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VICE est une société multimédia basée à New York
ciblant les infos internationales, l'art et la culture.
Présente dans 34 pays, la compagnie couvre
des sujets percutants, controversés et généralement ignorés
par les grands médias.
Ce type de journalisme "new-age" permet de fournir au public
des reportages captivants et originaux
dans un style souvent qualifié d'"immersionisme".
Salut, je m'appelle Sam Turner.
On est dans les bureaux de VICE à Williamsburg, à Brooklyn,
avec un de nos photographes de mode préférés, Patrick Carter.
Il y a quelques jours, on passait la soirée ensemble,
et il a fait une remarque sur sa sœur
qui nous a laissés sans voix pendant près d'une heure.
Après avoir entendu toute l'histoire, on s'est immédiatement dit
qu'on devrait faire un reportage dessus.
Après des problèmes de drogue, la sœur de Patrick a quitté New York
pour rejoindre une communauté dans le Mississippi rural
Il a commencé à s'inquiéter pour elle
lorsqu'il a reçu une lettre intrigante
- Je la lis ? - Vas-y.
D'accord, c'est écrit : "Cher Patrick,
"désolée d'être restée si longtemps sans nouvelles.
"Je travaille avec tout le monde pour construire une communauté
"où on peut vivre en liberté, comme Dieu l'a voulu.
"On n'y est pas encore, mais presque.
"C'est l'endroit le plus formidable où j'ai jamais vécu
"et j'adorerais que tu passes me voir.
"On est entourés d'amour, mais ton visage me manque."
Puis c'est écrit : "Bises, Caroline" et il y a un numéro de téléphone.
C'était le numéro d'un homme qui expliqua à Patrick
que sa sœur avait quitté le pays avec toute sa communauté
Il ne lui donna pas le lieu exact,
seulement où prendre l'avion, en disant qu'un hélicoptère
l'attendrait pour l'emmener au lieu en question
Sam a convaincu Patrick de le laisser l'accompagner,
ainsi qu'un autre membre de VICE,
pour faire un reportage sur cet étrange voyage
On s'est rendus dans les endroits
les plus déments du monde, ravagés par la guerre,
mais jamais dans un endroit pour quelque chose
d'aussi personnel et bizarre que ça.
On est sur le point de quitter New York
pour aller voir ta sœur dans un endroit reculé du monde,
et en savoir plus sur cette communauté où elle vit.
On pourrait peut-être appeler ça
le "Guide VICE des retrouvailles de la famille Carter".
LE SACREMENT
VOLS EN PARTANCE
Je reviens demain à 8 h.
Je vous attends une heure et je repars.
- Avec ou sans vous. - On sera là. Ne vous en faites pas.
Je ne m'en fais pas. 8 h.
13 H 15 HEURE LOCALE
- Qui est Patrick ? - C'est moi.
On n'attendait pas d'autres personnes.
Ils sont trois en tout.
Il y a un problème ? On est ensemble.
On doit obtenir l'autorisation avant de vous emmener.
Arrêtez de filmer, s'il vous plaît.
Ils sont venus avec moi. Je ne peux pas les abandonner.
Ma sœur nous a invités.
Elle s'appelle Caroline Carter.
Attendez.
Je ne vois pas où est le problème.
- Attendez. - Ça devrait être arrangé.
- Faites-les venir. - Bien reçu. C'est bon.
Suivez-moi. Allons-y.
C'est bon.
Montez derrière.
Dans le camion ?
Montez derrière.
Pour l'instant, ça va.
ROUTE DE 2 KILOMÈTRES MENANT À LA PAROISSE
LE SEUL CHEMIN POUR ALLER ET VENIR...
Nous y sommes, si on veut.
On n'a pas d'intermédiaire local cette fois,
et à peine arrivé,
Patrick s'embrouille avec un de nos guides.
Ces types, il faut pas se les mettre à dos
quand on est dans un endroit comme ça.
New York m'a peut-être ramolli mais dans ces moments-là,
quand ce genre de trucs arrive, je me dis
que c'était peut-être la pire idée de toutes.
Non, on a fait pire.
Pourquoi tu te marres ?
Regardez ses chaussures.
Où croyais-tu aller, avec des chaussures pareilles ?
Tu ne voyages jamais pour ton travail ?
Si, à Los Angeles et Paris. Le pire que j'ai eu,
c'était un shooting dans un champ du New Jersey.
T'es dans la mode, achète-toi des bottes.
VOUS
Y
ÊTES
PAROISSE D'EDEN
Éteignez la caméra !
Éteignez-la !
Éteignez-la !
La situation ne s'arrange pas.
On est en vie, mais il faut faire attention
qu'ils ne nous voient pas filmer.
Patrick est là-bas pour leur expliquer qui on est,
ce qu'on fait.
J'ignore si ça va arranger ou empirer les choses.
Espérons qu'il trouve sa sœur pour régler ça.
S'ils se mettent à tirer sur Patrick,
je m'enfuis par là. À toute vitesse.
Ils veulent nos passeports,
mais je ne filerai mon passeport à personne.
Ils acceptent aussi les dons.
Je ne sais pas de quel montant.
Pour l'instant, ça n'a rien
du camp hippie auquel on s'attendait.
- Patrick ? - La voilà.
C'est rien, les gars. C'est bon.
Caroline, tu leur as dit ?
C'est bon, c'est bon.
Je suis contente de te voir.
Moi aussi. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Je t'expliquerai à l'intérieur.
- Salut. - Salut.
Je m'appelle Caroline. Salut.
Salut. Je suis Sam et voici Jake.
Salut.
On ne vous attendait pas. Je suis désolée.
C'est... On est contents de vous voir.
On est en train de nettoyer une cabine pour vous deux.
- Super. - Je peux continuer à filmer ?
Oui. Oui, bien sûr.
Filmez tout ce que vous voulez.
Mais je préférerais que vous coupiez ce qui vient de se passer.
Ça n'a rien à voir avec ce qu'il y a à l'intérieur.
Les armes, c'est par précaution, à cause de qui on est.
Ici, tout doit être protégé.
- Oui, on comprend. - Vous voulez entrer ?
- Oui. Oui. - D'accord. Cool.
Merci, les mecs.
Je n'arrive pas à croire que tu sois là.
- T'as les cheveux courts. - Je les ai coupés.
14 H 05
- T'as l'air en pleine forme. - Merci.
Je n'arrive pas à croire que tu vis ici.
Tu n'as pas tout vu.
On y est. Bienvenue à Eden !
Qu'en penses-tu ? Génial, hein ?
Les enfants, nous avons des invités spéciaux aujourd'hui.
Faisons preuve d'hospitalité
et montrons-nous comme Dieu nous l'a appris.
Vous avez construit tout ça ?
- Que Dieu vous bénisse. - Oh oui.
On bosse très dur.
On n'a pas dormi plus de trois heures par nuit
les six mois où on construisait ça.
Mais Père avait une vision, et il avait raison.
On a construit le paradis sur Terre.
Qui est Père ?
