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Original subtitles

Ce film est basé sur la vérité historique

de même que les principaux personnages et les faits qui y sont relatés.

Sa Majesté s'est surpassée !

Un chef-d'œuvre, digne du talent de Sa Majesté !

La coquine fourrage dans les jupons des religieuses !

Je me demande qui aura ce soir les faveurs de Sa Majesté.

Quelle manne bienfaisante !

- Des travestis à la cour ! - Il y en a qui ne doutent de rien !

Une garce de province !

Une création des plus originales, Majesté.

"La naissance de Vénus".

Fasse le ciel que je puisse Vous aider à faire naître une nouvelle France

où l'Église et l'État ne feront plus qu'un.

Amen.

LES DIABLES

Et puissent les protestants être chassés de ce pays.

- Avancez, bâtards de protestants ! - Allez, grouillez-vous !

Je le répéterai pas.

Tirez, bande de porcs protestants !

Poussez !

Les guerres de religion

sont terminées.

Catholiques et protestants ne se combattent plus.

Nous avons survécu.

Et nous devons notre survie

à la sagesse

et à l'humanité

d'un seul homme.

Georges de Sainte Marthe.

Gouverneur de Loudun.

Car c'est lui qui prôna l'égalité des croyances,

pour maintenir la paix.

Préservant ainsi notre cité de la guerre civile.

D'autres villes furent moins fortunées.

Et voici que la peste a tué notre bienfaiteur.

Peuple de Loudun,

chaque fois que vous contemplerez nos remparts

demeurés intacts et fiers,

quelle que soit votre foi,

je suis sûr que vous éprouverez le besoin

d'ériger dans vos cœurs un temple

à la mémoire de celui qui sut vous les conserver.

- Descends de là, c'est mon tour ! - Non ! Je n'ai encore rien vu.

Fais vite, ou il sera parti.

- Est-il si beau qu'on le dit ? - Je ne vois rien.

Ça y est, je vois la procession, il va gravir l'escalier.

Voilà, je le vois !

C'est le plus bel homme du monde !

Sœur Agnès !...

Pourquoi avoir délaissé vos prières ?

Nous guettions l'abbé Grandier.

Nous regardions la procession funéraire de M. Sainte Marthe, Révérende Mère.

Satan est toujours prêt à nous séduire avec des pensées voluptueuses.

Vous prierez avec plus de ferveur pour le gouverneur

si vous ne voyez pas l'enterrement.

C'est là qu'est la force d'un ordre cloîtré.

Je sais, Révérende Mère, mais c'est un requiem solennel

et le Cardinal nous eût accordé une dispense pour y assister.

L'autorité de votre oncle, le Cardinal, n'est pas en cause, sœur Agnès.

Si la vie contemplative ne vous convient pas

il fallait enter chez les Clarisses avec les pauvres,

pour soigner les pestiférés et nettoyer la vermine de leurs taudis.

- Mère, j'aime notre Ordre. - pour satisfaire vos aspirations

vous nettoieriez le couvent de fond en comble, à genoux

tout en priant pour l'âme du défunt ?

Chaque jeudi après-midi, il couche avec la dentellière,

et ensuite, va confesser. Quelle hypocrisie !

ses pénitentes ne valent pas mieux, les jolies du moins.

Elles font ça dans la sacristie, à deux pas du Saint-Sacrement.

Moi, avec Grandier, je ferais ça n'importe où, même sur l'autel !

- Chut, c'est sacrilège ! - Regardez, le voilà.

Il vaut la peine qu'on se damne pour lui, hein ?

Ne me regardez pas !

Je suis belle !

Ôte-moi ma bosse !

Seigneur, montre-moi le chemin qui mène à toi,

Prends-moi dans tes bras.

Que le sang coule entre nous et nous unisse.

Grandier.

Traduis au fur et à mesure, ligne par ligne.

"Le plaisir dans la luxure est fugace et malsain.

"Et le dégoût...

La lassitude.

"Et la lassitude succède au désir."

Continue.

Assez, je déteste le latin !

Ton père t'envoie ici pour que je t'enseigne le Latin.

Et nous...

ne devons pas le tromper.

"Mais en cette villégiature immuable,

"repose tranquille et oublie le temps.

"Ni lassitude, ni honte.

"Aujourd'hui, demain, tout ne soit que plaisir.

"Qu'il n'ait pas de fin

"mais un perpétuel commencement."

Pourquoi pleures-tu ?

Je suis enceinte.

C'est donc fini.

Mon enfant, porte ta croix en bonne chrétienne.

J'ai peur.

Naturellement.

Comment puis-je reconnaître l'enfant ?

J'ai très peur !

Et notre amour était si brave !

Chaque nuit, cet été !

Jamais nous n'avions peur en nous enlaçant.

Tu t'en souviens ?

Comme nous riions en éveillant la bête.

- À présent, elle nous a dévorés. - Aide-moi.

Nous, qui pensions nous sauver réciproquement.

- L'ai-je vraiment cru ? - Je t'aime.

Oui, je l'ai cru.

Je me souviens d'un jour où tu t'étais surpassée.

J'étais comblé de ces aveux impudiques que provoque un accouplement parfait.

Et je pensais...

en toute sincérité, que le corps pouvait transcender son but.

Qu'il pouvait devenir pur, au point de se muer en objet de pureté telle

qu'on puisse l'idolâtrer sans limite.

Tout devient licite. Tout est bien.

ce qui nous mène à comprendre

la hideur d'exister.

Mais où en sommes-nous maintenant ?

Un œuf...

symbole de solitude, de lassitude,

de dégoût.

Où est l'amour ?

Où, en effet ?

Va trouver ton père.

Dis-lui la vérité.

Qu'il te trouve un bon époux.

Il en existe.

Aide-moi.

Comment ?

Prends ma main.

C'est comme toucher un mort, non ?

Adieu Philippine.

Hâte-toi.

Tiens bon.

Il a des fuites.

Sortez vos morts !

Ils sont tous morts, tous morts !

M. l'Abbé, venez vite.

Ma mère se meurt !

Un léger saupoudrage de pollen d'eucalyptus, cela embaume.

Du Grec kaluptos. une fleur à corolle fermée.

Un piège pour l'héroïque frelon.

Le guérisseur hyménoptère.

- Poison exorcisant le poison. - Il tue ou guérit !

Hier, du gui en poudre, du suc de cerise noire...

C'est un remède reconnu ! Personne ne s'est jamais plaint !

Sangsues, vipères séchées,

salsepareille et gousses de pavot, quoi encore ?

Des frelons ?

Quelle nouvelle folie est-ce là ?

- Un crocodile ? - Ils vont par paires.

Reptile simien. Circulation corpusculaire.

Une aide inestimable.

Tournez vos regards vers Dieu, mon enfant. Réjouissez-vous.

