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Je connais cette histoire, ces sentiments.
Je connais tout d'eux.
Je sais le mal qui les ronge.
Cette folie qui s’accroît.
Cette dépendance honteuse.
Moi aussi, j'ai aimé.
Il avait répondu à une annonce dans une revue pornographique.
Non pas qu'il ait absolument besoin d'un boulot,
non pas qu'il soit en manque de sexe.
Il aimait juste l'idée de se créer volontairement une vie parallèle.
Il aimait l'idée de l'interdit, de la face cachée.
Bien sûr, il aimait aussi l'idée de gagner du fric... en se faisant sucer.
T'es à l'heure, c'est déjà ça.
- T'es propre ? - Heu, oui.
L'hygiène, c'est très important dans ce boulot.
On ne peut pas se permettre n'importe quoi,
on a une grosse structure quand même, on une clientèle d'habitués,
des gens connus, tout ça...
Tu veux boire quelque chose ?
Non merci, c'est gentil.
Comme tu vois, au rez-de-chaussée, c'est la partie restaurant.
Les gens qui viennent ici sont à la recherche de tous les plaisirs.
Et ça commence par une bonne table.
D'abord un bon petit plat, avec une bonne bouteille,
et c'est là que se créent les premiers échanges.
Vers 23h on commence à mettre de la musique.
Les gens dansent,
font peu à peu connaissance,
et puis pour ceux qui en ont envie,
bein, ils montent à l'étage.
Aller viens, je vais te montrer, suis-moi.
Là, un grand lit avec des voilages.
Et ça, c'est le coin un peu réservé aux femmes ici.
Les hommes, eux, ils viennent ici, là au bout du lit, derrière le mur.
Pour regarder.
Il y a un petit renfoncement, là-bas,
pour mâter de plus près.
Et la suite, une salle de bain avec deux grandes douches pour ceux et celles
qui veulent... s'y retrouver.
Il y a de tout pour se démaquiller, se remaquiller.
Quand ils prennent leur plaisir,
je peux t'assurer que le rimmel n'y tient pas le coup.
Tu verrais, elles ont les larmes qui coulent.
Bon du dentifrice, aussi là.
Pour les reins et les bouches, entre deux chattes, c'est la moindre des choses.
Pour suivre,
les deux seules pièces qui ferment à clef, réservées aux membres du club,
s'ils veulent rester tranquille,
bein... Ils peuvent y rester toute la nuit, jusqu'au matin.
Aller, viens. Je vais te montrer ton bureau, c'est au sous-sol.
Tu comprends pourquoi je te parle d'hygiène.
C'est une règle dans ce milieu.
Imagines qu'une cliente se plaigne d'une odeur de pisse.
Ça fout la boutique en l'air.
Autre chose importante,
ne lier aucun contact avec les clients.
Que ce soit avec un pédé, ou une de ces bourges en tailleur,
j'en ai rien à branler,
je ne veux pas d'histoires. Compris ?
Si non, c'est dehors.
On a une clientèle classieuse, le privilège des beaux quartiers, quoi.
Bon, des pédés, on en a pas beaucoup, c'est pas trop leur coin.
Tu seras derrière le mur. Tu vois les trous ?
Enfin tu connais, c'est ça les glory holes.
Tu m'attends ici, je reviens tout de suite.
Tu dois leur faire plaisir,
les faire jouir !
Tu te laisse faire, tu les laisse faire.
T'es qu'un objet, ils s'en foutent de savoir qui t'es.
Elles, elles viennent pour ça, les chiennes.
Alors ça, tu vois, il faut éviter,
moins elles en voit de toi, mieux ce sera.
De toutes façons, elles ne devraient pas pouvoir jeter un œil.
Tu commences demain à 18h.
Le mercredi on ouvre l'après-midi, c'est le jour des enfants.
Et c'est celui des gonzesses aussi.
Il aimait l'idée du plaisir aveugle et l'innocence qui s'en dégageait.
Il aimait l'idée de devenir objet de fantasmes,
qu'on allait se régaler de son corps,
même en partie.
Jamais avant, il ne s'était regardé dans une glace, en se demandant s'il était prêt.
Prêt à faire don de ce qu'il voyait, de ce qu'il était.
