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Musique militaire
- Geste brutal… Oui.
Geste de vengeance aussi.
Geste de justicier.
On lui avait appris à tirer sur l'ennemi découvert.
Il a fait ce qu'il avait fait des milliers de fois.
Ce n'est pas Pierre Roubier qui a tiré, messieurs.
C'est le soldat Roubier des commandos parachutistes,
ceux qui ont crié : “Je ne meurs pas en vain”.
Le soldat Pierre Roubier a acquis le droit à notre fierté
et à notre tendresse.
S'il est impossible d'exprimer notre infinie reconnaissance
à ceux qui ont répandu leur sang pour que vive la France,
Il nous reste la consolation
d'adoucir la peine de leur glorieux compagnon
qui par miracle a échappé à la terrible fournaise.
Dès le début, j'ai senti que je les tenais.
Au théâtre, ils auraient tiré leurs mouchoirs.
C'était presque improvisé. J'ai pas consulté mes notes.
- Maître, je peux poser une question ?
- Je vous en prie.
- Vous avez pas dit assez de conneries ?
- Comment ?
- J'ai tué ma femme.
- Je sais. Tout le monde le sait.
- Moi, Pierre Roubier, j'ai tué Hélène Roubier à poil.
J'ai voulu la descendre, pas l'ennemi découvert.
Le cocu a tiré, pas le parachutiste, vous pigez ?
- Ils ne vous auraient pas acquitté.
- J'ai voulu être acquitté ? Allez, au revoir.
- Que faisiez-vous avant…
- Étudiant en droit, pourquoi ?
- Pour rien.
Qu'allez-vous faire ?
- Foutre le camp.
Fado
En portugais
- J'ai pas compris.
- Tu voyages trop. - Ah… Et Vasco de Gama ?
- Toujours pas d'accord ? - Tu es trop resté au Portugal.
- Je voyage pas assez ? lls sont tous pareils.
Dis-lui de m'en filer pour 3 mois. Et j'embarquerai sur un cargo.
Je suis en retard.
- J'ai mon bahut.
- Hôtel Aviz.
En anglais
En portugais
- Tu vas la ranger, ta patate !
- Oui, c'est ça, oui.
- Je vais te dire une chose…
- Je t'emmerde !
- Euh.… trente escudos, s'il vous plaît.
- Je n'ai pas d'argent portugais.
- Hé, attendez. Ça fait beaucoup trop.
5 livres, ça fait… Je sais pas…
- 400 escudos : 30 pour la course, le reste pour l'accent parisien.
Mme Katleen Dinver. - Votre appartement est prêt.
Si vous voulez me suivre.
En portugais
Carte postale, monsieur ?
- Bonjour, Moustique. Assieds-toi.
Alors, t'as soif ? - Ouais.
- Hé !
Ben, commande.
- Tu bois quoi ?
- Ginga. - Moi aussi.
- Quand t'auras des moustaches. Donnez-lui une glace.
- Toujours les glaces.
- Chocolat, vanillia, banana…
- C'est ça,
tout.
- Ces cartes postales, ça marche ? - C'est dur.
Tiens, regarde.
Ils les fabriquent eux-mêmes.
Je leur vends de quoi faire des cartes et je sers de guide.
- T'as le sens des affaires. - Ca vient de mon père.
C'était un Marseillais. Y a pas mieux, c'est vrai ?
- C'est vrai à Marseille.
- C'est vrai ce que dit Manuel ? Une dame t'a remis 5 livres ?
- Tiens, regarde.
- Tu mets ça comme ça ? Plie-le au moins.
En portugais
- Pour elle, c'est peut-être pas grand-chose.
Un peu fêlée, la petite dame. - Pourquoi ?
Elle a fait une bonne action pour que la terre nouvelle soit heureuse.
- Et je suis porte-bonheur ? Elle a du nez.
- Elle venait de loin ?
- De Londres, je crois. Y avait des tas d'étiquettes.
Ça m'a fichu un coup.
Les étiquettes me donnent envie de me débiner.
- Pour aller où ?
- Je sais pas, ailleurs.
- Tu n'es pas bien ici ?
- Si, Maria, mais j'ai la bougeotte.
- Moi aussi, je voudrais voyager.
- Toi, c'est naturel, avec ton père.
Il ne tenait pas en place.
Ah, celui-là, quel homme !
- Tu parles ! ll fait un môme et se taille.
Ah oui, quel homme !
Le plus beau, c'est que tu l'admires.
Pauvre Maria.
- Pourquoi pauvre Maria ? Il a été bon pour moi.
Il m'a donné sa maison, beaucoup de bonheur.
Il était libre, on n'était pas mariés.
- Et alors ?
- Pierre, il faut pas trop demander au ciel.
- Je demande rien au ciel.
Qu'on me foute la paix. Je me charge du reste.
Les salauds, ça se dresse. Ton navigateur, je l'aurais crevé.
- Pierre !
- Vous parlez de mon père ?
- Oh, oh, joue pas à ça.
T'es un brave môme, Moustique.
De temps en temps, des trucs me reviennent.
Je perds les pédales.
On fait la paix ?
- Oui. T'es mon ami.
T'es toujours triste.
Musique classique
- Ça et ça. - Deux fois du jambon ?
- Oui…
Donnez ce que vous voudrez. - Bien, madame.
- C'est une française, vous savez, une compatriote à vous, Christine.
Pauvre, pauvre lord Dinver. Ça me coupe l'appétit.
- C'est elle que je plains.
- Pourquoi ? - Je ne sais pas.
- Les jeunes veuves émeuvent notre ami Miguel.
- C'est curieux. Vous avez entendu, sir Oliver ?
- En anglais
- Moi aussi, je la plains, beaucoup.
Autant qu'on plaint une fille qui se retrouve
avec 30 ou 40000 livres de revenus.
- Tant que cela ?
- Elle s'est évanouie deux fois au service funèbre.
Je trouve ça très bien de sa part.
- Madame, s'il vous plait.
Je parle français.
Je suis pas mendiant. Je travaille.
- Ça change tout.
Que fais-tu ? - Vous avez besoin d'un guide ?
- Pour me coucher ? - ll est tôt.
Vous voulez dormir ?
- Lisbonne by night….
Alors,
que proposes-tu d'extraordinaire ? - Euh…
Les fados.
Vous aimez les fados ?
- Allons pour les fados.
Fado
En portugais
- C'est complet, madame. Absolument complet.