Vous êtes sur le seuil de la vie éternelle.

Je vous envie.

Sortez vos morts !

Prions ensemble pour elle.

Seigneur, daigne accueillir l'âme de ta servante, Madame...

de Brou.

de Brou.

Morte en ce monde, qu'elle revive auprès de Toi.

Si, sa vie durant, elle a péché,

par fragilité humaine,

Seigneur, dans Ta miséricorde,

pardonne-lui.

- Amen. - Amen.

Où es-tu ?

Caché parmi les cadavres, c'est ça ?

Montre-toi, espèce de lâche ! Les morts ne te sauveront pas.

- Où est-il ? - Qui cela ?

Le curé, ce profanateur de la vertu.

Aucune femme ici n'est à l'abri de sa convoitise.

- Ni mère, ni fille. - Vivante ou morte.

Pas de nécrophilie !

Putains !

Il pue la putain cagote

Assez ! Vous calomniez ma fille.

Il est dans cette maison, M. le juge.

Le voilà.

Tu as souillé ma fille !

Ma brebis innocente !

Même la brebis la plus innocente

est destinée au bélier lascif, M. Trincant.

Tu as taché sa pureté liliale.

Sauf dans les sermons, ou au ciel,

même les lys se décomposent et pourrissent.

Attrapez !

Je vous retrouverai en enfer !

Où je piétinerai mes bâtards avortés, sans aucun doute.

Tu es immonde, tu seras maudit !

On devrait le signaler au Pape.

Et aussi engager des poursuites, M. le Magistrat.

Mon cousin me dit que sa fille est enceinte.

Vous avez vos putains. Pourquoi elle ?

- Ça semblait un moyen. - Un moyen de quoi ?

Je comprends enfin que les choses matérielles

n'ont qu'une finalité pour un homme comme moi.

Le pouvoir, la politique, la richesse, les femmes,

l'orgueil, l'ambition...

Je les choisis avec le même soin que votre cousin, M. Trincant,

choisirait une arme.

Mon intention est différente.

Voyez-vous,

j'ai besoin de les retourner contre moi-même.

Et entraîner votre propre fin ?

J'éprouve un grand besoin de m'unir à Dieu.

Vous faites injure à votre robe.

Je vais à la messe tous les jours.

J'aime Dieu.

À présent que mes parents sont morts, je suis libre de Le servir.

Je sais que j'ai la vocation, Révérende Mère.

On dirait une martyre vierge dans un livre d'images.

Très pieuse.

Un habit de deuil très convenable.

Quel joli rosaire !

Il appartenait à ma mère.

Ah oui, L'Imitation de Jésus-Christ.

De l'argent massif.

Et le regard baissé.

Qui cache quoi ? Vertu ou lascivité ?

Vous avez donc un péché au moins. Le péché d'orgueil.

Savez-vous pourquoi nous sommes ici ?

Parce que vous aimez Notre Seigneur Jésus-Christ

et souhaitez Le servir.

La plupart sont des femmes nobles qui ont embrassé la vie monastique

parce que l'argent manquait à la maison pour leur assurer une dot.

Ou trop laides pour être mariées. Un fardeau pour la famille.

Les communautés où les âmes se consumaient dans l'amour de Dieu

sont mortes dans les cendres grises des mariages de raison.

Voici un livre

écrit par la fondatrice de notre Ordre, Angèle Merici.

Étudiez-le et revenez me voir. Je vous questionnerai.

Merci, ma Mère.

Dieu vous bénisse.

Pas étonnant que le prêchi-prêcha d'Angèle Merici vous ait perturbée.

La plupart des religieux croient qu'en criant "Seigneur ! Seigneur !"

assez souvent, ils entreront au paradis.

Des perroquets peuvent en faire autant sans grande chance de succès.

Vous ferez plus de bien hors du cloître.

Parmi les Ursulines ou les Carmélites, vous pécheriez par trop de modestie.

Votre place est ici, à Loudun.

Et votre vocation :

donner un exemple de sagesse à ces vierges ridicules

dont les pensées vaines tournent en rond.

Maintenant, je dois aller confesser.

Oui, M. l'Abbé. Merci.

Mon Père, j'ai péché.

Et je viens demander votre absolution.

À quand remonte votre dernière confession, ma fille ?

Tu devrais le savoir !

C'est une église, pas une place de marché.

Parlez avec respect.

Tu m'as aimée, je le sais.

Toutes ces heures passées dans les bras l'un de l'autre...

Assez !

Cessez de vous vautrez dans votre bauge.

Et la tienne ? Si on parlait de tes péchés ?

Se confesser, c'est demander pardon.

Non accuser les autres. Silence !

Que vais-je faire ?

Votre humiliation n'est rien.

Si Dieu veut vous voir souffrir, vous devez vouloir souffrir.

Et l'accepter volontiers.

Allez maintenant.

Ne péchez plus.

Et en pénitence,

passez le reste de la journée à genoux devant Dieu,

et priez pour Son pardon.

Je vous absous de vos péchés.

Pardonnez-moi, mon Père, car j'ai péché.

À quand remonte votre dernière confession ?

À une semaine.

Qu'avez-vous à me dire ?

J'ai péché par orgueil.

Nous devons rester vigilants.

J'ai travaillé toute la nuit auprès des pestiférés

et j'étais contente de moi.

Dieu permet que nous soyons satisfaits de notre travail.

J'ai aussi péché par colère.

Dites-moi.

Sœur Jeanne m'a provoquée et j'ai souhaité qu'elle aille... ailleurs.

Vous êtes absoute.

Y a-t-il autre chose ?

D'autres attendent.

J'ai eu des pensées impures.

De quelle nature ?

À propos d'un homme.

Quel est son nom ?

Je pense à lui aux petites heures du matin.

La chaleur est étouffante dans ma chambre.

Mes pensées sont immorales et pourtant si tendres.

Mon corps... Je souhaite qu'on le touche.

Essayez-vous de chasser ces pensées ?

- Ou les aimez-vous ? - J'ai prié.

Voulez-vous en être délivrée ?

- Répondez. - Non.

Je voudrais prendre... posséder...

Tuez-moi, je vous aime... lui...

Je l'aime.

Au couvent, j'aurais été à l'abri.

Je vous aime.

Allez chez moi,

et attendez-moi.

Pardonnez-moi car j'ai péché.

Mais vous êtes venue hier.

Oui, mais depuis j'ai péché par...

péché par... C'était quoi, déjà ?

Si vous avez oublié,

peut-être que Dieu aussi.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour moi, pauvre pécheresse.

Je Vous salue Marie pleine de Grâce, le Seigneur est avec Vous.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes

et Jésus, le fruit de Vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu,

priez pour moi, pauvre pécheresse.

Je veux vous dire...

Oui ?

Vous savez ce qu'est l'acte de chair ?

Oui.