Oh, c'est vrai. Ça doit vous paraître étrange.
C'est l'homme qui a lancé tout ça.
C'est grâce à lui que je suis encore en vie.
C'est grâce à lui qu'on est tous ici.
C'est un génie, je vous jure.
Je sais que ce nom peut paraître bizarre,
mais c'est plus facile pour nous.
C'est lui aux haut-parleurs ?
On pourra lui parler ?
Je vais essayer de voir.
Je sais que vous êtes les amis de Patrick
mais on doit faire attention aux médias.
Rien de tout cela ne serait possible sans un minimum de discrétion.
De discrétion ? Envers nous ?
Ou des autorités locales ?
Un peu des deux.
Il y a gens qui veulent arrêter ce qu'on fait.
Ils sont contre, mais franchement, j'ignore
pourquoi on pourrait penser ça.
Je n'ai jamais été plus heureuse de ma vie.
Et on est d'une famille riche de l'Upper West Side.
Mais ce n'est pas une vie. Pas pour moi. Ici, on vit.
On a construit ça ensemble, en communauté.
Je ferais tout pour la protéger.
Certains résidents ont accepté de partir
pour vous laisser dormir ici ce soir.
Patrick restera avec moi dans la maison principale.
Ça n'a pas l'air terrible,
mais vous devriez être très à l'aise.
Quand on est arrivés, certains résidents ont dit
qu'ils y avaient passé le meilleure nuit de leur vie.
C'est très paisible, et attendez de voir les étoiles.
- Elles sont magnifiques. - C'est super, merci.
On vient vous chercher quand on est installés ?
On aimerait vous parler à un moment ou un autre.
- Si ça ne vous dérange pas. - Non, bien sûr.
Mais prenez votre temps, car j'aimerais
passer un peu de temps avec mon frère.
Prenez-le, on n'arrive pas à s'en débarrasser.
Mais s'il vous faut quoi que ce soit,
la maison est de l'autre côté du champ, derrière le pavillon.
- Vous la voyez ? - Oui.
Faites le tour pour vous familiariser avec les lieux.
Nos résidents sont très gentils.
Parfait.
- Prêt ? - Oui.
- Alors bienvenue. - Merci.
Je vais rester avec elle un peu moment.
D'accord. On se retrouve tout à l'heure.
À plus.
Tu veux te mettre dessus ou dessous ?
Elle vante un peu trop cet endroit.
C'est clair.
"La meilleure nuit de leur vie."
T'as pas flippé à l'arrière du camion ?
Si.
Pourquoi ils ont des mitraillettes ?
Je vais changer de carte. S'il se passe un truc louche,
au moins, on aura ce qu'on a déjà filmé.
Bonne idée.
LES MEMBRES
Je vous apporte la paix.
14 H 30
Que vos cœurs ne se troublent pas. N'ayez pas peur.
La petite.
Un autre jour au paradis.
- Salut. - Il fait bon vivre
quand les frères et sœurs vivent unis.
- Que Dieu vous bénisse. - Salut.
Je ne sais pas à qui parler.
Je vais les laisser venir. Salut, ça va ?
Pas elle, on dirait.
J'en ai une. J'en ai une.
- Bonjour. - Bonjour.
- Comment allez-vous ? - Bien, et vous ?
Je vais très bien.
Je m'appelle Lorraine Davis mais tout le monde ici
m'appelle simplement Miss D.
Comment avez-vous connu cet endroit ?
Par l'église.
Père est venu à l'endroit où on habitait
et j'ai vu des affiches placardées en ville.
Des affiches invitant les gens à venir
pour devenir meilleurs
et obtenir une meilleure relation avec Dieu.
Alors je suis allée à cette église,
et avant la fin du sermon, j'étais déjà convaincue.
Cet homme a une certaine façon de parler,
une façon de vous faire sentir mieux,
je n'avais jamais senti ça.
Il n'a pas mis longtemps à me choisir
pour être une des chanceuses
à venir ici pour prendre part à cela.
Avez-vous hésité à quitter votre maison ?
Oh non.
Mon mari était décédé,
plus rien ne me retenait.
Ma religion est ce qui compte le plus pour moi.
C'est là qu'est ma place.
On est avec VICE.
On aimerait parler à quelqu'un de notre âge
- sur la vie ici. - Je connais VICE.
- Cool. Tu es australienne ? - De Melbourne, oui.
Comment tu es arrivée ici ?
Que faisais-tu avant de venir ici ?
J'étais artiste à Brooklyn.
- Quel genre d'art ? - Tous les genres.
Peinture, poésie, performance.
Ça ne te manque pas, la technologie à laquelle tu étais habituée ?
Les facilités de communication ?
Savoir ce qui se passe dans le monde extérieur ?
C'est forcé, non ?
Je n'ai pas besoin de l'Internet pour communiquer.
Les gens vivent sans depuis des milliers d'années.
Ce n'est qu'une mauvaise habitude.
Ici, on se parle de vive voix, pas par satellite.
Et ta famille en Australie ? Elle sait où tu es ?
C'est ma famille à présent.
Père a réalisé tous mes rêves et plus encore.
- Je lui en suis reconnaissante. - D'accord.
D'accord.
Merci.
- Salut. - Puis-je entrer ?
Bien sûr.
À quoi sert cet endroit ?
C'est notre centre médical et notre crèche temporaire.
Je suis l'infirmière en chef, j'essaie de soigner
ceux qui résident ici, surtout les personnes âgées.
Et Mlle Phoebe s'occupe des enfants
pendant que leurs parents sont aux champs.
Y a-t-il beaucoup d'enfants et de personnes âgées ?
Oui. Nous avons 35 filles et garçons de moins de 10 ans,
et une soixantaine de personnes âgées.
C'est comme ça qu'on a commencé, en aidant les retraités.
Certains enfants sont-ils nés ici ?
Nous avons donné naissance à sept enfants ici.
Sept ? Ici ?
Oui, ici-même.
Pourquoi êtes-vous aussi surpris ?
Les bébés naissent chaque jour dans le monde
dans des conditions bien pires.
Ce n'est pas l'hôpital qui accouche, c'est la mère.
Il est nerveux car sa femme est enceinte.
- Pour quand est-ce prévu ? - Dans un mois.
- Le premier ? - Oui.
Le premier est le plus exaltant. Félicitations.
Merci.
D'où viennent ces médicaments ? Du coin ?
On en a apporté beaucoup avec nous.
Dieu merci, on n'a pas eu besoin de s'en servir tellement.
Mais on est préparés pour toute urgence.
Qui paie pour tout ça ?
Nous.
En résumé.
Avant de venir dans cette paroisse,
on a vendu tout ce qu'on avait.
Quand plusieurs centaines de personnes s'associent,
c'est surprenant de voir tout ce qu'on peut accomplir.
Tout le monde a vendu ses biens pour venir ici ?
Exact.
On a vendu nos maisons et donné l'argent à l'église.
Et on le referait.
Père est un homme d'affaires, avant tout.
Parfois, on l'oublie.