La première table sera pour vous.
- Je reviendrai un autre jour.
- La dame est avec le monsieur
là-bas. ll attend, ils ont rendez-vous.
Pierre… - T'es pas encore couché ?
- Je travaille, je suis guide.
La dame des 5 livres visite Lisbonne.
- Elle a dû trouver de la monnaie depuis cet après-midi.
- Le portier la laissait pas rentrer, c'est complet.
J'ai dit qu'elle était avec toi. - Tes cinglé ? T'as du culot.
Je voulais être seul, seul.
- Tu veux empêcher un gosse de gagner sa vie ?
- Ça va, qu'elle vienne.
Tu feras la conversation. Moi, je l'ouvre pas.
- D'accord.
- Ça vous plait, madame ? - Beaucoup.
Je regrette de ne pas comprendre.
- C'est la femme d'un pêcheur mort en mer.
Elle descend sur la plage tous les soirs et lui parle.
Elle lui dit…
Elle lui dit des choses, quoi. L'amour.
-"Je me suis réveillée près de toi en tremblant.
J'avais peur d'être moins belle qu'hier.
Tes yeux m'ont dit non.
Lorsque tu as ouvert la porte, le soleil glissait au ras de la mer
et ta barque noire dansait dans la lumière.
Des rochers, je t'ai vu hisser la voile
et virer vers le large
avec un grand geste joyeux de la main.
Les femmes qui prient le soir sur le rivage
disent que tu n'es jamais revenu.
Les folles, mon amour, les folles.
Tu n'es jamais parti.
Tu es partout autour de moi comme toujours.
Dans le vent qui jette le sable sur les vitres,
dans l'eau qui chante sur le feu,
la chaise vide qui me regarde,
dans l'ombre du foyer,
dans la chaleur du lit,
dans le creux de mon épaule,
tu es toujours là, toujours là,
toujours là."
- Merci.
- Pas de quoi. C'est compris dans les 5 livres.
Pourboire royal.
C'est pas tous les jours, les touristes de luxe.
N'est-ce pas, lady Dinver ?
- Mon nom était Catherine Clérant. Ma mère était couturière.
- Pardon.
Vous aimez Lisbonne ?
- Je ne sais pas encore.
- Les pays, c'est comme les visages.
Finalement, ils sont tous pareils.
Je les reconnais à l'odeur.
Lisponne sent l'algue, le sucre candi et les sardines grillées.
- Katleen, petit chou !
- Oh, encore…
- Come on.
Darling, vous ici ? Quelle surprise !
C'était complet.
Ces petites caves portugaises, c'est canaille, non ?
- Tout à fait.
- Je voulais me coucher, mais Miguel voulait sortir.
La nuit, on peut respirer.
Comment font-ils pour avoir un soleil pareil, mon chou ?
- Maisy, il y a quelques heures… - Vous arrivez.
Vous n'avez pas les yeux bien en face des trous.
Y a un tas de petites choses très amusantes à voir.
Dans la rue Augusta… - Le taxi vous attend.
- Merci, je viens tout de suite.
Voulez-vous m'excuser ? - Darling…
- Je vous raccompagne ? - Je ne veux pas vous encombrer.
A demain. - Au revoir.
- J'ai vu qu'ils vous ennuyaient. - Merci.
- Vous allez à l'hôtel Aviz ? - Faut bien.
- C'est le plus chic hôtel. Vous n'êtes pas bien ?
- Si, mais je voulais être seule.
- Evidemment… - Dites-moi,
vous voyez où je pourrais trouver une chambre ou un appartement ?
- Vous en auriez vite assez.
- Tu lui feras visiter. Tu raconteras tes histoires.
- De quoi je me mêle ? - ll en connait.
Il a vécu des trucs. - Tais-toi.
- Pour l'appartement, j'en parlerai à maman.
- Harry Lewis.
- Mr Lewis.
En anglais
- Tu peux monter, Moustique.
Oui.
Bonjour, sénior guide. Où allons-nous, ce matin ?
- La rue Augusta ? Plein de magasins chics.
- Tu connais les femmes.
- Vous êtes contente avec moi ? Je suis pas trop petit ?
- Tu es mon guide préféré. J'adore visiter avec toi.
- Vous aimez Lisbonne ? - Beaucoup.
Surtout quand tu expliques. - Ça vaut pas Paris ou Londres.
- Qu'en sais-tu ? - Pierre l'a dit.
- Enfin M. Roubier, tu n'en avais pas parlé, je m'inquiétais.
- Ça vous ennuie que j'en parle ? - Pourquoi ?
Faut bien parler.
Qu'est-ce que c'est ?
- Retour du fidèle fauteuil. - Une minute.
- Où je le mets ? - N'importe où.
Alors, il tient ? - S'il tient ?
Il porterait un ours et vous êtes un moineau.
Soyez tranquille.
Alors, ça va ?
- Au poil.
- Bon, ben.… faut que je m'en aille.
À un de ces jours. - Combien pour la réparation ?
- Rien.
J'ai fait mon compte. Je vous dois encore 3 livres.
- Quelle mémoire !
Je ne devrais pas insister.
- Euh…
- Merci, en tout cas.
- Entre voisins…
À un de ces jours.
- Au revoir.
- Si vous avez besoin…
- J'appelle à la fenêtre. - Voilà.
Alors, au revoir.
- Au revoir.
- Vous connaissez Nazaré ?
- Qui est-ce ? - C'est un village de pêcheurs
sur la côte de l'Estremadura, la capitale de la sardine.
On marche dessus.
Les filets, on dirait des tapis d'argent.
On comptait aller en balade demain,
avec Porfirio, Amalia… Porfirio est un copain.
Ça vous amuserait ?
- Vous êtes gentil, mais les sorties en bande…
Je connais pas vos amis et je suis pas du genre collectif.
- Ah…. Bien sûr, je comprends.
Bon, ben, au revoir.
- Merci.
- Si on était tous les deux ?
Musique douce
- Mesdames, messieurs, vous êtes à l'embouchure du Tage.
Lisponne s'étend le long du Tage.
- En anglais
- Que dit-elle ? - C'est une anglaise.
Elle se demande si elle trouvera du thé convenable.
- On peut pas tout avoir.
Le Tage et une bonne tasse de thé.
Vous qui détestez la foule, vous êtes servie.
- J'adore la foule, M. Roubier.
Elle est aveugle et sourde.
Que rêver de mieux ?
