All language subtitles for 1966.La guerre est finie (fr)

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Original subtitles

Musique douce

-Tu es passé…

Une nouvelle fois, tu regardes la colline du Biriatou,

tu retrouves la sensation un peu fade,

légèrement angoissante du passage.

Tu as roulé toute la nuit, ta bouche est desséchée

par le manque de sommeil et la fumée du tabac.

Tu franchis cette frontière une nouvelle fois

dans la lumière frissonnante du petit matin.

Le soleil se lève derrière toi, sur les hauteurs d'Elizondo.

Une nouvelle fois, tu vas passer…

Ça va.

Tu auras ton train.

Toute cette nuit, j'ai eu peur de la panne.

Pourtant, j'avais fait réviser la voiture.

Une obsession. Tu sais ce que c'est.

La nuit, en pleine campagne entre Burgos et Miranda,

avec ces kilomètres de désert autour de nous…

Ne te vexe pas, mais les stations-service chez vous,

c'est pas encore au point.

Alors, j'ai pas osé

pousser la voiture. J'avais peur.

Sans toi, j'aurais fait

le touriste.

Un bon repas dans un restaurant de poisson,

du crabe à la sauce piquante avec le vin blanc de Ribeiro,

ou alors le cochon de lait grillé chez Bottine,

et bien sûr, cet après-midi, une course de taureaux.

D'habitude,

j'ai pas le temps de visiter les villes.

À Madrid, je n'ai pas encore mis les pieds au Prado.

Je peux te le dire,

hier soir, quand tu m'as dit qu'il fallait partir, j'étais enragé.

-Ça se voyait, tu sais.

D'habitude, on parle toute la nuit, mais là, tu m'as ignoré.

-Je m'étais arrangé pour rester 3 jours.

Ma femme s'occupait de la librairie toute seule.

Aujourd'hui, le Prado. Demain, Tolède et Aranjuez.

3 jours de vacances, en fin de compte.

Alors, quand tu as lu la lettre et que tu m'as obligé à repartir,

j'étais en rogne !

-En somme, j'ai gâché ton voyage.

Plains-toi à la police espagnole.

Il y a déjà du monde.

-C'est Pâques, ils vont passer la journée en Espagne.

Tant mieux, ils ont moins de temps pour regarder les passeports.

Comment faisiez-vous, avant ?

-Avant ?

-Quand la frontière était fermée.

-On passait par la montagne.

Parfois, on tombait sur la garde civile.

-Alors ?

-On s'ouvrait un passage à coups de feu.

-Avec toi, il y a pas de problème. -Comment ?

-À t'entendre, personne te penserait espagnol.

-Moi-même, je l'oublie.

-J'ai déjà passé un copain qui parlait pas français.

Il faisant semblant de s'être assoupi.

Si on lui avait posé une question, nous étions cuits.

Avec toi, c'est du gâteau.

-Veuillez vous garer. On va au poste.

-Pourquoi ? Je suis pressé…

-Contrôle de police.

-Allons-y, voyons.

-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?

-J'en sais pas plus que toi.

-Tu es sûr de tes papiers, Carlos ?

-Rappelle-toi ce qu'on a convenu. Ça doit marcher.

-Laissez la clé de contact. Suivez-moi.

-Et les bagages ?

-Aucune importance. Vous pouvez les laisser.

-Dites ! Vous en avez aux ID noires, aujourd'hui !

-Oui.

-Merci.

Voilà, je lui ai acheté des livres, on a fait connaissance.

-Ainsi, M. René Sallanches, vous étiez en vacances ?

-Oui.

-Seul ?

-Oui, seul.

-Vous habitez à Paris, 4, rue de l'Estrapade ?

-Non, 7.

-Hm, hm… Vous avez connu M. Jude à Hendaye

dans sa librairie ?

-C'est ça.

-Mme Jude… Quel est son prénom ?

-Marie. Elle est charmante.

-Vous avez le téléphone, à Paris ?

-Bien sûr.

Médicis 33-74.

-Vous me l'appelez tout de suite.

-C'est dimanche matin, vous allez réveiller Nadine.

-Nadine ?

Je lui ai dit que vous n'aviez rien, mais elle veut vous parler.

-AIlô, Nadine ?

*-T'as encore écrasé une vieille dame ?

-Non, tout va bien.

*-Alors, pourquoi il a appelé ?

-Une simple formalité.

Ce sont des choses qui arrivent.

Tu restes à la maison ce soir ?

*-Oui, je vais attendre que tu rentres…

-Je te verrai ce soir à la maison.

Au revoir.

Au revoir, ma chérie.

Ils ont fouillé la voiture. -Bien sûr.

-Qu'est-ce que tu lui as dit ?

-Que tu étais en vacances,

que tu étais venu m'acheter des livres, on a fait connaissance.

On avait décidé que j'aille te rechercher en Espagne.

Là, il me demande : "À Madrid ?" "Oui", je lui ai dit. "Et alors 2"

Il dit : "Drôle de course en 24 h ! 500 km aller, 500, retour,

"ça laisse peu de temps pour voir le paysage."

Là, il m'a énervé. Je lui ai dit : "J'aime rouler, ça me repose."

-Le prochain train, c'est le Sud-Express ?

-C'est ça, à 9 h 55. Avec des premières.

-9 h 55 Alors, j'ai le temps de voir Antoine.

-Je peux m'en occuper. -Puisque j'ai le temps.

-Je préfère u us voi . 'on ne nous voie pas ensemble

Je te dépose à la maison,

je lui donne rendez-vous pour toi à la gare 15 min avant le départ.

C'est plus prudent.

Musique intrigante

-Et là, subitement, j'ai eu un trou de mémooire.

Rien ! Le blanc absolu !

J'avais oublié le numéro de téléphone de René Sallanches.

J'ai pensé : "Voilà, c'est fini…

"On va être pris à cause de ce petit détail."

Il était impossible de prévoir qui allait répondre.

Si l'inspecteur était tombé sur René Sallanches,

nous étions découverts.

-Alors, le passeport est faux, mais le téléphone est vrai ?

-Non, tout est vrai : René Sallanches,

son passeport, sa fille, le téléphone… Tout.

Il n'y a que mon identité qui soit fausse.

-En somme, on change la photo.

-Oui, si vous voulez.

-Tu vois, Marie.

Ce n'est pas si compliqué.

-D'accord.

Vous savez tout ce qu'il faut sur la famille Sallanches.

Vos réponses sont justes.

Mais eux, ils ne savent rien sur vous,

sur la personne qui utilise le passeport.

Mais ils n'ont pas commis d'erreur.

-Non, ils n'ont pas commis d'erreur.

C'est mon étoile.

Sans ma petite étoile,

il y a longtemps que je serais mort ou en prison.

Nadine m'expliquera.

C'est la fille Sallanches qui m'a répondu

au téléphone. -Tu la connais ?

-Je sais tout sur eux, mais je ne connais personne.

Musique douce

-C'est drôle que vous parliez d'étoile.

J'ai toujours pensé ça,

qu'il y a des êtres qui en ont.

Jamais allé chez eux ?

-Non, jamais.

-Tu penses que ce contrôle est un hasard ?

-Bien sûr. -Pourquoi ?

-Ils ont arrêté une autre ID après nous, noire également.

-Tu es sûr ? J'ai rien remarqué.

-Une voiture suspecte

a dû être signalée, alors ils les fouillent toutes.

-Suspecte ? Pourquoi ?

-La contrebande se pratique encore.

