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Et tous y ont �t�, comme du b�tail,
hommes, femmes, enfants,
dans les manufactures de la laine.
De l'aube � la brume, ils travaillent comme des b�tes.
Quand on m�ne une vie comme �a,
C'est normal, avec une paye r�guli�re,
les hommes essaient de la boire ou de la jouer,
histoire de tenir le coup,
et d'avoir l'impression de vivre encore...
Les Bront�, pendant ce temps, �crivaient.
Ils noircissaient des pages de leur fine �criture illisible.
�a y est. Vous pouvez venir voir.
J'ai fini.
La ressemblance est frappante. C'est un v�ritable artiste.
Je suis tr�s content, Branny. Vraiment.
Anne et Emily, j'ai trouv� tout de suite.
C'est Charlotte et moi qui m'ont donn� le plus de mal.
Mais c'est tout � fait �a. Exactement.
Nous avons un artiste dans la famille.
Emily, ta veste et ton pantalon sont encore tout crott�s.
Marcher dans la lande, attif�e en gar�on !
Tu as l'air d'un �pouvantail.
En plus, ta tante trouve �a ind�cent.
Ils me permettent simplement d'aller plus vite et plus loin.
De toute fa�on l� o� je vais, personne ne me voit.
Viens voir, Emily.
Regarde comme c'est beau, un rosier sauvage.
C'est un �glantier. On l'appelle aussi rosier des chiens.
- Tu l'aimes, alors ? - Non.
Je pr�f�re ce buisson de houx.
Le houx ?
Mais c'est une plante humble, triste et banale.
Tu ne vois que l'apparence des choses.
Tu es fascin�e en ce moment par le rosier sauvage parce qu'il est dans tout son �clat.
Mais bient�t il perdra toutes ses fleurs parce qu'elles tombent pr�cocement.
Cet hiver, diras-tu que l'�glantine est belle ?
Tandis que le houx sera toujours verdoyant.
Le rosier sauvage, c'est l'amour.
L'amour qui n'a qu'un temps de floraison.
Je le m�prise et je le pi�tine.
Je crache sur l'amour et sur sa vanit�.
Le houx, c'est l'amiti�.
Et il durera jusqu'� notre hiver.
"Charlotte travaille dans la chambre de tante,
Anne et moi �crivons.
Anne, un po�me qui commence par :
"Beau s'annon�ait le soir, rayonnait le soleil..."
Moi, la vie d'Augustus Almeda 1er.
Belle journ�e assez frisquette avec des minces nuages gris, mais ensoleill�e.
Tante travaille dans la petite chambre.
Papa sorti. Tabby dans la cuisine.
Et Branwell ?
Il faudrait dire qu'il a rencontr� Leyland, le sculpteur.
Oui. Qu'est-ce qu'il disait dans sa lettre ?
Dans sa lettre, il disait :
il disait :
"J'aimerais lui ressembler.
Il a un talent fou,
une �l�gance,
une aisance,
quelque chose qui �mane de lui,
un �panouissement qui frappe tout de suite,
qui ne trompe pas."
Enfin, je voulais vous remettre simplement mon adresse.
Au cas o� vous passeriez dans ma r�gion, ce n'est pas si loin.
Et puis le monde est petit.
Je me ferais un honneur de vous recevoir
et de vous pr�senter mes s�urs.
Ici, je n'oserais jamais solliciter un repas en votre compagnie, ni m�me un verre de bi�re.
Vous manquez singuli�rement d'audace. Est-ce � moi d'en faire preuve ?
Il me fallait la ville.
M�me une petite ville comme Bradford,
pour mesurer mes chances en ce monde.
Joe Leyland a �t� un alli� pr�cieux. Il dit que je dois trouver ma voie.
Ne plus h�siter entre peinture et po�sie.
J'ai vu au mus�e son �uvre la plus puissante :
"Le Satan du paradis perdu", d'apr�s Milton.
Si un tel homme me fait confiance,
c'est que la gloire me regarde et esp�re en moi.
Il peint tr�s vite, comme on fait aujourd'hui, d'apr�s les plaques du calotype.
Cet appareil nouveau.
Je ne peux pas rivaliser avec lui.
Alors, je lui ai montr� mes po�mes du royaume de Gondal.
� un tel homme, on peut confier une petite part de notre secret.
Mon talent ne peut pas s'�panouir si je ne suis pas reconnu. Mais je deviendrai c�l�bre.
Vous ne savez pas ce que c'est que la vie d'une ville, petite s�ur.
C'est aussi diff�rent d'ici que la vie peut l'�tre de la mort, que le jour de la nuit.
Ici, vous pourrissez dans une cave.
Vous pourrissez comme des pommes de terre. L�-bas, tout va infiniment plus vite.
�coute-moi bien, Charlotte,
je ne connais pas encore les r�gles du jeu de la soci�t�,
mais le grand Joe Leyland me les apprendra, une � une.
Et quand je les conna�trai � mon tour, vous rayonnerez de mon triomphe.
Voil� ce qu'est mon projet.
Je le poursuivrai de toutes mes forces. Voil� ce que sera ma vie.
Arr�te un peu, Branny. Tu nous fatigues.
Branwell...
Vous sentez l'odeur du souffre ?
Emily...
- Emily, dois-je laisser entrer ? - Pas tant que je serai l�.
Qui est-ce ?
John Brown, le sacristain.
Je ne crois pas que son d�sir soit d'entrer.
Non, en effet, petite s�ur.
Puisque je vous fatigue, je vais prendre le frais. Je crois que �a me fera du bien.
Branwell.
Quoi donc, grande s�ur ?
Prendre le frais...
Le taureau noir est si enfum� qu'on ne doit pas y voir � trois pouces.
Mais qu'est-ce que tu fais l� � cette heure ? Tu ne te sens pas bien ?
Emily, r�ponds-moi. Tu es malade ?
Ne t'inqui�te pas, Charlotte. Je vais tr�s bien.
Il m'arrive souvent de veiller un peu.
Je t'en supplie. Va dormir. Il est plus d'une heure.
Dans la journ�e, tu travailles autant que Tabby.
J'attends Branwell. Je ne veux pas qu'il r�veille papa ou tante en rentrant.
Et toi ?
Qu'est-ce qui te met debout � une heure pareille ?
Tu attends Branwell ?
Ainsi donc, c'est toi qui lui ouvre !?