- D'où venez-vous ? - De la zone.
On avait que dalle où on vivait.
On dormait à cinq dans un deux-pièces.
Tu veux vivre comme ça ?
Moi, Robert, notre mère et nos deux sœurs,
on est tous venus ensemble.
Franchement, ça a tout changé.
On vient d'un quartier qui craignait, tu vois ?
Si on était pas venus ici,
qui sait ce qui serait arrivé ?
Ouais, ouais, si vous nous aviez dit
qu'on serait là avec des Blancs et tous ces gens...
on vous aurait pris pour des tarés. Direct.
Maintenant, on vous regarde,
et c'est vous, les tarés.
- Ouais. - Tu vois ce que je veux dire ?
C'est comme ça qu'il faut vivre.
Tout le monde ici vit ensemble.
C'est clair.
Personne n'est égoïste.
C'est comme si Dieu nous protégeait.
- On se protège tous. - C'est ça.
Vous vous voyez retourner un jour aux États-Unis ?
Jamais. Ça sert à rien.
J'y retournerai jamais.
Je préfère crever qu'y retourner. Franchement.
Je peux jouer avec vous ?
Ouais, amène-toi.
Il sait jouer ? Il sait vraiment jouer ?
Non.
Alors, on a parlé à plusieurs personnes ici
et tout ce qu'on sait jusqu'ici, c'est que tout le monde pense
que c'est le meilleur endroit au monde.
Ils ont leur propre ferme, leur propre centre médical,
leur propre crèche, tout.
Question utopie, il y en a pour tout le monde.
En quête de spiritualité ? Ils en ont !
De politique progressive ? Ils en ont.
Un style de vie hippie sans technologie vous branche ?
Ils ont ça aussi.
Je me dis que c'est le désespoir qui a rassemblé ces gens,
mais s'ils sont heureux, pourquoi pas ?
On va aller à la maison principale,
pour y retrouver Patrick et Caroline,
et voir si on veut interviewer
ce "Père" dont tout le monde parle.
J'essaie de tenir pour poser des questions intelligentes
mais le décalage horaire commence à se faire sentir.
Jake, que penses-tu de tout ça jusqu'ici ?
Donne-moi ton avis professionnel.
J'en sais rien. Je suis cynique de nature, mais...
Le fait qu'un tas de camés et d'alcoolos
aient réussi à construire ça, c'est assez impressionnant.
Le fait qu'ils aient vendu tous leurs biens pour le faire...
J'en sais rien, je trouve ça un peu louche.
Je me dis que si c'était un endroit où on venait
en cure de désintox ou pour réfléchir un mois ou deux,
ce serait parfait.
Mais en tant que style de vie durable
pour les personnes de plus de 60 ans...
Ce centre médical est génial,
mais ils n'iront pas loin avec ça,
si tu veux mon avis professionnel.
17 h 20
- Qu'est-ce que tu vas lui demander ? - J'en sais rien.
Tu vas lui poser des questions directes
ou attendre de voir comment tu le sens ?
- J'agresse direct. - D'accord.
On verra s'il veut mettre un micro.
J'essaierai de vous brancher.
Sam, il y a une petite.
Salut.
Comment t'appelles-tu ?
Savannah. Tu es là !
Je te cherche partout.
Salut, Savannah.
Elle est sourde et muette.
Vous êtes des amis de Caroline ?
Oui. On est avec VICE.
On voulait faire un article sur cet endroit.
- Quel genre d'article ? - On ne sait pas trop.
Vous n'allez pas vous moquer de nous ?
Non, pas du tout.
On disait justement qu'on était très impressionnés.
Je vois.
Vous voulez bien répondre à des questions rapides ?
Plusieurs personnes nous ont raconté comment ils sont arrivés ici.
Ce serait bien d'avoir l'opinion d'une maman.
Non, merci. On n'a pas le droit de parler de la paroisse.
Surtout aux étrangers.
Viens, ma chérie.
- Elle nous a traités d'étrangers ? - Oui.
C'est différent, comme réaction.
L'INTERVIEW
VENEZ À MOI, VOUS QUI ÊTES FATIGUÉS ET CHARGÉS,
ET JE VOUS DONNERAI DU REPOS
Comment ça va ? On se voit plus tard.
Vous vous amusez bien ?
- Bien sûr. - Oui ? Bonne nouvelle.
J'ai parlé à Père et il a accepté de vous accorder une interview.
Super.
Il ne se sent pas très bien.
Il vient de prendre ses médicaments.
- Il est malade ? - Non, rien de sérieux.
Mais parfois les médicaments lui donnent des maux d'estomac.
Alors il fera l'interview ce soir au rassemblement.
On organise une fête pour votre arrivée, ça va être fun.
Il y aura de la musique, de la danse. Vous allez adorer, surtout toi.
Vous pouvez lire ce document que j'ai préparé.
Ça vous donnera des informations sur nous
et ça vous aidera avec vos questions.
Il ne restera qu'une demi-heure, avant que la fête ne commence.
- À quelle heure est la fête ? - Au coucher du soleil.
Retrouvez-moi devant le pavillon.
- Je m'occupe du reste. - Parfait. Merci.
De rien. On n'a rien à cacher.
Excusez-moi, j'ai des choses à préparer pour ce soir,
on se voit tout à l'heure.
- Parfait. - D'accord.
Merci, Caroline.
Comment ça va ?
J'ai pris des super photos.
Je pourrais en faire un livre.
Regarde ces visages.
Bon sang.
Je pourrais faire un truc vraiment cool avec ça.
Ce serait génial, je pourrais organiser une expo
- avec Milt quand on reviendra. - Fais voir.
C'est ma porte de sortie du milieu de la mode.
Qu'est-ce que vous avez fait ?
On a parlé à un tas d'habitants.
- Et alors ? - Assez dingue.
Un groupe étrange de personnes.
C'est incroyable.
On a fait des rencontres un peu bizarroïdes...
Où je dors, il y a une chambre, un bureau.
- J'arrive pas à le croire. - Oui, c'est vrai.
La construction est assez impressionnante, je l'admets.
Tu crois que ta sœur veut rester ?
C'est ce qu'on dirait.
Je croyais que je venais à son secours.
Mais elle va bien. Elle a fait bien pire.
Ça va être un peu dur à décrire à mes parents, mais...
Ça tourne, alors on n'a qu'à lire la lettre.
D'accord.
"À nos éminents invités..."
Ça dit vraiment "éminents invités" ?
C'est écrit.
"Bienvenue à la paroisse d'Eden.
"Père ne cherche qu'à créer une communauté
"où la paix et l'amour sont encouragés,
"où les besoins des gens sont à égalité,
"car nous sommes les enfants de Dieu
"et c'est comme cela qu'Il voulait que l'on vive.
"Nous ne cherchons pas à nous isoler du monde,
"mais nous voulons nous éloigner de l'impérialisme,
"de la violence, de la pauvreté, du racisme
"et des autres attaques inacceptables envers les droits de l'homme.
"Des comportements communs dans la société moderne.
