Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
Frisian
Ga
Galician
Georgian
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
-"Zeus aimait la belle Léda, épouse du mortel Tyndare,
"neuvième roi de Sparte.
Il l'aborda sous la forme d'un cygne."
...
-Au revoir, Michel. -Au revoir.
-Merci. -Je vous en prie.
-Je m'appelle Nora Cotterrelle, j'ai 35 ans.
J'ai eu un fils d'un premier mariage, Elias.
Depuis le décès de son père, je ne veux plus d'autre enfant.
Mon fils a dix ans.
Il est toute ma vie.
Claude.
Je suis affreusement en retard. -Non, tout va bien. Bonjour.
Vous avez trouvé des merveilles ?
-Une litho de Klee unique, aquarelle avant tirage.
-Monsieur Maden.
Je dirige une galerie d'art depuis six mois.
C'est un travail agréable.
Qu'est-ce que vous me montrez ? -Ce que vous voulez.
...
-C'est une gravure de Léda ?
-Oui. Elle est étrange, différente du reste du lot.
-C'est très joli, non ?
-D'où ça vient ?
-Ca doit être des relevés de fouilles romaines fin 18e,
et la gravure a été passée au pastel, 19e.
-Je vais la prendre, pour offrir, pour mon père.
Il y a un an, j'ai divorcé de mon second mari, Ismaël.
J'ai rencontré Jean-Jacques qui m'aime passionnément.
Il m'a officiellement demandé de l'épouser la semaine dernière.
A mon âge, c'est terrible.
-Jean-Jacques sera sur le quai. -Il est trop gentil.
-Personne ne l'est.
-Dépêche-toi.
-Juste à temps.
-Voici ton billet.
-Merci.
-Bonjour. Une voiture t'attendra
avec un chauffeur.
Ca a été, les affaires ? -Oui, grâce à Claude.
-Allons.
-J'ai un cadeau pour mon père.
-Ah oui ? -Oui.
C'est idiot, mais à chaque fois, j'appréhende de le voir.
Il est tellement sévère. -Embrasse Elias.
Sa chambre sera prête à son retour
de vacances.
-Au revoir, Claude.
J'ai toujours estimé
qu'aimer, c'est n'avoir pas à demander.
Mon second mari soutenait l'inverse.
Il était peu prévenant.
Quand je m'en plaignais, il me disait :
"Tu n'as qu'à demander."
Je rêvais. Désolée, c'est idiot. -C'est charmant.
Ma fille fait pareil. Vous prendrez un café ?
-Non, du thé s'il vous plaît. Merci.
Mon père m'a appris qu'être aimé, c'est n'avoir pas à demander.
Aussi j'ai estimé qu'Ismaël ne m'aimait pas,
je me suis éloignée,
puis nous avons rompu.
L'année dernière, j'ai donc rencontré Jean-Jacques
qui s'efforce de satisfaire tous mes désirs.
Le fait qu'il soit riche ne m'a pas été indifférent.
Même si je n'aime pas y penser.
Les six premiers mois, j'ai refusé de coucher avec lui.
Il a accepté cette épreuve avec calme.
Ses intentions étaient donc sérieuses.
Je n'aurais pas voulu d'une aventure.
C'est ce que je reprochais à mon second mari.
Notre relation avait plus l'air d'une liaison
que d'un engagement fiable.
Elias ne t'embête pas trop ?
-Non, il est toujours à la colonie. -Il t'empêche pas de travailler ?
-Je travaille plus beaucoup, tu sais.
Il s'entend bien avec les enfants, là-bas.
Je le récupère vers 17h.
-C'est un nouveau livre
à toi ? -Non, c'est des notes.
-Ca parle de quoi ? -De rien.
De toi, comme d'habitude.
Pardon.
-Il faut se préparer.
J'ai amené ça pour toi. Bon anniversaire.
-J'avais oublié.
-C'est Léda et son cygne. J'ai pensé à toi en la voyant.
Comme c'est une image mythologique et que tu enseignes le grec...
-Merci.
-Tu devrais mieux te nourrir.
Tu manges parfois dehors ? -Non.
-Voilà pourquoi tu as mal au ventre.
Tu devrais manger des vrais plats.
Chasse-d'eau, une porte s'ouvre.
Il pleure.
...
Qu'est-ce qui se passe ?
...
-Je fais du sang.
...
J'ai l'impression de perdre des morceaux de moi.
-Quoi ?
Tu fais un ulcère. -Je sais pas.
Je n'ose même pas me retourner.
-Tu fais un ulcère.
-J'ai honte d'en parler. -Mais non, tu peux me dire.
-Ca fait une semaine que ça dure.
-Tu es venue ?
-Oui, je suis venue.
Tu me regardes pas ? -Oh si, je te regarde !
-Tu m'embrasses pas ?
-Si !
-Que tu es beau !
Que tu es beau !
Tu es tout bronzé, tu as grandi.
Elle rit.
-Je te plais ?
-Oh oui, tu me plais.
Tu es heureux ?
-Absolument.
-J'ai reçu tes cartes, je les ai toutes gardées.
Je les ai mises sur le frigidaire, dans la nouvelle maison.
Ca t'a pas embêté de m'écrire ? -Non, j'aime bien t'écrire.
Salut.
-Salut.
-Tu t'es fait des amis ?
-Je te l'ai dit au téléphone.
-Ah oui. Il a l'air gentil.
Comment il s'appelle ? -Thomas. Il est fort à la bagarre.
-Tu as pensé à moi ?
-Oui.
-J'ai tellement souvent pensé à toi. Tout le temps, mon amour.
-Tu sais quoi ?
Avec grand-père, on est allés à la foire entre hommes.
-Grand-père me l'a dit.
Tu sais, ce soir, il est un peu malade.
Il a mal au ventre. Je vais aller à l'hôpital avec lui.
On pourra pas faire son anniversaire, ce soir.
Ca t'embête pas trop ?
-Je récupère mes impedimenta.
-Il n'y a pas de problème.
Elias peut dormir chez Thomas. Sa famille est accueillante.
-C'est bien.
-Son père ne peut pas s'en occuper ?
-Son père est mort.
-Je suis désolé. Elias n'en avait jamais parlé.
-Il est mort avant sa naissance.
Il se plaignait de maux de ventre depuis quelques mois.
Je suis arrivée ce matin, à Grenoble.
-Des antécédents ?
Il a déjà été opéré ?
Malade ?
-Non, je crois pas.
-Il fume ?
-Un peu.
-Il boit ? -Peu.
Il est toujours nerveux quand il termine un livre.
-C'est un ulcère perforé
ou une cholécystite aiguë, avec un risque de péritonite.
Une radio ne le montre pas,
alors mieux vaut opérer vite, dès que possible.
Ce soir ?
-Oui. Je devais être à Paris demain, mais oui.
-Vous y serez.
-T'es allée chercher Elias ? -Oui. Il va dormir chez son copain.
-C'est bien. -Je reste avec toi.
-Je suis désolé.
-Chut.
Le téléphone sonne.
...
...
*-Ce répondeur ne prend aucun message.
Si c'est les impôts, Mercier et Landeau, vous êtes des escrocs.
Je ne vous paierai jamais.
Un serviteur de l'Etat n'a pas à poursuive
un citoyen respecté, et un artiste !
Je vous emmerde, M. Landeau.
*Musique rap
Sonnette
...
-Bonjour.
-C'est l'hôpital qui nous envoie.
-Mais je ne suis pas malade.
-Vous avez dû recevoir nos convocations.
-Non, je n'ai rien reçu. Je n'ouvre pas trop mon courrier.
Là, je suis très occupé.
-Le psychiatre a envoyé
3 convocations, dont une en recommandé.
-Elle disait
qu'on allait passer comme vous ne vous présentiez pas.
-De toute façon, peu importe puisque je me porte bien.
Au revoir, messieurs.
-Vous ne voulez pas venir, vous refusez ?
-Je refuse, oui !
-Les médecins vous ont envoyé des convocations.
-Mais j'ai rien reçu.
-Le recommandé, si. -Je n'irai pas
dans votre hôpital.
Je vais bien et je suis très pris.
-Vous parlez fort. -Non, je parle normalement.
-Vous criez. -Je crie si je veux, OK ?
Je suis chez moi, je dérange personne !
Je fais du bordel et je chie sous les fenêtres de personne !
Qu'est-ce que vous venez m'emmerder ?
Y a pas un policier avec vous.
J'ai commis aucun délit et je devrais suivre deux infirmiers ?
Vous êtes cinglés. -On veut juste vous emmener
pour vous soigner. -Me soigner ?
Je vais très bien et je t'encule !
Arrête ça tout de suite. -Pardon ?
-Ne me regarde pas comme un dingo de ton hôpital de trou du cul.
-Je vous regarde
normalement. -Monsieur.
La corde dans le salon, c'est pour quoi faire ?
-Quelle corde ?
-La corde avec un noeud coulant qui est accrochée dans le salon ?
...
-Je ne suis pas suicidaire.
Vous voyez la corde, la chaise, vous faites l'association, normal.
C'est juste pour savoir
que je peux le faire.
Mais je le ferai jamais.
Il y a des choses comme ça dans Cicéron,
Sénèque ou les Stoïciens.
Je vais pas très bien, mais je ne suis pas suicidaire.
Bon ben...
Messieurs. -Ne compliquez pas les choses.
-Il faut y aller.
-Vous allez pas m'emmener de force ?
Rires -Prends-lui les mains.
Cris
-Non ! Au secours !
Serpents, je vous étoufferai !
Je vous écraserai, vermines.
-Piquez-le avec du Droleptan et du Nozinan.
-Il a reçu du Clopixol.
-Merde !
Une moitié, mais dosez bien.
-Il risque l'arrêt.
Cris, brouhaha
...
-Il m'a blessé !
-Pique à travers.
Balance la purée. Il crie.
Il rit.
-Je suis morphino-résistant.
-Il m'a blessé.
-Attendez dehors, ils arrivent. -La porte !
Non, ça va, je peux le faire.
Les entrailles étaient si abîmées qu'on n'a rien fait.
Le ventre est détruit.
On a simplement recousu.
C'est un cancer.
-Ah.
De quoi ? -On ne peut plus le savoir.
Tout s'est généralisé.
Votre père devait être très malade depuis des mois.
J'ignore comment il a pu endurer ça.
-C'est une nouvelle terrible.
-Je suis désolé.
-Que dois-je faire ? -Prévenez votre famille.
Vous êtes nombreux ? -Non.
J'ai une soeur.
-Il vaudrait mieux la joindre rapidement.
-Quand est-ce qu'il va mourir ?
-Cinq jours, dix jours,
c'est foudroyant.
-Je peux aller le voir ?
-Non, il est en salle de déchoquage.
Vous devriez aller vous reposer.
Il ne se réveillera que demain. Rentrez chez vous.
Vous êtes fatiguée.
-Je vais rester un peu ici.
-Arrêtez de ramper devant ces médecins à la con.
Ils me prescrivent de la merde,
ils ont eu leur diplôme dans une pochette-surprise
et vous, vous rampez.
