All language subtitles for The.Disappearance.of.Shere.Hite.2023-fre

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Dans le miroir.

Oh oh. - C’est là qu’on regarde. OK.

Oh, fais voir. J’aimerais aller acheter à manger.

Hmm, coupé.

Comment ça va ?

Une seconde.

Carla, allonge-toi sur le canapé.

Allonge-toi bien, chérie.

OK. Je veux vraiment que ce soit vous qui meniez.

Je veux dire, je vais vous poser des questions

- mais vous prenez tout votre temps. - OK.

Vous avez dit que votre livre redéfinit la sexualité.

Le stéréotype de notre culture

est que les femmes doivent avoir un orgasme

suite à un rapport, suite à une pénétration.

Billy Frida, arête de ricaner.

On coupe.

Au début du livre, vous dites :

“la masturbation est réellement l’un des sujets

les plus importants évoqués dans ce livre,

et il y a de quoi se réjouir.”

Parlez-nous-en.

Il y a de quoi se réjouir

car la masturbation représente la sexualité féminine.

En secret, depuis Kinsey,

les femmes savent comment se masturber

et avoir un orgasme,

facilement, régulièrement, avec plaisir.

Les femmes savent comment avoir des orgasmes

quand elles le souhaitent, contrairement au stéréotype

selon lequel les femmes ont un “problème” avec la sexualité.

Ce sont des choses très radicales pour 1976.

Oui. J'avais l'air un peu nerveuse.

Étiez-vous nerveuse ? Vous évoquiez les non-dits.

Bien sûr, j’étais nerveuse.

Pendant ce programme, nous parlerons de rapports sexuels,

de masturbation, d’orgasme, et d’autres sujets couverts

par une enquête nationale extraordinaire sur la sexualité féminine :

le "Rapport Hite".

Votre livre contient ce questionnaire,

j’aimerais savoir pourquoi.

J’étais à la fac,

j’étudiais l’histoire des Lumières et tout ça.

Il me semble que la sexualité est aussi une institution,

surtout dans sa pratique,

le rapport, les préliminaires...

Qui est Shere Hite ?

Une enfance interrompue trois fois par des divorces.

Une sexologue, une chercheuse

et même une historienne,

sa recherche en a fait une auteure de best-sellers.

La société Macmillan

ne pouvait pas produire les livres assez vite.

Le Rapport Hite a donné une voix à celles qui n’en avaient pas,

pour des expériences dont personne ne parlait avant.

Les sensations, les connaissances et l’expérience

de milliers de femmes.

Shere Hite a vendu plus de 20 millions de livres dans le monde.

36 pays et 19 langues.

L’un des meilleurs best-sellers de notre temps

Shere, vous avez fait plus de recherches poussées

sur la sexualité masculine que n’importe qui.

Votre méthodologie fait débat.

Vous êtes jugée par les critiques.

Ce qu’elle dit est toujours controversé.

Pensez-vous que votre travail aboutira à une autre révolution sexuelle ?

Cela amènera des changements

sur la définition de la sexualité entre hommes et femmes.

Cela pose-t-il danger ?

L’égalité ne me paraît pas dangereuse.

Si ça a été possible une fois, c’est encore possible.

Ce que j’essaie de définir...

Le plus mystérieux des organes,

le vagin, la vulve, l’utérus, et surtout le clitoris,

ces noms sur ces organes

ont été réprimés pendant longtemps

dans l’Histoire occidentale.

Pendant des siècles,

on disait que les femmes avaient du mal à avoir des orgasmes.

Les orgasmes des hommes sont beaucoup plus forts,

l’organe sexuel est plus grand.

Tout ceci est faux.

La façon la plus courante d’avoir un orgasme n’a aucun nom.

Le fait qu’il n’y ait pas de nom pour la stimulation du clitoris

dans la plupart de l’histoire

montre que la culture a essayé d’éliminer

les savoirs sur le corps des femmes

et d’éliminer le plaisir des femmes.

LA DISPARITION DE SHERE HITE

Accélération.

Accélération de la caméra. - L’ardoise.

- Oh mon Dieu, comme dans les films. - Oui.

J’habite à Central Park West,

et je l’avais vue dans le quartier, elle habitait en face.

Cette merveilleuse créature avec ses superbes cheveux.

Cette blonde rose fraise.

Un air de Lucille Ball, les cheveux relevés.

Très gracieuse. Toujours habillée de façon somptueuse.

Très frappante, très belle,

elle était spectaculaire quand elle marchait dans la rue.

Je l’avais vue.

Mais je ne savais pas qui elle était.

REGINA RYAN RÉDACTRICE EN CHEF, SOCIÉTÉ MACMILLAN

Je suis allée à une fête féministe.

Tout le monde parlait de ce qu’elle faisait

Soir après soir, bûchant sur des questionnaires ronéotypés

sur le sexe et la sexualité.

J’ai pris contact avec elle et je l’ai invitée à manger.

Un endroit où j’allais souvent,

un restaurant français où la plupart était des hommes.

Et elle est arrivée, grande, élancée.

Son entrée a laissé tout le monde bouche bée.

Elle a chanté : “le clitoris et le vagin”.

J'ai dit : “Oh oui. Vraiment ? C’est intéressant.”

Et tout le monde était fasciné par ça.

Bien sûr, j’étais enthousiaste.

J’ai pris le livre, et j’ai travaillé avec elle dans son appartement,

qui était en face de chez moi.

C’est là où j’habitais, dans le sous-sol du bâtiment.

Voici les fenêtres et la porte de mon appartement.

Mais je l’avais bien arrangé.

À l’intérieur, c’était très beau.

Mon papy m’envoyait à la fac.

J’avais fréquenté des écoles publiques,

mais à Columbia, les frais étaient énormes.

J’avais un prêt du gouvernement.

Mais je me demandais comment le rembourser.

J’étais l’une des seules femmes dans le programme d’histoire.

Ils pensaient que j'enseignerais,

mais je savais que j’étudiais l’histoire car je ne comprenais pas le présent.

On veut Columbia. On veut Columbia.

Pourquoi tant d’inégalités ?

Columbia refusait toujours de modifier ces politiques.

Pourquoi les gens ne s’en souciaient pas ?

Pourquoi tout le monde n’avait pas les mêmes chances ?

Les changements dont nous nous plaignons et pour lesquels nous râlons,

sont des changements superficiels.

Ils sont irritants.

Le jour où j’ai vu Jacques Barzun,

je lui ai dit que j’étais venue à Columbia

car j’admirais son programme,

l’Histoire de la pensée occidentale : de 1789 à aujourd’hui.

D’une voix timide, j'ai dit :

"Avez-vous eu le temps de lire ma thèse de Masters ?"

“Oui, je l’ai lue, mais je ne crois pas que vous l’ayez écrite.

Et je suis sûr que vous n’avez pas la plupart de ces livres

à l’Université de Floride”.

C’était ma première expérience de préjugé de classe sociale,

en plus du préjugé de genre, ouvertement exprimée.

Je n’avais pas du tout d’argent.

Étudiante, je devais gagner de l’argent à côté.

En 1969, les gens me conseillaient d’utiliser mon look pour gagner ma vie.

J’ai rencontré Shere...

MIKE WILSON PHOTOGRAPHE

... quand je gérais un studio à Central Park West.

En parcourant le portfolio de Shere,

on voyait qu’elle avait un style très varié.

Je montrais différents aspects de sa personnalité.

Elle aimait ce que je faisais.

Après ma journée de travail, et après qu’elle ait martelé le trottoir,

Shere apportait ses tenues uniques.

Je mettais les Rolling Stone, ou les Beatles ou Bob Dylan.

Elle préférait avoir son concert de Rachmaninoff favori,

ça ne me dérangeait pas.

Oh, je l’écoutais...

... à peine.

C’était pas grave. C’était Shere.

Je devais gagner de l’argent, quelles étaient mes options ?

Devenir une prostituée ? Une secrétaire ? Me marier ?

À tous les types de prostitution, je préférais un job dans le système.

Le mannequinat m’a donné le plus d’indépendance,

en m’impliquant peut-être le moins.

Était-elle le mannequin pour les deux femmes ?

Oui, ça c’est Shere, et ça aussi.

ROBERT MCGINNIS ILLUSTRATEUR

J’avais un R- Rolleiflex, le meilleur appareil photo qu’on puisse avoir.

Rollei noir et blanc.

Il avait un déclencheur automatique et on pouvait paramétrer le temps.

Elle marchait d’un côté à l’autre devant moi

et j’étais là avec l’appareil

Elle a fait ma carrière, virtuellement.

Elle a travaillé avec des illustrateurs,

car elle n’avait pas assez de travail en tant que mannequin.

Les couvertures et illustrations de livres n’étaient pas du tout appréciées.

Elles étaient vues comme de l’art de bas niveau.

Je faisais ça.

On a travaillé ensemble sur ces couvertures.

On formait une équipe.

Je gagnais de l’argent.

Je définissais moi-même mon travail, qui était parfois artistique.

Tous les jours, je me demandais combien de temps

il faudrait avant que je puisse être utile au monde.

Même avec une agence,

je ne savais jamais combien j’allais gagner

le mois prochain ou la semaine prochaine,

et tous les jours je cherchais du travail.

Shere était toujours à sec.

Elle ne pouvait pas payer le loyer ...

Elle vivait dans ce minuscule appartement.

Quand on y allait,

elle allumait les lumières et les cafards se dispersaient.

Il y avait des rats dans le bâtiment.

Les autres locataires et moi étions embrouillés...

... avec le propriétaire, il éteignait le chauffage en hiver.

Elle était en mode Survie dans cet appartement.

C’était difficile.

C’était très dur, mais elle a survécu.

Ce qui était bien,

c’est que l’appartement avait un petit jardin.

Elle avait un petit chien, appelé Rusty, et il aimait être dehors.

J’étais fou d’elle, on est sortis ensemble un moment.

On était des jeunes du Midwest nouveaux à New York.

Et on aimait être un peu différent.

On allait voir des vieux films ensemble en ville.

Des films des années 30 et 40.

On faisait des photos comme ça.

Shere a trouvé ce chapeau “Greta Garbo”.

Des photos idiotes, rien à voir avec le travail.

Mais son véritable intérêt était plus intellectuel.

À l’université, j’étais spécialisée dans la Révolution française,

la musique classique et l’agriculture dans les Balkans.

Mais j’avais une tendance à remettre en question les faits historiques.

C’était très dur d’être à l’université à cette époque.

KARLA JAY AUTEURE/ACTIVISTE

C’était parfaitement acceptable d’écrire

la dissertation numéro 3483 sur Hamlet de Shakespeare.

Mais si on voulait écrire sur le sexe ou la sexologie,

on les rendait vraiment fous.

Ils m’ont dit de me transférer au service d’études des femmes.

Il n'y avait pas de service d'études des femmes.

Ils essayaient de se débarrasser de nous

et Shere était confrontée à la même chose.

Je me rappelle que Shere était un peu timide.

Elle m’avait dit qu’elle était bisexuelle.

Pour dire ça, comme elle l’a dit,

c’était vraiment très impopulaire à l’époque.

J’ai rencontré Shere à l’Union académique gay.

On se rencontrait souvent au Upper West Side,

un groupe d’étudiants, de professeurs et de chercheurs indépendants

dont le travail était rejeté, ridiculisé, rabaissé.

Les gens venaient avec leurs recherches

sur les colonies d’artiste pour les lesbiennes à Paris, par exemple.

Des hommes gay qui avaient encerclé Virginia Woolf.

Des femmes qui peignaient des femmes.

Incroyable.

Ces choses avaient été réprimées pendant des décennies.

Et on parlait ensemble de notre expérience commune

dans le monde académique.

Columbia fut remplie d’échecs.

Les femmes n’avaient pas leur place. J’ai pris congé.

Ce qui me rongeait,

c’était la passivité attendue des femmes,

ce qui m’a rendue hostile.

Que faire ? Je passe mes journées comme mannequin.

Attrapée dans un piège horrible, c’est incroyable.

Les faux cils étaient nécessaires pour le mannequinat.

Tous les matins, devant le miroir de ma salle de bain,

en les mettant, je me disais :

“Tu gâches ta vie. Tu gâches ta vie.”