Je veux vous dire, Madeleine,

que parmi les vêtements tombés à terre

et les attouchements

et la sueur

et les draps souillés,

au centre de tout ça,

il y a de l'amour.

De l'amour humain ?

Vous le comprenez ainsi ?

Je pense que oui.

Est-ce que je vous aime ?

Je pense que oui.

Que puis-je vous donner d'autre ?

Je suis quelqu'un de simple.

Je vois le monde tel qu'on me l'a appris.

J'ai péché mais je ne crois pas que Dieu m'ait abandonnée.

Je ne craindrais pas d'aller devant Lui avec vous,

malgré notre péché.

Vous me faites honte.

Partez.

Je vous ai blessé.

Je vous ai blessé. Pardonnez-moi.

Partez.

Ô Dieu, aidez-moi.

J'aime cette femme.

Faites que nous trouvions un chemin ensemble vers Vous.

Le cinquième Mystère Douloureux du Rosaire :

Le Crucifiement de Jésus.

En prononçant ces Ave,

pensons au supplice que le Christ a enduré

quand ils L'ont cloué sur la croix

où Il resta suspendu jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Imaginez Son corps d'une beauté sans égale,

déchiqueté par les clous,

le sang s'écoulant de Ses mains

qui tressautent à chaque coup de marteau.

Et Il a enduré tout cela par amour.

Par amour.

Pardonnez-nous nos péchés !

Le mariage ?

Le mariage est une loi de la Nature.

En conséquence, une loi de Dieu.

Je ne mets pas en question son caractère naturel et sacré

mais sa légitimité pour un prêtre.

On ne trouve aucune loi dans le Nouveau Testament,

qui interdise le mariage.

Il y est même si glorifié qu'il devient un sacrement, non ?

La virginité est également louée comme une noble vertu.

St Paul dit que se marier est bien

mais que rester chaste est encore mieux.

Je suis donc content de bien faire

et de laisser d'autres faire encore mieux.

Jésus n'a jamais interdit aux apôtres de se marier.

La plupart l'étaient.

Ils ont tout abandonné pour Le suivre.

Par commodité, non par obligation.

Vous imaginez ces femmes et enfants

trimbalés dans les déserts et les montagnes ?

Mais ils restèrent bel et bien mariés jusqu'à la fin.

Donc, il n'existe aucune loi divine contraignant Grandier au célibat ?

Je prends pour évangile les mots de Notre Créateur.

"Il n'est pas bon pour l'homme de rester seul."

Vous avez presque rassuré ma conscience.

Qui est le responsable ?

Qui dirige ceci ?

On vous a coupé la langue ?

Qui est responsable de ça ?

Encore une fois, qui dirige ceci ?

Baron de Laubardemont,

président de la Cour d'Appel,

membre du Conseil d'État,

et pour l'heure, envoyé spécial de Sa Majesté

pour la démolition des fortifications de Loudun,

pour vous servir, M. l'Abbé.

Pourquoi Sa Majesté autorise-t-elle la destruction de notre ville ?

Vous devriez être le premier à le deviner et à l'approuver.

Loudun est un nid de dangereux huguenots.

Ils dépassent en nombre les bons catholiques.

Chaque protestant de Loudun est resté fidèle au Roi

tout au long des guerres de religions.

La fidélité d'aujourd'hui ne garantit pas celle de demain.

Ça reste à voir. Où est l'édit de Sa Majesté ?

Ne vous mêlez pas de politique, vos ouailles vous attendent.

Pour la dernière fois,

où est l'édit de Sa Majesté autorisant cette démolition ?

De quel droit un simple curé agit-il comme un gouverneur ?

Sur autorité de feu notre gouverneur, Sainte Marthe.

Me donnant les pleins pouvoirs

jusqu'à la tenue de nouvelles élections.

Tenez.

L'édit de Sa Majesté a été différé.

L'affaire de quelques jours, une simple formalité.

Si l'on arrache encore une pierre de nos remparts,

vous serez mort avant qu'elle n'ait touché le sol.

Arrêtez !

Les travaux sont suspendus jusqu'à l'arrivée de l'édit.

- Dieu vous bénisse. - Y avait que vous pour faire ça.

On n'est pas près de l'oublier.

C'est simple à comprendre, Majesté.

Le gouvernement autonome des petites villes de province

doit cesser.

Il faut commencer par abattre toute forme de fortification.

- C'est donc le tour de notre ville. - Tout va être démoli ?

C'est bien ce qu'ils veulent.

La manœuvre est claire.

Chaque soi-disant "renouveau nationaliste"

ne signifie qu'une chose :

quelqu'un essaye de prendre le contrôle du pays tout entier.

Nos remparts signifient que nous sommes autonomes.

Richelieu ne supporte pas ça.

Il trompe le Roi.

Si la France veut accomplir son destin, elle doit se libérer de l'intérieur.

Les provinciaux ignorants et retors que nous sommes

ne voient pas plus loin que leurs remparts.

Il faut donc les démolir.

Notre horizon en sera-t-il élargi ?

De tels hommes ont la vue courte.

Ils sont fidèles à leur ville, non à la France.

Quand un homme est aussi assoiffé de pouvoir que Richelieu,

il peut justifier ses actions

par des absurdités.

Les fortifications peuvent faciliter une insurrection protestante.

Une fois nos remparts abattus,

nous serons sans défense.

À la merci de n'importe quel ennemi.

Aussi vulnérables

et désarmés qu'un village de campagne.

Et sans cette garantie de notre indépendance,

nos libertés disparaîtront également.

Nous devons écrire au Roi,

affirmer notre loyauté

ainsi que notre confiance en Sa sagesse et Sa justice.

Non.

Toutes les autres villes si ça vous chante, Richelieu.

Si vous y parvenez.

Mais pas Loudun.

Nous avons promis autrefois à ce bon vieux Sainte Marthe,

que Nous ne toucherions jamais à la moindre pierre de sa chère cité.

Vous n'attendez pas que Nous revenions sur Notre parole.

Non, Majesté.

Envole-toi, joli petit oiseau.

Encore un oiseau protestant pour votre gibecière, Richelieu.

Élégamment fait, Majesté.

Ciao, l'artiste.

L'abbé Moussault était un homme très bon.

Dieu en a voulu ainsi.

Mais sa mort nous pose un problème.

Il nous faut un nouvel abbé confesseur.

Je ne vous ai jamais rencontré, Abbé Grandier.

Mais Dieu vous impose à moi, ces derniers temps.

Bénissez cet anneau, Ô Seigneur,

que nous bénissons en Votre nom.

Puisse celle qui le portera demeurer fidèle à son époux,

Puisse-t-elle trouver la paix de l'âme, soumise à Votre volonté,

aimer et être aimée en Vous,

aussi longtemps qu'elle vivra.

J'espère donc que vous deviendrez notre directeur spirituel

et nous apporterez les enseignements dont nous avons besoin.