Ils ont fouillé nos voitures à la recherche d'or.

-Et puis ?

-Ils tombent sur du matériel de propagande camouflé.

-Et qu'est-ce qui se passe ?

-Si c'est en France, un peu de prison, une amende

ou une assignation à résidence. Rien de bien terrible.

Si c'est en Espagne…

-C'est l'heure d'ouvrir le magasin.

Je vais aller dormir.

Antoine doit déjà être arrivé à la gare.

Et s'il était passé, ce copain ?

-Impossible. -Je le connais ?

-Sûrement. Il voyage souvent.

Reste à savoir sous quel nom.

-Il y a quelque chose qui me tracasse.

-Quoi ?

-Comment savait-il que j'avais été à Madrid ?

-Mais il pouvait pas savoir.

L'inspecteur a dit ça au hasard, et il est tombé juste.

-Avec toutes ces arrestations à Madrid,

tu es sûr que tu n'es pas brûlé ?

-Si j'étais brûlé, la police espagnole m'aurait pas laissé filer.

-Bonne chance, Carlos.

-Merci.

Au revoir, Mme Jude. -Au revoir.

-Merci. -Je vous en prie.

Salut, Rafael. -Est-ce que Juan est arrivé ?

-Non, pas de nouvelles. - On t'a pas annoncé son arrivée ?

-On me demande de préparer une voiture, c'est tout.

-Une 1re pour Paris et un ticket de quai.

Beaucoup de passages ? -Hier, 2 voitures pour l'Andalousie.

Des copains ont mis leurs vacances à disposition.

Ce matin, une voiture pour Bilbao, comme toutes les quinzaines.

J'ai une voiture prête, de Paris. J'ignore pour qui.

-Pour combien de temps ?

-Pour la semaine. -Ca pourrait être pour Juan.

-Il passerait par Perpignan.

-Mais pourquoi ? -Il a fait des passages rapprochés

de ce côté-ci. -Perpignan…

Tu sais pas qui s'occupe des passages à Perpignan ?

-C'est pas mon secteur. Et qu'est-ce que tu irais y faire ?

Qu'est-ce qui arrive à Juan ?

-Le libraire m'a apporté une lettre annonçant son arrivée à Madrid.

Il faut l'empêcher d'y aller.

-Des arrestations ? Les journaux n'ont rien dit.

-Ca vient à peine de commencer.

Si Juan se présente, retiens-le ici. Qu'il attende les instructions.

-OK, mais il passera par Perpignan.

-Perpignan… Voilà.

À 15 h 34, départ de Bayonne pour Toulouse.

Vous arrivez à Toulouse à 20 h 34.

Vous avez une correspondance pour Narbonne à 21 h 13.

Et à Narbonne, à 23 h 01…

un train pour Perpignan.

Vous arrivez à Perpignan à 23 h 55. C'est pas bien fameux.

-Non, c'est pas bien fameux.

-Juan n'est pas encore passé,

mais peut-être a-t-il été envoyé par Perpignan.

Tu ne sais pas, tu ne peux rien faire tout seul. Antoine a raison.

A Perpignan, tu ne connais pas le copain qui s'occupe des passages.

Il faut que tu ailles à Paris. Juan n'a pas dû

partir encore, tu vas le trouver chez lui.

Il faut que tu voies les copains aujourd'hui

pour leur expliquer la situation à Madrid.

Personne ne doit y aller.

Surtout pas Juan. Il tomberait dans le piège.

-Espérons qu'elle ait joint Lucienne. -Pourquoi ?

-Comment elle fera sans elle ? -Elle a l'habitude.

-Et l'année dernière, à Royan ?

-Elle n'était pas chez elle.

-Lucienne est pas partie uniquement

s'occuper de ses neveux. Il y a eu quelque chose.

-Tu vois le drame partout.

-C'est que j'ai des raisons.

Elle doit regretter Lucienne. -Elle lui a pas demandé

de venir ? -Avec les Marcel, ça fait deux.

A moins que Pierre vienne. 2 ou 3.

Raoul a promis de venir. Les 2 filles, lles gendres…

Alors, sans Lucienne…

-Tu verras que Lucienne

sera là-bas avant tout le monde. -Sinon, ça sera raté.

-T'en fais pas ! Dis-toi qu'on va à une fête.

-Si tout le monde fait une tête longue comme ça !

-Lucienne est pas de la famille. N'exagère pas.

-Et après ? Elle est pas de la famille ?

Sans Lucienne, ça va être joli, la famille.

Musique intrigante

-Je viens de la part d'Antonio. -Comment ?

-Je suis bien chez Mme Lopez ? -Non, chez Mme Bernadette Pluvier.

-Je voulais voir Mme Lopez.

-Il y a pas de Mme Lopez ici.

-Bâtiment G, 10e étage, porte 107.

-C'est ça, mais il y a pas de Mme Lopez.

-Alors, j'ai dû me tromper.

Excusez-moi.

-Qui c'est, Mme Lopez ? C'est une rapatriée ?

-Rapatriée ? Non, je pense pas.

-À cause du nom. Il y a pas mal de rapatriés par ici.

-Merci. Au revoir.

-Au revoir.

-Tu étais venu

voir Juan, il y aun an, bâtiment G, 10e étage,

porte 107, chez Mme Lopez.

Tu crois te souvenir.

Mais il n'y a plus de Juan, plus de Mme Lopez.

C'était peut-être ailleurs, un autre bâtiment G,

un autre 10e étage.

Juan est parti, peut-être.

Juan va tomber dans le piège.

Il faut que tu retrouves Roberto, maintenant.

Elle va se demander ce qui est arrivé à son mari.

Tu n'aurais pas voulu la voir. Pourtant, tu as besoin d'elle.

Elle peut te conduire chez Roberto.

Jeudi dernier, à 18 h, Andres n'est pas venu

au rendez-vous du jardin botanique.

Tu as bu un demi

au comptoir du Café National. Ce n'était encore rien.

Tu verras Andres le lendemain au rendez-vous de repêchage.

Vers la nuit, pourtant, des signaux

ont commencé à indiquer

les approches du danger : notre imprimeur n'est pas rentré.

Son frère a alerté les copains.

Le monde clos où nous vivons

est devenu mouvant, trouble, rempli de pièges.

-Carmen ?

-Vendredi, il est devenu évident qu'Andres avait disparu,

et Luis, et Justo, et Ricardo.

Dans l'ombre, nous avons commencé à nous battre

contre cette progression de la rafle,

coupant les fils qui relient les groupes, les secteurs,

suspendant toutes les réunions, les contacts,

établissant de nouveaux systèmes de liaison.

Mais Andres avait disparu. Il a disparu.

Il aurait pu chaque jour disparaître depuis 15 ans,

et Carmen l'a attendue, acceptée d'avance

dans l'angoisse et la colère,

cette disparition qui éclate sur elle aujourd'hui.

Jeudi soir, à 18 h,

Andres n'est pas venu au rendez-vous du jardin botanique.

Mais il faut que tu l'arraches à cette douleur.

Elle sait où trouver Roberto aujourd'hui

en ce dimanche, parmi ces maisons qui se vident

vers la fête menacée des dimanches finissant,

parmi les lumières du dimanche.

C'est Roberto qui organise les voyages.

Il est le seul qui sache où trouver Juan.

Le seul qui puisse le rattraper avant qu'il ne disparaisse lui aussi.

Roberto déteste les mauvaises nouvelles.

Il s'énerve quand il y a des arrestations.

