoutez.

Ça, c'est mon téléphone, d'accord ?

Si vous voulez me dire quelque chose qui pourrait m'intéresser sur Lila,

vous pouvez...

m'appeler à ce numéro.

Ça ne m'intéresse pas, désolée.

Vraiment ?

Mon magazine est très généreux avec ses collaborateurs.

J'ai dit non.

Bon, au moins, j'aurai essayé.

Au revoir.

Elle a refusé.

Je vous avais dit qu'on se reverrait peut-être.

Je n'ai pas été honnête avec vous.

Álvaro, le garçon qui vous a abordée,

n'est pas journaliste.

C'est un de mes assistants.

Lila ne s'est pas évanouie dans sa baignoire, mais sur la plage.

Je devais savoir à quel point je pouvais vous faire confiance.

Je n'ai pas été honnête non plus sur l'état de Lila.

Je vais vous dire une chose que seules Lila,

notre avocate et moi savons.

J'espère que ça ne changera pas.

Lila souffre d'amnésie.

J'ai eu beaucoup de mal à me faire à l'idée.

Pour moi, Lila sera toujours une star.

Mais il ne faut pas se voiler la face.

La réalité, c'est que c'est sa dernière chance.

Si on annule ses concerts, c'est la fin de sa carrière.

Et pourquoi vous me racontez tout ça ?

Parce que je veux que vous aidiez Lila.

Si Lila ne se souvient pas qu'elle est Lila,

elle doit apprendre à le redevenir.

Et elle veut que vous lui appreniez.

Merci.

Violeta,

je vous présente Lila.

Bonjour.

Blanca m'a dit que tu avais une fille.

Oui.

Comment elle s'appelle ?

Marta.

Je t'ai écoutée pour la première fois le jour de sa naissance.

Vraiment ?

Le plus beau jour de ma vie.

Bien sûr.

Ça doit être beau d'avoir une fille.

J'ai mis Violeta au courant.

Elle comprend que nous devons être discrètes.

Personne ne doit savoir.

Ni vos amis, ni même votre fille.

Merci de votre aide, Violeta.

De rien.

Pour éviter que la presse fasse le lien entre Lila et vous,

on fera comme aujourd'hui.

Olga, notre avocate, vous attendra sur le parking Caribe

et vous amènera ici.

On sait que vous n'avez jamais donné de cours de chant ou de danse,

mais je veux vous dire que Lila et moi

allons vous aider autant qu'il le faudra.

Merci.

C'est clair ?

Oui.

C'est clair ?

Parfaitement.

Pouvez-vous vous arrêter ?

Excuse-moi.

Ça va ?

Oui, c'est juste...

que je m'y prends mal. Désolée, vraiment.

On fait une pause ?

Non, on n'a même pas commencé.

C'est un peu difficile

devant toi.

Tu crois que ça me gêne ?

Non, c'est pas ça, vraiment.

C'est juste que...

je suis gênée. C'est bête, excuse-moi.

Ne t'excuse pas.

Oui, excuse-moi.

Je peux te poser une question ?

Vas-y.

Tu as déjà imaginé ce moment ?

Le moment de notre rencontre.

Ça m'est arrivé.

Souvent.

Mais on s'est déjà rencontrées.

Ah bon ?

Tu as dû oublier.

Excuse-moi.

Ne t'inquiète pas.

J'étais sympa ?

Oui, mais ça a été bref, tu m'as dédicacé un disque.

C'était comme tu l'imaginais ?

Pas exactement.

Comment tu l'imaginais ?

Allez...

Non.

Ça me gêne beaucoup.

D'accord, je te dis un truc sur moi, si tu veux.

Et après, tu me racontes.

Demande-moi ce que tu veux.

Tu ne manges pas d'animaux vivants ?

Quoi ?

Désolée.

C'est une légende urbaine. Je n'y ai jamais cru.

Une légende urbaine ?

Pas très connue, ne t'inquiète pas.

Tu n'as pas peur ?

De faire semblant

d'être quelqu'un que tu n'es pas.

J'ai peur.

Mais pas de ça.

Alors de quoi ?

Je ne sais pas encore.

Et c'est tant mieux, pour l'instant.

À ton tour.

Mon Dieu !

