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Original subtitles

Ça, c'est Yardley,

fac de lettres censée être excellente,

et suffisamment chic pour ma mère,

avec son "magnifique campus champêtre",

une belle connerie

vu qu'on se fait bouffer par les tiques, dans l'herbe.

Yardley est plus rigoureuse que ma première fac.

J'ai tenu quelques mois

dans une grande université pseudo-intello.

Ma mère pensait que j'y aurais "une instruction convenable".

D'après elle, mon Q.I. est élevé et sous-exploité,

mais ce week-end, je me suis fait 20 000 $ au poker.

J'y reviendrai.

J'ai rencontré Ashleigh au journal de la fac.

C'est ma copine. Ashleigh Enright.

Mon père a eu affaire avec une banque de son père

et avec ce pedigree, ma mère veut qu'on se marie

sans la connaître.

Pour une fois, je suis d'accord avec elle.

Même si on se voit depuis peu,

je suis follement amoureux.

J'ai une interview avec Roland Pollard !

Mais c'est dingue !

Comment t'as décroché ça ?

Il sort un film, cet automne.

Priscilla McCain devait y aller,

mais elle a grave chopé la mono !

Une mononucléose vaut deux U.E., ici.

Je suis super content pour toi. C'est quand ?

Le 28 de ce mois. Un samedi.

Sur le campus ?

À Manhattan.

Manhattan ? Carrément ?

C'est génial, on va enfin se faire notre petit week-end.

Je vais réserver au Carlyle.

Je t'en ai parlé, avec le pianiste au bar

qui chante des vieux airs de Broadway.

Je t'emmènerai déjeuner et dîner,

je te ferai visiter.

Ça va coûter une fortune.

T'inquiète, j'ai plein de fric. Je me suis fait 20 000, dimanche.

- Encore aux dés ? - Non, au stud poker.

J'avais trois 10.

Un mec avec deux paires dont une à l'as me relançait.

T'as le fric pour jouer à ce niveau ?

J'ai gagné aux courses.

Faut vraiment que j'aille à Vegas.

Je suis un joueur, c'est clair.

Je rêvais que tu me montres Manhattan.

Ça va être vraiment génial.

Je verrai avec mon père s'il peut avoir des places pour Hamilton, ça te dit ?

Non, je dirai pas à mes parents que je suis là.

Pourquoi ?

Ma mère a son gala d'automne et elle crise parce que j'y vais pas.

J'ai prétexté un devoir important à rendre.

C'est l'horreur de boire avec tous ces faux-culs

qu'aucun club n'a jamais refusés.

Incroyable...

une interview avec le réal de Souvenirs d'hiver !

On l'a pas vu à notre premier rendez-vous ?

J'ai trop hâte.

Tu m'aideras à trouver des questions pertinentes.

- Je veux pas paraître idiote. - Aucun risque.

On n'ira pas au Carlyle. Trop près de mes parents.

Mais pour la vue sur le parc... Je sais ! Le Pierre.

Vue sur le parc, assez loin de chez mes parents.

Après dîner, on ira au Carlyle profiter du bar.

C'est très "vieux New York",

avec les fresques de Ludwig Bemelmans.

Je suis allée que deux fois à Manhattan.

Une fois à deux ans, et une autre à douze.

Je ne me souviens que des prix super bas.

Mes parents hallucinaient :

un sac Birkin et une Rolex vendus sur le trottoir

pour 200 $ !

Tu vois d'autres questions à lui poser ?

Qui l'a le plus influencé sur l'amour,

Denis de Rougemont ou Ortega y Gasset ?

Comment tu sais tout sur tout ?

Je lis, mais pas ce que les profs conseillent.

Qui de Beowulf ou Grendel vaincra ? Peu m'importe.

Sauf si je pouvais parier dessus.

Je sais pas pourquoi j'angoisse.

Aucun journaliste de fac n'a eu le Pulitzer, je crois.

Te mets pas autant la pression, ça va aller.

Après l'expo Weegee au MoMA, on dîne chez Daniel, un restau huppé.

On s'habillera chic.

Je nous ai offert une suite au Pierre.

Le fric du poker, c'est pas comme du vrai.

Gatsby, c'est magnifique !

J'avais envie de marquer le coup.

- Des fleurs... - J'y suis pour rien.

Du champagne.

Et cette vue !

Un étage élevé pour que tu voies Central Park.

Central Park...

C'est top.

Merci beaucoup, c'est très aimable.

Plus tard, on fera un tour en calèche ?

S'il ne pleut pas.

La pluie, c'est très mélancolique, très romantique.

Je préfère.

Quelle heure est-il ?

Allons-y, c'est plus bas. En cas de bouchons...

- C'est loin ? - À Soho.

Ça va te plaire, c'était un quartier d'artistes.

Depuis que c'est envahi par le fric, ils sont allés à Tribeca.

Quand Tribeca a changé, ils sont allés à Brooklyn.

Prochaine étape, retour chez papa-maman.

Il ne m'accorde qu'une heure.

Parfait, j'ai réservé pour 13 h 30.

Tu feras quoi, d'ici là ?

Me balader dans Soho, peut-être voir mon frère.

Je suis super content de revenir.