Elle m’a dit un jour :

“Essayer de rester belle comme ça, c’est très dur.”

Elle travaillait constamment.

Elle semblait vouloir abandonner à ce moment-là.

Le mannequinat, ce n’est pas bien,

car ça renforce tous les rôles stéréotypés

déjà endommagés dans notre société.

Femme, mère, chérie, canon, grande gueule, salope.

Prenez une organisation avec du psychisme,

et enlevez tout sauf ces caractéristiques,

et vous avez un poulet empaqueté,

sans plumes, prêt à être acheté après qu’on lui ait enlevé tout son jus.

On aura de l’ordre et de la soumission, plus rien en vie pour nous faire peur.

On veut une machine à plaisir.

Un bout de viande crue humide pour nos pénis et pour être réconfortés.

Je ne le supporte plus. Je ne sais pas quoi faire.

Je pleure encore, mes yeux vont encore me brûler demain.

À cette époque,

j’ai fait des photos avec mon ami, le photographe Michael Wilson.

Je considère celle-ci comme une sorte d’autoportrait.

Je suis confrontée à moi-même.

C’est aussi simple que de se connaître, pas votre rôle.

C’est super dur.

Qui est la fille Olivetti ?

La fille Olivetti est la meilleure secrétaire du bureau.

Croiriez-vous que les hommes ne m’ont jamais remarquée

jusqu’à ce que je sois une fille Olivetti ?

Qu’est-ce qu’une fille Olivetti a que je n’ai pas ?

Le bon équipement.

J’ai fait une pub pour une machine à écrire.

Ils m’ont assis devant la machine et j’ai tapé.

Ils ont dit : “Regarde la caméra et flirte.”

Maintenant que je tape mieux, je suis mieux.

J’ai dit : “Pourquoi ?”

Ils ont dit : “Parce que la légende dira...”

La machine avec un cerveau.

La machine si intelligente,

que la femme n’a plus besoin de l’être.

C’est ça ?

Je trouvais ça bizarre.

Après, j’ai lu dans le journal qu’il y avait un groupe de femmes,

qui faisait grève devant cette entreprise

sur Park Avenue.

Grève maintenant ... Le gouvernement.

Je me suis dit : “Ça a l’air bien.

J'y vais ou non ?”

Et j’y suis allée.

J’étais la trésorière de l’Organisation féministe à New York.

JOYCE GOLD ACTIVISTE / HISTORIENNE

Le groupe où j’étais très engagée était le Comité pour l’image de la femme.

J’étais à une réunion,

elle est venue s'asseoir à côté de moi.

Au début, je n’ai pas dit

que j’étais dans une publicité qu’elles décriaient.

En écoutant la discussion animée, j’ai pris confiance

et j’ai chuchoté quelques mots à Joyce, que je venais de rencontrer.

Elle a dit :

“Écoutez. Vous ne devinerez jamais qui est là.”

Tout le monde s’est retourné pour me fixer.

Elles ont dit : “Vous voyez ?

Même les femmes des pubs ne les aiment pas.”

Et les voilà parties à discuter de ce nouveau point.

J’ai bien aimé.

... maintenant...

J’ai beaucoup participé à ce groupe de femmes.

J’ai rencontré des amies que j’ai toujours aujourd’hui.

On est fatigué des cons qui nous emmerdent, hein ?

Oui.

Alors faisons-le pour le Times. N’oubliez pas d’appeler le Times.

C’était nouveau de trouver un endroit où je me sentais bien.

Les débats du mouvement ont rendu

l’Université de Columbia pâle et anémique.

Des idées brillantes étaient émises chaque jour.

On voulait s’approprier les institutions des hommes.

Et voir si on pouvait opérer un changement culturel.

On a pris le Musée d’Histoire Naturelle.

On l’a appelé le Musée d’histoire non naturelle.

Dans les expositions, il y avait des hommes qui chassaient,

qui pêchaient, qui construisaient des maisons.

Chaque femme dans tous les continents du monde avait une casserole.

Chaque femme avait un bébé attaché

à l’avant, et à l’arrière, dans un petit couffin.

Pas seulement les femmes,

mais comment les peuples indigènes du monde étaient représentés.

J'étais dans un espace où je pouvais être moi-même.

Une ambiance qui ne me ferait pas de mal.

Comme une lumière allumée dans l'obscurité.

On a formé des groupes de sensibilisation

L’idée était que vous écoutiez seulement les voix des femmes.

On ne peut pas prendre des décisions sur notre propre corps.

C’était ce qu’on souhaitait,

que les femmes devraient pouvoir avorter à la demande.

Les avortements devraient être gratuits, ou peu chers,

pour éviter les discriminations économiques.

J’étais à la confluence de trois mouvements.

L’un d’eux était la deuxième étape du Mouvement féministe.

Le second était la naissance de la thérapie cognitivo-comportementale,

JANET WOLFE PhD PSYCHOLOGUE CLINICIENNE

et la Révolution sexuelle.

J’étais vraiment au bon endroit, au bon moment.

J’avais beaucoup de chance.

Très bien mon chien.

Je suis psychologue clinicienne et ma spécialité est la sexualité.

Je travaille avec les couples.

Je porte un fort intérêêt personnel à la sexualité.

Au début des années 60, quand j’ai emménagé à New York,

je gagnais 75 $ par semaine en tant qu’assistante de recherche.

J’ai découvert un soir quand je marchais autour de la 5e Avenue

que les hommes n’arrêtaient pas de m’aborder.

Finalement, j’ai compris quand l’un d’entre eux m’a parlé,

qu’il voulait coucher avec moi.

Je me suis dit : “Mais enfin !”

Et j’ai commencé à gagner plus d’argent en couchant avec des hommes.

Je suis restée amie avec certains pendant des années.

C’était un groupe intéressant de personnes.

J’ai aussi terminé ma licence à Columbia.

J’avais un intérêt personnel et professionnel pour la sexualité.

Et j’ai rencontré Shere à peu près en même temps.

Nous étions très engagées pour aider les femmes,

surtout après mon stage où j’étais la seule femme dans mon service

et je ne pouvais pas avoir mes propres dossiers.

Le psychiatre en chef faisait des remarques

sur la longueur de ma jupe.

Ma première relation sexuelle a été un désastre.

Je suis tombée enceinte.

Je n’ai pas eu d’autre relation pendant longtemps.

Je suis devenue terrifiée par la sexualité.

Et je veux dire, vous savez, de savoir ou d’essayer de savoir où je suis.

Vous voyez ?

D’avoir conscience de comment je me sens.

Pas juste y aller... je n’aime pas ceux qui y vont directement et décider...

Si c’est un homme, vous savez. “OK allons-y.”

Vite fait bien fait, fini.

Ça ne devrait pas être ça.

La sexualité, faire l’amour, c’est pas seulement baiser.

À ce moment,

j’ai fait des ateliers d’affirmation de soi pour les femmes

et des ateliers d’éducation sexuelle.

Combien de temps avant que les femmes doivent composer avec leur vice

qui est sombre, mystérieux, un peu douloureux

et dont elles ne savent rien.

On a demandé aux femmes de rentrer chez elles

et de regarder dans le miroir et d’examiner leurs organes sexuels,

chose que beaucoup n’avaient jamais faite.

Et bien plus de femmes encore n’avaient jamais vu le clitoris.

Le groupe de femmes dans lequel j’étais impliquée

a lancé un débat sur Masters et Johnson.

Dans leur premier livre,

ils avaient dit que les orgasmes

nécessitaient la stimulation du clitoris,

mais dans le second livre,

ils ont dit : “Oui, mais même si c’est vrai,

il faut une stimulation indirecte du clitoris

via un simple rapport.”

J'ai dit : “si on organisait une conférence

pour débattre de ce sujet.”

J’ai regardé mes amies.

J’ai dit : "qui sera la première ...

... à dire “Oui, l’orgasme est...”

Personne ne le ferait, n’est-ce pas ?

Shere allait à ces réunions d’affirmation de soi

et elle commençait une conversation sur...

... sur la masturbation.

Elle demandait à tout le monde

“Est-ce que vous vous masturbez ?” “Euh, non.” “Levez les mains.”

Les gens étaient timides et ne levaient pas les mains.

Alors elle a pensé à faire un questionnaire anonyme.

J’ai fait le questionnaire.

Je voulais que les femmes me le renvoient de façon anonyme.

Comme j’étais allée à l’université, j’avais une idée de comment faire.

Je l'ai distribué en ville.

J’étais l’un de ceux qui aidaient.

J’avais une moto.

Shere avait une grande boîte pleine d’enquêtes

et on l’attachait à l’arrière de la moto.

Elle mettait son casque et elle montait.

On allait partout pour distribuer des enquêtes.

Pas seulement en centre-ville, mais partout.

Au Bronx, à Williamsburg, à Brooklyn, à Chinatown.

Ensuite, j’ai distribué des questionnaires

aux femmes de tout le pays.

À des groupes de femmes, à des groupes d’église,

à toutes sortes de groupes.

J’envoyais les questionnaires par lots.

Je faisais de la pub dans des magazines.

MARTIN SAGE AUTEUR

J’étais le rédacteur d’un magazine appelé Sexologie.

C’était un magazine de petite taille

censé faire l’éducation sexuelle du grand public.

J'ai reçu une lettre un jour et elle a attiré mon attention.

La plupart des lettres étaient tapées,

mais celle-ci était...

... écrite à la main.

Très osée et très fluide.

Cher M. Sage, j’ai distribué le questionnaire ci-joint

à des femmes dans tout le pays.

J’aimerais contribuer à votre magazine.

Bien à vous. Shere Hite.

L’écriture était attrayante et j’étais curieux.

On a pris rendez-vous pour déjeuner.

Cette femme est entrée,

avec des vêtements hétéroclites et une coiffure électrique.

Elle m’a expliqué ce qu’elle faisait.

Le courant commençait à passer entre nous.

Je ne savais pas comment gérer ça, puisque j’étais marié à l’époque.

J’ai dû appeler mon bureau pour dire que je serai un peu en retard.

Tout d’un coup, elle est rentrée

dans la cabine téléphonique à côté de moi.

Elle voulait passer un appel après moi.

D’habitude les gens attendent qu’on sorte pour rentrer.

C’était une sorte rencontre intense de corps.

Je suis retourné au bureau. Elle avait déjà appelé trois fois.

Elle a dit : “Ça va être un problème pour vous.”

Nous avons entamé une amitié et c’est parti de là.

Elle travaillait toujours.

Ou elle dormait.

Quand elle ne dormait pas, elle mangeait.

Un soir, je suis allée avec elle à l’imprimerie

qui imprimait des feuillets contre la guerre

et toute autre chose en journée.

Le soir, elle était autorisée à utiliser l’imprimerie.

J’ai appris à utiliser l’imprimerie moi-même.

Je devais payer l’encre, l’électricité, et apporter du papier.

Ils lui ont montré comment produire une feuille ronéotypée

qu’elle mettait sur le rouleau et qu’elle activait.

Des milliers de copies de sa propre main.

Elle choisissait les encres

et elle les mélangeait pour obtenir la couleur

de son vernis à ongles.

Ses mains étaient tachées d’encre.

J’utilisais de l’encre de couleur.

Je voulais que les femmes sentent que c’était quelque chose de personnel.

Elles écrivaient dans leurs journaux

ou elles se parlaient en privé.

C’était libre.

Elles pouvaient dire ce qu’elles voulaient.

Ce n’est pas un questionnaire à choix multiples,

car on s’était dit, qui saurait les catégories de réponse.

Donc on pose des questions ouvertes.

Voulez-vous que je vous lise des questions ?

Ok, ça commence doucement.

“Un seul orgasme est-il satisfaisant sexuellement ?

Si non, combien ?”

“Comment vos pensées et vos émotions affectent

votre désir d’avoir des orgasmes ?”

Je ne... Si je les lis toutes, ça va prendre trop de temps.

Eh bien, il y a...

Ensuite, une minute.

Ensuite, on pose des questions sur la masturbation.

“Quelle importance cela a ?

Aimez-vous ça et comment faites-vous ?”

Et c’est très important

car c’est là où les femmes ont le plus d’orgasmes.

Donc comment ça devrait être intégré au rapport sexuel.

C'est fascinant. On a reçu 2 000 réponses.

Toutes ces choses sont là.