-Ils ont l'air calés. -Je suis attaché.
Attaché à un putain de lit.
C'est normal ?
-C'est peut-être pour ton bien. -J'ai l'air fou ?
J'ai l'air fou ?
-Un peu. Non ? -Si.
-Dès que tu iras mieux, ils te sortiront d'ici.
-Défais la putain de sangle.
Je casserai rien.
Je suis très faible à la bagarre.
Alors défais-la.
-Je peux pas.
-Il y aura toujours une place pour toi à Roubaix, à l'épicerie.
-Je suis altiste
dans un quatuor.
-Il a raison, Monique.
"A la fin, je suis las de ce monde ancien"
-"Bergère, ô tour Eiffel, le troupeau des ponts bêle
ce matin"
-"Tu en as assez de vivre dans l'Antiquité grecque et romaine
"Ici, même les automobiles ont l'air d'être anciennes"
-Apollinaire.
-Le poète préféré
de ton papa.
Dis. -Oui ?
-C'est vrai que tu es sorti avec une cape de mousquetaire ?
-Ca va avec cette histoire. Ca t'arrive jamais
de porter un truc étrange ? -Non.
-T'as jamais eu envie de mettre des vêtements pour des occasions ?
Papa ? -Tu penses à quoi ?
-Ca dépend. Une cape, un poncho...
-Non.
-Cette histoire de pourpoint, c'est trois fois rien.
-Vous êtes marié ?
-Pas légalement.
-Des enfants ? -Pas vraiment.
-Comment fait-on pour ne "pas vraiment" avoir d'enfant ?
-Je me suis déjà occupé d'un enfant.
Qu'est-ce que je fais ici ?
-Vous auriez eu un comportement un peu excessif ces derniers temps.
-Première nouvelle.
-Vous pourriez peut-être m'éclairer un peu là-dessus.
-Merci de vous occuper de ma santé, mais je ne vous ai rien demandé.
-C'est très vrai. Vous ne m'avez rien demandé.
Vos proches s'inquiètent.
-Mes proches ?
-Vous êtes ici en HDT.
-C'est-à-dire ?
-C'est une hospitalisation à la demande d'un tiers.
-Mais quel tiers ? C'est idiot. J'ai vu mes parents, ce matin.
Ils ne sont venus
que parce que je suis enfermé, sinon je les vois très peu.
Ils vivent en province.
-Vous avez une soeur près de Paris ? -Elisabeth.
Je m'entends très bien avec elle. Je l'ai encore vue il y a 15 jours.
Ca s'est très bien passé.
-Pourquoi t'es venu ?
-Pour rien, pour te voir. -Juste comme ça ?
-Oui.
-T'es pas venu à Noël.
-Non, mais j'ai amené des cadeaux.
-On est en juillet. -Une enveloppe pour toi.
Les autres, pour les jumeaux.
Je ne savais pas quoi t'acheter.
Je ne savais pas ce dont tu avais besoin, alors...
Elle rit. -Mais pourquoi
tu me donnes tout ça ?
-C'est pour que tu t'installes. -C'est gentil.
Qu'est-ce que je suis censée faire avec ça ?
-C'est pour que tu réussisses dans ce que tu veux faire.
-Mais je gagne de l'argent.
-Oui, je sais.
-Tu viens me proposer de l'argent ?
Tu peux pas te demander un peu ce que je veux vraiment ?
-C'est pour que tu fasses ce que tu veux,
sans perdre ton temps à devoir faire des paysages...
-Tu sais quoi de mon temps ?
Qu'est-ce je pense que c'est : gagner mon temps, gagner ma vie ?
-Les peintures. -J'avais 16 ans.
Tu t'es demandé qui je suis ? Je m'en fous, d'être peintre.
C'est toi qui veux ça !
Je gueule,
mais je suis une fille douce.
A 8 ans, t'as décidé que j'étais véhémente,
mais tu sais que quand je vis ma vraie vie, je suis douce.
Demande à Delphine et à Fidèle !
Moi, je veux un enfant, pas des peintures !
Je veux être une mère au foyer !
-Moi, j'y peux rien. Je peux te prêter de l'argent...
-C'est pas la question. Je prends cet argent.
Ton souci de moi... "Besorgen", c'est ça qu'on dit en philo ?
Tu es le petit roi dans ton monde, à jouer avec tes soldats !
Tu me laisses seule comme un chien et tu fais une ignorance de moi !
Va-t'en, va-t'en.
T'as mangé ? -Non.
-Voilà, ça y est.
C'est prêt.
Un peu de poivre ?
-Oui.
-Ketchup ? -Non.
C'est bon. -Attention.
C'est chaud.
Il rit.
-Tu commences... Tu commences pas, hein ?
Non, merci.
-Je ne vois pas pourquoi Elisabeth serait allée me dénoncer.
-Pourquoi dites-vous "dénoncer" ? -Devinez.
-Vous pensez que c'est malveillant ?
-Mais, madame, je n'ai pas de troubles psychiatriques.
-Vous suivez une psychanalyse
depuis huit ans.
Trois séances par semaine.
Vous avez l'air en détresse. -Mon âme me fait souffrir.
Vous n'y pouvez rien.
-Et pourquoi ça ?
-Vous êtes une femme.
-Et alors ? -Les femmes,
c'est différent des hommes.
-C'est-à-dire ?
-Vous n'avez pas d'âme.
-Parce que je suis une femme ?
-Ne me regardez pas ainsi. J'y peux rien.
Vous avez déjà vu une femme prêtre ?
Vous avez sûrement autre chose à la place,
mais je me vois mal parler de mon âme
avec vous.
-C'est un peu insultant.
-Les hommes, ça vit sur une droite.
Les femmes, vous vivez
dans des petites bulles.
Vous passez de l'une à l'autre.
Ca doit être
des bulles de temps.
Nous, les hommes,
on vit pour mourir.
C'est...
-Les femmes vivent pour quoi ?
-Mais pour rien.
Vous vivez, quoi. Nous, on vit pour mourir.
-C'est quoi, votre définition de l'âme ?
-On va pas parler de théologie. Je suis pas votre copain.
Je suis enfermé dans cette clinique merdeuse.
Vous êtes là pour dire que c'est scandaleux.
-Je voudrais connaître votre définition de l'âme.
-Je sais pas. Une âme,
c'est une manière de négocier avec la question de l'être.
Ca ne vous est pas inaccessible. Je dis que je négocie
avec la question de l'être.
Ne me toisez pas
avec ce regard de féministe, attendant que je donne
du symptôme
pour mieux pouvoir m'enfermer et vous venger.
Je vous ai rien fait.
Je ne suis pas fou !
T'as compris le message ?
Dis-le à ton Politburo.
-Une bonne semaine ici à vous calmer ne pourra vous faire que du bien.
-Quel est le recours légal ? -Ecrivez au substitut du procureur.
-J'exige du papier
et un stylo. -Bien sûr.
-Je vais vous dénoncer,
ma petite connasse.
-Calmez-vous avant de rédiger le courrier.
-Je veux du papier et un stylo !
Et rendez-moi mes lacets !
*Musique jazzy
...
Téléphone
...
...
...
...
...
...
...
...
-Allô ? *-C'est qui ?
-Ah, c'est Chloé ?
-Qu'est-ce que tu fous là ?
-Je suis venue voir papa. Elias est chez lui.
Je venais dîner avec eux.
-Tu peux me le passer ?
-Non, il n'est pas là.
Où es-tu ? *-Oh, merde !
J'attendais un mandat.
Brouhaha dans le café
...
-Il est à l'hôpital.
-Putain, j'ai besoin d'un mandat. Il devait m'en envoyer un.
...
Il sort quand ?
-Chloé...
Ils l'ont opéré ce soir. Il est encore à l'hôpital.
Il avait des tumeurs partout.
Chloé...
Chloé, Chloé...
Ils l'ont opéré ce soir, il est encore à l'hôpital...
Il y avait des tumeurs partout.
Ils ont dû recoudre tout de suite.
Ca a métastasé.
Tout est détruit à l'intérieur. Il va mourir.
...
...
...
-Non, pas lui, pas maintenant.
-On ne peut pas le soigner.
Il va avoir mal et il a peur.
Il faut que tu viennes.
...
*Il faut que tu viennes.
Elle pleure.
Je suis toute seule ici. J'ai laissé Elias à la colonie.
Je ne sais pas quoi faire. *-Mais je peux pas venir !
J'ai pas d'argent.
...
...
-Moi, je vais t'en envoyer. *-Non, je vais venir.
Je vais faire du stop.
-Tu es où ? Tu es en France ?
-Oui.
*-Dis-moi quelle gare
ou quel aéroport et je te fais envoyer un billet.
-Je vais venir en stop, je vais venir demain.
-Où est-ce que je peux t'appeler ?
-Tu peux pas m'appeler. *-Tu as bien un numéro ?
Tu as bien un ami qui a un portable ou...
*-Non !
Je vais te rappeler.
*Musique orientale
...
*Musique jazzy
...
-Il dort encore.
-Pourquoi il a du scotch sur les yeux ?
-Pour éviter qu'ils se dessèchent.
C'est douloureux. Mais on va les lui enlever.
Vous avez pris la pluie ? -Oui.
-Tenez. -Je vais attendre le réveil ici.
-Vous semblez fatiguée. -J'ai pas réussi à dormir.
-Je vous laisse.
...
-Pierre !
Tu es là !
-Ben oui.
-Oh !
Ca me fait drôle de te voir ici.
Je suis en train de dormir ?
-Non.
Pas exactement. -Ah.
Ca fait plaisir de te voir.
-Moi aussi.
Tu n'as pas changé. Tu es encore plus belle.
-Oh non, je suis une dame, moi, maintenant.
Ca fait si longtemps.
-Dix ans. -Oui.
Que tu étais jeune !
C'était tellement triste quand tu es mort.
-Tu as été malheureuse ?
-Je me souviens pas d'avoir eu le temps d'être malheureuse.
-Tu étais enceinte de moi.
-Oui. -Et ce n'était pas trop dur
d'être enceinte toute seule ?
-Je me suis battue, tu sais.
-C'est le premier ? -Oui.
-Vous relevez votre pull ?
Le père n'est pas là ? -Non.
-Il n'est pas curieux ? -Il ne viendra pas
car il est mort il y a un mois.
-On peut reculer... -Non, allez-y.
...
-Dis-moi. Petit garçon ? Oui.
Petit garçon ? Oui. C'est bien.
-T'es enceinte de combien ? -Quinze semaines.
Personne ne voulait que je le garde,
mais moi, je voulais cet enfant.
-Tu dois avorter.
-J'avorterai pas. -C'est idiot. Pierre est mort.
-Tu comprends rien.
-Si, je te comprends et je t'aime. Tu dois rien à personne.
Tu le veux pas. -Trop tard.
-On peut aller
en Hollande. -Tais-toi, ferme ta gueule !
J'ai dû aller cent fois à la mairie
pour déclarer notre enfant.
Je voulais qu'il porte ton nom.
-Il faut la procuration du père. -Il est décédé accidentellement.
Je suis seule. Je pourrai pas me déplacer.