Bien à vous en Christ.

Avec cet anneau, je t'épouse.

Cet or, cet argent, je te les donne.

Avec mon corps, je te rends grâce.

Et tous mes dons terrestres, je te les offre en dot.

Au nom du Père

et du Fils

et du Saint-Esprit.

Nous devrions sortir au grand jour.

Des cloches devraient l'annoncer au monde entier.

Ça ne devrait pas se faire dans la nuit et le silence.

Mon Dieu, mon mari...

Embrasse-moi.

Fils de juriste. Neveu du chanoine Grandier, de Saintes.

Dix ans au collège jésuite de Bordeaux, élève puis étudiant en théologie.

Après son ordination en 1615, commence son Noviciat.

À 27 ans, après deux ans d'études supérieures en théologie et philosophie,

les Jésuites lui confient la charge de Saint-Pierre, à Loudun.

L'éducation progressiste des Jésuites a rendu votre prêtre hardi et obstiné.

S'il devenait gouverneur de Loudun,

il défendrait pareillement catholiques et protestants.

Et aurait sous ses ordres la ville la plus fortifiée du Poitou.

Tant que Loudun sera debout, nous ne contrôlerons pas le Sud-Ouest.

Ses fortifications doivent être démolies.

On pourrait récupérer les pierres pour édifier votre ville de Richelieu

mais le prêtre ne permet pas qu'on en touche une seule

et le Roi non-plus.

C'est un caprice.

Avec le temps, il comprendra que c'est la volonté de Dieu.

Que fait-on du prêtre activiste ? Il est loin d'être capricieux.

Pour le salut de son âme,

il doit être humilié et son orgueil broyé.

Avec sa formation jésuite, ce sera dur. Leur devise :

"Donnez-nous les sept premières années d'un homme et il sera inébranlable."

J'ai une devise, moi aussi :

"Donnez-moi trois lignes de l'écriture d'un homme et je le ferai pendre."

Les portes.

Je veux épouser Grandier !

Tu as déjà épousé Jésus.

Silence !

Voulez-vous, Madeleine de Brou,

me prendre, moi, Urbain Grandier,

pour époux illégitime ?

Je le veux, Irrévérent Père.

Je nous déclare donc mari et femme.

Et ils ne feront qu'une seule chair.

Sœur Agnès, cessez cette honteuse parodie.

Mais c'est vrai.

Le boucher le tient du chirurgien.

Ça s'est passé la semaine dernière.

Je n'ai plus vraiment la vocation, Révérende Mère.

Et mon confesseur m'a suggéré

que je serais plus utile en ville.

Putain ! Traînée ! Hypocrite !

Pas la vocation ?

Bien sûr, que tu as une vocation.

Fornicatrice !

Chienne sacrilège !

Tentatrice de prêtre, voilà ta vocation.

Ta place est dans un bordel.

Sale putain !

Retourne dans ton caniveau.

Si seulement il m'avait vue la première.

Mon visage sous sa coiffe,

comme un visage d'ange sortant de son nuage,

- et mes yeux... - Excusez-moi.

Notre nouveau directeur spirituel vous attend dans la chapelle.

Grandier !

Oh, Grandier ! Il n'est pas trop tard, vous verrez.

Où est l'abbé Grandier ?

Je suis l'abbé Mignon.

Ma lettre était pour l'abbé Grandier.

L'abbé Grandier regrette de devoir décliner votre invitation.

Je serai votre nouveau confesseur. L'abbé Grandier n'a pas le temps.

Des devoirs pressants le retiennent en ville.

"Des devoirs pressants en ville."

Je dois m'en entretenir avec Dieu.

L'habit est inadéquat. Il faut le retirer.

Il me parle d'amour.

Lubrique, dévergondé,

il me presse de caresses,

luxurieux, obscène,

il pénètre dans mon lit, le soir,

et prend ce qui est réservé à mon divin fiancé, Jésus-Christ.

Quelle forme cet incube revêt-il ?

Une queue !

Grandier.

Pardon ?

Grandier.

Êtes-vous consciente de la gravité de vos propos ?

Oui. Aidez-moi.

Bien sûr, je ne peux rien prouver.

Cette mère supérieure ne semble guère plus qu'une nonne hystérique.

Tout à fait.

Simple conjecture. À présent, la grossesse de ma fille.

N'est-ce pas une preuve suffisante ?

Preuve de fornication, certes.

Oui, mais laïque ou cléricale ? Ce sera plutôt difficile à prouver.

Comme vous devriez le savoir, M. le Magistrat.

Il a raison. Son Excellence a raison.

Je te l'avais bien dit.

Emmenez-la.

Notre preuve à nous est bien assez accablante.

Une messe nuptiale blasphématoire

constatée depuis le fond de l'église, dans une pénombre totale.

Et la fornication, entendue par le trou de la serrure.

J'ai tout noté : à 10h00, 16h00 et 20h30 hier.

Votre patriotisme vous fait honneur mais ce n'est pas assez.

La preuve de l'abbé Mignon est plus prometteuse.

Elle devra être étayée, bien sûr,

mais si c'est un cas authentique de possession par des démons,

et s'il est prouvé que Grandier est impliqué en personne,

alors oui, je pense que ça mérite une enquête.

Je serai heureux de vous apporter un éclairage médical.

Et je saurai interpréter toute émanation chimique ou biologique.

Puis-je participer à titre désintéressé ?

M. l'Abbé ?

Certainement.

Si le cas est authentique, plus on sera de fous...

Elle s'est déjà plainte de ballonnements spasmodiques.

Intéressant.

Pas exceptionnel. Grossesse nerveuse.

- C'est connu. - Rien à voir avec le Diable.

Des gaz.

Conjecture inutile.

Il nous faut un chasseur de sorcières professionnel.

Envoyons quérir l'abbé Barré.

Bonjour, ma Sœur. Je suis l'abbé Barré.

Vous allez bien ?

Très bien, merci.

Parfait.

Es-tu là ?

Es-tu là ?

Montre-toi, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

Ma Chère Sœur en Christ, je dois vous questionner.

À genoux, voulez-vous ?

Vous souvenez-vous de vos premières pensées démoniaques ?

Oui.

J'ai eu une vision.

J'ai vu un homme marcher sur les eaux d'un lac.

Je l'ai séché avec mes cheveux.

J'eus une révélation de l'Amour

qui persista durant mes prières.

Je ne pouvais chasser cet homme de mes pensées.

Qui était-il ?

Une brume m'empêchait de le voir.

Ça ne rime à rien. Cet exorcisme public était une erreur.

Finissons-en avant de devenir la risée de toute la ville.

Nous ne sommes pas convaincus.

Et si notre conviction reste inchangée,

vous savez que vous risquez la damnation éternelle.

La pauvre.

