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Il est doux de rentrer au port, M. Shore.
- Après trois ans en mer. - Oui, c'est merveilleux, capitaine.
Serrez la grand-voile.
Le Nathan Ross est à quai. Votre frère a dû faire bon voyage.
Il est parti longtemps après nous.
Avec le vent en poupe !
Ils ont même eu le temps de décharger.
Mark a toujours eu une veine insolente.
Amenez-le à dîner, ce soir.
J'ignorais que j'étais invité.
Chaque fois qu'à bord, je parlais de Priscilla,
vous aviez l'air malade. Ça devrait vous guérir.
Joël, quel plaisir !
Je vous ai vu arriver. Bon voyage ?
Correct ! Mon frère est à bord ?
Plus depuis des mois.
- Il est mort ? - Je ne veux pas m'avancer.
Il a quitté le bord dans les îles Gilbert.
Un jour, au lever du soleil, il avait disparu.
On l'a cherché pendant trois semaines.
Puis, j'ai ramené le bateau.
- Et ses affaires ? - Elles sont encore dans sa cabine.
Désolé, Joël
Il y avait un vent léger au sud.
Aujourd'hui, le trois-mâts barque Winona est rentré au port,
après un voyage de trois ans, deux mois et quatre jours.
Le capitaine rapporte que mon fils aîné, Matthew Shore, a été tué
par la queue d'une baleine près de l'île Christmas.
On a tiré de cette baleine 70 barriques d'huile.
Matthew était commandant en second.
Chaque homme a fait preuve de courage.
Le 27 mai 1841.
Vent de nord-est.
Ce jour, mon père est mort dans son sommeil.
Ce journal sera désormais tenu par John Shore.
Le 14 septembre 1848.
Vents à l'est.
Le Betty a sombré dans les eaux japonaises corps et biens.
John Shore en était le capitaine.
La journée s'est terminée.
Chaque homme a fait preuve de courage.
Le 27 mars 1851.
Moi, Mark Shore, je rentre avec les cales pleines,
après 2 ans, 7 mois et 15 jours en mer.
Le Péquot était à quai.
Le capitaine Noah Shore aurait disparu à Vavau
en essayant de sauver le mousse.
Le mousse aussi aurait péri. Chaque homme a fait preuve de courage.
Asa Worthen voudrait vous voir de suite.
Dites-lui que j'arrive.
HISTOIRE DE LA FAMILLE SHORE
Le capitaine Holt m'a dit grand bien de vous.
Le Nathan Ross appareillera dans 2 semaines.
Ce bateau porte chance et il est très bien équipé.
C'est mon bateau préféré.
J'aimerais que vous en soyez capitaine.
Et Finch, le second ? C'est lui qui l'a ramené.
Il l'a ramené trop vite.
Or des baleines, il y en avait !
Les cales étaient loin d'êtres pleines.
Donc pas de bénéfices.
A votre avis, qu'est-il arrivé à Mark ?
Des indigènes.
Ce ne sont pas tous des tendres.
Pourquoi ces questions ?
- Vous ne vous entendiez pas. - Là n'est pas la question.
Mark ne se serait pas laissé tuer. Il connaissait bien la vie.
Vous avez raison : c'était un Shore. Le digne fils de son père.
- Rien ne dit qu'il soit mort. - J'espère pour vous qu'il l'est.
On raconte des choses peu glorieuses.
Qui raconte tout ça ?
Vous savez ce que c'est.
Les choses sont déformées.
Encore une raison pour que vous preniez le Nathan Ross.
Je suis toujours fier qu'un Shore soit capitaine.
Alors ?
Nous irons dans les îles Gilbert.
Je veux savoir ce qui est arrivé à Mark.
Je sais que cette histoire vous a ébranlé.
Tant que vous engrangez de l'huile en chemin,
vous pouvez passer par les îles Gilbert.
Ce sera mieux pour vous.
Comme ça, vous serez fixé.
Alors, j'accepte. Et je vous remercie.
Comme d'habitude.
Donnez-moi un grand verre de rhum, plein à ras bord.
- Le plus grand. Le meilleur rhum. - Tu as bien assez bu.
C'est lui qui est plein !
Je pars en mer après-demain.
C'est peut-être ma dernière cuite d'ici 2 ou 3 ans.
Qu'elle soit mémorable !
Quand c'est sérieux comme ça...
Si tu bois ça, tu dormiras encore après-demain.
C'est le dernier, Sam.
Le dernier.
Plus je suis ivre, plus je deviens mauvais.
Quand j'aurai assez bu, je filerai comme Mark Shore
quand il a quitté le bord, aux îles Gilbert.
Je partirai comme Mark Shore
en laissant les autres se débrouiller pour rentrer. Voilà !
- Que dites-vous sur Mark Shore ? - Ça vous regarde ?
- C'est mon frère. - C'est vrai, ça !
C'est le petit frère de Mark Shore. Il devait se planquer au fond.
Si vous répétez ça sobre, je vous défonce la mâchoire.
- Minute ! - Ce n'est pas votre affaire.
J'en fais mon affaire.
Défoncez-moi la mâchoire. Je suis sobre, moi.
Mark Shore était un ivrogne...
N'oubliez pas ce que j'ai dit.
Il l'a vraiment fait.
On dit la vérité et on se retrouve la mâchoire cassée.
- Qu'en savez-vous ? - J'étais à bord du Nathan Ross.
Il faudrait pendre ce Mark Shore !
Mais ce serait peut-être une mort trop rapide.