Sans toi, je retournerais pas à Yardley.

Tu ferais quoi d'autre ?

Je gâcherais ma vie avec panache.

Bonjour, je viens voir M. Roland Pollard.

Roland, Ashleigh Enright, de Yardley.

Ashleigh, Roland.

On peut lancer la projo, le timing est serré.

Je tiens d'abord à vous dire

à quel point c'est un honneur.

Vous êtes de loin le plus intéressant des réalisateurs américains.

Merci.

Dans le journal de la fac, je vous place entre Renoir et De Sica.

Je m'étonne qu'à votre âge, vous connaissiez Renoir et De Sica.

Je suis dingue de ciné.

J'ai vu tous les classiques américains,

surtout les européens,

Kurosawa en tête.

En fait, il n'est pas européen,

évidemment, il est japonais, mais vous...

vous parlez à mon âme.

Vous êtes à quelle fac ?

Yardley. C'est petit.

Je connais bien, ma première femme y était.

Ah bon ?

Très intelligente, de longs cheveux blonds,

et le nec plus ultra des dents en avant.

Très sexy. Étudiante en philo.

Je ne la méritais pas.

Ça n'a pas duré, d'ailleurs.

Cela...

n'est ni céans ni séant,

si je ne m'abuse.

En fait, c'est probablement...

plutôt léans que céans.

Vous êtes de New York ?

Tucson, Arizona.

Que font vos parents ?

Je craignais cette question. Mon père a des banques.

C'est mal ?

Je sais ce que vous pensez.

Des Républicains.

Les 1 %.

Ce n'est pas le cas.

On est épiscopaliens à fond, et il se trouve qu'on est riches.

Comme mon Ashley.

Qui est votre Ashley ?

Ma première femme.

Celle aux longs cheveux blonds et sublime défaut dentaire.

Elle s'appelait Ashley ?

A.s.h.l.e.y.

Moi, ça s'écrit A.s.h.l.e.i.g.h.

Comme dans la liste des 500 de Forbes.

Pour votre première mission importante,

aimeriez-vous un scoop ?

Une coupe ?

Une info en exclu, vous savez.

Un scoop ?

J'aime mieux le dire à vous

qu'à un journaleux mielleux et fouille-merde.

Continuez et je vais faire

une de mes crises de hoquet psychologique.

Quand je stresse, je bégaie.

C'est ça, le scoop ?

Non, ce n'est pas ça.

Le pire, c'est quand je suis perplexe, sexuellement.

Mon hoquet devient incessant.

Le scoop, c'est que...

je ne suis pas satisfait de ce film.

Vraiment ?

Je pense tout arrêter, en fait.

Voilà le scoop.

Si je peux être directe,

M. Pollard...

Vous n'avez jamais fait du grand public,

vous êtes trop original.

Vous n'avez jamais fait la moindre concession commerciale.

Votre créativité est sans bornes,

comme

Van Gogh, ou Rothko,

ou Virginia Woolf.

Mais bon, ils se sont tous suicidés !

C'est gentil de me dire ça, Ashleigh.

Lisez mes articles sur vous.

Je dis que votre meilleur film est à venir.

Ce n'est que la Gazette de Yardley,

mais on a une bonne diffusion.

Mon meilleur film est à venir ?

Mais oui !

Je ne l'ai pas vu, mais j'en suis sûre.

Vous voulez le voir ?

J'adorerais !

Mais vous tenez à la confidentialité. Total respect.

Que faites-vous, maintenant ?

Maintenant ?

Je fais une projection pour Ted Davidoff, le scénariste.

Je sais qui c'est !

Il écrit tous vos films, un génie.

J'ai fait des changements de dernière minute,

pour éviter le désastre.

Ça dure combien de temps ?

Je peux reprogrammer mon déjeuner.

À New York, on se sent comme nulle part ailleurs.

Il y règne un niveau record d'angoisse, d'hostilité et de paranoïa.

C'est super exaltant.

Bref, j'ai décidé de m'offrir un fume-cigarette.

C'est élégant

et en plus, ça retarde l'inévitable survenue

d'un cancer ou d'un emphysème.

Je fume trop.

Et là, qui je croise ?

Un des types les plus odieux et repoussants de mon lycée.

Welles ?

Troller !

Alors, t'as foiré ta première année ?

Non,

j'ai préféré Yardley, c'est plus rigoureux.

On dit que t'as foiré.

C'est où, Yardley ? En Afghanistan ?

Au nord de l'État.

T'as su, pour Finletter ?

Viré de Princeton pour des chèques en bois.

Je savais pas !

Oui, enfin,

grâce à son père, il a un méga-parachute doré.

Même tueur en série, il trouverait un bon job.

Drôle d'exemple.

Et Millstein se marie avec Carol Durand.

Ça me dépasse,

vu qu'elle ressemble à Yasser Arafat.

En plus, elle est glaciale.

Faut pas croire tout ce...

Tu fais quoi, ici ?

Je fais découvrir la ville à ma copine.

C'est qui, ta copine ?

Tu connais pas.

Elle a bien un nom ?

Ashleigh.

Comme Ashley Wilkes d'Autant en emporte le vent ?

Cette lavette ?

Et Josh Loomis ?