- Le guide parle en anglais.
- C'est beau.
Vous aimez le Tage ?
- Tous les fleuves. lls vont à la mer.
Quand j'ai le cafard, sur les quais,
je regarde l'eau passer. 5 minutes après, je suis en Chine.
- Vous aimez voyager ?
- J'aime partir, surtout.
- Le guide parle en anglais.
- Ça fait penser au bateau-mouche,
guide en moins.
T'as pris le bateau-mouche ? - Jamais.
Chaque fois, je me disais : “Il faudra que tu te décides...
Ça me tentait moins que les péniches.
J'aurais voulu aller en péniche.
J'ai passé mon enfance à les regarder.
- Votre père vous en aurait payé une.
- Mon père est mort quand j'avais 5 ans.
Il ne gagnait que 2300 francs par mois.
Ma mère était couturière. Je vous l'ai dit.
- Je m'excuse. Je gâche tout, je suis maladroit.
- Vous ne gâchez rien.
Le vôtre faisait quoi ?
- Mon père était ébéniste. On habitait l"île Saint-Louis.
- Nous, place St-Michel. - Non ? Nous étions voisins.
- Déjà.
- J'avais Notre-Dame de dos. - Moi, de face.
- Et on s'en aperçoit au Portugal.
Musique douce
- Lady Dinver.
Quelle bonne et heureuse surprise ! Vraiment.
Permettez-moi de présenter mes hommages.
- Bonjour, monsieur.
- Ainsi vous venez visiter ce cher vieux Portugal.
Moi aussi, vous voyez.
Je vous trouve bien meilleure mine
que lors de notre dernière rencontre à l'occasion…
- En effet.
- Il faut bien dire aussi que l'Angleterre est moins riante,
toujours pleine de brouillard
et de fantômes.
Je m'excuse de vous avoir retenue dans ce climat.
- N'en parlons plus.
- Bravo.
Vous ne me gardez pas rancune
pour cette malheureuse et tragique…
Comment dire ? - Excusez-moi.
M. Pierre Roubier, M. Lewis. - Enchanté, M. Roubier.
Je m'excuse pour… bavarder comme une vieille pie.
C'est ça ? - Oui.
- Je retarde votre promenade. Mes hommages, à bientôt.
- Vous restez longtemps ?
- Peut-être oui, peut-être non. Je suis têtu.
Au revoir.
- Un ami à vous ?
- Mesdames et messieurs,
nous voici devant l'antique Nazaré,
sa bourgade, son Atlantique et ses bancs de sardines
où s'assoient les vieux pêcheurs,
ses joies, ses habitudes, ses tragédies.
Les poètes, musiciens et écrivains viennent la visiter.
Suivez le guide.
- Que font ces femmes ?
- Elles prient pour qu'ils rentrent.
- C'est dangereux ? - Terriblement.
Chaque famille a perdu un père, un frère, un mari.
On vêt les filles en noir.
- Elles caressent le sable ? - Pour apaiser la mer.
- Oh, Parisien !
- Ce sont vos amis ? - Oui.
Ça vous ennuie ? lls sont gentils.
- Ce sont vos amis.
Musique entrainante
Fado
- Je suis un peu fatiguée.
J'ai jamais su marcher sur le sable.
- Il faut pas marcher dessus, mais dedans.
Carrément enfoncer les pieds.
C'est moins éreintant.
- Vous en savez des choses. - J'ai appris ça à Bir Hakeim.
- On est bien. On resterait là toute la vie.
Pas vous ?
- Les bateaux sur le sable me flanquent le cafard.
J'aime ce qui bouge.
- Rien ne vous attache nulle-part ? Rien, ni personne ?
- Non.
- Personne n'a jamais essayé ?
- Ce serait beaucoup de mal pour pas grand-chose.
- Vous avez été marié ?
- Oui.
Une fois pour toutes. Vous aussi, n'est-ce pas ?
On voit très bien la trace de l'alliance.
Vous êtes divorcée ? - Veuve.
- C'est récent. La marque est fraiche.
- Un an.
- Vous l'avez enlevée pour… - Eviter les questions.
- Excusez-moi.
- Pierre ?
Vous êtes fâché ?
- Non… Non, je suis furieux contre moi.
- C'est curieux, cette extraordinaire sensation.
- On peut savoir ? - Oui.
Vous voyez, Pierre,
nous avons eu 10 occasions de dire des choses désagréables.
Chaque fois, invariablement, quelque chose de très fort
nous a retenu près de l'autre.
- Peut-être le malheur.
Les malchanceux se reconnaissent. Ça donne un signe.
- Peut-être.
Ça a commencé au premier regard,
quand je vous ai revu tout seul chez Amalia.
Chaque fois que Moustique parlait de vous.
De tous les bruits de la rue, un seul me réveille.
Votre taxi quand vous rentrez le soir.
Le ronron du moteur, le petit cri du frein…
deux grincements, la portière qui s'ouvre et se ferme.
Puis votre pas sur les pavés.
- Je pense que vous êtes derrière la fenêtre éclairée
et je...
- Non, Pierre !
- J'aurais dû comprendre. - Comprendre quoi ?
- Les plages, la lune, la lady, ça m'a bourré le crâne comme un môme.
Une jolie fille se laisse embrasser par ennui.
Elle a voulu s'isoler avec toi pour semer l'autre.
Pauvre imbécile.
- De tous ces mots, deux sont vrais, les deux derniers.
Pierre, tu viens diner ce soir, juré ?
- C'est juré.
- Tiens, prends la clé, ce sera plus simple.
- Tu y tiens ?
- J'en ai une autre.
- J'aime pas les clés.
- Elles t'ont fait quelque chose ? - Peut-être.
- Nigaud. Viens tôt, je compterai les minutes.
- Si tu veux vider la cave, dis-le tout de suite.
- Fous-moi la paix !
- On se saoule la nuit,
en plein soleil, c'est vulgaire.
- Vas-y doucement, Parisien.
La pacacera coule pas à l'évier.
Tu vas être rond comme un tonneau.
- Et si je cherche ça ?
- Ça change tout.
Avant, j'ai à te parler.
Tu veux toujours partir ? - Ça te regarde ?
- Ton cargo arrive dans 15 jours et part le lendemain.
Alors, tu veux partir, oui ou non ?
- Je veux boire, ouais.
- C'est sa clé ?
- Oui.
Elle me l'a donnée… comme l'autre.