Vous me prenez sur le fait.
Sentez.
Ça sent bon. J'avais oublié.
Je n'y ai pas pensé pendant 3 ans.
Et maintenant, je ne peux plus m'en passer.
Pour Mark, je suis désolé. Nous ne reviendrons plus là-dessus.
Nous n'en parlerons plus. Ni moi,
ni Priscilla.
Joël !
Quel bonheur !
Je ne pensais pas vous reconnaître, mais vous n'avez pas changé.
Et moi, j'ai grandi.
- J'ai grandi, non ? Dites-le-moi. - En effet, Pris, vous avez grandi.
Que vous est-il arrivé ?
Je me suis coupé.
Êtes-vous heureux de me voir ?
- Je ne peux vous dire à quel point. - Je l'espérais bien.
Vous me direz à quel point. N'est-ce pas, grand-père ?
- Pas maintenant. - Non, bien sûr.
Plus tard.
Mark a gravé ça avant son départ. Vous étiez déjà parti.
Il allait mettre mes initiales,
mais il a dû partir avant de terminer.
Vos initiales ?
C'était pour rire. Il plaisantait toujours.
Je n'avais que 16 ans.
Il va me manquer.
Toute ma vie, je pense.
Il m'était si cher.
Il était grand, exaltant. Et mille autre choses encore.
Pardon. Grand-père m'avait dit de ne pas parler de Mark.
Je n'ai pas pu m'en empêcher.
Venez. Asseyez-vous près de moi.
Réchauffez-moi.
La nuit est froide.
Qu'y a-t-il ?
Je ne sais pas.
Je crois que je me sens seule.
On sent que vous avez passé trois ans en mer !
C'est un baiser de mariage. Je veux vous épouser.
Voilà 3 ans que je pense à vous. Je voyais votre visage partout,
le visage d'une fillette. J'ignorais que penser, que faire
jusqu'à aujourd'hui.
Tout est devenu possible.
J'ai les moyens. On m'a donné le Nathan Ross.
Le Nathan Ross ? Le navire de Mark !
- Vous devez être drôlement fier. - Content et fier.
- J'ai envie de vous serrer fort. - Voulez-vous m'épouser ?
Le Nathan Ross est bientôt prêt ?
- Quand partez-vous ? - Dans 2 semaines.
- Quand rentrerez-vous ? - Je ne peux vous dire...
Dans deux ou trois ans. Tout dépend.
Vous ne m'avez pas répondu.
- Voulez-vous m'épouser ? - Trois longues années...
J'ai besoin de vous.
Dites-moi que vous acceptez.
Oui, Joël
J'accepte.
Je saurai vous rendre heureuse.
Nous nous marierons le jour de notre départ.
Moi aussi, je pars ?
- Mais vous êtes fou ? - Non, j'y ai bien réfléchi.
C'est la meilleure solution.
- On va refaire la cabine. - Je ne serai jamais prête !
Je ne peux pas partir si longtemps.
Et si nous ne nous plaisions pas ? Nous allons passer 3 ans ensemble !
- Vous comprenez ? - Nous nous plaisons.
C'est à cause de votre garde-robe ? Achetez ce que vous voulez.
- C'est infaisable ! - L'équipage sera à vos pieds.
Ce sera romantique comme tout.
Ce serait tellement amusant, tellement romantique.
Joël et Priscilla sont unis
par les liens sacrés du mariage
avec Dieu et cette assemblée pour témoins.
Au revoir, Prissy.
Prenez soin d'elle.
Toute ma vie.
Rentrons à quai.
Que le voyage soit rentable.
Un voyage rentable !
En route, M. Finch.
Allez, M. Morrell !
Hissez la brigantine.
Déployez la grand-voile.
Ce jour, le Nathan Ross a quitté New Bedford.
Joël Shore en est le nouveau capitaine. Le temps est calme.
Il y a plus important qu'un journal de bord.
C'est plus qu'un journal. C'est l'histoire de la famille Shore.
- Puis-je regarder ? - Bien sûr.
Mark y a écrit aussi.
Moi, Mark Shore,
j'ai pris le commandement du baleinier Nathan Ross.
- Bonjour ! - Bonjour.
Embrasse-moi, je te prie.
- Comment manoeuvrer... - N'est-ce pas merveilleux ?
- De ne pas pouvoir travailler ? - Non. Tout : la mer, l'air...
Toi, moi... Tout ça !
- Tu n'as pas le mal du pays ? - Je suis chez moi, ici.
Je suis si heureuse !
Dick Morrell ! Que fait-il là-haut ?
- Il guette les baleines. - Ici ?
Partout.
- Pourrais-je monter ? - Attends d'avoir le pied marin.
Prenez votre temps.
Ne me donne pas de conseils. Je te connais depuis toujours.
Désormais, je passerai mes journées ici.
- Je verrai des milliers de baleines. - Je vous le souhaite !
Joël !
Je vois les îles Gilbert et plus loin encore.
Aaron, tu nous connais depuis toujours, Mark et moi.
Tu étais à bord quand il est parti. Que s'est-il passé ?
Je savais que vous me le demanderiez.
Tu crois ce qui se dit à New Bedford ou tu penches pour les indigènes ?
Mark Shore n'était ni en bonne santé ni sobre quand il est parti.
En fait, il était ivre depuis une semaine.
Il buvait parce qu'il avait la fièvre.
Mais un homme qui boit...
Continue.
A bord d'une goélette, il y avait 3 Blancs qui cherchaient des perles.
Mark ne ferait rien de honteux.
