Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
Brichet, palais.
Celle-là, avec sa porte, elle nous emmerde !
Marceau, palais.
Allons, mon petit. Vous avez une journée dure à passer.
Vous, foutez-moi la paix.
Alors, tu y vas ?
-Laisse-la. Elle va aux assises aujourd'hui.
-C'est ta chouchoute. Moi, j'ai ni tué ni volé.
Je sais. T'es ici pour avoir donné 5 sous à un pauvre.
Brouhaha
- Tout est bouclé, on va crever, ici. - On est en train d'ouvrir.
Madame, toutes mes excuses.
Voyons….
Garde...
Voulez-vous ouvrir ?
ll vaudrait mieux demander au chef.
Vous direz que c’est moi qui ai placé Madame.
Merci, maître.
De là-bas, je ne voyais rien et j‘étais déçue.
Vous, vous étes blasé.
On est blasé quand on n'a plus de talent.
Comment ça va ?
Brouhaha
-T'as vu Eparvier ? Quel chiqué !
Le soutien dela mère éploree, ça lui va.
La pauvre a failli s'évanouir.
Eparvier avait dû prévoir un photographe.
- Où étiez-vous ? - Avec la cliente.
- J'ai dû placer Mme Boutreau. - Je fais de mon mieux.
Les laboratoires Boutreau, ça fait 5 millions par an...
- Où en êtes-vous avec D. Marceau ? - Elle veut s'expliquer.
- Ca lui passera. - Cette fois, ça m'étonnerait.
Ca va être gentil !
Ca serait un si beau métier... sans les clients.
Comme est—elie attifée ? Pas trop putain ?
Elle est difficile à enlaidir.
-Ca tombe mai. Regardez les jurés.
ParicL
Près du banc, là.
Récusez les femmes.
- T‘as lu mon papier ? - Très bien.
Sales gueules. C'est parfait.
- Qui massacres—tu, aujourd‘hui ? - Tout le monde. Pas de cadeaux.
Surtout avec celui-là en face.
Aujourd‘hui, tu peux demander le maximum, tu l'auras.
Ta gentillesse m'inquiète.
-Que m’as-tu dit ? Ils sont très bien ensemble.
Tu vas voir.
- lls sont si méchants ? - Non. Féroces.
Sonne ? e
Allez, en piste.
Brouhaha
- Assis ! - Je vois rien.
3 coups sont frappés. Messieurs, la Cour !
L'audience est ouverte.
Nom, prénom, âge et profession ?
Dominique Marceau, 22 ans.
Profession ?
Bon, asseyez-vous.
M. le greffier, faites l'appel des noms des jurés.
- M. Vidal ? - Présent.
- Restez assis. M. Perrier ? - Présent.
Le greffier continue l'appel.
Calmez-vous, il y en a encore pour 1 h.
-Toujours attendre. Je suis sur les nerfs.
-Ne tirez pas trop dessus. Vous en aurez bientôt besoin.
Je procède au tirage au sort des jurés.
ler juré : M. Verdier, numéro 7.
M. Valant, numéro 16.
M. Drapier, numéro 17, M. Godin, numéro 11,
M. Buisson, numéro 8, M. Gaillard, numéro 9,
M. Moineau, numéro 21,
- Mme Tardi, numéro 12. - Récusée.
- Mme Galant, numéro 23. - Récusée.
- Hs sontvaches. - Vous, jeune.
M. Vidal, numéro 1.
M. Hubert, numéro 17.
- Comment tu trouves la petite ? - Une garce qui a tout prémédité.
- Guérin plaide le crime passionnel. - Gonflé !
La fille peut s'en tirer avec 5 ans et sortir dans un an.
C'est donné.
Avec Eparvier, ça peut faire perpète.
- Ou pire. - Ca, c'est pour demain.
L'embètant, c'est aujourd'hui.
II y a un banc réservé pour assister à l‘audience.
Messieurs les jurés, levez-vous.
Vousjurez devant Dieu et les hommes
d'examiner scrupuleusement
les charges portées contre Marceau Dominique,
de ne trahir ses intérêts, ni ceux dela société,
de ne communiquer avec personne,
de n'écouter ni la haine, ni la crainte, ni l'affection,
de vous décider suivant votre intime conviction,
avec l‘impassibilité d'un homme probe et libre
et de garder le secret de vos délibérations
même après la cessation de vos fonctions.
Accusée, soyez attentive
aux charges relevées contre vous.
M. le greffier, lisez l‘arrêt de renvoi.
"La chambre d'accusation réunie le 15 octobre 1959,
vu la procédure contre Marceau Dominique..."
On devrait plaider la vérité, pour une fois.
Quelle vérité ?
Une histoire de gosse, ils comprendraient.
On dirait que vous les connaissez pas.
Je vais pas ramasser une gamelle pour elle.
J'ai qu‘un moyen de marquer des points.
Gilbert racontait des salades pour la baiser.
Une pauvre idiote qui y croyait.
Il lui a ouvert les yeux, elle a tiré.
- Toujours la mème. - Aux assises, y en a qu‘une.
"Le 15 décembre 1958, le commissariat
"était alerté par un appel de Martineau André,
"qui rentrait chez son ami Tellier Gilbert.
Plus tôt, il avait averti ce dernier dela menace qui pesait sur lui."
Votre journal.
Merci.
- Vous retournez chez M. Tellier ? - Oui.
Les voisins se plaignent du bruit.
On ne jouera pas de musique tard.
Gilbert ! Gilbert, ouvre, c'est moi !
Mme Gaubert, M. Tellier n‘est pas sorti ?
Non. Une jeune blonde est venue.
Vous avez une clé ?
- J'ai un double, si vous voulez. - Ca sent le gaz.
Y a peut-être eu un accident.
- M. Tellier ! - Attendez.
Foutez-moi la paix !
Merde ! Surtout, n’allumez rien.
Bris de verre
-Touchez a rien. Je vais fermer le gaz.
M. Martineau !
Elle est ici. Appelez la police.
- Je vais prévenir les pompiers. - Moi, je la laisserais crever.
- Elle sera dure a ravoir. - C'est pas un service a lui rendre.
Là, elle sentira rien.
Justement, ce serait trop commode.
"La chambre d'accusation ordonne que Marceau Dominique,
"actuellement détenue,
"sera prise au corps et conduite àla maison d'arrêt
près la cour d'assise dela Seine pour y être jugée."
Accusée, levez-vous.
Vous êtes accusée d’assassinat.
Vous pouvez encourir
la peine de mort.
Brouhaha
On va procéder à votre interrogatoire.
Née le 12 octobre 1939 a Rennes, vous y resterez jusqu'à vos 18 ans.
Votre pére étant officier d'active,
votre mère a surveillé votre éducation
et celle de votre soeur Annie.
Tous les témoins ont vu chez vous les mêmes traits de caractère :
égolsme, instabilité d’humeur, manque d'affectivité, ingratitude.
Pourtant, vous avez eu la vie d‘une enfant choyée, heureuse.
J'avais ce qu'il me fallait, mais...
- Maltraitée ? - Non. C‘était sinistre.
Le sens du devoir de votre mère vous pesait,
comme la conduite parfaite de votre soeur.
On la citait en exemple.
Dés l'enfance, vous la détestiez.
J'ai sous les yeux le récit d'un incident caractéristique.
On avait offert a votre soeur une magnifique poupée.
Vous la volez, arrachez ses cheveux, tordez ses membres,
crevez ses yeux,
vous vous acharnez sur elle avec une cruauté inquiétante.
Jolie démonstration !
Maître, je vous en prie.
Alors ?
- J'avais 8 ans. - Vous jalousiez déjà votre soeur.
On me donnait rien.
-Vous ne le méritiez pas. Annie travaillait.
Elle apprend tout ce qu'elle veut. Moi pas.
Vous n'en prenez pas le temps.
Pendant qu'Annie s'acharne,
elle faisait à la fois ses travaux d'écoliére
et des études de violon,
vous courez la ville avec des jeunes gens.
Votre tenue scandalise.
A Rennes, il en fallait pas beaucoup.
Vous avez apporté en classe le livre "Les Mandarins".
-On se le passait entre nous. Il était plutôt barbant.
-Sa lecture ne vous a pas choquée ? Et pourtant...
Tenez, M. le président, au hasard, page 74...
"Sa bouche taquina mes seins, rampa sur mon ventre..."
- Maître ! - "Je me réfugiai dans le plaisir..."
Non, non ! On choisit 3 lignes dans un roman de 600 pages.
Elles n'y sont pas ?
Ce livre a eu le prix Goncourt.
Vous le donneriez élire a votre fille.
Fait-on le procès de Mme de Beauvoir ?
On n‘est pas ici pour vous reprocher vos lectures.
Tant mieux.
Je rappelle cet épisode, car il a causé votre renvoi du collège.
Devenue définitivement oisive,
vous restez sourde aux avertissements de votre père.
On vous voit dans les cafés,
vous allez jusqu‘à 3 fois par semaine au cinéma.
Cette vie de dissipation aboutit rapidement à sa conséquence logique.
Vous prenez un amant.
- C'est exact ? - Je l'ai dit au juge d'instruction.
Spontanément, je le reconnais.
Curieusement, votre partenaire l'a nié.
Pauvre Henri.
-Oui… C'est le monde a l‘envers. Enfin...
Il est aujourd’hui marié. Passons.
L‘histoire s'ébruitait.
Pour échapper aux conséquences, vous quittez la ville.
-Quelles conséquences ? Ca n‘avait aucun rapport.
Annie avait eu son ler prix de violon,
papa l'envoyait étudier à Paris, j'en ai profité.
- Je veux aller à Paris. - Non.
- Pourquoi ? - Tu restes ici.
Souph -Autantcreven
Quel est ce langage ?
ll fallait travailler.
A Paris, je travaillerai.
Tu ne sais rien faire de tes 10 doigts.
-Je ferai n'importe quoi. Secrétaire.
Toi, dans un bureau ?
Y a aussi les instituts de beauté...
Je paierai pas pour que tu sois manucure.