D'accord,

je te raconte.

Je travaille la nuit au karaoké

et ta voiture crève tout près.

Ton chauffeur attend la dépanneuse

et tu entres dans le karaoké pour aller aux toilettes

car c'est le seul endroit ouvert.

Tu franchis la porte,

et là, je deviens super nerveuse,

mais je ne laisse rien paraître.

Je m'approche de toi

et je te félicite pour ton travail. Mais...

très calmement, d'égale à égale.

Et comment tu ferais ?

Eh bien, je te dirais :

"J'adore Le vol inversé."

C'est quoi Le vol inversé ?

Une chanson de toi, mais très peu connue.

Même pas par moi.

Alors...

tu me donnes ton numéro

et tu me dis de t'appeler un jour pour prendre un verre.

Je t'invitais chez moi ou ailleurs ?

Chez toi.

Te voilà chez moi.

On continue ?

- Tu restes manger ? - Oui.

Maman...

Dis-moi.

Je...

Je suis désolée.

C'est pas grave.

Tu as acheté le portable ?

Il fait de bonnes photos ?

Oui.

Tant mieux.

J'aimerais te rembourser

petit à petit.

C'est pas la peine.

Allez, apporte des verres et des couverts.

Ta couleur préférée ?

Le rose.

Ton plat préféré ?

Le tartare d'avocat et de noix.

Des vacances parfaites ?

En Islande.

- Un livre ? - Mortal y rosa.

Un disque ?

Thriller.

Un film ?

L'Île nue.

- Ce que tu détestes le plus ? - L'hypocrisie.

Ce que tu aimes le plus ?

La...

Je ne sais plus.

La politesse.

C'est vrai.

C'est contradictoire, non ?

Quoi ?

De détester l'hypocrisie mais d'aimer la politesse.

Être poli implique un peu d'hypocrisie, non ?

Je suppose.

Pourquoi tu apprends les réponses ? Dis ce que tu ressens.

Tu as peur que ça ne coïncide pas ?

Non, c'est pas ça.

Alors ?

Alors...

je ne connais pas les réponses.

Donne.

Ta couleur préférée ?

Le bleu marine.

Ton plat préféré ?

Les œufs au plat.

Des vacances parfaites ?

À Rome.

Quand as-tu commencé à chanter ?

Ce n'est pas dans le test.

Mais je te le demande.

Je crois...

Chez ma copine Susana.

On imitait les sœurs Goggi avec les habits de sa mère.

On s'éclatait.

On invitait la classe à des concerts chez elle.

Payants, attention.

Avec des bonbons, des BD...

Sa mère était gentille, assez cool.

Mais sa maison sentait toujours bizarre.

Le chat, peut-être.

Ta couleur préférée ?

Le bleu marine.

Je termine et je prépare le dîner.

Je veux boucler la semaine d'avant le concert.

On ira à Madrid voir le styliste et le photographe.

Les interviews, il faudra qu'on en parle tranquillement.

Qui j'imitais quand j'étais petite ?

Quoi ?

Quand on s'est connues, je chantais quoi ?

Tes propres chansons.

Tu les écrivais, tu les composais,

tu les chantais.

C'est ce qui te rendait unique.

Parce que tu n'imitais personne.

Ne pense pas à qui tu imitais quand tu étais petite.

Pense à toutes ces petites filles qui t'imitent.

C'était très bien.

Non, je recommence. C'était nul. D'accord ?

Ça fait déjà six fois.

Tu devrais te reposer...

N'éteins pas !

Violeta, c'est mauvais.

C'est mauvais, tu ne le vois pas ?

Regarde mes pas.

Regarde.

Regarde-moi.

C'est quoi ça ?

C'est quoi ça ?

J'ai l'air d'une conne.

Qu'est-ce qu'on fout ici ?

Dis-moi.

Qu'est-ce qu'on fout ici ?

On essaye...

C'est impossible.

Impossible que je redevienne cette femme.

Je sais que tu peux le faire. Tu dois juste

te détendre et profiter.

Tu sais que je peux le faire.

Parfait, je suis rassurée

d'avoir ton approbation.

Tu te prends pour une experte sur la scène de ton karaoké.

Tu n'y connais rien, ma chérie.