-Désolé.
-J'ai apporté tous ses papiers :
une fiche d'état civil,
un extrait d'acte
de naissance,
le certificat de décès.
-Je vois pas ce que je peux faire.
-Inscrivez que Pierre Cotterrelle est le père de mon enfant.
-Même si vous m'apportiez la preuve qu'il est le père de votre enfant,
et je n'en doute pas,
je ne pourrais pas enregistrer votre déclaration.
-Comment osez-vous me dire ça ?
Comment osez-vous ?
-Votre enfant ne peut pas être reconnu par un mort.
-Ils ne me croyaient pas.
Ils m'ont dit des choses horribles. J'étais seule pour me défendre.
J'avais vingt ans.
Je me suis battue pour reconnaître notre enfant.
-A-t-il laissé une lettre
où il atteste vouloir reconnaître votre enfant ?
Il aurait pu écrire à un proche. -Une lettre ?
Si on était mariés, l'enfant serait reconnu.
On n'en a pas eu le temps.
-Je comprends. -Non.
Appelez votre chef de bureau.
-Il vous dira ça.
-Je veux le voir.
Je ne bougerai pas. -Madame, soyez patiente.
-Je veux voir votre chef maintenant !
-D'accord.
Quelqu'un frappe à la porte.
-Je peux entrer ?
-Oui.
-Je t'ai amené des serviettes.
-Merci.
-Je les pose là ?
Je peux m'asseoir ?
-Oui.
-Il bouge déjà ?
-Un peu. -C'est vrai ?
-Tu veux toucher ?
-Je peux ?
-J'ai des gros seins.
Ca me fait bizarre.
Aujourd'hui,
je suis stupéfaite par ma ténacité.
J'étais si courageuse. -Ben oui.
T'es une fille vachement courageuse.
-Où est-ce qu'il est ? -Il arrive.
Pleurs du bébé
...
-Mon lait était amer.
-Et tu t'es mariée avec moi.
-C'était le seul moyen
pour qu'Elias porte ton nom.
J'ai cru mourir de honte pendant ce mariage.
Comme si c'était un blasphème.
-Autorisant le mariage
de Pierre Cotterrelle né le 25 janvier 1965,
fils de Raymond et Andrée Cotterrelle.
Nous avons prononcé,
au nom de la loi, que Pierre et Nora
sont unis par le mariage à compter d'aujourd'hui.
En présence des témoins :
Louis et Chloé Jenssens,
enseignant et élève à la faculté de Grenoble.
Invités à lire l'acte : épouse et témoins
ont signé avec nous,
Denis Beyle, adjoint au maire, officier d'état civil.
-J'avais tellement de haine en moi
que ça m'a sauvée.
C'est ma haine qui m'a protégée de tous ces gens.
Et de la honte.
Pleurs du bébé
...
Je parle de toi à Elias, parfois.
-Il me ressemble ? -Oui.
Sur les photos de toi, enfant.
Il ressemble aussi
à mon père. Son visage.
Il est plus secret que toi.
Il ne pose pas trop de questions. -Moi, j'en posais trop.
-Oui, tout le temps.
-Tu as peur ? -Oui. Là, j'ai peur.
Mon père est amoureux d'Elias. Tu les verrais ensemble.
Mais là...
il est malade, il va mourir.
Tu te rends compte ?
Tu es mort
et mon père va mourir aussi.
Je sais pas comment le dire à Elias.
-Vous avez dormi ? Votre père s'est réveillé.
-Mon père m'a aimée follement.
-Venez.
Monsieur Jenssens, votre fille est là.
-Papa, tu m'entends ? L'opération s'est bien passée.
Je vais ramener Elias à Paris. Je reviendrai demain.
-Vous avez bien des pièces. -C'est un hôpital ici.
-Je suis arrivé ici
contre ma volonté. Je n'ai pas de carte de téléphone.
-Demandez à un patient ou aux infirmiers.
-Je peux peut-être faire un chèque et acheter 10 pièces de 0,50 euro.
Passez-moi votre stylo. -Certains ont des portables.
-Merci, merci !
Ca va mieux, la tête ?
J'imagine que je ne peux pas vous emprunter votre portable. Non.
Une minute, je finis.
-Vous jouez aux dominos ? -Non.
-Je vais jouer avec vous.
Allô. *-Oui.
-Bonjour, docteur. Ismaël Vuillard. Désolé de vous déranger.
J'ai un petit problème pour la séance de mardi,
c'est-à-dire de cet après-midi, je ne pourrai pas venir.
*-Ah bon, pourquoi ?
-Je suis hospitalisé.
*-Vous avez eu un accident ?
-Non, rassurez-vous, je ne suis qu'à l'hôpital psychiatrique.
*-Ah bon, très bien. Je vous attends donc à 16h.
-C'est-à-dire que les psychiatres proposaient
que vous passiez à l'hôpital pour la séance si vous le vouliez.
*-Ca me paraît une très, très mauvaise idée.
-Oui, c'est idiot. Je m'en doutais un peu,
mais du coup, j'aurai du mal pour la séance de cet après-midi.
*-Je vous attends donc à 16h, comme d'habitude.
-Très bien, je m'arrangerai. Au revoir, docteur, merci.
Ca va pas être possible.
-Non, il est hors de question que vous sortiez.
Votre analyste n'a qu'à se déplacer.
-Il ne se déplacera pas.
-Et alors ?
-Je n'ai manqué aucune séance en 8 ans.
-C'est quoi, son nom, à cet analyste ?
Bien entendu.
C'est formidable.
On va vous trouver une ambulance.
-On va trouver ça.
-Je peux vous acheter
du liquide ?
-Je vais vous avancer l'argent. Pour qui nous ferez-vous passer ?
Ne dites rien à votre médecin. -Bien entendu.
Maître Mamanne.
C'est urgent. Ismaël Vuillard.
-M. Vuillard, ligne 2.
Téléphone
-Ismaël ! Ah !
*-Maître. -Où avez-vous disparu ?
-C'est un peu compliqué. *-Je m'en doute un peu.
Je panique.
Les impôts sont à notre poursuite.
-Je suis enfermé. *-Où ?
-A l'hôpital.
-Là, ils sont très méchants.
Ils mordent.
-C'est idiot, mais il semblerait que j'ai été placé en HDT.
-C'est quoi ? *-Hospitalisation
à la demande d'un tiers.
-Putain ! *-Ouais, comme vous le dites.
Je ne pourrai pas enregistrer. Il vous faut trouver une excuse...
-Viens.
-Je m'en occupe.
-Je viens dans 5 minutes.
-Quoi ?
-Un dingue m'a prêté de l'argent et j'ai promis de jouer aux dominos.
-Il faut vous sortir de là.
-Je sais, mais je suis enfermé ici.
Attendez, une minute.
*Vous m'entendez ? -Hum hum.
Y a des recours ?
-La psychiatre, qui est une connasse,
m'a parlé d'un substitut du procureur.
-Oui, je vois. Attendez. Vous êtes à quel hosto ?
Je note.
-Ville Evrard.
*Pavillon Ile-de-France. -Je passe dans la journée.
-J'arrive.
-La psychiatre.
-Quatre huit. Il rit.
C'est pas gentil, ça. -LES PLATEAUX-REPAS.
-Ouais !
OUAIS !
...
Elle frappe dans ses mains. -Allez, allons-y.
Commençons.
-J'ai rien à dire.
-Vous vous souvenez de la règle ?
-La règle de la libre association.
Mais là, avec l'infirmier à côté, j'éprouve une grande honte.
-Allez, continuez.
-Ce matin,
j'étais assez content, j'avais enfin fait un vrai rêve,
un peu étrange, et je me faisais une joie...
une joie de vous le raconter.
-C'est très bien.
Allez-y.
-C'est-à-dire... Ca se passait dans une église,
une grande église gothique, c'était une cérémonie.
Une très grande foule se tenait au pied de deux échelles :
une très grande échelle décorée, une échelle d'apparat,
et une autre de taille plus modeste.
C'était une cérémonie de couronnement ou de régence.
Je ne sais pas.
Mais tous les citoyens avaient l'air réjouis.
Dans le choeur, sur la très grande échelle,
à mi-course et qui l'escaladait, il y avait la reine d'Angleterre.
Elle rit.
Elle était richement vêtue avec sa couronne.
Sur la petite échelle, il y avait ma 3e grand-mère,
dans un tissu à fleurs, les tissus de marché,
une robe de vieille dame.
Moi, j'avais douze ans et je me tenais
parmi la foule des citoyens
et je regardais ma 3e grand-mère qui escaladait son échelle.
Et dans le rêve, chacun des citoyens
pensait que chaque degré des échelles
représentait un degré de la connaissance.
J'imagine que vous êtes la reine d'Angleterre.
En venant ici, dans l'ambulance,
je pensais à ce rêve que j'allais vous raconter
et je me demandais ce que ça voulait dire.
Et soudain, j'ai réalisé que ça ne voulait rien dire,
que mon rêve n'était qu'une citation d'un poème de Yeats,
que mon inconscient avait fait des jeux de mots minables
sur une poésie irlandaise.
-Oui. Eh bien, vous pouvez en parler ici.
-Je pense que ce rêve n'est qu'une allusion
à un vers des "Animaux du cirque".
Mais je m'en souviens pas. -Essayez, quand même.
C'est un vers ambigu.
Les Français traduisent "lay down" par "j'agonise".
"J'agonise là où toutes les échelles partent."
Je n'aime pas cette traduction.
On peut traduire le même verbe par "je me repose".
-Oui.
-C'est bien mieux.
Yeats est vieux, il a perdu
l'échelle de son imagination, mais c'est pas grave.
Il se repose à l'endroit délicieux
où les échelles de l'esprit prennent leur départ.
C'est donc un poème optimiste.
-Vous avez raison.
-Mais c'est atterrant de rêver de traduction.
J'aimerais rêver de choses normales.
-Comme quoi ? -Rêver de mes parents,
comme les patients
dans les livres de Freud. -Oubliez Freud.
Ca vous évoque encore
quelque chose ?
-C'est un rêve d'impuissance, c'est une métaphore de l'érection.
Je ne peux pas monter à l'échelle, je suis fini.
Ou alors, dans mon rêve, je suis avec les autres citoyens,
parmi la foule, j'ai douze ans, je suis au pied de l'échelle et...
je peux regarder
sous vos jupes.
-Très bien. C'est tout pour aujourd'hui.
-Merci, docteur.
-Super. Vous êtes légalement dingue.
J'en ai jamais douté, mais c'est prouvé.
Les impôts, on va leur foutre au cul tout le bazar.
Mettez-vous la psychiatre
dans la poche.
Que faites-vous ?
-J'écris au substitut. -Ne merdez pas.
Cette HDT, c'est votre planche de salut, mes honoraires...
On les tient.
On va faire un truc rétroactif.
M. le juge, j'ai déconné, mais j'étais dingue.
On efface tout
et à nous la maille. -Moi, il faut que je sois blanchi.
-"Blanchi" ?
Les chèques sans provision s'entassent sur mon bureau.
