All language subtitles for 1f339914-f5b4-49c8-b522-7c8615338786Marienbad

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Original subtitles

Musique inquiétante

Musique orchestrale

Accent italien) Des salles silencieuses...

Les pas qui approchent sont absorbés par les tapis si épais

qu'aucun bruit ne parvient à son oreille.

Comme si l'oreille

de celui qui s'avance une fois de plus

dans ce couloir, à travers ces salons,

dans cette construction d'un autre siècle,

cet hôtel immense,

luxueux, baroque, lugubre,

où se succèdent d'interminables couloirs

silencieux, déserts,

surchargés d'un décor sombre et froid de boiseries, de stuc,

de panneaux moulurés,

marbres, glaces noires, tableaux aux teintes noires,

colonnes, encadrement sculpté des portes,

enfilades de portes, de galeries,

de couloirs transversaux débouchant sur des salons déserts...

Air d'orgue lugubre Voix de l'homme en fond

Des dalles de pierre, sur lesquelles je m'avançais,

une fois de plus,

le long de ce couloir, à travers ces salons, ces galeries,

dans cette construction d'un autre siècle, cet hôtel immense

luxueux, baroque, lugubre...

Les pas de celui qui s'avance sont absorbés

par les tapis si lourds,

si épais qu'aucun bruit ne parvient à sa propre oreille,

comme si l'oreille même de celui qui s'avance une fois de plus

le long de ce couloir...

... couloirs transversaux débouchant sur des salons déserts,

surchargés d'ornementations d'un autre siècle,

où les pas de celui

qui approche sont absorbés par des tapis si lourds, si épais

qu'aucun bruit de pas ne parvient à sa propre oreille,

comme si l'oreille...

Des dalles de pierre sur lesquelles je m'avançais,

une fois de plus,

le long de ce couloir, à travers ces salons,

dans cette construction

d'un autre siècle, cet hôtel immense,

luxueux, baroque, lugubre,

où des couloirs interminables succèdent aux couloirs

silencieux, déserts, surchargés d'un décor sombre et froid

de boiseries, de stuc, de panneaux moulurés,

marbres, glaces noires, tableaux aux teintes noires, colonnes,

encadrements sculptés de portes, enfilades de portes,

de galeries, de couloirs transversaux

qui débouchent à leur tour sur des salons déserts...

Musique orchestrale

... enfilades de portes, de galeries,

de couloirs transversaux

qui débouchent à leur tour sur des salons déserts,

surchargés d'une ornementation d'un autre siècle,

de salles silencieuses où les pas

de celui qui s'avance sont absorbés par des tapis

si épais qu'aucun bruit de pas ne parvient à sa propre oreille,

comme si l'oreille

elle-même était très loin du sol, du tapis,

de ce décor lourd et vide,

de cette frise compliquée qui court sur le plafond,

avec ses rameaux et ses guirlandes,

comme des feuillages anciens,

comme si le sol était encore du gravier,

des dalles de pierre sur lesquelles je m'avançais,

une fois de plus,

comme à votre rencontre,

entre ces murs chargés de boiseries, de stuc,

de moulures, de tableaux,

de gravures encadrées parmi lesquelles je m'avançais,

parmi lesquelles j'étais déjà, moi-même...

en train de vous attendre,

très loin de ce décor où je me trouve maintenant,

devant vous, en train d'attendre encore

celui qui ne viendra plus, désormais,

qui ne risque plus de venir, de nous séparer de nouveau,

de vous arracher à moi.

Venez-vous ?

- Il nous faut encore attendre,

quelques minutes encore, quelques secondes.

- Quelques secondes encore...

Comme si vous hésitiez encore avant de vous séparer de lui,

que sa silhouette grise risquait de réapparaître

à cette place où vous l'avez imaginée avec trop de force

ou d'espoir tant votre crainte de perdre ce lien fidèle...

- Non, cet espoir est maintenant sans objet.

Cette crainte est passée de perdre une telle prison, un tel mensonge.

Toute cette histoire est déjà passée.

Elle achève de se figer quelques secondes encore...

- Pour toujours. Dans un passé de marbre, comme ces statues,

cet hôtel avec ses salles désertes,

ses personnages immobiles, muets, morts depuis longtemps,

sans doute, qui montent encore la garde

dans les couloirs où je m'avançais à votre rencontre,

entre deux haies de visages immobiles, figés, attentifs,

indifférents depuis toujours, vers vous qui hésitez encore,

regardant toujours le seuil de ce jardin.

Sonnette

Voilà...

Maintenant...

Je suis à vous.

Applaudissements

Musique orchestrale

Brouhaha

Je ne me rappelle pas bien,

ce devait être en 28 ou en 29.

Vraiment ? Cela semble incroyable !

- Nous nous sommes déjà rencontrés ?

Vous connaissez la suite.

Ebats et passion !

Air d'orgue lugubre

Brouhaha

Ca n'a absolument aucun rapport.

Le fait que Miguel ait pu dire ou faire certaines choses...

- Un climat impossible. Pas moyen de mettre le nez dehors,

et au moment où on s'y attend le moins...

- Vous l'avez vu vous-même ?

Non, mais l'ami qui me l'a raconté...

Oh alors ! Raconté !

- Les autres ? Ne vous occupez pas de ce qu'ils pensent.

- Vous savez...

- Que vous prétendiez n'écouter que moi.

- Je vous écoute.

- Entendez mes plaintes. Je ne supporte plus ce rôle,

ce silence, ces chuchotements où vous m'enfermez.

- Parlez plus bas.