"Eden n'a pas été conçu comme un endroit où s'isoler,
"mais pour redémarrer à zéro. C'est un nouveau départ.
"Cordialement, la congrégation d'Eden."
Définis "impérialisme".
Définis "impérialisme".
Imbéciles.
- Tu captes quelque chose ? - Non.
Alors qu'est-ce que tu fais avec ton téléphone ?
Elle sera encore enceinte quand tu rentreras demain.
Ils ont peut-être un téléphone satellite.
Ils n'ont pas de téléphone satellite.
Inutile d'encourager ce genre de comportement.
J'ai vu une pièce avec du matériel électronique.
Il va bien. Tu vas bien.
19 H 15
Que tous les membres de la paroisse
se rendent au pavillon à 19 h 45 au plus tard.
Nous avons une réunion spéciale ce soir,
pour Père et ses visiteurs.
Votre présence est exigée. Que Dieu vous bénisse.
Alors vous pouvez vous installer là
et Père viendra quand vous serez prêts.
Attendez. On va faire ça devant tout le monde ?
- Oui, c'est exact. - D'accord.
Faites-moi signe quand vous êtes prêts.
- Patrick ? - Oui.
Tu peux aussi filmer avec ton appareil ?
Oui.
Tu peux prendre des plans de coupe ?
Bien sûr.
Où veux-tu que je filme ?
Où tu veux, tant que tu as des bons plans de Sam
en train de poser des questions et si tu pouvais te tourner
pour avoir des images de la foule, ce serait génial.
D'accord, je vais me mettre ici.
D'accord. Merci.
La lumière est pas mal.
Père est là !
Ça va ?
Enchanté.
Bon, bon.
Je vais mettre ce micro. Voilà, voilà.
J'espère qu'on s'est montré hospitaliers avec vous.
Notre humanité compense notre manque de confort moderne.
Pas vrai ?
C'est assez incroyable.
Tous ceux à qui nous avons parlé sentent
que c'est l'endroit idéal, et ils vous en attribuent le mérite.
Je ne le mérite pas. On a fait ça ensemble.
On a construit cet endroit de rien.
C'est notre communauté, et vu que vous êtes nos invités,
c'est aussi la vôtre. C'est notre conviction.
On reviendra là-dessus,
mais avant cela, quelques petits préliminaires.
Vous vous sentez mieux ? Caroline nous a dit
que vous n'étiez pas dans votre assiette.
- Ce n'est pas trop épuisant ? - Non, ça va.
Parfait. Pour commencer, quel est votre vrai nom ?
Tout le monde ici vous appelle "Père".
- D'où cela vient-il ? - C'est un surnom.
Je ne me souviens plus quand ça a commencé.
Mais c'était il y a des années.
Ceux qui tendent la main sont vus comme des pères.
Je suppose que cela vient de là.
Mon nom de baptême est Charles Anderson Reed.
C'est un beau nom.
D'où venez-vous et comment tout cela a-t-il commencé ?
- Expliquez-nous. - Je viens de partout, mon ami.
J'ai visité toutes les grandes villes et petites communes.
Savez-vous ce que j'y ai trouvé ?
Pauvreté, violence, avarice et racisme.
Les fondements d'une société cancérigène.
Et j'ai voulu changer les choses.
Vous voyez tous ces gens rassemblés ce soir ?
Ils sont tous là car ils n'avaient rien.
C'était des exclus. On ne leur a jamais donné une chance.
Je le sais, car c'était mon cas.
La société s'est retournée contre ces gens.
Mais moi, jamais.
J'ai grandi dans la pauvreté. Je connais leur douleur.
Je sais ce que c'est, de perdre espoir, de se sentir enfermé.
Il n'y a rien de cela ici.
Quand vous venez ici, vous avez un endroit où vivre.
Vous avez un travail, de la nourriture.
Vous avez un lit. Tout ce qu'il vous faut.
C'est vrai !
Et vous pouvez vivre votre vie. Pleinement.
On ressent bien un sentiment de convivialité.
Cette isolation est-elle nécessaire pour y parvenir ?
J'avais espéré que non,
mais pour l'instant, c'est le cas.
On a bâti cette congrégation il y a bien des années.
On voyageait et prêchait la bonne parole partout.
Et partout où on allait, on ramassait
une ou deux âmes perdues.
Vous savez ce qu'on a découvert ?
C'est très dur de rassembler les gens.
L'Amérique est en train de dérailler
à cause de la façon dont on la dirige et des valeurs qu'on lui insuffle.
Votre gouvernement n'est pas à la hauteur.
Avant de me traiter de communiste ou socialiste,
ou tout autre mot pour décrire
quelqu'un qui essaie d'aider son prochain,
laissez-moi vous rappeler une chose :
tous les grands qui ont essayé d'achever ce qu'on a ici
ont été éliminés.
C'est vrai.
Malcolm X.
Martin Luther King. Oh mon Dieu.
JFK, RFK.
Je suis prêt à mourir pour mes convictions.
Mais pourquoi mourir en se battant quand on peut se retirer
loin de tout pour créer quelque chose de nouveau ?
Un endroit sans violence.
Romains, chapitre 12, verset 2.
"Ne vous conformez pas au siècle présent,
"mais soyez transformés
"par le renouvellement de l'intelligence.
"Afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu...
"ce qui est bon, agréable et parfait."
C'est ce que nous faisons ici.
Nous poursuivons notre cause dans la paix.
- Vous pouvez le reconnaître. - Tout à fait.
À ce sujet, quand nous sommes arrivés,
nous avons remarqué des hommes armés.
S'il s'agit d'une communauté pacifique,
comme elle semble l'être, pourquoi ces armes ?
Y a-t-il une paranoïa associée au monde extérieur ?
Une femme nous a qualifiés d'étrangers.
C'est pour cela que je n'aime pas les médias.
On se parle depuis cinq minutes,
et vous cherchez déjà le côté négatif des choses.
Ce n'était pas mon intention.
Je ne vous en veux pas, Sam. Ce n'est pas votre faute.
Vous agissez sans le savoir.
C'est la façon dont vous avez été conditionné.
Venant d'une société malade et violente,
il est naturel que vous soyez moins intéressé
par la beauté de notre communauté que par les armes
- qui protègent nos frontières. - Je ne disais pas...
Notre modèle est radical, je ne le nie pas.
C'est compliqué, mais je peux tout vous expliquer.
J'ai de la sympathie pour votre méprise. Nous tous.
On pensait tous comme vous.
Disons simplement que certaines agences gouvernementales
me surveillent, moi, et ma paroisse depuis des années.
Tout le monde le sait, je ne le cache pas.
Mais j'ai promis à ces gens
que je les mènerais à une existence meilleure
et je me dois de les protéger.
C'est notre foyer ici, nous devons le préserver.
- C'est compréhensible. - Je savais que vous comprendriez.
Cette ruche qu'est New York ne vous a pas complètement désabusé.
- Tant mieux. - Alors...
Ça doit coûter très cher, de bâtir quelque chose comme ça.