Désolée, Violeta.

Je ne sais pas ce que j'ai.

C'est vrai que tu avais l'air un peu conne !

Tu sais pourquoi tu es ma meilleure amie ?

Pourquoi ?

Parce que tu es la meilleure personne que je connaisse.

Toi aussi, tu es une fille très bien, Marta.

Non.

Si.

- Donne-moi une claque. - Quoi ?

- Une claque. Là. - Quoi ?

- C'est pas compliqué. Comme ça. - Mais arrête.

Ça va ?

Ça roule ?

Je te cherchais pour te dire un truc.

Quoi ?

L'autre jour, quand tu as appelé ton mec

et qu'il t'a dit qu'il était avec Omar,

c'était pas vrai.

Qu'est-ce que tu dis ?

Hein ?

Je le suçais dans les toilettes.

Ça fait du bien !

J'avais besoin de te le dire.

Tu fais quoi là ?

Quoi ? T'en veux une autre ?

La vache !

- Je peux t'aider ? - Quoi ?

Je t'écoute.

- Violeta est là ? - Non.

Elle travaille pas ce soir ?

Elle devait, mais elle a dû prendre des jours de congé.

Pourquoi ?

T'es une amie ?

Sa mère est malade et elle doit s'en occuper.

Tu veux lui laisser un message ?

Ça va ?

Je te sers un truc ?

Bonjour.

Bonjour.

Tu es sortie hier soir ?

Oui.

Je suis crevée.

Je me fais un chocolat et au lit.

Beaucoup de travail ?

Quoi ?

T'avais beaucoup de travail au karaoké ?

Oui.

Vous avez des chansons de Lady Gaga ?

Oui.

J'adorerais chanter du Lady Gaga au karaoké.

La chanson de...

Oui, on l'a.

Je passerai peut-être demain.

Viens plutôt la semaine prochaine.

Là, on a plein d'enterrements de vie de jeune fille

et c'est impossible de chanter.

Alors la semaine prochaine.

C'est mieux.

Alors ?

Parfait.

Viens en tournée avec moi.

Je veux t'avoir à mes côtés si j'ai besoin d'aide.

Je vais le dire à Blanca ce soir.

Bon...

Bon, quoi ? Tu ne veux pas ?

Blanca préfère qu'on n'ait plus de contact, après.

Et moi aussi.

Pourquoi ?

Je devrais inventer une excuse et je ne veux plus mentir à ma fille.

Mais j'ai des places au premier rang pour Madrid.

Et je veux que Marta vienne avec moi.

Laissons passer un peu de temps.

D'accord.

Mais après ma tournée, je viendrai te voir chanter.

Moi ?

Tu vas arrêter de chanter mes chansons au karaoké ?

Non.

Un jour, j'arriverai par surprise comme dans ton rêve.

Mais si tu imites encore Lila Cassen,

imite-la vraiment.

Choisis celle que tu préfères.

Non.

S'il te plaît.

Merci.

Non, Violeta.

Merci à toi.

Tu veux l'essayer ?

Allons à la plage.

Violeta, Olga est arrivée !

Merci d'avoir remplacé la vitre.

De rien.

Dis...

ça te dirait d'aller au concert de Lila Cassen ?

Au concert de Lila Cassen ?

Oui, le premier de la tournée, à Madrid.

On pourrait passer le week-end là-bas,

aller au musée du Prado ou au parc du Retiro.

On n'y est jamais retournées.

J'y suis allée l'an dernier avec Diana.

Oui.

Je veux dire toutes les deux. Y retourner ensemble.

Je suis déjà allée au Prado et j'ai pas aimé.

J'ai vu le tableau d'un homme qui mange son fils.

Dégueu.

On pourrait aller voir Le Roi Lion.

J'ai une meilleure idée.

Bien sûr, laquelle ?

Si on veut voir Lila Cassen,

on peut aller directement chez elle.

Pourquoi tu dis ça ?

Tu vois pas ?

Tu sais pas quoi dire ?

Je suppose que c'est trop dur pour toi de me dire la vérité.

Comment tu sais ?

Je t'ai suivie.

T'as pas confiance en moi ?

Marta, je...

Arrête...

Je veux juste savoir la vérité.

S'il te plaît.