- Je deviendrai quoi, ici ? - Ca…
Je vous coûterai rien. Je gagnerai ma vie plus vite qu'Annie.
Esthéticienne est un métier à la mode.
Non, non et non !
Je me fous en l'air.
- Et moi, je te fous une claque. - Bien.
Vous le regretterez.
Excellent, ton bouilli.
Couche—toi vite, il est tard.
-Tu t'y es mal prise. Tu aurais pu les avoir.
Plainte
Je sais bien que tu dors pas.
Fais pas l'andouille. J'y suis pour rien.
Ecoute, c'est idiot, a la fin.
Dominique, ça suffit !
Dominique...
Dominique... Réponds, dis—moi quelque chose !
Elle gémit : -Je veux mourir.
Dominique…
Maman ! Maman !
- Tout ça n'était pas très sérieux. - Si on veut mourir, c’est sérieux.
On doute de votre sincérité.
- Une comédie ! - La première.
-Une comédie ? Vous appelez ça une comédie ?
Personnellement, à l'âge de 18 ans,
absorber 2 g de Véronal, j'appelle ça un drame.
-N'exagérons rien. Le médecin a été entendu.
Il qualifie ce suicide de théâtral.
Théâtral, pas simulé.
“La malade était dans un état semi-comateux.
Evidemment, la dose absorbée était mortelle.
-Ah non. Si vous voulez lire, lisez tout.
Et ne changez pas la ponctuation.
“La dose absorbée était mortelle,
mais la malade n'a jamais couru de danger."
-J'attends… Vous voulez lire tout, non ?
Alors, je continue.
"La malade n‘a jamais couru de danger
comme c'est le cas quand on intervient dans un délai court.“
Il est arrivé à temps.
Elle y comptait.
Ni le médecin ni les parents n'ont douté de sa sincérité.
Ils ont jugé prudent de céder.
En effet.
Vos parents se montrent faibles
et font un sacrifice en vous installant
avec votre soeur, a Paris.
A La Chapelle. th de métro.
Un quartier un peu excentrique, mais sain et aéré.
Pour un prix modeste, vous jouissez d'un certain confort.
Violon
T'en as encore pour longtemps ?
Tu peux pas m'aider, non ?
Je te jure, le confort !
T'as deux mains gauches.
Bon crincrin.
Vous courez a la facilité.
Vous ne voyez que le luxe. Vous vous laissez éblouir
par l‘étalage de l'argent.
- Pas longtemps. - En effet.
Vous délaissez les Champs—Elysées pourla ?ve gauche.
Vous n'y cherchez pas le contact avec une jeunesse studieuse.
A l’ombre de nos facultés, vous découvrez les cafés,
le débraillé physique et moral, l'atmosphère douteuse,
la familiarité de mauvais aloi quirégnelà.
Cette promiscuité qui autorise tout
vous semble pleine de promesses.
Les avances brutales vous plaisent.
-Pardon. Mm... Mignonne !
Au lieu d'en être choquée,
vous vous sentez à l‘aise dans ce milieu dissolu
et liez connaissance
avec vos futurs amis.
Merci.
Vous avez trouvé
votre climat.
Chaque jour, chaque soir, vous reviendrez là,
au milieu de ceux qui sont vos pareils, comme vous.
- Fous-moi la paix. - Touche pas à Georges, il bûche.
Je fais ça ici, dans ma piaule, on gèle.
- Ciao. - Tu veux ?
-Non, merci, je me lève. Un crème !
Qui te drague ?
Moi. Je t'invite ?
-Merci. Joli trait de caractère. Je note.
ll note quoi ?
- T‘es rentrée dans son roman. - Son roman ? Où il est, ton roman ?
- Là. - Et destiné a y rester.
Mais il est conçu.
- Permettez ? - Occupé.
De quoi parle ton histoire ?
Mon oeuvre ? De la vie.
- C'est quelque chose. - Tu peux le dire.
- T'es casse—pieds. - Je cherche un rythme.
- Le conservatoire suffit pas. - Moi et la musique...
T'en fais ?
Plut6t crever.
-Tu fais quoi, alors ? Dis—le, c'est pour mon roman.
Moi, je fais... un peu rien.
- Vous avez renié votre promesse. - Laquelle ?
-Celle de gagner votre vie. Ca impliquait de travailler.
Rires dans l'assemblée
C'est tout ?
J'étais inscrite à des cours d'esthéticienne.
Ca a duré 8 jours.
-Les cours étaient le matin. Je suis pas du matin.
Brouhaha -SHencel
Soit.
Vous devenez veule et oisive et cela vous mènera au crime.
Pour fuir l‘exemple de votre soeur, vous rentrez tard, ou pas du tout.
- A demain. - A demain.
- Michel ! - Quoi ?
Dis, Michel...
- Tu penses au suicide, des fois ? - Bien sûr.
Moi, chaque fois que je prends le métro.
- Je veux pas rentrer, ce soir. - Que vas-tu faire, alors ?
Eh ben ?
- Je pourrais rester avec toi. - Juste.
C‘est très petit, je t‘avertis. Le lit aussi.
- Bonsoir, Daisy. - Elle habite la ?
Salut, Michel.
Tu as du feu ?
- Garde-le. - Merci.
Elle est belle, ma tache, hein ?
Et mon mobile ? Il te plaît, mon mobile ?
Ca fait de quoi regarder, du lit.
- Barbastre me l‘a fait. - Barbe quoi ?
Tu connais pas. Personne.
C'est quoi, cette corde ?
C'est ce qu’on disait : la corde pour se pendre.
Tu vas le faire bientôt ?
Oh… J'ai tout le temps.
-Ca me dirait rien, une corde. C‘est moche.
Comment on va dormir, avec cette place ?
Moi, je dors n’importe où.
- Tu travailles jamais, le soir ? - Je travaille jamais. Je pense.
-On s‘ennuie pas ensemble. Pourtant, on se dit rien.
Ben, justement.
Ils n'arrêtent pas d’envoyer des fusées.
Oui.
Bon….
- Bonne nuit, ma jolie. - Bonne nuit.
Tu peux éteindre.
Tu es douce, tu sais.
- Tu veux bien ? - Mm, mm.
Alors, on fait ça en copains.
On est pas doués pour aimer, c'est pour ça qu‘on s‘entend.
J'en ai marre, marre, marre !
Tes slips dans la cuvette, tes bas sur mon pupitre,
la confiture sur Mozart...
Découche si tu veux, mais ne fous pas le bordel ici.
Tu me fauches mon parfum, tu jettes le savon...
Tu as rarement envie de te laver.
Et y a plus de sucre.
Je l'ai fini hier.
Tu fous rien et c‘est moi qui m‘appuie les courses.
On a le temps.
-C'est dimanche. Ce sera bientôt fermé.
Sans moi, tu mourrais de faim.
Non, de joie.
*Musique latino
*Orquesta Aragon : "Yo tengo una muneca"
On frappe. Oui ?
Oui !
Pardon, je cherchais Mile Annie Marceau.
- Elle vient de sortir. - Excusez-moi.
Où allez-vous ? Attendez-la ici, elle revient tout de suite.
Eh ben, entrez !
Fermez la porte.
Vous pouvez approcher, je ne mords pas.
- Dominique, c‘est vous ? - C'est moi.
Gilbert Tellier.
- Asseyez-vous. - Non, mer ?.
- Vous fumez ? - Non, merci.
En entendant votre disque, j‘ai cru m'être trompé de porte.
Annie, c‘est plutôt le genre casse-pieds.
- Moi aussi. - Sans blague ?
Oui. Les orchestres typiques, ça me fait dégueuler.
Moi, ça m'excite.
- Annie ne vous a pas parlé de moi ? - Non.
- Vous jouez aussi du violon ? - Non, piano, direction d'orchestre.
Une carrière de virtuose, c’est trés bien,
mais si on veut servir la musique, conduire, c'est autre chose.
- Je vous rase, hein ? - Oh non, c'est intéressant.
- Vous voyez souvent Annie ? - Oui, assez.
Vous l'avez sautée ?
-Vous y allez un peu fort ! Annie est une fille bien.
Justement. Ca la rendrait peut-étre plus vivable.
Je la trouve trés vivable.
Je l‘emmène au concert, on déchiffre ensemble,
je la fais travailler...
- Vous devez bien rigoler ! - La rigolade remplit pas une vie.
- Si vous l'avez pas compris... - Gardez vos grands principes.
Avec Annie, vous vous étes trouvés !
Gilbert ! Que fais-tu là ?
- J'ai 2 places pour Pleyel a 4h. - Merci d‘avoir pensé a moi.
- Pour écouter du Bartok. - Quelle bonne idée.
- On se retrouve dans le hall. - C'est ça.
C'est ça.
- Au revoir. - AU REVOIR.
Cette fois, c‘est une fois de trop.
- Quand on est seules, j'encaisse. - Ale !
Mais devant les gens auxquels je tiens...
Tu me fais honte. Je sais plus où me mettre.
C'est un connard pontifiant.
C'est un type formidable, le plus doué de l’école.
Pour qui tu te prends ?
- Ca recommence ! - Non, ça se termine.
Je t'ai assez vue.
-Moi aussi. Ce soir, je serai partie.
J'y compte bien.
Vous rompez le dernier lien vous rattachant à votre famille.
Vous rejoignez votre amant, M. Delaunay.
- C'est pas ça du tout. - Michel Delaunay a été votre amant.
Oui.
- ll habitait l'hôtel Boileau. - Oui.
Vous emménagez hôtel Boileau, donc avec lui.
Non, j'habitais avec Daisy.
On partageait le loyer. 15000 F chacune.
Michel, c'était du passé.
Du passé ? Vous étiez sa maîtresse depuis 8 jours.
- Oui. - Et vous aviez déjà rompu ?
Brouhaha
- Que s'était—il passé ? - Rien. C'était fini, c‘est tout.
Vous le voyiez encore.
Ca faisait pas de différence.
Rires —Silence !
Je renonce à comprendre. Enfin...
Arrivons à Gilbert...
Selon vous, il serait venu à l'hôtel Boileau un matin, à l'improviste.