Pas seulement parce que des copains sont tombés,

ou parce qu'il faut recommencer des mois de travail,

des années parfois.

Il s'énerve parce que la réalité du monde nous résiste

et qu'il voyait notre action comme un rêve de progrès.

Il déteste que la réalité ne soit pas conforme à son rêve,

et il t'en veut presque, comme si tu étais le messager malveillant

de cette réalité opaque, imprévisible.

-Ramon !

Ramon !

Tu as de la visite !

-Merde ! Carlos !

Pourquoi tu cries si fort ?

-Ramon ! -Carlos !

Qu'est-ce que tu fais là ?

T'as grossi, hein ?

-C'est l'âge. La vie facile !

-Juan est bien parti ce matin ? -À midi.

J'ai terminé sa voiture hier soir.

-Par où ?

-Perpignan. Il ne va plus à Barcelone ?

-Si ! À Barcelone !

-À midi ?

À midi seulement ? Quand est-ce qu'il passe, alors ?

Ou il est, cette nuit ?

-À Perpignan. Demain à 10 h, on lui présente le copain

qui ira le rechercher

dans 15 jours. Et il passe après.

-Disons-lui de revenir à Paris.

-C'est inutile.

De toute manière, c'est trop tard.

-Tu dois bien pouvoir téléphoner !

-Le téléphone, c'est pas prudent.

-On peut envoyer un télégramme !

L'un de nous peut encore prendre le train pour Perpignan !

-Pourquoi faut-il que Juan revienne ?

-Faut qu'il évite Madrid. Des arrestations sont en cours.

-Qui est tombé ?

-Andres, et 3 copains du comité de Madrid.

-Andres ?

-L'imprimerie aussi. Et c'était pas encore fini.

-Carmen est prévenue ? -Oui.

-Il faut attendre des nouvelles plus complètes.

Tu sais aussi bien que moi que les copains

ont tendance à exagérer. C'est normal.

Un coup, et ils pensent que tout s'effondre.

Non, ils… sont trop près des choses pour les voir clairement.

-Ici, à 2000 km, on les voit mieux !

-Bien sûr. On a une vue d'ensemble.

-Et Juan, alors ?

-Il ne risque rien.

Nous avons 3 jours. Il reste à Barcelone jusqu'à mercredi.

-À Perpignan, il rsque moins. On le retient à Perpignan…

-Non ! Les voyages, c'est mon travail !

! a des choses importantes à faire. Chaque minute compte.

-Vous êtes devenus fous, à Paris ? Ça fait 25 ans que ça dure !

-Pourquoi tu me parles de 25 ans ?

La grève générale, c'est dans 12 jours,

et le 1er mai cette année, ce sera sérieux.

-Le 1er mai revient tous les ans.

Mais Juan, lui, ne reviendra pas.

S'il est pris, il en a pour 20 ans et un jour.

Quant à la grève, on en parlera demain.

-En tout cas, moi, je veux bien aller à Barcelone.

Ça me changera de la routine. -La routine ?

Et ta femme, c'est la routine ?

Tu veux te changer les idées ?

-Elles sont formidables, ces Bretonnes.

Je parle d'un voyage clandestin pour sauver un gars,

et on dirait que je veux des vacances !

-Restez pas debout. Venez à la maison boire quelque chose.

-Sers-nous à boire ici. Il faut que je termine la voiture.

-Comment ça a commencé, cette fois-ci ?

-Comme toujours.

-Bien sûr, c'est toujours la même chose.

-Non, pas comme toujours, justement.

Ils ont frappé de façon coordonnée.

L'imprimerie et les copains de la propagande sont tombés.

Andres et Luis ont été pris dans leurs domiciles clandestins.

-Madrid pourrait être risqué pour Juan.

-C'est dans son secteur que le coup a été porté.

Ça fait des années qu'il y va, il a pu être repéré.

-Et toi, ça fait pas des années aussi ?

Pourtant, tu es là, tu bois avec nous.

-La femme de Luis à entendu les policiers parler entre eux.

Ils avaient les photos d'un dirigeant de Paris

et ils étaient sûrs de l'arrêter.

Ça ne peut être que Juan. -Mais c'est de la légende !

La police répand ces bruits pour démoraliser !

Jeudi, le jour de son arrestation, tu avais rendez-vous avec Andres.

Pourtant, tu es là.

Il n'y a pas eu de photos, et Andres ne parlera pas.

C'est tout simple.

Ils ont frappé par peur, pour couper court au mouvement.

Ils ont frappé, et alors ? Ça fait 25 ans !

A la guerre, c'est comme ça !

-Ne t'énerve pas.

-Mais je ne m'énerve pas, je crie. Ça veut rien dire.

Cette vie de dingue… -Ca dure trop longtemps.

-Marianne doit t'attendre.

Tu l'as pas encore prévenue ?

-Oh, elle a dû quitter Paris, tu sais.

De toute façon, je suis pas venu pour elle, mais pour Juan.

Oui, elle a dû quitter Paris. -Pourquoi ?

-Voyons, c'est Pâques.

-C'est vrai ! Ça, tu vois, on oublie.

Si tu trouves la maison vide, reviens dormir ici.

-Peut-être. Merci. Au revoir.

Musique douce

-C'est vous ?

-Ca dépend.

-Ce matin, au téléphone ?

-Ah, oui ! Je reconnais votre voix.

-Je vous ai attendu jusqu'à maintenant.

Mais venez.

-Votre père n'est pas là ?

-S'il était là…

c'est vous qui seriez Dieu sait où.

-Vous ne savez pas

à quel point c'est vrai. -Mais si, je sais.

Ils demandent à parler avec mon père.

Je dis qu'il est en voyage puisque c'est vrai.

-Pour une fois, la vérité a été utile.

-La frontière, racontez-moi. -Merci.

Oh, une vérification. Un sondage. La routine, quoi.

Le coup de téléphone pouvait tout gâcher.

-Ils ont parlé de l'Espagne. J'ai compris tout de suite.

Mon père m'avait dit, pour son passeport.

On a un faible pour l'Espagne, dans la famille.

J'ai fait mine de m'affoler, j'ai posé des questions…

J'ai exigé de parler avec mon père. Admirable, non ?

Pleine d'inquiétude filiale.

-En tout cas, vous avez du sang-froid.

-J'ai l'habitude.

-J'ai bien joué mon rôle de père affectueux ?

-Mon père, quand il est affectueux, ne m'appelle jamais "Mma chérie".

Il m'appelle Nana.

-Cet incident n'a sûrement aucune importance.

Supposons qu'ils vérifient de nouveau à Paris.

Il rentre quand, votre père ? -Demain soir.

-Il faut qu'il retrouve son passeport avec la photo,

qu'il puisse le montrer le cas échéant.

Je l'apporterai demain après-midi. -Vous partez ?

-Oui.

-Dépéêchons ! J'arrive juste à temps pour la séance de 22 h.

Qu'est-ce que vous faites dans la vie ? À part ça, je veux dire.

-Rien d'autre.

-Depuis toujours ?

-Depuis longtemps.

-Et avant ?

-C'est loin, je crois que… je voulais écrire.

-Ah, non ! Ce que vous faites est bien plus passionnant.

En somme, vous êtes un permanent.

-C'est exactement ça. -Un vrai permanent ?

-Oui.

-Ca doit être formidable de faire ce métier-là.

Comment c'est truqué, ces passeports ?

On ne voit pas que la photo a été changée ?

-Il faudrait consulter les fichiers de la préfecture pour le voir.