J'aime pas les clés.
- Pourquoi t'aimes pas ?
- Ça ouvre les portes.
Derrière les portes, y a des trucs.
Tu ouvres, tu prends le truc en pleine poire.
5 minutes après, t'es un salaud.
T'étais un brave type, de l'autre côté, t'es un salaud.
Un salaud !
Musique douce
Musique angoissante
Je te demande pardon.
- C'est vraiment trop gentil. Tu veux regarder sous le lit ?
- Katleen, comprends-moi.
Essaye de me comprendre.
Je voulais pas venir. Je m'étais juré de pas venir.
- Tu m'as juré le contraire.
- Ne me regarde pas comme ça. Tu me détestes ?
- Je te mesure.
C'est une précaution qu'on prend trop tard.
- Je sais ce que tu vas dire.
Je t'avais promis ce diner, j'étais heureux de te retrouver, c'est vrai.
Mais, je sais pas, j'ai pensé à des tas de trucs.
Je me… - Tu parles trop.
- Je voulais pas que ça recommence.
Comme avec l'autre.
- Quelle autre ?
- Le femme que j'ai tuée.
- Pierre !
- Ma femme.
Oui, Katleen, je suis un meurtrier.
Mais pas un meurtrier en fuite.
Y a des nuances dans l'assassinat.
Il y a le crime noir des tueurs à gage,
le crime rouge des fous,
le crime blanc des pays en guerre.
Je serais plutôt dans la catégorie des assassins rose-bonbon.
Tu vois le genre.
Acquitté à l'unanimité.
- C'était Un crime passionnel ?
- Oui.
- Elle te trompait ?
- Oui.
- Tu l'aimais ?
- Je le croyais.
Je te jure que je le croyais.
Mais je sais que je l'ai tuée pour rien.
Puisque c'est toi que j'aime.
- Tut'es dit : “Elle sera comme l'autre.
Elle ne peut être que comme l'autre.
Tout va recommencer." - C'est ça.
- Rien ne recommence jamais.
Il n'y a pas… deux gouttes d'eau,
Il n'y a pas deux femmes, pas deux hommes,
pas deux amours qui soient pareils.
Je te ferai peut-être du mal aussi, mais… pas celui-là.
- Tu m'aimes ?
- Va demander à la plage de Nazaré.
- Je veux savoir.
- Et moi, je ne veux pas le savoir.
Mais quand tu n'es pas là, je suis comme une maison vide.
Quand tu reviens, même en enfonçant les portes,
je reçois le soleil dans la figure.
Non… non, non, ne dis rien.
Tais-toi.
- Réponds pas. - Qui c'est ?
- On s'en fout.
- Personne n'a mon numéro, sauf toi et Maria.
- Maria n'a pas le téléphone.
C'est une erreur.
- Allô ? Qui est à l'appareil ?
Allô ? Allô !
- On a dû raccrocher. - Non, il y a quelqu'un.
Allô ? Qui est là ?
Allô ? Allô !
- Allô ? Allô ?
Il a raccroché.
Tu sais qui c'était ?
- Ça… c'est Lewis.
- C'est ton amant ?
- Pauvre Pierre. - C'est ton amant ?
- Non.
- Il l'a été ? - Non.
- Alors qui est-ce ?
- Un inspecteur principal de Scotland Yard.
- Un flic. Il te veut quoi ?
- Mon mari est mort en auto.
- Ca le regarde ?
Un accident, c'est un accident.
- Le coroner a conclu à l'accident. Lewis n'a jamais voulu y croire.
Il a été payé pour ne pas croire à cette version.
- Par qui ?
- La famille de mon mari.
Ils m'ont toujours détestée.
Pour eux, j'étais l'intruse,
la môme de Paris devenue lady Dinver.
Je suis devenue l'héritière, c'est un coup dur, tu comprends.
J'étais à 30 km de l'accident quand il s'est produit.
Bill était seul au volant.
- Bill, c'était ton mari ?
- Oui.
- Tu l'appelais Bill ?
- Tout le monde.
- Ce Lewis espère quoi en te suivant partout ?
Qu'est-ce qu'il attend ?
- Il attend.
Tu n'as jamais vu un chat guetter un oiseau sous un arbre ?
L'oiseau n'a rien fait, mais le chat attend quand même.
- Mais ton mari… ton Bill,
il était comme eux ?
- Pierre, tu veux pas parler d'autre chose ?
Musique douce
- Hôtel King George, je vous prie.
- Alors, M. Lewis, que voulez-vous au juste ?
- Je suis ravi que vous vous rappeliez mon nom M. Roubier.
Je veux aller au bar du King George, simplement.
- Lewis, je ne suis pas si cloche que vous semblez croire.
Vous n'avez pas choisi mon taxi par hasard.
C'est le 10e de la file. Pourquoi ?
- Parce que vous avez une figure terriblement sympathique.
Ça me fait bien plaisir. Quelque chose à me dire ?
- Je serais ravi de vous être agréable.
Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?
Parler de lady Dinver ?
- Oui, mais je parle.
Foutez-lui la paix.
- C'est clair. Vous n'aimez pas savoir, voilà tout.
C'est dommage.
Vous vous privez bêtement d'un des plaisirs les plus amers :
la découverte d'un être humain.
- Remballez votre littérature.
-"Où es-tu, certitude ?", criait Othello.
Mais vous n'êtes pas Othello.
- Je suis chauffeur de taxi et je vous dit…
- À part l'émotion, c'est combien ? - Ciento escudos.
Une facture pour la famille Dinver ?
- Elle vous a parlé beaucoup de moi.
Pas de facture, merci. C'est traité à forfait.
À bientôt.
- Hé !
Gardez votre pourboire. J'en accepte jamais des flics.
- Pardon, pardon.
- Vous aviez oublié ceci.
- Je n'oublie jamais rien, M. Roubier.
J'ai pensé que vous voudriez me revoir.
Et alors…
je vous ai fourni un prétexte.
C'est délicat. - Oui, faut applaudir ?
- Non, vous êtes revenu, c'est bien. Asseyez-vous donc.
Deux scotchs encore.
- Je suis pas venu vous voir baver sur Katleen.
Je suis venu mettre les points sur les l.
Vous comprenez ?
- Oui, très, très drôle.
- Ne me prenez pas pour un naîïf.
Je vous préviens, Katleen m'a tout raconté.
Je sais.
- Vous savez ce qu'elle a dit.