- Annie me l’avait envoyé. - Votre soeur l'a nié.
- Là-dessus, Annie a paru sincère. - Celle-là aussi.
Alors ?
Violon
-Non, tu manques le rythme. Ecoute—moi.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Rien. Mais dis-moi, avec ta soeur, ça s’est arrangé ?
- Oui. Elle est partie. - Où ?
-Rejoindre sa bande. Hôtel Boileau.
Ca t'intéresse ?
Non, mais ce qui est arrivé est de ma faute.
Si elle fait une blague, je culpabiliserai.
- Y a moyen d'arranger ça ? - Laisse tomber.
Rire
- On frappe. - Entrez !
Bonjour, c'est moi.
- Tiens, le type formidable ! - Ah, c'est le...
Non, plutôt le...
- Salut. - Bonjour.
- Salut. - Bonjour.
- Salut. - Que faites-vous ici ?
- J'ai à vous parler. - Allez-y.
-ll préfére te parler seul. Vrai ou faux ?
- Vrai. - On est de trop. Daisy, on se tire.
Quelle discrétion !
C'est une vertu que je pratique a mes heures.
Vous vous droguez, vous fumez ?
-Je brûle de l‘encens. Ca m‘évite d'ouvrir la fenêtre.
Vous vous en faites pas.
-Non. Vous êtes venu pour me dire ça ?
-Non. Votre soeur m‘envoie. Elle est inquiète, je la comprends.
Elle délègue ?
Elle craignait de rencontrer votre amant.
Michel ? Un ancien.
Un ancien qui continue, c'est pas un ancien.
-ll me fait presque plus rien. Juste les pieds, car j'aime ça,
et les seins pour son plaisir.
Si vous croyez m'épater...
- Je vous quoi, alors ? - Vous m'intéressez.
Ca m‘amuse de vous observer. Vous êtes un cas.
- Un cas ? - Mm.
-Mon cul, c’est du poulet ? Je m'habille.
Déjà ? Il est que 3h30, vous savez.
J'ai faim. Avec les types genre Seccotine, c'est un bon truc.
Eau qui coule
Tous les garçons ont envie de coucher avec vous, comme ça ?
Comme ça, tout de suite ?
Oui. Ca vaudrait mieux, non ?
-Vous avez pas le genre. 0h...
- Merci. - Je vous suis trés antipathique ?
-Un peu moins. Un au gruyère, je peux ?
- Deux, méme. - II est bourré, lui.
Tu parles !
- Prof de piano pour chiards. - 3 chiards.
- Et tes viandes froides ? - Quoi ?
Je joue de l‘orgue aux enterrements.
II se nourrit dela douleur humaine.
-J'aimerais bien. Je fais du baby-sitting.
Les mamans vont au ciné, moi, je lave les couches.
- Chouette chemise. Tu l'as eu où ? - Cadeau. Une charmante.
- T'en as, du pot ! - Non, des talents. Démonstration.
Gémissements de plaisir
C'est vrai qu‘il est doué.
Vous étes impossible.
- Pourquoi vous revenez ? - II est amoureux.
Ca lui réussit pas.
Tiens, frotte plus fort. Encore ! Oui, c'est ça.
- Du moment qu‘on vous tripote... - Tu vois, il est jaloux.
- Arrétez donc de débloquer... - Ici, là... J'adore !
Vous étes libre, ce soir ?
Pas aujourd’hui.
- Qui c'est ? - Tu connais pas.
Mais non, voyons. Je suis seule. Oui.
Non, je vais au ciné. Avec un type. Oui, c‘est ça, on verra.
- Tu vas au ciné, ce soir ? - Mm.
- Et avec qui ? - Avec un tocard.
*Cavalcade et coups de feu
T’es une patate, mais t'es chouette.
- Je peux monter ? - Oh non.
Il y a Daisy. Et de toute façon...
- Ca te déplalt ? - Non. Mais toi, tu fais sérieux.
-C'est sérieux. Malgré tes défauts, je t‘aime.
Je t'aime pour de bon. Tu regrettes ?
-Non. J'aime bien tout. J'aime bien qu'on m'aime aussi.
Prouve-le.
Non ! Non !
- Non ! - Oh, pardon !
Non, au contraire, tu tombes à pic.
J'ai compris. Ciao !
- Au revoir, Daisy. - Au revoir.
Combien de temps tu vas le faire souffrir ?
-Je sais pas. J'invente à mesure.
Vous vous refusez à Gilbert pendant 2 semaines. Pourquoi ?
Dans quel délai
est-il loisible à une jeune fille
de se donner ?
3 jours, c'est court, elle agit
comme une fille.
15 jours, c'est long, on la traite d'allumeuse.
J'aimerais connaître la jurisprudence.
Rires -Maître !
Laissez répondre votre cliente. N’étant pas d’une vertu farouche,
pourquoi faire attendre le seul que vous prétendez avoir aimé ?
Avec lui, ça devait être différent.
C'est votre explication.
Vous vous imposiez une attente.
- Des fiançailles, en quelque sorte. - C'est ça.
-Non, ça n‘est pas ça. Vous savez a quoi je pense.
lmbéciles, faites donc attention.
- Assassin ! - Grand dégueulasse !
C'est de la mécanique, ça.
- Salut. - Salut.
- Salut. - Ah, t'es là !
- Ca te réussit, les affaires. - Mieux que la fac.
- Bonjour. - Bonsoir, plutôt.
- On fait un tour ? - Je peux pas...
- Juste le tour du pâté de maisons. - Allez, 2 mn...
-Vas-y, fonce. Et bourre, je te chronomètre.
- II est dingue, ce mec. - Chut. 12...
- ll t‘épate, avec son engin. - Et le gars est pas mal.
-Tu me dégoûtes. Viens.
Jaloux !
- idiote ! - Laisse tomber, toutes pareilles.
- Où allez-vous ? - Au bar.
Les voilà !
Cris
C'est pas fini, ce boucan ?
On peut plus rigoler, non ?
Moi, le matin, je travaille.
Couchez-vous plus tôt, vous serez moins moche.
C'est malin, ça !
Chut, dans 3 secondes, on va les entendre.
28, 29...
30...
- 31, 32, 33... - Qu'est-ce qu'ils peuvent foutre ?
34. Le feu était peut-être au rouge.
Peut-étre.
38, 39...
Pas la peine de compter.
- Partir avec un con pareil ! - On se sent tous cocus.
- C'est peut-étre un accident. - On meurt pas de ces accidents—là.
-Et vous n'en étes pas morte. Rires
Tromper Gilbert vous semblait normal ?
J'étais pas sa maîtresse.
Bon… Alors, il est plus question de fiançailles.
Ridiculiser un amoureux timide vous amusait.
Non. J‘avais juste envie de faire un tour en moto.
Vous avez changé d'amant sur la moto.
Rires
- C'est facile de faire rire. - Et c’est odieux.
Vous êtes ici pour défendre la mémoire d'un mort,
pas pour fournir des armes à l'accusation.
Vous étes avocat.
Mes questions ont un but : rétablir la vérité.
Là, c'est moi qui interroge.
J'en reviens à M. Louvier.
- Alors ? - Ca avait si peu d‘importance.
-Pour vous. Mais pour Gilbert ?
T'es là, toi ?
On se demandait où t‘étais.
- T'attends Dominique ? - Non. Non.
Pour coucher avec une fille, faut pas courir après.
Je sais.
A ta place, j’irais prendre une bonne cuite.
Tu as peut-étre pas tort.
Un véhicule approche.
Conversation joyeuse
Une portière claque.
La voiture s'éloigne.
Sonne ? e
- Vous avez l'heure ? - 10h20.
- Merci. - A votre service.
Taxi !
Taxi !
- Que fais-tu là ? - D'où sors-tu ?
- Ca te regarde ? - Je t‘attends depuis hier.
- Tu l'as bien voulu. - Remonte.
- T'es dingue ? - J'ai un mariage a11h.
A l'église d'Epinay. Vite.
Orgue
- Alors ? - Chut….
Cette petite virée s‘est bien finie ?
- Comme ça. - Comme ça... Au lit ?
- Et… c‘était bien ? - Comme ça.
Tu vas tous te les envoyer, toute la liste ?
Et alors ?
-Salope ! Accords dissonants
Il reprend la mélodie qu’il jouait au début.
-Dans le fond, c'est beau. Je regrette pas d'être venue.
- M'engueule pas, t'es pas mon amant. - Je le serai.
- On avait dit que non. - Dis-moi de rester con !
- Tu veux être sur la liste ? - Tu gâches tout.
-C'est toi qui gâches tout. Tu te décides ?
Rentre. Ce sera fait et on n'en parlera plus.
Ben, rentre.
Allez, Daisy, debout ! On a besoin du lit.
J'ai compris.
Tiens.
- Bonjour, quand méme. - Oui, bonjour.
La place est toute chaude.
-Ouvrez, c'est moi. Je voudrais bien rentrer un peu.
C'est pas le moment. Repasse.
- Tu sais ? - Non….
- J'aurais jamais cru. - Moi non plus.
Au revoir.
Ca va être prêt.
Pas le temps.
- T'es tombée sur la téte ? - Je suis amoureuse.
- La classe de direction d'orchestre ? - Ce couloir, 2e porte a gauche.
- C'est pas défendu ? - Soyez discrète.
Merci.
Orchestre
Annie oublie de changer de mélodie.
Tu sais plus compter ?
- Tellier… - Oui, maître.
Les cors sont anémiques.
Bon, alors, on reprend.
4 mesures avant. Et les cors...
Applaudissements
Ca suffit, les enfants ! C’est terminé.
Brouhaha
- Pas mal du tout. - Merci, maître.
Mais c'est un peu trop nerveux.
- J'ai pas fini. - Oui, maitre.
Si tu ne t'habitues pas a tenir l'orchestre serré,
ça te jouera des tours.
-T‘as vu ta frangine ? Il s'embéte pas, Gilbert.
J'ignorais que tu aimais tant la musique.
C'est pas ma faute.
-Garce. Tu es pire que je ne croyais.
Essaie de comprendre.