C'est uniquement grâce à leurs dons, leurs économies de toute une vie ?
Sam, je n'aime pas les mots que vous employez.
C'est ce que l'argent signifie pour vous ?
Une vie ?
Nous ne vénérons pas le capitalisme et le matérialisme.
Nous sommes venus ici pour vivre de la terre.
L'Amérique a commencé ainsi, et on ne le permet plus.
Oui, si on ne paie pas d'impôts, on va en prison.
Exact. C'est tout à fait vrai.
Sam, laissez-moi vous poser une question.
Regardez ces gens autour de vous.
Voyez-vous quelqu'un qui mériterait d'aller en prison ?
Non, on ne dirait pas.
C'est exact.
Je vois que vous avez une bague au doigt.
Vous êtes marié, n'est-ce pas ?
- Oui. - C'est bien.
Vous aimez votre femme ?
Pardon ?
C'est une question simple : aimez-vous votre femme ?
Oui, bien sûr.
- Vous feriez tout pour elle ? - Oui.
Et l'enfant qu'elle porte ?
Que se passe-t-il ?
Ma question a l'air de vous prendre au dépourvu.
C'est drôle, quand la situation est renversée.
Vous devez vous demander
comment je sais ça sur votre femme, non ?
Relax. J'essaie de vous prouver quelque chose.
Vous voyez, j'aime ces gens
autant que vous aimez votre épouse et votre futur enfant.
Ces gens sont ma famille, mes enfants.
Quand vous écrirez votre article,
souvenez-vous-en.
Avant de tout déformer,
sachez que vous jouez avec leur vie.
Regardez ces visages.
Regardez la joie sur leur visage.
Souvenez-vous de ce que vous voyez.
Vous avez une grande responsabilité. J'espère que vous le savez.
Oui.
Mais on ne déforme rien.
On essaie d'être subjectifs et honnêtes.
On n'a pas d'intentions cachées.
On essaie de rapporter des choses signifiantes.
C'est vrai, Caroline me l'a dit.
C'est pour ça que j'ai accepté de faire cette interview.
Je ne crois pas aux médias, vous savez.
Je vois ça comme un tissu de mensonges.
Tout ce qui permet de vendre plus de journaux.
Mais vous, Sam, je vois que vous êtes différent.
Vous avez du cœur.
- On essaie. - C'est vrai.
Avez-vous d'autres questions
ou pouvons-nous arrêter pour passer à la fête
que l'on a organisée ?
On a un groupe formidable. Vous allez l'adorer.
- Je pense que ça ira. - Très bien.
Hé.
C'est l'une des interviews les plus bizarres que j'ai faites.
Merde.
Comme tu vois...
Je n'ai posé qu'un quart de mes questions,
et je ne sais même pas s'il y a répondu.
Tout a été emporté par cette énergie bizarre.
Je n'arrivais pas à réfléchir.
Il a un petit quelque chose.
C'était dur de se concentrer.
Quand il a parlé de ma femme, j'ai perdu tous mes moyens.
Comme tu l'as dit, quelqu'un a dû le prévenir.
Quelqu'un à qui on a parlé. C'est logique.
Mais ça m'a vraiment bouleversé.
Tous ces applaudissements.
J'espère qu'on en tirera quelque chose.
Vous voyez qu'ils préparent la fête.
J'espère qu'on aura de meilleures images
pour rattraper le coup.
Désolé.
Y a un tas de trucs bien. Ne t'inquiète pas.
Avec les images de Patrick, on pourra faire un bon montage.
23 H 35
J'ai carrément changé d'avis sur cet endroit.
J'adore cette chèvre.
Les gens ont l'air enthousiastes.
La fête était super, même sans alcool.
Je commence à voir pourquoi ils veulent vivre comme ça.
Pas moi.
Mais je commence à mieux comprendre
leur point de vue. C'est sympa.
La musique est vraiment géniale.
Et je déteste les chants d'église.
Il ne mentait pas là-dessus.
Patrick s'éclate, où qu'il soit.
Il ne rentrera peut-être pas avec nous.
Attention.
Salut, Savannah.
Tu t'amuses bien ?
Quoi ? C'est pour moi ?
Merci.
- C'est quoi ? - J'en sais rien.
C'est quoi ?
Ça dit quoi ?
AIDEZ-NOUS
Oh, merde.
- Où est-elle passée ? - J'en sais rien.
Ce ne sont pas les gardes ?
Que font-ils avec des fusils ?
J'aime pas ça.
Il faut trouver Patrick.
Patrick ?
Il n'est pas là.
Merde.
C'est quoi, ces trucs ?
Tirons-nous d'ici.
Sam, attends. Le coffre est ouvert.
Attends, faut que tu voies ça.
- Laisse. - Bordel de merde.
- C'est leurs passeports. - Je m'en fous.
- Viens. - Faut filmer ce qu'on trouve.
Quelqu'un arrive.
Amène-toi.
Je peux vous aider ?
On cherchait votre frère.
Sa chambre est juste au coin.
Il n'est pas là en ce moment.
J'avais oublié. Il est occupé.
Occupé à faire quoi ?
Je parle de lui à Allison et Sarah depuis des semaines.
Elles étaient contentes qu'il soit enfin là.
Alors elles l'ont invité.
Les partouzes, c'est pas vraiment chrétien.
Si je me souviens bien de mes cours de catéchisme.
On succombe tous au péché de temps en temps,
tant que Père l'approuve.
Il approuve la vie sexuelle de votre frère ?
Si c'est pour le bien de la paroisse.
Comment cela ?
J'adore mon frère, et il me manque énormément.
Je pense qu'il serait heureux ici,
et on essaie de le lui montrer.
New York, son travail vont lui manquer, non ?
Il peut être photographe ici. Et il a toutes ces idées.
L'idée du livre sur la paroisse, je trouve ça génial.
Mes parents peuvent subvenir à ses besoins.
On s'agrandit, il nous faut de l'argent.
Si Patrick reste, il peut obtenir l'argent et...
Vous voulez que vos parents envoient de l'argent
pour construire cet endroit.
C'est un don. Tout comme vous.
Il faut juste qu'on termine la prochaine phase
et après tout ira bien.
- Est-ce que ça va ? - Oui, oui.
Caroline, j'ai besoin de ton aide.
J'arrive, Père.
Si vous voyez Patrick, dites-lui de venir nous voir.
Oui. Relax. Vous êtes au paradis. Agissez en conséquence.
Vous semblez perdus.
Vous avez besoin d'aide pour retrouver votre cabanon ?
- Non, ça va. - Vous en êtes sûrs ?
Vous ne voudriez pas finir au mauvais endroit.
Pourquoi ? Vous nous cachez quelque chose ?
Ce n'est qu'une expression, l'ami.
Il est tard.
Si vous voulez vous mêler des affaires des autres, allez-y.
Mais si vous mettez la main dans la gamelle d'un chien,
ne soyez pas surpris de vous faire mordre.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Passez une bonne soirée.
Sam, laisse tomber.