L'autre jour, l'agent de Lila est venue me voir au karaoké.

Lila avait vu une vidéo où je chantais et elle voulait...

Elle voulait quoi ?

Elle voulait que je l'aide.

Que tu l'aides ?

Toi ? À quoi ?

Que je l'aide à chanter à nouveau.

Pourquoi ? Elle a perdu la mémoire ?

Je t'ai pourtant prévenue. Je t'ai dit de pas me mentir.

Je ne te mens pas.

Je te le jure.

Je te le jure sur ma vie.

Après son évanouissement, elle se souvenait de rien.

Ni de qui elle était.

Ni de ses chansons.

De rien.

Je l'ai aidée à chanter à nouveau.

Attends, parce que...

je suis pas sûre de piger.

Tu veux dire que t'as appris ses chansons à Lila Cassen ?

Oui.

Toi ?

Ma mère ?

Ma mère a appris à Lila Cassen les chansons de Lila Cassen.

C'est ça.

Mon Dieu.

Mais ça...

c'est énorme.

C'est énorme, maman !

On va se faire un fric fou !

Quoi ?

Bien sûr, maman, réfléchis.

Réfléchir à quoi ?

On peut aller dans les talk-shows et tout raconter.

Tu peux décrire la maison ? C'est super important.

Maman, ça tombe super bien pour elle avec la promo du concert.

Tout le monde parlera de votre histoire.

T'es sortie avec elle ?

Bon,

on peut l'insinuer. Pas la peine de le dire, ni de démentir.

Je m'occupe de tout.

Où est mon élastique Hello Kitty ?

Mais il était ici.

Il n'y est pas.

Il est là.

T'as pas vu mon portable ?

Tu l'as vu ou pas ?

Putain !

Je te parle.

Ça t'embête de me répondre ?

Regarde-moi quand je te parle !

Quoi ?

T'es fâchée maintenant ? Fais pas ta fière.

Tu vois pas que je fais ça pour nous ?

Je vois, c'est toi qui l'as pris.

Tu crois que c'est ton amie ?

Sois pas si stupide.

Tu vois pas ?

Tu vois pas qu'elle t'utilise ?

Alors garde ta copine et ton portable de merde !

Elle en a rien à foutre de toi, et moi non plus !

Tu vas voir...

Ça, non.

Mes clés.

Mes clés !

Mes clés ou je défonce tout !

Je te jure que je défonce l'appart !

Tu l'auras voulu.

Les clés.

Les clés ou je m'égorge. Je te jure que je le fais.

Je te le jure.

Maman, je vais le faire.

Je le jure sur ce que tu as de plus cher, je rigole pas.

Maman !

Maman, je vais le faire !

Je vais le faire !

Maman, je vais le faire !

Je vais le faire.

Je...

vais...

le...

faire.

Fais-le.

Violeta est arrivée. On t'attend en bas.

Dépêche-toi.

C'est le dernier jour.

Lila, ça va ?

Que s'est-il passé ?

Blanca, je ne serai plus Lila.

Violeta, laissez-nous, s'il vous plaît.

Ma chérie,

je sais que tu es stressée. Tu ne chantes plus depuis longtemps,

mais tout va bien se passer.

Tu ne dois pas t'inquiéter.

Je serai avec toi.

Je l'ai toujours été.

Je le sais.

Et je suis désolée.

De quoi ?

De ne pas pouvoir te rendre les dix ans que tu as passés avec moi.

Je ne t'en ferai pas perdre dix de plus à attendre ce qui n'arrivera jamais.

À attendre quoi, Lila ?

Si je suis restée à tes côtés, c'est pour toi.

Parce que je veux t'aider.

L'année qui a suivi la mort de ta mère, je comprenais.

La deuxième, je me suis inquiétée. Trois, quatre, cinq ans...

Dix ans à me demander ce qui avait pu se passer.

Ce que j'avais raté pour que tu refuses de me dire

pourquoi tu ne voulais plus chanter !

J'ai toujours été à tes côtés et je ne t'ai jamais rien demandé.

Ne me dis pas que j'attendais quelque chose.

Tout ce que j'ai fait pendant tout ce temps,

c'est essayer de te protéger d'une chose que j'ignore,

dont tu ne m'as jamais parlé.