C’est merveilleux de recevoir le courrier.

Je l’ouvre et j’ai des réponses intéressantes.

J’ai 21 ans, je suis d’origine hawaïenne et chinoise.

Je suis mariée depuis deux ans.

De classe moyenne basse.

Mon mari est étudiant et je suis secrétaire sans emploi.

J’ai 23 ans, je suis juive, j’ai vécu principalement à New York.

39 ans, noire, professeure de sport.

J’ai 47 ans, élevée strictement dans la religion méthodiste.

32 ans, j’ai abandonné les études.

J’ai eu 75 ans en septembre, je vis seule et il ne me manque rien.

Je peux toujours dire si mon conjoint me veut pour moi, ou pour mon corps.

Pendant des années,

je n’ai jamais exprimé mes besoins à un homme.

Mais à une femme, je peux parler.

Je n’ai pas dit à ma mère quand j’ai eu mes règles

et j’ai commencé la contraception

grâce au Planning familial.

Je veux les remercier.

Je ne tombe pas amoureuse.

Je trouve dur de faire confiance, d’être ouverte aux hommes.

J’aimerais agir librement et de manière heureuse

conformément à mes pulsions et mes désirs.

Pendant des années,

j’ai pensé que j’étais différente.

Ça m’inquiétait beaucoup.

En ce moment, je suis sur un cargo dans la Mer du Nord.

Je suis cheffe cuisinière depuis dix semaines.

La nuit est bruineuse.

On est coincé dans un banc de sable

dans des eaux difficiles et le brouillard.

Je n’ai jamais parlé de sexualité et comme j’aime écrire,

comme j’aime faire l’amour, c’est un exercice intrigant.

Avant, je pensais rarement à la libération des femmes

et à ses problèmes.

Mais je n’ai pas encore de toute ma vie vécu

une dose plus lourde et plus concentrée

de chauvinisme masculin qu’en ce moment où je suis la seule femme

sur le cargo avec des jeunes hommes que je ne veux pas baiser.

Je subis un peu la provocation des hommes en mer.

Je ne connaissais pas leur nom, mais je savais d’où elles venaient.

Je savais leur âge.

Je n’avais jamais entendu en détail ce que les femmes ressentaient

sur toutes sortes de choses liées à nos vies privées.

Je trouvais cela important.

Je pensais que toutes les femmes allaient vouloir lire ça

et les hommes devraient lire aussi.

REGINA RYAN RÉDACTRICE, THE HITE REPORT

Masters et Johnson venaient de publier une étude

et il y avait le rapport Kinsey.

Mon mari a dit :

“Il n’y a qu’un titre possible : Le Rapport Hite."

J’ai une répartition géographique qui couvre l’intégralité du pays

et je suis en train de faire les statistiques.

Elle me donnait ces très grandes feuilles avec des graphiques et des colonnes,

orgasme, masturbation, rapport sexuel, stimulation du clitoris, autre, et notes.

DYLAN LANDIS AUTEURE

J’ai grandi dans une famille

où la sexualité était traitée cliniquement.

C’est comme si on prenait la sexualité avec des pincettes.

Ce n’est pas quelque chose qui serait drôle.

J’avais 18 ans et j’étais étudiante de deuxième année à l’IUT Barnard.

Je suis allée toute seule à cette conférence NOW,

par simple curiosité.

J’ai vu cette femme éblouissante assise à une table remplie de piles hautes

de ces questionnaires interdits très intéressants, très osés.

J'ai dit : “Puis-je travailler pour vous ? Gratuitement.”

Elle a dit : "Je dois vous payer, mais je n'ai pas beaucoup.”

Ça s’est fait aussi vite que ça.

On s’est bien entendu.

Je m’asseyais dans le couloir à l’extérieur de son appartement.

Je fumais comme un pompier, avec une pile de questionnaires.

Avez-vous des orgasmes ?

- Oui. - Oui.

Plusieurs fois par semaine.

Non, car ça demanderait beaucoup d’encouragements

et de ne pas être coincée.

Oui, mais trop peu durant ma vie plutôt longue.

Je ne sais pas si ce que je crois avoir été un orgasme

en soit vraiment un.

Je ne sais pas comment y arriver.

Je ne crois pas être libre pour ça.

Veuillez décrire ce que vous ressentez lors d’un orgasme.

Que ressent votre corps ?

Une sensation agitée, comme si mon corps était absent.

Comme si on ne pouvait plus bouger, qu'on était attrapée.

C’est quand on se sent vraiment bien.

Certaines femmes disent ça.

D’autres disent autre chose.

Souvent, je touche mon visage avec ma main.

Parfois, j’embrasse cette main.

Quand je suis proche du climax,

je dois me tenir à quelque chose fermement.

Je sens des vagues dans mon corps.

Ça commence par le clitoris et ça se propage dans mon corps.

Comme toutes les sensations, on ne peut pas dire.

Que ressent-on quand on a froid ?

Comment décrire les sensations ?

Il fallait traduire de la prose, ces toutes petites histoires

que les femmes écrivaient, en quelque chose de correct.

Vos orgasmes se produisent-ils

lors du cunnilingus, de la stimulation manuelle du clitoris,

du rapport sexuel ou d’une autre activité ?

Parfois, rarement, jamais.

Je n'ai jamais eu un orgasme lors d’un rapport sexuel.

J’ai toujours un orgasme en me masturbant.

J’ai fait l’amour une fois avec une femme.

J’étais trop nerveuse pour avoir un orgasme.

J’ai aussi eu des orgasmes sans stimulation sexuelle,

juste dans la rue, ou en rêve,

ou à d’autres moments bizarres.

Après, on les comptait.

Toujours, numéro 1A, suivi par un T et un cercle, toujours séparé.

Mes jambes tombent en forme de losange et c’est comme ça que je m’endors.

Ouvertes, fermées, écartées.

On a essayé de produire une image de ce que tout le monde avait dit.

J’adore la pénétration vaginale

si elle est accompagnée de préliminaires sur le clitoris.

Un cercle avec un X dedans signifie stimulation manuelle + rapport = orgasme.

Violet, préfère avec pénétration.

C’était un peu comme de la broderie, comme des petits points.

Ils devaient s’assembler et signifier quelque chose,

pour former un plus grand motif.

Les statistiques, si vous voulez utiliser ce terme,

sur le fait de faire semblant d’avoir un orgasme, est de 95 %.

Même les femmes qui savent mieux et qui comprennent,

qui en sont plus conscientes, font parfois semblant,

car les hommes n’y ont pas été sensibilisés.

Beaucoup de femmes

n’aiment pas plus que ça les rapports sexuels.

Elles ont quelqu’un sur elles... Elles ne peuvent pas respirer.

Elles sont allongées comme ça. Elles ne peuvent plus bouger.

Elle rit.

Donc... on se demande : “comment s’en débarrasser ?”

C’est vraiment terrible, quand on en vient à ça.

Nous avons adapté nos corps

à la sexualité masculine pendant des siècles.

Je pense que maintenant, ce que nous devons faire,

c’est de nous extraire de cette situation, de penser à nous-mêmes,

et prendre ces connaissances et écouter d’autres personnes,

quel que soit leur genre,

mais faire des choses qui nous conviennent.

C’est vraiment devenu ma vie pendant cinq ans.

C’était plus enrichissant

que de nombreuses relations que vous pourriez avoir,

car tellement de femmes me disaient tant de choses,

que j’avais l’impression d’avoir 3 000 amies proches.

On est allé fêter la publication du livre

et on a déjeuné au Tavern on the Green.

C'était très beau, la pluie tombait sur un Vélux.

C’était une journée merveilleuse.

On était tellement heureuse. On rayonnait. On y était arrivé.

C’était avant que toutes les critiques horribles lui aient été adressées.

Quelques années plus tard,

j’ai appris que le responsable des ventes avait ordonné

qu’il n’y ait pas plus de 4 000 livres en précommande,

ce qui déterminait l’impression, et donc le destin du livre.

Ils ont détesté le livre.

Ils ont essayé de le saboter, pour le faire taire.

Ils allaient seulement imprimer 4 000 copies

et ne pas faire de publicité.

Après cinq ans de travail,

je pensais que ce n’était pas juste,

d’oublier le livre comme ça.

On parlait de la façon dont le livre pouvait être présenté.

Elle a dit : “C’est pour les informations”.

J’ai dit : “Pourquoi ne pas organiser une conférence de presse ?”

C’était comme si un éclair venait de nous frapper.

En quelques jours, on l’a organisée.

Conférence de presse 30 septembre 1976

Je suis Shere Hite, l’auteure du “Rapport Hite”,

qui est une étude auprès de 3 000 femmes.

Tout le monde m’entend ? Tout le monde m’entend ? OK.

On a pensé qu'un panel autour d’elle serait mieux,

pour qu'elle présente le livre avec sa propre perspective,

mais qu’elle ait aussi le soutien des autres.

Voici Kay Whitlock, de NOW,

le groupe de travail National NOW Sexuality

sur l’homosexualité féminine et la sexualité.

J’étais surexcitée que Shere contacte ce groupe de travail NOW

pour les lesbiennes.

Plusieurs personnes parlaient.

Toutes étaient des éducatrices

et des chercheuses reconnues sur la sexualité.

et j’avais l’air d’une jeune punk du quartier.

KAY WHITLOCK AUTEURE / ACTIVISTE

Nous ne serons pas libres

tant que nous n’accepterons pas nos définitions de la sexualité

et tant que nous n’assumerons pas nos propres vies sexuelles.

Quand j’ai eu une copie du livre de Shere, je me suis dit :

“Putain, c’est génial !”

Lesbiennes, hétérosexuels, bisexuelles, chastes,

le “Rapport Hite” ne divise pas les gens comme le fait la société.

Certaines personnes trouvaient le livre très radical.

Pour moi, il n’est pas radical du tout.

La conclusion la plus importante de mon étude

est qu’une majorité n’a pas d’orgasme pendant les rapports.

Nous sommes ici pour en parler.

Voici Janet Wolfe.

Supposons que les hommes fussent programmés

avec l’idée que leur organe sexuel était leurs testicules.

Les femmes joueraient autour du pénis une fois de temps en temps,

mais les hommes seraient censés avoir des orgasmes

en stimulant simplement leurs couilles.

À quoi ça ressemblerait ?

C’est inconcevable,

mais c’est exactement ce qui s’est passé pour les femmes.

En résumé, toute notre idée de la sexualité doit être repensée.

On doit avoir de nouvelles relations physiques

pour s'adapter à une société nouvelle, plus humaine.

C’est ça que je veux dire.

Bonjour, je suis Geraldo Rivera.

Bonsoir et bienvenue dans une édition spéciale

de Good Night America.

Les mots clitoris et orgasme n’étaient pas permis dans de nombreux journaux,

comme si cette partie de l’anatomie

était sale et devait être cachée.

La masturbation, l’orgasme...

Ne faites pas une fixation.

Ne vous excitez pas et ne soyez pas dégoûtés par ces mots.

Ce ne sont que des mots.

Même l’utilisation de ces mots était héroïque de la part des journalistes.

Accueillons notre invitée spéciale ce soir, Mlle Shere Hite.

Votre livre a entraîné un grand chamboulement

et je me demande juste,

Masters et Johnson se sont donné du mal

pour décrire exactement comment les femmes ont un orgasme via un rapport sexuel.

Votre étude contredit cela. Parlez-nous-en un peu, Shere.

Masters et Johnson ont fait un énorme pas en avant

dans le sens où ils ont étudié et montré cliniquement,

pour la première fois,

que les orgasmes sont causés par la stimulation du clitoris.

Nous devons vraiment les remercier pour cela.

Cependant, ils ont décrit comment ça se produit.

La pénétration du pénis fait bouger les lèvres du vagin,

et la peau qui est connectée au clitoris bouge.

Les glands bougent donc sur le clitoris, ce qui est censé vous donner un orgasme.

Mais cela ne se passe pas ainsi.

Et j’appelle ça, un “modèle Rube Goldberg”.

Il y a trop de variables impliquées.

C’est drôle.

Dit de cette façon, on dirait que le genou est relié au tibia.

C’est ça. C’est ça.

Quel pourcentage de...

Shere cassait un silence fonctionnel.

C’était courageux, ça m’épatait.