J'ai deux agents du fisc au cul. Vous devez des sommes phénoménales.
Un nouveau chèque à votre ex-femme.
-Ca, c'est personnel. C'est pour la rentrée d'Elias.
-Quinze mille balles ! Vous lui payez des Mont-Blanc ?
Elle gagne 4 fois ce que vous avez, son mec est pété de tunes.
Professeur, vous êtes pauvre.
Je vais vous sortir de là.
-Vous avez prévenu le quatuor ? -Oui.
Votre soeur en signe beaucoup,
des papiers comme ça ?
-Je l'ignore.
-Parce que pour une HDT,
il faut la signature d'un tiers, plus deux certificats médicaux.
L'hôpital signe l'internement. Mais d'où vient l'autre médecin ?
-Je sais pas, mais merci pour tout ça.
-De rien.
Parce que moi...
je vois mal votre soeur que vous voyez tous les six ans
organiser la signature d'un médecin véreux.
Qui est l'ange noir qui l'a aidée ?
-Quelqu'un qui s'inquiéterait pour moi.
-Bonsoir. -Bonsoir.
-Merci.
-C'est quoi, ça ?
-Vous vous inquiétez pour moi ?
-Pas du tout.
-Ce serait peut-être
un ami que j'aurais qui s'inquiéterait pour moi.
-Vous avez
des amis ?
-Oh non !
-Alors qui a trouvé les deux médecins
et fait signer votre soeur ?
-C'est par là.
-Je voudrais pas vous emmerder, mais figurez-vous qu'en ce moment,
je suis au Subutex et ça me réussit pas.
-Vous avez une mine
de merde. -J'aurais préféré la Méthadone.
Je me disais : autant profiter de votre séjour ici.
Si on allait à la pharmacie ?
-Vous avez une santé magnifique.
Arrêtez la drogue
un moment.
Les médecins vous donnent rien ?
-Si, le Subutex. Je dois prendre 5 fois la dose pour me défoncer,
mais je me ferais bien une petite faveur.
-Qu'aimeriez-vous ?
Il rit.
Rires
-Vous êtes sûr que c'est là ?
-Je pense que c'est celle-là.
-Venez, venez. -Calmez-vous, s'il vous plaît.
-Merci.
J'aime pas trop le Rohypnol. -Maître, dépêchez-vous.
-Ventoline, Cortancyl...
De l'Halcion. Vous ne vous rendez pas compte.
Oh, Melleril.
De l'Artane.
-Ben, ça y est. -Attendez, de l'Atrarax. On y va.
Maître Mamanne. Je ne vous ennuie pas ?
Je voudrais vous demander le numéro de téléphone de l'hôpital
ainsi que le numéro du fax.
Vous êtes exquise, merci.
Votre petit nom ? -Nadine.
-Nadine. A bientôt, Nadine.
Tenez bon. Donnez-moi deux jours.
-A vous, M. Vuillard.
*Musique rap
...
-On peut garder Elias encore 5 ou 10 jours.
-Il faut que je l'emmène. Je veux lui parler maintenant.
C'est encore loin ?
-Non, non, à peine cinq minutes. Ils ont été pique-niquer.
-C'est bien.
-Vous allez l'emmener voir son grand-père ?
-Je peux pas.
Il a des tuyaux partout !
Excusez-moi. -C'est moi.
Vous voulez que j'aille le chercher ?
-Non, je vais le faire.
Vous auriez une cigarette ? -Oui.
-Merci.
Cris des enfants
...
-Je vais vous laisser.
-Je ne sais pas comment te dire...
-Pourquoi tu es venue ici ? -C'est à cause de ton grand-père.
J'ai été à l'hôpital hier et aussi aujourd'hui.
Il a une maladie grave.
-Il est mort ? -Pas encore.
Je te ramène à Paris.
-Non ! Je m'en fous !
J'en ai rien à foutre ! Je m'en fous !
Je m'en fous ! Ca-va-y-va.
Je m'en fous ! Ca-va-y-va.
Je m'en fous ! Ca-va-y-va, ça-va-y-va.
-Elias, reviens ! -Non !
*-Nora, vous me recevez ? -Oui.
*-J'ai réservé deux billets :
25-223
et 25-224. Il faut que vous alliez
au guichet d'Air France. Les hôtesses sont prévenues.
-A quelle heure est l'avion ?
*-Je ne sais pas,
mais c'est bientôt.
-Trouvez-moi les horaires.
-Je cherche.
Vous n'avez pas de bagage à enregistrer ?
-Non. *-Vous avez encore le temps,
mais dépêchez-vous car c'est le dernier vol.
-Donnez-moi les horaires. Tu m'attends ?
L'avion pour Paris. Je n'ai pas les horaires.
-Désolée. L'embarquement est terminé.
-Ah. Ils disent que l'embarquement est terminé.
*-Vous l'avez raté ?
Je trouve un train.
*Il y a des trains au départ de Grenoble.
-Oui, mais l'aéroport est très loin de Grenoble.
*-Oui, je sais, mais repartez à Grenoble.
Je vais vous trouver des horaires de train.
Ca y est, j'ai les horaires.
Il y a un départ à 19h30,
à la gare de Grenoble. *-Trop tard !
*-21h12. -Je n'y serai jamais.
J'ai perdu une heure.
*-Ne conduisez pas vite.
-Vous avez le numéro d'Ismaël ?
*-Non, pas encore.
-Viens, vite.
Vite, vite, vite, vite ! Allez, on court !
Viens, viens. Madame ?
Le dernier train pour Paris ?
Celui de 21h12 !
-Il est déjà parti, madame.
*-Vous ne pouvez pas dormir sur place ?
-Je dois être à Paris, ce soir même.
*-Je peux vous trouver une chambre d'hôtel.
Demain, vous prenez le 1er avion.
-Je rentre en voiture, cette nuit.
Mais je dois être à Grenoble demain.
Réservez-moi un billet Paris-Grenoble.
*-On vous réservera les billets nécessaires.
Vous devriez trouver un hôtel. -Fermez votre gueule, Claude !
*-Oui. -Excusez-moi.
-Vous avez joint Ismaël ?
*-Non. J'ai essayé les deux numéros.
Il semble qu'il soit hospitalisé, mais je ne sais pas où.
-Passez-moi mon mari.
*-Oui ?
-Ce salaud d'Ismaël a disparu, il s'est encore défilé.
*-T'en fais pas.
Je vais le retrouver. T'es pas trop fatiguée ?
-Non, ça va.
Son grand-père était tout
pour Elias. -J'ai trouvé une nurse
qui est très bien.
Elle dormira ici à partir de demain et elle s'occupera d'Elias.
Je pourrais les emmener à la mer.
*Tu nous rejoindrais.
-Il ne t'aime pas ! Je dois retrouver Ismaël.
*Il n'a plus un homme auprès de lui.
-C'est une question de quelques heures.
-Je suis toute seule.
Tu ne sais pas ce que c'est que d'avoir eu un enfant seule.
Je ne veux pas que mon père meure à l'hôpital.
-Je le laisserai pas à l'hôpital.
-C'est la meilleure heure. On a la paix.
C'est intime.
-Vous devriez aller vous coucher. Il est deux heures du matin.
-Je suis pas fatigué.
-Vous avez pris vos cachets ? -Oui, mais ça me fait rien.
C'est pour les filles.
-Quelle santé !
-Oui.
-Il y a des nouveaux arrivages ? -C'est confidentiel.
-Des filles ?
-La Chinoise.
-C'est qui, la Chinoise ? -La Chinoise.
-C'est qui ? -Une habituée.
L'ambulance l'a amenée.
-Elle est jolie ?
-Pas mal.
-Je vais aller voir.
-Ca va ? T'es pas trop fatigué ? -Non, non.
-Tu dormais comme un petit chat.
Je t'ai pas fait peur quand j'ai crié ?
-J'ai pas eu peur.
Elle rit.
On est arrivés à Paris ? -Non, pas encore. Bientôt.
Mange pas du chocolat avant de manger ta salade.
-J'adore. -Oui, mais c'est nul comme repas.
Je suis une mauvaise mère.
-La chambre 212 ?
-Oui.
Je peux vous prendre une cigarette ?
Vous vous êtes coupé les veines ?
-Oui.
Ca fait un peu conne. -C'est triste.
Vous êtes jeune.
-C'est ma cinquième T.S. Mais c'est des appels au secours.
Inaudible
-Quelqu'un vient ?
-Pas trop. Mes parents, le SAMU.
Vous, vous êtes fou ?
-Moi, c'est une erreur
judiciaire. -Vous en voulez ?
Ils m'ont pas fouillée.
-Vous m'avez pas l'air folle.
Et j'en connais un rayon.
Vous avez l'air soucieuse.
-J'ai été idiote avec le psychiatre. Mes réponses étaient nulles.
-Moi non plus, ça s'est pas bien passé.
-Je rate au moins une semaine de cours.
-Vous étudiez quoi ?
-La sinologie. J'apprends le chinois.
-Ca marche ?
-Non, je rate mes examens consciencieusement.
-Et vos parents ?
-Je vis à leurs crochets, ils m'ont loué une chambre.
Je suis tout leur espoir et je fais tout pour les décevoir.
Et vous, vous faites quoi ?
-Je suis altiste.
-Dans un orchestre ?
-Non, j'ai pas l'esprit de groupe.
-Ah bon. Et c'est bien, l'alto ?
-Oui, c'est varié.
-Faites voir vos mains.
On dirait pas un violoniste.
-J'ai les mains de mon père.
-Vous voulez pas qu'on se tutoie ?
-Pas trop, non.
On va commencer par se tutoyer
et après, vous allez me tirer par la bite.
Du coup, on va coucher ensemble...
J'ai pas la force d'avoir une histoire
avec une femme, surtout de votre âge.
-On se vouvoie alors ?
-Ben, c'est mieux.
-Docteur Vasset ?
-Mme Cotterrelle, bienvenue.
Venez.
Vous connaissez bien Ismaël ? -Oui.
-C'est quel genre d'homme ?
-J'aurais voulu un frère comme lui.
Où sont les toilettes ?
-Là. -Merci.
...
-Que viens-tu foutre ici ?
-Je suis venue à cause d'Elias.
-Non. Non.
-Oui.
-Pourquoi ne pas demander à ton nouveau mari ?
-Elias t'aime énormément.
-Oui, mais tu vas en épouser un autre
dans 15 jours, ton gangster, et je suis enfermé ici comme dingue.
J'ai pas le droit de sortir.
Ma puce, je ne comprends pas.
Tu me lourdes et tu viens demander à un ex-amant d'adopter ton fils.
On divorce, là ! -Non. On n'a jamais été mariés.
-Ne sois pas scabreuse, c'est pareil.
-Si je mourrais maintenant, il n'aura plus aucune famille.
-Il aura toujours sa tante.
Il ne t'arrivera rien.
T'as l'air très bien.
-Tu as été son père de 2 à 8 ans.
Il parle toujours de toi. Tu l'as bordé chaque soir.
Tu lui as appris à faire des blagues,
à parler et à écrire.
