All language subtitles for 2014.Tokyo fiancée (fr)

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Original subtitles

J'avais 20 ans.

Je voulais être japonaise. C'était le but de ma vie.

Par hasard, j'étais née au Japon.

Bien sûr, ça pouvait aider.

Sauf que le hasard s'était montré farceur.

Mes parents n'étaient pas japonais. Ils étaient belges.

Ils travaillaient au Japon.

Quand j'ai eu 5 ans, ils sont rentrés en Belgique,

et ils m'ont bêtement ramenée avec eux.

Pendant toute mon enfance, je n'ai rêvé que d'une chose :

retourner au Japon, pour y devenir enfin ce que j'étais malgré les apparences :

une vraie Japonaise.

Un jour, enfin, j'ai pu prendre un aller simple pour Tokyo.

J'y ai débarqué seule avec mes 20 ans.

Pour tout dire, je ne voulais pas seulement devenir japonaise.

Je voulais aussi devenir écrivaine.

Je voulais même devenir un vieil écrivain japonais respecté.

C'était plus compliqué,

mais c'est une autre histoire.

À vrai dire, non. C'est la même histoire.

Moshi-moshi ?

[En anglais] Oui, c'est moi.

[En anglais] Oui, je suis la prof de français.

[En anglais] Oui, attendez une seconde.

[En anglais] Oui, le 20 ? C'est demain !?

Rich Café.

Riche Café. À Omote-Sando.

[En anglais] À demain. Au revoir.

[En japonais] Comment je vous reconnaîtrai ?

Moshi-moshi ?

Allez savoir pourquoi, je l'ai reconnu tout de suite.

[En anglais] Pardon, mais hier, j'ai pas compris ton nom.

Rinri

Ah d'accord, Rinri. OK.

[En anglais] Et toi, comment tu t'appelles ?

Amélie

Tu peux l'écrire ? Pardon.

A...mé...lie.

Bon. Amélie.

[En anglais] Je suis belge.

Non, c'est pas grave.

Parlons plutôt français.

Dites-moi quelque chose en français.

-Il pleut. -Oui, il pleut. C'est vrai.

Donnez-vous souvent vos rendez-vous dans ce café ?

Ce café, aimez-vous cet endroit ?

[En anglais] Ce café...

est la place...

jeune public...

venir ici.

Très bien... Excuse-moi.

Non, c'est bien. Continuez.

-Excusez-moi. -C'est pas grave.

Vous voulez voir mon japonais ?

Qui vous a enseigné le japonais ? Des enfants de 5 ans ?

Oui, c'est un peu ça. Cet enfant, c'était moi.

Je suis née ici.

-Vous êtes née au Japon ? -Oui. Dans le Kansaï, près de Kobé.

J'y suis restée jusqu'à mes 5 ans. Je viens de revenir.

Vous revenez maintenant au Japon ?

Excusez-moi.

Bon, continuons.

Quel aliment aimez-vous ?

Qu'aimez-vous manger ?

Je connais pas. C'est japonais ?

-Tamago. Œuf. -Oui.

Œuf.

Oui, c'est mieux.

Lundi 10h, possible ?

10h, possible.

[En anglais] Je t'appelle.

Non, mais c'était une rencontre...

Merci.

Depuis mon retour à Tokyo,

j'éprouvais chaque matin le bonheur inexplicable d'être là.

Le simple bonheur d'être au monde.

Pour fêter mon 10e matin au Japon en tant qu'adulte,

j'ai pris le tram.

Les toits des maisons, les rues, les temples, les vélos, les piétons, les chats,

les passagers du tramway, tous me disaient qu'ils m'avaient attendu.

Je leur avais manqués.

Que l'ordre du monde se trouvait restauré par mon retour,

et que mon règne durerait 10 000 ans.

J'ai toujours eu le lyrisme un peu mégalomane.

Quoi qu'il en soit, j'étais dès à présent un éminent professeur de français.

J'avais 1 élève.

Et que fait votre père ?

Mon père

fait

business.

Il fait des affaires. Quel genre d'affaires ?

Quel genre ?

Excuse-moi. C'est difficile.

Bijoux ?

Il est dans la joaillerie.

C'est difficile à prononcer. Même moi, j'ai du mal.

Joaillerie.

-Excuse-moi. -C'est bien. Vous faites des progrès en français.

C'est vraiment très bien dans la prononciation et tout.

Konnichiwa, Rinri

[En anglais] Hiroki est un ami.

[En anglais] Il parle un peu français.

Parlons français, alors.

Je présente Hiroki, mon ami. Hiroki, je présente Amélie, ma maîtresse.

-Enchanté. -Enchantée.

Vous étudiez le français à l'université ?

Amélie ?

Christine ! C'est la journée des rencontres !

Tu vas bien ? Ça se passe bien pour toi à Tokyo ?

Oui. Je te présente...

Je suis Rinri. Je vous présente Hiroki, mon ami.

-Je vous présente Amélie, ma maîtresse. -Ah bon ?

Christine travaille à l'ambassade du Canada.

Vous êtes toutes les 2 du Canada ?