- Ces chuchotements pires que le silence où vous m'enfermez,

ces journées pires que la mort que nous vivons côte à côte,

comme deux cercueils sous la terre d'un jardin figé.

- Taisez-vous.

- Un jardin à l'ordonnance rassurante,

aux arbustes taillés, aux allées régulières,

où nous marchons à pas comptés,

jour après jour,

sans jamais nous rapprocher d'un pouce.

- Taisez-vous.

Air d'orgue lugubre

C'est vraiment incroyable.

Je ne me rappelle pas bien.

Cela devait être en 28. En 28 ou en 29.

L'été 1929, il a gelé pendant une semaine.

Très belle femme.

Beaucoup trop d'imagination.

... ces chuchotements

pires que le silence où vous m'enfermez,

ces journées passées ici,

marchant dans ces couloirs à pas comptés,

sans jamais nous rapprocher, sans tendre ces doigts...

Taisez-vous.

- Ces doigts faits pour serrer, ces yeux retournés

dans ces murs chargés d'ornements d'un autre siècle.

Boiseries, ivoire taillé, tableaux passés de mode,

lampes de stuc aux embasements baroques,

fausses portes, fausses colonnes,

fausses issues...

Extraordinaire.

Pas tellement. C'est lui-même qui avait monté l'affaire.

Il en connaissait toutes les issues.

- Tout s'explique ! C'était fort !

Rires

- Des ailes plumeuses comme le cygne.

Vous êtes là depuis peu ? Je suis déjà venue.

Vous aimez l'endroit ? Pas tellement.

C'est le hasard. On revient toujours ici.

Mon père devait obtenir une situation...

- Ah oui, en effet.

(Homme) - Trafic d'influence.

(Femme) - Une chaussure au talon brisé.

- ... dont il n'y a pas moyen de s'échapper ?

- Dont il n'y a pas moyen de s'échapper.

- Vous ne connaissez pas l'histoire ?

On ne parlait que de ça, l'an dernier.

Frank disait être un ami de son père

qui venait pour la surveiller.

C'était une surveillance plutôt bizarre.

Elle s'en est rendu compte un peu tard,

le soir où il a voulu pénétrer dans sa chambre

sous un prétexte absurde.

Il voulait lui expliquer un tableau...

Son passeport allemand ne prouve pas grand-chose,

mais sa présence ici n'a absolument aucun rapport.

Rires

- Pas maintenant. Je vous propose un autre jeu

auquel je gagne toujours.

Accent italien) - Si vous ne pouvez pas perdre,

ce n'est pas un jeu.

Je peux perdre, mais je gagne toujours.

Essayons.

Cela se joue à deux.

Les cartes sont disposées comme ceci.

Sept...

Cinq...

Trois...

Une...

Chaque joueur prend des cartes à tour de rôle,

autant qu'il veut, à condition qu'elles soient sur la même rangée.

Celui qui ramasse la dernière carte a perdu.

Voulez-vous commencer ?

Rire d'une femme

- Vous êtes toujours la même.

J'ai l'impression de vous avoir quittée hier.

- Qu'êtes-vous devenue depuis ?

- Rien, puisque je suis toujours la même.

- Vous n'êtes pas mariée ?

Non. Vous devriez, c'est amusant.

J'aime la liberté. Ici ?

Pourquoi pas ?

C'est un drôle d'endroit. Pour être libre ?

Pour ça, oui, en particulier.

Vous êtes toujours le même !

- Vous êtes toujours la même.

Orgue

Mais vous ne semblez guère vous souvenir.

Vous connaissez déjà ces ornements baroques,

cette main qui tient une grappe.

Derrière, vous voyez des feuillages comme vivants,

d'un jardin qui vous attendrait. Rire d'une femme

N'aviez-vous pas remarqué cela ?

Je n'avais pas eu d'aussi bon guide.

Vous connaissez le proverbe. "De la boussole au navire..."

Rires

Il y a ici bien d'autres choses à voir.

Si vous voulez ?

Avec plaisir.

Cet hôtel contient-il tant de secrets ?

Enormément.

Quel air mystérieux !

Musique douce

Pourquoi me regardez-vous ainsi ?

Vous ne semblez guère vous souvenir de moi.

Tic-tac

Coup de feu

Gong

La 1re fois que je vous ai vue,

c'était dans le jardin de Friedrichsbad.

Vous étiez seule, à l'écart des autres,

debout contre une balustrade de pierres.

sur laquelle votre main était posée, le bras à demi étendu.

Vous étiez tournée vers la grande allée centrale.

Vous ne m'avez pas vu venir.

Le bruit de mes pas sur le gravier a fini par attirer votre attention

et vous avez tourné la tête.

Je ne crois pas qu'il s'agisse de moi. Vous devez vous tromper.

Rappelez-vous.

Il y avait tout près de nous un groupe de pierres

sur un socle assez haut.

Un homme et une femme vêtus à l'antique,

dont les gestes inachevés semblaient représenter une scène précise.

Vous m'avez demandé qui ils étaient.

J'ai répondu que je ne savais pas.

Vous avez fait plusieurs propositions mais j'ai dit

que c'était vous et moi, aussi bien.

Alors, vous vous êtes mise à rire.

Orgue

J'aime...

J'aimais déjà...

vous entendre rire.

Les autres, autour de nous, s'étaient rapprochés.

Quelqu'un a donné le nom de la statue.

C'étaient des personnages mythologiques.

Des dieux ou héros de l'ancienne Grèce

ou bien peut-être une allégorie

ou quelque chose du même genre.

Vous n'écoutiez plus.