- Patrick ? - Sam, allez.
Merde.
Qu'est-ce que ça veut dire ? Il nous a menacés ?
J'en sais rien.
Il sait qu'on était dans son bureau, tu crois ?
La sœur de Patrick était stone ?
Aux dernières nouvelles, elle n'est pas censée l'être.
- Ils se servent de Patrick ? - J'en sais rien.
Je ne sais pas ce qui se passe.
C'était trop délirant.
Si ces gens sont contents de vivre ici, tant mieux.
Mais je ne veux plus être mêlé à ça. Terminé.
Et si elle se drogue et qu'elle couche avec lui,
quel est l'intérêt de cet endroit ?
Ça doit être un endroit sans drogue, non ?
On dirait plutôt la sœur complètement perdue
que Patrick décrivait.
Savannah ? Où va-t-elle ?
- Où est-elle partie ? - J'en sais rien.
- Emmenez-nous avec vous. - Quoi ?
Vous ne savez pas ce qui se passe ici.
Il nous tuerait s'il savait qu'on vous parlait.
- Qui ? - Père.
Les apparences sont trompeuses.
Ils frappent les gens qui critiquent la paroisse.
Vous devez nous aider.
Attendez, attendez, attendez. Comment ça ?
Ils le cachent, mais c'est vrai.
Père ne nous laisse pas partir. On est prisonniers.
On vous a manipulés.
On a parlé à un tas de gens qui semblaient heureux.
Non. Vous avez parlé aux gens choisis par Père.
D'autres veulent partir, mais ils ont peur de parler.
Vous ne comprenez pas l'emprise qu'il a sur eux.
On leur lave le cerveau sans qu'ils le sachent.
Ils font tout ce qu'il demande.
La sœur de votre ami est avec eux.
Elle a fait des choses horribles à ceux qui se rebellaient.
Savannah les a vus.
Ils ont frappé ma fille, elle refuse de parler depuis.
- Je vous en prie, aidez-nous. - On ne peut rien faire.
Notre hélicoptère vient demain,
mais il n'est pas assez grand pour transporter tout le monde.
- Alors prenez ma fille. - Quoi ?
Ne la laissez pas mourir ici ! Je vous en supplie !
- Quelqu'un arrive. - Oh mon Dieu !
C'est rien. C'est rien.
Que se passe-t-il ?
On l'a trouvée qui errait.
On essaie de savoir où elle habite. Elle ne parle pas.
- Je l'emmène. - Non, on peut le faire.
Je sais où elle habite. Je la raccompagne.
Où est ta mère, Savannah ?
Je vais prévenir Père.
Allons-y.
Bordel de merde.
Viens, on n'a qu'à rentrer.
Elles étaient mortes de peur.
On n'aurait pas dû la laisser.
Pourquoi on les a laissés l'emmener ?
Que voulais-tu qu'on fasse ?
- On ne peut emmener personne. - On aurait dû faire quelque chose.
On n'est pas là pour ça. C'est pas notre problème.
On ne fait pas ces films pour ça, tu oublies la raison de notre venue.
On préviendra quelqu'un à notre retour,
mais ce n'est pas à nous de décider du sort de ces gens.
On n'est pas la Croix Rouge.
Tu as vu ses cicatrices ?
Comment a-t-elle pu laisser sa fille se faire battre ?
La soirée se termine. Elle a été magnifique.
Retournez à vos cabanons et soyez reconnaissants de la joie
que nous avons dans notre vie.
Que Wendy et l'équipe de nettoyage
me retrouvent au pavillon dans 15 minutes.
Que Dieu vous bénisse.
Regarde-les, ils lui obéissent au doigt et à l'œil.
Lavage de cerveau.
Écoute, l'hélico sera là dans huit heures.
On n'a qu'à tout emballer et se préparer à partir.
On dirait que tout le monde va dormir.
Je pense qu'il ne va rien se passer ce soir.
Non ? On n'a qu'à essayer de dormir un peu
en espérant que les choses se calment.
Quand le soleil se lève, on va chercher Patrick
et on se tire d'ici.
C'est quoi, cet endroit ?
15 MINUTES PLUS TARD, UN PETIT GROUPE DE PERSONNES
RETROUVENT PÈRE AU PAVILLON
ON IGNORE CE QU'ILS ONT DIT, MAIS ILS SE SONT MIS AU TRAVAIL...
Il est officiellement 5 h du matin.
5 H
Pas vraiment la meilleure nuit de sommeil de notre vie.
J'ai essayé de m'endormir il y a une heure.
J'ignore ce qu'ils fabriquaient au pavillon,
mais ils ont arrêté, c'est calme.
On n'a pas fermé l'œil de la nuit. C'était très bizarre.
Ça commence à nous peser.
En fait, j'ai vraiment peur.
Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.
Prêt à rentrer à la maison.
LE LENDEMAIN MATIN
C'est le matin. On a tenu toute la nuit.
On dirait qu'il y a une sorte de rassemblement
devant le pavillon.
On ne sait pas trop ce qui se passe,
mais on va aller chercher Patrick
et commencer à retourner à la piste d'atterrissage.
Tu vois ça ?
Bordel. Qu'est-ce qui se passe ?
- C'est quoi, ce bordel ? - Qu'est-ce qui se passe ?
Ça fait une heure que ça dure. Ces gens veulent partir.
Ils ont fait leurs valises.
J'ai commencé à filmer pour toi.
- Je ne sais pas quoi faire. - Ils veulent tous partir ?
Oui, ils veulent tous partir.
Ils savent qu'on a un hélico et veulent monter à bord.
On ne peut pas tous les emmener.
Je n'arrête pas de leur dire, mais ils n'écoutent pas.
Caroline crise depuis ce matin. Je ne sais pas quoi faire.
Merde.
Salut.
- Tout va bien ? - Oui, ça va.
Ne vous en faites pas. On n'a vu personne depuis un an,
alors le fait de vous voir les stresse complètement.
Pour la caméra, je peux vous demander
ce qui se passe ici ?
Ne vous en faites pas pour ça.
Ça va bien. Tout... C'est rien.
Caroline, ce n'est pas rien. Ces gens veulent partir.
Vous ne pouvez pas les retenir.
Écoutez... Ils ne peuvent pas partir.
Ils doivent rester. Leurs familles sont ici.
Vous voulez briser leurs familles ?
Attendez. Ils ont le droit de partir, non ?
Bien sûr que oui. Ce n'est pas ce que je dis.
Partez vite à votre hélicoptère.
Hé, Sam ! Sam !
Sam, ne te mêle pas de ça !
Qu'est-ce que tu fais ? Arrête.
Emmenez-la avec vous.
Calme-toi, Wendy. Personne ne va l'emmener.
Mais notre hélicoptère est trop petit.
- Emmenez-la. - Non.
Va à l'hélico et demande combien de personnes il peut transporter.
Je reste ici pour tout arranger.
Sam, c'est de la folie. On ne peut pas les emmener.
Rien qu'elle. On ne peut pas la laisser.