J'ai compris. T‘es une vraie dégueulasse. Bonne chance.
Oh, mon amour !
Je t'aime, je t'admire.
- Elle a l‘air furieuse. - Elle a dela peine.
-C'est idiot... Pauvre Annie.
C'est compliqué, les filles.
Ouf, lessivé.
T'as un mouchoir ? Je suis en nage.
Tiens.
-T'as pas plus petit ? Ils rient.
- Dis, Tellier... - Oui ?
- On t'a peu vu, ces jours—ci. - J'ai été trés pris.
- Ca va coller. - En vrai ?
Tu peux compter sur 30 gars.
- Des bons ? - Les meilleurs.
- J'ai mis du temps a les convaincre. - Maintenant, ça y est.
Au revoir.
Salut.
T’as entendu ? Ils me font confiance.
On va former un ensemble. J‘aurai mon orchestre à moi.
C'est une drôle de sensation.
Tu vois, avant, j‘hésitais, j’avais un peu peur.
Mais plus maintenant. Maintenant, je suis sûr.
Hé, Tellier !
On ferme.
Viens.
C'est beau, hein ?
Regarde comme c'est beau.
Tu vois, ici, je me sens chez moi, je respire.
Y a des jours, comme ça, où on est comblés.
Tu es belle.
Si belle...
Je peux plus vivre sans toi.
On va se marier.
- Quoi ? - On va se marier.
Tu vas vite. Pas à 20 ans.
On n'aura plus de temps pour être heureux ?
- Le mariage, ça rend malheureux. - Les autres, pas nous.
Tiens. J‘ai pensé a toi toute la nuit. J‘ai pas dormi th.
Je te laisserai plus jamais partir.
Tu es à moi, maintenant, quoi qu’il arrive.
Je voudrais comprendre vos sentiments.
Vous n‘allez pas au conservatoire pour narguer votre soeur ?
Je n‘avais qu‘une envie : revoir Gilbert.
Mais vous avez refusé de l'épouser.
J'ai pas refusé.
Je voulais qu’on soit heureux, c'est tout.
Une vie honnête ne le permet pas ?
Qu'y a-t-il d'honnéte
à se faire épouser ? Brouhaha
-C'est une opinion. La demande en mariage, pour Gilbert,
c'était une preuve d'honnéteté.
ll n'a pas demandé sa main.
Un jour, il lui a parlé de mariage,
quandilsavaü qu'eHe ne pouvaitpas accepten
Ce jour—là, Gilbert était-il sincère ?
J'interroge votre cliente.
-Elle ne répondra pas. Je le lui interdis.
- Prudent ! - Non, trop vieux pour être piégé.
Oui, elle a cru Gilbert. Et toujours.
Ou elle ne serait pas ici.
Ca prouve qu’elle a été crédule, pas que Gilbert ait été sincère.
Une question a votre cliente,
méme si je sais qu‘elle n'y répondra pas.
Gilbert a-t-il parlé de ses projets de mariage ? Non.
II a parlé de sa fiancée à sa logeuse.
C'était une blague. Un truc pour qu‘on puisse se voir chez lui.
Piano
*Piano
- Tu entends ? - Je suis pas sourde.
Attention, premiére entrée.
Avec rien ce qu'il arrive a faire, c'est...
T'as pas un ”Cinémonde" ?
-C'est tout l‘effet que ça te fait ? C‘est du Bach !
- J'aime lire en écoutant la musique. - Tu le fais exprès ?
- Qu'est-ce qui t‘épate, dans la vie ? - Marlon Brando.
- 3 navets en 15 jours, ça suffit. - Alors qu'est-ce qu’on fait ?
- On rentre, tiens. - Encore ?
Oh, fiche—moi la paix !
Quoi ? Tu m‘aimes plus ?
Mais si. Seulement je sers qu'à ça. J‘existe aussi.
- Bien sûr, tu existes. - Au lit, oui.
Mais y a pas que ça dans la vie.
J’ai envie de sortir, de me balader, de traîner,
de danser, de vivre, de voir des copains, merde !
On voit plus personne.
J'ai pas de temps a perdre avec tes copains.
Les jours passent et tout ça, c‘est du travail en retard.
Et l‘amour se vit a 2.
Entre ta musique et ton plumard, j'étouffe.
Va prendre l'air, ça te fera du bien.
-Tu me le répéteras pas 2 fois. Je me tire, et en vitesse.
C'est ça. A demain.
-Ca non ! Pour qui tu te prends ? Je suis pas venue te chercher.
Je m'en vais, et pour de bon !
Dominique ! Minou !
Fais pas l'idiote !
Non, elle n'est pas là.
Ca, je ne sais pas.
Ca fait 3 jours qu'elle est partie fâchée.
Sonneüe
Hein ? Oh...
Des bêtises, quoi.
Je sais, mais c‘est pas une raison.
Surtout un jour d'anniversaire. Deux mois. Un bail, hein ?
- Je lui avais acheté un cadeau. - MoiaussL
Merci, Daisy. Elle est là.
D'où viens-tu ?
Qu'as-tu fait pendant ces 3 jours ? Qui as-tu vu ?
- La bande. - Ne feins pas de ne pas comprendre.
- Regarde-foi. - Je vois pas.
- Tu vois pas ? - Non.
- Et cette chemise ? - Aïe !
-D'où vient—elle, cette chemise ? Je la connais.
-Tout le monde la connait. Elle est à Jérôme. Et après ?
Et après ?
-Non, mais tu es fou ! Arrête, tu me fais mal !
Salaud ! Ale ! Au secours ! J'en ai marre ! Marre !
-Moi aussi ! T‘es qu'une putain. Je veux plus te voir !
- Qu'est-ce qu‘il se passe ? - Rien !
-Une scène abominable. J'en tremble encore.
Le lendemain, j'ai parlé a ce pauvre Gilbert.
J’ai dit que cette fille ne rentrerait plus chez moi.
Il a compris. Il n'a pas insisté.
- C'est tout ? - Je ne vois plus rien.
Des questions, M. l'avocat général ?
- Ca me suffit. - Maître ?
Connaissez-vous le motif de ces scènes parfois violentes ?
Elle le trompait
- sans arrêt. - C'est pas vrai.
Je l'ai trompé une seule fois.
-Une seule fois, avec un galopin ? Et pourquoi ?
Je sais pas.
Si on trompe un homme sans arrêt, c‘est une habitude,
mais la défaillance unique d‘une femme fidèle doit s‘expliquer.
Comment l'expliquez-vous ? Un moment d'égarement, de folie ?
- PourJérôme ? - Non.
Alors ?
Ca s'est fait si bêtement.
On était dans ma chambre. Jérôme avait une chemise sensass.
Je l'ai essayée, j'ai refusé de la rendre, on s'est battus et voilà.
- II vous a laissé la chemise. - C‘était le minimum.
D‘autres chemises vous ont plu ?
Qu'insinuez-vous ?
Gilbert ne comptait pas,
d'où vos infidélités répétées.
Quoi, répétées ?
Durant les 18 mois d'instruction, on n'a trouvé que cette histoire
et elle en a parlé la tre.
Elle a eu une vie libre, soit,
mais la juge-t-on pour sa légèreté ou pour meurtre ?
Pardon, c'est vous qui plaidez le crime passionnel.
Elle joue la maîtresse éplorée. Là, je dis non.
Elle a trop bafoué l'amour de Gilbert.
Parlons-en, de l'amour de Gilbert.
Vous avez dit avoir donné a choisir à Gilbert
entre Dominique et votre logement.
C'était à prendre ou a laisser.
II a choisi le logement sans hésiter.
- ll l'a quand méme revue. - Oui, mais àla sauvette.
- Pour ce qu‘il en faisait. - Alors, là, on est d'accord.
- Témoin suivant. - Ludovic Toussaint.
M. Ludovic Toussaint !
Nom, prénom, âge, profession, domicile.
Toussaint Ludovic, 30 ans, restaurateur.
Vous n'ètes ni parent ni allié de Paccusée,
vous jurez de dire toute la vérité ?
- Je le jure. - Faites votre déposition.
Comment avez-vous connu l'accusée ?
Son père lui avait coupé les vivres.
Les parents jouent avec nous, puis ils nous jettent au panier.
Faut que j'en sorte.
- Que sais-tu faire ? - Ben….
Elle est née comme ça et je l'aime comme ça.
Ca la fera pas bouffer.
- Lui, le mâle, il va la faire vivre. - J'espére bien, un peu plus tard.
- "Confiserie demande vendeuse." - "Références exigées."
- "Bonnes ouvrières floues." - C'est quoi ?
- On t‘expliquera. - "Vendeuse lingerie luxe.
- Bonne présentation." - Bonne présentation...
Ouais. "Spécialisée, sachant calculer..."
Jeune fille sans spécialité,
- belle, bien faite. - On vous a pas sonné.
-C'est pour tenir le vestiaire. C’est très sérieux.
- C'est quoi, votre boîte ? - Spoutnik.
- Je comprends. - On vous écrira, mon vieux.
- Mais qu'as-tu ? - Je t'interdis d'accepter.
Musique jazzy
Passe-moi une chaise.
-Belles tatanes. T'as pas mégoté sur le diam.
8500 balles, tu parles d'un diam !
- Aide-moi. - Tu crois que c‘est une vie ?
J'aime gagner du fric, sans avoir à me lever, le matin.
Je travaille le jour et on ne se voit plus.
- On dîne ensemble. - Si ça te suffit, parfait.
Dominique, vestiaire.
-Couvrez-vous. On péle de froid.
- Si j‘ai la crève, tu me soigneras ? - Promis.
Je sens déjà la fièvre.
- Allez, ciao. - Tu trouves ça drôle ?
J'ai mon pourboire.
- Belle mentalité. - Qu'ai-je fait ?
Allumer le client, tu trouves ça bien ?
Pour 200 francs, un sourire. C’est dégueulasse. Tiens.
- Avec 500, j'ai droit a quoi ? - A ce qui te fera plaisir.
J'aimerais te foutre une paire de claques.
Alors, ça vient ?