Vous sembliez absente.

Vos yeux étaient redevenus graves et vides.

Vous vous êtes à demi détournée

pour regarder de nouveau vers la grande allée centrale.

Trois, quatre, cinq, six, sept...

Un, deux, trois, quatre, cinq...

Un...

deux, trois, un.

- Et une fois de plus, nous nous sommes trouvés séparés.

Non, c'est impossible.

- Allons faire quelques pas dans le jardin.

- Frank n'est pas arrivé.

- Vous connaissez le proverbe : de la boussole au navire.

Et si c'était à vous de jouer le premier ?

Et une fois de plus, je m'avançais,

seul,

le long de ce même couloir.

A travers ces mêmes salles désertes.

Je longeais ces mêmes colonnades,

ces mêmes galeries sans fenêtres.

Je franchissais ces mêmes portails,

choisissant mon chemin comme au hasard

parmi le dédalle des itinéraires semblables.

Musique inquiétante

Et, une fois de plus,

tout était désert dans cet hôtel immense.

Tout était vide.

Salons vides,

couloirs, salons, portes,

portes, salons, chaises vides,

fauteuils profonds, escaliers, marches,

marches, l'une après l'autre,

objets de verre, verres vides,

un verre qui tombe, parois de verre,

lettres, une lettre perdue,

clés pendues à leurs anneaux,

clés numérotées des portes,

309, 307, 305, 303,

lustres, lustres, perles, miroirs,

corridors vides à perte de vue.

Et le jardin, comme tout le reste, était désert.

C'était l'année dernière.

Ai-je donc tellement changé ?

Ou faites-vous semblant de ne pas me reconnaître ?

Un an déjà, ou peut-être plus.

Vous, du moins, n'avez pas changé.

Vous avez toujours les mêmes yeux absents,

le même sourire, le même rire tout à coup,

la même façon de tendre le bras comme pour écarter quelque chose,

un enfant, une branche,

et de ramener la main vers le creux de votre épaule.

Et vous portez aussi le même parfum.

Souvenez-vous.

C'était dans le jardin de Friedrichsbad.

Vous étiez seule, à l'écart.

Vous vous teniez un peu de biais contre une balustrade de pierre

sur laquelle votre main était posée,

le bras à demi étendu.

Vous regardiez vers l'allée centrale.

Je me suis avancé vers vous.

Je me suis arrêté à une certaine distance

et je vous ai regardée.

Vous étiez tournée vers moi, maintenant.

Pourtant, vous ne paraissiez pas me voir.

Je vous regardais.

Vous ne faisiez pas un geste.

Je vous ai dit que vous aviez l'air vivante.

En guise de réponse, vous avez souri.

Pour dire quelque chose, j'ai parlé de la statue.

J'ai dit que l'homme voulait empêcher la femme de s'avancer.

Il avait aperçu quelque chose, en danger, sûrement,

et il arrêtait d'un geste sa compagne.

Vous avez répondu que c'était elle qui avait vu quelque chose,

mais une chose au contraire merveilleuse

qu'elle désigne de sa main tendue.

Mais ça n'était pas incompatible.

L'homme et la femme ont quitté leur pays,

avançant depuis des jours droit devant eux.

Ils viennent d'arriver en haut d'une falaise abrupte.

Il tient sa compagne à l'écart du bord,

tandis qu'elle montre la mer, à leurs pieds, jusqu'à l'horizon.

Ensuite, vous m'avez demandé le nom des personnages.

J'ai répondu que ça n'avait pas d'importance.

Vous n'étiez pas de cet avis

et vous leur avez donné des noms un peu au hasard, je crois.

Alors j'ai dit

que c'était vous et moi, aussi bien.

Ou n'importe qui.

Elle rit.

Ne leur donnez pas de nom.

Ils pourraient avoir eu tant d'autres aventures.

Vous oubliez le chien. Que fait-il avec eux ?

Le chien n'est pas avec eux. Il passait là par hasard.

Mais il se serre contre sa maîtresse.

- Ce n'est pas sa maîtresse.

Il se serre contre elle car le socle est trop étroit.

Là-bas, ce sont les mêmes sans le chien.

Ils se font face. Elle tend la main vers les lèvres de son ami.

De plus près, elle regarde ailleurs. Venez.

Non. Je n'ai pas envie, c'est trop loin.

Suivez-moi, je vous en prie.

Je vous en prie.

C'est impossible, je n'ai jamais été à Friedrichsbad.

Eh bien, c'était ailleurs, peut-être.

A Karlstadt,

a Marienbad ou Baden-Salsa.

Ou même ici, dans ce salon.

Vous m'avez suivi jusqu'ici pour que je vous montre...

cette image.

Vous distinguez le mouvement de l'homme.

Le geste du bras que la jeune femme ébauche.

Il faudrait être de l'autre côté pour voir

que l'homme veut empêcher la femme d'avancer.

Il a aperçu quelque chose. Un danger, sans doute.

Il arrête d'un geste sa compagne.

Pardonnez-moi, cher monsieur.

Je crois pouvoir vous renseigner d'une façon plus précise.

Cette statue représente Charles III et son épouse.

Elle ne date pas de cette époque, bien sûr.

C'est la scène du serment devant la Diète,

lors du procès en trahison.

Les costumes antiques sont de convention pure.

Musique inquiétante

Pas sur du gravier

Vous m'attendiez.

Non. Pourquoi vous attendrais-je ?

Je vous ai moi-même attendu longtemps.

Dans vos rêves ?

Et vous essayez à nouveau de vous échapper.

Mais de quoi parlez-vous ?