Je pensais qu'il s'�tait arrang� avec Tabby.
Comme c'est dr�le, tout �a.
Tu as l'air dr�le toi-m�me.
Il est arriv� quelque chose ?
Oui.
Cela concerne Branwell ?
En un sens.
Qu'est-ce que c'est ?
Une lettre. Pas n'importe quelle lettre.
Une lettre � vous faire perdre le sommeil.
- Une lettre de Southey. - De Southey ?
Mais c'est fantastique.
Branwell va �tre fou de joie.
Apr�s tous les po�mes qu'il lui a adress�, le grand homme daigne enfin lui r�pondre.
Charlotte, il faut lui faire la surprise.
Charlotte...
Comme tu es bizarre !
Tu l'as lue ?
� tout prendre, elle est plut�t �logieuse.
Je n'arrivais pas � trouver le sommeil. Je voulais la relire ici.
Elle n'est pas adress�e � Branwell.
Elle n'est pas adress�e...
Mon Dieu que je suis sotte. Tu lui �crivais toi aussi.
Sous un faux nom. Mais il a devin� que j'�tais une femme.
Tiens, tu peux lire.
"Vous avez �videmment ce qu'on appelle le talent de po�sie.
Je ne le d�pr�cierais pas en disant qu'il n'est pas rare de nos jours."
"Donc, quiconque ambitionne de se distinguer de cette fa�on,
dois s'attendre � des d�ceptions.
Moi qui ai fait de la litt�rature ma profession,
je me sens oblig� de vous mettre en garde.
Je vous exhorte seulement � �crire de la po�sie pour le plaisir d'en �crire.
et non dans un esprit d'�mulation et avec le d�sir de la c�l�brit�.
La litt�rature ne peut �tre une occupation f�minine et ne doit pas l'�tre.
Plus une femme est occup�e � ses vrais devoirs,
moins elle aura de loisir pour �crire,
m�me comme art d'agr�ment ou comme passe-temps.
Mais ne croyez pas que je d�pr�cie le don que vous poss�dez."
Emily.
J'ai donc d�sormais deux s�urs de charit�.
Formidable.
Formidable.
Qu'est-ce que vous complotiez toutes les deux ?
Vous �tiez pench�es sur des feuilles de papier qui semblait vous causer le plus vif int�r�t.
On relisait le texte du sermon de papa de dimanche dernier sur le pardon des offenses.
Matthieu XVII, 21. C'est vrai, vous �coutez toujours ces fadaises.
- Je me demande si le vieux y croit encore lui-m�me. - Moins fort. De l�-haut, on peut t'entendre.
� ouvrir dans quatre ans d'ici, jour pour jour.
Je me demande o� nous serons, comment nous serons,
et quelle journ�e ce sera alors.
Esp�rons pour le mieux.
Tu signes ?
Je crois que dans quatre ans, jour pour jour,
nous serons ici, tous bien � l'aise.
Moi, je crois que nous serons partis tous ensemble quelque part.
O� ?
Charlotte et moi gagnons notre vie.
Mais Emily � la maison est aussi occup�e que nous et travaille autant que nous.
J'ai les m�mes d�fauts qu'il y a quatre ans,
mais j'ai gagn� en sagesse et en exp�rience.
Je suis plus ma�tresse de moi-m�me.
Je n'oublie pas le royaume de Gondal.
Je me demande si dans quatre ans, ces personnages nous occuperont autant.
- Et o� ils seront. - Mlle Bront�.
Vous me pardonnerez de vous interrompre, mais les enfants sont abandonn�s � eux-m�mes.
Il est plus que temps de les ramener.
Ne m'obligez pas constamment � vous rappeler � l'ordre.
Soyez gentille, Mary. Dites-moi le mot.
Est-ce que vous me raconterez l'histoire de Toto le minet tout � l'heure dans mon lit ?
Oui bien s�r. � condition que vous me disiez le mot.
Allons Mary, dites-le tout de suite afin qu'il n'en soit plus question.
Non.
Reprenez du th�. Des g�teaux ?
Il nous faut offrir des avantages sup�rieurs, mais comment ?
Nous savons un peu de fran�ais.
Assez pour le lire, mais gu�re assez pour l'enseigner.
L'allemand, n'en parlons pas. La musique, nous ignorons la th�orie.
Bref, nous avons grand besoin de nous perfectionner.
Le p�re et la m�re de mes �l�ves actuels pensent que six mois d'�tude sur le continent...
Vous ne le supporteriez pas.
Vous, des esprits droits, protestants, anglais,
chez les J�suites, les papistes...
Six mois seulement, ma tante.
Nous avons des connaissances en pension � Bruxelles qui en sont enchant�es.
Cela va co�ter une fortune.
Si vous nous laissiez partir pour Bruxelles, nous ne serions d'abord que deux, Emily et moi.
Anne viendrait plus tard.
De plus, comme Miss Wooler doit nous pr�ter le mobilier scolaire,
nous n'aurions pas besoin dans sa totalit� du cr�dit que vous avez la bont� de nous accorder.
Une partie pourrait �tre consacr�e au voyage, � nos frais de pension.
Qu'en penserait ton p�re ? Il va trouver ce projet bien ambitieux, audacieux.
Qui a jamais progress� dans le monde sans ambition ?
Je veux notre r�ussit� � tous. Je sais que nous avons tous des talents.
J'aimerais tellement que nous puissions faire quelque chose.
Peut-�tre pas de grandes choses, mais quelque chose.
Emily, approche.
Placez-vous toutes les deux devant moi.
Il faudra vous coiffer, vous habiller...
La suite.
Vous ne jouez pas la suite ?
Non, je ne joue pas la suite.
Mlle Bront�, permettez-moi de vous f�liciter.
Vous n'avez rien des alanguissements qui caract�risent votre sexe
dans votre fa�on de jouer.
Si c'est un compliment, je vous remercie, M. Heger.
Ce n'est pas vraiment un compliment.
Que seriez-vous devenue, si vous aviez �t� un homme ?
Je vous demande pardon ?
Je ne veux pas vous obliger � me r�pondre, mais je vous vois tr�s bien en navigateur.
Ne disposant pas de navire, je pourrais vous employer comme professeur de piano.
Non je ne crois pas, M. Heger.
Permettez-moi de prendre cong�.
Emily n'aime pas voyager, monsieur.
et elle n'aime pas la mer.