Je suis désolée.

Arrête de dire ça. Je veux que tu redeviennes Lila !

Je ne peux pas.

Pourquoi ?

Si je m'en vais,

tu ne me reverras plus jamais.

Je veux que tu comprennes.

Je comprends.

Ne plus être Lila sera peut-être facile.

Mais je doute que tu puisses vivre sans chanter.

Comment s'appelle cette chanson ?

Elle n'a pas de titre.

C'est toi qui l'as écrite ?

Oui.

Pourquoi elle n'a pas de titre ?

Quand ma fille est née, j'ai arrêté de chanter pour m'en occuper.

C'est curieux.

Quoi ?

Moi, j'ai commencé à chanter pour m'occuper de ma mère.

Je ne savais pas.

Personne ne le sait.

Regarde derrière la photo.

J'ai mis trois ans à tous les retrouver.

Je les ai tous détruits.

Sauf celui-ci.

Je n'ai pas pu.

Qui est-ce ?

C'est ma mère.

Ma mère voulait être chanteuse.

Ma mère était chanteuse.

Elle aimait écrire des chansons, les composer...

Elle avait mis un peu d'argent de côté pour faire une maquette.

Celle-ci.

Lili Cassen.

Une petite maison de disque lui avait promis un single.

Mais ça en est resté là.

Elle en est restée là.

Une promesse, comme pour beaucoup.

Ma mère, en plus d'être chanteuse,

était héroïnomane.

J'ai commencé à imiter ma mère.

En classe,

dans les kermesses...

Ça me rappelait qu'elle avait été quelqu'un d'autre.

Quelqu'un qui ne me répugnait pas.

À 18 ans, j'ai gagné mon premier concours.

10 000 pesetas.

De l'argent pour chanter, je n'y croyais pas.

Je me suis présentée à tous les concours de musique

et je les ai presque tous gagnés.

En un an, j'ai épargné assez pour mettre ma mère en cure de désintoxication.

Ma mère a arrêté l'héroïne.

C'est là qu'est arrivée Blanca.

Mon premier disque a été numéro un en Espagne.

C'était une copie exacte de la maquette de ma mère.

Les mêmes chansons chantées par moi.

Ma mère était heureuse,

ses chansons avaient vu le jour grâce à sa fille.

Un jour, je lui ai dit qu'elle ne serait pas créditée.

Je l'ai convaincue qu'on était toutes les deux Lila.

Elle n'a rien dit,

elle a juste souri.

Elle savait qu'elle me le devait.

Je savais qu'elle me le devait.

C'était notre secret.

Blanca n'a jamais rien su.

Les années ont passé, on a enregistré d'autres albums.

Elle a écrit toutes les chansons de Lila

et n'a jamais figuré dans les crédits.

Je lui envoyais l'argent dont elle avait besoin.

Quand on a commencé à préparer le cinquième album,

j'ai découvert qu'elle avait rechuté.

Je ne m'inquiétais pas pour elle.

Je n'ai même pas pensé à la renvoyer en cure.

Tout ce qui m'inquiétait,

c'était qu'elle raconte à la télé qu'elle se droguait,

que je l'imitais, qu'elle écrivait mes chansons.

J'étais coincée

et je la détestais pour ça.

Je la détestais tellement...

Un soir, après la sortie du cinquième album,

je suis allée la voir pour fêter son anniversaire.

Tu sais ce que je lui ai offert ?

Tu sais ce que j'ai offert à ma mère pour ses soixante ans ?

Dix grammes d'héroïne.

Le lendemain, on m'a appelée pour me dire

que ma mère était morte d'une overdose.

Lila est morte le jour où ma mère est morte.

On répète dans une demi-heure.

Pourquoi ?

Il nous reste un jour de travail.

Tu fais quoi ?

On doit finir de répéter.

Pourquoi tu fais ça ?

Tu m'as engagée pour préparer un concert, c'est ce que je fais.

Violeta, je ne serai plus Lila.

Je sais.

Appelle-toi.

Quoi ?

Prends mon téléphone et appelle chez toi.

Tu te souviens du numéro ?

Alors appelle-toi.

Fais-moi confiance.

Sous-titrage : HIVENTY

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