Ton gars ne s'améliore pas. Il commence a m‘emmerder.
Un paquet de Camel, là-bas.
- Bonsoir. Tu fermes ? - Bien. Bonsoir, patron.
- Salut. - Salut.
- Je te dépose ? - Vaut mieux pas.
- T'habites où ? - Rue Dubois.
- Monte, je te crache. - Ca marche.
Elle ira loin, la petite.
- C'est indispensable ? - Ca te déplaît ?
Ca ne me déplaît pas, mais j'aime Gilbert.
- Pour de bon ? - Oui.
-Bien, bien. Moi aussi, je suis en main.
Plutôt trop, d‘ailleurs.
Merci.
Musique rock‘n'roll
On a une soirée de libre, et tu la gâches.
De toute façon, notre vie est gâchée.
- Parce que je suis au Spoutnik ? - Mais non, ça tient a toi.
- Ils te regardent tous. - J'y peux rien.
- Hier, tu n'y pouvais rien ? - J'ai le droit de rigoler.
- J’aime danser. - Avec moi, tu veux jamais.
- Tu sais pas. - Pas le cha-cha.
- Ni le rock. - Apprends-moi.
-C‘est vrai, tu veux ? Pour de bon ?
- Alors on se fait une boîte marrante. - Ah non, pas ce soir.
Je répète.
Tu le fais exprès.
Mardi dernier, ta subvention, mardi d'avant, ta mère qui vient...
La salle est libre.
Moi aussi, alors tu as le choix.
-Non, je n'ai pas le choix. Quarante types m‘ont fait confiance.
Tu comprends ça ?
Pour un soir.
Non.
Je n'ai pas le droit.
Musique classique
Coups de baguette Non, il y en a marre.
Reprenez—moi ça, tous les deux.
Harpe et flûte traversière
C‘est toi qui es en retard. On est là jusqu’à 4h.
- OH…. - Non, silence, s‘il vous plaît !
Voilà. Applaudissements
On reprend. Une mesure avant 13.
Musique classique
- Elle éternue. - T'as attrapé la crève.
-La salle était glacée. Ils ont travaillé tard.
- ll fallait te tirer. - Gilbert en aurait fait un drame.
- Et alors ? - J'ai pas eu le courage.
Quandilconduü, ilal'ah siheureux.
-II se fout des autres. C’est un égoïste et un ambitieux.
- Et alors ? - J'ai pas eu le courage.
Quandilconduü, ilal'ah siheureux.
-II se fout des autres. C’est un égoïste et un ambitieux.
Si tu es veuve mardi prochain, je te sors.
En copain, bien entendu.
- Vrai ? - Vrai.
- Où ? - A Saint—Eustache.
Elle rit.
-C'est formidable ! Il n'a pas pu s'envoler.
Tu l'as paumé ici ?
II n'est pas à l'hôtel.
J‘ai cherché dans la chambre, dans le vestibule, dans le hall...
Tu as pu
le semer en rentrant.
- lmpossible. - Comment le sais-tu ?
Parce que je le sais, et puis tu m’agaces.
- Cherche. - Où ?
Derriére le bar.
- Il faut le trouver. - Qu'as-tu perdu ?
Regarde. On dirait que je suis borgne d'un pied.
Brouhaha
- T'as regardé dans la sciure ? - Je l'aurais vu.
Rogerl
Tiens. Paulette. Dominique est arrivée ?
- Je suis là. - Ah, tu es là. Viens voir.
Devine où je l'ai trouvé.
Devant la porte.
Un vrai coup de chance.
- J'arrive. - Alors grouille.
La porte.
Gilbert, que fais-tu là ?
- Un tôlier manquait a ta collection. - Vous êtes tordu, non ?
- Je vous emmerde. - Ne te rends pas ridicule.
Vous vous étes bien foutus de moi.
Que je ramène Dominique, ça ne prouve rien.
Je devrais vous casser la gueule, mais ça ne m’intéresse plus.
- Non, laisse. - Non, c'est trop injuste.
Gilbert ?
- Ecoute. - Ne me touche pas !
Je n'ai rien fait, je t‘aime.
- Tu mens, tu m'as toujours menti. - Ne me regarde pas comme ça.
Si, je te regarde et je te vois comme tu es, et c‘est pas beau.
-Tu te trompes. Je vais tout t'expliquer.
- Les salades, ça va. - Tu ne peux pas...
-Si, je peux, figure-foi. Je suis libre et heureux de l'être.
- Merci et bonsoir. - Tu te trompes.
- Ce n'est pas vrai, tu te trompes. - Tant pis !
- Tu as bien réfléchi ? - Parfaitement.
- J'en ai ma claque, de tes histoires. - Moi aussi, j'en ai ma claque.
Je n'ai rien a me reprocher, rien. Si tu veux me quitter, quitte-moi.
Dominique ?
Non.
- Oh, le salaud ! - Oui, comme tu dis.
- Où va-t-on ? - N'importe où.
- Alors, à Saint-Eustache ? - C'est ça, Saint—Eustache.
Vous n'êtes pas allés à Saint-Eustache ?
Non, je l‘ai emmenée boire un dernier verre à Montmartre.
- Et finir la nuit à l'hôtel Radio ? - Oui, monsieur le président.
- La victime prenait bien sa rupture. - Non, elle voulait se venger.
J'en ai profité.
-Vous auriez saisi l'occasion ? Ce n'est pas impossible.
D‘après vos employés, elle était votre maîtresse.
- C'est faux. - Lui, je le descends en flamme.
-Et cette intimité s’est arrêtée là. Vous n'avez pas voulu la revoir ?
J'ai essayé de lui téléphoner, mais elle était soi-disant malade.
Je ne l'ai revue au Spoutnik qu’après les vacances.
Et au moment des faits ?
Je la croisais au Spoutnik ou dans le quartier.
Merci. M. l'avocat général, des questions ?
Pendant la période où l'accusée était votre employée,
elle aimait son amant ?
C'était son homme, elle ne jurait que par lui.
- Les témoins rapportent des scènes. - Gilbert les faisait.
- Sans motif ? - II avait un prétexte.
Un pourboire généreux, un sourire...
Il lui reprochait de travailler la nuit.
- Il fallait la faire vivre. - Le pouvait-il ?
ll aurait pu l'aider, mais rien.
Quand elle avait besoin de godasses,
elle se les payait elle-méme.
C'est la tre fois qu‘on dépeint
un Gilbert Tellier injuste et mesquin
et une Dominique Marceau fidèle et passionnée.
Vos relations avec l'accusée n'excusent pas votre attitude.
Une simple précision.
Vous avez parlé aux policiers de cette nuit à l'hôtel Radio ?
- Oui ou non ? - Non, je n'en voyais pas l'utilité.
Voyez-vous, une chose m’inquiète.
Cette utilité vous est apparue en voyant la fiche de l'hôtel.
Alors quand vous dites qu'avant ça, elle n'était pas votre maîtresse,
je me demande si un aveu plus complet vous semble inutile.
Je ne discute pas
- avec des menteurs. - Moi, oui.
Rires dans l'assistance
Examinons la thèse de l‘amitié.
Vous trouvez dans un bar une jolie fille sans ressources,
vous lui offrez un emploi et n'en espérez rien.
Je n'exploite pas la déche.
Mais plus tard, vous lui offrez de devenir votre maitresse.
Elle a refusé, j'ai respecté ça.
A partir de là, tout va bien entre vous.
Gilbert multiplie les scènes au Spoutnik.
Vous fermez les yeux.
Et au petit matin, vous partez avec l'accusée,
en toute amitié, bien entendu.
Je la ramenais a son hôtel.
- Vous aviez l‘habitude de faire ça ? - Je passais devant chez elle.
Pourquoi ne pas mettre Gilbert au courant ?
- Qu'aurait-il imaginé ? - On se le demande.
Il n’avait donc pas à douter de vous.
Mais il se cache prés du Spoutnik, sans doute pour faire une farce,
et il rompt.
- A tort, évidemment. - J'ai juré de dire la vérité.
Oh, monsieur, les serments dans votre cas... Tenez.
"Ludovic Toussaint, 30 ans, débitant de boisson."
C‘est bien vous ? Serment préalablement prêté :
"Je n'ai eu aucun rapport sexuel avec Dominique Marceau
"ni avant ni après sa rupture avec Gilbert Tellier.
Je suis catégorique.“
Serment préalablement prêté : "Je suis catégorique."
Vous mentiez.
Comprenez.
Mais j‘ai compris, et tout le monde avec moi.
Silence ! La défense ?
Laissons les effets de l'audience et raisonnons.
Si Dominique avait depuis longtemps une liaison avec vous,
elle rompt avec Gilbert ou avec vous,
mais pas avec les deux en même temps.
Et si elle ne veut pas vous voir, c‘est qu'elle regrette avoir cédé.
La preuve :
”Elle se terre dans sa chambre, elle ne veut voir personne.
- Elle s‘enferme dans son chagrin." - Pas d‘explication avec Gilbert ?
Non. Elle souhaite le revoir, mais elle n’ose pas l’appeler.
La nuit avec le témoin lui a donné mauvaise conscience.
Elle voudrait tomber malade.
Toujours pas levée ?
J'ai la grippe.
Mais une dépression nerveuse coûte cher.
Où sont tes manteaux ?
J'ai tout vendu.
-Le moment des vacances arrive. Dominique ne bouge toujours pas.
Pourtant, Daisy est restée aux USA. Une étrangère l'a remplacée.
- Ca fait deux mois que je paye. - J'ai compris.
- J'aurais aimé vous garder... - Vous garderez ma malle.
Tu peux prendre une tartine et un petit crème.
Merci, Jérôme.
Un crème.
Brouhaha
Hé !
Hé, Michel !
- Ca va, Minou ? - Pas fort.
Tu te donnes trop, ma fille.
J'ai passé la nuit dans une salle d'attente.
- Et ça se présente mal pour ce soir. - Chez moi, y a rien a faire.
- Et chez toi ? - T‘es emmerdante.
Je sais.
- Pour aujourd‘hui, ça va. - Merci.
Mais demain, trouve un autre pigeon.