Tu connais
beaucoup d'enfants qui disent : "Je vais préparer mes impedimenta" ?
Tu lui téléphones jamais. -J'aime pas ça.
C'est chiant d'appeler les enfants.
-Je voudrais que tu sois son père. C'est juste un papier à signer.
-Il fallait me le demander il y a un an.
-Hop ! Hop-là ! Viens essayer de monter.
-Tu viens avec moi.
-Et puis là,
ça tombe mal.
J'ai pas le droit de signer un papier.
-Il l'appelle systématiquement "monsieur".
Quand Jean-Jacques lui offre des cadeaux,
il ne joue pas avec.
Jean-Jacques est très patient et responsable.
Très différent de toi.
-Vous vous entendez bien au lit ?
-Il n'est pas porté sur la question.
De ce côté-là, je suis tranquille.
Il fume un peu. -Il fume ?
-Du shit. -Ah.
-Oui. Il reste allongé. Voilà.
Quelques fois, il prend de l'héro et je l'accompagne.
On baise évidemment parfois, mais ce n'est pas central.
-Tu dis "baiser", maintenant ? -Quoi ?
-"Baiser parfois." Tu utilisais jamais ce mot avec moi.
C'est lui qui parle comme ça ? -Je trouve tes périphrases puériles.
-Quelles périphrases ? -Dormir, toutes ces conneries.
Maintenant, je dis "baiser".
-Et alors, quand vous baisez, c'est comment ?
-Il jouit assez vite. Moi aussi.
C'est très différent d'avec toi. C'est plus simple.
J'imagine que tu dois trouver plein de petites gourdes dépressives
pour t'amuser.
-Certainement.
-Qu'est-ce que tu veux de moi ?
-Je voudrais que tu restes enfermé ici toute ta vie
et que tu paies pour tes péchés.
-Si j'étais restée, tu te serais lassé de moi.
J'avais 33 ans.
C'est jeune pour un homme, mais moi, je suis déjà vieille.
-Qu'est-ce qu'elle est belle !
-Oui, elle est pas mal. -Vous l'aimez encore ?
-Non, je ne crois pas.
-Ca me fait de la peine. Je ne serai jamais comme elle.
Mais elle a l'air assez con.
-Tu veux pas que je t'accompagne ? Je repartirai demain, vers midi.
-Non. Je préfère m'installer seule, sinon ce sera plus dur après.
-Je sais que le moment est mal choisi, mais tiens.
-Elle est belle !
-C'était pour le mariage.
Je pensais te l'offrir à ton retour.
Tu veux qu'on repousse les dates ?
-Non. Les bans sont déjà publiés.
-D'accord, mon coeur.
-Madame Nora ? Bonjour. Je suis madame Seyvos.
-Bonsoir.
-Je vais m'occuper de votre père.
-Ca va, ça va. Merci.
*Musique jazz
...
-Je le fais bien.
...
Je le fais trop bien.
...
Chinois
-Quoi ? -Non, rien. J'ai compté de 1 à 10.
-Ah bon.
-Oh !
-Bonjour.
-Bonjour.
Vous ne vous souvenez pas de moi ? Virag.
L'éditeur de votre papa.
-Ah oui. Excusez-moi.
-Louis vient d'arriver. -Oui.
Il n'est pas en état de recevoir de visite.
-Je veux lui dire deux mots. C'est très joli.
Je le regardais
en vous attendant.
Une belle couverture de livre.
-Je lui avais ramené de Paris.
-J'ai apporté les épreuves de notre prochain livre.
C'est merveilleux.
C'est un écrivain merveilleux. Il faudrait qu'il le termine.
-C'est un roman ? -Ah non.
C'est une sorte de journal. C'est le 3e volume.
Vous savez où il range ses cahiers ?
-Je ne peux pas fouiller
dans ses affaires.
Pour ma soeur et moi, son bureau était sacré.
-Bien sûr. -Il est mourant.
-Mais il voudra finir son année 2001.
Tenez.
Vous lui remettrez ça.
Allez, vaillance, mademoiselle.
Je vais le saluer.
-Les hommes ont toujours profité de moi.
C'est terminé.
-C'est des bonnes résolutions.
-Les suicides, l'anorexie, c'est fini.
Je coucherai avec vous contre des cachets.
-Quoi ?
-Le Tercian, c'est sinistre, et le lithium me fait rien.
Avant, j'aimais le Motival, mais c'est interdit.
-Si ça ne marche pas le chinois, vous pourrez faire pharmacie.
-Je serais trop forte.
Elle bâille.
Et alors ?
-Alors,
mademoiselle.
-C'est votre fils ou votre neveu ? -Mon fils.
-Votre papa m'a demandé de mettre sa photo à son chevet.
Il est joli.
-Tu te souviens que Virag est passé ?
Il a dit que tu voudrais corriger ton journal.
-Je sais.
L'intubation est douloureuse.
Ca fait mal au larynx.
Mais maintenant, vous respirez mieux.
Dès la visite du médecin,
je vous extuberai, plus tard.
-Papa. Lâche-moi.
Arrête.
Arrête. Il me fait mal.
-Monsieur, s'il vous plaît.
S'il vous plaît, monsieur.
-Bon. -Bon.
-Qui est-ce qui va où ? -Mademoiselle...
Non.
Il faut que je lève le pied.
-D'accord.
Je suis trop maigre ?
-Quoi ?
-Vous me trouvez trop maigre.
Les seins, les fesses, vous préférez les grosses.
-Vous êtes bien.
-Vous préférez les grosses.
-Oui.
-Bonsoir.
...
-Louis ?
Louis ?
Louis ?
-Oui ?
-Tu t'es levé tout seul.
-Tu n'arrives pas à dormir ?
-Non.
Tu finis ton livre ?
-Je corrige.
-Tu devrais te reposer.
-Il faut que j'envoie un mandat à ta soeur.
-Oui, je sais.
Je lui ai parlé. Elle va venir.
-Elias est à Paris ?
-Oui.
J'ai demandé à Ismaël de l'adopter.
-Je t'ai appris à ne pas montrer tes sentiments.
-Oui.
-J'ai peur d'avoir mal.
-Tu vas guérir. -Hum hum.
*Musique soul
...
-"En ce temps-là, j'étais adolescent
"J'avais 16 ans Et j'avais oublié mon enfance
"J'étais à 16 000 lieues
"du lieu de ma naissance A Moscou, dans la ville
"des mille et trois clochers et des sept gares
"Mon adolescence était si ardente et si folle
"Que mon coeur brûlait Comme le temple d'Ephèse
"Comme la Place Rouge Quand le soleil se couche
"Et mes yeux éclairaient des voies anciennes
"J'étais si mauvais poète...
Où tu vas ? -Me coucher.
-Tu restes pas ?
Je sais que tu es là. -Salaud.
-D'accord. Dors bien.
A tout.
...
Quelqu'un frappe à la porte. -Non.
-Ouvre.
-Non.
-Allez, ouvre. -Non.
Non.
Je ne veux pas. Tu n'avais qu'à prendre tes clés.
-Il est 3h du matin.
-Tu m'abandonnes pour tes amis. Tu es complètement irresponsable.
Tu n'es pas un homme. Tu es un enfant narcissique.
-Oui, je suis un enfant.
Toi aussi, tu es une enfant. Tu es en colère depuis des mois.
Je m'excuse de rentrer si tard.
-Je suis enceinte. T'avais pas le droit de me laisser.
-C'est absurde.
Ecoute. Si tu n'ouvres pas, je vais défoncer la porte.
-Non. Je te l'interdis. -Alors, ouvre-moi.
Je vais passer par la fenêtre.
La fenêtre est ouverte.
Si tu n'ouvres pas, je vais enjamber le balcon.
D'accord ? -Tu vas tomber.
-J'y vais. -Non.
Je te l'interdis. Bris de verre
Tu es en enfer, Pierre. Je suis ton cauchemar.
Tu es crevé
et tu es en enfer, et je suis ton cauchemar.
-T'es dingue ! Dégage !
-Tu rêvais de quoi ?
-Arrête de me torturer.
C'est une bonne nouvelle que tu sois enceinte.
C'est pas une maladie. T'es enceinte de deux mois.
Tu attends un enfant.
Que veux-tu que je fasse ? Je bosse 14 heures par jour.
Je m'occupe de tout et tu me réveilles chaque nuit !
Tu me fais chier, tu me susurres tes horreurs,
à verser ton poison dans mes oreilles !
On ne se connaissait pas
il y a 6 mois. T'étais tellement belle.
On a couché ensemble et tu es tombée enceinte.
C'est bien. Tant mieux.
On fait comme tu veux, mais fous-moi la paix !
-Les voisins.
-Je m'en fous, des voisins. -Tu te répands.
C'est affreux. Je ne veux pas être ton alèse.
-Tais-toi.
Tu es une dingue. Je ne t'en veux pas,
car tu es dingue.
-Tu n'assumes rien.
Tu te conduis comme un lâche dans tout.
Tu m'ignores.
Et tu habites chez moi.
-Tais-toi. Tu me tues. Tu vas fermer
ta gueule !
-Non. -Tu vas la fermer.
-Non, je ne veux pas.
-Je veux dormir.
Ferme ta gueule !
-Que fais-tu ?
-Je deviens fou.
-Que fais-tu ?
-Regarde.
Regarde ce que je fais.
Je veux dormir.
Je vais me tuer.
-Tu n'oseras pas.
Arrête. -Tais-toi !
Tais-toi !
-Tu n'oseras jamais.
-Regarde.
Tais-toi.
Coup de feu
Murmures -Appelez une ambulance.
Mon ami va mourir.
Appelez une ambulance.
Mon ami va mourir.
Aidez-moi.
Aidez-moi.
Remous d'eau
...
-Tu vas pouvoir dormir. Il est 5h30.
A toute à l'heure.
Nora ? -Oui, papa ?
-Tu savais que Pierre avait un révolver ?
-Non, je ne savais pas.
-Tu ne l'as pas entendu le prendre ? -Je dormais.
Il était rentré tard.
-Comment a-t-il fait pour rentrer ? Il n'avait pas les clés.
-Je sais pas.
Peut-être que je n'ai pas entendu.
-C'est un deux pièces.
Il doit y avoir six mètres de la porte jusqu'à ton lit.
-Je n'ai pas ouvert, car j'étais énervée.
-Et ensuite ?
-Je ne sais plus.
Il a été à son bureau.
Peut-être que je me suis rendormie.
Le coup de feu m'a réveillée.
-Tu ne savais pas qu'il avait un révolver caché dans un tiroir ?
-Non.
-C'est un accident.
J'ai dit à la police qu'on irait remplir les papiers, demain.
Dors bien, ma petite.
...
Des voisins vous ont peut-être entendus.
Mieux vaut dire à la police que tu n'as pas voulu lui ouvrir,
qu'il est passé
par la fenêtre.
Vous vous êtes disputés et tu t'es endormie.
Tu ne savais pas qu'il avait un révolver.
-Papa.
Il y a peut-être mes empreintes sur le révolver ou sur le tiroir.
Parfois, on jouait avec.