Je viens de le croiser.

Il tourne un film, à Minetta Lane.

- Un film ? - De fin d'études.

Un projet de fac.

Ça a l'air complètement nul.

Passe les voir.

Il est avec Evans et la plus jeune des Tyrell.

T'aimais bien Josh, cette lavette accro aux nanars.

Y a la petite sœur d'Amy ? Amy aussi ?

Amy est à Vassar.

Tu parles, je suis scotché.

Plate comme une limande, deux lentilles sur une tôle.

Amy était très belle.

Si on aime Grace Kelly !

Qu'est-ce qui t'amène ?

Ma copine interviewe Roland Pollard pour le journal de la fac.

Qui ça ?

Un réalisateur. Il a fait Souvenirs d'hiver,

Éclat de lune.

Ah oui !

Je déteste ces daubes.

C'est prise de tête, sentimental,

et jamais une vanne crado.

Va voir le tournage, tu pourrais jouer.

Ils cherchent des bénévoles.

Avec ton fume-cigarette, t'es parfait en intello mou du bide.

Je vais être en retard.

Je laisserais pas ma nana avec un grand réalisateur hollywoodien.

C'est bon à savoir.

Tu demandes pas ce que je fais ?

Tu fais quoi ?

Prépa médecine, mon gars !

J'ai eu un piston à la fac de l'île de La Grenade.

Je dois sauter le déjeuner.

Pourquoi ?

Je dois voir son film !

Ah bon ?

C'est une chance incroyable.

Après, on en discutera et tout !

Au départ, t'avais qu'une heure.

Je sais, mais il s'est confié.

Ah bon ?

Il traverse une vraie crise artistique.

Le super sujet !

On a une table réservée.

Tu veux quand même pas que je refuse la projo ?

Je suis ici pour travailler.

On aura tout le temps.

Quand ? Le film va bien durer deux heures.

Oui, mais...

il est 13 h, ça va sûrement finir vers 15 h

et il nous reste tout l'après-midi.

Vous allez vite en amitié, non ?

Il est en plein délire autodestructeur.

C'est un scoop !

C'est lui ?

Il fait plus vieux que je croyais.

J'aime bien ce genre, pas toi ?

C'est quelqu'un qui souffre.

Quel est l'intérêt de souffrir ?

Si tu l'entendais parler d'art...

C'est un passionné.

Je comprends que ses actrices tombent amoureuses.

Je vais le saluer ?

Le fais pas flipper.

Non, il est très réservé et tout chamboulé.

À plus tard, au Carlyle à 15h.

Non, au Pierre. Le Carlyle, c'est ce soir.

Pourquoi les hommes mûrs attirent tant les femmes ?

Ils sont juste décrépits !

C'est sexy, la perte de mémoire à court terme ?

Je voudrais ne jamais vieillir.

Mais comme je fume, je cracherai du sang à 40 ans.

Mais bon, si elle veut des super révélations,

il faut bien qu'elle passe du temps avec lui.

En attendant, il va pleuvoir.

Gatsby !

Josh...

- Ça va ? - Content de te voir.

Moi aussi. J'ai croisé Alvin Troller.

Il m'a dit que tu tournais un court-métrage.

C'est pour mes études, rien de grandiose.

C'est bien, Yardley ?

Pas trop, je préférerais étudier ici

mais si ça renvoie pas l'image idéale,

ma mère va gober sa capsule de cyanure.

Je savais pas.

Mais je me souviens que tes parents ont levé des fonds pour Jeb Bush.

Alors, qu'est-ce que tu deviens ?

Tu fais quoi, là ?

Je tente de réinventer le film noir classique.

Tu veux jouer dedans ?

Allez, viens.

Certains figurants sont pas venus.

- Je suis pas acteur. - Pas besoin de parler.

Je dis "action", tu ouvres la portière à la fille.

- Je dis rien ? - Non, pas un mot.

Ça, je peux faire.

Tu te souviens de Chan ?

Chan Tyrell !

La petite sœur d'Amy ?

- Ravie de te voir. - Moi aussi.

- On se lance ? - C'est parti.

J'aime bien ton imper, garde-le.

Il paraît que ta sœur est à Vassar.

Oui, en sciences politiques.

Elle sait même pas que Lincoln a été assassiné !

Chan Tyrell, c'est dingue.

T'étais une petite fille et te voilà devenue...

une jeune femme.

Me chante pas Petites Filles de Gigi !

Voilà le pitch.

Elle est folle de désir pour toi.

Donc, elle t'embrasse et descend vite.

Chan Tyrell...

Je m'excuse d'avance de pourrir ta scène.

Je sais pas jouer.

Moi non plus, je dépanne juste un ami.

Et on s'embrasse ?

Oui, j'aurais jamais pu être actrice et feindre la passion

avec toutes sortes de tordus.

Merci.

Allez, embrasse-moi, que je le ressente jusqu'au bout des orteils.

On s'embrassait, avec ta sœur. Elle t'en a parlé ?

Je sais plus trop.

Je crois qu'elle t'avait mis 4.

- 4 ? - Oui, je sais pas.

- 4 ? - Peut-être 6, j'ai oublié.

Un seul baiser, mais fais-le chaud bouillant.