Il a fait des choses dont plus d'un aurait honte.
- Tu as parlé à ceux de la goélette ? - Oui.
Ils étaient trois.
Un gros, un petit, un moyen. Tous sales et ivres.
Ils n'avaient pas vu Mark et ce n'est pas plus mal.
Mark ne supportait pas la saleté.
Je n'ai jamais su ce qu'il aimait.
Si ce n'est qu'il aimait la vie.
- Comment ça se passe, à l'avant ? - Tout est bien arrimé.
Vérifiez que les écoutilles sont bien fermées.
Continuez à pomper, les gars.
Descends, Pris !
Tu es en danger.
- Tout est bien arrimé. - Merci, M. Finch.
- Vous croyez qu'on va s'en sortir ? - Avec l'aide de Dieu !
On s'en est tirés.
Silva !
Tu es brave, Peter.
Va te reposer. Tu as travaillé dur.
Vous aussi, capitaine.
Et madame aussi.
Prenez la relève, Silva.
Gardez le cap.
Maintenant, tu sais ce que c'est que le Cap Horn.
- Tu vas mouiller ta robe. - Je m'en fiche.
Je t'ai regardé faire pendant toute la tempête.
- J'ai failli étouffer de fierté. - Moi aussi, je t'ai regardée.
Et je suis fier de toi. Mais tu aurais dû descendre.
Et te laisser seul ? Non, Joël !
Soyons toujours là l'un pour l'autre.
Restons toujours proches.
Par beau temps, par mauvais temps. En mer comme à terre.
Restons heureux et amoureux à jamais.
11h59 et 20 secondes.
82 degrés et 4 minutes.
- Oui ? - J'étais dans la cale.
L'eau va croupir. On n'a plus de légumes.
Je m'y attendais plus tôt.
On devrait arriver à Tubuaï d'ici deux semaines.
Ce ne sera pas trop tôt à mon goût.
Elle souffle !
Elle souffle !
Une baleine !
Il y en a quatre !
J'y vais.
Prenez la relève.
Préparez-vous à virer.
C'est ton baptême du feu.
- Emmène-moi. - Ce n'est pas la place d'une femme.
Allons-y !
- Pourquoi ne m'a-t-il pas emmenée ? - Je vais vous le dire.
La baleine est timide.
Quand elle voit une jolie fille, elle rougit et plonge.
Alors, seuls les hommes les chassent.
Pourquoi ne bouge-t-elle pas ?
Chut ! Tu vas la réveiller.
Affalez la voile.
Silence.
Attention !
Le harpon, Silva.
Attendez.
Du calme.
Doucement.
Là, plantez le harpon !
Attention à la corde.
Allez prendre la barre.
Donnez-lui de la corde.
Mouillez-moi ça !
Combien reste-il de corde ?
Préparez-vous à couper si on en manque.
Elle était au fond. Elle remonte.
- Où est-elle ? - Juste en dessous, on dirait.
Elle remonte tout droit ?
Je ne sais pas.
Un jour, tout un équipage y est passé.
Ça ne nous arrivera pas.
- On est peut-être maudits. - Fermez-la, Silva.
Elle remonte.
Elle arrive à la surface.
Elle vient droit sur nous.
Attention !
Attention !
Où est-elle ? Que s'est-il passé ?
Doucement. Hissez-le à bord.
Doucement. Il a pris un coup sur la tête.
Aidez-moi.
Je perds le bateau et la baleine !
La baleine est morte et flotte à quelque 400 mètres.
- Joli spectacle, non ? - Quelle horreur !
- On s'y habitue. - Cette odeur vous étoufferait.
Ça sent fort. Il paraît que ça sent jusqu'à 20 milles du côté du vent.
- Ça aussi, on s'y habitue. - Jamais.
Je ne m'y habituerai jamais.
- Et ta tête ? - J'ai mal.
Pardon, Dick.
L'avantage, c'est que j'ai perdu l'odorat. Je ne sens rien.
- C'était rapide. - Je suis impatiente.
- Elle te plaît ? - Ravissante.
C'est ma robe des mers du Sud.
- Tu les éblouiras, cet après-midi. - Cet après-midi ?
D'abord, le ravitaillement !
Je peux encore patienter quelques heures.
- C'est comment, Tubuaï ? - Sûrement comme dans tes rêves.
Ça va être dur d'attendre.
Je vais me changer.
Je risque de chiffonner ma robe.
- Ça fait longtemps. - On dirait que tu as vu un fantôme.
- Je te parais mort ? - Bien vivant, pour un fantôme !
Joël préfèrerait peut-être que je sois mort.
- Alors ? - Pourquoi poser pareille question ?
C'est vrai.
On vient de me dire qu'Asa t'a donné mon poste.
A la place de Finch. Raconte-moi ça.
Tu n'es pas rentré.
- Tu devrais d'abord me raconter ça. - On a le temps.
- Alors, où en êtes-vous ? - Six mois de mer, 50 barriques.
Seulement 50 barriques en six mois ?
Tu perds ton temps.
- Tu perds ton temps. - C'est moi qui vois.
As-tu jamais vu grand-chose ?
Si tu le prends comme ça, repars dans ton île.
Tu ne fais pas honneur aux Shore.
Est-ce comme ça que se retrouvent deux frères aux antipodes ?
Voici ma main.
Accepte la mienne.
C'est réglé.
Peux-tu me ramener à la civilisation ?
Accordé !
L'amour fraternel !
Viens dans la cabine. On en a, des choses à se dire !