Je ne comprends rien à ce que vous dites.

Si c'était un rêve,

pourquoi auriez-vous peur ?

Eh bien racontez-moi

la suite de notre histoire.

Nous nous sommes revus l'après-midi du même jour.

Par hasard, naturellement ?

Je ne sais pas.

Et en quel lieu était-ce, cette fois-ci ?

- En quel lieu ?

Ca n'a pas d'importance.

Vous étiez au milieu d'un groupe d'amis,

des amis de rencontre,

des gens que je connaissais à peine,

et vous peut-être pas plus que moi.

Ils parlaient de je ne sais quelle affaire du moment

dont j'ignorais tout.

Vous-même étiez plus au courant que moi, sans doute.

Je vous regardais.

Vous vous mêliez à la conversation

avec un entrain qui m'a paru factice.

Il me semblait que personne ne savait

qui vous étiez parmi ces gens,

que j'étais le seul à le savoir,

que vous ne le saviez pas non plus.

Mais vous évitiez toujours mon regard.

De toute évidence, vous le faisiez exprès.

Avec application.

J'attendais.

J'avais le temps.

J'ai toujours cru avoir le temps.

Vos yeux, allant de l'un à l'autre,

passaient sur moi comme si je n'avais pas existé.

Pour vous forcer enfin à me voir, je dis quelque chose,

prenant soudain part à la conversation

par une réflexion un peu saugrenue

qui attirerait à coup sûr l'attention sur son auteur.

J'ai oublié ce que c'était.

C'est vous qui m'avez répondu, dans le soudain silence.

Une phrase ironique sur l'invraisemblance de mon propos.

Les autres continuaient de se taire.

J'ai de nouveau senti que personne ne comprenait vos paroles.

Peut-être même que j'étais le seul à les avoir entendues.

Orgue

Pour rompre le silence,

quelqu'un a parlé des distractions prévues

pour la soirée ou le lendemain ou le jour suivant.

Je ne me souviens plus

de ce que nous avons dit ensuite.

Vous n'aimiez guère marcher dans le parc

à cause des graviers, incommodes pour vos souliers de ville.

Un jour, mais c'était sans doute plus tard,

vous y avez même cassé l'un de vos talons.

Il a bien fallu que vous acceptiez mon bras

pendant que vous enleviez votre chaussure.

Le talon était presque détaché,

ne tenant que par une mince garniture de peau.

Vous êtes restée un instant à le contempler,

votre pied nu à terre sur la pointe,

un peu en avant de l'autre,

dans une pause de danseuse à l'école.

J'ai proposé d'aller vous en chercher une autre paire.

Vous avez refusé.

J'ai offert de vous porter dans mes bras pour revenir.

Vous avez ri seulement, sans répondre,

comme si c'était...

Vous avez dû rentrer, vos souliers à la main,

sur les graviers, jusqu'à l'hôtel.

Je vous rencontrai de nouveau.

Vous n'aviez jamais l'air de m'attendre.

Mais nous nous retrouvions à chaque détour d'allée,

derrière chaque buisson,

au pied de chaque statue,

au bord de chaque bassin.

C'était comme s'il n'y avait eu, dans tout ce jardin,

que vous et moi.

Nous parlions de n'importe quoi.

Du nom des statues,

de la forme des buissons,

de l'eau des bassins,

ou bien nous ne parlions pas du tout.

La nuit, surtout,

vous aimiez vous taire.

Un soir, je suis monté jusqu'à votre chambre.

Orgue

Rire

Verre brisé

Brouhaha

Chuchotements

C'était toujours des murs,

partout autour de moi,

unis, lisses, vernis, sans la moindre prise.

C'était toujours des murs.

Et aussi, le silence. Je n'ai jamais entendu

personne lever la voix dans cet hôtel.

Personne.

Les conversations se déroulaient à vide,

comme si les phrases ne signifiaient rien,

ne devaient rien signifier de toute manière.

La phrase commencée restait en suspens,

comme figée par le gel,

mais pour reprendre ensuite, sans doute,

au même point ou ailleurs.

Ca n'avait pas d'importance.

C'étaient toujours les mêmes conversations qui revenaient,

les mêmes voix absentes.

Les serviteurs étaient muets.

Les jeux étaient silencieux, naturellement.

C'était un lieu de repos.

On n'y traitait aucune affaire.

On n'y tramait pas de complots.

On n'y parlait jamais de quoi que ce fut

qui put éveiller les passions.

Il y avait partout des écriteaux.

"Taisez-vous."

"Taisez-vous."

Conversation

Je m'en souviens aussi.

Ca semble incroyable.

Vous l'avez vu vous-même ?

Un ami me l'a raconté. Raconté !

C'est facile à contrôler grâce aux bulletins de météorologie.

Allons voir à la bibliothèque.

Savez-vous ce que je viens d'entendre ?

Que l'année dernière, à cette époque, il faisait si froid

que l'eau des bassins avait gelé.

Mais cela doit être une erreur.

Musique inquiétante

Que me voulez-vous donc ?

Vous savez bien que c'est impossible.

- Un soir,

je suis monté jusqu'à votre chambre.

Vous étiez seule.

- Laissez-moi, je vous en supplie.

Laissez-moi.

C'était presque l'été.

Oui, vous avez raison.

De la glace. C'est tout à fait impossible.

Il est l'heure d'aller au concert.

Je peux vous accompagner.

Vous allez à ce concert ?

Je vous retrouverai pour le dîner.

Toute cette histoire est maintenant passée.

Elle s'achève quelques secondes encore.