Et il n'y en a pas aux frontières.

-Faites voir.

En somme, vous pourriez être mon père.

-Oui, Nana.

Musique intrigante

-Vous partez ?

-Oui.

-On vous attend ?

-Oui.

-Comment on vous appelle ?

-Quand on m'appelle par mon vrai nom, je sursaute.

-C'est comment ?

-Domingo.

-Ça veut dire dimanche.

Bonjour, Dimanche.

-Bonjour, Nana.

Quelle heure, demain ?

-Après le déjeuner.

Mais avant 15 h 30. J'ai rendez-vous.

-Nadine Sallanches, 7, rue de l'Estrapade, 3e étage.

Née le 26 octobre 1944,

études secondaires au lycée Fénelon,

commence cette année propédeutique Lettres,

parle l'anglais couramment et l'espagnol aussi.

Vit avec son père, ingénieur des travaux publics,

souvent absent à cause de son travail.

1,65 mètre.

Brune, yeux marron,

opérée de l'appendicite il y a 3 ans.

-C'est moi, ça ?

-C'est la notice qu'on m'a donnée avec le passeport.

-Vous faites dans le détail.

-Le détail, oui.

C'est plutôt l'ensemble qui nous échappe.

À demain.

-Bonne nuit, Dimanche.

-Diego ?

Toi !

Je ne suis pas seule. On est en train de travailler.

-Et moi qui ai traîné pour rentrer…

J'étais persuadé que tu avais quitté Paris.

-Personne ne m'avait prévenue.

-Personne ne le savait, c'était imprévu.

-Diego….

-Oui ?

-C'est tout. Je dis ton nom.

Tu es là… je suis heureuse.

-Je repars.

-Tu repars ?

-Demain.

-Oh.…. Tu connais Agnès ?

-Non.

-Je croyais que vous vous étiez déjà rencontrés.

-Non, je pense pas.

-Sûrement pas.

-Jamais au bureau ?

-Non, jamais. C'est impossible, d'ailleurs.

Diego est toujours en voyage.

-Toujours ?

-Chaque fois que j'ai essayé de me faire présenter, vous l'étiez.

Je me suis demandé si vous existiez vraiment.

-Eh bien, vous voyez, j'existe vraiment.

Pardon.

-Reste un peu avec nous, on a fini.

C'est Jeanine et Bill. Ils seront contents de te voir.

On prépare un livre sur toutes les villes du monde.

Sur la manière dont la ville parle à ses habitants,

comment les gens lui répondent, comment ça devient un langage.

C'est compliqué à dire. Mais en images, c'est simple.

On mélange des photos de Bill avec des dessins de Folon et Topor.

Je fais la maquette avec Agnès.

Bill s'en va au Brésil.

On fait le Ter choix des photos avant son départ.

On profite des vacances de Pâques.

On s'est installés ici, on est tranquilles.

Ils ne comprendront pas si tu ne viens pas leur dire bonsoir.

S

Tu n'as rien mangé, Diego.

-Non.

J'ai mangé dans l'avion.

Il faisait beau.

Les fontaines sont toujours là.

-Les fontaines ?

-Les fontaines.

-Quelles fontaines ?

-De la piazza Navona.

Celles du Pincio.

Toutes les fontaines.

Vous n'êtes jamais allée à Rome ?

-Rome ? Oui, bien sûr.

Pourquoi étiez-vous à Rome ?

-Pour mon travail.

Il m'arrive de travailler.

Une conférence de l'Unesco

sur l'enseignement dans les pays sous-développés.

-Tu n'en as pas assez,

de faire ce travail d'interprète ?

-C'est bien payé. Il n'y a pas d'impôts.

On travaille 6 mois par an. On voyage.

J'ai pas d'ambition.

-Il est tard.

On va vous laisser, maintenant. -C'est vrai qu'il est tard.

-On dirait que ça bouge, en Espagne.

-Comme dit Marianne : "Ca bouge, mais ça ne change pas."

-Et toi, qu'est-ce que tu dis ?

-Rien.

-Je suis ton ami, Diego.

-Ce que j'ai à dire sur l'Espagne ne plairait à personne.

A moi non plus.

La malheureuse Espagne,

l'Espagne héroïque… J'en ai par-dessus la tête !

C'est devenu la bonne conscience lyrique de la gauche,

un mythe pour anciens combattants.

En attendant, 14 millions de touristes y passent leurs vacances.

Ce n'est plus qu'un rêve de touristes ou la légende de la guerre civile !

Tout ça mélangé au théâtre de Lorca ! Et j'en ai assez, de Lorca.

Les femmes stériles ! Les drames ruraux !

Et la légende ! Ça suffit !

Je n'étais ni à Verdun, ni à Teruel ni sur le front de l'Ebre.

Ceux qui font des choses importantes n'y étaient pas non plus.

Ils ont 20 ans, et c'est leur avenir qui les fait bouger.

L'Espagne n'est plus le rêve de 36, mais la réalité de 65,

même si elle semble déconcertante.

30 ans ont passés, les anciens combattants m'emmerdent !

Excusez-moi, je…

Tout ça est peut-être pas très clair, et…

Vous travaillez, demain ?

-Oui.

-Eh bien, alors, à demain.

-C'est ça. À demain.

-Bonsoir. -Je reste encore.

-Vous restez ?

-Eh oui. ll faut que j'aide Marianne à ranger les photos.

-Oui. Après, je vous raccompagne.

Agnès habite Saint-Cloud. Il n'y a plus de train.

-Bonsoir quand même.

Elle est bien curieuse,

cette conne !

-Tu as parlé de Rome, de l'Unesco.

J'avais dit que tu étais à Bruxelles pour les Nations unies.

-Je passerai pour un menteur. Tant pis.

-Pourquoi toi seulement ?

Si tu as menti, j'ai menti.

C'est notre vie qui a l'air d'un mensonge.

Tu n'as pas entendu Agnès ?

Faux couple avec une fausse vie. Ça a l'air de ça, peut-être.

-Mais ce n'est pas vrai.

-Non.

Pour moi, ce n'était pas un mensonge.

Tu m'as parlé des fontaines, j'étais heureuse.

-À cette heure-ci, la piazza Navona doit être déserte.

On peut entendre le bruit de l'eau.

Où vas-tu ? -Raccompagner Agnès.

-Qu'elle prenne un taxi,

cette emmerdeuse !

-Elle est fauchée, en ce moment. C'était convenu.

C'est loin, Saint-Cloud.

L

ll vaudrait mieux leur dire la vérité, non ?

-Fais une annonce dans le journal !

-Des gens comme Jeanine et Bill, on peut tout leur dire.

-Ton Agnès aussi, on peut tout lui dire ?

-Tu penses qu'ils ne se doutent pas de quelque chose ?

-Bill ne se doute de rien.

C'est un photographe, il s'occupe de son travail.

On peut jamais rien à dire à personne, c'est un principe.

-Tes principes…

-Il y a eu des arrestations à Madrid. Des copains sont tombés.

-Je veux un enfant de toi. Comme ça, ce n'est pas une vie.

-Qu'est-ce que c'est qu'une vie ?

-Un enfant de toi ! Tu te rends compte ?

-Ecoute, on en reparlera calmement.

-Mon enfant. !! n'y a pas à en parler calmement.

Après, tu pourras partir, me laisser. M'oublier, même, si tu veux.

-C'est pas le moment, tu sais.

-Mais si, c'est lle moment.

Ces arrestations, quand est-ce que ça a commencé ?