Musique jazzy
- Vous auriez 300 balles ? - Pas à moi, mon petit.
- Va te faire foutre. - Oh, ben là...
Tu te défends mai.
Laisse ça. T‘as envie de recoucher sur la banquette ?
Tu vois, là-bas, le type à lunettes ?
C'est un Ricain.
Il est venu rigoler.
Si tu veux l‘aider, il a sûrement une salle de bains.
- Bonsoir, monsieur. - Hello.
- Vous permettez ? - Sure.
Musique rock
Sifflements
- T'es drôlement sapée. - Et ton Amerloque ?
- Je l'ai raccompagné à Orly. - Ca n'a pas duré.
- Ca suffit. - Ll t'a laissé des dollars ?
Non, sa piaule.
Dominique, viens voir.
- Où étais-tu ? - Chez Mondova.
-On te cherche partout. Ton père a eu un accident.
C'est affreux.
Les pompes funèbres auraient dû tout enlever.
Je vais les appeler.
On dirait qu‘il y a eu une tempête.
-Monte dans ta chambre. Je vais ranger un peu.
-Non, j'irai jusqu'au bout. C’est trop injuste.
Il était si gai, si bon. Qu’est-ce que je vais devenir ?
-Oh, je t’en prie maman. T'as trés bien vécu sans lui.
Quand j'ai épousé un officier,
j'ai pas pensé aux guerres.
C'est pas un reproche.
II ne manquerait plus que ça.
-Tiens, prends ça. N'aie pas de chagrin, je suis là.
Tu es ma seule consolation.
Quand je pense que tu vas te marier ?
Pas maintenant.
Tu viendras nous voir souvent.
Annie
est fiancée ?
Tu es fiancée ?
Avec Gilbert Tellier.
Félicitations.
lls feront de la musique, 2 ou 3 bambins, ils seront heureux.
Le type formidable et la fille modéle
bénis par l'art. Un sujet de prix de Rome.
-II ne l'aime pas. Ce n'est pas possible.
Qu'en as-tu a faire ?
Regarde—moi un peu. T’es enflée. On ne voit plus tes yeux.
J'ai pleurniché.
Gilbert ?
Non, parce que j'ai vieilli.
Comme ça, tout d'un coup ?
Oui. Je suis une vioque.
-Tu penses ? Où ça t'a pris, ce truc-là ?
- Dans le train. - C'est mauvais, les trains.
- Tu vas pas le regretter ? - C'était ma jeunesse.
Moi aussi, plus que ce sinistre emmerdeur.
- Tu ne l'as jamais compris. - J'ai mis plus de temps, oui.
Tu l’avais catalogué : ”Un petit connard pontifiant.“
- J'ai dit ça, moi ? - Tu te foutais de lui.
-Où ça, quand ? Où étais-tu ?
Qu'est-ce que tu inventes ?
Je suis menteur, mais j'ai une bonne mémoire.
- Je n'ai pas adoré, Gilbert ? - Et Louvier ?
Louvier ?
Je l‘avais oublié, ça m’était sorti de la tète.
C‘est bien la preuve que seul Gilbert comptait.
A quoi tu joues ?
Dominique était sincère.
C’était pas une bourgeoise qui demande le pognon au mari,
le plaisir à l'amant et vient ici
- en vison. - Parlez de l'accusée.
Un bon témoin perdu.
Dominique ne croyait plus àla morale de nos parents.
Vous étes des adultes, vous ne pouvez pas
comprendre.
Les jeunes pensent autrement.
Quel petit con !
- Je crains que... - C'est moi qui interroge.
ll s’exprime dans une forme littéraire...
Si la Cour ne le comprend pas, elle comprend encore le français.
Vous prétendez que Dominique était sincère,
désespérée de savoir Gilbert a jamais perdu pour elle ?
Oui. Elle n'avait jamais cessé de l'aimer.
- M. l‘avocat général ? - Pas de question.
Maitre ?
Moi, je suis peut-étre très bête, mais je ne comprends pas.
Et quand c'est ainsi, je demande des explications.
Vous avez l‘air d’un garçon intelligent.
Alors vous allez m‘éclairer.
Vous avez dit : "Elle n'a jamais cessé d'aimer Gilbert."
- Exactement. - Exactement.
Mais il faut avoir aimé d'abord.
Entre eux, vous avez eu l'impression du coup de foudre ?
- Pas tout de suite, mais aprés... - Quand ?
Je vais vous aider. Quand elle se refusait à lui,
quand elle lui préférait le garçon dela moto,
quand elle ridiculisait cet amant avec Ludo,
quand elle rompait, quand elle se prostituait ?
Toujours non ?
Elle est revenue à lui.
Quand elle a su qu'il épousait sa soeur qu’elle détestait.
Elles ne s‘entendaient pas, mais quand même !
Si Dominique aime Gilbert, on ne comprend rien.
Dès leur1re rencontre,
elle le traite curieusement de "petit connard pontifiant".
Après quoi, trois amants. Pour une femme amoureuse,
c'est bizarre. Et la rupture survient.
Une femme amoureuse ferait tout pour revoir Gilbert.
Elie, rien. Normal ?
Et ça dure six mois.
Six mois de veulerie,
six mois de débauche,
six mois de silence.
Et brusquement, elle ne peut plus vivre sans lui.
Elle se procure une arme
et va chez lui. Vous comprenez ça ?
Au contraire,
si Dominique déteste sa soeur
et n'agit que pour lui enlever Gilbert, tout s‘explique.
Dès leur première rencontre,
elle le reçoit au lit et le provoque avec indécence.
Il ne lui plaît pas, mais elle veut le détacher d'Annie.
On comprend.
Elle se refuse à lui, le fait marcher, ne lui cède
que lorsque révolté, il pourrait retourner vers Annie.
A peine rhabillée, elle court au conservatoire
pour le dire a sa soeur,
pour la mettre devant le fait accompli.
On comprend trés bien.
Ce coup—ci, Annie semble définitivement écartée.
Alors à quoi bon ménager Gilbert ?
Elle le trompe, elle le quitte.
Elle l‘oublie.
C'est très clair.
Soudain, coup de théâtre, Gilbert a retrouvé Annie.
Elle a pardonné, les voilà fiancés. Alors quoi ? Annie triompherait
et elle verrait ce bonheur ?
Non, il lui reste un moyen pour les séparer.
Elle l'emploie.
Moi, je suis sans doute très bête, mais je ne comprends pas.
"Et quand, c'est ainsi..." Rires
Vous voulez que le témoin donne son avis sur ces hypothèses ?
- C'est idiot. - Voilà. Soyons sérieux.
A leur rencontre, c'est elle qui lui a fait des avances ?
-Non, c'est lui. Il était même collant.
ll lui faisait une cour assidue.
- Dans quel espoir ? - Coucher avec elle.
Coucher, voHà.
Et après être arrivé à ses fins, il s'est montré tendre, empressé ?
-Je l’ignore. Il l‘avait mise sous cloche.
lila chambrait.
Ainsi cette Dominique si fantasque, si volage, si éprise de liberté
a tout sacrifié a ce bûcheur épris de lui—même et de sa carrière.
Elle reste à ses côtés.
Elle supporte l'ennui, les sermons,
les violences méme. Pourquoi ? Par intérêt ?
- ll lui a jamais donné un sou. - Pourquoi ?
Elle l'aimait.
-Voilà. Et aprés la rupture,
qui s'effondre, lui ? Il avait mieux à faire.
Mais elle, vous l‘avez connue pitoyable.
Ca, elle n'était pas gaie.
- Elle ne réagissait plus. - Je l'attendais.
Je savais qu’il n’avait pas pu oublier.
J‘osais le dire a personne, mais toi, tu l'as bien compris.
Alors, dis—le.
II ne se trompera plus.
Pourquoi vous ne voulez jamais me croire ?
Je le sais bien, quand méme. J‘en ai passé, des nuits à pleurer.
De cette attente fiévreuse, vous n'apportez aucune preuve.
Qu‘est-ce qui vous permettait de nourrir
- cet espoir ? - Son carnet.
-Quel carnet ? Il n' y en a pas dans le dossier.
Orgue
T'as vu ? Il a déménagé.
Depuis qu'il donne des concerts, je te jure, il a la téte qui enfle.
Y a pas de danger que ça enfle, là.
Passe-moi ton crayon.
*-Allô ? Qui est à l'appareil ?
Mais parlez bon sang !
Allô ?
Musique classique
Toi ?
- Que veux-tu ? - Rien.
Tu sais l‘heure qu‘il est ?
Trois heures.
Tu t'aménes en pleine nuit et tu veux rien ?
- Ben alors, au revoir. - Gilbert, laisse—moi rentrer.
- Rien qu'une minute. - Bon, une minute.
Alors qu'est-ce qu‘il y a ?
Je t'ai déjà dit, rien.
Je voulais seulement te voir, t‘entendre.
Tu me vois, tu m'entends. Alors ?
-Tu ne comprends pas ? Je t‘aime.
Je ne suis bien que près de toi, avec toi.
J'ai été si malheureuse. Pardon.
Pardon de te déranger,
pardon pour moi, pour tout, pour le passé, pardon.
Tu n'as pas changé.
Toujours belle, incroyable, égoïste...
- C'est pas vrai. - Menteuse.
- C'est pas vrai. - Amorale.
- C'est pas vrai. - Indécente.
- C'est pas vrai ! - Si, c'est vrai !
Je te remercie d'étre ce que tu es.
Merci d'étre venue.
Secoue-toi, je suis en retard. Gémissements
Pardon, je ne savais pas.
Je l'ai répété plusieurs fois.
-J'en ai pour trois minutes. Tu vas voir, je vais t‘épater.
Elle chante.
Où se retrouve-t-on ? Ici, directement ?
- Ni ici, ni ailleurs. - Que dis-tu ?
Ni ici, ni ailleurs.
C'est pas à cause d'elle ?
C'est bien plus bête que ça.
Tu vois, Minou,
j'en ai bavé a cause de toi, le soir de Ludo, de la voiture.
J'ai cru mourir.