Quitte à le faire, faisons-le bien.

- Très pro. - Merci.

Action.

Coupez.

Tu gardes la bouche fermée ?

J'ai une copine, ça me met mal à l'aise.

Désolé, j'ai un blocage.

T'as une copine ? C'est qui ?

Ashleigh, de Yardley.

Ou plutôt de Tucson.

Tucson ? Tu sors avec une fille d'Arizona ?

- Ça te dérange ? - Vous parlez de cactus ?

De crotales.

L'Arizona ?

Ce sera bien pour ton asthme.

Je n'ai pas d'asthme.

En t'embrassant, j'ai entendu un sifflement.

Décidément, t'es toujours aussi peste.

Prêts ?

Tu fais quoi, maintenant ?

Stylisme au Fashion Institute.

Original.

Ça tourne.

Scène 19, 2e.

Action.

Coupez.

C'est mieux.

Il est tout coincé, il ferme la bouche !

Tu vois toujours ton psy ?

Arrête, je rends service à Josh, c'est tout.

J'ai jamais fait l'acteur.

Scène 19, 3e.

Josh, il commence à pleuvoir.

Coupez !

Super !

Tu vois ? Tu y es arrivé. Je dirai rien à ta copine.

Josh, tu veux une autre prise ?

Non, elle est très bien, on la garde.

Éclate-toi, en Arizona.

Te perds pas dans le désert, ne meurs pas de soif.

Je prendrai ma gourde.

Et tombe pas dans le Grand Canyon, c'est très profond.

Avant, c'était déjà la petite sœur chieuse.

Forcément. Amy était sublime et très mûre, sexuellement.

Elle aurait fait une fellation à une bar-mitsvah.

Faut inclure ça aux fêtes juives.

C'est mieux que jeûner,

ça animerait le nouvel an juif, et quel cadeau pour Hanoukka !

Mon frère Hunter semblait préoccupé, au téléphone.

Gatsby !

Surprise !

Je t'ai dit que je viendrais peut-être.

C'est fou, ça !

Si t'es occupé...

Non, pas du tout !

Je suis content de te voir. Ça va ?

Mon grand ! Moi ça va, et toi ?

Je me plains pas.

T'es là pour la soirée de maman ?

Non, lui dis rien.

Mince...

Ça ira. T'es fiancé, t'es plus chez les parents.

Elle te confisquera pas ton portable.

Si elle l'apprend, elle meurt.

Elle en mourra pas, elle saura rien.

Qu'est-ce qui t'amène ?

Ashleigh, ma copine,

interviewe Roland Pollard, le réal, pour le journal de la fac.

Joli coup.

Celle que maman kiffe ?

Sans l'avoir vue.

Hunter, tes parents...

Gatsby, c'est chouette de te voir.

Pareil. Tu vas bien ?

Te voilà en ville ?

Sa copine interviewe Roland...

Pollard, le réal.

Pas un mot à ma mère. Je vais pas à sa soirée.

Il aime pas ça, notre misanthrope.

T'as jamais aimé ses causeries littéraires.

De riches oisives se piquent de haute culture.

Ces désœuvrées parlent vieilles œuvres.

Elle voulait qu'on baigne dans la grande littérature.

Et Jimmy Cannon ? Et Tom Adair ?

Y a pas que les cafards géants et les madeleines.

Tu vas pas te défiler, pour le mariage ?

Impossible, c'est mon témoin.

Il pleure aux mariages. Il est pas si dur.

Il pleure aux mariages et aux enterrements.

Mêmes motifs.

Bon, je vais me doucher. Il reste du café.

- Ravie que tu sois venu. - Pareil.

Décidément, je l'aime bien.

Gatsby...

Qu'est-ce que t'as ?

Je ne veux plus me marier.

Hein ?

Je peux pas.

Vraiment. Mais si j'annule, elle va morfler.

200 invités !

Ils ont réservé le Century Club et un orchestre.

Au secours !

Raconte-moi.

- Tu vas me trouver débile. - Non, raconte.

C'est trop débile.

Vas-y, dis-moi ! C'est quoi, ce sommet de débilité ?

Lily est brillante.

Elle est sympa, gentille.

Et ?

Je supporte pas sa façon de rire.

- Quoi ? - Je hais son rire.

Son rire ?

Son rire !

J'ai jamais rien entendu d'aussi absurde.

Je t'avais prévenu.

Il a quoi, son rire ?

Écoute-le, c'est un tue-l'amour.

Mais tu l'aimes ?

Je l'aime, vraiment je l'aime.

Alors fais avec.

Je peux pas. J'ai essayé, réessayé.

Hier soir, au lit, on parlait et elle a ri.

J'ai pas pu lui faire l'amour.

Quoi ?

Impossible, j'étais impuissant.

À cause de son rire ?

- C'est pas la première fois. - Vois un psy.

- Non ! - Si !

Non, je connais le problème : son rire me tue.

Un mélange entre le rire de tante Betty

et de Lenny, dans Des Souris et des hommes.

Ça, c'est une première.

Tu verras, la vie est pleine de détails pathétiques qui tuent.

Ça dure depuis plus d'un an, pourquoi maintenant ?

Tu lui en as parlé ?