Je me demande quelle notoriété a déjà eu le Rapport Hite,

notoriété qui sera grandissante.

Quel effet a-t-il eu sur vous ?

Le principal problème que j’ai eu

est d’essayer et de m’assurer que les choses qui sont écrites

reflètent bien ce que veut dire le livre.

Mettre l’accent sur le fait que les femmes s’expriment

et qu’il s’agit d’une discussion, qui n’a rien à voir avec moi.

Avez-vous réussi à...

La plupart des choses qui ont été écrites

sont très bonnes et très sérieuses.

Je suis satisfaite.

Radio Publique Nationale présente...

Le Rapport Hite, succès phénoménal...

Newsweek, et la plus grande enquête

depuis Masters et Johnson.

Le livre a beaucoup été plébiscité auprès de la presse depuis le début,

surtout par des femmes.

Le moment entre la publication du livre et son succès phénoménal

a été si court que je crois qu’elle s’est fait dépasser.

Elle a dû être surprise pendant un court instant

avant de faire face à la réalité.

C’était un succès.

Nouveau livre aujourd’hui.

Un livre sur la sexualité ?

Oui, le “Rapport Hite”.

Oui, oui, oui. Le point de vue d’une femme.

On fait ça depuis des millions d’années.

Vous ne...

Elles donnent des diagrammes...

C’est ça.

Vous ne pensez pas qu'elles doivent avoir un point de vue ?

Non, non.

Je dis qu'elles écrivent un livre sur le point de vue d’une femme.

Dans les librairies,

il y a une section aussi grande que celle des livres de cuisine.

Celle de la sexualité féminine.

Faut-il un autre livre ?

Oui, apparemment, le Rapport Hite.

Les conséquences de la publication d’un livre à succès

étaient un choc culturel pour moi.

Ça me semble bizarre que la pénétration ne satisfasse pas une femme

et je me demande si on a tort, ou si c’est une bonne blague.

J’étais troublée par la situation avec les journaux et la télé.

Que nous dit votre étude sur la manière

dont les femmes définissent vraiment la sexualité ?

Les femmes voient la sexualité comme quelque chose

qui donne beaucoup d’importance à l’intimité,

au rapprochement, au toucher, à l’expression des sensations.

Ce n’est pas nouveau et on le sait. On sait que les femmes...

Je ne peux pas le faire...

Je me cherche déjà quand j’ai dit...

dire quelque chose qui ne...

Je dois trouver les mots

de telle sorte qu’ils reflètent mes enquêtes.

Je ne peux pas. Vous avez dit...

Je change la définition...

Je ne connais pas la nouvelle définition.

Je ne savais pas comment réagir.

Les articles ne reflétaient pas les idées que je voulais exprimer.

Était-ce un stratagème politique pour suggérer

que les femmes n’ont pas besoin des hommes ?

Pourquoi voudrais-je faire ça ?

Eh bien, j’ai appris...

Puis-je vous citer à la page 169 ? Je vais vous citer sur...

La violente réaction suite au rapport,

de la part des hommes, c’est parce que...

Il y en a eu ?

une crainte que la masturbation devienne le principal acte sexuel

et que les hommes ne seraient pas importants...

C’est horrible.

Tout ce dont vous avez besoin,

c’est un seul super tombeur pour la nation.

Et les hommes dans votre vie ?

Sont-ils intimidés par le fait que

vous êtes experte dans le domaine ?

Non, je ne crois pas.

Je crois que tout le monde que je connais

est très impliqué dans l’esprit de l’étude, très...

Tout le monde est enthousiaste par les changements qui sont possibles,

et impliqué dans leurs propres changements,

que je n’ai pas trouvé ça du tout.

Elle a déménagé à l’hôtel Alden dans le quartier,

très différent de son appartement au sous-sol.

Quand le livre a rencontré le succès, Shere a organisé une fête pour célébrer

toutes les femmes ayant répondu au questionnaire.

Et elle a eu assez d’argent pour rembourser

tous les gens auxquels elle avait emprunté pendant l’écriture de son livre.

Je me rappelle du gâteau, de tous les noms autour du gâteau.

C’était très important pour elle.

Elle était très généreuse, elle partageait son succès.

Elle m’a demandé de l’argent, et je lui en ai donné.

Shere avait une petite avance,

mais la création du livre a pris des années.

Elle empruntait de l’argent àà tout le monde qui se joignait à elle.

Beaucoup de gens sont tombés amoureux du projet

et amoureux de Shere.

À un moment, elle m’a dit

“Je suis un peu à court d’argent

et tu ne m’as jamais proposé de me prêter de l’argent.”

OK. La réponse est OK.

J’ai dû aller à la banque retirer de l’argent.

Les hommes ont tout l’argent.

C’est plus facile pour eux que pour les femmes d’avoir un prêt.

On ne pouvait pas avoir une carte de crédit.

Il fallait qu’un homme soit garant.

Des lois horribles.

Elle a emprunté de l’argent auprès de quelqu’un

qui travaillait dans mon bâtiment, le gardien.

C’est devenu un ami à elle.

Il l’a aidée pendant qu’elle écrivait son livre.

Je ne l’avais jamais vu aussi heureuse.

Le sourire sur son visage était sans fin.

C’est pour toi.

Oui, tu n’as pas...

Je ne peux pas les lire.

As-tu eu des lettres intéressantes ?

Ça fait deux ans que je travaille sur un questionnaire pour les hommes

et dans deux ans, j’aurai fini.

Le Time suggère que votre nouveau livre s’intitulera

“Les hommes ont-ils besoin de sexe ?”

Non.

Il traitera de la manière dont les hommes ressentent la sexualité.

Pendant ces années-là, j’ai eu quelques copains.

Il y en avait un que j’aimais bien.

Un jeune artiste qui avait du mal à percer.

J’ai déménagé à New York en janvier 1977.

ED RATH ARTISTE

J’avais un petit studio à Chelsea.

Je vivais avec une valise.

Je n’avais pas d’armoire pour mes vêtements.

J’ai rejoint un groupe de peintres à l'hôtel Alden.

Je peignais tous les couloirs.

Un jour, une porte s’est ouverte

et une femme aux cheveux orange est sortie.

Elle a dit : “Bonjour, voudriez-vous peindre mes fenêtres ?”

Je ne savais pas qui elle était.

J’ai remarqué des tas de boîtes de livres avec le titre “Le Rapport Hite”.

Ils étaient tous en différentes langues, même en hébreu.

On s’est bien entendu.

Elle m’a donné une copie.

J’ai eu ce qu’on appelle un baptême du feu.

J’ai beaucoup appris sur ses idées.

J’ai eu plus conscience de mes sentiments

et de la manière dont mon comportement l’affectait,

elle et d’autres femmes.

Elle était tellement intéressante et charmante

que j’étais hypnotisé.

Il était beau, dans son corps et dans son esprit.

Je ne me rappelle pas comment on a fait l’amour,

mais je me rappelle que, ensemble, on a concocté de magnifiques nuances

de jaune pâle, d’ivoire et de rose

avec différentes finitions pour les murs et les moulures.

Lorsque la lumière du soleil atteignait ces couleurs,

les murs étaient luminescents.

Elle travaillait tout le temps.

Il n'y avait qu'une chambre

et elle utilisait la pièce devant pour son bureau.

Il y avait des classeurs à tiroirs.

Beaucoup de gens travaillaient pour elle.

Quand elle travaillait sur le livre sur les hommes,

elle concevait aussi une enquête de suivi

pour les femmes traitant de leurs vies émotionnelles.

Même si elle avait un passé complètement différent de celui de nombreuses femmes

qui écrivaient et qui remplissaient le questionnaire,

elle vivait ce qu’elles vivaient.

Que signifie être dans une relation ?

Elle était l’une d’entre elles.

Le but de ce questionnaire est de recueillir

le point de vue des femmes sur les questions

qui n’avaient pas eu de réponse dans le premier Rapport.

Comment elles se sentent par rapport à l’amour,

aux relations, au mariage, à la monogamie.

Ces sujets n’ont pas été traités avant par manque de moyens.

Ceux-ci doivent être enregistrés... Ils vous envoient...

Parfois, les femmes enregistraient des cassettes

de leurs réponses au questionnaire.

Je dois passer à un enregistreur sur cassette,

car c’est ridicule.

Ça me prend trop de temps à taper.

Le mouvement féministe est intéressant.

Je suis une femme noire

et je fais des recherches

sur le mouvement féministe des femmes noires.

Je crois qu’on a toujours été partagé.

On ne veut pas déprécier nos hommes

et on n’est pas exactement là où en est la femme blanche,

en termes d’objectifs.

C’est une situation très délicate.

Je suis embarrassée d’admettre que j’ai parcouru le “Rapport Hite”

pour trouver mes propres réponses.

J’ai répondu à ce questionnaire quand j’avais 20 ans.

Une fois, pour faire une petite expérience,

je crois que j’ai montré le livre à un copain,

un nouveau copain,

en faisant semblant d’avoir ouvert une page au hasard.

Mais en fait, je l’avais ouvert sur une citation de moi sur la sexualité.

Il a lu la page et il a dit : “C’est dégoûtant.

Tu as lu ça ?” en montrant ce que j’avais écrit.

Quelle est votre propre description de vous-même ?

Je suis une femme, très fière d’être une femme.

J’aime être une femme.

Je crois que je suis très forte.

Je peux faire tout ce que je souhaite

et j’aime ça.

J’aime la force de la femme.

Elle les écoutait et elle faisait des remarques

sur la gentillesse de ces femmes,

sur le ton de leur voix, leur grâce et leur amabilité,

sur leur ton ambitieux.

N’était-ce pas vrai ?

C’était ce qu’elle...

Elle en tirait de la force

et ça l’aidait à la propulser plus loin dans son travail.

Je m’appelle Maudie Coti.

Je suis la porte-parole pour l’élection primaire

des femmes américaines de l’Asie-Pacifique.

Élection primaire des femmes indiennes et de l’Alaska

Je m’appelle Sandra Cerrano Sul,

présidente de la Commission féminine américaine nationale.

À Houston, il y a une énorme conférence nationale de femmes.

Le plus grand rassemblement de femmes de l’histoire américaine.

Elles vont approuver un plan national pour améliorer le statut des femmes.

Il y a de fortes différences d’opinion sur la manière de faire.

Une membre du Congrès du Texas Barbara Jordan

a appelé à la raison et aux compromis.

Et quand le débat devient houleux,

j’espère que vous vous souviendrez de l’invocation de Lyndon Johnson

de l’invocation d’Isaïe :

“Venez maintenant, raisonnons ensemble”.

En ville, il y avait un rassemblement bien plus grand.

Beaucoup sont Chrétiens fondamentalistes.

Ils sont contre l’Amendement pour l’égalité des droits.

Contre l’avortement à la demande.

Ils sont contre les lois pour les homosexuels.

Leur nombre indique que beaucoup de gens dans ce pays craignent les changements

que le mouvement féministe essaie d’apporter.

Shere savait que la sexualité était l’une des choses

qui pouvait facilement être diabolisée par la droite,

avec de graves conséquences.

En 1977, Anita Bryant a émergé dans le Comté de Dade en Floride.

Avec une ferveur religieuse qui a fait d’elle

la femme la plus controversée d’Amérique,

son groupe se bat pour abroger une nouvelle loi du Comté de Dade

qui protège les homosexuels dans les emplois et dans l’immobilier.

Pour la première fois,

je savais que la communauté chrétienne n’avait jamais été impliquée

dans des problèmes politiques controversés.

Elle n’est pas seulement impliquée, elle est engagée.

Ici commence un renforcement du mouvement de droite

vers un réel pouvoir politique.

Billy Graham, Pat Robertson, l’Axe sur la famille de Jim Dobson,

Jerry Falwell et sa majorité morale.

Presque toujours, vous allez trouver un argument

sur la corruption d’enfant innocent

au coeur de tout type de guerre culturelle.

J’aime tous ces badges.

Les homosexuels ne peuvent pas se reproduire biologiquement,

mais ils doivent se reproduire en recrutant nos enfants.

Shere a payé pour que Mary Calderon et moi allions au Comté de Dade

et qu’on travaille sur une campagne pour vaincre Anita Bryant.

La campagne a été féroce.