- Et à éclaircir. - Le moment venu.
Je te suis.
Ça, alors !
Tu as fait de sacrés changements.
On dirait une autre cabine !
Quel luxe ! Il y a une raison particulière ?
La meilleure du monde.
Regardez-moi ça !
Tout le monde disait...
On m'a dit...
Venez me raconter tout ça.
Ma petite Pris !
Que dis-je ? Vous n'êtes plus une petite fille.
Quelle surprise !
Et mariée, avec ça ! Ils sont mariés !
Alors, racontez-moi tout.
Vous l'aimez ?
Quelle bonne nouvelle !
J'ai toujours regretté de ne pas avoir de soeur.
Voilà qui est fait.
Qu'y a-t-il ?
Rien. Pourquoi ?
Vous avez soupiré.
Vous avez été malheureux ?
Les îles ne sont pas pour nous.
Pourquoi y être resté ? On vous a cru...
Mort ! Oui, je sais.
- Joël n'y croyait pas... - Et vous ?
Qu'avez-vous cru ?
Je ne savais que croire.
D'abord, j'ai cru à votre mort.
Quand on est partis pour les îles, j'ai...
Oui ?
Je ne voulais pas venir.
De peur que je sois en vie ?
Non, c'est...
Oublions le passé.
Parlons de vous.
Où vous êtes allé, ce que vous avez fait...
Vous êtes trop jeune.
Plus maintenant.
Je suis devenue une femme.
Vraiment ?
- Tu es seul ? - Il se trouve que je t'attendais.
Il est temps que tu me racontes ce qui t'est arrivé.
- Elle dort ? - Oui, elle dort.
Mieux vaut qu'elle ne sache pas tout.
Assieds-toi.
Tu m'en veux d'avoir fui ?
Je veux savoir pourquoi tu es parti. Je verrai à qui est la faute.
- Tu parles en ton nom ? - Au nom de la famille.
- Tout New Bedford a un avis. - Quel avis ?
Ne dis rien. Je devine.
Dis-moi la vérité.
C'est dur à comprendre.
Je vais essayer.
Tu ne vas pas comprendre. Il n'y a pas de folie en toi.
Chez moi, si. Et je ne la contrôle pas toujours.
Comme la nuit de mon départ.
J'avais la fièvre.
Je buvais beaucoup.
J'ignorais à quel point j'étais malade. Les autres aussi.
Ce soir-là, du pont, j'ai entendu le bruit des indigènes.
Ils tapaient sur leurs foutus tam-tam.
La fièvre, le rhum... J'allais devenir fou s'ils n'arrêtaient pas.
J'ai trouvé les tam-tam.
Nager jusqu'à la plage m'avait épuisé.
Il ne me restait que la folie et la fièvre.
Ils ont détalé comme des lapins. Toute la tribu.
A une exception près : une jeune indigène
qui avait un visage d'ange.
J'ai su plus tard la durée de ma maladie.
Le temps n'est rien dans les îles.
J'ignore comment elle m'a soigné.
Un jour, j'ai ouvert les yeux.
Ensuite, mon rétablissement n'a été qu'une question de temps.
Bonjour !
Je ne comprends rien, mais j'adore ta voix.
J'espère que ce n'est pas un rêve, car on se réveille toujours.
C'est curieux,
je n'ai jamais su son nom.
Ce n'est pas plus mal. Nous n'avions pas besoin de noms.
Il y a eu une cérémonie indigène
qui a fait de moi son mari aux yeux de la tribu.
- Et quand tu as été guéri ? - Guéri, dis-tu ?
Parfois, on rechute. C'est ce qui m'est arrivé.
Puis, une nuit,
le rêve a tourné au cauchemar.
Les villageois avaient disparu. Et on essayait de l'enlever.
Cette perspective m'a donné la force dont j'avais besoin.
Attends, je n'ai pas fini.
On fait quoi ?
On fait passer le temps, Quint.
Il a jeté les fusils à l'eau.
Et Farrell est mort.
Lui, il va pas me manquer.
Le sloop est à nous.
Ça fait plus de perles chacun.
Plus de tout.
Notre ami n'aurait pas dû essayer de me fendre le crâne.
On va entrer dans son jeu.
Ce que tu dis ne me plairait pas, je crois.
Cette cabine ne me plaît pas non plus.
Je monte sur le pont.
Faisons les présentations. Moi, c'est Fletcher. Lui, c'est Quint.
Je m'en fiche. Que faites-vous ?
- Et nos fusils ? - Ils sont à l'eau.
Ça ne mènera à rien.
On va faire fortune avec des perles. J'allais vous proposer...
Mais...
Je viens de tuer votre associé.
Farrell ! Un fainéant, un bon à rien !
Je ne retourne pas ma veste. C'est la logique même.
Il faut six hommes.
Et si je me fiche des perles ?
On est à votre service, monsieur...
Shore. Mark Shore.
Shore ? Ça me dit quelque chose.
- Vous étiez sur un baleinier ? - Possible.
Capitaine Shore, peu importe.
On va trouver quelqu'un d'autre qui a envie de faire fortune.
- Pas vrai ? - On va être obligés.
Vous pourriez nous éviter ça.
Dites oui, buvons un coup et l'affaire est faite.
D'accord.
Je n'ai pas bu depuis trois semaines !
Je le garde encore un peu.
La ferme !
- Ce n'est qu'un jeu. - Je m'en fiche.
Je mise 8 dollars.
Je n'aime pas plumer les gens. J'ai une suite.
Va chercher !