Elle achève de se figer pour toujours

dans un passé de marbre,

comme ces statues, ce jardin taillé dans la pierre,

cet hôtel lui-même avec ses salles désormais désertes.

Orgue (très fort)

Orgue (plus bas)

(Plus fort)

(Plus bas)

Laissez-moi.

Je vous en supplie.

(Plus fort)

(Plus doux)

Vous n'aviez jamais l'air de m'attendre,

mais nous nous retrouvions à chaque détour d'allée,

derrière chaque buisson, au pied de chaque statue,

près de chaque bassin.

C'était comme s'il n'y avait eu, dans tout ce jardin,

que vous et moi.

Nous parlions de n'importe quoi.

Du nom des statues, de la forme des buissons,

de l'eau des bassins, de la couleur du ciel.

Ou bien nous ne parlions pas du tout.

Mais vous demeuriez toujours à une certaine distance,

comme sur le seuil,

comme à l'entrée d'un lieu trop sombre

ou inconnu.

Approchez-vous.

Approchez-vous plus près.

Ecoulement d'eau

Laissez-moi, je vous en supplie.

Toujours des murs, toujours des couloirs, toujours des portes.

Et de l'autre côté, encore d'autres murs.

Avant d'arriver jusqu'à vous, avant de vous rejoindre,

vous ne savez pas tout ce qu'il a fallu traverser.

Et maintenant, vous êtes là, où je vous ai menée.

Vous vous dérobez encore, mais vous êtes dans ce jardin,

à portée de ma main, de ma voix,

à portée du regard, à portée de ma main.

Qui êtes-vous ? Vous le savez.

Comment vous appelez-vous ?

Vous voyez bien, ça n'a pas d'importance.

Ca n'a pas d'importance ?

Vous êtes comme une ombre,

et vous attendez que je m'approche.

Oh, laissez-moi !

Laissez-moi, laissez-moi.

- Il est trop tard, déjà.

Vous m'aviez demandé de ne plus vous revoir.

Nous nous sommes revus, naturellement. Le lendemain,

ou le surlendemain ou le lendemain encore.

C'était peut-être par hasard.

Je vous ai dit qu'il fallait partir avec moi.

Vous avez répondu que c'était impossible, naturellement.

Mais vous savez que c'est possible

et qu'il ne vous reste maintenant rien d'autre à faire.

Oui, peut-être.

Mais non. Je ne sais plus.

Et pourquoi moi ? Pourquoi faut-il que ce soit moi ?

Vous m'attendiez.

Non, je ne vous attendais pas. Je n'attendais personne.

Vous n'attendiez plus rien. Vous étiez comme morte.

Ce n'est pas vrai.

Vous êtes vivante, encore.

Vous êtes là. Je vous vois.

Vous vous souvenez ?

Ce n'est pas vrai.

Sans doute vous avez déjà tout oublié.

Ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas vrai. Vous êtes sur le départ.

Votre porte est restée ouverte.

Qu'espérez-vous faire de moi ?

Quelle autre vie croyez-vous pouvoir me faire mener ?

Il ne s'agit pas d'une autre vie !

Il s'agit de la vôtre, enfin.

Souvenez-vous.

C'était le soir. Le dernier, sans doute.

Il faisait presque nuit.

Une ombre menue s'avançait lentement dans la pénombre.

Bien avant d'avoir pu distinguer les traits de votre visage,

j'ai su que c'était vous.

M'ayant reconnu, vous vous êtes arrêté.

Nous sommes restés ainsi, à quelques mètres l'un de l'autre,

sans rien dire.

Vous étiez debout devant moi,

attendant, peut-être,

comme si vous ne pouviez faire un pas de plus

ni retourner en arrière.

Vous vous teniez là, bien droite,

immobile,

les bras le long du corps.

Et vous me regardiez.

Vos yeux sont grand ouverts, trop ouverts,

vos lèvres, un peu disjointes, comme si vous alliez parler

ou gémir ou pousser un cri.

Vous avez peur.

Votre bouche s'entrouvre plus, vos yeux s'agrandissent encore.

Votre main se tend dans un geste inachevé d'attente,

d'incertitude, ou peut-être d'appel,

ou de défense. Vos doigts tremblent un peu.

Vous avez peur.

Orgue

Qui est-il ?

Votre mari, peut-être.

Il vous cherchait.

Ou bien passait-il là par hasard.

Il s'approchait déjà de vous.

Mais vous restiez figée, fermée, absente.

Il lui a semblé ne pas vous reconnaître tout à fait.

Il s'est avancé d'un pas.

Quelque chose de vous lui échappait.

Un pas encore.

Votre regard le traversait.

Il a préféré partir.

Et maintenant,

vous continuez de regarder dans le vide.

Vous continuez de le voir.

Ses yeux gris,

sa silhouette grise...

et son sourire.

Et vous avez peur.

C'est son arrivée encore que vous redoutez,

ou sa présence déjà,

lorsque je pénètre à nouveau dans votre chambre.

Il occupait une chambre voisine, séparée par un salon.

A cette heure-là, il est à la salle de jeux.

Je vous avais prévenu que je viendrai.

Vous n'aviez pas répondu.

J'ai trouvé toutes les portes entrouvertes :

elles du vestibule, du salon, de votre chambre.

Je n'ai eu qu'à les pousser une à une

et à les refermer une à une derrière moi.

Vous connaissez déjà la suite.

Elle crie.

Tic-tac

Non, je ne connais pas la suite. Je ne vous connais pas

ni cette chambre, cette cheminée avec son miroir...