Vous avez parl� de l'engager comme professeure...
Je souhaiterais...
J'aimerais enseigner l'anglais ici, sous votre direction.
Je me sens faite pour enseigner. Je suis s�re que je ne vous d�cevrai pas.
- J'en ai la conviction. - Nous verrons cela plus tard, si vous voulez bien.
Vous pouvez regagner le jardin.
Il para�t qu'en Angleterre,
on n'aime que le gigot-pomme de terre !
- Et bien quoi, le gigot ? - Une manche, le gigot.
Eh bien, Bront� prend la mouche, on dirait.
Encore une expression que je ne connais pas.
En attendant, prend toujours �a.
Donnez-moi �a.
Je vous interdis de tra�ner du c�t� des cuisines.
Vous me rendrez compte de cela plus tard. Prenez la porte, Mlle. Tout de suite !
Je ne veux pas savoir ce qu'il s'est pass�.
Avril,
veuillez cesser de pleurnicher.
Vous n'apitoyez personne.
Et d'ailleurs, vous l'avez m�rit�.
Silence !
Je ne tol�rerai aucun chuchotement.
Asseyez-vous !
Vos devoirs sur la mort de Napol�on.
Bront�, Charlotte. Au tableau.
Napol�on naquit en Corse et mourut � Sainte-H�l�ne.
Entre ces deux �les,
rien qu'un vaste et br�lant d�sert.
Un vaste et br�lant d�sert et l'oc�an immense..."
Qu'a dit le m�decin ?
Il a dit : "�puisement d� � la constipation."
Je n'arrive pas � y croire encore.
Pourtant j'ai encore ses cris dans mes oreilles.
Elle m'a servi de m�re pendant dix ans.
John Brown,
j'ai veill� pendant deux nuits
et assist� � des souffrances si abominables que je ne les souhaiterais pas � mon pire ennemi.
J'ai �crit � Charlotte et � Anne quand on a su qu'il n'y avait plus rien � faire.
Elles arriveront trop tard.
Vous n'avez rien mang� ?
�a doit d�j� �tre tout froid.
Charlotte et Emily ne vont s�rement plus tarder maintenant.
Nous n'allons pas commencer sans elles.
Avec un temps pareil, �a ne m'�tonnerait pas que le coche se soit embourb�.
Branwell... Branwell, viens.
Viens avec moi, Branwell.
Je t'emm�ne au Taureau noir.
J'ai d�test� Bruxelles.
Je suis contente d'�tre ici.
Je suis d�j� ivre du vin que tu vas boire, que je ne go�terai jamais.
Quelle horreur !
Il est secou�. Il l'a vue mourir.
�a va passer, Charlotte, mais il ne faut pas qu'il reste ici.
Je vais le prendre avec moi chez les Robinson.
Ils ont besoin d'un pr�cepteur pour le petit Edmond.
Si je suis l�, je suis s�re que tout ira mieux.
Dieu, j'ai �t� stupide.
J'ai �t� stupide.
Mais pourquoi ?
J'ai �t� stupide de revenir.
Elle est morte et enterr�e. � quoi bon ?
Je n'aurais jamais d� revenir.
Je le savais. J'aurais d� rester l�-bas.
Il faut que je reparte imm�diatement � Bruxelles.
Tu te sens pr�t � affronter les Robinson, Branwell ?
Ce costume te va merveilleusement. Tu vas leur faire grande impression.
Gr�ce � toi, petite s�ur. Gr�ce � Emily.
Si vous n'�tiez pas l� pour me tisser mes cols et mes manchettes, de quoi aurais-je l'air ?
C'est vrai. Tu resplendis, ce matin.
Comment sont-ils, les Robinson ?
Suffisamment cultiv�s pour appr�cier nos talents
et suffisamment intelligents pour ne pas nous casser les pieds
et suffisamment g�n�reux pour nous offrir un salaire convenable.
C'est le r�ve.
Branwell, tu seras professeur de notre pensionnat
et toutes les �l�ves seront amoureuses de toi.
Si vous partez cette apr�s-midi, permettez-moi de vous remercier.
De quoi ? Qu'est-ce qui te prend ?
De pas grand-choses. De m'autoriser � rester ici.
Je tenais � vous rendre hommage et � vous souhaiter � tous un bon voyage.
Tu l'as eu ?
Tu l'as eu, Emily ? Je n'ai pas entendu le verre �clater.
Tu ne vois vraiment rien � cette distance ?
Tout ce que j'esp�re, c'est qu'il me reste assez de vue le mois prochain pour voir mon fils.
Quant � Anne, �a n'a �videmment aucune importance.
Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, voyons.
Tu sais tr�s bien quelle joie ce serait pour moi de voir Anne et Charlotte.
- Mais elles se sont lass�es d'�crire. - Oui, c'est �trange.
"J'ai peur pour toi, vieux marinier,
j'ai peur de ta main d�charn�e..."
�crivez, Edmond : "J'ai peur de ta main d�charn�e."
- Je suis fatigu�. - Il faut finir.
- Que diras votre p�re ? �crivez. - Non.
Si tu finis ta dict�e, tout � l'heure, je fais avec toi une partie de croquet avant le d�ner.
- Qu'y a-t-il � d�ner ? - Une dinde et un coq de bruy�re.
- Et quoi encore ? - Du poisson.
- Quel genre de poisson ? - Je ne sais pas.
Vous ne savez pas ?
Non, j'ai dis au cuisinier d'acheter du poisson sans lui dire quel sorte de poisson.
Voil� qui d�passe tout.
Madame tient la maison et ne sait m�me pas quel poisson il y a pour d�ner !?
Comment acheter du poisson sans pr�ciser quel genre de poisson ?
Peut-�tre, monsieur, jugerez-vous convenable de commander vous-m�me � l'avenir le d�ner ?
Mlle Bront�, je suis surpris de la fa�on dont vous avez coiff� ma fille.
J'ai l'habitude de lui voir une triple tresse attach�e avec des rubans.
Permettez-moi de vous demander de monter la coiffer correctement.
Ma ch�re, je vous prie � l'avenir de maintenir cet enfant dans un �tat d�cent.
Papa, est-ce que je peux aller jouer au croquet dans le jardin avec M. Bront� ?
J'ai termin� ma dict�e.
Il n'y a aucune raison pour que M. Bront� joue avec toi dans le jardin,
ni joue � quoi que ce soit dans l'enceinte de cette maison.