Va chercher !
Faites-le vous-même.
Ça vous dérange ?
Non.
Non, c'est votre affaire.
Je pense aussi.
Il ne faut pas laisser Quint perdre.
Quint et Fletcher savaient où étaient les perles.
A une semaine de navigation.
Dans le lagon d'une île inconnue se trouvait un banc d'huîtres
qui n'avait jamais été touché.
Voyons un peu.
Dommage, elle est vide.
Morte pour rien.
Tu parles trop.
Maintenant que je suis riche,
je ne me gêne plus.
Regardez.
Avec celle-là, on serait tous riches.
Tu t'emballes.
Doucement !
Vous énervez pas.
Cette perle vaut bien un million de femmes.
- Pas de ça ! - J'aime pas les voleurs.
Et moi, les couteaux.
Moi, c'est les pistolets.
Vous avez une idée pour régler ça ?
Ça se pourrait.
Moi aussi, j'ai une idée.
- Cette perle sera à nous trois. - Plutôt mourir !
Tu lui donnes des idées.
Je vais te dire...
On va jouer aux cartes.
- Mes perles contre la tienne. - Ce petit tas ?
Toutes mes perles.
D'après notre ami, la perle est à nous trois.
Écoutez,
je laisse ma part, et en plus, je vous distribue les cartes.
Jouons cinq cartes.
D'accord ?
Toutes tes perles ?
D'accord.
Fletcher, as.
Quint, deux.
Dame.
Sept.
Valet.
Six.
Dix.
Dix.
Sept.
Allez !
Deux.
Paire de deux. Il a gagné.
Il ne fallait pas le laisser gagner non plus.
Je m'attendais un peu à ça.
Moi aussi.
Voilà qui nous débarrassait de M. Quint.
Je devais m'assurer que Fletcher ne se débarrasse pas de moi.
Il n'a rien tenté
pendant deux semaines.
Ça ne vaut pas le coup de rester.
Partons avant que le mauvais temps n'arrive.
- On a assez de perles. - On n'en a jamais assez.
Mais vous avez raison. Allons à terre cueillir des fruits.
Ça me va.
Que dit-il ?
Il n'y a plus d'huîtres. Ils veulent être payés.
- Ils sont payés comment ? - Je m'en occupe.
Y en a pour combien ?
Difficile à dire. Peut-être 500 000 $.
Beaucoup d'argent dans deux petits sacs.
Ça me rappelle des vers :
"Une richesse infinie au creux de la main."
On dirait qu'on a écrit ça pour nous.
On devrait se séparer.
J'emmène les gars. Rendez-vous dans 1 h.
Très bien.
Fletcher !
Mais où... Il est parti depuis plus d'une heure.
Le temps t'importe peu, à toi.
Mais ça, ça va te plaire.
Votre sac est plein. C'était rapide.
- Et les autres ? - J'en sais rien.
- Ils ont dû se perdre. - J'y vais.
C'est inutile.
Moi, je crois que c'est utile !
Tu vas voir !
Reste là.
On peut dire qu'il s'est occupé de votre paye.
Tiens.
Ça s'est terminé comme ça.
Les perles sont toujours au fond du lagon.
J'ai réussi à ramener la goélette à Tubuaï, malgré ma main blessée.
Elle est guérie.
- Tu as de la chance d'être en vie. - De la chance ?
Ça ne fait que commencer.
Entrez.
Capitaine Shore,
je vous ai préparé une couchette.
Parfait, Jim. J'arrive de suite.
Tu sais tout.
- Bonne nuit. - Mark !
Je dois te dire que j'ai eu des doutes sur toi.
J'ai compris que tu n'y pouvais rien.
Un homme malade ne se contrôle pas.
Tu n'es pas responsable de la suite.
Il sera facile de s'arranger avec Asa en rentrant.
Une gentille pensée avant d'aller dormir !
Débarrasse-toi de ton pistolet. Tu n'en as pas besoin.
Bonne nuit !
Bonjour, frérot.
- Tu t'y remets ? - Tu crois que j'en ai besoin ?
Tu n'as pas perdu la main.
Reprenons là où on en était. On est seuls.
Tu n'avais pas fini ?
Il ne s'agit plus de dire, mais de faire.
Les perles, mon frère ! Les perles !
- Tu veux aller les chercher ? - Toi et moi. Tous les deux.
Retournons dans l'île et allons à terre.
Discrètement. Toi et moi.
Il n'y a guère plus de 4 m de fond, là où sont les perles.
Où se trouve l'île ?
Au nord.
Nous allons vers l'ouest, puis vers le sud.
Il y a pour un demi-million de dollars de perles !
Je n'irai pas.
Ne parle des perles à personne. Ça va causer des ennuis.
Pourquoi ne veux-tu pas y aller ?
J'ai mes raisons.
- Tu as peur ? - Appelle ça comme tu veux.
- Tu n'as pas beaucoup changé. - C'est vrai, j'ai peur.
Les indigènes seront toujours là.
J'ai peur de perdre le bateau et la cargaison d'Asa.
Je pense à cette phrase du journal de bord des Shore :
"Chaque homme a fait preuve de courage."
En fait, il y a une suite :
"Et chaque femme a fait preuve de vertu."
Tu te comportes un peu comme une femme.
La goélette est encore à Tubuaï. Je peux te déposer.
Non merci, petite soeur. Je reste là.
Voilà le bateau de Worthen. Ne le perds pas !
Quelle femme accomplie !
- Je vous ai cherché sur le pont. - J'étais dans la cale.