Moi aussi.
- Quoi, moi aussi ?
- Je sais ce qu'elle vous a dit.
Je m'en doute.
D'abord, le mariage.
Le lord épouse la petite vendeuse de parfum.
Très joli.
Puis, l'Angleterre.
La famille du lord se met à détester cette lady d'occasion.
Traîtrise.
Puis l'accident d'auto.
La lady est veuve et elle hérite.
La famille Dinver lance à ses trousses un policier du Yard,
très vilain.
Exact, M. Roubier ?
- Exact, flic.
Elle était à 30 km du lieu de l'accident.
- 35.
- Eh bien ? - Eh bien, c'est la vérité.
- Alors, que foutez-vous ici ?
- À cause des trous.
- Des trous ? - Je n'aime pas les trous.
Tout ce qu'elle a dit est vrai.
Mais il y a aussi ce qu'elle n'a pas dit,
et qui est également vrai.
Si par hasard, ce petit problème vous intéresse,
je suis à votre entière disposition.
- Vous êtes un salaud, Lewis.
- M. Roubier, un flic est toujours le salaud de quelqu'un.
- Vous ne l'aurez pas, Lewis. Mettez-vous bien ça en tête.
Je ferai tout pour ça !
- Vous êtes le seul à pouvoir le faire.
J'ai l'impression que cet entretien prend une tournure regrettable.
Musique de fête foraine
- Par rapport à toi, j'ai 10000 ans.
- T'en parais à peine 9500 ou 600.
- Parce que je suis heureuse.
Je vais te poser une question grave dont dépend mon avenir.
Comment dit-on limonade ?
- Purlito. Tu en veux ?
- Un wagon-citerne. - Je reviens.
- Katleen ! Darling !
Qu'êtes-vous devenue depuis ce temps ?
Vous avez disparu de l'hôtel, c'est affreux.
Miguel pensait que vous étiez partie.
J'étais sûre que non. J'ai des antennes, moi.
C'est pas vrai ?
- À peine nous vous avons connue
que vous avez disparu comme le soleil derrière un nuage.
- Miguel vous êtes si poétique.
- Pierre !
Je vous présente.
Mrs Maisy Dickson de Londres, senior Miguel Da Silvera.
M. Pierre Roubier, mon nuage.
Je t'expliquerai. J'ai soif.
Merci.
- Vous en voulez ? - Non merci.
- Et vous ? - Miguel !
- C'est bon.
- Excusez-moi. - ll a soif.
- Il faut que nous partions. Amusez-vous bien, les enfants.
Les femmes sont incompréhensibles.
Elle était la femme d'un gentleman.
- Pierre, qu'as-tu ?
- Je comprends pas bien l'anglais, mais… elle a raison.
- C'est une dinde.
- Je suis pas un gentleman.
- Mais je te trouve très bien comme ça.
- T'en es sûre ?
Tu dors ?
- Non. J'ai trop chaud et trop soif.
- Tu veux de l'eau fraiche ?
- J'ai jamais vu une chaleur pareille.
À Paris, je flemmardais sur les quais jusqu'à 1 h du matin.
Au travail, lle llendemain, je tenais pas debout.
- C'est dur de vendre des parfums ?
- Comment sais-tu que j'en vendais ? - Tu me l'as dit.
- Je m'en souviens pas.
- Tu travaillais
loin ? - Aux Champs-Elysées.
- Un quartier chic. Tu voyais du beau monde.
C'est comme ça que tu l'as connu ?
- Qui ?
- Ben, lord Dinver. Le fameux Bill.
Tu me réponds pas ?
- J'aime pas qu'on fouille, Pierre,
qu'on tende des pièges l'air de rien.
Ce qui s'est passé ne te regarde pas.
- C'est une condition ? - Ne montre pas les dents.
Depuis le sable de Nazaré jusqu'à ce verre d'eau,
toute ma vie t'appartient, mais pas ce qui précède.
C'est à Moi.
- Oui.
Faut t'aimer les yeux fermés.
- Il faut me prendre comme je suis ou me laisser.
- Je ne sais rien de toi. Je t'ai tout dit.
- Je n'ai rien demandé. Je n'aurais rien demandé.
Pierre…
Embrasse-moi.
- Bom dia.
Euh.… Lewis, Harry Lewis.
En portugais
- Bom dia, senior.
En portugais
- Par ici, M. Roubier.
Prenez donc un siège, je vous en prie.
Et surtout, décontractez-vous.
Respirez à fond.
Il faut habituer vos poumons à la vapeur
pour ne pas avoir des nausées.
- J'en ai déjà.
- Pardon.
Quelque chose ne passe pas ?
- Oui.
Vous.
Le plus terrible est d'avoir besoin de vous.
- Vous n'avez pas besoin de moi, M. Roubier.
Lady Dinver a dû vous donner beaucoup d'elle-même.
Pourquoi ne vous en contentez-vous pas ?
Le bonheur est peut-être là.
Officiellement, je fais l'effet d'une brute.
Officiellement, lady Dinver a droit à la compassion.
Quand on a perdu soudainement un mari aussi exceptionnel…
- Qu'avait-il de si exceptionnel ?
Des ailes dans le dos ?
- Disons qu'il se situait très au-dessus de la moyenne des hommes.
Très au-dessus de vous et de moi, par exemple.
- Je me sens moins seul.
- D'abord, il était beau.
Vous n'êtes pas laid, mais lord Dinver était beau.
Vous voyez la nuance ?
Il était également riche, généreux, sensible,
je dirais spirituel.
- Ça va, ça suffit.
Elle a dû l'aimer beaucoup.
- Mettez-vous à sa place.
- Pourquoi la soupçonner ? Ça tient pas debout.
On tue ceux qu'on aime ? - Je vous retourne la question.
Est-ce qu'on tue ceux qu'on aime, M. Roubier ?
- Vous savez ça ?
- Et pourtant, je suis l'homme le moins curieux.
Voilà 23 ans que j'habite lle même immeuble
et je suis incapable de vous dire le nom de mes voisins.
- M. Lewis, c'est l'heure du massage.
- Allons-y.
La douleur exemplaire de lady Dinver
fait l'admiration de tout Londres.
On n'a jamais vu d'aussi beaux yeux verser autant de larmes.
Vous comprendrez donc
mon étonnement de voir une si grande souffrance
s'évanouir si vite dans vos bras.
Vous avez un pouvoir anesthésique tout à fait remarquable.