-Je suis passé à l'appartement, j'ai tout essuyé avec un torchon.
Il n'y aura plus d'empreintes. Tu ne savais rien.
C'est un suicide.
...
Elle pleure.
...
-Madame ?
Madame ?
Madame ?
-Laissez-moi.
Laissez-moi.
-Madame ? -Non, allez-vous-en !
Pleurs
Laissez-moi.
...
Laissez-moi.
Laissez-moi.
...
Ne me touche pas. Tu ne savais rien de ça.
Tu me regardais
avec compassion,
comme ces gens qui me plaignaient, alors que je taisais ma culpabilité.
Il grogne.
C'est mille fois pire de mentir tout le temps,
pendant sept ans. -Bien sûr.
Cris
...
-Vas-y, viens.
-Je supporte pas le regard de tes parents.
Je ne te demande pas de me plaindre parce que je l'ai assassiné.
-Tu ne me fais pas horreur, même si tu l'avais fait.
-Si je l'avais tué, mon coeur aurait saigné.
-Non, je le tiens
dans ma main.
L'occasion était tentante. Une meurtrière !
Elle en a déjà tué un, mais moi, je vais survivre.
Quel con j'étais !
-Dès qu'une femme représente
une menace, vous tombez amoureux d'elle.
-Elle avait besoin d'aide.
-Vous avez du mal à donner tort à une femme.
N'est-ce pas ? Auriez-vous trouvé
autant de charme aux aveux de Nora si elle avait été moins jolie ?
-Je pense que oui.
-Je vais poser la question autrement.
A qui trouveriez-vous le plus d'excuses :
à une fille laide ou à une jolie fille ?
-J'aurais tort de me fâcher plus contre la laide que contre la belle
si elles ont fait la même chose.
-Qu'est-ce qui vous empêchait
de vous opposer à Nora ? -On a eu des engueulades.
Ce qui compte,
c'est avec qui je vis. -Ce n'est pas installé, ici.
-J'ai pas eu le temps. -La violoncelliste.
-Oui, j'ai couché avec.
-Je dois protéger mon fils.
-Ton fils, il m'aime, toi, tu m'aimes, c'est comme ça.
-Ca me brise le coeur.
-C'est mon coeur que tu brises !
Reste ! -Je ne peux pas !
-T'as pas eu Elias avec une sainte colombe
qui t'est rentrée dans le cul !
Arrête de jouer à la sainte
en te servant de ton fils comme d'un rempart !
-Pardon.
-Mais vous finissiez toujours par vous excuser.
-Oui, ma vie est un échec.
-Pourquoi ça ?
-Quand même, docteur, l'hôpital, je viens vous voir en pyjama,
je dois 700 000 francs aux impôts, je dois faire signer mes papiers
par mon père. C'est pathétique.
-Très bien, à jeudi.
-Merci.
-Au revoir. -Au revoir.
Nora m'a demandé d'adopter son fils.
-Il est hors de question que vous adoptiez Elias.
-Chloé...
je t'assure, il fond, c'est affreux.
Il a perdu 12 kilos en trois jours. Il fond sous mes yeux.
Il faut que tu viennes.
Pleurs
Il a mal.
...
Il demande des piqûres de plus en plus fortes.
-Bonjour, Arielle. -Bonjour.
-Salut, Arielle. -Salut.
-Bonjour. Tu veux du thé ? -C'est pas pour moi.
Je voudrais bien un plateau pour M. Vuillard : café, croissant.
-Je te donne ça, en plus. -Merci.
Bonjour.
...
-Votre avocat est enthousiaste.
-Il est très dévoué.
-C'est un homme charmant, plein d'énergie.
-Je l'aime beaucoup. -Bien.
Vous avez des projets ?
-Je dois retrouver
mon quatuor. Il y aura des enregistrements.
-C'est important.
Tenez. -Vous savez ce qu'il y a dedans ?
-Oui, je l'ai cosignée. -Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je ne peux pas vous le dire. Vous devez l'ouvrir tout seul.
-Je préfère l'ouvrir dehors, tout à l'heure.
-J'étais comme vous.
Je prenais un malin plaisir à ne rien comprendre aux paperasses.
Et j'ai dû m'y mettre.
C'est pas si difficile. Vous devriez l'ouvrir.
-Je peux sortir ?
-Oui, vous êtes libre. -Comment, là, maintenant ?
-Oui, là, maintenant.
Allez débarrasser votre chambre. Ce sera fait.
-Vous êtes très jolie.
-Je l'ai entendu souvent. -Je vais reprendre mes affaires.
-Maître Mamanne vous attend à la sortie.
-C'est merveilleux. -Bon courage, monsieur Vuillard.
-Alors ?
-Alors je suis libre.
Je reprends mes impedimenta.
-C'est super.
Je vous aimerai mieux que vos autres femmes.
-Vous devriez peut-être vous méfier un peu de moi.
-Vous êtes pas compliqué.
Vous me faites pas peur.
Tant que je suis pas en faillite, je suis pas encore amoureuse.
-Merci pour tout.
Au revoir. Au revoir.
Merci. Salut. -Salut.
-Bonsoir.
Arielle, Arielle, Arielle.
-Oui, oui. -Je t'appellerai tous les jours.
Je te donnerai des nouvelles de la vraie vie.
Et je te délivrerai. -Oui, oui !
-Libre.
Vous les reconnaissez ?
-Ne me jouez pas un jeu à la con. Non, je ne sais pas qui ils sont.
-Mercier et Landeau.
-Les salauds !
-Il est gros.
Il mange tout le temps.
Je crois que j'ai un peu merdé.
J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
Votre appartement a été saisi.
-Et ?
-Je ne sais plus.
J'ai ramassé des trucs.
-Le certificat de la psychiatre.
-Ca y est.
-"Ca y est", quoi ?
-Ca y est, on a le papier.
Vous êtes pur dingo, certifié cacher pour tout 1995.
Et signé par le Beth-Din de la psychiatrie de Paris.
Ils sont coincés. On a saisi votre appartement.
Le tribunal va vous le restituer.
-Je suis fou ?
-Oui. Enfin, non.
En 1995. Et vos dépenses ne peuvent pas nous être imputées.
-Ah bon ?
Et maintenant ? -C'est-à-dire ?
-Le fait que je sois fou ?
-J'imagine qu'il faudrait une contre-lettre de votre soeur.
-De ma soeur ?
-La folle.
-Elisabeth ?
Elisabeth ?
-Que fais-tu ici ? -Je suis sorti de l'hôpital.
Salut, Nico. -Salut.
-Je viens vous rassurer. -On est quand même un peu pressés.
Ils m'ont coffré dix jours. -Oui.
-Il fait froid, non ?
Je t'ai amené une contre-lettre.
-Tu ridiculises le nom de la famille.
C'est Christian qui m'a prévenue. -Christian ?
-Il paraît que t'as fait des excès,
que t'es sorti déguisé sous la pluie avec ton alto Amati.
Christian m'a demandé de signer... -Viens, mon amour, viens.
-Pourquoi t'aurait-il
demandé ça ? -Je veux pas en parler.
J'y vais.
Tempête, coups de tonnerre
...
-Il a écrit toute la nuit. Il a fini.
Il m'a demandé de le remettre à M. Virag.
-Je sais. Comment il va ?
-Il recommence à désaturer.
J'ai dû le remettre sous oxygène.
Votre père a pris beaucoup de morphine.
Tellement que s'il monte
encore la dose, ça le tuera.
-Il va falloir le sevrer.
On va arrêter la morphine pendant 2 ou 3 jours,
le temps qu'il décroche un peu.
Ensuite, on pourra
recommencer avec des doses plus légères.
-Je ne veux pas qu'il ait mal. De toute façon, il est condamné.
-Vous ne pouvez pas dire qu'il est condamné.
Il est très malade, mais il est vivant.
-Vous ne pouvez pas le sauver. Il a tout le temps mal.
Il a peur, il a tellement peur
de mourir. -Ca fait très peur.
-Qu'est-ce que je peux faire ?
-Vous pouvez être sa fille et espérer un miracle.
-Quoi ?
Il y a des miracles pour les cancers du ventre ?
-Vous pouvez prier très fort pour qu'il y en ait un.
-Je dois prier ?
-Vous ne devez pas, mais que voulez-vous faire d'autre ?
-Vous, vous faites des prières ? -Non.
Moi aussi, j'espère de toutes mes forces
qu'il va se passer quelque chose d'impossible, de magique.
Et comme ça, pendant que votre père
se bat contre la maladie vous, vous priez très fort.
-Je ne peux pas supporter de le voir souffrir pour rien.
...
-Christian ?
Salut. -Bonsoir.
-T'es encore au studio si tard ? -Ben oui.
-Excuse-moi pour le lit de camp,
mais le fisc m'a pris mon appartement.
Désolé pour la semaine. Ca a été, les enregistrements ?
-On a dû te trouver un remplaçant.
-Très bien.
Je dois te remercier. C'est toi qui as appelé
ma soeur.
Elle m'a fait interner. Tu connais Elisabeth,
elle y va un peu fort.
-Je lui ai conseillé l'hospitalisation.
-Ah, je suis touché.
Tu t'es inquiété. J'ai eu, c'est vrai,
un passage à vide dernièrement, mais là, je vais mieux.
J'ai pas dû être facile
à porter tous les jours.
Je vais me remettre au travail.
-Je me soucie pas de ta santé.
-Ah bon ?
-C'est que je peux plus te supporter depuis longtemps.
-Depuis quand ? -Une dizaine d'années.
Il rit.
Après ta rupture stupide avec Nora, j'ai décidé de te virer
de mon quatuor.
Parce que j'ai dû supporter ta suffisance, ton mépris,
ta négligence,
tes allures de génie.
L'alto si brillant et précoce.
Génie, mes couilles ! Tes états d'âme...
Tout ça pendant tellement d'années.
J'ai fait bonne figure. J'étais le 1er violon, mais effacé,
ton associé fidèle,
ton cousin éperdu d'amour et d'admiration.
Et après ta rupture, j'ai eu souvent Nora au téléphone.
-T'as eu Nora au téléphone ?
-Et puis quand j'ai vu comment elle s'était épanouie sans toi,
toi qui l'avais étouffée,
je me suis dit que je valais bien autant qu'elle,
que je méritais de gagner.
J'ai fait le projet de te virer une fois pour toutes de ma vie.
-Pourquoi "mon quatuor" ?
-Tu es tellement présomptueux.
-Je suppose que je vais y aller.
Je vais reprendre mon alto.
-Ton alto ? Non, c'est la fondation qui te prêtait l'instrument.
Excuse-moi une seconde.
J'enregistre.
C'est au cas où.
On ne prête pas un instrument de 4 millions de francs à un fou.
Ton remplaçant
en prendra soin avec respect.
-Bonsoir. -J'oubliais.
Ton poncho, il est au pressing.
Bonsoir.
-Allô, maman. Oui, c'est Ismaël.
Oui, je suis sorti. Ils ont été gentils.
Vous avez toujours mon violon,
mon violon de conservatoire ?
Ah, eh bien, j'en aurai l'usage en fait.