-Jeudi, il y a 3 jours.

-De quoi as-tu envie quand ça arrive ?

-Envie ? Comment, envie ?

-Tu as envie de continuer… de faire des choses

même si tu restes seul ?

-On reste jamais seul.

Il faut qu'ils sachent qu'on existe quand même, que le travail continue.

-C'est ça.

Je reviens.

Agnès ! On s'en va ?

Une étoile personnelle, madame.

Une toute petite étoile d'usage interne.

Une étoile de mer pour toute circonstance.

Car la patience et l'ironie

sont les vertus principales du Bolchevique.

"Je m'appelle Nana."

"Et moi, Dimanche."

Musique romantique

-Six mois sans te voir, Diego…

Ce n'est pas possible.

S'il fallait que tu restes ici, je ne sais pas…

Si ça devenait trop dangereux d'aller à Madrid, ça te manquerait ?

-L'Espagne me manquerait.

Vraiment.

Comme une chose qui me manquerait vraiment,

dont l'absence va devenir insupportable.

Les copains.

Les inconnus qui t'ouvrent une porte que tu reconnais,

et qui te reconnaissent.

On est ensemble.

-L'Espagne, les copains…

C'est ça, ta vie.

L'autre jour, j'ai failli coucher avec un homme.

-Pourquoi ?

-Je croyais en avoir envie.

-Mais non. Pourquoi me le dis-tu ?

-Tu le dirais, toi ?

-Je sais pas.

Pourquoi tu l'as pas fait ?

-Parce que…

il arrive toujours un moment où on a fini de coucher avec un homme,

de faire l'amour avec lui.

Ou alors…

il faudrait qu'il soit parti, qu'il disparaisse.

Me réveiller à côté de quelqu'un d'autre que toi,

ce n'est pas imaginable.

C'est après que ça devient compliqué.

Tu ne trouves pas ?

-J'ai faim.

-Je croyais que tu avais dîné dans l'avion de Rome.

Musique douce

Il y a 9 ans, c'est à moi que tu avais menti.

Une pluie de mensonges pour me cacher qui tu étais,

ce que tu faisais à Rome.

-Bien entendu.

-Tu m'as dit t'appeler Francisco,

et après, Rafael, et après… Carlos.

S

J'ai mis des mois à Rome, et puis, à Paris,

pour découvrir ta vérité à travers tes mensonges.

-Oh, c'était pas des mensonges.

C'était des barrières.

-Contre quoi ?

-Les coups de foudre sont imprévus dans la vie d'un révolutionnaire.

-Qu'est-ce qui est prévu ?

-La patience.

Surtout la patience.

J'ai faim, moi. Tu n'as rien à manger ? Hm ?

-L'an prochain, si tu passes encore la moitié de ton temps à Madrid,

j'irai m'installer là-bas.

-T'installer ? Comment ça, t'installer ?

-Vivre, trouver un travail

qui me permet d'aller et de venir, de te suivre.

J'aime bien avoir des maisons partout.

-À Madrid ? Tu parles à peine 10 mots d'espagnol. Et encore !

-J'ai bien appris le français.

-Enfin, du travail. Quel travail ?

-Le même ! On fait aussi des livres en Espagne.

-Avec mes 80000 F par mois, on n'ira pas bien loin.

-Je croyais que tu avais été augmenté.

-C'est vrai.

87500.

Et toi, tu gagnes combien ici ?

60000 par mois ? Tu trouveras jamais la même chose.

-Je n'ai pas besoin de la même chose.

J'ai besoin de toi.

-C'est impensable. Une femme dans la même ville

où on travaille clandestinement, ça multiplie les risques.

-Ça a été grave, cette fois-ci ?

Des copains de Paris, que je connais, ont été arrêtés ?

-Juan… -Il a été arrêté ?

-Non, non, pas encore.

C'est pour ça que je suis revenu.

Mais je suis sûr qu'ils ont sa photo, qu'ils l'attendent à Madrid.

Musique intrigante

-Ivry, porte des Lilas, six routes, quatre chemins,

Aubervilliers, la poterne des Peupliers,

Victor Hugo, Jaurès, Paul Vaillant-Couturier…

Tu prenais cette banlieue les yeux fermés.

Tu arrives de ton pays, tu retrouves

ce paysage de l'exil à chacun de tes retours.

Tu vas retrouver ces hommes secs, infatigables, usés,

précis dans le détail, perdus dans un grand rêve,

prêts à mourir, des camarades.

Tu vas retrouver cette fraternité

rongée pourtant par l'irréel, souvent,

à lvry, des jours entiers,

ou Aubervilliers, essayant de reconstruire votre pays,

comme dans vos souvenirs,

de faire entrer vos rêves à force de travail

dans la réalité lointaine

de l'Espagne.

-Bonjour, camarade. -Bonjour.

-"Selon des informations de sources officielles,

"la police espagnole aurait procédé ces derniers jours

"à une vaste opération préventive dans les milieux ouvriers

"d'extrême gauche de la capitale.

"Une imprimerie aurait été découverte,

et des dizaines d'arrestations opérées,

"dont celles de plusieurs responsables venus de France.

"Il semble que cette opération soit liée

"à l'agitation manifestée dans les milieux ouvriers de Madrid."

-Du café, comme vous aimez ça.

-C'est une bonne idée.

Des courses à faire.

Si on sonne, n'ouvrez pas.

-Tu retrouves la sensation du déjà vécu,

tu remues les paroles déjà dites au cours de ces années.

Combien de fois es-tu déjà venu après des arrestations, une chute ?

On appelle cela une chute, en espagnol.

On dit d'un copain, d'une imprimerie, d'une organisation

qu'ils sont tombés.

"Un jour ou l'autre, on tombe", disent les vieux.

Tout le monde tombe.

C'est une longue marche jalonnée de chutes.

Combien de fois es-tu venu pour en comprendre les raisons,

pour décider des mesures à prendre ?

Andres n'est pas venu au rendez-vous du jardin botanique.

C'est là que tout a commencé jeudi soir.

-Carlos nous a présenté

un tableau de la situation totalement subjectif.

Il exagère les conséquences des arrestations.

Il semble avoir perdu toute perspective politique.

P

Dans quelle situation se produisent ces arrestations ?

C'est une situation d'offensive politique

des ouvriers, des universitaires, des paysans,

une situation où la dictature, paniquée, se trouve aux abois.

Les mesures policières reflètent cette crainte du régime

devant les mouvements des masses.

Elles ne pourront pas empêcher l'avance du mouvement,

son extension, ses progrès.

Nous sommes à la veille de la grève générale politique.

Nous avons donc décidé d'envoyer Juan à Madrid

avec des orientations, des directives précises.

Il faut donner au mouvement des masses

une cohérence organique, un objectif unique.

Cet objectif, c'est la grève générale.

Les conditions pour la réaliser existent.

Il faut frapper maintenant.

Il faut fixer les dates. Nous les avons fixées.

Le 30 avril, la grève est convoquée,

et le 1er mai, les manifestations auront lieu dans tout le pays.

Carlos n'est pas d'accord avec la grève générale.

Il préfère tenir compte des possibilités réelles.

Bien. Qu'est-ce que ça veut dire, "les possibilités réelles" ?

Qu'il faut laisser mûrir

les situations politiques ?

Ce serait de l'opportunisme pur et simple.

-Tu n'as jamais dit de s'abandonner à la spontanéité.

Tu contestes juste une certaine forme d'action

dans certaines circonstances.