Vas-y avant que le pilote parte.
Dis au type de nous appeler. Ça marchera, non ?
Ne laisse pas l'hélico repartir sans nous.
Allez, dépêche.
Caroline, où est la voiture ?
Bon, je vous appelle dès que je sais ce qu'on peut faire.
Vous êtes sûre de ne pas vouloir venir avec votre frère ?
Ça va aller. Ça ira.
On ne partira pas sans toi, d'accord ?
- Ne faites pas ça. - Reculez !
On ne te laissera pas, promis.
Que s'est-il passé ? Où est Jake ? Faut régler ça.
- Caroline, où vas-tu ? - Faut que j'appelle Père.
Il m'avait prévenue. Il avait raison à votre propos.
Il avait raison sur vous tous.
Vous êtes venus pour nous détruire de l'intérieur.
Je ne voulais pas le croire, je me suis battue pour vous.
Tu n'es pas mon frère, j'ai commis une grave erreur.
Arrête de me filmer !
LA PISTE D'ATTERRISSAGE 7 H 50
- Où sont les autres ? - Ils arrivent.
Combien de personnes peuvent tenir dedans ?
Ce n'était pas notre accord. Je n'emmène personne d'autre.
Il n'y a qu'une mère et sa fille et la sœur de mon ami.
Non, je vous l'ai dit.
Elle est malade. Il faut l'aider.
Seuls ceux que j'emmène, sans exception.
Je ne comprends pas...
Vous faites peur à la petite. Vous lui faites peur.
- Arrêtez de pousser. - Sam, attention.
Lâchez-le.
Prends la caméra.
Je veux que tu filmes ça.
- C'est important. - Oui, père.
Tu le vois ?
Où est-il ?
Il est parti.
Je crois que je le vois.
Il est parti.
Qu'est-ce qu'on fait ? Pourquoi on le pourchasse ?
C'est les ordres de Père. C'est la fin dont il parlait.
Personne ne peut partir d'ici vivant.
Dépêchez-vous, les enfants, dépêchez-vous.
Il faut que vous entendiez ce que j'ai à dire.
Chaque famille, tout le monde.
Venez, nous n'avons pas beaucoup de temps.
Vous devez venir. Cela vous concerne tous.
Je dois vous voir ici, dépêchez, dépêchez.
Approchez.
Venez tous, allez.
Trouvez une chaise. Veuillez tous vous asseoir.
Asseyez-vous tous, trouvez une chaise.
J'ai quelques chose à vous dire, asseyez-vous.
- Vous savez que je vous aime. - Oui, Père.
Je vous ai donné tout ce que j'avais.
Mais arrivé à un moment, la qualité de la vie
compte plus que le temps qu'il vous reste à vivre.
Des hommes sont venus ici
et ont détruit tout ce qu'on avait bâti.
On ne peut pas les laisser rentrer à New York.
- Non. - Non.
Ils vont répandre des mensonges sur ce que l'on fait ici.
Oui, Père.
Et leur gouvernement va envoyer des soldats ici
pour brûler nos maisons, prendre nos enfants et nous tuer !
Non, non.
Non, on ne peut pas laisser cela arriver. Non !
Je ne laisserai pas ça arriver.
Je ne veux rien faire à ces hommes,
mais quelqu'un va forcément les chercher.
- Oui, Père. - Alors qu'ils partent,
où qu'ils restent,
tout est fini pour nous.
Notre heure est enfin arrivée.
Mère, précieuse mère.
Cela me brise le cœur.
Je viendrai avec vous, Père. Emmenez-moi avec vous.
Je le sais.
Certains d'entre vous me suivent depuis le début.
Nous savions que ce jour viendrait.
Nous en avons parlé, nous l'avons préparé.
Certains des enfants ont déjà bu la potion.
On n'attend pas de se faire assassiner.
On ne va pas se laisser abattre comme des chiens.
Buvez votre boisson et partez avec votre famille.
Si on ne peut pas vivre de cette façon,
quelle vie vaut d'être vécue ?
C'est le dernier sacrement, les enfants.
Ils savent qu'on n'a pas peur de mourir,
mais on a le droit de choisir notre propre mort.
On peut partir en paix et en silence.
C'est le test ultime.
Je vous aime tous.
Vous m'avez été fidèles toutes ces années.
Et nous nous retrouverons.
La vie éternelle nous attend.
8 H 05
Où sont-ils ?
Ils sont partis.
Vite, je peux encore piloter.
Aidez-moi à m'asseoir sur le siège.
Allez chercher vos amis. Vite. On n'a pas beaucoup de temps.
Ne résistez pas, non. Ne résistez pas.
Ça a un goût amer et puis, c'est fini.
Pas de douleur. Pas de convulsions.
Ce n'est pas du suicide.
Ce n'est pas un péché mais une preuve de notre foi.
Offrons nos corps comme un sacrifice vivant,
saint et qui plaise à Dieu. Romains, 12:1.
On ne peut faire marche arrière. On n'a nulle part où aller.
Notre moment est venu.
N'ayez pas peur. N'ayez pas peur.
On ne fait que passer de l'autre côté.
C'est tout.
Montrons au monde que la seule paix pour nous,
c'est la mort.
Nous partons pour un endroit meilleur.
Allons-y ensemble.
Ce n'est qu'un médicament, c'est tout.
Nous allons dormir.
Allez-y, buvez votre verre comme on l'a répété.
Père, non, non.
Je suis désolé, mais ça n'a aucun sens.
On a travaillé tellement dur, pourquoi abandonner comme ça ?
Fils, on n'abandonne pas.
Je ne vous ai jamais menti.
Je vous le dis, ils vont débarquer ici
avec leurs fusils, leurs bombes et nous exterminer.
L'Amérique est au bord d'une autre guerre.
On ne mérite pas de mourir comme ça.
On mérite la paix.
Vous étiez tous d'accord, c'est pour cela que vous êtes venus.
Tu n'aurais pas de vie sans Père !
Il faut partir.
Alors partons ensemble.
Notre heure est venue.
Venez, apportez-les.
Voilà, voilà.
Garde ta dignité, mon fils, on est tous là avec toi.
C'est ça, c'est ça, vite, vite.
Les mamans, aidez vos enfants, dites-leur que tout ira bien.
Allez-y, buvez si vous avez un gobelet. Buvez.
J'ai essayé de créer un paradis ici, vous savez que j'ai essayé.
Mais l'heure est venue.
Passez de l'autre côté, mes frères et sœurs.
Où le vrai paradis vous attend.
Venez, prenez-en-un.
Prenez-en-un. Oui. Allez-y.
Nous devons tous boire notre verre.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Buvez-le.
Si vous voyez ça, c'est qu'il s'est passé quelque chose d'horrible.
J'ignore pourquoi, mais ils essaient de nous tuer.
Je vais continuer à filmer
en espérant d'avoir autant d'images que possible,
en espérant que ces images parviennent à quelqu'un.
Quoi qu'il arrive, cette histoire doit être racontée.
Non, non !