Je m’en suis tiré en boulonnant comme un dingue.
Tous les jours, je t‘oubliai un peu plus,
mais il restait toujours quelque chose,
comme si j’espérais ce qui est arrivé cette nuit.
Et ce matin...
- Le matin, on voit clair. - Tu m‘aimes plus.
Je ne t'ai jamais aimée.
C’est pas ma faute. Je suis désolé...
Elle pleure.
N'exagére pas, quand même.
Alors, au revoir.
Ne fais pas cette téte. C‘est pas un drame.
Cri
-Dégagez ! Laissez—lui de l'air, quoi !
Qu'avez-vous fait ?
- Elle s'est jetée dessous. - Mais non.
Une belle fille comme vous, je me serais pas consolé.
Il faut que je fasse un rapport.
L'accusée soutient qu’elle a rendu visite
a votre locataire dans la nuit du 8 au 9 décembre
et qu’elle est restée chez lui de 3h à10h du matin environ.
- C'est faux. - Attention, c‘est important.
Si l'accusée a été reçue parla victime,
qui lui aurait montré son affection avant de la renvoyer cavalièrement,
on pourrait admettre le drame passionnel.
Si c'est faux, l'affaire s‘éclaire d'un jour différent.
- Si vous vous étes trompée, dites—le. - C'est tout réfléchi.
La porte s'ouvre automatiquement ?
Oui, mais les locataires doivent dire leur nom.
Et vous écartez l'hypothèse d‘une somnolence ?
Ca ne m'est jamais arrivé.
Et vous n'avez pas vue l'accusée quittant votre immeuble vers 10h30 ?
-Non. Je m’étais arrangée. Une voisine faisait mes courses.
Ainsi, je ne bouge pas
de ma loge, pas une minute.
Je suis une honnête femme.
Vos déclarations me laissent rêveur.
Exprimez vos doutes.
Je les exposerai plus tard.
ll s'agit du conducteur d‘autobus qu’on a entendu ?
Eh bien, on y arrive. Le matin où l’accusée
prétend étre sortie de l’immeuble, sans que vous l‘ayez vue,
ce que vous estimez impossible,
ce témoin a manqué l'écraser précisément rue du Dr Barbier.
Il a fait un rapport a son administration.
Je vous le lis :
"Le 9 décembre à 10h47,
"à la hauteur du numéro 3 de la rue Barbier,
une jeune femme a failli...“ Et cetera.
Vous comprenez ?
- Non. - Un fait est certain,
incontestable.
A 10h47, l‘accusée est au 3 dela rue du Dr Barbier
quand elle affirme être sortie du 9. C’est vraisemblable.
Il faut bien le dire.
Ainsi personne n‘échappe à votre vigilance.
Le jour, vous ne bougez pas, la nuit, vous gardez l'oeil ouvert.
C'est mon métier.
J'ai eu la curiosité de pénétrer dans cet immeuble.
Et pour éliminer tout doute,
un huissier a accompagné ma collaboratrice.
Voilà son constat. C’est surprenant.
On entre comme dans un moulin. Rires
"28 novembre, nous, huissiers...“ Et cetera.
“Nous présentons a 10h. La concierge est absente,
"la porte de la loge est fermée.
"7 janvier, 9h30. On trouve à la loge une pancarte :
'La concierge revient.” Rires
“Il nous est impossible de connaître l‘heure éventuelle
"du retour de la concierge. 6 mars,
“3h du matin.
“La porte de l'immeuble s'ouvre. On ne décline aucune identité.
"On tâtonne pour chercher la minuterie,
“on emprunte l‘escalier, on monte jusqu'au 6e étage
et on redescend. On sort sans étre interpellés."
-En voilà des manières. Rires
Cette vérification
n'a pas été communiquée. Dommage.
Je m'étonne que vous ne l’ayez pas faite faire.
La brigade criminelle est a votre disposition.
Voyez l'atmosphère de confiance dans laquelle ont lieu ces débats.
Ne tirons pas de ce constat des conclusions hâtives.
Il prouve que Dominique a pu entrer,
pas qu‘elle y soit venue. C'est une hypothèse.
- "Hypothèse". Ma démonstration gène l'accusation.
Vous devez ce mot a la courtoisie de l'avocat général.
Une hypothèse, ce mensonge éhonté de votre cliente ?
Le 9 décembre, le lendemain de cette nuit d'amour,
Gilbert devait retrouver Annie, et on sait où ils sont allés.
On est allés àla mairie faire publier nos bans.
Brouhaha dans la salle -Silence !
Ala première manifestation, je fais évacuer la salle.
On avait déjà remis cette démarche. Gilbert était très occupé.
Il répétait pour la télévision, il était nerveux, fatigué.
Mais ce matin—là, il est arrivé en courant.
Il m'a serrée fort dans ses bras.
Il m'a dit : ”Viens, on a trop attendu.“
Et : " Tu es faite pour moi. On vieillira ensemble."
Et maintenant, c'est fini. Pourquoi as-tu fait ça ?
- Pourquoi ? - Je l‘aimais, je l‘aime.
-Que sais-tu de l‘amour ? Tu n’aimes que toi.
Je donnerais ma vie pour Gilbert.
Votre attitude est intolérable.
Faites taire votre douleur et soyez totalement sincère.
Rien dans les propos de Gilbert ne vous permet de penser
- qu‘il ait revu l'accusée ? - Non. Gilbert ne me cachait rien.
ll n'allait pas te raconter ça.
J'y étais, je le jure. Il m'a prise dans ses bras.
-C'est pas vrai. Tout était bien fini entre eux.
Gilbert me disait :
- "Content d'en étre débarrassée." - Tu mens. !! n'a pas pu dire ça.
Je ne vaux pas grand-chose, mais tu me fais peur.
Tu triches. C’est ton orgueil qui parle.
Tu n'as pas de coeur.
J'aurais voulu te sauver, j‘ai pitié de toi.
Mais Gilbert n'a pas pu faire ça.
Il était trop droit, trop pur.
Ma soeur ne dit pas vrai.
- Pourquoi je mentirais ? - Tu étais jalouse.
Jalouse ? De qui, de quoi ?
Il y avait lui et moi. Toi, tu n'as jamais compté.
- ll m‘épousait. - Pour la couture.
-Taisez-vous ! Continuez et je vous fais expulser.
On a été heureux comme elle le sera jamais.
Elle l'a tué pour que je sois jamais heureuse.
Elle a eu les hommes a ses pieds. Je n’avais que lui.
-Tu l'as jamais eu ! Il ne t'a pas fait l'amour une fois.
Gardes, faites sortir l'accusée.
- Tais-toi. Tu me l'as tué. - Je ne voulais pas !
Je voulais me tuer, moi. Moi, pas lui !
- Ca sent bon. - Ca sent la choucroute.
C'est la dernière boîte.
- J'ai oublié mes cigarettes. - Dans mon sac.
Tu te refuses rien.
Walther 765, balles blindées.
-Je me suis fait un cadeau. Ma corde à moi.
intéressant. T'as de l‘ambition.
Mais on ne réussit pas un suicide comme ça.
Il faut de la méthode, de l’imagination, du talent.
Pour appuyer sur une gâchette ?
-Travail d'amateur. On a bonne mine le lendemain.
- Le lendemain, on s'en fout. - Tu n‘as rien compris.
Moi, j'ai répété mon suicide dans tous ses détails.
- Mais tu n'en es pas mort. - Non, et de justesse.
Je me suis passé la corde au cou et je me suis regardé dans la glace.
- Ettu Fes dégon ?é ? - Non.
Non. J'ai vu que le numéro serait raté.
Raté ?
Quand le public entre, l'acteur est déjà sorti de scène.
- On se suicide pour soi. - Des clous.
On se suicide toujours contre quelqu’un.
Si on voit pas sa gueule, ça perd de son charme.
II faut faire ça devant quelqu‘un.
- Je suis pas les spectateurs. - C'est pas à toi que je pense.
Allez, prends ça, on va se nourrir.
Oui, t'as raison.
Le suicide n'a de sens que chez l'individu en santé.
Vous avez prévenu Gilbert Tellier que son ex-maîtresse était armée ?
- Oui. - Mais comment le saviez-vous ?
C'est Jérôme Lamy qui m'a dit de prévenir Gilbert.
Jérdme Lamy, revenez àla barre.
II a rapporté un propos de Michel Delaunay.
Michel Delaunay, approchez également.
- On ne va pas refaire l'instruction. - C'est important.
C’est toute la question dela préméditation.
- L‘accusée a-t-elle parlé de crime ? - Absolument pas.
Elle avait un révolver pour se suicider.
Elle va se suicider et vous lui laissez une arme ?
Le suicide, c'était devenu un sujet de conversation.
J‘avais une corde pour me pendre. Dominique semblait trouver ça joli.
- Vous ne l'avez pas crue ? - Non. J'ai eu tort.
Si le crime ne vous a pas effleuré, pourquoi faire prévenir la victime ?
- Je n'ai rien fait. - Jérôme Lamy,
ce n'est pas M. Delaunay qui vous a renseigné ?
-Non. Enfin, pas directement. Michel parlait dans un groupe.
Il disait que Dominique était armée et allait faire une bêtise.
Pour moi, c‘était contre elle, ce que j'ai dit à André.
En ajoutant que Gilbert devait prendre garde.
Piano et flûte traversière
Quoi ?
- C'est cette histoire de suicide. - Chiqué.
Chiqué.
Quand une fille a un révolver, on ne sait pas ce qui peut arriver.
- T‘es gai. - Elle ne t'en veut plus ?
Ca doit pas lui faire plaisir que j'épouse sa soeur.
-II faut faire attention. D'abord, tu ne sors pas.
- On va dîner ici. - Y a rien.
Je descends.
Ca va tomber.
Je verrai.
- Où achètes-tu le vin ? - Demande àla mère Gaubert.
- André ! - Oui ?
Attrape, imbécile.
Tu m‘attendais pas ?
Non.
Ca va durer longtemps, cette plaisanterie ?
Tu te décides ?
Je vois.
Tu vas t'en aller gentiment, sans histoire.