Je l'ai évoqué avec tact,

mais elle voit pas la gravité du truc.

Je l'aime, mais je peux pas l'épouser.

On ne baisera plus.

Tu veux plus l'épouser, alors tu te focalises sur ça.

Garde ton analyse de psy de Park Avenue.

Écoute-la. Quand elle descend, on la fait rire.

Tu verras.

Je peux pas.

Je peux pas voir ça, désolé.

Navré, Ted.

Ça me donne la nausée.

- Arrête. - C'est humiliant.

C'est le processus.

Les modifs sont merdiques, tout mon boulot est merdique.

Monsieur Pollard...

Certaines modifs sont bien.

Merci d'être venue. J'ai besoin d'air.

C'est le processus. Rassieds-toi, arrête.

J'ai besoin de réfléchir.

Va pas picoler, s'il te plaît.

- Quoi ? - Allez.

T'as vu deux heures de diarrhée existentielle encore fumante

et t'as que ça à me dire ?

C'est le processus. C'est toujours pareil.

Rollie, reviens.

Ne bois pas !

- On devrait pas le suivre ? - C'est clair, il va boire.

Vous pouvez partir.

Je vais tout visionner pour savoir quoi lui dire de pertinent.

J'ai beaucoup aimé, jusqu'ici.

Ah oui ?

Oui.

Reviens en arrière.

Ça va jouer gros, à l'hôtel Freemont.

Je suis pas dispo mais toi, t'adores ça.

Je dis à Joe Cohen que tu prends mon siège ?

J'aimerais bien, j'ai plein de fric, mais...

Ashleigh et moi, on sort ce soir.

- J'adorerais la connaître. - Je sais ! Mais où est-elle ?

On devait se balader.

Prends un parapluie.

Regarde, je la fais rire.

Je racontais à Gatsby une super vanne de Larry Nash.

Deux cannibales mangent un comique et l'un dit :

"Il a pas un drôle de goût ?"

C'est carrément pas drôle.

Allez ! Moi, j'y vais.

C'était sympa. Merci pour le café.

Une autre.

Un SDF s'adresse à une mère juive :

"J'ai rien mangé depuis 3 jours".

Elle répond : "Forcez-vous."

Ashleigh, tu fais quoi ? Tu devais appeler il y a 30 mn.

La projo a pris du retard, je suis encore sur place.

Pas grave, rendez-vous au MoMA sur la 53e.

On mangera un bout et on ira voir l'expo.

Je peux pas.

Pourquoi ça ?

Je tiens un super article.

Le film a coûté 70 millions $ et Rollie ne l'aime pas du tout.

Tu l'appelles Rollie ?

Ted et moi devons le retrouver pour l'empêcher de péter les plombs

et de tout gâcher au montage.

C'est qui, Ted ?

Je peux pas te parler. Je t'appelle quand j'ai fini.

Et si je suis en retard, je te retrouve au Plaza.

Pas au Plaza, au Carlyle !

Le piano-bar, pour notre soirée !

Il n'est pas à l'hôtel et n'a pas donné l'interview prévue.

Il doit s'autoflageller, boire du Courvoisier,

et chercher comment bousiller notre boulot.

Ce film est plein de belles choses.

Je trouve aussi. Dites-le-lui !

De ma part, ça compte pas. Je défends toujours la même position.

Mais vous êtes spontanée, sincère, d'une autre génération,

et en plus jolie. Qui sait si...

Venez, trouvons-le.

Ça va ?

Venez.

Il n'aime pas son rire ?

Celui d'Ashleigh est parfait.

Vite, Ashleigh !

On gâche notre belle journée mélancolique.

On pourrait prendre le ferry, ou monter sur l'Empire State Building,

en noir et blanc.

Oui, il est passé.

Il avait l'air secoué, il a pas mal bu

et a marmonné qu'il irait aux studios.

On prend ma voiture, c'est dans le Queens.

Le Queens ?

Oui, un grand studio de cinéma. Vous venez ?

Carrément !

Quand il boit et déprime,

il traîne près des plateaux et joue les Norma Desmond.

Merci.

Je peux vous poser des questions, pour mon devoir ?

Bien sûr.

Quel film de Rollie vous préférez ?

Souvenirs d'hiver, celui à Venise.

Quand l'avez-vous découvert ?

C'était avec Gatsby.

À notre premier rendez-vous.

Le dialogue m'a donné envie de l'embrasser.

Surtout "L'amour et la mort sont deux faces de la même pièce".

Vous aviez compris ?

Non.

Je me sentais troublée

et vulnérable.

J'ai eu besoin qu'on m'enlace, qu'on m'embrasse.

Vous connaissez Venise ?

Non. Gatsby, oui.

C'est pas vrai !

Quoi ?

Je le savais, je le savais !

Tout va bien ?

Vous êtes tout pâle.

Je savais qu'elle mentait.

- Qui ? - Connie, ma femme.

Elle est avec Lipshitz !

Qui est Lipshitz ?

Elle devait faire du shopping dans le Connecticut,

mais elle entre dans son immeuble !

Lipshitz est un espion ?

Non, Larry Lipshitz, mon meilleur ami !

J'en reviens pas. Ils sont amants !