Non, Christine est québécoise.

Amélie est belge.

-Dis donc, vous parlez tous les 2 français. [En japonais] -Oui.

-Grâce à Amélie. Amélie est... -Je lui donne des cours de français particuliers.

Les cours particuliers, il n'y a rien de mieux.

-Tu veux prendre quelque chose ? -Non, j'ai un rendez-vous. Je vous quitte.

-Sayonara. -Sayonara.

Je t'appelle bientôt. Bravo !

Le samedi suivant, Rinri me demanda de l'accompagner à une fête chez un ami à lui.

Il passerait me prendre, m'avait-il dit.

Là, c'est mieux.

Konnichiwa.

C'est votre voiture ?

Non.

C'est la voiture de mon père.

Ah d'accord. Je me disais aussi.

Eh, Yasmine !

[En anglais] Je suis si content de te voir.

[En anglais] Voici Amélie.

-Bonsoir. -T'es belge ?

-Oui, ça s'entend si fort que ça ? -Ouais, vachement.

Et tu viens d'où ?

De Belgique.

Oui, bien sûr.

-Bonsoir. -Bonsoir, je suis Hara.

-Je suis Amélie. -Bienvenue.

Arigato.

C'est de la bière belge.

Merci.

Je savais pas qu'il y avait un groupe ce soir.

Oui, asseyez-vous, je vous en prie. Vous jouez ?

Je joue pas d'instrument.

En japonais, dès que tu travailles pas, tu dis "asobu".

Dès que tu travailles pas, tu joues.

Je sais.

Pardon, si tu sais tout !

-C'est vous qui cuisinez ? -Oui.

Rinri cuisine super bien, tu savais pas ?

T'as vu comment il fait ça !?

C'est quoi, ça ?

-Chou. -Et ça ?

[En anglais] Gingembre.

-Et ça ? -Des crevettes. En Belgique, on dit comme ça.

On dit comme ça en France aussi.

Rinri, ce que vous êtes en train de préparer, c'est okonomiyaki ?

Oui.

Vous connaissez okonomiyaki ?

Okonomiyaki, si je le connais ! Je connais que ça, avec la sauce Hiroshima.

Vous en voulez plus ?

Tu peux en trouver à Paris. Rue Ste-Anne, il y en a, des okonomiyakis.

Rue Ste-Anne, c'est une rue à Paris.

Notre nounou japonaise nous en faisait tout le temps.

[En japonais] Amélie est née au Japon.

Qu'est-ce que t'as dit ?

Amélie est née au Japon.

Ah bon ?

Comment t'as fait ?

[En japonais] Elle a la nationalité ?

Masa demande si vous êtes nationalité japonaise.

Non, il ne suffit pas d'être née au Japon pour être japonaise.

[En japonais] C'est vrai. Ça ne suffit pas.

Hiroki dit, "C'est vrai, ça ne suffit pas."

T'as de la sauce sur le menton.

L'humour est sans doute ce qui résiste le mieux à l'entente universelle.

Encore aujourd'hui, je me demande

ce qu'un peu de sauce sur le menton avait de si drôle.

Mais soit. J'avais passé une excellente soirée.

J'avais un travail, des amis...

une ennemie...

Je m'intégrais à fond.

C'est vous qui aviez vu l'annonce ?

Annonce ?

L'annonce pour les cours de français.

Non, homme de mon père voit annonce.

Et puis, il y avait Rinri, mon élève.

Amélie...

Non, ça ne finira pas comme ça.

Écrire, j'y arrivais pas.

Je ne pouvais pas tout faire à la fois non plus.

-Bonjour, Amélie. -Bonjour, Rinri.

Où allons-nous, Rinri, pour cette leçon ?

-Chez moi. -Chez vous ?

-C'est ici ? -Oui.

[En japonais] Enchantés.

[En japonais] C'est mon prof de français, l'honorable Amélie.

[En japonais] -Soyez la bienvenue. -Tout le plaisir est pour moi.

[Japonais] S'il vous plaît,

[En japonais] veuillez vous asseoir.

Bon, commençons.

Habitez-vous depuis longtemps dans cette maison ?

Oui.

Faites une phrase.

Oui...

j'ai longtemps habité maison.

Dans maison.

Une maison magnifique, en tous cas.

Non.

Non ?

Lisez-vous des livres en français ?

Oui.

Que lisez-vous en ce moment ?

Un livre. Comment devenir templier.

Comment devenir templier ?

Oui.

Je veux devenir templier.

Après cette leçon particulière, très particulière,

Je préférais éviter la famille de Rinri.

Nous nous retrouvions plutôt dans un petit café que j'aimais,

dans le quartier lidabashi.

Appelez comme ceci :

"Appelez Rinri."

-OK ? [En japonais] -Oui.

Pour vous.

Merci, c'est gentil.

À Tokyo, il faut portable.

C'est mon premier téléphone portable.

Vous avez pris mon numéro ?

J'ai votre numéro, oui.

Quand le téléphone sonnera, je saurais que c'est vous.

[En anglais] Ouais.