La grève générale n'est pas l'unique lutte,

l'aboutissement inévitable des mouvements partiels.

Lénine a déjà critiqué la théorie de la grève générale.

-Si tu le veux, parlons de Lénine.

Tu nous accuses de volontarisme,

mais Lénine a prouvé qu'une dose de volontarisme,

de subjectivisme révolutionnaire est indispensable.

Ta critique est purement négative.

Qu'est-ce que tu proposes, en réalité ?

-Tu essaies d'expliquer

que ce n'est pas l'idée de grève que tu critiques,

mais les conditions de son application.

Tu nies la possibilité d'une grève générale,

car les conditions requises

ne sont pas données.

Un nouvel échec peut détourner les masses de ces actions.

Tu nies que l'on puisse décider en exil

la date et les modalités d'une grève en Espagne.

Nous ne pouvons pas nous mettre à la place des ouvriers,

décider pour eux.

L'appareil clandestin n'est que l'instrument

de la volonté des masses.

Il ne peut pas se substituer à elles.

-Pourquoi opposes-tu l'appareil clandestin et les masses ?

Je ne dirais pas que Carlos

s'est laissé impressionner par les arrestations.

Il a prouvé qu'il ne se laisse pas facilement impressionner.

Mais il a manqué de clairvoyance politique.

Quelle est la situation ?

Juan est à Barcelone.

Il a rendez-vous avec Carlos à Madrid, jeudi.

Mais Carlos est ici, et Juan est abandonné à lui-même.

Il faut donc rattraper Juan à Barcelone,

qu'il prenne contact avec l'organisation de Madrid.

I! faut multiplier les voyages et donc le pourcentage des risques.

Voilà le résultat de la précipitation de Carlos.

Par contre, si Carlos était resté à Madrid,

il aurait pu suivre la progression de la rafle

et prendre certaines mesures.

Juan aurait été protégé par la présence de Carlos.

Voilà les conséquences d'une décision individuelle

prise sans tenir compte des exigences de l'action,

sans respecter les décisions du centre de direction.

-Tu n'iras pas à Barcelone, tu restes ici.

Ramon ira à Barcelone et accompagnera Juan à Madrid.

Tu viens de passer 6 mois en Espagne,

saisi par l'engrenage de l'action quotidienne.

Tu es aveuglé, peut-être, par les détails d'une réalité partielle

qui te brouillent la vue, semble-t-il.

Tu vas prendre du repos, pour réfléchir.

Il faut qu'on discute calmement pour te convaincre.

Tu restes ici.

Musique dramatique

-""Sallanches".

Sallanches…

Sallanches René,

né le 17 octobre 1922.

-Pardon.

Allô, Bill ?

Oui. Vous travaillez bien ?

Passe-la-moi, oui.

*-Qu'est-ce qui se passe ?

-Je ne pars plus.

C'est ça, je reste avec toi.

Triste ? Non, pourquoi triste ?

Qui. Oui, longtemps.

Toujours, peut-être.

On ira en vacances.

Alors, d'accord, à ce soir. Au revoir.

Nadine ?

*-Oui. Qui c'est ?

-C'est Dimanche. *-Non, lundi.

-C'est moi qui suis Dimanche.

*-Je vous attendais. Vous venez pas ?

-Non, et j'ai votre machin.

*-Je dois partir. -Je sais, oui.

Où avez-vous rendez-vous ?

*-Peu importe, vous ne viendrez pas.

-Non, mais c'est pour savoir.

*-À La Chope. Vous voyez ?

-Oui. Oui, oui, je vois.

*-Pourquoi vous riez ? -Pour rien.

18 h, ça vous va ? *-Très bien. Où ça ?

-Dans le hall du centre Bullier à 18h.

*-Pourquoi pas à la maison ?

-Non,

le centre Bullier, ça m'arrange.

À 18 h. Au revoir.

-Vous désirez ? -Un express.

-Un express !

-T'aurais une cigarette ?

-Tu peux les garder.

-Il y a trop de flics, ici.

-Ah ? J'ai pas l'habitude.

-Moi, si. Je travaille pour eux.

Musique intrigante

-Personne ne m'a suivie.

-Ils étaient trois avec une voiture.

-Sûr ? -C'est mon travail, Nadine.

-Une voiture ? Mais j'ai pris des rues à sens unique.

-L'un des types était descendu. ll te suivait.

J'étais derrière lui. Tu n'as rien vu ?

-Des types m'ont regardée, mais pas comme ça. Ça m'arrive.

-Tu as la police sur le dos ? -Tu crois ?

-Qu'est-ce que tu fais qui puisse intéresser la police ?

-Rien. -C'est faux !

-Pourquoi tu parles comme ça ? -Je veux savoir.

-Alors, il ne fallait pas me donner rendez-vous.

-Îls suivaient ton copain dans le métro.

-Miguel ? -Oui, celui qui t'accompagnait.

-À Edgar Quinet ? -Il y a eu quelque chose.

-Expliquez-moi.

-Vous vous êtes quittés, Miguel a pris le métro.

Un jeune inspecteur l'a suivi. On est descendus à Raspail.

-Raspail ?

-Il est entré dans un immeuble. -Et le flic ?

-Il a regardé le numéro et est parti. Sauf s'il s'est caché.

-Ils pourraient faire une perquisition.

Il faut que tu m'aides.

C'est grave.

Il travaille aussi pour l'Espagne.

Je prends la voiture de papa. -D'accord.

-Explique-moi.

-Non, Domingo, plus tard.

-Tourne à gauche et reviens le long du cimetière.

Il y a personne.

Allume tes lanternes. -Pardon.

-Vas-y, tu peux y aller.

Combien de temps ? -Je ne sais pas, 5 minutes.

-Dans 10 min, je te prends devant le cinéma Delambre.

-Les papiers sont là. Tu as un permis de conduire ?

-Plusieurs. -Et un vrai ?

-Oui, même un vrai.

Allez, va.

-Diego ?

-Qu'est-ce que c'est que ça ? -Une valise.

-Bien sûr que c'est une valise.

-Elle a l'air lourde. -Les papiers, toujours.

Je vous laisse.

-On termine.

-Qui est cette femme ?

-C'est Lola.

-Diego….

Je voulais te dire, pour hier soir…

Enfin, si un jour, je peux t'être utile…

Un photographe, tu sais, ça voyage.

Je te laisse. Agnès doit être dévorée par la curiosité.

-Vous avez fini ?

-Bill a dit que nous avions assez travaillé.

Qu'est-ce qui se passe ? -Rien. Pourquoi ?

-On est venu pour toi. Un copain maigre

qui a l'air de me détester. -Qu'est-ce que tu racontes ?

-J'en ai l'impression.

Ou alors il se méfie de moi. -Tu es folle.

-Il se méfie de mon travail, de ma façon de m'habiller.

Il doit trouver que je ne suis pas une femme

comme il faut.

-Que voulait-il ?

-Il était exaspéré.

Il est revenu me faire répéter son message, comme à une conne.

Finalement, tout est changé. Tu ne restes pas.

Tu pars à Barcelone.

Il t'attend demain à 11 h

à la même sortie de métro que ce matin.

Vous avez une réunion pour les questions de ce voyage.

Tu pars directement.

Prends tes affaires. Il l€'amènera un passeport.

-À Barcelone ?

Pourquoi moi ?

-Il n'a pas donné d'explication.

-J'en ai marre, marre, marre !

Ce matin, je n'avais plus de perspectives.