M. Bront� a pour seule attribution de te faire r�p�ter correctement tes le�ons,
de corriger tes fautes et de te faire faire des progr�s,
et de me rendre fier de toi, ce que je ne suis pas toujours.
Pour cela, il est pay� la somme exacte de vingt livres par trimestre,
ce que d'aucuns pourrait trouver une somme confortable.
Je suis surpris que tu songes � jouer avec M. Bront�,
je suis surpris que M. Bront� songe � jouer avec toi.
Ce n'est pas parce que nous lui faisons l'honneur, ainsi qu'� Mlle Bront�, de d�ner � notre table,
qu'il faut perdre toute retenue au point de se croire de la famille.
M. Bront�, tout savant qu'il se pr�tende,
ne diff�re de notre domesticit�, que par ce seul d�tail
et le taux de ses �moluments.
M. Robinson...
Allez, M. Bront�, c'est votre tour de recevoir une le�on.
Ne le prenez pas trop mal, mais qu'elle vous soit profitable.
Viens avec moi, Edmond, si tu veux t'amuser.
Je vais te faire monter Andy, le poney rouge.
Non, je pr�f�re monter Juana, la jument pommel�e.
Tu vas monter Andy, le poney rouge.
Mr Bront�...
Ne partez pas tout de suite.
M. Bront�, je n'approuve pas la fa�on dont mon mari vient de vous parler.
Vous �tes tr�s bonne, madame.
Attendez !
Je suis honteuse...
de la grossi�ret� que M. Robinson vous a t�moign�.
M. Robinson est un homme dur, orgueilleux, qui songe moins � Dieu
et � ses proches qu'� sa position dans le monde.
Je tenais � vous dire que je ne vous ai jamais consid�r� comme un domestique, M. Bront�,
mais comme un homme plein de science, d'esprit, de d�licatesse.
Je l'ai vu d�s le premier jour.
Voil� ce que je voulais vous dire.
Il y a longtemps que je n'avais fait une promenade aussi agr�able.
Thurston, occupez-vous des fleurs.
On dit que la tour est hant�e.
La jambre du grand-p�re de M. Robinson monte et descend la tour.
� cloche-pieds, certaines nuits d'hiver.
On l'entend tr�s distinctement.
Que vient-il chercher l� ?
Que s'est-il commis l�-haut ? C'est ce que personne ne sait.
Edmond, qui n'a peur de rien, sauf de la cravache de son p�re,
vient de temps en temps jouer ici.
Qu'avez-vous ?
J'imagine une jambe poilue en train de sauter toute seule dans cette chambre abandonn�e.
Un peu de d�cence, s'il vous pla�t. C'est d'un go�t un peu douteux.
Assez, je ne pourrais pas plus longtemps supporter ces alternances de coquetterie et de d�dain.
�a suffit avec votre charmant �poux que vous estimez si fort.
Lydia Robinson, je dois demeurer ici pendant des jours et des semaines
et je refuse de passer autant de temps along� sur le grill de St-Laurent.
Aussi vous demand�-je une fois pour toutes : voulez-vous me rendre le s�jour dans cette maison supportable ou bien ?
Non.
Descendons.
Que le Seigneur soit pleinement remerci� pour tout ce que nous allons recevoir.
Pour tout ce qu'il nous donne, pour tout ce qu'il nous a donn�, pour tout ce qu'il nous donnera.
- Amen. - Amen.
Amen.
Il n'est pas mangeable.
Qu'on apporte le b�uf froid.
Qu'a donc le mouton, mon cher ?
Il est trop cuit. Il est bon pour le chat.
Ne sentez-vous pas que toute sa saveur a disparu ?
Ne voyez-vous pas qu'il n'a pas ce ros� d�licat au centre qui fait toute sa qualit� ?
Le mouton est trop cuit. Remportez-le et dites-le � la cuisine.
Servez le b�uf froid.
Pattes de velour, �il d'ambre, jolie b�te.
Pourquoi tu viens me voir ?
Tu viens me baiser, hein ?
Un baiser ? Non, tu n'auras pas �a maintenant.
Non, pas maintenant.
Oh, quel bruit tu fais avec ta gorge !
On dirait un vrai nid d'abeille...
Allez, va-t-en, par terre.
Maman, pourquoi y a-t-il des fleurs aujourd'hui ?
Et pourquoi M. Bront� est-il tout rouge ?
Taisez-vous, impertinente ! Les enfants ne doivent pas parler � table.
Qu'y a-t-il, M. Bront� ? Vous �tes souffrant ?
Je suis un peu pr�t de la chemin�e, mais ce n'est pas autrement g�nant.
Je vous remercie, madame.
Mme Robinson et M.,
je vous demande la permission de me retirer.
Je souffre d'une affreuse migraine.
Allez. Voulez-vous que Nancy vous pr�pare une tisane ?
Je vous remercie.
Je crois que cela va passer si je me couche.
Ils sont sous la garde de votre s�ur.
Ils ne savent pas quelle m�re abominable je fais.
Vous n'�tes pas abominable.
Pourquoi restez-vous ainsi ?
Comme un mort...
Un mort avec la respiration d'un chat.
Regardez le chat, comme il est calme.
Calmez-vous.
Prenez-moi.
Je n'ai jamais rien entendu de semblable.
Quelle sorte d'homme �tes-vous donc ?
- Une sorte de... - Ne dites rien.
Vous �tes un fou, un po�te, et moi je suis vieille.
Vieille et perdue.
Que Dieu me pardonne. Je ne sais pas jusqu'o� j'ai m�rit� sa col�re.
Non, laissez-le tranquille l�-haut.
Le vieux papa-personne ne s'occupe pas de nous.
Lydia...
C'est quand la loi s'endort que nous pouvons croire au bonheur. Vous �tes belle.
Vous �tes belle.
Venez.
Vous ne voyez donc pas que c'est tr�s mal de faire de telles choses ?
Souvenez-vous que les oiseaux ressentent aussi bien que vous.
Est-ce que vous aimeriez qu'on vous fasse la m�me chose ?
Je ne suis pas un oiseau et je ne ressent pas ce qu'ils souffrent.
Peut-�tre aurez-vous � le ressentir un jour, Edmond.
Vous savez o� vont les m�chants apr�s la mort ?
- Et si vous ne renoncez pas � torture... - Cessez un peu ces enfantillages.