Ça va aller ?

Vous semblez avoir mal ?

Voilà mon idée.

On reste ici jusqu'à ce qu'elle ressorte,

et là, je lui parle.

Il n'y a pas d'arme dans la boîte à gants,

comme dans vos films ?

Partez, c'est mieux.

Je vous laisse pas, vous êtes livide et fébrile.

Respirer...

Respirer à fond.

Le docteur Ross a dit de respirer.

À fond.

Bien à fond.

Pas vous, moi.

Taxi !

Chan, qu'est-ce que tu fais ici ?

C'est dingue ! Garde le taxi.

Mais non, je te déposerai.

- Où tu vas ? - Tu sais, là où je crèche sur la 5e.

Je m'en souviens, à l'époque d'Amy.

Quand tu venais la chercher, mes parents lui disaient de se méfier.

Pourquoi se méfier de moi ?

Premier rancard, promenade sous la pluie,

elle chope une pneumonie.

Encore cette histoire ! Ça s'attrape pas en étant mouillé.

T'énerve pas, je trouvais ça romantique.

Eh oui, c'est un acte romantique.

C'est ce que je dis.

Ashleigh trouve ça fou.

C'est qui ? Ta Miss Rodéo ?

C'est pas une plouc.

Elle vient d'une grande famille de banquiers.

Elle a fait son grand bal, son coming out.

Ah bon ? Elle est gay ?

Non, elle est charmante et très belle.

On devait passer le week-end ensemble,

mais elle enchaîne les interviews pour le journal de la fac.

L'ambition, c'est plutôt admirable.

Ça devait être une petite interview de rien du tout, juste une heure,

et en fait, notre week-end est foutu.

Détends-toi un peu !

Je peux pas me détendre.

C'était notre petit week-end à nous

et j'erre dans les rues

comme Agar dans le désert !

Dis-le-lui à elle.

Qu'elle fasse des choix.

Tu veux du vin, marcher sous la pluie et qu'elle chope une bronchite.

Elle semble tenir un gros coup, elle prend ça au sérieux.

Passe à autre chose.

Je m'y efforce.

Ou tu crains qu'on la drague ?

Pourquoi tu dis ça ?

Elle interviewe des beaux mecs ?

J'y ai jamais pensé, je sais pas.

On peut les trouver intéressants.

Alors manifeste-toi, affirme-toi.

- Faut que je sois plus exigeant ? - Je trouve, oui.

Elle rencontre de vraies pointures du cinéma.

- Des pontes ? - Un réal et un scénariste.

Des artistes.

Souvent des gens passionnés.

Oh putain !

T'as raison, faut que je l'appelle.

Sans attendre.

- Ça urge ? - Je sais pas.

Oh punaise !

Vu que c'est ton idée, je lui...

je lui dis quoi ?

Tu peux pas dire grand-chose.

T'aurais l'air possessif.

Tu me pousses à l'appeler,

je te demande conseil et tu réponds ça !

T'as rien dans le bide !

Je comprends pourquoi Amy t'a basé.

Elle m'a pas largué, j'en ai eu marre.

C'est ça. Dès que t'appelais,

elle me faisait signe : "Je suis pas là."

Ashleigh, écoute,

je sais que t'es très occupée, on est venus pour ça,

et je respecte totalement l'ambition.

Faut que j'entende ça sans sac à vomi ?

Je peux pas te parler,

je suis embringuée dans un truc.

On avait prévu des choses, aujourd'hui.

Je suis très occupée,

je peux pas t'expliquer au téléphone.

Il était question d'une interview,

pourquoi tant de mystère,

genre CIA ?

Sauf s'il y a anguille sous roche.

Sauf s'il y a anguille sous roche.

Je t'appelle plus tard, salut.

Saloperie de portables !

Je trouve ça super louche.

Parce que t'as l'esprit mal tourné.

Tu dois vraiment l'aimer.

Oui, c'est ma bouffée d'oxygène.

Elle est charmante, agréable,

jolie.

Mais sexy, en même temps.

Pleine d'esprit.

Elle chante bien, joue de la flûte.

Comment te dire...

Arrête de me parler d'elle, OK ?

C'était ton copain ?

Gatsby, oui.

Encore la tête qui tourne ?

Non, ça va.

Qu'est-ce qu'il fait, Gatsby ?

Il est à Yardley, lui aussi.

Il l'appelle l'Université du Repos Éternel.

Il est journaliste aussi ?

Il sait pas trop ce qu'il veut faire.

Dans ses rêves les plus fous, il se verrait en Sky Masterson.

Un bookmaker de Broadway ?

Il est un peu excentrique.

Dans quel sens ?

C'est sûrement parce qu'il ne s'est jamais bien entendu avec sa mère.

Elle l'a toujours forcé à tout lire, apprendre le piano...

Il est très intelligent.

Le genre d'étudiant qui, sans réviser,

a son exam les doigts dans le nez.

On dirait moi.

À vrai dire,

ne le dites à personne, mais...

je pense qu'il est un chouïa Asperger.

Tu sais, Chan, je vais descendre aussi.

- Tu fais quoi, là ? - Pourquoi ?

J'ai du temps à tuer,

je pensais aller au MoMA voir l'expo Weegee.