Quel miroir, quelle cheminée ?

Que dites-vous ? Oui... Je ne sais plus.

Tout ça est faux. Je ne sais plus.

Si c'était faux, pourquoi seriez-vous là ?

Comment était ce miroir ?

Il n'y a pas de glace au-dessus de la cheminée.

C'est un tableau.

Un paysage, je crois. Un paysage de neige.

La glace est au-dessus de la commode.

Il y a aussi une coiffeuse à miroir

et... d'autres meubles encore.

Evidemment.

Et quel genre de lit ?

Un grand lit, sans doute.

Sur quoi donnaient les fenêtres ?

Je ne sais pas. Les fenêtres...

J'ignore de quelle chambre vous parlez.

Je n'y étais pas avec vous.

Vous ne voulez pas vous souvenir car vous avez peur !

Ne reconnaissez-vous pas non plus cette photographie ?

Si.

Non. Je ne me rappelle plus.

Vous vous rappelez très bien.

Vous mentez.

C'était l'année dernière. J'ai insisté pour la prendre,

car ça vous mettait mal à l'aise.

Oui, c'est vrai. J'avais raison.

Moi, je me souviens très bien de cette chambre

où vous m'attendiez.

Oui, il y avait un miroir au-dessus de la commode.

C'est dans ce miroir que je vous ai vue d'abord,

lorsque, sans bruit, j'ai poussé la porte.

Vous étiez assise sur le lit,

dans un peignoir ou un déshabillé blanc.

Vous aviez aussi des mules blanches et cette bague.

Non, vous inventez, j'en suis sûre.

Je n'ai jamais eu de peignoir blanc.

Vous voyez bien que c'est une autre.

Si vous voulez.

Mais je me souviens bien de ces plumes blanches

sur lesquelles vous étiez étendue...

Non ! Taisez-vous, je vous en supplie !

Vous êtes complètement fou !

"Non, non ! Je vous en supplie."

C'est votre voix d'alors que j'entends.

Vous aviez peur.

Vous aviez peur.

Déjà.

Vous avez toujours eu peur, mais j'aimais ça, ce soir-là.

Je vous ai regardée.

Vous laissant d'abord vous débattre.

Je vous aimais.

Je vous aimais.

Il y avait quelque chose dans vos yeux.

Vous étiez... vivante.

Enfin...

au début.

Souvenez-vous.

Oh mais non !

Probablement, ça n'était pas de force.

Mais c'est vous seulement qui le savez.

Orgue

Bruit des pas sur le gravier

Qu'y a-t-il ? Ce n'est rien.

Vous êtes fatiguée. Un peu, oui.

Je crois... C'est un...

Le soleil, tout à coup...

Nous allons rentrer, si vous voulez.

Si vous voulez.

Musique orchestrale

C'est ce jour-là que je vous ai photographiée.

Et vous m'avez demandé de vous laisser une année entière,

pensant peut-être ainsi me mettre à l'épreuve...

ou me lasser...

ou m'oublier vous-même.

Le temps, cela ne compte pas.

Je viens maintenant vous chercher.

- Non.

Non.

Non.

Non, c'est impossible.

"Non, non. C'est impossible."

Naturellement.

Mais vous savez bien que c'est possible,

que vous êtes prête, que nous allons partir.

Qu'est-ce qui vous donne cette certitude ?

Partir pour aller où ? N'importe où ?

Je ne sais pas. Vous voyez bien.

Il vaut mieux nous séparer pour toujours.

L'année dernière... Non, c'est impossible.

Vous allez partir seul.

Et nous serons pour toujours...

Ce n'est pas vrai !

Nous n'avons pas besoin de l'absence,

de la solitude et l'attente.

Ce n'est pas vrai.

Mais vous avez peur.

- Non !

- Mais il est trop tard, maintenant.

- Non !

- Il venait de quitter votre chambre.

Une scène violente avait eu lieu entre vous,

un instant auparavant.

Orgue

(Plus fort)

(Plus doux)

Depuis votre fenêtre, on aperçoit le jardin,

mais vous ne l'avez pas vu sortir,

ce qui vous aurait sans doute rassurée.

Puis vous êtes retournée vers le lit,

indécise d'abord, ne sachant où aller.

Vous êtes retournée vers le lit, vous êtes assise.

Puis vous avez laissé couler votre corps en arrière et avez...

Vous êtes retournée vers le lit,

après être restée quelques secondes,

ou minutes peut-être, indécise,

ne sachant que faire,

regardant droit devant vous, dans le vide.

Et vous êtes retournée vers le lit.

Oh, écoutez-moi !

Rappelez-vous !

Ecoutez-moi, je vous en supplie.

Oui, il y avait...

C'est vrai, il y avait un grand miroir,

juste auprès de la porte.

Un miroir immense, dont vous n'osiez vous approcher,

comme s'il vous faisait peur.

Mais vous vous entêtez à faire semblant de ne pas me croire.

Où êtes-vous ? Où êtes-vous partie ?

Pourquoi vouloir toujours vous échapper ?

C'était trop tard, déjà. Il n'y avait plus...

La porte était close, maintenant.

Non, la porte était close !

Orgue

Ecoutez-moi ! Quelle preuve vous faudrait-il encore ?

Je regardais une photo de vous

prise un après-midi dans le parc peu avant votre départ.

Mais vous m'avez répondu de nouveau que cela ne prouvait rien.

N'importe qui pouvait l'avoir prise,

n'importe quand et n'importe où.

Un jardin. N'importe quel jardin.

Il aurait fallu vous montrer les plumes blanches autour de vous,

la mer de plumes blanches sous votre corps.