Il n'était plus une image, il devenait matière,
relief,
envie,
il avait peur, il était fier.
Alors c'est toi le nouveau ?
Ça fait plaisir de voir des nouvelles têtes.
Faut pas t'en faire, au début on était comme toi,
le premier jour on a du mal, et après on s'y fait.
Tu verras, pas tant l'idée de pas savoir qui est derrière qui excite,
c'est plutôt le plaisir que tu prends du bouche, d'une chatte,
et le plaisir qu'elles prennent de ton sexe.
Ici, pas de blabla, pas de préliminaires minables, tu jouis et c'est tout.
C'est ce qu'elles veulent, c'est pour ça qu'elles viennent.
C'est vrai qu'aujourd'hui, ce n'est pas une grosse journée, mais ne t'en fait pas,
Suffit qu'elles apprennent qu'il y a un nouveau, et elles ne te lâcheront plus.
De vraies chiennes !
Aller, ciao, bon ...
Il était las, trop las peut être.
L'excitation diminua au fil des jours.
Il apprît que le désir exècre la régularité.
Mais il était déjà trop tard.
Il était aspiré,
aspiré par ce trou où il fourrait sa bite,
et où on venait se la convoiter.
Il avait désormais besoin de cette jouissance violente, sale et quotidienne.
Besoin de décharger son venin,
besoin de son glory hole,
de cette paroi puante de ses antécédents,
besoin de ce plaisir qui n'en était plus un,
aller dans le mur.
Ce fut d'abord son parfum, inédit et enivrant,
comme sa façon de goûter à lui.
Ce fut le début d'une période où il attendait le mercredi.
Pour elle.
Le mercredi,
toujours le mercredi,
toujours à inspecter les sexes érigés,
un à un au travers de la paroi,
Elle restait debout, et touchait son sexe,
longtemps,
en préambule.
Ensuite, elle s'accroupissait, l'embrassait du bout des lèvres,
le caressait du bout du doigt,
puis du bout de sa langue abondamment mouillée de sa salive bouillante.
Pourquoi c'était ici, leur point d'intersection ?
Elle n'était pas comme les autres, elle.
Et il le savait.
Elle n'avait pas les mêmes préoccupations,
les mêmes envies,
les mêmes besoins,
ni les mêmes raisons d'être là,
accroupie,
à lui lécher la bite,
presque amoureusement.
Le mercredi,
toujours le mercredi.
Alors, tout devenait fou,
il s'était cru à l’abri derrière sa paroi,
glory hole.
Mais non,
non,
non au contraire,
l'imagination avait joué comme un catalyseur.
Il ne fallait surtout pas qu'ils te voient.
T'imaginer seulement,
toi et ta pudeur publique, ta putinerie souterraine.
Contre l'amour, lui avait-on dit,
s'empêcher de voir,
et d'entendre.
C'était devenu ton nom, Glory-Hole.
La lumière, et l'abysse.
Tu n'avais pas de prénom,
pas de nom propre,
car tu ne l'étais pas.
Tu étais sale.
Sale,
dégueulasse,
une petite pute derrière un mur de bois,
pourtant ils t'aimaient, Glory-Hole,
ils t'aimaient.
Tu le dominait, Glory-Hole.
Tu l'avais sous tes ordres.
Et lui, trop imbécile, toujours au garde-à-vous,
il aurait tué pour ne pas manquer un mercredi.
Son jour du Seigneur.
Tout ce qui le polluait, toutes ces pensées impures,
tu les faisaient disparaître.
Il y a quelqu'un ?
Non, je suis fermé.
Barrez-vous.
- Mais, j'ai payé. - Barrez-vous !
Longtemps,
un an,
un désert,
jusqu'à hier.
♪ Ce n'est pas toi ♪
♪ J'aime ta peau, ton cou, ♪
♪ et ton eau de parfum. Beaucoup. ♪
♪ J'aime d'abord surtout ♪
♪ la nature et dans tous les goûts ♪
♪ Glory hole. ♪
♪ Glory hole. ♪
♪ J'aime ta peau, ton corps, ♪
♪ et les tours de ta bouche en cœur. ♪
♪ J'aime surtout ta bouche, ♪
♪ tout le cœur, ♪
♪ Glory hole. ♪
♪ Glory hole. ♪
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