Je vais vous rendre visite. Je t'embrasse.
-Putain !
"Et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie."
-Et je vous l'éteins où ? -Le bouton, là, au-dessus.
-Vous embrasserez Rachel.
-Quand avez-vous constaté le décès ?
-3h46,
cette nuit.
-Cause du décès ? -Basse tension, arrêt respiratoire.
Monsieur Jenssens était en phase terminale.
-Morphine ?
-Non. Diprivan et Hypnovel.
-C'est vous qui l'avez aidé ? -Non. C'est elle qui l'a fait.
Elle dort dans le salon.
La petite, elle n'avait pas dormi depuis trois jours.
-Madame ?
Madame ?
Bonjour.
Ils vont emporter le corps.
-"J'avais promis que la grande inondation
"ne submergerait plus la terre.
"Je promets de ne plus m'irriter contre toi
"et te menacer.
"Même si les montagnes venaient à changer de place,
"même si les collines venaient à s'ébranler,
"mon amour pour toi ne changera jamais,
"et mon engagement
"d'assurer ton bonheur
"restera inébranlable. C'est moi, le Seigneur,
qui te le dis, moi qui te garde ma tendresse."
-Tu l'as débranché parce que t'es un monstre.
-Tu n'étais pas là. -Je t'ai dit que j'arrivais.
-Il agonisait depuis trois jours.
Fracas
-Quel droit avais-tu ?!
-C'est facile pour toi. Tu fais la folle,
tu n'es jamais responsable.
Tu n'as pas parlé aux médecins. C'est moi qui fais les choses sales.
Papa ne pouvait pas rester seul et moi, j'étais perdue.
Toi, tu n'as pas vu comme il souffrait.
Je pensais que c'était la meilleure chose à faire.
-Oui.
-Il pesait quarante kilos, il était tout jaune.
Je voulais pas qu'il souffre.
Il était comme un enfant. Je voulais le protéger.
-Tu te souviens, ça ? -Oui.
-Oh, la honte !
T'as fait la chambre de papa ? -Non, j'y vais.
La porte claque.
-"Ma petite fille chérie,
"tu as été d'un égoïsme monstrueux.
"Je pense que c'est un peu de ma faute
"si tu es devenue ce que tu es.
"Je voudrais ne pas t'aimer,
"mais des deux filles qu'on a eues, ta mère et moi,
"tu étais la plus jolie.
"Tu avais besoin de me séduire,
"et j'avais besoin d'être séduit.
"J'étais très seul, ta mère était souvent à l'hôpital,
"et ça t'a rendu la partie facile.
"Je t'ai follement aimée.
"Toutes ces années.
"Ta soeur s'est renfermée
"et toi, tu t'es épanouie.
"Chaque jour, plus agressive, plus insolente, âcre, froide,
"superficielle.
"Mais je n'ai pu m'empêcher de te chérir.
"Maintenant, j'ai une colère contre toi
"que je n'arrive pas à éteindre, alors que mon corps est en lambeaux.
"Je brûle de colère
"devant ta rébellion mauvaise.
"Je suis coupable. C'est moi qui ai poussé
"ma petite fille à être fière.
"Et j'avais tellement aimé ton orgueil...
"Comme du lait caillé, ta fierté a tourné en une vanité aigre.
"Ton orgueil est devenu
"une coquetterie stupide.
"Aujourd'hui, tu es une outre d'amertume,
"mon enfant, comme moi.
"T'es bien ma fille.
"Derrière ton rire sec, crois-tu que je n'entends pas
"comment tu jouis ?
Tu jouis parce que l'orgueil rend faible,
"mais que ton amertume te donne une force terrible.
"Toi, tu étais toute soumise
jusqu'à ce que je découvre derrière ta soumission,
"une volonté et une envie
"qui me plongent dans la terreur.
"Je te crains.
"Je te hais,
"ma petite fille.
"Je suis en train de mourir
et je trouve ça injuste que je meure et que toi, tu vives."
-Qu'est-ce qui se passe ? T'es toute rouge.
-Non, non, ça va.
-"Je voudrais que tu aies mon cancer,
et avoir du temps pour te pardonner après ta mort."
-Les déménageurs viennent quand ? -Demain.
-"Je meurs dans la colère.
"Je ne supporte pas que tu me survives.
"Je voudrais que tu meures à ma place.
Ce n'est pas possible."
-Et Jean-Jacques ? -Il revient demain pour...
pour tout emmener.
Tu viendras avec nous ? -Oui.
-T'es venu me chercher.
-Collargol. -La classe pour toi.
-Avec ton chapeau. t'as l'air d'un galérien.
-Ca va, man ?
-T'as l'air en forme.
-Oui.
Pourquoi tu travailles aussi tard à ton âge ?
-Au rythme où ça va,
si on restait pas ouvert si tard, on mettrait la clé sous la porte.
-Et maman ?
-Elle est à la maison. Elle fait l'ouverture...
Bonsoir. -Bonsoir.
-Heureusement,
ton cousin Simon nous aide
merveilleusement.
Rires
-C'est Tchernobyl.
Regarde le look.
-Y a pas de bière ?
-Pas d'alcool, ici. Il y a des sodas.
Rires
-C'est quoi, ce faux magasin ? -Des sodas.
-Tiens, papa.
Tu signes là.
T'es sûr pour l'adoption ?
-Oui. -Le petit Elias.
-J'en suis sûr.
-Tu veux une coupe ?
Pas de bière ?
Y a rien dans ton magasin ?
-En tout cas, il y a pas de bière.
-Pas de Despé, rien ?
Rien ?
Pas de bière,
que dalle.
File-moi ta caisse.
File-moi ta caisse.
Donne ta caisse.
-Allez, péquenot.
-Repose ton cul.
Toi, me regarde pas !
Baisse tes yeux !
File-moi ta caisse !
Arrête de sourire.
Joue pas au con avec moi.
Recule, ferme ta gueule !
Arrête, arrête d'avancer !
-Regarde, regarde.
Cris -Arrêtez, putain !
-Papa, arrête ! Ils ont des pistolets.
-Je vais te fumer.
-Je vise les couilles.
Rends-toi service.
Voilà.
-Pose pas le flingue. Reviens, Max !
Coups de feu
Marcello, ça va ?
-Oui, ça va ! T'inquiète.
-Monsieur,
ma jambe est un peu cassée.
-Hé, fils, y a ton camarade
qui est blessé. -Dégagez, dégagez !
-Et l'autre, il est parti. On a les deux pistolets.
Tu es seul.
Coup de feu
-C'est bon, là !
Coup de feu Dis-leur de bouger.
-T'as aucune chance.
Tu vas faire
glisser ton arme et je te laisse sortir.
Il faut que t'emmènes ton gars aussi.
Il peut pas bien marcher.
Ah ben voilà.
Pas de regret.
-Merci. Au revoir, monsieur.
-C'est fini.
-Faut que tu fermes ce magasin !
-Faut pas que tu te fasses de souci. -Ah bon ?
-Ta soeur a toujours été nerveuse. -Oui.
*Musique rap
...
Cloche
-Ils arrivent.
-Votre mère et moi,
nous voulions vous consulter.
Ca fait environ vingt ans
que votre cousin Simon vit ici et j'ai été très fier
de votre accueil
après la mort de sa maman.
Simon n'est toujours pas réconcilié avec son père.
-Il veut le déshériter.
-Son père n'a pas grand-chose.
...
On commence à se faire vieux.
Et ce serait bien de régulariser tout ça
avant ma mort.
-Abel. -Alors voilà.
Je pense à adopter Simon légalement.
-T'es déjà le tuteur de Gilles.
-Ma chérie, Gilles, c'est tout à fait différent.
Là, il s'agit d'une adoption simple.
Simon a un père. Ta mère et moi,
on lui répète souvent : ce n'est pas une adoption plénière.
-Pourquoi alors ?
-Avec son père, ça n'a jamais marché.
-On voudrait lui laisser quelque chose
et on avait pensé
partager en cinq.
Si vous êtes d'accord.
-Delphine ?
Fidèle ?
-On va pas adopter la terre entière parce que les gens s'entendent pas.
-Simon n'est pas n'importe qui.
-Tu t'es pas demandé si nous aussi on avait des besoins...
Regarde-les. Au lieu de donner notre argent au premier venu ?
-POURQUOI PAPA L'ADOPTE ? C'EST SA MERE QUI EST MORTE.
-Tu trouves pas que tu exagères un peu ?
Papa fait simplement un geste. Simon est comme notre frère.
-De quoi tu parles, toi ?
Tu te conduis comme un frère ? -Il est là depuis ses 14 ans.
Il a des problèmes financiers. On est tous au courant.
-Non, mais je rêve.
T'as jamais eu le sens de la famille et tu nous fais la leçon.
...
Adoptons le type du lycée que maman aimait,
Nounours, tant que vous y êtes.
-C'EST PAS NOTRE COUSIN.
-Nounours est épatant et il essaye de s'en sortir.
-C'est le plus gros dealer de Roubaix.
-Il s'en sort
comme il peut. On a tous trouvé du réconfort dans une drogue.
Le café,
le chocolat...
...
...
-Qu'as-tu fait ?
Tu t'es brûlée ? -Non, non, je sais pas.
-Ca te fait mal ? -Non, non, je ne sens rien.
-C'est comme ça depuis quand ? -Je l'avais pas vu.
-C'est rien.
C'est fini.
-Je repars, ce soir.
-Où ça ? -Je rentre à Paris.
-Ah oui, l'alto.
Et vous êtes qui, vous ?
-Monique, la mère de votre petit-fils.
-C'est ta mère. -C'est Monique.
-Vous l'avez eu comment ?
-C'est-à-dire ?
-Je veux dire, vous l'avez eu comment :
par accouchement ou par...
-Par adoption. -Par adoption ?
-Mais par accouchement.
-Ah ben, c'est bien, c'est bien.
Et toi, tu es mon fils.
-Bien sûr, maman.
-Je t'ai eu comment ?
-Par adoption.
-Ah oui, c'est vrai. C'est bien, aussi.
-Monique, donne-moi ça et va l'embrasser.
-Merci. -Merci à toi.
...
Musique classique
...
-On fait la pause.
-Bravo. -Prospéro, vous étiez là ?
-J'ai su que vous enregistriez ici, alors je suis passé.
C'est beau. -Oui, c'est pas mal, c'est viennois.
-Quoi de neuf à l'hôpital ? -Tout va très, très bien.
On a des petits problèmes avec Arielle, la petite Chinoise.
Elle a eu des électrochocs sous anesthésie.
Elle s'est encore un peu suicidée.
Là, elle est en hôpital de jour, mais ses parents veulent l'enfermer.
Vous pourriez l'appeler.
-Oui. Merci.
C'est Ismaël.
Elle rit. -Oh, Ismaël.
*Comment ça va ? -Je vais très bien.
J'ai une super forme. *-C'est bien.
*-Je suis allé en province,
je suis allé voir la famille. Tout s'est arrangé...
et j'ai un nouveau travail.
*Je te raconterai.
Je voulais venir et je l'ai pas fait.