Mais tous les corps se ressemblent,

tous les déshabillés, les hôtels, statues, jardins...

Mais ce jardin-ci, pour moi,

ne ressemble à aucun autre.

Chaque jour,

je vous y retrouvais.

C'est un après-midi, le jour suivant, sans doute.

Je viens vous annoncer que nous partirons...

Mais non, vous n'étiez pas en train de rire !

Que nous partirons le lendemain pour de bon, pendant qu'il...

Non, ce n'était pas ça.

Oui, nous étions dans votre chambre.

Ce départ devait être fixé depuis la veille.

Vous aviez accepté, à regret, peut-être.

J'étais dans votre chambre.

De l'entrée, c'est le lit qu'on aperçoit d'abord,

mais la coiffeuse n'était pas visible du seuil.

Vous deviez vous tenir près de la fenêtre,

surveillant peut-être le jardin.

Je ne sais plus au juste.

Dans l'escalier, je l'avais rencontré qui descendait.

Il venait de quitter votre chambre.

A moins que ce ne fut un autre jour.

Ce soir-là, tout était vide :

escaliers, couloirs,

escaliers.

Non...

Non ! Je ne me souviens plus.

Je ne me souviens plus moi-même.

Je ne me souviens plus...

On frappe.

On entre.

Je frappais. Vous n'entendiez pas ?

Mais si. Je vous ai répondu d'entrer.

Ah, bien.

Vous n'avez pas dû le dire très haut.

Qu'est-ce que cette photographie ?

Vous le voyez. C'est une vieille photo de moi.

Oui.

De quand date-t-elle ? Je l'ignore. L'année dernière.

Ah.

Qui l'aurait prise ? Je ne sais pas. Frank, peut-être.

L'année dernière, Frank n'était pas ici.

Eh bien, ce n'était peut-être pas ici.

C'était peut-être à Friedrichsbad.

Ou bien c'était quelqu'un d'autre. Oui, sans doute.

Qu'avez-vous fait de votre après-midi ?

Rien. J'ai lu.

Je vous ai cherchée. Vous étiez dans le parc ?

Non. Dans le salon, près de la salle de musique.

Ah, bien.

J'y suis passé, pourtant.

Vous aviez quelque chose à me dire ? Non.

Vous paraissez inquiète.

Je suis un peu fatiguée.

Il faut vous reposer. N'oubliez pas que nous sommes là pour ça.

Vous sortez ?

Je vais peut-être aller à la salle de tir.

A cette heure-ci ? Oui, pourquoi pas ?

Anderson arrive demain. Nous déjeunerons avec lui à midi,

si vous n'avez pas d'autres projets.

Non, bien sûr. Quels projets ?

A ce soir, donc.

Il sort.

- Une fois la porte fermée, vous avez guetté le bruit des pas,

mais vous n'avez rien distingué.

Vous n'avez pas entendu non plus d'autre bruit de porte.

La salle de tir est plus accessible par la terrasse,

à l'arrière de l'hôtel,

une zone visible qu'en ouvrant la fenêtre,

car située trop au ras du mur.

Vous espériez entendre ses pas sur le gravier.

Ce n'était guère possible de cette hauteur.

Et il n'y a sûrement pas de gravier à cet endroit.

Orgue Battements de coeur

Coup de feu

Un bras retourné vers les cheveux, une main abandonnée,

l'autre sur le menton, l'index tendu presque sur la bouche,

comme pour ne pas crier.

Et maintenant, vous êtes là de nouveau.

Non, cette fin-là n'est pas la bonne.

C'est vous vivante qu'il me faut.

Vivante, comme vous l'avez été, déjà,

chaque soir, pendant des semaines, pendant des mois.

Je ne suis jamais restée si longtemps nulle part.

Oui, je sais.

Ca m'est égal.

Pendant des jours et des jours...

Pourquoi ne voulez-vous encore...

vous souvenir de rien ?

Vous délirez.

Je suis fatiguée.

Laissez-moi.

Bruit de pas sur le gravier

Ce jeu est absurde. Il y a un truc.

- Il faut prendre un nombre impair.

- Il y a des règles.

- Celui qui commence perd.

- Frank y jouait, l'an dernier.

Si, si. J'en suis sûr.

- Il faut prendre le complément à 7.

- Dans quelle rangée ?

Je vous en prie. Commencez donc.

Avec plaisir.

Lequel voulez-vous que je prenne ?

Celui-ci. Parfait.

Eh bien, j'ai perdu.

- Celui qui commence gagne.

- Il suffit d'en prendre un nombre pair.

- Le plus petit nombre impair total.

- C'est une série logarithmique.

- Il faut changer de rangée à chaque fois.

- Divisé par 3. - 7x7=49.

Orgue

- Non, non, non !

C'est faux !

Ce n'était pas de force !

Souvenez-vous.

Pendant des jours et des jours.

Chaque nuit.

Toutes les chambres se ressemblent.

Mais cette chambre-là, pour moi, ne ressemblait à aucune autre.

Il n'y avait plus de portes, de couloirs,

plus d'hôtels, plus de jardin.

Il n'y avait plus même de jardin.

Orgue strident

Au milieu de la nuit,

tout dormait dans l'hôtel.

Nous nous sommes retrouvés dans le parc,

comme autrefois.

M'ayant reconnu, vous vous êtes arrêtée.

Nous sommes restés à quelques mètres, sans rien dire.

Vous étiez debout devant moi, en attente,

ne pouvant faire un pas de plus ni retourner en arrière.