- À 24 ans, un an de veuvage ne suffit pas ?
- Lord Dinver est mort Il y a à peine 11 semaines.
74 jours exactement.
Deux mois et demi.
- Vous mentez.
- Voulez-vous consulter les journaux, M. Roubier ?
Je les ai ici.
Donc, on vous a menti.
Voilà déjà un grand point d'interrogation qui se pose,
n'est-ce pas ? OK.
J'ai trois réponses à vous offrir.
Ou bien lady Dinver a fait semblant d'aimer son mari,
ou bien c'est vous qu'elle fait semblant d'aimer,
ou elle a fait semblant d'aimer les deux.
- Pourquoi ? - Pourquoi pas ?
Elle avait besoin de Dinver pour être riche.
Elle a eu besoin de vous, disons, pour être moins seule.
- Ça ne regarde que moi.
- Mille regrets, mais je suis payé, assez bien,
pour éclaircir les mystères, et la mort de Bill Dinver en est un.
- Y a eu une enquête. Son innocence est prouvée.
- Non, sa culpabilité n'a pas pu être prouvée.
Y a une nuance.
- Un accident d'auto, ça arrive, non ?
- Que penser d'une femme qui vous laisse monter en voiture
en sachant que vous avez
toutes les chances de vous casser la figure ?
- Prouvez-le.
- Je n'ai aucune preuve. Je n'en aurai jamais.
- Alors, foutez le camp.
- M. Roubier, un bon joueur de bridge
ne jette pas ses cartes avant d'avoir tout joué.
Il m'en reste une,
une toute petite.
- Laquelle ?
- Si je vous le dis, où sera la surprise ?
Ne sortez pas comme ça.
Vous allez vous enrhumer, M. Roubier.
- Oh, Parisien, alors ? [[ a fini par arriver, ton cargo,
avec un capitaine sur mesure, exprès pour toi.
Il est de ton pays.
Ça va ?
Dis donc, il fait son mazout, aujourd'hui,
et demain à l'aube…
- Et ça, c'est quoi ? - Montre.
C'est l'hôtel où j'habitais. Je vivais avec une amie.
Tiens, la voilà.
- Elle est moins jolie.
- Tu dis ça de toutes les femmes. - C'est vrai.
Et ça, là ?
- C'est une église de Paris, Saint-Germain-des-Prés.
- Y a pas les vaches. - Les vaches ?
- Dans les prés.
- Pas là-bas. Y a pas de prés non plus.
- Ces gens à cheveux longs
gardent pas de vaches ?
- Non, ce sont des habitants :
des peintres, des sculpteurs, des écrivains, des philosophes.
- Comme eux ?
- Oui.
Tiens, voilà Pierre.
Bonjour, Pierre.
- Bonjour.
- Qu'as-tu ?
- Rien du tout.
- Mais si. Je te connais.
- Alors on commence à se connaitre tous les deux.
- T'as vu les photographies ?
- Ça l'intéresse pas. - Pourquoi ?
Ça fait du bien de remuer ses souvenirs.
Établissement de première catégorie,
où la future lady Dinver rencontrera le prince charmant.
- Ça fait quoi, un prince charmant ?
- Ça change le destin des bergères.
C'est beau, ça a de l'argent et des poches percées.
La bergère n'a plus qu'à remplir les siennes.
Tu comprendras assez tôt.
- Pierre, qu'as-tu ?
- Je plaisante. C'est mon droit, non ?
- T'es pas drôle.
- Il était plus drôle que moi ? Mille regrets.
Mais c'est le château du prince.
Et la noble famille devant le perron
accueille la bergère.
Moment historique.
On fait la gueule, mais on accueille.
Le prince charmant n'est pas là. [[ doit prendre la photo.
Pauvre prince…
- Pourquoi ? [l est arrivé quelque chose ?
- Oui. - Tombé de cheval ?
- C'est ça, oui. De 30 chevaux 8 cylindres.
- Pierre !
Laisse-moi, mon chéri.
- Je pars déjà ? - Je te le demande.
- Je pourrai revenir ? - Bien sûr.
Tu peux continuer.
- Non, j'ai fini.
- Mais non. Où tu l'as rencontré ?
- Qui ? - Ton ami Lewis.
Ça te démangeait de le voir déshabillé.
Striptease à Scotland Yard. M. Roubier était présent.
Il t'en a donné pour l'argent des Dinver ?
- Je voulais savoir.
Il fallait que je sache.
- Tu sais, maintenant ? - Oui.
Tu m'as menti.
- Lewis ou moi ? - Toi.
Sur ton mari.
- Je t'en ai jamais parlé.
- Une façon de se taire ressemble au mensonge.
J'ai payé pour la connaitre.
Quelle femme es-tu ? Quelle femme as-tu été pour Dinver ?
- Sa femme.
- Tu l'as aimé ?
- Je te demande pas ce que tu faisais avec ta femme.
C'est tout ? - Non.
Et ta fameuse année de veuvage ?
Y a 2 mois et demi qu'il est mort.
Pourquoi dire un an ? - C'était plus convenable.
Dans le fond, t'es un petit bourgeois.
Veux-tu lire le compte-rendu d'enquête du coroner ?
J'en ai un. - Mais non.
- Je dois fournir mon casier judiciaire ?
- Je t'en prie. - Qu'est-ce que tu cherches ?
Ce policier vendu va nous séparer !
Tu vas gâcher ma joie, tout rendre impossible !
- Je suis malheureux.
- Par ta faute.
- Pardon.
- Faudra pas le demander plus souvent.
Je suis pas généreuse. Méfie-toi.
- Cathy...
- Non, Pierre, non ! Non !
Je n'aime pas tes yeux.
Qu'est-ce que tu as encore ? Dis-le.
Dis-le donc !
- Tu l'as embrassé comme ça en te payant sa tête.
- Va-t'en.
Va-t'en ! Va-t'en !
- Oui, je m'en vais. Plus loin que tu ne penses !
Le cargo part demain !
J'en ai fini avec tes mensonges et tes silences qui mentent !
Je te laisse avec ton passé !
Tu la donneras au suivant !
- Katleen Dinver ? - C'est moi.
En portugais
- Je ne comprends pas.
- Il faut vous présenter à la police aujourd'hui avec votre passeport.
- Qu'est-il arrivé ?
- Ce qui est arrivé ? Mon cargo.
Ça fait 2 mois que j'attends. J'en ai assez parlé.