Avec des pubs à la télévision, le groupe Sauvez nos enfants est attrayant

pour les parents anxieux.

Quand ils vont dans la rue, c’est une parade d’homosexuels, d’hommes

qui embrassent d’autres hommes, qui s’ébattent avec des garçons.

À ce moment, le pays regardait vraiment le Comté de Dade

pour nous sauver d’une vague de réaction, de malveillance et de bigoterie.

La voiture d’un porte-parole gay a été incendiée

après qu’il ait fait une interview à la télévision.

Lors du référendum du Comté de Dade en Floride,

ceux prônant les droits au logement et au travail

pour les homosexuels ont largement perdu,

par plus de deux contre un.

La campagne, menée par Anita Bryant, a été gagnante.

La guerre continue pour sauver nos enfants

car la graine de la maladie sexuelle qui a germé au Comté de Dade

a déjà été transplantée par des libéraux malavisés au Congrès américain.

Shere était exactement là.

Elle comprenait parfaitement

les politiques des mouvements anti-gay

et comment elles se construisaient et ce que ça constituait.

Si on veut repenser la définition, pas redéfinir, mais repenser la définition

de la manière dont on a des relations,

pour que chaque individu puisse décider

comment il partage son corps avec une autre personne,

je crois qu’on doit imaginer

que des personnes puissent aimer des personnes du même sexe.

Elle tenait passionnément à construire un monde meilleur pour tout le monde,

sans étiquettes, sans répression.

C’est dur d’exprimer combien c’était révolutionnaire pour l’époque.

Il y a des groupes

qui explorent la façon dont se sentent les femmes,

dont elles ressentent leur sexualité, leur rôle dans la société,

et on n’a pas beaucoup entendu les hommes sur ces sujets.

Voici le volume compagnon tant attendu du best-seller de Shere Hite

sur la sexualité féminine.

Bienvenue Shere Hite.

“Le Rapport Hite sur la sexualité masculine” est dans la continuité

de la tradition controversée de l’auteure.

Voici Shere Hite.

Pourquoi les gens sont-ils si fascinés par ça ?

Il y a de nombreux livres sur la sexualité qui ne se vendent pas du tout.

L’idée que les gens soient fascinés par la sexualité n’est peut-être pas correcte.

Mon domaine est différent.

J’essaie de dresser un état des lieux,

une vue d’ensemble de la société

et comment les gens se sentent dans cette société.

Le mouvement féministe, comment a-t-il affecté

la réponse sexuelle des hommes ?

Je crois que le mouvement féministe peut seulement aider les hommes

car les hommes se sont constamment plaints dans mon enquête,

et ce n'est pas la première fois qu'ils se plaignent,

qu’ils avaient la pression pour faire l’amour.

Ils devaient avoir une érection.

Il faut avoir un assez long rapport pour que la femme ait un orgasme.

Mon étude a montré, dans le premier livre,

que les femmes peuvent avoir un orgasme avec une stimulation du clitoris

et non pas grâce au rapport.

Je connais beaucoup de femmes qui... qui...

Pas grave, continuez.

Non, continuez.

Non. Je ne voulais pas interrompre. Non, allez-y.

David, finissez votre phrase.

Vous ne voulez pas laisser le public en suspens.

Je connais beaucoup de femmes qui... On reprend là.

Qui... euh, Mon Dieu, comment parler de ça ?

Qui n’ont pas d’orgasmes ?

Qui ne, qui ne...

- La manière habituelle ? - ... oui, la...

Qui ont un org... qui si vous...

Elles sont embarrassées par la stimulation du clitoris.

- Vous voyez ce que je veux dire ? - Oui.

Shere ne fumait pas quand on était ensemble.

C'était une mauvaise fille

quand elle voulait être une mauvaise fille.

Je suis Betty Davis. Je suis Marlene Dietrich.

Elle fumait à la figure de Mike Douglas.

- Désolée. - C’est une mauvaise habitude.

- Vous avez raison. - Oui.

L’adjectif que je donnerais à Shere est “flamboyante”.

C’est ce qu’elle voulait être et c’est ce qu’elle dégageait.

BOB GOTTLIEB ÉDITEUR - ALFRED A. KNOPF

Elle ne faisait pas peur.

Elle ne vous rendait pas nerveux.

Mais elle vous mettait sur vos gardes.

L’expert sur la sexualité, Shere Hite,

sur son nouveau rapport surprenant sur la sexualité masculine.

Je savais, bien sûr,

qu’il y aurait beaucoup d’intérêt pour ce livre

car le premier Rapport Hite avait été un fort succès.

Shere, dans votre rapport sur la sexualité féminine,

les hommes ont été sidérés d’apprendre que la stimulation du clitoris

était bien plus importante que la pénétration,

le monde était bouche bée.

Qu’avez-vous trouvé sur la sexualité masculine

qui soit tout aussi stupéfiant ?

Qu’est-ce que les femmes qui lisent ce livre

vont trouver sur les hommes qu’elles ne savaient pas avant ?

1 100 pages, 7 000 entretiens en tout.

Je crois que Shere a décidé de faire un livre

sur les hommes pour mieux comprendre

les problèmes des hommes, leur incapacité à communiquer.

Un livre sur les hommes.

Pourquoi tant de colère. Trop de demandes.

Les hommes ne se sentent pas libres d’être eux-mêmes.

Quelles valeurs enseigne-t-on aux hommes ?

Pourquoi les hommes veulent faire l’amour ?

Comment les hommes perçoivent-ils les femmes, nous et eux ?

Pour moi, la partie cruciale de mon expérience

liée au travail sur ce livre a été

quand j’ai demandé à lire une grande partie des questionnaires remplis.

J’ai lu entre 60 et 100 questionnaires dans leur intégralité

Âge, 50 ans. Profession : professeur d’université.

Noir, né et élevé jusqu’à 11 ans dans une petite ville.

Je travaille pour une société minière.

Âge, 62 ans. Anglais. Le plus jeune de trois enfants.

J’ai 57 ans. J’aime ma femme et mes enfants.

Ces gars, pas leurs vies sexuelles, ni leurs fantasmes ou leurs frustrations,

mais quand ils ont commencé à répondre aux questions sur leur vie émotionnelle.

Je n’ai pas entendu d’expériences plus tristes

dans ma vie en tant que rédacteur en chef.

Que vous a dit votre père sur le fait d’être un homme ?

25 ans. J’ai toujours été émotif.

Je pleurais facilement quand j’étais enfant,

pas après avoir été blessé physiquement, mais mentalement.

Mon père me disait souvent de me la fermer.

J'essayais mais c’était dur.

Je n’ai jamais été proche de mon père.

On parlait juste de sujets d’importance minime,

comme le foot et le gouvernement.

Il était le parent dur, je le respectais et j’avais peur de sa colère.

Non, je n’ai jamais pleuré avant de m’endormir,

mais je me suis vraiment senti mal aimé et rejeté.

Je me suis parfois senti rejeté, mais j’ai estimé avoir été mal jugé.

J’ai essayé de ne pas prendre à coeur ce rejet.

Après tout, je ne peux pas être plus seul que maintenant.

Ils répétaient toujours la même chose

“On n’a personne à qui parler.

On ne peut pas partager des choses, même pas avec nos épouses.”

Je ne reçois pas d’affection, je n’ai pas d’être proche dans ma vie.

Le seul sentiment de chaleur que j’ai,

c’est quand je travaille

et que je suis libre de faire ce que je veux.

“On est isolé.”

On suppose que nos vies étaient difficiles.

On devait travailler.

Mais on était des hommes.

On avait des femmes dans nos lits. Elles étaient heureuses.

Tout d’un coup, le livre sort et nous dit

“Nous ne sommes pas heureux.”

Bienvenue dans “Laissons ça aux femmes.”

Les panélistes sont l’acteur et strip-teaser John Gibson,

l’acteur Gil Gerard, l’acteur Ron Masak

et moi-même, Michael Comet.

Et notre hôte, Stephanie Edwards.

Shere Hite nous a rejoints et nous vous accueillons.

La compilatrice d’informations dans le Rapport Hite

sur la sexualité masculine. Bienvenue.

Merci.

Le livre a eu du succès, mais pas autant que j’aurais pensé.

Vous êtes-vous reconnu dans le livre ?

Non, non. En fait, j’aimerais y arriver.

Je ne me suis pas reconnu, ni personne que je connaisse.

Sans blague.

Non, mais je ne connais pas les 7 239 hommes.

Vous êtes-vous reconnu dans ceux

qui disent avoir la pression pour faire l’amour ?

Non. Je dois dire que la majorité de ce que j’ai lu dans le livre...

Je ne le savais pas.

Vraiment ?

Non, je ne suis pas d’accord avec plein de choses qu’elle dit.

Les hommes n’étaient pas prêts. On peut le voir.

Non seulement ils ne comprennent pas l’intimité,

mais ils ne veulent rien savoir.

Avant que les hommes ne bondissent sur ce qu’ils ont déjà entendu,

nous aimerions vous demander quelles sont vos conclusions

sur le fait d’être un homme dans notre société

d’après ceux qui vous ont répondu.

Je crois que c’est difficile pour les hommes

de critiquer l’idée de la masculinité,

car si un homme critique l’idée de la masculinité,

que ce soit une connotation sexuelle ou le type de métier qu’on a,

il prend alors le risque que d’autres hommes le prennent de haut

et pensent : “Ce n’est pas un homme.”

Alors, c’est très dur pour les hommes de parler de ça.

Je ne suis pas du tout d’accord. - Avec quoi ?

Avec le fait qu’un homme ne puisse pas parler du rôle...

... de ce qui rend un homme masculin sans que les autres hommes le critiquent.

- Je voulais... - Pas d’accord.

Je voulais dire qu’il ne peut pas critiquer.

Si, bien sûr.

Je n’ai jamais vécu ça avec des gens que je connais.

Je suis d’accord avec Mlle Hite dans ce sens.

Quand j’étais un garçon, personne ne pleurait.

Je me rappelle très bien courir pour échapper à un homme,

mais il m’a attrapé.

J’étais le plus lent, il m’a attrapé et m’a battu.

Je pleurais et je suis retourné vers les autres

et ils m’ont regardé comme si j’étais une merde.

Je n’ai pas pleuré pendant 25 ans après ça.

Ce qui me préoccupe,

c’est quel type d'homme va rester à la maison

et répondre à 170 questions, au format rédaction ?

Est-ce que ça nous donne une bonne... - Représentation ?

Représentation de ce qu’est la sexualité masculine ?

Je ne crois pas.

Les gens critiquaient sa méthodologie car ils ne comprenaient pas ce que c’était

et donc, ils pouvaient ignorer ses conclusions.

72 % des hommes qui étaient mariés ont dit avoir eu des liaisons extraconjugales

dans les deux premières années de leur mariage.

Gil est marié... depuis combien de temps ?

Deux ans. Deux ans le 28 octobre.

Votre femme est sur le point d’accoucher.

Oui, ça peut arriver à tout moment.

Vous êtes-vous reconnu ici, Gil ?

Non. Je ne me suis pas reconnu

et je n’ai reconnu personne que je connaisse.

Je crois qu’il doit y avoir des gens avec ces pensées.

Mais vous n’avez pas lu le livre.

J’ai lu un peu. Je n’ai pas eu le temps de le lire.

Ils ne faisaient pas vraiment attention.

Ils ne lisaient pas le livre.

Ils ne comprenaient pas vraiment la sophistication de sa méthodologie.

Le livre disait continuellement que 72 % de ces hommes...

- Des hommes mariés. - Oui.

Ce n’est pas correct. 72 % des 7 239 hommes.

Ce qui représente seulement 6 % des 190 000 choses qu’elle mentionne.

Si je faisais un échantillonnage typique de muffins

pour une étude de marché sur une distribution typique,

la façon dont je l’ai fait,

j’obtiendrais environ 2 ou 3 % de réponses.

Ce serait considéré comme une étude valide.

Donc, sur 400 000 questionnaires

que vous avez envoyés aux hommes et aux femmes,

vous dites que seulement 8 % de tous ces gens ont répondu.

Et à partir de ça, vous avez deux livres qui sont presque considérés comme...

Des découvertes capitales.

... Comme le Rapport de Kinsey et Masters et Johnson...