- Il faut s'en aller. - Bois ça.
- Non. - C'est rien.
On l'a testé sur notre chien. C'est rapide, sans douleur.
- Non, non ! - Patrick, Patrick !
Ils vont venir ici et nous tirer dessus.
On peut mourir comme ça, c'est plus facile.
On peut encore partir...
On peut encore partir. Où est la clé ?
Il faut trouver la clé. Non, non !
C'est quoi ? C'est quoi ?
Qu'est-ce que c'est ?
- Qu'est-ce que tu m'as fait ? - C'est rien.
Qu'est-ce que t'as fait ?
Qu'est-ce que tu m'as injecté ? C'était quoi ?
Caroline, non, non, non. Qu'est-ce que c'est ?
Ne me laisse pas. Tu sais que je t'aime.
Il faut trouver Jake. Je t'aime, je t'aime.
Caroline, non, on peut encore partir.
On peut encore partir, on peut encore rentrer.
On peut rentrer à la maison, pense à maman et papa.
Pense à maman et papa.
Non, qu'est-ce que c'est ? Qu'as-tu fait ?
C'est quoi, Caroline ? Qu'est-ce que tu m'as injecté ?
Non, non, non, j'ai peur.
J'ai peur ! C'est quoi ? On va mourir ?
J'ai peur.
Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir.
Je ne veux pas mourir. Mon Dieu.
Mon Dieu.
Je ne peux pas respirer.
Calmez-vous.
Calmez-vous tous.
La potion est rapide.
Il ne faut pas paniquer, il faut partir en paix.
Nous devons mourir ensemble.
Non, non !
Serrez vos proches dans vos bras. Dites-leur que vous les aimez.
Nous souffrons depuis bien trop longtemps.
Ne laissez pas vos familles se faire tuer par des impérialistes.
C'est la seule façon humaine de partir.
C'est un acte révolutionnaire.
On préfère mourir que reprendre leur style de vie.
Le monde verra notre sacrifice comme une injustice,
on ne les laissera pas prendre nos vies, non !
On sacrifie nos vies.
Allongez-vous. Allongez-vous, les enfants.
Allongez-vous. Allongez-vous et dormez.
Endormez-vous.
Dormez.
Endormez-vous.
Dormez.
Dormez.
Où sont-ils tous passés ?
8 H 25
Mon Dieu.
Que s'est-il passé ici ?
Andre ?
Ma mère, mon frère,
ma sœur, ils sont tous morts.
Empoisonnés.
Ne me laissez pas.
Est-ce qu'ils iront au paradis ?
Ça va ?
Ne me laissez pas. Est-ce qu'ils iront au paradis ?
Mon Dieu.
Merde.
Sam !
Sam ?
- Ils ne te feront pas de mal. - Non, c'est rien, c'est moi.
- Il ne faut pas faire de bruit. - N'aie pas peur.
Merde. Ils arrivent.
Vite, venez, cachez-vous.
Venez, cachez-vous.
Je ne les laisserai pas te faire de mal, promis.
Cachez-vous en dessous.
Je ne les laisserai pas tuer ma fille.
Chut, ils vont vous entendre.
Non ! Qu'est-ce que vous faites ?
C'est rien.
C'est rien, c'est rien.
Dors, ma chérie. C'est rien.
C'est rien, c'est rien.
Merde, merde, merde.
PARDONNEZ-MOI
Caroline !
Où est-ce qu'elle va ?
Caroline !
- Caroline ? Où allez-vous ? - Patrick est mort.
On avait travaillé tellement dur. C'est fini, je dois tout détruire.
Caroline, arrêtez, on peut encore partir.
- Pour aller où ? - Chez nous.
C'était chez moi !
Ces gens étaient ma famille, et ils sont tous morts !
Vous comprenez ! Je n'ai plus rien.
- Où est Sam ? - Père l'a emmené.
Où cela ?
Caroline, ne faites pas ça !
Vous n'auriez jamais dû venir ici.
Sam ?
Jake ?
Nous voilà, tous les trois.
Les trois derniers.
On ne pouvait plus vivre de cette façon,
mais je ne pouvais pas les laisser partir.
J'ai essayé. Dieu sait que j'ai essayé.
Je leur ai tout donné. Je leur ai offert une échappatoire.
On faisait quelque chose de formidable ici.
On allait changer le monde.
Ce n'était qu'un début.
Vous ne pouviez pas nous laisser tranquilles ?
Quel mal y avait-il ?
- On n'a rien fait. - Vous avez apporté la violence.
En êtes-vous fiers ?
Reconnaissez-vous votre part de responsabilité ?
Sinon, passez de l'autre côté comme nous.
Non, arrêtez ! Personne n'avait besoin de mourir !
Tout le monde meurt, mon ami.
Il n'y a pas de plus grand amour
que de donner sa vie pour ses amis.
C'est ce qu'on enseignait aux enfants.
C'est Jean 15:13.
Pitié.
Je vais être papa, j'ai une famille.
Vous n'êtes pas obligé de faire ça.
Vous avez détruit ma famille.
Un jour, vous comprendrez, vous verrez ce qu'on faisait.
Je suis fatigué.
Je suis tellement fatigué.
J'ai donné tout ce que j'avais.
Il est temps de partir.
On doit montrer au monde qu'on n'a pas peur.
C'est notre heure.
Non, ce n'est pas notre heure, on peut encore partir.
Heureux l'homme qui supporte patiemment la tentation,
car il recevra la couronne de vie
que le Seigneur a promise à ceux qui l'aiment.
- Non, que faites-vous ? - Jake, il a un revolver.
Quoi ?
- Non ! Arrêtez ! - Prenez-moi, Seigneur.
Prends la clé dans sa poche.
Ne bouge pas, ne bouge pas.
Vite, lève-toi. Viens, sam.
Viens, l'hélico attend. Il faut qu'on y aille, allez.
- Où est Patrick ? - Il est mort, ils sont tous morts.
Viens, il faut y aller, il faut qu'on sorte d'ici
avant que le pilote s'en aille !
Sam, baisse-toi.
Où est-il ?
Il vient vers nous.
- Qu'est-ce que tu veux faire ? - J'en sais rien.
On peut essayer de courir.
Merde, il est à l'intérieur.
- On lui saute dessus ? - Non.
On ne peut pas, il est trop loin.
Il nous voit. Ne bouge pas.
Sortez de là ! Levez-vous ! Allez !
- Viens ! Allez ! - Vite !
Je vais tout brûler. Allez !
9 H 07
167 PERSONNES SONT MORTES AU MASSACRE D'EDEN
C'EST L'UN DES PLUS GRANDS SUICIDES COLLECTIFS DE L'HISTOIRE
LES DOCUMENTARISTES SAM TURNER ET JAKE WILLIAMS
SONT LES DERNIERS SURVIVANTS
CE DOCUMENTAIRE EST LE SEUL COMPTE RENDU VÉCU
DES ÉVÉNEMENTS DE LA PAROISSE D'EDEN
PAROISSE D'EDEN
LE SACREMENT
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