Papa sait tr�s bien comment je les traite et il ne m'a jamais bl�m� pour cela.
L'�t� dernier, il m'a donn� une nich�e de jeunes moineaux.
Il m'a vu leur arracher les pattes, les ailes et la t�te
et il ne m'a rien dit sauf que ce sont des choses malpropres
et que je ne dois pas tacher mes pantalons.
- Et votre maman, que dit-elle ? - Oh, elle n'a pas le temps de s'occuper de �a.
Et d'ailleurs, elle fait de bien plus vilaines choses que des pi�ges pour les moineaux.
Demandez � votre fr�re, Mlle Bront�.
Ou allez-voir l�-haut dans la tour. Ils y sont tous les deux.
J'esp�re que vous nous reviendrez vite.
Je souhaite � votre mari un prompt r�tablissement, Lydia...
Mme Robinson,
j'esp�re que ce n'est rien de grave.
Il a tr�s souvent des malaises � l'�poque des grandes vacances ou des f�tes.
Certaines personnes ne supportent pas l'atmosph�re de joie qui r�gne alors.
Mais il sera certainement sur pieds dans la journ�e. Je le souhaite comme vous.
Vous ne savez pas le chagrin que j'�prouve de devoir partir.
Si, je le sais.
Branwell, les bagages sont install�s. Il est temps de partir.
Adieu.
Adieu.
� bient�t.
Pourquoi tu ne dis rien ?
Ne me juge pas, petite s�ur. Tu ne sais rien de la vie.
Toi et tes s�urs avez �t� �lev�es comme des pommes de terre dans une cave.
Vous ne savez pas ce que c'est qu'un v�ritable amour.
Une v�ritable passion qui br�le et qui d�chire et se moque de la loi.
Tais-toi.
Tu ne vas pas en plus te r�pandre en bavardages impies et complaisants, je t'en prie.
C'�tait d�j� assez dur l�-bas. �pargne-moi maintenant tes discours.
Petite ch�rie, �me fragile parfaite m�thodiste.
Tra�ne ta croix, on t'a �lev�e pour �a.
Mais ne viens pas me la brandir sous le nez.
Je suis libre comme le vent, et le vent souffle o� il veut.
Le vent...
Anne, que'est-ce qu'il y a ? Tu as mal ?
C'est rien.
�a me prend parfois comme un coup de lance.
Ah oui... le fameux coup de lance.
C'est un village perdu dans la lande comme une oasis en plein d�sert.
Le vent hurle...
Le vent hurle sans cesse et les hivers sont atroces.
J'aime bien le temps ici.
J'aime Bruxelles. Mon pays ne me manque pas.
J'ai l'impression que je pourrais rester ici � enseigner et � �tudier toute mon existence.
Pourtant...
- Vous devez repartir, m'avez-vous dit. - Je reviendrai.
C'est le devoir qui me commande de rentrer. Le devoir d'a�nesse, si je puis dire.
J'ai re�u de mauvaises nouvelles de mon p�re. Sa vue est de plus en plus mauvaise.
Et puis, autre chose...
- Votre s�ur Emily ? - Mon fr�re.
Vous avez un fr�re ?
� quoi peut-il bien ressembler ?
Il est d�r�gl� comme le vent et secret sur ce qu'il fait la nuit.
Mais je reviendrai. Ce serait cruel pour moi de ne pas revenir.
Allons, vous ne savez pas ce que vous dites. Vos �l�ves en classe d'anglais vous rendent la vie impossible.
Je le sais fort bien.
Ne le saurais-je pas, d'ailleurs, qu'il me suffirait de vous voir.
Vos yeux sont creus�s. Vous avez un visage d'insomniaque.
- Je sais que je ne suis pas une beaut�... - Je n'ai jamais dit cela.
Vous vous trompez. Mes �l�ves ne me donnent aucun souci.
Je m�prise leur agitation et j'aime � la vaincre.
J'aime ce m�tier plus que tout au monde. Je vous supplie de me croire.
Ne vous emballez pas. Je vous crois.
Je vous crois, mais je pense qu'un peu de repos dans votre famille vous ferait le plus grand bien.
Vous semblez � bout de nerfs.
Je ferai ce que vous me direz, monsieur.
Vous �tes le ma�tre, je suis votre �l�ve,
et je vous dois l'ob�issance.
Qu'est-ce que vous me chantez l� ?
C'est vous qui �tes venue m'annoncer votre d�part. Ce n'est pas moi qui vous l'ordonne.
Je vous souhaite un bon voyage, Mlle Bront�.
C'est toi ? Rentre. Je croyais que c'�tait Branwell.
- Il n'est pas au Taureau noir ? - Si, bien s�r.
Ne reste pas l�. Viens. Entre.
Je vais t'apporter des v�tements secs, Charlotte.
Je n'en puis plus.
- Vous �tes maltrait�e ? - Non, c'est bien pire.
Il me couvre de fleurs, de menus cadeaux. Comme ces gants que je porte.
Il est d'une tendresse gluante qui est plus insupportable que les coups.
Je crois que j'en deviendrai folle.
- Je n'ai qu'un espoir. - Dites.
C'est affreux � dire. Il est malade.
Il a d�j� eu quatre attaques successives depuis,
et le docteur m'a fait comprendre que la prochaine pouvait lui �tre fatale.
Je profite de ce qu'il est alit� en ce moment-m�me...
En voil� une nouvelle, Lydia.
Ne dites pas cela.
Ne dites pas cela comme �a.
Il peut mourir, c'est vrai.
Mais il peut survivre pendant des ann�es.
Survivre en m'appelant sans cesse � son chevet.
En g�missant comme un chien malade...
Et moi, que deviendrais-je ?
Ne vous reposez pas sur ce l�che espoir.
C'est un espoir...
et je suis contraint de m'y raccrocher.
Pardonnez-moi.
Vous savez o� nous sommes ici ?
Nous sommes � la crois�e des chemins.
L'un de ces endroits o� l'on inhume encore
sans c�r�monie et sans pierre tombale ceux qui ont mis fin volontairement � leurs jours.
Si je prenais une b�che
et si je creusais au pied de ce poteau o� j'ai attach� mon cheval...
Taisez-vous. Je vous interdis de parler ainsi.
Vous pouvez m'interdire de parler mais vous ne pouvez pas m'emp�cher d'y penser.