- Mais... - ... comme faisant autorité.

Excusez-moi, Masters et Johnson avaient un total de 700 personnes.

Kinsey avait un total de 11 000 personnes.

Mais on ne peut qu'essayer d’avoir une bonne représentation.

Elle a reçu de nombreuses critiques

car ils disaient que ce n’était pas une étude scientifique.

Dans la presse, on disait souvent que mon travail n’est pas "scientifique",

ce qui me rend folle car ils se demandent si c’est représentatif.

Scientifique peut signifier n’importe quoi.

Il n’y a jamais eu un échantillon parfait pour la sexualité

et il n’y en aura pas pendant longtemps,

car si on veut faire un échantillon au hasard,

la plupart des gens ne répondront pas

car ce ne serait pas anonyme et leurs noms seraient connus.

Bien sûr, ils ne répondront pas.

Je ne connais rien à la méthodologie.

Elle a eu ce qu’elle a pu en tirer.

C’était efficace et je crois très utile.

- Je dois revenir, excusez-moi... - Allez-y.

... sur le mot mesure, car c’est un mot très masculin, excusez-moi,

et ce n’est pas un mot que je veux utiliser

et je ne souhaite pas mesurer les hommes.

Ce que j’essaie de faire, c’est fournir un espace

où les hommes peuvent voir comment les autres se sentent.

Mesure est un mot masculin ? - Peut-être que pas...

... Mais c’est un espace où les hommes peuvent parler,

où ils peuvent se parler entre eux et en parler à des femmes.

Mais je n’essaie pas de dire que vous devriez être ci ou ça,

et que si vous ne l’êtes pas, il y a quelque chose qui ne va pas.

C’est l’antithèse de ce que je fais.

Ils étaient véhéments

et ils ont écrit des lettres incroyablement méchantes à Shere.

Elle recevait des appels téléphoniques.

Elle ne comprenait pas pourquoi

son livre suscitait tant de mépris et tant de haine.

Je me sentais nue, scrutée.

La presse publiait tellement de choses sur moi

qui n’étaient pas vraies et qui étaient étranges.

En tant que mannequin, j’avais toujours

mis un point d’honneur à utiliser mon nom complet.

Ils ont découvert que j’avais posé nue dans le magazine Playboy

quelques années plus tôt.

Avoir été photographiée dans Playboy

signifiait manque de respect immédiat et mépris de mon travail.

Je ne pouvais pas être une bonne chercheuse

car j’étais une pouffe qui avait posé nue.

D’autres commentaires ?

Non, j’ai une autre question.

Je me rappelle qu’il y a quelques années,

vous avez travaillé pour le magazine Playboy, et il...

Travaillé ? - Euh, eh bien...

- Ils... - Je détestais entendre ça.

- Il y avait des photos à demi-nue. - Oh.

Et je me demandais juste ...

Ce n’est pas qu’elle ne s’y attendait pas.

Je crois qu’elle ne s’attendait pas à ce que ça dure.

Je crois qu’elle pensait qu’ils passeraient à autre chose,

pour attaquer quelqu’un d’autre.

Mais elle est restée leur cible pendant longtemps.

Je me demandais, c’était quoi ces froufrous verts que vous portiez

- Ils... - Les froufrous verts ?

- Oui. - Vous êtes là juste pour ça ?

- Oui, en effet. - OK.

Avez-vous d’autres questions sur ça ?

Non, c’est tout.

Comment ne pas être une invention stéréotypée de notre société ?

Premièrement, passez trois jours seule.

Deuxièmement, prenez-vous au sérieux.

Troisièmement, quand vous êtes dans une situation

où vous vous sentez comme une petite fille désarmée,

une pute agressive ou tout autre stéréotype,

partez immédiatement et faites quelque chose qui vous plaît.

Quatrièmement, comptez tout le temps sur vos propres ressources financières.

Shere a dû poursuivre Macmilllan pour obtenir tous ses gains.

Ils avaient mis une limite au montant qu’elle pouvait recevoir par année.

C’est un prêt éternel, sans taxes, sans intérêts.

Et me voilà, moi, poursuivant cette entreprise stupide.

Il y a eu un accord et on lui a donné une indemnité.

Tout d’un coup, elle a eu 250 000 $ alors elle voulait acheter une propriété.

Elle était très excitée.

J’ai acheté un appartement.

J’étais le premier locataire.

C’était le bâtiment Heart Fund de la 5e avenue et la 64e rue.

Je traversais le couloir et sa porte était ouverte.

Je ne me souviens plus si j’ai dit “Shere” ou si elle a dit “Gene”.

GENE SIMMONS MUSICIEN - KISS

“Que faites-vous ?” J’ai tiré la langue.

“J’écris un livre”

Elle m’a invité à entrer et a dit “Rentrez, je vous fais visiter.”

Shere s’est retrouvée à prendre le premier appartement

au premier étage faisant face à la 5e Avenue.

On aurait cru un petit Palais en Europe

avec de beaux vases et des tableaux partout.

Très décoré.

Nous aimions toutes les deux l’art déco.

On s’entourait de belles choses.

C’était un soulagement pour tout le travail qu’on avait.

J’avais besoin de beauté autour de moi

pour oublier les images douloureuses de la presse.

Cinquièmement, prenez du bon temps.

J’organisais plein de fêtes.

Vous ne viendrez pas à ma fête de la St Valentin ?

Non, j’aurais bien aimé.

Elle invitait tout un tas de gens.

Je me rappelle des femmes de COYOTE,

une organisation pour les droits des prostituées.

Flo Kennedy. Swifty Lazar. J’étais là avec ma nouvelle épouse Sybil.

- Julian, le portier de nuit. - Et il y avait des gens de tout type.

Parfois, je rentrais tard du studio et la porte était ouverte.

On traînait.

Donna Summers est en bas. “Donna, qu’est-ce que tu fais ici ?”

- “Je viens d’emménager.” - “Ah ? J’habite en haut, viens !”

Elle était curieuse de connaître cette rockstar et sa sexualité,

qu’est-ce que vous faites et pourquoi ?

Shere posait des questions.

La plupart des gens quand ils posent des questions ne demandent pas pourquoi.

Alors vous vous dites :

“mais oui, pourquoi ?”

Elle a choisi cette partie de New York,

le coté ouvert à la création et au mouvement.

Le jour de son anniversaire,

la classe chic radicale de New York est venue en masse.

As-tu vu ce que Sherry m’a donné ?

C’est pas magnifique ? Je n’en reviens pas, c’est si beau.

Flo ressort sa défense des prostituées avec une chansonnette.

Shere était avant-gardiste.

Je crois que ça aide de venir d’une petite ville

pour voir la différence.

À New York, on peut respirer,

vous pouvez esquiver tous les gens qui sont sur votre passage.

Vous avez plus de chance

de développer votre propre âme

et devenir ce que vous voulez.

Je travaillais au Village Voice.

VOIX DE JAMES HAMILTON PHOTOGRAPHE

On s’est rencontré car je l’ai photographiée.

J’adorais son style. J’adorais sa manièère de s’habiller.

Elle aimait travailler.

Je crois que je me tenais à l’écart.

Je montrais sa façon de travailler,

plus que je ne la montrais elle, sa personnalité.

C’est comme si je ne pouvais pas m’approcher d’elle.

Puis j’ai vu une photo d’elle enfant et j’ai dit :

“Puis-je prendre une photo de cette photo ?”

Elle avait environ six ou sept ans, mais elle avait l’air très confiante.

J’ai pensé, cette enfant a l’air très seule.

En apprenant à la connaître, j’ai découvert cette enfant était seule.

J’ai grandi dans une très petite ville et j’allais à la messe.

J’ai grandi avec mes grands-parents,

c’était une génération de plus que la normale.

On ne parlait pas de sexualité, de règles, ce genre de choses.

Juste des discussions sur le fait que je devais me marier,

et que les hommes épousaient des femmes gentilles,

et que je devais faire ce qu’il fallait.

Elle hésitait à en parler, j’ai dû lui poser des questions

et elle hésitait encore à en parler.

Mère et père.

J’étais une erreur.

Il est parti au bout d’un an.

Ma mère sortait juste du lycée.

J’étais une entrave et je la faisais vieillir trop tôt.

Un désagrément dans le passage.

Sans valeur. Une ordure.

Ensuite, elle est partie.

Comment définiriez-vous l’amour ?

Est-ce la chose sur laquelle vous travaillez pendant depuis longtemps

ou est-ce le sentiment fort que vous ressentez

pour quelqu’un dès le début pour des raisons inconnues ?

La relation satisfait-elle vos besoins les plus profonds

d’être proche d’une autre personne ?

Ou préférez-vous ne pas partager tout votre être ?

Elle pouvait paraître un peu froide.

L’une des raisons pour laquelle j’aimais la photographier

est qu’elle sortait du moule.

L’image était très importante pour elle.

J’espérais pouvoir la mettre à l’aise.

Mais elle portait tout le temps le poids des critiques.

Je voulais la rendre plus heureuse.

Shere Hite a clairement inventé Shere Hite.

Beaucoup ne pouvaient tout simplement pas la prendre au sérieux

en raison de la façon dont elle se présentait.

Mais se présenter ainsi, c’était affirmer qui elle était.

C’était très important pour elle d’être la fille Playboy

tout en travaillant sur sa thèse.

Elle devait se voir de cette façon.

On a tous besoin de se voir d’une certaine façon.

Les gens la remarquaient en partie à cause de sa flamboyance.

Elle voulait être vue.

New York, été 1988.

Horicke et Hite dans leur appartement sur la 5e Avenue.

Il y a trois ans,

le pianiste allemand et l’auteure de best-seller se sont mariés.

Les livres de Shere se sont vendus à cinq millions de copies.

Ils ont été traduits en 14 langues et interdits dans huit pays.

Le dernier livre de Hite, “Les femmes et l’amour”,

a entraîné un déluge dans la presse,

avant même que le livre soit disponible en magasin.

Vous avez peut-être déjà débattu à propos de ce livre.

Même si aujourd’hui est la date de publication officielle,

il a déjà fait l’objet de beaucoup de promotion

et il a déjà été très critiqué.

La conférence de presse était le même jour que la parution du livre.

NICHOLAS LATIMER PUBLICITÉ - ALFRED A. KNOPF

La salle était pleine.

Je me disais ‘Ouah, c’est génial.

Tous ces gens veulent écouter Shere.”

Après, j’ai entendu certaines personnes dire

qu’ils voulaient voir ce qu’elle allait faire.

Elle est difficile et bizarre.

Bonjour. Merci d’être venus.

En faisant cette étude, je me suis rendue compte

que quand les femmes parlent d’amour,

c’est bien plus que de parler d’amour.

L’amour a été banalisé pendant longtemps

et la façon dont les femmes perçoivent l’amour a été banalisée.

Ce n’est pas banal.

N° 19. Comment définiriez-vous l’amour ? Oh mon Dieu, Sherry.

C’était un sentiment excellent.

Ensuite, c’est devenu un sentiment d’anxiété, vulnérable.

Mon coeur pouvait être brisé à tout moment.

Je ne sais pas si je suis capable d’amour.

J’ai eu des relations très malsaines.

Elles n’avaient rien à voir avec l’amour.

Je suis amoureuse de mes enfants.

Je ne crois pas être amoureuse de mon mari.

Je ne pouvais pas communiquer avec lui.

Je ne pouvais jamais rien partager.

Mon copain m’a frappée

car je prenais toute la couverture la nuit.

Si je ne remplissais pas les glaçons,

il me criait dessus.

J’ai eu une liaison extraconjugale.

Je cherchais à me réaffirmer en tant que femme.

J’ai eu des rapports sexuels hors mariage,

je voulais tester mes réelles capacités à aimer.

La majorité des femmes disent qu’elles sont frustrées

pas satisfaites de leur relation avec les hommes

au niveau émotionnel.

Elles veulent du changement.

Elles essaient d’y arriver, mais n’y parviennent pas.

La statistique la plus surprenante,

Hite dit que 70 % des femmes mariées depuis plus de cinq ans

disent avoir des liaisons extraconjugales.

Quand “Les femmes et l’amour” est sorti,

je me rappelle que mon patron m’a appelé dans son bureau.

Il savait que je connaissais Shere.