Si j'avais su que vous me cherchiez...
- Vous ravaudez une chemise neuve ? - Non, je l'arrange pour vous.
Joël ne l'a jamais portée.
- Vous ignorez ma taille. - Vous verrez bien.
Ma petite soeur veut vraiment que je l'aime.
Mais je l'adore déjà.
Parlez-moi des perles.
Combien y en a-t-il ? Sont-elles belles ?
Alors, vous ne dormiez pas, hier soir ?
Combien ?
Je ne les ai pas comptées.
Belles ? Ça, oui !
Certaines ressemblent à la lune, d'autres à des larmes.
Elles vous iraient à ravir.
Si je les récupérais.
- Demandez à Joël de vous emmener. - Je lui ai demandé.
- Il a dit oui ? - Il a dit non.
Pourquoi, Mark ?
Demandez-le-lui.
Me demander quoi ?
Très bien. A plus tard.
- Me demander quoi, Pris ? - Pourquoi tu ne l'emmènes pas.
- Il t'a parlé des perles ? - Non.
Je vous écoutais, hier soir.
Il t'a dit que je refuse ?
Ce sont ses perles, il y a droit.
Il n'a pas le droit de se servir de toi.
Il ne se sert pas de moi. C'est moi qui en ai parlé.
Comme tu veux. Mais n'en parlons plus.
C'est décidé.
- Que fais-tu de cette chemise ? - Je l'arrange pour Mark.
Il n'en a qu'une.
Il en aura besoin.
- Les marées vont les déplacer, non ? - Elles sont dans le lagon.
Il n'y a pas de marées dans le lagon. Les perles y sont toujours.
C'est une chose formidable.
- C'est vraiment formidable. - Oui, vraiment formidable.
- Regarde Jim Finch. - Qu'a-t-il ?
Les perles.
- Il va en parler à tout l'équipage. - Interdis-le-lui.
C'est ton bateau.
- M. Finch ! - Oui, monsieur ?
Tu as raison. Ce navire est le mien et il va le rester.
Tu ne devais plus porter de pistolet.
J'ai essayé, mais je me sentais trop nu.
Oui, monsieur ?
Mon frère dit qu'il vous a parlé de perles.
Gardez ça pour vous. Inutile d'en parler.
Inutile qu'ils aient leur part.
Là n'est pas la question. Nous n'irons pas.
- Ce serait si simple. - N'en dites pas un mot.
Vous avez toujours raison.
Oui, capitaine, vous avez toujours raison.
- C'est quoi, ces cachotteries ? - Pour parler de 500 000 $,
faut être discret, non ?
Des perles, grosses comme des billes.
- Elles sont à qui ? - A Mark Shore. Et bientôt à nous.
- Ça t'intéresse ? - Bien sûr.
Ce matin, Mark Shore m'a dit :
"Écoute Finch, ça te plairait d'avoir ton propre bateau ?
Ou d'arrêter et de vivre comme un prince ?"
Pour moi, les chefs vont les récupérer sans nous le dire.
Pourquoi ne veut-il pas y aller ?
Il veut y aller, mais sans le dire.
On rentrera au port. Et on aura perdu un an de nos vies.
Pour 50 barriques d'huile.
C'est un imbécile. Il ne le fera pas.
Si Silva fait sa loi,
- ...c'est pas des perles qu'il aura. - Que t'a-t-il fait ?
Il s'est pas gêné, mais t'occupe !
Écoutez !
Tout le monde parle des perles. Ça fait beaucoup trop de parlote !
Nous, on connaît pas de grands mots,
mais on devrait y aller nous-mêmes.
Comment faire, à ton avis ?
Un équipage peut prendre un navire.
Une mutinerie ?
On parle de 500 000 $.
Ça m'étonne que tu aies pris Silva.
J'avais juré de ne jamais le reprendre.
Tu n'étais pas là.
Qu'a-t-il fait ?
Lors du dernier voyage, il avait amené de l'alcool à bord.
Il était ivre pour chasser la baleine.
Un jour, il n'a pas pu viser une baleine gigantesque.
On a perdu la baleine et on a failli perdre le bateau.
Il a fini par payer. Et l'alcool, c'était fini.
Que lui as-tu fait ?
Je l'ai attaché à une vergue.
Ma chère soeur, pourquoi me regardez-vous ainsi ?
Je vous regarde comment ? Vous imaginez des choses.
Vraiment ?
J'aurais dû te laisser à Tubuaï.
- Tu es désagréable. - C'est ça, l'amour fraternel !
- Ça ne se fait pas. - Ça ne te regarde pas.
Tais-toi donc. C'est mon affaire.
- Qu'est-ce qui est ton affaire ? - La manière dont tu traites Pris.
Elle est impressionnable. C'est aussi ma femme.
- Je lui parle comme aux autres. - Elle n'est pas comme les autres.
C'est vrai. Tu as raison.
J'aurais pu l'épouser.
Mais tu me l'as soufflée en mon absence.
- Elle a fait son choix. - Non. Elle me croyait mort.
Le Nathan Ross est ton bateau. Priscilla est ta femme.
Je vais te rafraîchir la mémoire.
Dans notre enfance, je te prenais tes jouets. Tu n'osais rien faire.
Ne me dis pas que c'est parce que j'étais plus grand que toi.
C'est bien plus profond que ça.
Je peux toujours te prendre tes jouets.
Peu importe la nature des jouets.
Il ne fallait pas vous enfuir ainsi.
Je suis désolée. Je ne sais pas ce qui lui a pris.