-Pour la leçon. -Non, pas question. Je vous l'offre.

Je vous ramène ?

Je vais prendre le métro.

La prochaine leçon,

-quand ? -Vous m'appelez ?

Bye bye.

Moshi-moshi, Rinri.

Oui, c'est Amélie.

Pardon, j'étais en cours de japonais. Je pouvais pas répondre.

La prochaine leçon chez vous ?

Non, allons plutôt dans un café, comme d'habitude, non ?

Ah, ils sont partis ?

Bon, d'accord.

Presse-fruit...?

Presse-fruit.

Oui.

Un grand presse-fruit.

Café.

Ça fait du café, ça ?

Chocolat...

Une chocolatière.

Une électronique chocolatière.

Une chocolatière électronique.

Oui, aspi...

Un aspirateur.

Aspitareur robot.

-Oui, aspitareur robot. -Pelle-pommes.

Numérique ?

Non,

normal pelle-pommes.

Et ça, c'est quoi ?

Chauffe-pizza.

Un chauffe-pizza ?

Essentiel au Japon.

Visitons la maison, voulez-vous ?

Oui.

Eau colorée automatique.

Très amusant.

Pour amincir visage.

C'est comme ceci.

Attention, c'est à ma mère.

Voici ma chambre.

Stendhal ?

Stendhal est...

délicieux ?

Oui, c'est le mot. Bravo.

Et ça, c'est quoi ?

Mes parents offert moi un petit chien.

Mes parents

m'ont offert un petit chien.

Oui.

Je sais pas...

Vous avez une belle collection de films.

Oui,

ce sont des films de yakuza.

Tous ?

Oui, tous.

C'est quoi, un film de yakuza ?

Rinri, vous pouvez arrêter, s'il vous plaît ?

Excuse-moi.

Faisons plutôt une leçon active.

Oui.

-On pourrait aller se promener. -Oui.

-Où ? -Montrez-moi Tokyo.

Tokyo très grand !

Un endroit.

Un endroit ?

Montrez-moi un endroit de Tokyo que vous aimez.

C'est ici ?

Ici.

Ah oui.

J'aime beaucoup ce...

Comment dit-on ?

- Point de vue. - Point de vue, oui.

Pourquoi nous vouvoyons ?

Pourquoi nous nous vouvoyons ?

Eh bien, parce que je suis votre professeur.

Je peux aussi vous poser une question ?

Oui.

Votre père n'est pas un yakuza ?

Non.

Vous voulez voir exposition ?

Il n'y a rien dans cette exposition.

Si, regardez.

C'est beau.

C'est drôle ?

Je ne sais pas.

Rinri, montrez-moi encore des choses que je ne vois pas.

Tokyo.

Ah bon, vous êtes sûr ?

Le panorama est impressionnant.

Vous faites des progrès en français.

Merci, maîtresse.

Puis-je venir vous chercher jeudi ?

Pour une leçon ?

Oui, une leçon.

Et vous montrer encore choses japonais.

"Et vous montrer encore des choses japonaises."

Sur le plan de ma carrière littéraire, les choses se présentaient moins bien

que sur celui de ma fulgurante assimilation à la vie japonaise.

Mais bon, patience.

Patience, patience dans l'azur,

chaque atome de silence est la chance d'un fruit mûr.

Vint alors une période où les leçons de français se confondaient

avec une sorte de tour organisé de Tokyo.

Le Tokyo de Rinri,

toujours assez déroutant, je dois dire.

Voici vieux stade.

Vous avez déjà emmené votre amoureuse ici ?

Je n'ai pas amoureuse.

-"Je n'ai pas d'amoureuse." -Je n'ai pas d'amoureuse.

Excuse-moi.

Arrêtez de vous excuser.

Vous êtes là pour apprendre.

Mais qu'est-ce qu'il fait ?

Il s'entraîne à chanter.

Il chante quand il y a des trains.

Oui, pour ne pas déranger.

Rinri, que souhaitez-vous ?

Parler le français.

Oui mais plus tard. Je veux dire, dans la vie.

-Et vous ? -Moi ?

Je veux être écrivaine.

-Pas japonaise ? -Mais je suis japonaise.

Et vous ? Faites une phrase.

Je souhaite que ma mort dérange le moins possible.

Quelque fois, il m'entraînait dans un Japon nocturne plus insolite encore.

Plus équivoque, aussi.

Je ne savais jamais trop ce qu'il en pensait.

Il n'en disait rien.

Il m'y emmenait, c'est tout.

J'ai adoré.

-Vous désirez rentrer ? -Non.

Voilà, tout simplement. Tu leur donnes un peu d'eau. Celle-ci,

peut-être les arroser une fois par semaine. Pas trop.

Celle-ci est très fragile. Tu fais attention.

Tu peux même enlever les petites feuilles mortes au fur et à mesure, ça va ?

Tu comprends, c'est pas trop compliqué. Il n'y a presque rien à faire.

-Oui, j'ai compris. -D'accord.

-Tu fais comme chez toi. -Oui, merci.

-T'oublies pas mes plantes. -Non.