Je r�ve de vous, Lydia.
Vous m'apparaissez toujours le visage baiss�, les cheveux d�nou�s,
de sorte que je ne peux voir votre visage.
Quel incorrigible bavard ! Croyez-vous vous-m�me � ce que vous racontez ?
- Lydia... - �coutez-moi. Je suis s�rieuse.
Pendant que vous r�vez. Que vous vous apitoyez l�chement sur vous-m�me,
moi, je vis une situation atroce
entre un mari que j'abhorre et des enfants pervers et sans c�ur.
Croyez-vous que je vous ai fait venir dans cette auberge perdue pour que nous pleurions ensemble sur notre sort ?
Que voulez-vous que je fasse ?
Vous �tes un po�te.
Vous �crivez des romans.
Que fait-on dans les romans ?
Que fait-on dans les romans ?
Conduisez-vous en homme.
Enlevez-moi.
Nuit et jour, je ne trouve ni repos ni paix.
Si je dors, je suis troubl�e par des r�ves torturants,
o� je vous vois,
toujours s�v�re,
toujours grave,
toujours irrit�...
Avec les mauvais jours, le courrier aura de plus en plus de retard.
Mais les bateaux traversent aussi r�guli�rement en hiver qu'en �t�, n'est-ce pas ?
Vous voulez parler des temp�tes ?
Non. Entrez. J'attendais cette lettre depuis si longtemps.
J'ai attendu cette lettre depuis si longtemps que je n'osais plus y croire.
J'ai peur que ce soit pour votre fr�re.
Je me doute que c'est d'autres nouvelles que vous attendiez.
Mais les gens se m�fient d'une r�gion perdue comme ici.
Vous ne verrez pas grand-monde dans votre �cole.
Notre �cole ? Ah oui, d'accord.
Au revoir, M. Rasper.
C'est grand dommage. Toutes les trois, vous sauriez tr�s bien instruire les enfants.
Je suis s�r de �a.
Branwell !
Une lettre pour toi.
Il est mort.
M. Robinson est mort. �a va changer toute ma vie.
Il est mort ! Nous sommes libres ! Lydia est libre !
"Un testament impr�vu m'oblige � choisir entre mon c�ur et ma fortune.
Si j'avais rencontr� chez vous plus de r�solutions, mon choix e�t �t� autre.
Ne cherchez en aucune fa�on � me revoir."
Emily...
Eh bien ? Tu as vu un fant�me ?
Oui.
"J'ai vu tout � l'heure un esprit se tenir,
homme, o� tu te tiens.
� ses pieds ruisselaient trois fleuves..."
Sale espionne, tu le regretteras.
Je te le ferai regretter.
Emily, je suis entr�e par hasard.
�coute-moi. Il faut que tu m'�coutes...
Je t'interdis d'entrer ici.
Je ne t'adresserai plus jamais la parole.
Tu n'es plus rien pour moi. Plus rien.
Je savais que tu serais furieuse. Mais j'ai pris ce risque, sciemment.
Laisse-moi entrer. Je n'ai jamais rien lu de pareil.
Vas-tu me laisser entrer ? Insupportable t�te de mule !
- Il faut que ce soit publi�, esp�ce de sotte ! - Jamais, jamais.
Je ne pourrai plus vivre en ta compagnie. Plus jamais.
Comme je te hais !
Comme je te hais bien !
C'est ce que nous avons toujours voulu, Emily.
Nous avons toujours �crit.
Le pensionnat. Les demoiselles Bront�,
ce n'�tait qu'un masque, un masque en carton.
aussi vain que le masque de v�rit� que papa nous mettait autrefois.
Il faut que tu publies ces po�mes.
Publier. Idiote !
Avec tes r�ves de gloire qui valent autant que tes r�ves d'amour...
Non ..
Anne ! Emily !
- Pourquoi ne s'est-il pas r�veill� ? - C'est l'opium.
Il a fait provision de laudanum � la pharmacie.
Les Hauts de Hurlevent. Un roman de Ellis Bell.
Agnes Grey par Acton Bell.
Jane Eyre, une autobiographie. �dit� par Currer Bell.
Comme toute l'Angleterre, nous nous posons qu'une seule question.
- Qui est Currer Bell ? - En effet ?
Est-ce un homme ? Est-ce une femme ?
Vous savez que l�-dessus, Mme Martineau et M. Lewes sont d'un avis diff�rent.
Je ne fais que me ranger � l'avis de personnalit�s aussi comp�tentes
que M. Thackeray et Dickens.
Si l'auteur de "Barry Lyndon"
et celui de "L'Embranchement de Mugby"
d�c�le dans cette histoire de gouvernante, la main d'une femme,
il me semble qu'on peut les suivre.
Le bon sens pourrait tenir compte aussi de l'avis d'une femme.
Il y a certaines choses dans "Jane Eyre", notamment la description de l'amour que cette gouvernante �prouve pour son ma�tre,
qu'un homme n'aurait pu �crire, ou du moins n'aurait pu �crire seul.
En revanche, la duret� de certains passages ne peut �tre attribu� � une main f�minine.
C'est pourquoi j'incline � une collaboration.
Quoiqu'il en soit, Newby, notre concurrent direct, vient de faire para�tre deux romans sign�s "Bell",
une �dition abominablement cochonn�e, entre parenth�ses.
Deux romans qui paraissent apr�s notre deuxi�me �dition de "Jane Eyre"
et qu'il pr�tend avoir sous presse depuis plus de six mois.
Notez qu'il en est capable. - Ce n'est pas tout.
"Jane Eyre" fait actuellement un malheur en Am�rique.
Les �diteurs am�ricains sont donc tr�s d�sireux d'acqu�rir les droits du prochain roman de Currer Bell.
Nous avons conclu un accord avec Faber & Johnson de New York � ce sujet.
Or, ils viennent de me signaler
que Newby a conclu le m�me accord avec leur concurrent.
Et alors ?
Il sort un nouveau roman sign� Acton Bell :
"Le Locataire de Wildfell Hall",
une sombre histoire d'alcoolisme,
que Newby proclame sup�rieur aux trois premiers.
Il vend sa marchandise...
Il pr�tend �galement, et c'est l� la catastrophe,
pourvoir affirmer, avec preuves � l'appui,
que Currer, Ellis et Acton Bell sont une seule et m�me personne.
Tr�s ennuyeux.