Moi, si. Ce sont les perles.
Il aimerait y aller, mais...
Il aimerait y aller, mais quoi ?
Joël ne veut pas... Et je lui donne raison...
Rien ne doit arriver au bateau.
- Que pourrait-il lui arriver ? - Mystère et boule de gomme.
Bien sûr les indigènes sont dangereux, mais contre l'équipage
- ...du Nathan Ross... - Même moi, je n'aurais pas p...
Oui, Pris ?
J'allais dire : "Pas peur."
Je ne crois pas, en effet. Nous n'aurions peur ni vous ni moi.
Pourquoi me suis-je dit ça ?
Je lis mal les pensées des femmes. Mais vous devez connaître votre mari.
Il aurait peur ?
Je ne réponds jamais aux questions impossibles.
Vous devez connaître votre frère.
On ne connaît jamais les autres.
Pas même son frère.
Vous avez l'impression que Joël a peur.
Moi, je n'ai pas à le juger.
Je descends, Mark.
Bonsoir.
Tu as peur d'aller chercher les perles ?
Il t'a dit ça ?
Non. Je me suis simplement posé la question.
Vraiment ?
Tu réponds à ta propre question.
A chaque heure qui passe, on s'en éloigne.
- Que suggérez-vous ? - C'est vous qui voyez.
Je suppose que oui.
Vous êtes au courant pour les perles ?
- Finch veut passer à l'action. - Moi aussi.
Vous devez savoir une chose.
- L'équipage est au courant. - Tu es sûr ?
- Silva m'en a parlé. - Qu'a-t-il dit ?
Rien, mais il souriait.
La moitié de l'équipage doit être de son côté.
Varde, va leur parler.
Ceux qui seront avec nous auront leur part.
- Et s'ils veulent tous leur part ? - Promets-leur à tous.
On ne tient pas toujours ses promesses.
- Sauf entre gentlemen. - Oui, monsieur.
Et le jeune Morrell ?
J'en fais mon affaire.
Je n'en sais pas plus. Je tiens ça de Varde.
- Ils font enfin quelque chose. - Et nous, on fait quoi ?
Nous ? Rien !
On va les laisser chercher les perles.
Il se pourrait bien que les chefs et Mark Shore se noient.
Je sais que notre part sera ridicule.
Et le capitaine Joël Shore ?
Il se pourrait qu'il se noie lui aussi.
- Silva parle trop. - Il a convaincu pas mal de gars.
Après tout, on aura peut-être tous notre part.
- Avant d'être pendus. - Pas pour mutinerie, j'espère.
Je ne veux pas que ma famille me voie pendu à une vergue.
Je vais observer ce qui se passe,
comment ça tourne.
Moi aussi.
Que voulez-vous ?
Nous allons chercher les perles.
Si vous êtes d'accord.
- Je suis contre. - C'est pas...
La ferme, Varde.
Je voulais que tu sois dans le coup.
Tout aurait été très simple, très sûr.
Sans toi... Tu risques de nous obliger à prendre des mesures...
regrettables.
L'équipage est au courant ?
On peut tous y gagner.
- M. Worthen serait pour. - Tu es des nôtres ?
Je vais y réfléchir.
Soyez tous sur le pont à 2 h.
- Maintenant ! - C'est lui qui choisit.
Autre chose : je prends ces fusils.
Le tien ne te suffit pas ?
La clé, Joël
- Ne pousse pas le bouchon trop loin. - T'occupe. La clé !
- Tu es responsable des armes à feu. - Bien sûr.
Tu vois, Joël,
si les hommes savaient combien tu es timoré,
ils pourraient décider de s'en servir.
Avec moi, tu ne crains rien.
On se voit dans une heure.
Ma petite Pris.
Mark, j'ai tellement honte.
- Vous n'avez pas à avoir honte. - Il n'a rien osé faire. Il a peur.
Il fallait bien que vous l'appreniez un jour ou l'autre.
- Que vais-je faire ? - Faites-moi confiance, c'est tout.
J'ai toujours désiré votre confiance.
- Que va-t-il se passer ? - Rien.
Joël va dire à l'équipage qu'il ira chercher les perles.
Il a davantage peur de l'équipage que des indigènes.
Il n'est même plus maître à bord.
Ni maître de vous.
Vous n'auriez jamais dû l'épouser.
Vous auriez dû savoir que je reviendrais vous chercher.
Il n'est pas trop tard. Même maintenant.
Non !
Vous avez entendu parler des perles.
C'est vrai.
Quand mon frère est arrivé, il m'a proposé d'aller les chercher
et de ne pas en dire un mot.
Comprenez bien
que je ne lui jette pas la pierre. Ces perles sont à lui.
Je refuse d'aller les chercher et de partager le butin.
Maintenant, il veut que nous y allions tous.
Je veux y aller !
On veut tous y aller.
Des vies ont été perdues.
Si nous avions les perles, personne ne se satisferait de sa part.
Elles feraient couler le sang sur le Nathan Ross.
Mais d'abord, qui veut aller les chercher ?
- Moi ! - Je veux y aller !
Presque tous.
Qui est contre ?
Vous n'irez pas.
Nous rentrons à Tubuaï,
puis les choses reprendront leur cours.
Au revoir.
Tu me débarques, alors ?
Nous allons tous deux à terre. Nous avons un compte à régler.
Je ne voudrais pas te tuer.
Ça n'arrivera pas.
Vous nous avez assez compliqué la tâche.
N'apprendras-tu jamais ?