Que vont-ils faire, maintenant ?

Parle.

Il est venu dans ma chambre en souriant.

Nommez-le.

- Il faisait sombre. - Était-il seul ?

Six de ses créatures l'accompagnaient.

Et ensuite ?

Il m'a prise dans ses bras, m'a emmenée dans la chapelle,

chaque créature prit une de mes sœurs avec elle...

Approchez.

Elle dit...

qu'on les obligea à former un autel obscène,

et qu'on les honora.

Puis, mon amour et moi, dans une étreinte nue,

montâmes au ciel et nous baignâmes dans une mer d'étoiles.

J'avais trouvé paix.

Elle est folle.

B'jour.

- Je le pose où ? - De ton côté.

- Fais frisquet. - Faut pas s'en plaindre.

Ce n'était pas un démon.

Elle a parlé avec sa propre voix. Une voix de femme frustrée.

C'est assez.

Ne vous laissez pas abuser aussi facilement.

Son innocence est un leurre.

Un masque trompeur élaboré par Satan.

Sachez-le.

Le Malin est tapi en silence dans quelque recoin de son corps.

Cet examen médical va le révéler, puis nous livrerons bataille.

C'est un fiasco. Il nous faudra d'autres preuves.

Quand Grandier sera absent, faites fouiller son appartement.

Votre fille pourra témoigner, finalement.

Oui, Excellence.

Alors ?

- En tant que professionnel... - Il parle pour moi.

- Je répugne à m'engager. - Quand bien même ?

Disons qu'il y a eu des galipettes.

Ne mâchez pas vos mots. Il y a eu fornication.

Luxure. On l'a prise, non ?

Il ne m'en faut pas plus. Préparez-vous pour l'exorcisme.

Ma Très Chère Sœur...

- Des mesures radicales s'imposent. - Que voulez-vous dire ?

Le Malin doit être chassé.

Bénissez l'eau.

Dans cet instrument se trouve votre salut.

M'entends-tu, Asmodée ?

Grâce ! Grâce !

Ne me touchez pas, bande de nabots fanatiques !

Tu es bien là.

L'Antéchrist a parlé.

Pardon. Je ne le pensais pas.

Pardon ? Après ton blasphème envers notre Seigneur ?

C'est moi qui vous parle, à présent.

Sœur Jeanne des Anges.

Tu parles avec bien des voix.

Seigneur, protège-moi des crocs de Satan.

Silence, démon !

Prêt, Ibert ?

- Nous le sommes. - Alors, expulsez le Malin.

Tenez-la bien.

Je te chasse, esprit infâme.

Ces prêtres sont dépravés.

- Ce sont eux, les hérétiques. - Sœur Jeanne est innocente.

Les prêtres l'ont provoquée à dessein.

- Ils ont profané la maison de Dieu. - Oh, fermez-là !

C'est une insulte au Saint-Esprit.

Qui sont ces dissidents ?

Le petit est Legrand, le boulanger.

L'autre est Rangier, propriétaire du plus grand hôtel.

Nous devrions rapidement acquérir des parts dans la restauration.

Excellent. Les affaires vont bien marcher.

La saison touristique va démarrer tôt.

Il nous faut un plus grand théâtre.

Le Diable a quitté la mère supérieure à 10h45 précises.

Qui est responsable de cette possession, Sœur Jeanne des Anges ?

Un prêtre.

De quelle église ?

Saint-Pierre.

Dites son nom.

Grandier.

N'y vas pas, demain.

Je dois y aller.

Pour le salut de la cité, je dois y aller.

Reste pour étouffer ces calomnies. Ensuite, va voir le Roi.

Risquer de manquer une audience royale à cause d'une nonne folle ?

En mon absence, cette affaire ridicule sera oubliée.

Dors, maintenant.

As-tu offensé cette femme d'une manière ou d'une autre ?

Je ne l'ai jamais vue.

Alors pourquoi s'en prendre à toi ?

Je ne sais pas.

Les femmes cloîtrées...

Elles se donnent à Dieu.

Mais quelque chose demeure, qui languit de se donner à un homme.

Tu imagines être réveillée en pleine nuit par un rêve ?

Un rêve de ton enfance

ou de ton amant.

Ou même la vision d'un bon repas.

À présent, c'est un péché.

Tu dois donc prendre ton petit fouet

et te flageller le corps.

C'est de la discipline.

Mais la douleur

est sensualité.

Et dans ce tourbillon,

tournoient des images d'horreur et de luxure.

Ma chère sœur en Jésus semble s'être focalisée sur moi.

Sans raison.

Un ragot, peut-être. Entendu par hasard et exagéré.

Dans le désert d'une vie frustrée, n'importe quoi peut susciter l'espoir.

Avec l'espoir vient l'amour.

Avec l'amour vient la haine.

Donc, je possède cette femme.

Que Dieu lui vienne en aide dans son malheur et sa tristesse.

Et que Dieu te bénisse

et te chérisse

pendant mon absence.

Vous êtes accusées d'être alliées avec le Diable.

En empêchant l'abbé Barré de guérir Sœur Jeanne,

vous vous êtes rebellées contre la volonté de l'Église,

la volonté du Christ

et la volonté de Son représentant le plus sacré, le Cardinal de Richelieu.

En résistant aux agents de la Couronne dans l'exercice de leur devoir,

vous êtes également coupables de trahison.

Vous êtes des hérétiques impénitentes.

Rien n'est plus vil.

Vous avez trahi.

Vous serez exécutées sur-le-champ.

Arrêtez !

Dieu vient de me révéler

que ces bonnes religieuses

sont décervelées par la fièvre qui tourmente Sœur Jeanne.

Le mal présent dans sa chair

a infecté les corps innocents dont elle avait la charge.

Le péché est aussi contagieux que la peste.

Si l'abbé Barré a raison, mes braves Sœurs,

vous pouvez encore vous racheter.

Vous ne seriez pas les premières à retrouver la raison.

Vous êtes corrompues.

Le Diable est en vous.

L'esprit maléfique de Grandier a pris possession de vos âmes.

Maintenant, vous lui résistez mais il finira par triompher.

Vous crierez ?

Vous blasphémerez ?

Vous ne serez plus responsables de vos actes ?

Dénoncez Grandier, votre maître diabolique.

Et nous vous sauverons.

Juste un mot avant de reprendre la route.

Le Roi fut très compréhensif.

Après avoir lu notre pétition,

il ordonna que nos murs restent intacts.

J'eus du mal à croire qu'une chose si importante se règle aussi facilement.

Plus j'y pense, plus il semble que le Roi fut ému

par autre chose que le simple bon sens.

Je me réveille chaque matin avec tant d'optimisme

que s'en est presque absurde.

La vérité est que Richelieu tient le Roi sous son emprise.

Aujourd'hui, le Roi nous est favorable, mais pour combien de temps ?