-Promis ? -Oui.

-Salut. -Salut.

Christine,

la Québécoise, voilà.

Elle part à Montréal pour 1 mois.

Elle m'a demandé d'occuper son appartement.

Comme ça, je pourrai enfin vous donner cours chez moi.

Comment est l'appartement ?

Pas mal.

Vous me direz quand vous viendrez pour la leçon lundi.

Lundi est loin. Pourrais-je venir ce soir ?

Oui.

Je m'occupe du dîner.

Vous venez vous installer ici ?

Non, c'est pour la cuisine.

Pour la cuisine ?

Vous aimez fondue suisse ?

Le fondue suisse ?

[En japonais] -Après vous. -Merci.

[En anglais] -Par ici ? [En japonais] -Oui.

Ce procédé imite très bien les fils du fromage, n'est-ce pas ?

Absolument, c'est un tour de force.

Pour le fromage en plastique, c'est excellent.

Non.

Raconte-moi quelque chose, Rinri.

Vous me tutoyez ?

Quand on partage une fondue pareille avec quelqu'un, on se tutoie.

Excusez-moi.

Et arrête de tout le temps t'excuser.

Excusez... [En anglais] Désolé.

Du vin ?

Pourquoi ?

Pourquoi faites-vous ça ? C'est brûlant !

Pour jouer.

Il faut enlever ça. Ça colle !

C'est ça qui est drôle.

Regarde, c'est drôle. C'est beau.

Non !

Oui, c'est vraiment du fromage en plastique.

Bon,

voilà.

Rinri ?

dans mon pays, la coutume exige le départ de l'homme avant l'aube.

Le soleil est levé depuis longtemps.

Excuse-moi.

La coutume belge permet-elle de nous revoir ?

Oui, elle le permet.

Demain.

Après mon cours de japonais.

"Depuis le temps que j'en rêvais"

"Je suis avec un Japonais"

"J'ai 20 ans et lui aussi. Oh, oh, c'est Rinri"

"Quand je suis arrivée ici"

"J'étais encore une chenille"

"Maintenant, je suis un papillon. J'aime le Japon"

"J'aime, j'aime le Japon. Et le drapeau nippon"

"J'aime, j'aime le Japon. Les sushis, les houdans"

"J'aime, j'aime le Japon, ne m'en veuillez pas"

"Je suis née là"

Les semaines qui suivirent, je me partageais entre mes cours de japonais

et mon amant japonais.

"Mon amant japonais."

En réalité, ce que j'éprouvais pour ce garçon n'avait pas de nom en français.

En japonais, le terme de "koi" aurait sans doute convenu.

"Koi" en français peut se traduire par "carpe" ou par "goût".

Je n'aime pas du tout les carpes, mais j'avais du goût pour Rinri.

Sa compagnie était à mon goût.

J'étais toujours heureuse d'être avec lui, mais sans lui aussi.

Quoi qu'il en soit, Rinri faisait des progrès inouïs en français,

alors que je ne lui donnais plus de vraies leçons.

En revanche, il m'emmenait de plus en plus loin pour me montrer des choses japonaises.

On va où ?

Tu verras.

C'est où ?

Tu verras.

Rinri, qu'est-ce qu'on attend ?

Tu verras.

C'est une livraison ?

Un contact ?

Ton père t'envoie ?

Regarde, il y en a un !

C'est quoi ?

C'est une dekotora.

-Un deco-quoi ? -Dekotora.

Ce n'est pas facile de les voir.

Il y en a un autre !

C'est trop bien !

À toi.

À toi.

Quel beau tu es !

Les Japonaises sont plus belles.

Ce n'est pas vrai.

J'aime que tu aies mauvais goût.

Excuse-moi.

Arrête de t'excuser tout le temps.

Parle-moi encore des Japonaises.

Pourquoi ?

Parce que ça m'intéresse.

Les Japonaises se demandent tout le temps si elles plaisent.

Les Occidentales aussi.

Pourquoi dis-tu ça ?

Parce que c'est vrai.

Pour défendre les Japonaises,

ça doit pas être facile d'être une Japonaise.

C'est très dur aussi d'être un Japonais.

Tu ne sais rien du Japon.

Rinri, qu'est-ce qu'il y a ?

Amélie, comment vont mes plantes ?

Tes plantes ?

Elles exultent.

Je suis contente. Comment va ta vie à Tokyo ?

Ça va, je...

Ça va ? Tu t'habitues aux usages des Japonais ?

Je comprends pas toujours tout.

Amélie, tu t'imaginais quand même pas tout comprendre un jour du Japon !?

Oui, t'as raison.

Tu comptes rester au Japon ?

Je sais pas. Peut-être.

Bon, il faut que tu saches un truc.

Les hommes japonais avec les femmes occidentales, ça marche pas.

Ah bon ?

C'est une loi de la nature ?

Arrête. Simplement, je l'ai remarqué.

L'inverse, ça marche.

Des gaijin avec des femmes japonaise, t'en vois plein.

Mais pour les mecs d'ici, on est trop indépendantes, on va dire.