Il fallait que je reste ici, que je réfléchisse…

et que je fasse mon auto-critique.

Et voilà qu'on m'envoie quand même à Barcelone.

Qu'ils se trouvent quelqu'un d'autre.

-On peut se lever tard, tu ne pars qu'à midi.

On sort, ce soir ?

-Je croyais que c'était pas une vie.

-Non, ce n'est pas une vie.

-Qu'est-ce que tu veux faire ?

-Je ne sais pas.

Cinéma ?

-Si tu veux.

-Quel film tu veux voir ?

-Ce que tu voudras.

Avant, tu me conduiras gare de Lyon,

que je dépose ça à la consigne.

-Pourquoi ?

-Comme ça. -Mais pourquoi ?

-Je veux pas garder ça ici.

-Tu as toujours gardé ici tes papiers.

-Je préfère quand même.

-Diego…. -Oui ?

-Il n'y à rien d'autre ?

-Quoi d'autre ?

-Quelque chose que tu me caches.

-Rien d'autre. Ou alors des détails épisodiques.

-Je t'aime, Diego.

-Je sais bien.

Allez.

C'est pour moi ?

-Oui, c'est pour nous.

-Alors ?

Les lumières ?

-C'est vrai, j'ai oublié.

-Les papiers.

Merci.

La voiture est à vous ? -Oui, M. l'agent.

-Vous êtes le mari ? -Non, je suis pas le mari.

-Votre permis de conduire.

Pas français ? -Non.

-Vous êtes quoi ?

-Espagnol. Réfugié espagnol.

-Vos papiers.

-Vous les avez.

-Ca peut coûter cher de rouler sans lumières.

-C'est la Tre fois que ça m'arrive.

-Vous ne devriez pas laisser conduire votre voiture

par des gens distraits, madame.

Bon. Allez, pour cette fois.

Mais faites attention.

-Merci, M. l'agent.

Je peux y aller, Moi. Tu n'as pas entendu ?

Tu es quelqu'un de distrait.

-Tu connais les consignes automatiques ?

-"Vous êtes le mari ?" "Non, je ne suis pas le mari."

Si tu avais vu ta tête, Diego !

-J'ai la tête du mari ?

-Mais moi, je suis ta femme.

-Arrête-moi au café.

Un coup de fil à donner.

-Tout de suite ? -J'en ai pour une minute.

Il a dit 11 h, Manolo ? -Comment ?

Le petit maigre ? Oui, 11 h. -Je reviens.

Excusez-moi de vous déranger. Puis-je parler à Nadine ?

Merci beaucoup.

Nadine, c'est moi.

Il faut que je vous voie demain, toi et tes copains.

Non, l'après-midi, ça sera trop tard.

Comment ?

Trop tard pour tout.

À 9 h, à la station de métro où On s'est quittés.

Alors, en bas, direction Etoile.

Sans faute, Nadine. Au revoir.

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Je me suis arrangé pour qu'on récupère cette valise.

-Ca ne pouvait pas attendre ?

Manolo aurait pu la reprendre à la maison.

-Laisse-moi organiser mon travail.

-Il n'y a pas que cette valise.

Tu veux que je te dise ?

-Tu vas me dire, de toute façon.

-Hier soir, tu voulais partir à Barcelone pour rattraper Juan,

mais tu étais inquiet, déjà.

Tu as fait cette sortie devant Jeanine et Bill.

Toi, si prudent.

Tu penses que c'est comme ça que parle un interprète de l'Unesco ?

Et à midi, tu ne partais plus.

Tu m'as dit : "Je reste avec toi."

Et tu étais triste.

Que s'est-il passé,

ce matin ?

-Ce matin ?

-À ta réunion.

On dirait que tu t'attends, Diego.

Que tu es dans le brouillard, que tu ne sais plus où tu vas.

-Je sais où je vais : à Barcelone.

Je devrai accompagner Juan à Madrid.

Ensuite, je reviens ici pour me reposer…

et qu'on discute avec moi.

En Espagne, je vois les choses de trop près.

La réalité m'aveugle.

Je dois retrouver une vision d'ensemble.

-Je ne comprends plus rien.

-Oh, c'est très simple.

Les copains croient qu'un jour, tout va éclater

et que ce jour-là est proche.

Personne ne peut se faire à l'idée de mourir en exil.

Mais ce n'est pas vrai.

Une longue marche nous attend.

-Non. C'est vrai qu'il faut que ça éclate.

-Tiens.

"Les diverses forces de l'opposition du Pays basque

"ont décidé de déclarer la grève générale

"à partir du 30 avril, 8h du matin.

"Les étudiants y participeront aussi.

"La grève durera une semaine,

"et s'il y a répression, sa durée sera illimitée."

Ça ne veut rien dire.

C'est un langage magique, comme des incantations.

-Non, j'espère qu'elle éclatera vraiment, cette grève.

-Il y aura bien des mouvements isolés, minoritaires.

C'est une action irréelle.

-J'espère que tu te trompes. Elle éclatera, cette grève.

Ce n'est pas pour ça qu'ils sont morts,

qu'ils sont en prison, tes copains ?

J'espère que tu te trompes, que tu es aveugle.

Il faut que ça change.

Que tu puisses rentrer en Espagne.

Que je t'accompagne.

Qu'on vive enfin.

-Ca ne sert à rien de pleurer. La réalité ne change pas pour ça.

-On rentre ? -Oui, on rentre.

Musique triste

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Rien, je regarde la nuit.

-Il me faut vraiment un enfant de toi, Diego.

Sinon, je vais devenir folle.

-Si je rentrais en Espagne,

si je repartais à zéro,

tu viendrais avec moi ?

-En Espagne ?

Tu veux dire rentrer en Espagne tout de suite, normalement,

avec tes vrais papiers ?

-C'est ça, avec mes vrais papiers, normalement.

De toute façon, c'est en Espagne que les choses vont se passer.

Je ne veux pas passer ma vie ici, de réunion en réunion.

Je pourrais pas m'y faire.

-C'est possible, ça ?

Tu crois que la police ne connaît pas ta véritable identité ?

-"Carlos", ils le connaissent sûrement.

Mais "Diego Mora", pour eux, c'est un inconnu.

-Alors… on ira en Espagne.

-Pourquoi tu as ouvert la valise ?

-Tu m'as menti.

-Non. Je t'ai demandé de garder une valise, c'est tout.

-C'était du plastic.

-Ca te fait peur ?

-Petite gourde. À 17 ans, je portais déjà ces valises.

-Moi aussi.

-Pourquoi vous vous occupez de l'Espagne ?

-Et toi ?

-C'est mon pays, non ?

-On n'a pas le droit de s'occuper de ton pays ?

Chacun pour soi dans son coin !

Tu voudrais qu'on se limite à l'Unef, au drame des artichauts bretons ?

Nous sommes internationalistes.

-Il faut d'abord faire la révolution chez soi.

-Mon père prête son passeport. Moi, c'est les valises.

-Justement, allons parler de cette valise.

Tiens, le passeport de ton père.

C'est à quel étage ? -Tu viens pas avec moi ?

-Non, tu vas entrer, puis je te suivrai.

-Tu n'as pas confiance ?

-Mes entrées et mes sorties, c'est moi qui en décide.

-On dirait que tu n'aimes pas les cimetières.

Pourtant, ça fait entrer du soleil dans votre vie.

-Vous représentez quoi ? -Comment ?

-Le plastic n'est pas un jouet.

Vous avez un groupe ? Un programme ?