Je n'ai pas le choix.
- Aaron, trouve une corde. - J'en ai une.
- Je pensais que ça servirait. - Bien vu.
J'ignorais que tu aurais ce courage.
Mais un navire, c'est un jouet.
Il risque pas de bouger.
Il est ficelé comme un rôti.
Pour plus de sécurité, le placard de la cabine est bien solide.
Très bien, Aaron.
Descendez-le. Varde, s'il tente de s'échapper, appelle-moi.
Faites preuve du plus grand respect envers Mme Shore.
Bon, les gars,
ce sera tout.
- Est-il blessé ? - Non.
On a été doux et il ne s'est pas débattu.
- Qu'a-t-il fait pour mériter ça ? - Son devoir.
Il a dit que nous chassons la baleine, pas les perles.
- Mark a dit qu'il avait peur. - Joël Shore ? Peur ?
Il n'a pas peur du diable.
Mais il ne va pas lui chercher des noises.
Monte sur le pont.
- On va finir pendus. - Les mutins, c'est pas nous.
- Attendons de voir. - Ça me plaît pas beaucoup.
- Alors ? - Il est enfermé.
Faites demi-tour. Cap au nord. Toutes voiles dehors.
Oui, monsieur.
Changez de poste. M. Morrell.
Préparez le demi-tour.
Misaine et grand-voile !
Tout le monde sur le pont. Déployez misaine et grand-voile.
- Il faut que je vous parle. - Le bateau fait demi-tour.
- Mark... - Tenez-vous prêts !
Sous le vent !
Sous le vent !
- Il faut que je vous parle. - D'accord, ma petite Pris.
M. Finch, prenez la relève.
Qu'y a-t-il ?
- Vous savez ce que vous faites ? - Je vais chercher des perles.
- Ce n'est sûrement pas... - Je n'ai pas le choix.
- Joël ne me laisse pas le choix. - C'est son navire.
Je ne l'ai pas pris. C'est un simple emprunt.
- Ne vous y trompez pas. - Je ne me trompe pas.
Ils ne se tromperont pas non plus à New Bedford.
Je n'y serai pas pour entendre leur jugement.
Et vous non plus.
Nous serons riches et très loin de là.
Nous aurons les perles.
Nous irons en Angleterre. Ou en France.
Nous quitterons les gens dont nous n'aurons plus besoin.
Ils nous seront inutiles.
Moi aussi, vous finiriez par me quitter un jour ou l'autre.
Non !
J'ai beaucoup appris dernièrement. Vous ne m'impressionnez plus.
Vous nous avez tous montés contre Joël.
Je vous ai cru. Vous aviez chamboulé mon univers, mais c'est terminé.
Vous n'en faites plus partie.
J'espère que Joël me pardonnera de l'avoir déçu.
Aaron.
- Où allez-vous ? - Je veux voir mon mari.
- C'est mon droit ! - Vous allez retourner là-dedans.
Écoutez-moi ! Joël !
J'ignorais ce qui se passait.
Vous me faites mal.
- Pardonne-moi. - Retourne dans la chambre.
- Je t'en prie... - Retournes-y.
Comment a-t-il fait ? Attrapez-le.
Aaron !
Venez par-là, M. Finch.
Vite.
Capitaine Shore, attrapons-le.
Vas-y toi-même. Tu en fais deux comme lui.
Approchez, M. Finch.
Ramassez.
A votre poignet gauche.
Quelque chose ne va pas. Je descends voir.
Bien joué, Joël
Cette mutinerie est une erreur.
- C'est pourtant pacifique ! - Tu peux encore arranger ça.
Et éviter la honte pour les Shore.
Il n'y a pas de honte à être dépassé.
Je parle de ta honte à toi. Je reprends tous mes jouets.
Tu es incroyable.
Tu as anéanti mon second !
Prends sa place. Tu es le second du Nathan Ross.
Je suis le capitaine. Toi, tu es un mutin.
- Je prends ces fusils. - Assez joué.
Libère Finch.
Tu ne voulais pas ma mort sur la conscience.
Ne fais pas l'imbécile. Garde-les.
- Pourquoi crois-tu... - Pas de sang ici.
On n'aura jamais nos perles.
Il faut prendre les choses en main nous-mêmes.
Tu ne peux plus rien. Tu as jeté ton atout.
Nous nous battrons à mains nues.
Renoncez plutôt.
Allez, bougez-vous ! On va tous les tuer. Sauf Mark Shore.
Lui, on verra plus tard.
Je me bats avec toi. Je ne veux pas qu'un autre te tue non plus.
Je comptais sur toi.
- Il nous a roulés. - Ils vont tout garder pour eux.
Assez parlé, agissons !
Morrell, vous êtes avec nous ?
Oui, capitaine !
On est avec vous.
Silva !
Approche !
Descendez tous !
Aaron, Peter, enfermez-les dans la cale.
Le capitaine Mark Shore est mort au petit matin
des suites des blessures reçues
en écrasant
une mutinerie.
Le capitaine Shore
a été l'instigateur principal
de la mutinerie. Par la suite, il a regretté son geste
et s'est battu avec bravoure pour défendre le navire.
Avant sa mort,
il a demandé la clémence pour les mutins.
J'ai moi-même appuyé sa requête.
Chaque...
homme
a fait preuve de courage.
- Combien ? - Un groupe de six.
M. Finch, le bateau un. Toi, le deux. Je prends le trois.
Bonne chance, mon amour.
Désormais, la chance sera toujours avec nous.
Allons-y !
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