Quelque part, ça les effraie, des femmes comme nous.

Tu vois ce que je veux dire ?

Merci du tuyau.

Je t'en prie.

Pétasse !

En sortant du karaoke, j'ai perdu Rinri dans la foule de Shinjuku.

Je ne sais pas pourquoi. Je me suis sentie d'un coup malheureuse.

Comme abandonnée.

C'était ridicule.

Je n'allais quand même pas donner raison à Yasmine !

Ça n'allait pas. Ça n'allait pas du tout.

Enfin, ça n'allait pas si mal que ça.

Amélie ?

Je t'aime.

Continue, c'est beau.

Rinri ?

Tu es sûre que tu es pas un yakuza ?

Ça me serait égal, vraiment.

Mais t'es sûr ?

Je suis sûre que tu as un tatouage.

Je n'ai pas de tatouage.

Je suis dans de beaux bras.

C'est un jeu de mots intraduisible.

Je fais partie d'une société secrète.

Quel genre de société ?

Secrète.

-T'es dans une secte ? -Non !

Je t'en parlerai un jour. Pas maintenant.

Pourquoi pas maintenant ?

Parce que

c'est un secret.

Sacré Rinri !

Hélas, Christine finit par revenir.

Elle voulut même récupérer son appartement,

ce qui est un comble !

Moshi-moshi.

-Bonjour, Amélie. -Bonjour, Rinri.

Je voudrais connaître ton état de santé.

Excellent, et toi ?

Excellent. Dans ces conditions, peux-tu me voir ?

Mes parents sont absents.

-Oui, pourquoi pas ? -Il me faut encore des leçons de français.

Viens !

Ne bouge plus !

Ne bouge plus.

T'es belle. Comme tu es belle !

C'est drôle. Tu prends jamais de photo.

T'es pas un Japonais comme les autres.

Je suis un samouraï.

Les samouraïs ne prennent pas de photo.

Un samouraï ? Je pensais que tu voulais devenir templier.

Je dois sortir. Je reviens.

C'était une blague.

Rinri ?

Yamamba !

Tu m'as fait peur.

Elle me fait peur.

C'est Yamamba, le sorcière. À ta mort, c'est elle qui viendra te prendre.

Ça fait des heures que t'es parti.

J'ai acheté du tofou.

Rinri, qui nous surveille ?

Personne. La ligne ne marche pas.

Tu sais, j'ai très envie d'aller à la montagne.

Parfait, c'est une bonne idée. Moi aussi.

Non...

J'ai envie d'y aller toute seule. J'en ai besoin.

Où veux-tu aller ?

Je sais pas.

À "tu verras dans la montagne".

N'oublie pas de m'appeler quand tu rentres.

Je ne savais plus trop où j'en étais avec Rinri et sa drôle de famille.

Je ne savais même plus ce que j'étais venu chercher au Japon.

Je m'enlisais.

Dans ces moments-là, il faut que je marche.

Seule.

Et puis, je brûlais de pratiquer la montagne nippone sous la neige.

À une heure et demi de train de Tokyo,

commençait une ascension qui promettait de grands paysages inspirants.

À cette époque,

j'aimais la montagne à peu près autant que le Japon.

C'est dire que pour moi, la montagne japonaise représentait une sorte de pinacle.

À bien y réfléchir, c'est toujours le cas.

[En japonais] Il y a quelqu'un ?

Cette nuit-là, je suis morte.

Je suis morte de froid.

Aujourd'hui, je suis persuadée que c'est le Fuji.

La splendeur du Fuji de ce matin-là qui m'a ramenée à la vie.

Juste à temps.

Yamamba la sorcière en fut pour ses frais.

Elle ne m'a pas attrapée.

Avec le Fuji comme repère, j'ai marché jusqu'à un village.

J'étais à bout de force,

et pourtant, j'éprouvais une sorte d'extase.

Quelque chose en moi avait changé.

Je m'étais perdue au Japon.

Le Fuji m'avait retrouvée.

Il m'avait donné une leçon.

Il m'avait appris qu'on pouvait échapper à la mort.

C'est-à-dire, le plus souvent, à une idée qu'on se fait de soi.

J'avais 20 ans.

Je n'avais rien encore trouvé de ce que je cherchais.

Et c'est bien pour ça que la vie me plaisait.

J'ai su ce jour-là que pour aimer, j'avais besoin d'être libre.

J'ai su ce jour-là qu'une naissance était à la fois une douleur et une joie.

J'ai su ce jour-là que j'avais encore à devenir toutes celles que j'étais.

Toutes celles que j'ignorais encore.

J'ai su ce jour-là qu'on allait voir ce qu'on allait voir.

Si tu meurs, pars.

Si tu souffres, bouge.

Il n'y a pas d'autre loi que le mouvement.

Le seul déshonneur,

c'est de ne pas être libre.

Si tu savais ce qui m'est arrivé !

Je me suis perdue.

Pour déjeuner, tempura ?

Oui, d'accord.

Après, nous passons chez moi.

Pourquoi ?

Mes parents aimeraient te voir.