-Le groupe léniniste d'action révolutionnaire.

-Tout le monde est léniniste.

-Ne nous embourbons pas en discussions théoriques.

Nadine vous a confié notre valise.

Que comptez-vous en faire ?

-J'aurais dû la jeter dans la Seine.

Mais je veux savoir quelle tactique vous préconisez en Espagne.

Je suis ici

à titre purement personnel.

-Expliquez-lui.

-L'Espagne est dans une situation prérévolutionnaire latente.

Résumons-nous.

Le tourisme est une des principales sources monétaires du régime.

Des millions de personnes considèrent l'Espagne

comme un pays normal.

Ils l'associent à leurs souvenirs de vacances.

C'est un facteur dangereux de démobilisation

de l'action antifasciste européenne.

Il faut frapper le tourisme étranger en Espagne.

-Arrêtons le soleil !

-Nous réveillerons la conscience prolétarienne.

-Elle dort ?

-Non, excuse-moi, je ne voulais pas dire ça.

Il existe en Espagne une situation révolutionnaire,

mais sans politique ni front révolutionnaire.

Lénine a dit…

-Lénine n'est pas un moulin à prières.

-Votre voie pacifique, c'est du révisionnisme.

Objectivement, vous suivez la bourgeoisie.

-“"Objectivement" ? -C'est ça.

-C'est pour cette raison que, depuis 25 ans, on nous emprisonne,

nous fusille,

qu'on écope de lourdes peines ?

Parce qu'on est au service de la bourgeoisie ?

-Il a dit que vous la suiviez.

Vous transformez son concept politique en jugement moral.

-C'est vrai.

-Nous ne mettons pas en cause l'héroïsme de vos militants,

mais une ligne politique.

-Par exemple ?

-Vous avez lancé le mot d'ordre de grève générale pour le 30 avril.

Et de nouveau, vous courez à l'échec.

-Vous êtes bien catégorique !

-Je m'en remets à l'expérience.

Depuis 1959,

toutes les grèves générales ont été des échecs.

-Depuis 1959, ça fait quoi ? Six ans.

C'est une période trop courte pour en juger.

Vous êtes bien impatients,

pour des révolutionnaires.

-Parlons de la valise.

-Vous avez failli me flanquer dans les pattes de la police.

-Et si c'était le contraire ?

-Qui a pu attirer la police ?

Toi.

La personne qui s'est servie du passeport de René.

-La filature a commencé chez Nadine, à cause de vous,

de cet incident à la frontière.

C'est la seule explication. -Reste à savoir

depuis combien de temps tu es suivi.

La police espagnole a dû te signaler.

Nous, en tout cas, on ne peut pas être brûlés.

-Nous n'avons rien fait.

-Quand on joue au terrorisme, on est grillé en 4e vitesse.

J'en foutrais quoi, de votre plastic ? Le bouffer ?

À la gare de Lyon. Explosez avec !

-Domingo !

Tu es parti comme ça ?

-Je vais être en retard.

-Tu m'appelles, ce soir ?

-Vous pourriez faire attention aux vieilles personnes !

-Tu m'appelles demain ?

Tu repars ?

Tu m'appelles au retour ?

Tu reviens ?

Musique intrigante

-Tu ne savais pas que Ramon était mort. On va te l'annoncer.

Mort dans la nuit de dimanche à lundi,

quelques heures après que tu l'as vu.

Le cœur a flanché, comme on dit.

Ramon voulait aller à Barcelone pour se changer de cette routine,

des valises à double fond, tout cet obscur travail depuis 15 ans.

Et maintenant, tu vas partir à sa place

parce que le travail continue, qu'aucune mort ne l'interrompt.

Musique triste

-Ramon n'avait jamais vu l'Espagne, le pays de ses parents.

Tu vas regarder les vignes sur les coteaux le long de la route

avec les yeux de Ramon. Tu vas éprouver les joies de Ramon.

-Tu ne savais pas que Ramon était mort.

Il y avait de l'ombre,

des arbres, du soleil, et Ramon était mort.

La mort fait entrer du soleil dans ta vie. On te l'a dit.

Tu as ri

et tu aurais dû crier, lui dire de se taire,

car c'est l'ombre de Ramon qui est entrée dans ta vie,

l'ombre qui était sur toi depuis le 1er jour

de ta vie.

Tu penses qu'il n'y aura pas

de grève, mais tu es repris par la fraternité de nos combats,

par l'allégresse obstinée de l'action.

Tu vas retrouver Juan, l'accompagner

à Madrid.

A nouveau, tu vas frapper à des portes.

Aux inconnus qui t'ouvriront, tu diras

que le soleil se lève sur Benidorm

ou que les amandiers sont en fleur dans le jardin.

Ils te feront entrer, et vous serez ensemble,

car ce sont les mots de passe.

Tu vas te regarder avec les yeux de Ramon,

et le ciel, et les vignes, et le visage des inconnus.

Tu vas avoir les joies

de Ramon, comme si la lutte commengçait aujourd'hui.

-Salut, Pierrot. -Salut.

Le copain est en bas, dans la voiture.

-Oh, merde. -Qu'y a-t-il ?

-Je m'appelle Chauvin.

-Je m'appelle André Sarlat. -Et moi Chauvin, Gabriel.

-“"Chauvin" ? Merde. C'est un drôle de nom.

-On se racontera nos vies.

-Les vraies ou les fausses ? -La fausse. Qu'importe la vraie !

-Il faut foncer, paraît-il ? On va foncer.

Tu m'expliqueras.

C'est la Tre fois. -Tu verras, c'est très simple.

On fonce ? -Allez.

-Mon père est rentré dimanche. -La concierge m'avait dit lundi.

-Elle est vieille, elle mélange tout.

-En effet.

J'aurais voulu jeter un œil sur son passeport.

-Je l'ai là.

-Tout est en ordre.

Je regrette de vous avoir dérangée.

La politique, c'est compliqué.

À la frontière espagnole, Il n'y a pas que la contrebande.

Dimanche, on nous a signalé une voiture,

et le passager de cette voiture.

Un type qui est brûlé à Madrid, qu'ils ont laissé passer

parce qu'ils étaient sûrs de l'avoir au retour.

Enfin, c'est ce qu'ils disent.

Parce que si le passeport de votre père est là,

il ne peut pas se balader ailleurs.

Encore un faux renseignement.

La politique, c'est toujours compliqué.

Il y a des types qui sont clandestins, comme ça,

et un beau jour, ils deviennent ministres.

-Papa, il faut prévenir tes amis.

Les amis de Domingo.

Ils sont venus pour le passeport.

Oui, je viens tout de suite.

-Vous êtes chanceuse. Une place vient d'être annulée.

Pas de bagages ? -Non.

-Embarquement immédiat.

Bon voyage.

-Merci.

-Alors, ça y est ?

-J'ai mon billet, ça y est.

-Vous vous souvenez bien ?

-Oui, très bien.

-L'adresse et ce qu'il faut dire ?

-45, rue Rebord, 3e étage, à droite.

Je dis à Teresa que le soleil se lève sur Benidorm.

-Et qu'il n'aille pas à Madrid. Qu'ils reviennent,

Juan et lui, par des routes différentes.

-C'est ça, qu'ils reviennent. -Bien.

Je ne comprends pas pourquoi Carlos ne nous a pas parlé

de cet incident à la frontière.

Enfin, on verra bien.

Mais ça va marcher.

Vous avez juste le temps, maintenant.

Mais ça va marcher.

-Merci.

Musique douce

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