Nous aurons besoin d'aide et de courage.

Des pensées étranges me viennent. J'étais comme un homme perdu.

Qui l'avait toujours été.

À présent, pour diverses raisons, j'ai une vague raison d'être.

Je peux me voir comme une petite part de la prodigalité de Dieu,

qui englobe toute chose,

et je sais vouloir la servir.

Je veux servir les habitants de Loudun. Je veux te servir.

Prie pour nous tous. Surtout pour moi.

Dites-moi.

- C'est un ventricule gauche. - Un cœur d'enfant.

Sacrifié lors d'un sabbat, aucun doute.

- Une eau consacrée. - Le sang d'un homme.

Grandier ?

Cette substance ne peut être que du sperme.

- Et ça ? - Une carotte.

Faites place à son Excellence le Duc de Condée.

Je ne souhaite pas interrompre vos dévotions.

Et loin de moi l'idée qu'un membre de la Famille Royale,

aussi proche du Roi soit-il,

doive passer avant Dieu.

À votre service.

Ces folles furieuses sont possédées par des démons ?

Vous êtes adorable !

Sous l'influence d'un prêtre.

Je comprends mieux.

Très amusant. Poursuivez, je vous prie.

Embrasse-moi.

Ce sont des femmes, mon chéri.

Tu as le droit de vomir. Ne les touche pas.

Nous naissons d'elles.

Vilaines choses ! Bouillons de culture !

Des œufs éclos sur des bouses chaudes.

Ne grimace pas, mon bichon. Prends ce parfum.

Il y a des hommes qui les aiment.

Ce pauvre prêtre, par exemple. Il n'a que ce qu'il mérite.

Avec votre permission...

Faites donc.

Je dois d'abord faire une déclaration.

Ceci contient la Sainte Eucharistie.

Ô Père Céleste, je prie pour être démenti.

Que les malédictions de Dathan et d'Abiram tombent sur moi,

si j'ai péché ou été fautif dans cette affaire.

Un geste très louable, bravo.

Léviathan.

Éveille-toi.

Éveille-toi au nom de notre Seigneur.

Pourquoi ne pas leur parler en Latin comme il est d'usage ?

Ils ne maîtrisent pas la langue.

Il existe des démons plus ou moins bien éduqués.

Je suis...

un singe voyageur.

Tout à fait.

Écoute saleté, je vais te dire un nom :

Grandier.

Puis-je essayer ceci ?

Qu'y a-t-il dans ce coffret ?

Une relique venant de la chapelle du Roi.

Une fiole de sang de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Dites-moi.

Quel effet aura cette relique à proximité de ces démons ?

Elle les fera fuir immédiatement.

Mais je ne peux pas garantir qu'ils ne reviendront pas.

Ce serait trop vous demander.

Voulez-vous essayer ?

Au nom de notre Père Céleste, je vous conjure, êtres effroyables,

par cette substance sacrée entre toutes,

de partir !

Je suis libre.

- Je suis libre. - Bienvenue, mon enfant.

Vous voyez ?

Vous voyez ?

Quel mauvais tour nous avez-vous joué ?

Ô Révérend Monsieur,

Quel mauvais tour nous jouez-vous, vous-même ?

Amusez-vous.

Au revoir, Mesdames. Heureux d'avoir été de quelque secours.

Viens, mon chéri.

Le Seigneur est avec vous.

Te Deum !

Je sais que je suis un homme faible et mauvais.

Mais ce voyage m'a peut-être donné la force de changer.

De convoquer en moi

la bonne volonté et la sagesse présentes chez les gens de Loudun.

Le Roi nous garantit nos murs.

À nous de lui montrer que la cité

est la force qui vit dans le cœur des hommes.

Que la cupidité et la discorde ne la détruiront jamais.

Et avec l'aide de Dieu,

nous ferons de nos remparts des terrasses aux couleurs des étoiles.

Sauvez votre âme, ma fille.

Sauvez-nous tous.

Chassez votre tentateur à jamais.

Asséchez ses méfaits en ce monde.

Donnez-nous la paix.

Ne cède pas devant moi mais devant le ministre du Christ

qui t'exhorte et te soumet.

Vous avez transformé la maison du Seigneur en cirque

et Ses servantes en clowns.

Vous avez subjugué le peuple

dans le but de le détruire.

Vous avez perverti les innocents.

Et cette innocente enfant, Madeleine de Brou,

pervertie par votre mariage blasphématoire ?

Il n'y eut aucun blasphème.

Ni culpabilité de notre part au regard de Dieu.

Il est témoin de notre amour.

Je me suis prostituée

pour Grandier !

Je me suis prostituée !

Il a promis de me faire princesse à la cour du Diable.

Il m'a emmenée à un sabbat.

Il a profané mon corps, il était nu.

Il porte les cinq marques du Malin.

La première sur son épaule,

la seconde sur la langue, la troisième sur la croupe,

la quatrième, la cinquième,

sur son testicule droit et son testicule gauche.

Si le sang ne coule pas de ces endroits quand on les coupe ou les pique,

c'est la marque du Diable.

Je suis peut-être vaniteux et orgueilleux,

le plus grand pécheur sur Terre,

mais je ne saurais être le valet de Satan.

Je suis bien trop fier.

Je suis prêt à récolter ce que j'ai semé.

Mais vous, Révérende Mère,

que donnerez-vous en échange de vos souhaits me concernant ?

Je vais vous le dire.

Votre âme immortelle damnée pour l'éternité.

Dieu ait pitié de vous.

Arrêtez-le.

- Pour quel grief ? - Hérésie.

L'abbé Grandier est innocent.

Cette inquisition a été conçue pour incriminer un innocent.

- Arrêtez ces hommes. - C'est l'un d'entre eux.

C'est un cochon du Diable. Il a forniqué avec des femmes.

C'est un complot.

Nous devons les arrêter.

Un plan pour nous le prendre, puis pour prendre notre ville.

Notre liberté.

Pour l'amour de Dieu, ne restez pas plantés là.

Aidez-le.

Seigneur, pardonnez-lui.

Pardonnez-lui.

Ce sont les prêtres qui l'ont brisée.

La langue ne saigne pas quand on la pique.

C'est la marque du Diable.

"... et le dit prêtre, Urbain Grandier, a débauché et souillé ma personne

"six fois entre minuit et l'aube,

"dans la nuit du 13 mai de l'an de grâce 1634."

Et souvenez-vous :

Si vous revenez sur tout ou partie de cette déposition,

vous serez condamnée non seulement dans l'autre monde,

mais aussi dans celui-ci.

Détachez-là.

Elle respire encore.

C'est là l'œuvre de Grandier.

Vous n'en serez libérée qu'après sa traduction en justice.

Ô Christ !

Ô Christ, aide...

Je veux...

Mon Dieu, j'ai besoin...