-J'ai souvent pensé à toi.
-Et la santé ?
-Ca va. *-Ca me fait plaisir.
-Je m'ennuie.
Il rit.
*La ligne est mauvaise. Je t'entends plus.
-Je t'entends. *-Je vais te rappeler. D'accord ?
Ca va couper, là.
-Bonjour, monsieur.
-Ah !
-Désolé de vous déranger.
-Non, c'est des circonstances heureuses.
Venez, entrez. -Non, non.
Je viens juste prendre le tapuscrit. -Bien sûr.
Voilà.
-Y a des pages arrachées. Qu'en a-t-il fait ?
-Il a dû les jeter.
Ce sont les infirmières qui se sont occupées de tout ranger.
-Je vous remercie.
Au revoir.
Tous mes voeux.
-C'est qui, lui ?
-L'éditeur de mon père.
Je vais chercher du vin.
...
-Où étais-tu ? Je m'inquiétais.
-J'étais descendue chercher du vin.
-T'es soucieuse ?
Tu veux qu'ils partent ?
-Non, non, ça va.
-T'es sûre ? -Oui.
-Bon.
-Nora, on propose un toast.
Applaudissements
...
*Musique soul
...
-A Jean-Jacques et Nora.
...
-Et à Elias. -A ELIAS !
...
*Musique rap
...
-Bonjour, monsieur.
Est-ce que je peux vous demander votre carte grise ?
...
Excusez-moi, mais il me semble que vous avez bu.
-Oui, mais je suis à l'arrêt. Et c'est ma bagnole.
-OK. Au revoir.
...
Il démarre.
-L'allume-cigare.
-La même chose ? -Hum hum.
Il parle en latin.
-Voilà.
*Musique électronique
-Je cherche Arielle Phénix.
Je cherche Arielle Phénix.
Mademoiselle,
je chercherais à parler à Arielle Phénix.
Elle parle en chinois. Merci.
...
Arielle ?
-Ismaël !
Que fais-tu là ?
-On m'a dit que t'étais sortie.
-Je dépends ma crémaillère.
-Putain ! Vous êtes tous en sinologie ?
-Non, mais j'ai parlé de ma fête.
C'est pour mon départ. Mes parents vendent.
Je retourne à Besançon. Ils vont m'hospitaliser là-bas.
-Je suis venu ici
pour faire des déclarations.
Il faudrait que je te parle en privé.
-C'est pas pratique.
Par là.
...
-Arielle.
Je suis venu te demander pardon.
Je t'ai à peine appelée, je t'ai jamais écrit,
je ne suis pas venu une fois à l'hôpital.
-Ne me demande pas pardon.
-Je ne me repens de rien.
Si je t'ai fait du mal, je suis désolé.
-Mon amour. -Tu as peur de moi ?
-Mais non.
-Comment est-ce possible ? Tu es jeune et belle.
-Quel mal à cela ?
-Laisse-moi me mettre à tes genoux.
-Tu frissonnes.
-Oui, parce que je vais t'ouvrir mon coeur.
J'ai fait des excès.
J'éviterai les détails,
mais tu pourras appeler mon analyste.
Elle te confirmera que je suis fou. J'ai pas son numéro sur moi.
-Je suis fatiguée. -C'est ridicule.
Je n'ai même pas de cadeau. Prends ma montre.
-J'en veux pas. -Si.
T'en as besoin.
Y a des moments, je me sens dans une confiance extraordinaire,
mais la plupart du temps, je suis un vieux taureau fatigué.
-Ismaël, tais-toi. -Oui.
Je veux que tu partages ma vie.
-Je vais peut-être leur demander de partir.
*Musique soul
...
Soupirs de plaisir
-Eh ben.
Tu m'as manqué, mon petit garçon.
-Ca fait longtemps.
-Merci.
Ta mère m'a demandé de t'adopter.
T'es au courant de ça ? -Oui.
-Eh ben, j'ai réfléchi
et j'en suis arrivé à la conclusion
que c'est pas une bonne idée.
Et je suis venu pour te dire ça.
Tu parles pas ? -Je pense à des idées.
-C'est que ta maman et moi,
on s'aimait tellement que du coup, je t'ai rencontré,
toi.
T'avais 3 ou 4 ans ? -Je m'en rappelle plus.
-Comme c'était du vrai amour et que tu étais tout petit,
c'est normal que du coup, on s'entende bien.
Et comme je te l'ai déjà dit, il y a une chose dont je suis fier,
c'est de te connaître.
-C'est vrai ? -Oui, c'est vrai.
On est devenus toi et moi, une presque famille.
J'ai pas connu ton père, mais c'était un type super.
-Ah bon ?
-Il t'a donné un tas de choses : ton nom, ton visage...
T'as déjà un père.
Bon, il est mort. -Oui.
-Et ça, c'est triste.
Mais c'est pas facile de pleurer pour quelqu'un que t'as pas connu.
-Oui.
-Il y a une poésie qui dit...
C'est un fils dont la mère était morte.
Il parle en allemand.
...
Ca veut dire :
"L'âme de ta mère fouette les requins devant toi."
Cette poésie me fait penser à toi.
Je pense que l'âme de ton père te protège contre le requins.
Je trouve que ce serait pas bien
que je fasse semblant d'être ton père.
Ta mère me disait que toi et moi, on devrait être amis.
Un adulte et un enfant, c'est mal qu'ils soient amis.
Moi, quand j'étais enfant,
j'aimais pas ces adultes qui venaient me draguer,
qui venaient chercher une sorte de complicité.
-C'est quoi ?
-La complicité, c'est partager des secrets.
Quand j'étais petit, je volais dans les magasins.
-Tu volais dans les magasins ? -Oui.
On attaquait les filles à l'école.
Je n'aurais pas aimé voler ou attaquer les filles
avec un adulte.
Alors même être amis tous les deux, ce serait un autre mensonge.
Je veux pas que tu aies à décider si tu m'aimes bien ou pas.
Je m'en fiche.
Je m'occupais de toi.
Parfois, je t'énervais, parfois, tu m'adorais.
Je te porte dans mon coeur,
même si tu deviens un salopard, si je te vois pas pendant 1279 ans.
Je suis obligé de penser à toi.
C'est agréable pour moi. Toi, comme t'es un enfant,
t'es pas obligé de penser aux adultes ni à moi,
sauf si t'en as besoin.
Nora, elle se réinstalle une nouvelle vie,
alors si on se voit trop, je vais encombrer.
Tu t'entends pas trop avec son fiancé, Jean-Jacques ?
Tu fumeras pas, hein ? -Si, je serai comme toi.
-Non, non, tu seras mieux que moi.
Peut-être que tu t'en fous, de mon avis,
mais il a l'air très bien, ce type.
Je peux pas remplacer ton grand-père.
-Papi, il est mort aussi.
-Je sais.
Tu vois, le passé,
c'est pas ce qui a disparu, c'est ce qui nous appartient.
-J'ai pas compris.
-Ce qui nous appartient, c'est nos souvenirs.
C'est bizarre.
Ca n'a pas de nom ce qu'il y a entre nous.
Je me suis occupé de toi sept ans.
C'est beaucoup.
Mais c'est fini.
Voilà ce qui m'embête :
déjà, t'es un garçon un peu renfermé,
disons secret.
C'est pas un défaut, c'est une qualité.
Moi, j'arrivais pas à parler, alors j'étais bègue.
-C'est vrai ? -Oui.
Toi, t'es juste un peu réservé.
Mais la vie t'a donné une âme très riche,
comme ça, quand tu te sens seul, tu te réfugies
dans tes pensées et discutes avec ton imagination.
Je le sais parce que j'ai lu tes poésies.
Tu es un poète.
Mais ça ne doit pas toujours être très agréable pour toi.
C'est bien d'avoir un trésor secret, mais il ne doit pas être un fardeau.
Sinon je me dis que tu es enfermé dans tes pensées,
et ça me fait de la peine, et j'ai envie de te libérer.
Et je me demande quelle est la peur ou la colère qui te renferme.
D'une manière différente, je suis assez renfermé aussi.
Je peux donc te donner des conseils pour ta rentrée des classes.
-Oui. C'est quoi ?
-La solitude, c'est un gros problème.
Y a pas une seule solution à ce genre de problème.
D'autres personnages sont renfermés.
Il y a Batman auquel tu m'as souvent fait penser.
Même visage sombre, même sens du secret,
même peur qui se transforme en un grand courage.
Peter Pan, qui s'amuse avec les enfants perdus.
Il y a le Baron Perché, qui est un livre génial.
Le baron me fait penser à mon arbre à Roubaix.
Tu te souviens de l'arbre ? -A Roubaix.
-Je pourrais te citer d'autres personnages renfermés,
mais la preuve est faite que toi et moi,
on n'est pas les seuls à être méfiants.
J'aimerais que tu revoies ce médecin avec qui tu t'entendais bien.
C'est pas bon de parler qu'avec sa maman.
Une maman, c'est génial pour s'occuper de toi, t'aimer,
pour que tu l'aimes, et tout, mais ça suffit pas pour grandir.
Il faut un adulte en plus pour grandir.
Il faut pas être renfermé dans l'amour qu'il y a entre les parents
et les enfants.
Peut-être que c'est ça qui fait peur à Nora.
Nora doit se dire : "Suis-je une assez bonne mère pour Elias ?
Allons chez ce docteur."
Et toi, tu te dis :
"Moi, je veux pas y aller,
c'est elle." Grognements
Ce qui est malin. Tu sépares ce qu'elle veut
de ce que toi tu veux.
Donc t'as un peu raison.
C'est le seul conseil que je peux te donner aujourd'hui.
Il faut toujours prévoir que, évidemment on a raison,
mais que c'est toujours possible qu'on ait un peu tort aussi.
Et avoir un peu tort, c'est une bonne nouvelle.
Ca veut dire
qu'on n'a pas toute la solution et que la vie va être plus étonnante
que ce que l'on croyait.
-Je regarde Elias et Ismaël s'approcher
et je trouve la vie étrange.
J'ai aimé quatre hommes, j'en ai tué deux.
Mais cela ne signifie rien. Je n'éprouve pas de remords.
Mes deux autres hommes marchent vers moi.
Je sais qu'ils me survivront et cela suffit à mon bonheur.
Le cycle du malheur s'est arrêté.
Ca s'est bien passé ? -Je ne sais pas.
Au revoir. -Au revoir.
-Salut, bonhomme. Au revoir. -Au revoir.
Je me souviens de cette poésie qu'Ismaël me récitait
quand on vivait ensemble et que je m'endormais dans ses bras.
"L'eau, c'est la soif qui nous l'apprend
"La terre, une fois les mers traversées
"L'extase,
"les agonies souffertes
"La paix, les guerres racontées
"L'amour, c'est un mémorial
"Je n'ai plus soif
"J'ai les deux pieds sur la terre
Maintenant, je suis enfin en paix"
Qu'est-ce que tu fais ?
-Ca, c'est Simon, mais j'ai pas sa photo.
Ca, c'est Nora Cotterrelle.
C'est l'amoureuse de Pierre Cotterrelle.
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.