Me voir ? Pourquoi ?

Je ne sais pas.

Tu veux bien ?

Oui.

Celui-là est...

magnifique.

[En anglais] Magnifique. Magnifique.

[En anglais] C'est pour vous. Un cadeau.

Non, c'est pas nécessaire. C'est beaucoup trop.

Vraiment, c'est...

[En anglais] Merci... magnifique.

-Amélie ? -Oui, Rinri.

Mes parents sont à Osaka.

J'ai réfléchi. Je veux faire un dîner ici avec tous mes amis.

Un dîner 100% japonais.

Oui, c'est une bonne idée. Pourquoi pas ?

-Demain ? -Oui, demain.

Je viendrai chez toi après les cours.

Rinri.

-T'as oublié de mettre un couvert. -Non, non.

Oui,

nous buvons de la bière.

Vous parlez tous français ?

Oui.

Vous prenez des cours de français ensemble ?

Nous sommes de la Société.

-La Société ? -Oui.

Je savais pas que les Japonais aimaient tant la bière.

Au fond, à chaque fois que vous prenez à boire, c'est de la bière.

Oui.

Les Japonais buvaient-ils déjà tant de bières par le passé ?

Je veux dire, est-ce que ça fait longtemps que vous buvez de la bière ?

-Je ne sais pas. -C'est ça.

C'est ça, d'accord.

En Belgique aussi, on boit beaucoup de bières.

Il y a une grande variété de bières belges.

Le pays doit bien compter une centaine de brasseries.

Et si on compte les brasseries artisanales de production limitée,

le nombre de marques de bières belges doit bien dépasser le millier.

Oui, 1000.

C'est beaucoup.

Oui, c'est beaucoup.

Il y a les bières blondes,

à la saveur douce.

C'est celles qui ressemblent le plus à la bière japonaise.

Dans les cafés bruxellois, on sert la bière lambique à la pompe.

Il y a la Gueuze, la Kriek à la cerise,

la Framboise à la framboise, et la Faro.

La Gueuze repose dans des fûts en chêne pendant de longues années, comme les vins.

Mais pour la Faro, on rajoute du sucre ou du caramel avant de relancer une fermentation.

Et puis, il y a les bières de vin...

Rinri !

Qu'est-ce que tu fais ?

-J'en étais où ? -Vous en étiez à la bière de vin.

C'est la brasserie Rodenbach qui a créé la bière de vin il y a plus d'un siècle de ça.

Pour le brassage, ils utilisent des moûts grillés.

Très tôt dans leur histoire, les Japonais ont remarqué que la plaie des dîners était la conversation.

Longtemps cet effort de parole fut dévolu aux célèbres geishas.

Aujourd'hui, on parle plutôt de conversationneuses professionnelles.

Mais dans le fond, ce sont toujours des geishas.

C'est un vrai métier, geisha.

Je l'apprenais sur le tas.

La De Koninck, aussi appelée Bolleke grâce à son verre sphérique dans lequel elle est servie,

est très populaire à Anvers.

Quoi d'autre ?

La température ?

Les bières doivent être servies à température idéale, c'est-à-dire entre 8 et 15°C.

Il n'y a que l'Orval qui doit être servie à température ambiante.

Super ambiance !

Je ne saurais terminer sans vous parler de la Kasteel.

C'est une bière spéciale refermentée en bouteille.

Au nez, elle dégage des arômes d'orge.

Et en bouche, elle développe des notes de torréfaction, de banane et de réglisse, voilà.

Vous pourrez trouver toutes ces bières dans les bons supermarchés.

Je suis content.

Mes amis t'aiment beaucoup.

Pourquoi tu m'as laissée seule avec eux ?

Pour que vous fassiez connaissance.

-Il n'y avait que des garçons. -Tu n'aimes pas les garçons ?

Et puis c'est quoi, cette histoire de Société ?

Ma société secrète.

Les Fous de la France.

Les Fous de la France ?

Oui, nous aimons beaucoup la France.

La langue française.

Nous voulons bien parler le français.

Ou le belge.

Mes parents rentrent lundi. Si tu veux,

je ferme tout. On n'ouvre plus à personne jusque lundi.

Sacré Rinri.

Écoute.

Écoute la pluie.

Comme c'est ravissant.

Il pleut plus.

Oui.

C'est dommage.

Il faut se préparer.

Mes parents vont arriver.

[En japonais] Honorable Amélie,

[En japonais] vous êtes courageuse, n'est-ce pas ?

Courageuse ?

[En japonais] Oui.

[En japonais] Et discrète. On peut vous faire confiance, n'est-ce pas ?

Bien sûr.

[En japonais] La confiance, c'est important dans une famille.

Au Japon, les jeunes filles portent des bas même s'il fait chaud.

[En japonais] Je vais raccompagner l'honorable Amélie.

[En Japonais] Très bien.

Qu'est-ce qu'il a voulu dire, ton père ?

Rien.

Comment ça, rien ?

Tu te fous de moi ?

Bonjour.

Ah, ouais.

Oui, c'est délicat.