Je croyais Vous avoir trouvé.

Et voilà que Vous m'abandonnez.

Le Baron de Laubardemont m'informe que vous voulez vous confesser encore.

Oui, je veux faire amande honorable.

Grandier.

J'ai compromis un innocent.

Ma pauvre enfant abusée.

C'est le Diable qui parle à travers vous,

essayant de protéger Grandier.

L'exorcisme a échoué.

D'autres mesures s'imposent.

Avez-vous bien dormi ?

Avec tout ce bruit ?

Ils sont des milliers, là dehors, sans aucun lit pour dormir.

Ils sont bien trop excités.

Par quoi ?

Par votre exécution.

On ne m'a pas encore jugé.

Entendez-le à votre guise. Par votre procès, alors.

Vous allez être torturé.

Comment va Madeleine ?

Elle rédige ses aveux complets de vos péchés mutuels.

Bien.

Je confirmerai donc ses accusations.

Avez-vous pensé aux souffrances qui vous attendent ?

Elles ne sauraient être pires que celles que j'ai vues.

Vrai.

Excepté dans leur localisation, bien sûr.

Elles vous feront oublier celles de vos fidèles.

Je redoute la douleur.

Les juges ne l'estimeront peut-être pas nécessaire.

Ou peut-être qu'après vous être tant adonné au plaisir,

vous prendrez goût à la douleur, sa sœur ingrate,

en nous épargnant les plaintes habituelles.

Je hurlerai et j'avouerai tout.

Allons ! Un homme tel que vous ?

Raison de plus.

Offrez plutôt votre douleur à Dieu.

Vous avez vécu pour vos sens, vous pouvez bien mourir de même.

Je tâcherai, M. le Baron.

J'espère que vous prierez pour moi.

Mais certainement, M. l'Abbé.

Certainement.

Et je prierai pour vous.

Vous avez une consolation :

L'enfer ne vous réservera plus aucune surprise.

Dieu ait pitié de nous deux.

Les preuves contre vous sont irréfutables.

Votre demeure a été fouillée.

On a trouvé divers manuscrits,

parmi lesquels ce pamphlet

dirigé contre Son Éminence, le Cardinal de Richelieu.

Vous avez également monté la populace contre Elle

en l'accusant publiquement.

Des carnets

et des lettres d'un genre...

plus intime ont été découverts.

On a trouvé un traité sur le célibat des prêtres.

L'homme semble avoir été amoureux quand il l'a rédigé.

Et voici les aveux complets écrits par sa femme.

Que lui avez-vous fait ?

Trop ébranlée par sa culpabilité pour venir témoigner en personne,

elle affirme s'être livrée à une parodie de mariage avec l'accusé,

dans sa propre église.

C'était un vrai mariage.

Un engagement consenti de tout mon cœur

dans l'espoir de rejoindre Dieu

à travers l'amour d'une femme.

Nous avons aussi des lettres de femmes

qu'il n'a pas épousées.

L'une d'elles laisse deviner

qu'il a eu des rapports sexuels dans l'enceinte même de l'église.

Pour l'amour du Christ !

Si vous voulez me détruire, alors faites-le.

Accusez-moi de dénoncer les manigances de l'État

et je plaiderai coupable.

Mais quel homme saurait répondre de ses erreurs de jeunesse ?

De vieilles lettres d'amour

fourrées dans des tiroirs ou en bas de placards

et qu'il garde pour le jour où il aurait besoin de se souvenir

qu'il fut aimé autrefois.

Pour en revenir aux preuves...

Des citoyens modérés ont déclaré sous serment

que vous les avez envoûtés pour les conduire à une messe noire.

De véritables démons s'exprimant par la bouche des Ursulines

ont juré inlassablement que l'accusé était un sorcier.

Attendu que, contraint par un Saint Exorciste,

le Diable est forcé de dire la vérité, il s'ensuit que...

Mensonges !

Mensonges et hérésie.

Le Diable est menteur

et le père du mensonge.

Si le témoignage du Diable est recevable,

les honnêtes gens sont en grand danger.

Car c'est contre eux que Satan se déchaîne le plus violemment.

Je n'avais jamais posé les yeux sur Sœur Jeanne

avant le jour de mon arrestation.

Mais le Diable a parlé.

Et mettre sa parole en doute

est sacrilège.

Vous avez complètement perverti les enseignements du Christ.

Cette nouvelle doctrine,

celle de Laubardemont,

celle de Barré,

inventée pour l'occasion,

n'est pas l'œuvre d'hommes qui se préoccupent de faits,

ou de la loi, ou de théologie,

mais une tentative politique de montrer comment la volonté d'un seul homme

peut être détournée pour détruire, non seulement un homme ou une ville,

mais toute une nation.

Ce n'est pas un procès politique.

Emmenez le prisonnier.

La Cour se retire pour délibérer.

Bonjour, M. le chirurgien.

Bonjour à vous.

Bonjour, M. l'apothicaire. Que tenez-vous là ?

Un rasoir.

- Doit-il en être ainsi ? - Oui, ordre de la Cour.

Vos brillantes études vous destinaient donc à ça :

devenir barbier ?

Vous n'êtes pas en position de juger autrui.

Au travail. La Cour attend.

Une minute.

- Avez-vous un miroir ? - Bien sûr que non.

Attendez.

Voici.

Oyez, oyez, bonnes gens, écoutez

L'histoire des diables de la contrée.

Le premier hantait l'âme d'un curé

Qui portait la marque des possédés.

Le second, le cœur d'une sœur cloîtrée,

Damnée dès le jour où elle était née.

Le troisième gardait l'Amour sous clé

Dedans le corps d'une jeune beauté.

Oyez, oyez, bonnes gens, écoutez...

Silence.

Urbain Grandier,

vous êtes reconnu coupable d'avoir eu commerce avec le Diable

et d'avoir recouru à cette alliance impie

pour posséder, séduire et débaucher

des religieuses de l'Ordre de Ste Ursule.

Vous êtes également coupable

d'obscénité, de blasphème et de sacrilège.

Vous irez vous prosterner à genoux

devant les portes de St Pierre et Ste Ursule.

Et là,

une corde autour du cou et un cierge à la main,

vous implorerez le pardon de Dieu, du Roi et de la justice.

Puis, vous serez emmené sur la place du marché,

attaché à un bûcher et brûlé vif.

Après quoi, vos cendres seront dispersées aux quatre vents.

Une plaque commémorative sera apposée dans la chapelle des Ursulines.

Le montant de la dépense, à déterminer,

sera prélevé sur vos biens confisqués.

Enfin, avant que la sentence ne soit exécutée,

vous serez soumis à la question ordinaire et extraordinaire.

Sentence prononcée à Loudun, le 18 août 1634,

et exécutoire le même jour.

Avez-vous quelque chose à dire ?

Je suis innocent des chefs d'accusation.