Les drames, j'en ai assez. C'est fini.
Oui, c‘est fini, pour de bon.
Je ne t‘embéterai plus. J'ai trop souffert, je suis a bout.
Je vais te laisser tranquille.
-Le suicide. Tout—Paris sait. Avec moi, ça ne prend pas.
-Pauvre type, va. Dire que je t'ai trouvé beau.
T'es moche, moche, moche !
Et je vais crever pour ça.
Tu te fous de ma gueule ?
Quand on vivait ensemble, tu te faisais tes petits copains.
On a dit : "Ca suffit."
Et là, je suis l'homme de ta vie.
Tu te suicides a cause de moi !
Est-ce que tu te fous de ma gueule ?
- J'y peux rien si je t’aime. - Non.
C'est un truc pour m‘empoisonner la vie.
Fous—moi la paix, et tout de suite. Allez, va-t'en.
Va-t'en ou je te sors.
Fous—moi le camp, nom de Dieu. Mais va-t'en, va-t'en.
Qu‘est-ce que j'ai fait au bon Dieu pour être emmerdé comme ça ?
T'es folle ?
Ca va pas ?
Je veux plus t'emmerder.
Ca recommence. Tu es bouchée !
Tes conneries, j'en ai marre.
Tu peux les garder pour toi. Je veux plus te voir.
Tu me dégoûtes, tu me fais vomir.
Si tu veux mourir, meurs, mais pour de bon.
Coups de feu
Fleurs et rire
Je ne parlerai pas des balles,
mais des blessures que j‘ai examinées.
La tre était mortelle et avait frappé la face postérieure
du thorax et fait éclater le poumon droit.
Fleurs
On vous écoute.
La balle avait frappé le thorax et fait éclater le poumon droit
causant une hémorragie. Ce qui signifie
qu’elle est entrée ici et que je l'ai retrouvée là.
La 2e balle, également mortelle...
- II y en a 6. - Ne les laissez pas faire le détail.
Et légèrement de haut en bas.
Traversant l’hémisphère droit, elle s‘est écrasée dans l‘occiput,
déterminant une perte de matière cérébrale.
-Les balles ne sont pas en cause. Ma cliente les a tirées.
Ce sont les conclusions aprés autopsie.
Six coups de feu, 3 mortels, ma cliente avoue.
Peu importe les détails techniques, il nous faut la vérité humaine.
II y va fort.
-Qu'est-ce qu‘on fait ? lnaudible
M. l'avocat général ?
L'accusée n'a jamais discuté la matérialité des blessures.
Elle nie avoir voulu tuer G. Tellier.
lnutile donc
de continuer.
Docteur, autre chose ?
J'obéis.
- Merci. - Et moi.
Une question ?
Malgré mon respect pour l'avocat général,
j‘estime indispensable d‘obtenir de Dominique Marceau
- certaines précisions. - Elle a tiré.
Donc n'en parlons plus.
Elle ne se souvient pas dela scène.
Et puis, c’est dur a raconter, alors autant l’oublier pour de bon.
Peut-on faire descendre l'accusée devant les jurés ?
Elle nous mimera la scéne. On verra si les détails techniques
s‘accordent avec la vérité humaine.
Gardes, amenez l'accusée.
Cette exhibition est incompatible avec le caractère de décence
qui conviendrait à ces débats.
Je ferai respecter la dignité de l’audience.
On restera en dessous
de la réalité, mais les jurés ont droit a la vérité.
Votre cliente aurait voulu se suicider devant Gilbert
et aurait perdu la tête au cours d’une scène violente.
On va voir si c‘est possible.
Vous aviez plus de cran quand c'était pour de bon.
Comment teniez-vous l'arme ?
- Et c'était pour vous suicider ? - Non, avant, comme ça.
- Et Gilbert a reçu la balle ? - Elle ne comprend pas.
-Commençons par le commencement. Gilbert était loin de vous ?
Là ? Comme ça ?
De face, évidemment.
Je me souviens plus.
- La balle de face, dans le front. - Elle entre ici et sort là.
Tirée de haut en bas.
Alors Gilbert s'effondrait déjà ?
- Sûrement. - Donc ce n'est pas la tre halle.
La seule balle horizontale,
celle qui a été tirée pendant que l'homme était debout,
c‘est la balle tirée là.
-Elle ne se souvient plus ! A quoi bon ?
Elle a tiré dans un mouvement de colère.
Les faits sont là.
Ils prouvent que vous avez menti.
Vous ne lui avez pas dit : "Je vais me suicider."
Il n'aurait pas tourné le dos. Vous n'avez pas parlé avec lui.
Quand on menace quelqu'un, on lui fait face.
- ll m'a dit des choses horribles. - Vous avez tiré. Vous êtes rapide.
Ettenace.
Quand il est à genoux, il ne menace plus, il supplie.
Vous tirez encore, là. Il tombe.
- Quatre balles pour l'achever. - Non !
Comment, non ?
Docteur, ces 4 dernières balles,
celles dont vous parliez quand vous avez été interrompu ?
Etant donné leur direction, la victime était forcément tombée.
C'est tout.
Gardes, ramenez l'accusé dans le box.
Docteur, la Cour vous remercie.
ll n'y a pas eu de réflexion entre les coups de feu.
Ils se sont succédés en rafale, sans interruption.
Elle a vidé le chargeur. Que voulez-vous ?
Qu'elle soit sincère et ne joue pas la comédie du suicide.
- On l'a trouvée agonisant. - On est arrivés à temps.
Vous saviez qu'André Martineau allait revenir.
Vous ne risquiez pas grand-chose.
- J'ai été dans la salle de bains. - Pas tout de suite ?
L‘homme que vous adorez n'est peut-étre pas mort.
Vous l'abandonnez.
Je pensais qu'à me suicider.
Vous pensez à vous.
Le révolver était vide.
Vous n‘aviez pas gardé une balle ?
Elle n'a pas compté.
Vous n'avez pas songé à vous jeter par la fenêtre ? Non.
Avec le gaz, on arrivera à temps.
Je voulais mourir, mourir, mourir.
ll l'a eue.
Ce n‘était que la 3e fois que vous ratiez votre suicide.
Vous ne réussissez que vos crimes.
ASSGZ.
J'ai fini.
Vous n‘avez pas assez de coeur.
Pour juger un amour, il faut être capable d'aimer.
Vous faites d'elle une vamp. Est-ce sa faute si elle est belle,
si les hommes la poursuivent comme un gibier ?
Elle ne l'a jamais provoqué. Pendant trois semaines,
il la harcèle, et rien ne l'arrête, pas même cette aventure.
Il la veut, il la lui faut, quand méme.
Et il la prend toute chaude de l'étreinte de l'autre.
Que lui a-t-il offert durant leur liaison ? Son lit.
Son lit, tous les jours.
Une heure par jour. Si elle passait la nuit avec lui,
- elle troublerait son confort. - II a voulu l'épouser.
Oui. Quand il n’avait pas les moyens de le faire.
Mais dès qu'une ombre de possibilité apparaît, on rompt.
Et sous quel prétexte ? Des ragots de femme haineuse,
un malentendu qu'on n'éclaircit pas ?
Mais non, la carrière de Gilbert se dessine.
-Vous plaidez. Ce n'est pas le moment.
II y a un moment pour la justice ?
Durant des mois, celle-ci mendie, meurt de faim, se prostitue.
A-t-il eu un geste ?
Non. C'est de l'amour ?
Une nuit, elle implore son pardon.
Il l'abuse sur ses sentiments, la laisse espérer
pour profiter d'elle encore une fois et la congédie.
Elle lui dit son intention de disparaître
et il la met au défi de tirer.
Vous croyez à cet amour ? Moi pas.
Gilbert m'a aimée, mais ça, vous ne voulez pas l‘admettre.
C'est la vérité, la seule.
J'ai été bète, méchante, pleine de défauts,
il m'a aimée, quand méme.
Maintenant, je ne le verrai plus. Vous comprenez ?
Alors tout m’est égal, j‘ai peur de rien !
Vous êtes là, déguisés,
vous voulez juger, mais vous n'avez pas aimé.
Vous me détestez parce que vous étes tous morts.
Ces injures sont un scandale.
-Pourquoi la pousser à bout ? Voilà le scandale.
Comment ?
Vous étes cruel.
Quoi ?
L'audience est suspendue.
Elle reprendra demain, a 13h. Emmenez l'accusée.
Brouhaha
Tu ne l’avais pas volée, l‘attaque de Guérin.
Pourquoi as-tu été aussi dégueulasse avec elle ?
Je représente la mère dela victime, je parle à sa place.
Si on avait tué ton fils, tu comprendrais.
Bris de verre
Gémissement
Cette nuit, Dominique Marceau a tenté de se tuer.
Elle n’est pas en état d'être là, mais je vais lire sa lettre.
"Monsieur le président,
"j‘écris dans le noir pour ne pas attirer l‘attention.
"Je ne sais pas si on pourra me lire.
“J‘ai bien compris que tout le monde avait raison, sauf moi.
"J'ai toujours eu tort vis-à-vis de ma soeur,
"de ma mère, de mes professeurs et de vous aussi.
Je demande pardon à tous."
“Surtout à la mère de Gilbert.
"Je n'ai jamais aimé que lui.
"Je n'aimerai plus jamais personne.
"Ce n'est pas une grande promesse puisque je vais mourir,
“mais je jure que j'ai voulu me tuer après lui.
"Je n'ai pas réussi par maladresse,
"mais aujourd'hui, j'y parviendrai.
"Et si Gilbert peut encore me voir, il me pardonnera.
"Lui aussi m'a aimée.
Seulement, on ne s'est pas aimés au méme moment."
“Au mème moment.
"C'est pour ça qu‘il est mort et que je vais le rejoindre.
J'ai essayé de vous expliquer..."
On me prévient du décès
de Dominique Marceau.
L'action publique est éteinte. L'audience est levée.
Brouhaha
- Je voudrais pas être a sa place. - On y sera bientôt.
L‘affaire Moreau.
Sale coup.
Les aléas du métier.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.