Vous vous teniez là, bien droite, immobile,

les bras le long du corps,

enveloppée dans une sorte de longue cape

de couleur sombre. Noire, peut-être.

Ecoulement d'eau

Oh, écoutez-moi, par pitié !

Ce n'est plus possible de revenir en arrière.

Oh non ! C'est d'attendre un peu que je vous demande.

L'année prochaine, ici, le même jour,

à la même heure.

Pourquoi désormais attendre ?

Je vous en supplie, il le faut.

Ce n'est pas long, un an. Non.

Pour moi, ce n'est rien.

Ecoutez-moi.

Il vous faut un nouveau répit ? Jusqu'à quand ?

Je vous explique.

J'ai trop attendu. Parlez plus bas.

Pour ménager qui ? Sauvegarder quoi ? Qu'espérez-vous ?

Croyez-vous donc que ce soit si facile ?

Je ne sais pas.

Et peut-être aussi...

je n'ai pas beaucoup de courage.

Je ne peux plus remettre encore.

Mais c'est quelques heures que je vous demande.

Quelques mois, quelques heures, quelques minutes,

quelques secondes encore.

Comme si vous hésitiez vous-même encore

avant de vous séparer de lui,

de vous-même.

Comme si sa silhouette... On vient !

Taisez-vous, par pitié !

Ecoulement d'eau

Disparaissez, pour l'amour de moi !

Grondement sourd

Elle hurle.

Un malaise, sans doute. Un étourdissement.

Oui. Ce n'est rien.

Vous êtes mieux, déjà. Oui.

Je vais monter.

Voulez-vous qu'on vous accompagne ? Non.

Je préfère être seule.

Je m'en vais.

Orgue

- Et une fois de plus,

je m'avançais dans ces mêmes couloirs,

marchant depuis des jours, des mois, des années,

à votre rencontre.

Il n'y aurait pas d'arrêt possible entre ces murs,

pas de repos.

Je partirai ce soir, vous emmenant avec moi.

Il y aurait un an que cette histoire serait commencée,

que je vous attendrais,

que vous m'attendriez aussi.

Un an.

Vous n'auriez pu continuer à vivre au milieu de cette architecture

peinte en trompe-l'oeil,

entre ces miroirs et ces colonnes,

parmi ces portes toujours battantes,

ces escaliers trop grands,

dans cette chambre toujours ouverte.

Orgue

- Où êtes-vous, mon amour perdu ?

Ici. Je suis ici.

Je suis avec vous, dans cette chambre.

Mais non. Ce n'est plus vrai, déjà.

Aidez-moi. Je vous en supplie, aidez-moi.

Tenez-moi la main.

- Oui, vous vous sentiez mieux.

Serrez-la fort.

Oui, vous allez dormir, maintenant.

Vous serez remise d'aplomb pour l'arrivée de cet Akerson...

Où êtes-vous ?

ou Paterson, avec qui vous êtes censée déjeuner demain.

- Ne me laissez pas partir.

Vous savez bien que c'est trop tard.

Demain, je serai seul.

Je pousserai la porte de votre chambre, elle sera vide.

Non.

J'ai froid ! Non !

- Non, vous n'avez besoin de rien.

Pas encore !

Vous ignorez ce qui vous a pris dans le grand salon.

C'est vous qui partez.

Vous ne vous souvenez plus de ce qui s'est passé.

Vous espérez n'avoir pas causé de scandale en poussant ce cri.

Il sort.

Une fois éloigné celui qui est peut-être votre mari,

que peut-être, vous aimez,

que vous allez quitter ce soir à jamais, sans qu'il le sache,

vous avez rangé des objets personnels

et préparé de quoi vous changer.

Nous devions partir dans la nuit,

mais vous avez voulu laisser encore une chance

à celui qui vous retenait encore, semble-t-il.

Je ne sais pas. J'ai accepté.

Il aurait dû venir. Il aurait pu venir vous reprendre.

L'hôtel était désert, comme abandonné.

Tout le monde était à la soirée théâtrale annoncée bien avant,

dont vous avez dispensé votre malaise.

C'était, je crois... Je ne me souviens plus du titre.

La pièce ne devait s'achever que tard dans la nuit.

Après vous avoir quittée allongée sur le lit,

il s'était dirigé vers la salle,

et s'était assis au milieu d'un groupe d'amis.

Il devrait revenir avant la fin du spectacle

s'il voulait vraiment vous retenir.

Orgue

Vous vous êtes habillée pour le départ

et vous avez commencé à l'attendre, seule,

dans une sorte de hall ou salon

qu'on traversait pour rejoindre votre appartement.

Par superstition, vous m'aviez demandé d'attendre jusqu'à minuit.

J'ignore si vous espériez ou non sa venue.

J'ai même pensé un instant que vous lui aviez tout avoué

et fixé l'heure à laquelle il vous retrouverait.

Ou bien vous pensiez que moi-même, peut-être,

je ne viendrais pas.

Je suis venue à l'heure dite.

Une pendule sonne douze coups.

Le parc de cet hôtel

était une sorte de jardin à la française,

sans arbres, sans fleurs,

sans végétation aucune.

Le gravier, la pierre, le marbre,

la ligne droite, y marquaient des espaces rigides,

des surfaces sans mystères.

Il semblait au premier abord impossible de s'y perdre.

Au premier abord.

Le long des allées rectilignes,

entre les statues aux gestes figés et les dalles de granit,

où vous étiez maintenant, déjà,

en train de vous perdre... pour toujours,

dans la nuit tranquille, seule avec moi.

Sous-titrage : Vdm

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