Et j'ai peur.

Mais je garde l'espoir qu'avant la fin du jour,

Dieu Tout Puissant

voudra bien jeter un œil sur mes souffrances

et qu'elles rachèteront ma vie vaine et dissolue.

Amen.

Reconnaissez votre culpabilité.

Nommez vos complices.

Les juges sauront peut-être se montrer cléments.

Je n'ai aucun complice.

Ces crimes ne sont pas les miens. Arrêtez ces sottises.

Nous savons tous deux pourquoi j'ai été jugé

et prononcé coupable.

Diable ! Sorcier !

Hérétique !

Ne l'écoutez pas.

Ce n'est pas de la dignité mais de l'orgueil.

Un orgueil impénitent.

Son calme n'est que l'insolence éhontée de l'enfer.

Faites évacuer la salle.

Nous Vous implorons Dieu Tout Puissant,

pour que dans Votre bonté, vous bénissiez ces instruments.

Des démons dans des bouts de bois, à présent ?

S'ils ne sont pas chassés, les vôtres pourraient s'allier à eux

pour que la torture soit moins atroce.

Vous ne passeriez pas aux aveux

et votre âme serait damnée pour l'éternité.

Êtes-vous prêt à avouer ?

J'ai été un homme.

J'ai aimé les femmes.

J'ai aimé le pouvoir.

Ce n'est pas ce que nous voulons.

Vous avez pratiqué la magie.

Vous avez eu commerce avec des démons.

Je t'exorcise et ordonne aux esprits

au nom de Dieu,

de quitter cet homme.

Avouez !

Croyez-vous en conscience

qu'un homme devrait avouer des crimes qu'il n'a pas commis,

juste pour calmer ses souffrances ?

La faiblesse est humaine.

D'autres cales.

Mon Dieu, faites que cette douleur ne me détourne pas de Vous.

Il a avoué ?

Il demande à Dieu de lui donner du courage.

Son dieu est le Diable en personne, qui le rend insensible à la douleur.

Ne prêtez pas attention à ces larmes.

- Ce sont celles du Diable - Vous avouez ?

Six mille âmes chrétiennes vous attendent sur la place.

Dites-moi,

Aimez-vous l'Église ?

Pas aujourd'hui.

Voulez-vous la voir plus puissante ?

Qu'elle devienne la mère bienveillante de l'humanité entière ?

Alors aidez-nous à accomplir ce grand dessein.

Venez sur la place en pénitent. Avouez.

Et proclamez ainsi à cette multitude

que vous êtes revenu dans les bras de l'Église.

En allant au bûcher sans repentance, vous faites du tort à Dieu.

Vous encouragez les athées.

Un tel acte peut miner les fondations de l'Église.

Vous n'avez plus aucune importance.

Réfléchissez. Êtes-vous encore important ?

Je n'ai jamais été...

important.

Alors faites un ultime beau geste pour la foi catholique.

Allez-vous-en, Laubardemont.

Vous devenez pénible.

Savez-vous que grâce à vous, le Roi est revenu sur Sa parole ?

Les remparts seront abattus et la ville détruite.

Nous avons gagné.

- Vous avez perdu. - Gagné.

Signez.

Vous signerez.

Debout.

Où sommes-nous ?

Devant le couvent de Ste Ursule que vous avez profané.

Faites ce qu'il faut.

Demandez pardon à ces femmes que vous avez offensées.

Je n'ai rien fait de tel.

Je demande juste

que Dieu leur pardonne.

Il évoquait toujours votre beauté.

À présent, je vois de mes propres yeux qu'elle est bien réelle.

Regardez cette chose que je suis devenue

et apprenez ce qu'aimer signifie.

Démon.

Démon.

Je vous demande pardon pour ce que je dois faire.

Vous aurez le droit de faire une déclaration

et avant qu'on allume le feu, je vous étranglerai.

Ce sera rapide, je vous le promets.

Avouez.

Implorez le pardon.

Pardonnez-moi d'avoir si mal défendu votre ville.

Voyez comme il recule. Comme il renie son Rédempteur.

J'ai fini ma confession.

Donnez-moi le baiser de paix et laissez-moi mourir.

Embrasser le Diable, l'Esprit du Mal ?

L'Antéchrist, le cloaque des iniquités ?

Jamais.

Le baiser ! Le baiser !

Un feu insatiable se prépare pour l'Impie,

( Embrassez-le )

pour le Chef du meurtre irrémissible,

( Embrassez-le )

le Prince des sacrilèges, le Maître des pires actions,

Judas ! Judas ! Judas !

Avouez que vous êtes le serviteur du Diable

Reniez votre maître.

Je vais bientôt rejoindre Dieu qui m'est témoin.

Et j'ai dit la vérité.

Avouez. Vous n'avez plus qu'un instant à vivre.

Plus qu'un instant

et puis j'irai devant ce tribunal redoutable

où vous aussi, Révérend Père, comparaîtrez bientôt.

Que le feu éternel consume votre corps.

Arrière, curé ! Il doit être étranglé.

Je lui ai promis.

Étranglé ! Étranglé !

Est-ce cela que vous m'avez promis ?

Où est le nœud coulant ?

J'en ai besoin.

Les flammes... je ne peux pas.

Désolé, curé.

Brûle ! Brûle !

Regarde, bâtard.

Regarde comment on venge l'honneur de ta mère.

Heureux petit bâtard.

C'est pas tous les jours qu'on voit son papa brûler vif.

Ne me regardez pas !

Regardez votre ville.

Votre ville est détruite.

Votre liberté aussi.

Impénitent jusqu'au bout, le Malin parle encore.

Avouez !

Si vous voulez rester...

libres,

luttez.

Combattez-les ou devenez leurs esclaves.

Je purge mes propres démons.

Quels démons ?

Isacaaron, Balaam...

Ils disent pouvoir tenir tête à l'église mais ils n'auront pas cette garce.

Vous êtes hystérique.

Où est l'abbé Barré ? Je l'attendais.

Il part pour Poitiers.

On y a dénoncé une nonne qui a commerce avec votre Isacaaron

sous la forme d'un chien à trois pattes.

Et l'exorcisme public demain, à St Pierre ?

L'abbé Mignon peut-il...

Il a sombré dans la démence.

Il bredouille sans cesse qu'on a détruit un innocent.

Et sans aveux signés prouvant le contraire,

c'est aussi l'avis de tous.

C'est regrettable.

Mais Grandier parti, vous n'êtes plus possédée.

Que vais-je faire ?

Prier pour votre salut, faire pénitence...

Rester sagement ici, bien sûr.

Quoi d'autre ?

Quelques touristes viendront égayer votre quotidien,

mais ça ne durera pas.

La ville mourra bientôt et on vous laissera en paix.

Et dans l'oubli.

Oh, j'allais oublier.

Souvenir.

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