- Je pensais que tu avais changé d'avis.
C'est elle ?
- Qui ça, elle ? Je connais pas.
Quel mal tu vas lui faire. Elle n'avait que toi.
- Pour m'avoir, elle m'a eu.
Je ne suis ni le premier ni le dernier.
Y en aura d'autres. Elle embrasse trop bien.
- Pierre !
- Pierre !
C'est vrai que tu pars, dis ?
- Ben oui.
Tu savais que je devais partir.
- J'ai bien fait d'être là.
- Je comptais venir t'embrasser ce soir.
- Tu vas loin ?
- Oui.
- Tu reviendras jamais ?
- Peut-être, beaucoup plus tard.
Tu vas pas pleurer. Moustique,
tous les deux, on est des copains, des hommes.
Les hommes pleurent jamais.
C'est bon pour les filles.
- Je pleure pas. - On va voir.
Serre-moi la main, dis-moi adieu.
- Adieu, Pierre. - Mieux que ça.
- Adieu, Parisien.
- Maintenant, t'es un homme.
Adieu, Moustique.
En portugais
- Désolé de vous déranger, lady Dinver.
Les étrangers doivent signaler leur changement de domicile.
Vous l'avez omis en quittant l'hôtel.
Asseyez-vous. - Je ne savais pas.
- Ce n'est pas important. C'est une formalité.
Si vous voulez
me confier votre passeport.
Il sera prêt après-demain, lundi.
Je vous le ferai porter chez vous.
- Lundi ? - Oui, lundi.
- Il faut deux jours pour mettre un tampon ?
- La personne qui s'occupe des changements de domicile
n'est pas là.
- Vous parlez de M. Lewis ?
- Lewis ?
Je ne comprends pas.
Nous ne connaissons aucun inspecteur du nom de Lewis.
Je vous assure. - Vous avez dit "inspecteur".
J'ai dit "M. Lewis". - Il me semble…
- Vous obéissez à Scotland Yard.
J'irai prendre conseil auprès du consul d'Angleterre.
Nous verrons si vous pouvez garder mon passeport 48 h.
Qu'en pensez-vous, inspecteur Lewis ?
- Vous êtes une femme remarquablement intelligente, lady Dinver.
Vous avez raison.
Plus exactement, vous aurez raison à partir de lundi matin.
D'ici là, le consulat est fermé.
Dès qu'il sera ouvert, je devrai vous restituer votre passeport,
vous présenter mes excuses pour le malentendu
et encaisser respectueusement l'engueulade de M. le consul.
- Vous jouez avec des cartes truquées.
C'est mauvais signe.
- Je le souhaite pour vous, lady Dinver.
- Eh bien, pour quelqu'un qui devait être déprimé,
elle se porte plutôt bien.
- À Monte Cassino,
j'ai vu un sergent recevoir une balle en plein cœur
et continuer de courir encore pendant 100 m
avant de tomber.
Lady Dinver a sa balle dans le cœur, mon ami.
- J'espère qu'elle tombera avant lundi, sinon…
- Je le crois.
Sa dernière chance était de quitter Lisbonne
demain avec son amant.
Ça aussi, c'est fini.
Discussion en portugais
Fado
- ll joue bien, non ?
- Il est extraordinaire. Il a l'air tellement malheureux.
- Il est malheureux.
- C'est pour ça qu'il joue si bien.
Il faut être malheureux pour le comprendre.
C'est sa mort, cette cave.
- Il n'aura jamais le courage de partir.
Parce que cette cave, c'est sa vie.
- Tu pars quand ?
- Dans quelques heures.
Ça vaut mieux pour nous.
- Je suis pas venue te retenir, Pierre.
Je suis venue t'apporter ce que tu cherchais désespérément en moi.
La vérité.
Ce sera mon cadeau d'adieu, Pierre.
J'ai tué Bill Dinver.
Je l'ai épousé pour être riche et tué pour pas redevenir pauvre.
Faire semblant d'aimer un être qui vous aime, c'est facile.
L'amour, ça se triche. Le plaisir aussi.
J'ai triché, Pierre. Tant que j'ai pu.
Aussi longtemps que j'ai pu.
- Et un jour, il a fini par comprendre, comme moi.
- Tu ne comprendras jamais.
- Si.
Tu n'as plus eu la patience de mentir, tu as tout balancé.
- Oui. - Un moment de défaillance.
- Au moins, Pierre, ma défaillance à moi, c'est toi.
- Il a accepté le divorce ? - Oui.
A condition d'annuler l'acte de donation qu'il avait signé
qui me faisait riche.
- Pauvre lady. Adieu les livres sterlings.
- Il voulait Me renvoyer à mes cafés-crème,
à mes tabourets de bar,
à mes amants de passage,
à ma misère.
J'ai eu peur.
Je l'ai supplié à genoux.
Il m'a giflée et il est parti.
Je savais où il allait.
Il avait téléphoné à son avoué.
J'ai couru à la fenêtre.
Je l'ai vu monter en voiture.
Je savais qu'il roulait comme un fou.
Je savais qu'au moindre choc l'essieu pouvait se rompre.
Il devait se rompre.
J'avais fait ce qu'il fallait.
- Tu n'as rien à craindre de Lewis.
Il ne pourra jamais prouver que tu as vu ton mari.
- Je peux le lui dire. Je vais le lui dire.
- T'es pas folle, non !
Tu sais ce que tu risques ?
- C'est ce qu'il attend depuis le début.
Il joue avec mes nerfs. Il cherche mon point faible.
Mon point faible, c'est toi, Pierre.
Et maintenant, va-t'en.
Parce que quand je vais relever la tête, je vais pleurer très fort,
parce que je t'aime comme tu ne peux pas savoir.
- Katleen…
je te garderai toute ma vie.
Pour le mot que tu viens de me dire.
Pars avec moi.
- C'est pas possible. - Viens.
Porfirio, mon taxi est en bas ?
- Je viens de le vendre, ton taxi.
- Emmène Katleen au cargo. Je boucle tes valises, j'arrive.
Donne la clé.
- Mais Pierre… J'ai plus de passeport.
- Soyez sans crainte.
Les meilleurs passeports viennent de la banque d'Angleterre.
- Entrez, entrez.
Bonjour, flic.
Si vous voulez cet appartement sera libre dans 5 minutes.
Mme Dinver s'en va. Sans laisser d'adresse.
- Avec vous ? - Avec moi.