Il dit “Avez-vous vu ce livre ?” J’ai dit “Oui.”

Il m’a dit : “L’avez-vous lu ?” J’ai dit : “Oui”.

Il a dit :’ “Ce livre est absurde”.

J’ai dit “Shere a écrit un livre sur les hommes

et les hommes n’étaient pas fidèles à leurs femmes

dans les cinq premières années ,

et personne n’a été choqué par cette statistique.

Avec qui pensez-vous qu’ils couchaient ?”

Il est resté bouche-bée

car il devait repenser à son mariage.

Le jour du mariage, le couple se fait des promesses

d’une longue vie fidèle ensemble.

Mais selon un livre sur le point de sortir aux États-Unis,

c’est un rêve qui se réalise rarement.

Une nouvelle étude de femmes américaines a révélé des résultats troublants.

Shere Hite dit que seulement 13 % des femmes mariées

depuis plus de deux ans sont amoureuses de leurs maris.

Découvrir que ça allait dans les deux sens en était trop pour beaucoup.

Ils ont appelé son rapport le “Rapport de la Haine”

car il était rempli de beaucoup de haine envers les hommes.

C’est plein de ragots intéressants sur la vie des gens,

mais une étude, ce n’est pas ça.

Je crois que son questionnaire est aussi partial

que tout questionnaire puisse l’être.

Quand vous avez des pages et des pages de statistiques,

peu importe ce qu'il y a dans le questionnaire,

c’est comme si c'était une science

et ça ne l'est pas.

C’est un échantillon scientifique et une étude scientifique.

Là où elle a pris un risque,

c’était de dire que sa recherche était scientifique.

C’était important pour Shere.

Le reporter David Streitfeld a interviewé beaucoup de gens

sur Shere Hite et son livre.

Un professeur a dit : “Shere Hite ne rapporte pas

combien de personnes ont répondu à chacune de ses questions.

Je ne sais pas si elle veut dire

70 % de 1 000 femmes ou 70 % de 10 femmes.

Les statistiques n’ont aucun sens.”

Le ABC News Washington Post a décidé

de mener une enquête scientifique par téléphone

sur 1 500 hommes et femmes de plus de 18 ans

dans un échantillon pris au hasard sur tout le pays.

L’idée était de déterminer

si les tendances Hite pouvaient être confirmées.

Ça n’a pas été le cas.

Nous avons présenté nos résultats à Shere lors d’une interview.

Après avoir regardé les statistiques,

elle a réagi aux chiffres sur l’infidélité.

Vous m’appelez par téléphone, vous croyez que je vais vous dire ?

Vous plaisantez.

Je pensais toujours qu’elle se battait trop durement avec ses adversaires.

Elle aurait pu juste dire : “Le travail parle de lui-même.”

C’est un projet créatif qui se développe au fur et à mesure.

Elle était sensible à la critique et c’était peut-être son talon d’Achille.

Aujourd’hui, l’auteure de ce livre largement médiatisé

a accepté d’être devant un public d’hommes uniquement,

sauf moi.

Bonjour tout le monde.

Quand elle a appris que le public ne serait constitué que d’hommes,

Shere m’a demandé de venir avec elle pour la soutenir moralement.

Je n’avais pas le droit d’être dans le public,

mais j’étais dans les coulisses.

Votre étude dit que tous les problèmes liés aux relations,

sont de la faute des hommes.

Vous êtes les coupables et je dis que nous sommes tous coupables.

C’est la société dans son ensemble.

L’idée, c’est que c’est un problème qui n’est pas si simple.

Regardez le langage corporel. Il est différent.

Vous vivez dans un monde

où le pouvoir vous donne le droit de vous asseoir

avec les jambes écartées et vous continuez comme ça.

Regardez-moi. Je m’assois ici comme ça

car je crois qu’il y a une grande différence entre les hommes et les femmes.

Allez. - Oui, monsieur.

C’est la première fois que j’entends que s’asseoir avec les jambes écartées

est un privilège. Shere...

Maintenant, vous l’avez entendu.

Le rapport Sherry a beaucoup de failles.

Seul 5 % des gens auxquels elle a envoyé un rapport lui ont répondu.

Elle a juste demandé à des femmes.

Pourquoi pas à des hommes...

Où est Janet ?

J’avais le droit de venir pendant les pauses.

Je ne faisais que de renforcer le fait que,

même s’il aurait été préférable qu’ils lisent le livre,

et qu’ils fassent des commentaires positifs.

Ils ne le firent pas.

Avez-vous vu le rapport sur les hommes ?

Je ne connais que ce rapport

et tout ce que j’ai entendu sur elle est négatif.

OK.

Elle ne regarde que du côté qu’elle choisit de voir.

Je crois que beaucoup de gens qui critiquent le livre

ne l’ont même pas lu.

Et j’aimerais arrêter, pour n’importe quelle raison,

de parler des failles des statistiques,

du nombre de personnes qui a répondu, car la vérité est que,

qu’il y ait 4 000 ou 50 000 personnes qui aient répondu,

personne ne peut nier qu’il y a un problème.

C’est de ce problème dont nous voulons parler.

Quand j’étais avec des femmes,

au lieu de communiquer et de dire que ça n’allait pas,

elles boudent et ne vous disent pas le problème.

Je crois que nous devons communiquer plus.

On a tout un livre où des femmes disent ce qu’est le problème

et les hommes réagissent comme si on leur avait tiré dessus.

Ils sont terrorisés ou outrés.

Je me plains de l’approche générale de ce programme,

qui a commencé avec la libération des femmes.

Depuis, les hommes ont été assassinés et ils s’en sont sortis.

On nous a pris nos enfants.

On nous a pris nos maisons et on nous a pris nos postes.

Laissez les femmes constituer 47 % de la population active,

mais ne vous plaignez pas.

Vous avez commencé le programme.

Vous applaudissez tous. Vous avez l’air fâchés...

Après, nous sommes allées dans le magasin caritatif préféré d’Oprah

pour nous laver en quelque sorte des insultes qu’on nous avait lancées.

Je crois que les années qu’elle avait passées sur ces projets,

la quantité d’efforts,

pour recevoir ce genre de critiques de tant de gens,

c’est comme si on la poignardait dans le dos encore et encore.

Elle en a eu assez.

Oui, tu es très jolie. Tu es la plus jolie.

Sally Jessy Raphael avait une émission très populaire à l’époque.

C’était génial de participer à son émission.

Au moment où elle était censée participer, le chauffeur de la limousine était là

pour l’emmener, mais elle n’était pas prête.

Je suis allé chercher Mlle Hite hier matin pour la ramener à New Haven

pour un enregistrement.

Frank a dit qu’il n’en finissait pas d’attendre.

Elle l’a fait tellement patienter qu’ils ont dit

“On ne peut plus faire une émission en direct.

On va faire un enregistrement.”

Après, il était si tard qu’ils ont dit : “Laissons tomber.”

Je lui ai dit : “Désolée, ma chère, je ne peux plus vous ramener avec moi.

Je vais rentrer seul.”

- C’était vos mots. - “Désolée ma chère.”

Quand j’ai dit : “ma chère”, elle a pété un plomb.

Elle est devenue violente, elle m’a pris à la gorge

et elle a essayé d’enfoncer ses ongles dans ma trachée.

Le jour d’après,

elle devait être interviewée par Maury Povich dans son émission.

Pour une interview en direct.

Peut-on le voir avant de commencer ?

Euh, je ne... On n’a pas le temps.

Voulez-vous mettre ça dans vos...

Je vous ai entendu.

Est-ce que ça va ? Mes cheveux sont de travers ?

5 secondes.

Sérieusement.

Shere Hite sait ce que les hommes pensent des femmes

et vice versa,

au lit et partout.

La semaine a été difficile pour vous.

Baignée dans la controverse,

surtout dans une autre étude du ABC Washington Post

qui dit que la plupart de vos découvertes sont différentes des leurs.

À votre avis, pourquoi ?

Les gens du ABC Washington Post ont appelé des femmes par téléphone.

Imaginez le scénario.

Vous recevez un appel, vous êtes dans la cuisine,

et à côté se trouve votre mari qui prépare les lasagnes.

Et ils vous disent : “Avez-vous une liaison extraconjugale ?”

Bien sûr que non.

Vos résultats...

- ... par votre façon de faire. - C’est une raison.

Que s’est-il passé hier avec le chauffeur de la limousine ?

- Vous l’avez accosté ? - Non.

- Non ? - Non.

J’ai eu envie, mais je ne l’ai pas accosté.

Non ? Il se trouve que nous avons le chauffeur de la limousine avec nous.

- Si c’est... - ... Frank Nicoletti.

... la raison pour laquelle vous m’interviewez,

vous faites fausse route.

Non, je...

... car j’ai demandé de quoi traiterait l’interview.

Il me semble qu’en faisant ça, vous faites ce que je dis,

et ce que les femmes disent dans mon livre,

ce que les hommes font généralement.

Ils ne veulent pas écouter... - Parce que...

... les problèmes.

... mais vous parlez d’autre chose.

... vous faites la une.

Donc, vous avez donc menti...

... Mlle Hite et...

... pour obtenir cette interview.

- Vous faites la une... - Et donc...

... je ne peux pas continuer...

- J’aimerais... - ... l’interview, malheureusement.

Si parce qu’on a invité...

J’aurais aimé parler du livre aux femmes de ce public.

J’essaie de restaurer la paix entre vous et le chauffeur.

Mais si vous n'écoutez pas,

vous êtes très similaire aux hommes que les femmes décrivent.

Similaire ?

Voyons ce qui s’est passé hier avec le chauffeur.

Frank est avec nous à New York,

j’aimerais lui donner une chance de parler.

Très bien. Frank ?

Pourquoi vous dites que vous ne m’avez pas accosté.

Je ne vous ai pas accosté.

- Ça m’est égal. - Vous avez essayé de me défigurer.

- Pourquoi... - Vous, arrêtez.

C’est ce que vous avez fait.

Vous n’êtes pas censé me suivre. - C’est ça.

Vous n’avez pas le droit. J’ai le droit de me retirer de la caméra.

Bien sûr, vous pouvez, mais j’aimerais savoir...

... ce qui s’est passé hier et M. Nicoletti est ici.

- Pourquoi elle ment. - Je ne sais pas...

C’est pour ça que je vous ai dit de vérifier.

Ne me touchez pas. - On est en direct.

Je ne veux rien dire à personne.

Écoutez, Shere... - Non.

On est en direct.

Ça m’est égal. Je m’en vais. Ça m’est égal.

Ne partez pas.

Vous n’allez pas me séquestrer ici. Je m’en vais.

Que s’est-il passé ?

Tu l’as suivie ?

Oui, jusqu’à ce qu’elle m’empoigne.

- Empoigné ? - Oui, elle a attrapé la caméra.

Elle essayait ...

Prends ça...

Le lendemain, tout ceci a commencé à paraître au grand jour.

Ceci s’est passé...

- Vous, arrêtez. - Laissez...

Plus de gars gentils.

Ce passage passait en boucle.

Voici ce qui s’est passé à la télévision.

Qui êtes-vous... - C’est ce que...

Shere Hite, l’auteure de best-sellers,

a gagné des millions à critiquer les hommes.

Mais quand il faut accepter les critiques pour elle,

c’est une autre histoire.

Fort Worth, Texas. Bonjour.

Bonjour Mlle Hite. J’ai lu tous vos livres.

Ma plus grande critique est :

on dirait que parce que les femmes n’approuvent pas ce qu’un homme fait,

vous vous prenez pour...

J’ai regardé son interview avec Larry King et j’étais choquée.

Ses yeux avaient l’air mort.

Même si elle était fâchée pour quelque chose,

il y avait toujours une étincelle.

La Shere que je connaissais n’avait plus de vie.

Je me suis dit : “Mon Dieu

je ne m’étais pas rendu compte de l’ampleur que ça avait pris.”

Pourquoi Shere est-elle si sensible aux critiques ?

Quand votre livre est critiqué...

Vous faites exactement ce que...

Puis-je finir ?

Non, et en fait, je crois que vous allez continuer ainsi.

Vous savez ce que vous faites ?

Excusez-moi, ça m’est égal si cette partie est filmée.

Que faites-vous ?

Exactement ce que font les hommes dans le livre.