Oui, mais c'est trop. Il faut que je lui offre quelque chose en échange, mais quoi ?

Non, ça sert à rien.

Si tu lui offres quelque chose, il va t'offrir quelque chose de plus.

-Tu t'en sortiras pas. -Ah bon ?

C'est comme ça au Japon.

Sinon, ça va avec Rinri ?

On part en week-end sur l'île de Sado.

Sado, c'est vrai ? C'est magnifique, tu vas adorer.

Amélie ?

Oui ?

-Je te sens un peu perdue. -Non.

Non, ça va. Ça va bien, même.

T'es sûre ?

Il faut que je lui dise que c'est fini, à Rinri.

Je peux pas... je veux pas... je...

Je sais pas.

Faut que tu lui parles.

Je peux pas.

Le soir-même, nous sommes allés au cinéma,

voir un film de yakuza, ça va de soi.

Par hasard, nous avons rencontré Yasmine. Elle avait trouvé son Japonais.

Elle allait même se marier.

-Il m'a offert une bague. -Ah ouais ! T'as des ongles incroyables !

Je suis contente.

Et vous ?

Ça va ?

Très bien.

Et tes cours de japonais, alors ?

J'ai fini. Je commence à travailler en janvier chez Yamimoto.

Tu restes au Japon ? Génial !

Faut qu'on se refasse une soirée okonomiyaki.

Ouais, super idée.

Bon, on doit y aller malheureusement.

D'accord, ben...

-Eiji, on y va ! [En japonais] -Oui.

On s'appelle ?

-Rinri. [En japonais] -Oui.

On y va !

La mer du Japon est très virile.

As-tu déjà pensé au mariage ?

Terre !

Île de Sado.

C'est beau !

-Viens, on va se promener. -Non, pas maintenant.

Je suis fatigué.

On va prendre onsen ?

J'adore le Japon.

Tu vas te marier un jour ?

Quoi ?

Tu vas te marier un jour ?

Tu sais, je suis une fille très indépendante, et...

-Je sais pas si... -Oui, oui.

Tu es un samouraï, comme moi.

Oui, je suis un samouraï.

Il ne faut pas rester trop longtemps. L'eau est trop forte.

Non, je reste.

Fais comme tu veux.

[En japonais] C'est pas nécessaire.

[En anglais] Pas d'anglais.

C'est pas de l'anglais, c'est du japonais.

Rinri avait raison.

J'étais restée trop longtemps dans l'eau sulfureuse du onsen.

Et puis, je marinais trop dans l'indécision vis-à-vis de ce garçon.

Ironie du sort, j'étais tombée sur le seul Japonais

qui n'habitait pas ce fameux monde flottant nippon.

Ce monde qui m'allait si bien,

où rien n'est blanc ou noir, rien seulement oui ou seulement non,

et où règne l'impermanence de toutes choses.

Les Japonais ressentent les choses plus qu'ils ne les disent.

Pas Rinri, du moins pas à mon égard.

Il fallait donc que je réagisse. Il fallait que je parle à Rinri.

Rinri, il faut vraiment que je te dise quelque chose.

Tu n'aimes pas l'île de Sado ?

C'est pas ça, c'est...

Attends. Mange ça, c'est délicieux.

Je ne suis pas arrivée à lui parler.

Un petit dieu japonais caché dans un poulpe m'en a empêché.

Tant pis.

Tant mieux.

J'ai l'impression d'être dans un film japonais.

Amélie, descends.

Bonjour messieurs, un peu de thé ?

Des kakis ! J'adore ça !

Qu'est-ce que tu fais ? Non, on ne peut pas.

Non, on ne peut pas.

-Non ! -Mais pourquoi ?

Au Japon, on ne peut pas !

Viens.

"Mu." Ce kanji signifie le "néant."

C'est très bien.

Je dois partir. Je reviens.

Rinri ?

Oui ?

C'est la mafia qui te rappelle ?

Que dis-tu ?

Rien.

Oui, rien.

Tiens, c'est pour toi.

Je suis retourné là-bas.

-Tu les as...? -Non, je les ai achetés.

À qui ?

Pas facile à trouver.

T'es le garçon le plus gentil du monde.

Veux-tu manger un kaki pour moi ?

Oui, je peux manger un kaki pour toi.

C'est bon !

Tout à coup, je me suis vue dans le reflet.

Je me suis regardée.

Une bague, mais pourquoi ?

Pourquoi maintenant ?

Amélie,

veux-tu m'épouser ?

Tu ne veux pas m'épouser.

-Écoute... -Tu ne veux pas m'épouser.

Attends.

Avant le mariage, il y a les fiançailles.

-Fiançailles ? -Fiançailles, mariage.

On va faire les choses dans l'ordre.

Combien de temps durent les fiançailles ?

Ça dépend.

-Regarde. J'accepte ta bague de fiançailles. [En anglais] -Oui ?

Merci. D'accord.

Merci à l'inventeur des fiançailles. Un génie, cet homme-là.

Fiançailles.

C'était peut-être bien une femme.

Les fiançailles.