Coup dur, ça. - Coup dur.
Je savais que vous lui arracheriez la vérité, mais…
je pensais que cette vérité vous séparerait d'elle.
- Pauvre Lewis…
Vous pensiez trouver derrière la porte une femme seule,
désespérée, les nerfs prêts à craquer.
Sur la pointe des pieds, vous avez poussé la porte,
prêt à cueillir le fruit d'un travail patient,
les aveux de Katleen Dinver.
Et vous trouvez un petit chauffeur de taxi.
Alors, crack, votre échafaudage s'écroule.
C'est bien ça ?
- Vous avez tout compris exactement.
Vous comprenez pourquoi la riche Katleen Dinver
s'accrochait désespérément à son petit chauffeur,
chauffeur qui en définitive est plus riche et plus fort qu'elle.
Il est capable de faire écrouler
le magnifique échafaudage, comme vous dites.
Elle vous a dit qu'elle avait tué lord Dinver ?
- Oui.
- Veinard.
- C'est terrible de ne pas avoir lle moindre témoin
à sa disposition, n'est-ce pas ?
- C'est terrible.
- Oui, Lewis, elle l'a tué. Elle l'a tué et je m'en fous.
Moi aussi, j'ai tué.
Un crime partout.
Ça nous a peut-être réunis.
Vous croyez au destin ?
- Je suis flic, M. Roubier. Je ne crois qu'aux empreintes.
Je pense que vous vous trompez.
- À propos de quoi ?
- Vous avez tué par amour et lady Dinver a tué par intérêt.
Vos meurtres ne vous rapprochent pas,
IIs vous séparent.
- Vous ne savez rien.
Nos souvenirs sont pareils.
On verra quand vous aurez tué autrement qu'en service.
Vous comprenez pas ? - Non.
- On vous écrira.
- Je vous accompagne ?
- Soyez pas ridicule. N'espérez plus rien.
- J'espère que nous ne nous quittons pas tout à fait en ennemis.
- Sentimental ?
- À mes moments perdus.
Et je viens d'en perdre pas mal.
- D'accord, gendarme. Ça fera un souvenir.
- Eh bien, voilà.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter bon voyage.
Que la terre du Brésil vous soit favorable, M. Roubier.
Bon, pour l'idylle, Il en est autrement.
On vous aime passionnément.
Passionnément, n'est-ce pas ?
- Passionnément. - Ehoui.
Si elle l'a dit, c'est que c'est vrai.
- Ecoutez-moi, Lewis.
Je peux le dire. Vous avez failli gagner.
Katleen et moi, c'était fini. Nous avions rompu.
Je partais seul.
Savez-vous quoi ?
- Laissez-moi deviner.
Elle allait courir vers ce cher inspecteur Lewis,
se jeter dans ses bras en criant :
"L'homme que j'aime est parti. Plus rien ne m'intéresse.
Jetez-moi en prison. J'ai tué lord Dinver".
Plus exactement, c'est ce qu'elle a dit qu'elle allait faire.
Et vous l'avez crue.
Ce qui lui a évité naturellement la peine de le faire,
conformément à ses prévisions.
- J'aurais dû vous descendre.
- Consolez-vous, ça n'aurait rien changé dans cette affaire.
Un jour ou l'autre,
vous vous seriez posé quelques questions élémentaires.
Pourquoi s'est-elle donnée à moi le jour-même
où elle a revu Lewis à Lisbonne la première fois ?
Pourquoi n'a-t-elle avoué la vérité
que lorsqu'il n'y avait plus rien à faire ?
Pourquoi ne m'aurait-elle pas roulé…
Vous dites comme ça en français, roulé ?
Pourquoi ne m'aurait-elle pas roulé comme elle a roulé l'autre ?
Elle a eu besoin de moi pour se protéger
comme elle a eu besoin de l'autre pour s'enrichir.
Pourquoi ne pas me mentir puisqu'elle a déjà menti ?
Pourquoi ? Pourquoi ? - Taisez-vous.
- J'ai fini, M. Roubier. Bon voyage.
M. Roubier ?
Permettez-moi de vous faire cadeau du passeport de lady Dinver.
De quoi vous poser une dernière question.
Pourquoi vous a-t-elle tout avoué précisément le jour-même
où j'ai pris son passeport ?
M. Roubier ?
Votre valise.
- Pierre, j'ai eu tellement peur.
- Peur de quoi ?
- On a peur de tout quand on est heureux.
- Rassure-toi. Dans 1 h, le soleil se llèvera.
Nous serons en pleine mer. Tout sera fini.
- Tout commencera.
- Oui.
- Pierre…
Qu'est-ce qu'il t'a dit ? - Qui ?
- Lewis.
- Tu m'espionnes ?
- Je t'attendais. Je t'ai vu avec lui.
J'ai failli courir t'appeler au secours.
Tiens… regarde ma main.
Je l'ai mordue pour m'empêcher de crier.
Que voulait-il, Pierre ?
- Devine.
Tu n'y arriveras jamais.
Eh bien, il nous a foutu sa bénédiction, M. Lewis.
Oui…
Il a dit : "Soyez heureux, M. Roubier”.
Il m'a même chargé d'un cadeau pour toi.
Ton passeport.
Tu n'as besoin de personne pour te sauver.
- Pierre, j'ai pas eu le temps…
- Katleen, je t'en supplie, parlons d'autre chose.
- À quoi ça servirait ?
Tu ne penses qu'à ça.
T'y penseras toute ta vie.
Et toute la mienne.
- Nous partons, ça compte.
- Que veut dire partir ?
Ce qui compte, c'est ce qu'on emporte.
Nous, nous emporterons Lewis en plus du reste.
- Ça s'arrangera avec le temps.
On s'habituera.
- Oui.
Je m'habituerai à ma solitude, et toi à la tienne.
Nos deux tristesses finiront bien par s'accorder.
- Oui.
Nous avons perdu le droit d'être difficiles.
- Pas moi.
C'est tout ce qui me reste.
- J'allais oublier la meilleure.
Tu sais ce qu'il m'a dit ?
Que tu savais que je t'empêcherais de te livrer à la police.
- Tu l'as cru ?
- Non.
Tu viens voir le départ ?
- Pierre ?
Je t'aime.
C'est la 2e fois que je le dis, mais cette fois, tu vas me croire.
Musique triste
Musique triste
- Katleen ! Katleen !
Katleen !
Katleen !
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