Mme Martineau et vous Lewes, qu'en pensez-vous ?
Est-il possible que ces trois auteurs n'en soit qu'un ?
Je crois qu'il s'agit d'un homme et d'une femme.
Vous avez une adresse. �crivez.
Peut-�tre consentira-t-il ou consentira-t-elle
ou consentiront-ils � sortir de l'anonymat.
La seule id�e de ce voyage me fait trembler de la t�te aux pieds.
J'ai peur pour Branwell.
Si tout cela vient � ses oreilles, cela l'ach�vera.
Il n'y a aucune chance.
Les oreilles de Branwell sont ferm�es depuis longtemps � ce qui vient de l'ext�rieur.
Il dort toute la journ�e.
Peut-�tre fait-il semblant.
Alors c'est trop tard. Il sait d�j� tout.
Simplement, je me demande si ce voyage � Londres est vraiment n�cessaire.
Qu'avons-nous � rentrer dans des querelles d'�diteurs ?
Qu'ils acceptent de nous publier ou qu'ils refusent. Nos rapports devraient s'arr�ter l�.
Ne recommen�ons pas. Ta volont� sera respect�e.
Nous ne dirons rien � ton sujet, Emily.
Nous dirons seulement qu'Ellis Bell existe aussi.
Pas un mot de plus.
En voiture !
Je suis pr�sentable, au moins ?
Emily, dis-moi...
Je ne fais pas peur � voir ?
Tu comprends...
si c'est bien lui, si ce n'est pas en r�alit� un autre,
il est venu de loin pour me voir et...
il ne faut pas que je le d��oive.
Tu ne le d�cevras pas.
C'est pas possible. Tu as mis la veste de ton p�re ?
C'est bien Leyland. Joe Leyland.
Comme tu vois.
Oui,
quand j'ai su que tu venais, j'ai d'abord eu du mal � le croire.
Comme tu ne m'as pas �crit depuis longtemps...
Je t'avoue j'ai cru qu'il s'agissait d'une ruse.
Ah bon ? Une ruse ?
J'ai cru un moment.
Mais je suis rassur�.
Lydia, de son c�t�, entour�e de puissants personnages,
qui me ha�ssent comme le diable en personne.
Tu n'as presque rien mang�.
Mais si, j'ai un peu mang�.
�a ne m'�tait pas arriv� depuis longtemps.
� vrai dire, j'ai �t� trop g�t� au cours de ma vie.
Et dans ma derni�re place, j'�tais � ce point mon ma�tre,
et je m'adonnais si librement aux plaisirs les plus...
Avec le temps, tu arriveras � te d�barrasser des images qui t'obs�dent.
Tu es gentil, Leyland,
mais le temps, je ne l'ai plus.
� 28 ans, je suis un vieil homme,
et m�me plus encore qu'un vieil homme.
Qu'est-ce que c'est qu'un vieil homme ?
Un homme qui continue � d�sirer mais qui n'a plus assez de force pour entreprendre.
Alors que moi, je n'arrive m�me pas � d�sirer.
Je vous rends votre fr�re, mademoiselle.
Il est bien tard, et je n'ai pas vu le temps passer.
J'esp�re que vous ne m'en voudrez pas de l'avoir retenu si longtemps.
� vrai dire, je dois �tre moi-m�me t�t demain matin � Bradford.
Au revoir, Patrick. Je t'�crirai prochainement.
Tu peux y arriver.
Franchement, je ne crois pas. Je ne pourrai pas monter la c�te.
Et moi, je te dis que tu pourras.
Permettez-moi d'insister. M. Smith est bien dans son bureau ?
Pourriez-vous lui dire que nous voudrions lui parler ?
Qui dois-je annoncer ?
Je vous ai d�j� dit que nous ne tenons pas � donner de noms.
Dites-lui simplement que nous avons quelque chose qui pourrait l'int�resser.
Pardonnez-moi, monsieur.
Vous �tes fran�ais, � ce que je vois.
En effet, mademoiselle.
- Vous connaissez la France ? - Non, la Belgique seulement.
- Et vous, mademoiselle ? - Non, non.
Ainsi la Belgique ? Vous avez �t� � Bruxelles ?
Oui.
Vous d�sirez ?
Je crois que cela vient de vous.
O� est-ce que vous avez eu cela ?
I am Currer Bell.
Et voici Acton.
Nous sommes trois s�urs. Il n'y a pas d'homme.
Rien ne pouvait le sauver. Le marasme.
C'est le nom que nous donnons � cette affection.
Il ne mangeait plus rien.
Il n'y a aucun rem�de � cela.
Vous n'auriez pas du ruban ou de la ficelle ?
Cette fois, nous sommes contraints de relever le d�fi.
La r�union de la chapelle de Keighley est une v�ritable provocation
� l'�glise d'Angleterre.
Si nous feignons de les ignorer,
ils consid�reront cela comme un triomphe pour eux
et comme une d�faite pour nous.
Je refuse de laisser l'�glise devenir un forum pour d�bat politique.
Nous vivons dans un monde d'affliction o� notre tache consiste plus � soulager la mis�re
qu'� inspirer l'effroi devant le ciel.
Moins je m'en acquitte, et plus votre aide m'est souhaitable.
Allez, et t�chez de ne pas prendre froid.
La fra�cheur tombe vite.
� demain.
Mademoiselle, pardonnez-moi.
Dans la mesure o� l'on peut �tre de quelque r�confort pour une s�ur qui vient de perdre son fr�re,
je le serai.
Je vous remercie infiniment, M. Nicholls.
Charlotte m'a donn�e les critiques de ton livre.
- Tu veux les entendre ? - Oui.
L'Am�rique ne vaut pas mieux que l'Angleterre. �coute �a :
"L'auteur des 'Hauts de Hurlevent' semble croire que la perversit� de l'esprit humain
est faite de la somme de plusieurs f�rocit�s animales.
Il a donc choisi les traits les plus frappants du loup
du chacal et du chat sauvage
pour cr�er la brute d�moniaque qui sera le h�ros de son roman."
- Je continue ? - Oui.
"Les grands �crivains r�ussissent infiniment mieux leurs effets
avec une plus grande �conomie de moyens.
C'est assez, je vois. Merci.
Tu peux rendre �a � Charlotte.
Une cr�ature pire que toi, je n'ai jamais vu.