Je suis ta fiancée.

Ma fiancée.

Christine, comment vas-tu ?

Moi, je travaille chez Yamimoto.

Oui tu sais, je t'avais dit.

Depuis janvier.

Un an. C'est un contrat d'un an.

C'est bien.

En fait, c'est affreux. La période la plus grise de ma vie.

Et toi, ça va ?

Oui.

Oui, oui.

D'accord, on s'appelle.

Épouse-moi.

Ça serait plus facile pour toi.

On est déjà fiancés. Je suis ta fiancée.

Quand se terminent les fiançailles ?

Je t'ai dit, c'est variable.

-Je vais te refaire du thé. -Non, arrête !

Arrête d'être aussi gentil.

-Du thé... -Non, stop.

Retourne te coucher.

Mes rapports avec mes collègues ne sont pas très bons.

C'est difficile d'être Japonaise.

Ouais, c'est difficile d'être Japonaise.

Et Rinri, là-dedans ?

J'ai peur.

Peur ? T'as peur de quoi ?

J'ai peur qu'il me prenne pour la France et que je l'ai pris pour le Japon.

Amélie ? Amélie !

Il est quelle heure ?

Tu t'étais endormie.

Je sais, je rêvais.

Ne travaille plus chez Yamimoto.

Non, j'ai un contrat.

Ce travail n'est pas pour toi. Tu le sais.

Tu dois écrire.

Alors, quand ?

Quand quoi ?

Notre mariage, quelle date ?

Il faut décider. J'ai prévenu mes parents.

Tu as fait ça ?

Oui.

Qu'est-ce qu'ils ont dit ?

Mon père est content.

Ma mère...

c'est plus difficile.

-Ben tu vois ! -Quoi ?

Elle a peut-être raison.

Pourquoi ?

Parce que je dois finir mon contrat chez Yamimoto, tu le sais.

Et après, c'est pas possible. Je peux pas y penser.

Tu es plus japonaise que les Japonaises.

Je suis un samouraï.

Tu as déjà fait l'ascension du Fuji ?

Le Fuji ?

Non.

T'es pas un vrai Japonais, alors.

Faut avoir fait l'ascension du Fuji pour être un vrai Japonais.

Tu as raison.

Enfin, c'est ce que disent les Japonais.

On pourrait faire le Fuji ensemble.

Ce week-end ?

Oui.

Très bien.

Et après...

Oui ?

Rien.

Ce soir, rentre chez toi.

Je suis épuisée.

Oui.

Il n'y a pas de mal en toi.

C'est une question ?

Non.

En toi non plus, il n'y a pas de mal.

Si.

Tu sais, on m'a dit que c'était une escalade assez tranquille.

Oui.

Donc juste des chaussures, ç'aurait été bien.

Oui.

[En japonais] Tremblement de terre !

Viens.

T'as parlé à tes parents ?

-Oui. -Alors ?

Forcément, ils sont inquiets.

Ils veulent que je rentre.

-Je vais pas rentrer maintenant, c'est nul ! -Amélie,

Chez nous, à l'ambassade, ils évacuent tous les expats.

Et toi, chez Yamimoto, comment ça se passe ?

Allô ?

Une 3e explosion à Fukushima.

-Mon Dieu. -Tu ne peux pas rester.

Ça devient dangereux, même à Tokyo.

Non, je reste.

Amélie, il faut que tu rentres chez toi.

Il faut que tu rentres en Europe.

Pas question. Je reste.

Quoi ?

J'ai entendu que Yasmine rentrait à Paris avec son mari.

Alors, viens !

-Non. -Si.

-Je ne pars pas. -Alors moi, je reste.

Arrête de faire l'enfant.

Tu dois partir.

Cette catastrophe ne te regarde pas.

Je veux que tu rentres.

Mon père t'a trouvé un billet d'avion.

Tu pars demain.

Plus tard, tu reviendras.

Rinri, je t'aime.

Nous sommes toujours fiancés !?

Beaucoup.

Je t'aime beaucoup.

[En japonais] S'il vous plaît.

[En japonais] Honorable Amélie?

Des voisins japonais que je connaissais à peine sont venus me parler.

Ils m'ont conjuré de partir.

"Merci d'aimer notre pays" me disaient-ils,

"mais maintenant, les Japonais doivent rester seuls avec leur malheur."

Là, j'étais battue.

Bye bye.

J'ai même pas dit au revoir à tes parents.

Ils ne voulaient pas.

J'ai commencé un livre sur Ramsès ll.

C'est passionnant.

J'aimerais devenir Égyptien.

À l'aéroport, ne reste pas.

Je voulais te dire.

Je ne suis pas un yakuza.

Je sais.

Je ne devais jamais revoir Rinri.

Beaucoup plus tard,

j'ai appris qu'il avait épousé une Française,

la fille d'un général.

Sacré Rinri.

Nos fiançailles éternelles avaient donc pris fin.

Tant pis.

Tant mieux.

Ce fut tellement plus beau qu'une bête histoire d'amour.

Quant à moi...

Non,

ce sera pour une prochaine fois.

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