Tu t'ennuies, donc tu veux que je t'accompagne ?

Oublie. Du temps d'Amy, t'avais déjà ce petit caractère.

Je veux pas d'embrouilles.

J'ai des tableaux à voir au Met. Tu peux m'accompagner.

Mais pourquoi tu veux pas...

Très bien ! On s'agacera mutuellement.

Je me change, je suis trempée. T'as faim ?

Pas de cuisine d'Arizona, on a fini les scorpions frits.

Ça me rappelle plein de souvenirs.

Mes parents sont à East Hampton.

- Et pas toi ? - J'ai rancard, ce soir.

Toi ?

Eh oui, il paraît que je suis désirable.

Qui est la pauvre victime ?

Tu connais pas.

Le dermato d'une copine.

Romantique !

Montre-lui tes grains de beauté suspects,

dans le dos.

Sûrement pas grave.

J'espère que je vais pas regretter les Hamptons.

La plage est très belle, sous la pluie.

Tu serais avec tes parents ?

Et alors ? Je les aime bien. Tu le sais, ils sont sympas.

Pas les tiens ?

J'emploierais pas ce mot-là.

Je reviens.

Je peux jouer du piano ?

Vas-y. C'est un héritage familial.

Si je vais jouer au golf

La pluie sera de la partie

Si j'organise une fête

Le voisin se plaindra du bruit

Attraper des rhumes Rater des trains, voilà ma vie

Ces choses-là n'arrivent qu'à moi

Je n'en rate jamais une

J'ai eu la rougeole et la goutte

Et dès que je joue un as

Mon partenaire le coupe

Je suis l'genre d'inconscient

Qui ne réfléchit qu'après coup

Ces choses-là n'arrivent qu'à moi

Au début, j'ai cru que tu conjurerais le sort

Que l'amour mettrait fin à mes malheurs

Mais mon âme s'entête

Et ne veut rien entendre

Alors mes châteaux en Espagne sont tous à vendre

J'ai télégraphié, téléphoné

Envoyé une lettre par avion

"Adieu" fut ta réponse

J'ai même payé à réception

Je n'ai aimé qu'une fois

Et il fallait que ce soit toi

Ces choses-là

n'arrivent qu'à moi

C'est joli.

J'aime bien le piano-bar.

Dehors, la bruine, le ciel gris.

New York enveloppé d'une fine brume.

Deux amants ont rendez-vous à 18 h.

À Grand Central, sous l'horloge, comme dans le film.

J'aime ce film, mais...

je vois la scène dehors.

Près de l'East River ?

Là où les remorqueurs accostent.

Presque, tu chauffes.

Je sais, sous l'horloge !

Laquelle ?

L'horloge Delacorte, avec ses animaux, à Central Park.

J'adore, c'est un très vieux film.

Ma mère et moi regardions plein de vieux films.

Elle observait les décors.

Superbe façon de s'évader.

Dans ma version, lui attend.

On entend une musique,

mais elle ne vient jamais.

Ou elle attend, mais lui choisit l'autre femme.

Et s'ils s'embrassaient sous la pluie ? Moi, ça me va.

Même si c'est racoleur.

Imagine.

Six heures moins une,

tu fais les cent pas,

premières gouttes de pluie.

Tu es sous ton horloge, à Central Park,

tu attends ton...

dermatologue.

Mais il vient de diagnostiquer un carcinome sur sa lèvre

qui métastase allègrement.

Allez, arrête un peu.

Dans ma version, tout se passe bien.

Il vient à ma rencontre, m'enlace

et m'embrasse tendrement.

Pas besoin d'une biopsie.

Connie !

C'est ça, ton shopping avec Judie dans le Connecticut ?

Que fais-tu ici ?

Je t'ai aperçue par la fenêtre de la voiture.

- Un pur hasard. - Ah oui ? Bizarre.

Bizarre, tu dis ?

Tu couches avec lui depuis des mois.

- On allait te le dire. - Quand ?

Après le déménagement à Londres ?

C'était ton rêve, qu'on aille à Londres !

C'est arrivé, même si on a résisté.

Résisté dans chaque hôtel, sur chaque matelas.

- Sur la banquette arrière... - C'est pas sexuel.

C'est toujours sexuel.

Tout est sexuel, l'économie...

On va pas s'engueuler dans la rue.

Toi et mon meilleur ami, quel cliché !

Ne condamne pas Larry, il t'adore.

Il s'identifie à toi.

Je sais, il prend mon après-rasage et ma femme.

- C'est qui ? - Ted, ça va ?

- Quel rapport ? - Qui c'est ?

Tout va bien, ne bougez pas.

Restez au sec.

Je suis de la Gazette de Yardley.

- La quoi ? - La Gazette de Yardley.

Elle fait un reportage sur Rollie.

Et pourquoi vous me suivez ?

N'inverse pas les rôles.

Ne fais pas ça, t'es prise en flagrant délit.

Toi, tu te ridiculises devant toutes les starlettes...

Qu'est-ce que tu racontes ?

Tu es la maîtresse de Larry Lipshitz.

Et toi, tu m'espionnes avec ta concubine de 15 ans.

- Elle est journaliste. - J'ai 21 ans.