Ton p�re se tourmente et se d�compose � vue d'�il.
Quant � Charlotte, elle n'ose rien dire,
mais elle donnerait bras et jambe. Elle donnerait sa vie pour faire cesser la souffrance que tu lui causes.
Regarde Anne, elle n'est pas comme toi.
Anne est la plus douce de vous toutes.
Elle, elle comprend que c'est pour son bien.
C'est un ange de patience.
Je t'en supplie, Emily, rien qu'une fois.
Pour ton p�re, pour moi, pour Charlotte, pour Anne.
Mon Dieu, pourquoi es-tu si m�chante ?
Je ne suis pas m�chante...
mais vous �tes trop... nerveux...
...vous attachez trop d'importance...
� ces stupidit�s.
Je vais parfaitement bien.
Il faudra en prendre r�guli�rement jusqu'� ce que les sympt�mes aient disparu.
Ce point au c�t�...
Vous le sentez en permanence ?
Assez souvent.
- Ici ? - Oui.
Emily �prouve la m�me chose.
Je l'ai vu fr�quemment, quand elle croyait que personne ne l'observait.
Et comment est la toux ?
Est-elle s�che ? Espac�e ? En courts spasmes ?
- Ou bien profonde et caverneuse ? - Profonde et caverneuse ?
La derni�re fois qu'elle s'est laiss�e prendre le pouls, j'ai compt� 115 pulsations par minute.
Charlotte, reviens. Je deviens folle ici. N'y va pas.
Reste ici. Tu vas tomber malade toi aussi avec ce froid.
Je n'irai pas tr�s loin. Je vais revenir tout de suite.
- � quoi est-ce que �a rime ? - Tu ne comprends pas.
Elle n'est pas comme tout le monde.
Il lui faut quelque chose de la lande.
Elle a raison : ce n'est pas une stupide m�decine qui pourra lui redonner la sant�.
C'est magique. Un parfum, une odeur.
Quelque chose � toucher, � sentir. Oh, je vais s�rement trouver.
Charlotte, reviens.
Tu ne trouveras rien.
La lande est un d�sert.
Regarde ce que j'ai trouv�, Emily.
De la bruy�re de la lande.
Je n'ai trouv� que �a.
La lande �tait gel�e.
Charlotte !
Si vous appelez un m�decin, j'accepterai de le voir.
No, Anne, il faut ranger le costume de la lande.
On ne peut pas la mettre en terre avec des habits de gar�on.
Moi, je crois que nous serons partis tous ensemble quelque part.
- O� ? - Je ne sais pas.
Au bord de la mer.
Je n'ai jamais vu la mer.
J'aimerais bien la voir un jour.
Que le gr�ce de notre dieu soit sur nous,
affermissent l'ouvrage de nos mains.
Je me sens revivifi�e, joyeuse.
Je tenais si fort � ce voyage. J'ai si souvent r�v� de �a.
Je pourrais rester des heures,
pas toi ?
Non, pas plus ici que dans la lande.
La vie est d'une telle insolence.
Je n'ai jamais pu apprendre la centi�me partie
des tours qu'elle se permet.
Il faudrait un temps fou.
C'est pour �a que les �uvres de jeunesse sont toujours pleines de scories.
Ce n'est pourtant pas le cas de Charlotte Bront�,
dont tout Londres reconna�t le talent,
et que nous verrons demain � l'op�ra.
La vie est trop courte pour l'art.
Il nous faudrait beaucoup plus de temps pour durcir notre coquille.
Dure et brillante.
Mais la chose diabolique
c'est que souvent, elle est brillante sans �tre dure.
"En �tat d'hostilit� envers ceux qu'elle souhaiterait aimer..."
"Plut�t que de vivre en �tat d'hostilit� envers ceux qu'elle souhaiterait aimer..."
"Plut�t que de vivre en �tat d'hostilit� envers ceux qu'elle souhaiterait aimer..."
elle pr�f�rerait les quitter, quand bien m�me cette rupture dut en faire la plus malheureuse des femmes."
"Elle pr�f�rerait les quitter..."
Ne me regardez pas.
Je pr�f�re regarder votre visage que les murs de cet h�tel.
Ne me regardez pas.
Ne me regardez pas, j'ai l'impression d'avoir � la place du cr�ne
une mappe-monde en relief,
avec les noms imprim�s des organes de la sensibilit�,
de la moralit� et de l'intelligence.
Je ne vois rien pourtant.
D'o� vient cette impression ?
M. Smith, mon �diteur m'a conduite chez un phr�nologue,
en me faisant passer pour sa fille, sous le nom de Mlle Frazer.
Cela l'amusait beaucoup et je dois dire que �a m'amusait aussi.
Je vous montrerai le rapport du professeur.
Mme Arthur Bell Nicholls, Charlotte Bront� ?
Entrez.
C'est mon portrait ex�cut� par Richmond que l'on vient d'apporter ?
Je ne veux pas abuser de mes droits d'�poux et d�couvrir le tableau avant vous.
Je ne l'ouvrirai pas non plus. Je n'ai aucune envie de me voir.
Mr Smith doit nous attendre en bas dans sa voiture. Il nous faudra au moins une heure avant d'atteindre l'op�ra.
Justement...
pour l'op�ra...
j'ai pens� vous offrir quelque chose.
Je sais que pour votre vue tr�s basse...
et...
Non...
Elles sont trop belles.
Je les aurai toujours pr�s de moi. Sur la chemin�e ou sur la commode.
- Mais je ne pourrai pas les porter. - Pas m�me ce soir ?
Je pr�f�re voir les choses dans un brouillard, c'est moins...
Et puis je ne veux pas faire illusion.
Ni � M. Thackerey ni � quiconque.
Mais je ne veux pas que vous ayez de peine.
C'est un cadeau magnifique, M. Nicholls.
Un cadeau magnifique.
M. Thackeray vous invite � partager sa loge.
Je vous remercie.
Tu ne sais rien de la vie.
Tu ne sais pas ce que c'est qu'une vraie passion qui br�le et qui d�chire et qui se moque de la loi.
Tu ne vois que l'apparence des choses.
L'amour qui n'a qu'un temps de floraison.
Je le m�prise et je le pi�tine.
Je crache sur l'amour et sur sa vanit�.
Le houx, c'est l'amiti�.
Et il durera jusqu'� notre hiver.
Mais c'est une plante humble,
et triste
et banale.
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