Après, vous m’accusez d’attaquer les hommes.

Attendez, vous...

- On vous a accusée. - Éteignez ça.

On vous a accusée d’attaquer les hommes ?

Oui, ça se produit encore ici.

Voulez-vous faire une interview décente ou partir ?

Je vais faire l’interview que je veux.

Alors, rentrez chez vous...

Et c’est comme ça que nous avons quitté Shere Hite.

Toute publicité est une bonne publicité.

C’est mon métier.

Dans ce cas...

Je pense que c’est l’exception à la règle.

Peut-être que ce n’était pas une bonne publicité.

Et ça a certainement empêché les gens chez Knopf

de travailler davantage sur ce livre.

Voir la réputation de Shere aux États-Unis décliner

était très dur.

En faisant la connaissance d’amis à L.A. ou ici,

mon histoire avec elle devenait célèbre.

Les réactions des gens changeaient.

Au début, les gens pensaient “Tu la connaissais ?

Après, elle a perdu son éclat,

les gens me regardaient : “C’était quoi ton problème ?”

Je suis revenu en visite à New-York, je marchais avec ma femme.

On marchait près de son appartement sur la 5e Avenue,

et j’ai dit “disons bonjour”.

On a parlé au portier.

J’ai dit : pouvez-vous sonner chez Shere ?”

Il a dit : "Elle n’habite plus là.

Il a dit que ces derniers jours, elle avait disparu et elle était partie.

Bonjour.

Les épreuves de Clarence Thomas sont finies.

Il a survécu à sa dernière série de tests en gagnant avec une petite marge

dans l’histoire des nominés de la Cour Suprême.

Littéralement et judiciairement, il est élu à vie.

Les leaders du mouvement féministe dans ce pays

avaient des questions sur Clarence Thomas

dès qu’il a été nominé.

Était-il trop conservateur ?

Voterait-il pour casser Roe v. Wade ?

Ensuite, les accusations de harcèlement sexuel.

Il a parlé d’actes qu’il avait vus

dans des films comme des femmes ayant des rapports avec des animaux,

des films montrant du sexe en groupe ou des scènes de viol.

Selon les sondages, les femmes américaines n’écoutaient pas.

Elles ont soutenu Thomas.

Le féminisme est-il mort ?

Je crois qu’il y a une réaction violente dans la culture en général,

qui est intégrée par certaines de nos étudiantes.

Elles n’aiment pas être vulgaires.

J’avais une idée négative du féminisme.

C’est trop radical.

Ça a eu peu d’effet. Ça s’est estompé avec le temps.

Lors de la dernière décennie,

on a vu une puissante réaction souvent non reconnue

qui a pris plusieurs formes.

Il a dit que si je parlais de son comportement,

cela ruinerait sa carrière.

En tant que femme afro-américaine, si vous faisiez des accusations,

on vous traitait de menteuse, d’érotomaniaque, de malade mentale.

Qu’est-ce qu’on devenait ? On était humilié. On nous assassinait.

Le grand vainqueur est Clarence Thomas.

Les perdantes sont les féministes ?

Peut-être et dans cette demi-heure,

on va parler de la stratégie de la Maison blanche...

Ce que Bush peut faire.

Mes amis, c’est du féminisme radical.

Le programme que Clinton imposerait à l’Amérique.

Ce n’est pas le type de changement qui peut durer dans un pays

qu’on appelle encore le Pays de Dieu.

ALLEMAGNE

Je l’ai rencontrée au lancement de “Les femmes et l’amour” à Londres.

Je suis allée en tant que journaliste et je l’ai interviewée,

on a donc commencé à parler.

Elle avait eu de mauvaises expériences aux États-Unis,

c’est pourquoi elle était toujours nerveuse.

Elle restait en retrait.

Vous adorez l’Europe. Où habitez-vous ?

C’est dur de dire que j’ai une adresse fixe.

- Vous vous déplacez ? - Oui.

- Dans quelles villes vivez-vous ? - Londres est ma base de publication

et je passe beaucoup de temps en Allemagne car mon mari est allemand.

On passe beaucoup de temps à Paris aussi.

Beaucoup disent que vous vous êtes imposée un exil.

Que vous avez quitté les États-Unis pour protester.

Mes livres sont très bien reçus

dans de nombreux pays en plus des États-Unis.

Il y a eu beaucoup d’hystérie sur mon dernier rapport aux États-Unis

que je ne sais pas...

Je n’ai pas ressenti le besoin d’y retourner.

Elle a commencé à passer du temps dans mon appartement à Londres.

Avant ça, elle était entre le Hilton et ce...

C’était un squat.

C’était un squat dans un HLM.

Sur un canapé lit par terre dans une petite pièce.

Cher Sonny, j’ai des gros problèmes d’argent.

Personne ne voulait des droits de “Les femmes et l’amour.”

Personne n’était intéressé pour publier mes futurs livres.

J’ai dû vendre mon appartement

pour payer les dettes liées à mes recherches.

J’ai senti que l’intérêt diminuait

mais qu’elle voulait faire passer son message.

Elle voulait contrôler la presse.

C’est une vieille énigme.

C’est ce que tout le monde veut, mais c’est impossible à obtenir.

- OK. Prête ? - Oui, allons-y.

Vous avez fait un discours ici à la librairie ?

Oui. C’était sur le fondamentalisme et comment cela affecte les femmes.

Et c’était quand ?

Il y a un an.

- Tout votre livre est exposé ici ? - Je crois.

Trois nouveaux livres sont parus. - Oui.

Le roman parle de vous, c’est ça ?

Une histoire allégorique de votre vie.

Le personnage principal est un chien, ensuite, c’est quelqu’un comme moi,

qui pose plein de questions.

C’est sur une femme qui pose trop de questions

et qui rencontre des problèmes.

Ce livre, ce livre sur la famille, le noyau de la famille.

Il n’est pas disponible aux États-Unis.

- Non. - Pourquoi pas ?

J’aimerais bien savoir.

Il faut demander à la maison d’édition.

Hmm, je commence à bégayer.

Pensez-vous que c’est votre personnalité, votre apparence, votre style de vie

qui empêchent de faire passer vos messages ?

Oui, peut-être que je devrais écrire anonymement.

Une seconde.

Que dites-vous du fait que Shere Hite n’a pas de maison d’édition

- pour son dernier... - Ça n’a pas de sens.

Les livres de Shere se sont vendus comme des petits pains.

Tout le temps, livre après livre.

Elle a fait gagner plein d’argent à ses éditeurs

et elle est très connue.

Comment pouvez-vous la faire taire ?

C’est odieux.

Je comprends pourquoi elle choisit de ne pas vivre ici.

Elle m’a dit, la dernière fois que je l'ai vue,

qu’elle ne pouvait pas gagner sa vie dans ce pays.

Si elle ne peut pas publier dans ce pays, et c’est une auteure,

elle ne peut pas gagner sa vie ici.

Et donc, elle est censurée.

Pas juste critiquée, mais censurée.

Censurée. Réduite au silence.

Dites-vous des choses qu'on ne veut pas entendre

ou avec lesquelles ils ne sont pas d’accord ?

Je crois que l’une des raisons de la controverse,

c’est que je le relie à la politique.

Ce genre d’atmosphère de violence contre le féminisme

a donné à ceux qui auraient bombardé les cliniques pro-avortement

le sentiment d’être dans leur droit.

Et aussi à ceux qui laissaient des messages sur mon répondeur,

qui étaient devant chez moi,

qui montraient mon adresse à la télévision.

Vous parler me rend même nerveuse.

Je ne suis pas aux États-Unis,

mais je suis nerveuse à l’idée de vous parler.

IRIS BROSCH PHOTOGRAPHE

J’étais une jeune photographe qui arrivait à Paris

et j’étais chargée par mon magazine allemand

de faire son portrait.

Je trouvais qu’elle était stupéfiante et belle,

mais je voyais qu’elle me dévisageait.

C’était la première session que je faisais avec elle.

On voyait dans ses yeux

qu’elle ne savait pas si elle pouvait me faire confiance.

Quand elle a vu la première photo, et qu’elle l’a aimée,

c’est là qu’elle a commencé à me faire confiance.

Elle nageait dans la fontaine, ce qui n’est normalement pas autorisé.

Mais elle suivait son instinct et je la suivais.

On a fait de plus en plus de photos.

Iris et moi avons développé une amitié très proche.

C’était un dialogue entre nous.

Elle aimait comment je la voyais.

Nos âmes se comprenaient.

Deux femmes ensemble et qui se faisaient confiance.

Qui s’aidaient à ne pas avoir peur.

On a fait des choses qui n’étaient pas permises,

mais personne ne nous arrêtait.

Je suis en voyage.

Soudain, les paysages que j’ai vus semblaient coïncider

avec des paysages intérieurs que j’avais cherchés.

Je me souviens très bien de ma chambre chez ma grand-mère.

Simple et austère, mais avec une ambiance particulière.

Je m’allongeais sur mon lit et j’écoutais les trains

qui passaient au loin ou le chant des oiseaux.

Un de ces soirs, un étrange désir s’est emparé de moi.

Une envie profonde.

J’ai appris que les sensations pouvaient être accrues

en déplaçant mes jambes

avec mon corps pressé contre le lit.

Une fois, en faisant ça,

j’ai senti une merveilleuse explosion dans mon corps.

Le plaisir était comme un choc électrique.

Je voulais le refaire encore et encore, et je l’ai fait.

Mais je me suis inquiétée.

Avais-je cassé quelque chose dans mon corps ?

Personne ne m’en avait parlé.

Peut-être que ce n’était pas naturel.

C’est à cela qu’on pensait, le plaisir pour les femmes.

Dans la représentation visuelle de la femme.

On pensait qu’il manquait quelque chose.

On ne voit jamais un portrait intelligent d’une femme,

un visage intelligent

et en même temps une vulve.

Une icône de la femme complète signifie avec sexualité.

Prendre des photos

et avoir des discussions sur la sexualité avec Iris...

C’était une manière de s’autoriser à avoir un corps sexuel.

Cette fois, du monde féminin.

Les femmes qui sortaient de la culture.

Quand j’ai mentionné que je faisais une interview sur Shere

à un groupe de jeunes féministes radicales...

Elles m’ont dit : "Qui est-elle ?” J’ai dit : "Vous plaisantez.”

Elle était tout le temps dans les médias

et on ne pouvait pas ne pas connaître son travail.

Mais qui en parle maintenant ?

On doit supprimer le mot vagin.

Mais pas pénis.

Restons cliniques. Utilisons hoo-ha...

Je pensais que vous seriez le premier homme

à la télévision à parler de clitoris.

- Je ne peux pas faire ça. - Allez, si, vous pouvez.

Non, je ne peux pas.

Il y a une disparition de la connaissance féministe.

Systématiquement, siècle après siècle, décennie après décennie.

Newsweek dit que le Rapport Hite est le 30e best-seller de tous les temps.

Vraiment ? C’est merveilleux.

C’est le 30e best-seller de tous les temps.

Je n’y crois pas.

C’est extraordinaire.

Mais je serais surprise

que de nombreuses jeunes femmes le connaissent.

Je n’entends plus les gens en parler.

C’est un dessin de l’anatomie d’une femme, vue de côté, fait par une femme.

À cette époque, aucun dessin en dehors du système reproductif,

de l’utérus etc, n’était disponible.

Les hommes s’appropriaient la sexualité des femmes,

ce qui rendait le patriarcat possible.

En tant que femmes,

nous méritons le droit de nous approprier nos propres corps.

Je trouve problématique que les jeunes femmes seront confrontées

aux mêmes batailles encore et encore.

Et je vois que comme je viens de répondre,

la chose la plus importante pour moi maintenant est la liberté.

Comment je définis la féminité ?

Je la définis comme si j’étais Cléopâtre ou Bette Davis.

La féminité, c’est être tout ce que je veux.

Shere Hite a renoncé à sa citoyenneté américaine en 1995.

Elle est décédée en 2020, à la suite d’une longue maladie.

Pendant sa vie, Shere a reçu des réponses d’enquêtes

de plus de 15 000 personnes anonymes.

J’ai trouvé instructif de répondre aux questions

et de vous dire mes secrets.

Je dois donner à manger à ma fille.

Bonne chance.

Maman, viens. Maman, viens.

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