Elle est majeure. Et journaliste.

- Je peux le prouver. - Pas besoin.

J'ai l'habitude, dans les bars.

Puisque vous êtes reporter, voici un communiqué sur mon mari.

Sans blague ?

- Je peux prendre des notes ? - Allez-y.

Demandez-lui combien de fois il m'a trompée.

Elle délire.

- Ta secrétaire, les actrices... - Faux.

La poétesse.

Pour le plaisir ou dans le cadre d'un projet ?

Arrête de lui mentir.

Ashleigh, venez.

Voilà l'adresse des studios.

Trouvez Rollie.

Je sais pas me repérer, à New York.

Donnez l'adresse au chauffeur.

Demandez-lui s'il a couché avec Samantha Leroy.

Mon journal n'est pas un tabloïd.

Tous les journaux le sont.

Faites l'éloge du film pour qu'il ne le massacre pas.

Et ne publiez rien de ça !

Aucune crainte, on protège nos sources.

J'en suis sûr.

Mon premier baiser avec Amy, c'était ici.

Elle me l'a dit.

Un tableau de Jérôme Bosch t'a rendu romantique, d'où le baiser.

Elle a compris que ton psy servait à rien.

Me dis pas qu'elle m'a mis 4.

Si elle t'avait mieux noté, je l'aurais auditée.

Ça a son charme, cette élégance.

Ma mère aurait aimé que Sargent la peigne dans cette pose.

Ils s'habillaient follement bien, à Paris.

Je me verrais bien y vivre.

Je t'ai jamais demandé comment tu vois ton avenir.

Je sais pas trop, je rame.

C'est-à-dire ?

Je sais seulement ce que je veux pas être.

C'est grave ?

Pas de tactique préétablie ?

Je sais que je veux pas être pilote d'essai,

ni homme d'Église, ni proctologue.

C'est déjà ça en moins.

T'entres pas dans le moule.

C'est pour ça que je craquais pour toi.

- Toi ? - C'est bizarre, hein ?

Avec toi, elle faisait des trucs différents.

Tu l'emmenais dans des pianos-bars miteux.

Les autres, non.

Et à sa première partie de dés.

J'adorais entendre tout ça en détail.

Je voulais que ça dure, vous deux.

T'étais pas comme ses autres crétins.

T'étais un crétin à part.

Content de t'avoir impressionnée.

Un jour, Amy est rentrée et m'a dit

que vous aviez loué une barque à Central Park, et fait l'amour.

- Elle t'a dit ça ? - En détail, clapotis inclus.

Là, je suis gêné.

Faut pas, elle t'a mis 6.

6, Amy !

Avec un astérisque disant que t'étais crispé.

Central Park, c'est risqué, à 2 h du mat'.

Mais c'est si romantique.

Il a commencé à pleuvoir.

C'était le meilleur moment,

ses cheveux étaient mouillés,

ses vêtements lui collaient au corps.

Elle s'est mise à éternuer.

Ça, je m'en souviens pas.

Maintenant que j'y repense, tu étais toujours là

à me scruter.

Tu t'en rends compte que maintenant ?

T'as que ça à dire ?

Tu me trouvais pas jolie, attirante ?

Ça allait.

J'avais aucune difformité, c'est ça ?

Pas d'acromégalie, ni de bosse dans le dos.

Je t'observais pas, j'étais pas à l'aise avec tes parents.

Et quand Amy apparaissait, c'était genre Miss USA.

Je parie qu'Ashleigh a tout d'une Miss.

Elle a été élue au lycée, à Tucson.

À la foire agricole ?

Comment t'as deviné ?

C'était pas sorcier. Allez, on avance.

Ils sont fous ces Égyptiens,

miser tout leur argent sur l'au-delà.

Gatsby, on ne vit qu'une fois,

mais ça suffit, si on trouve l'âme sœur.

Tu crois qu'elle me fait marcher, là ?

J'essaie de garder le moral.

T'es vraiment accro, non ?

Ma tante et mon oncle ! Ils vont à la soirée de maman.

- Laquelle ? - Celle de ce soir.

Ils vont lui dire qu'ils m'ont vu ! Je me cache.

Va dans le sarcophage, j'apporte les bandelettes.

Je suis enfin seule.

Tu es où ?

Comment t'expliquer... Tu connais Toutânkhamon ?

Où ça ?

Tu fais quoi ?

Quelle surprise !

J'allais appeler ta mère.

Je peux vous renseigner ?

Je cherche Roland Pollard.

Ah oui, il est venu.

Je sais pas s'il est encore là.

Maman, avec Ashleigh, on voulait te faire la surprise.

Mais j'ai croisé oncle Tyler et tante Grace.

T'en fais pas, on vient dîner, ça sera super.

Je trouvais rigolo de te faire une surprise.

On a gâché ta surprise ?

M. Pollard ?

Rollie ?

Bonjour, je peux vous aider ?

Vous avez vu M. Pollard ?

Rollie est parti il y a une heure.

Il avait l'air bien ?

Pour être franc,

je crois qu'il était soûl.

Vous êtes amis ?

Vous êtes Francisco Vega.

C'est bien, ou pas ?

Si ma coloc était là,

elle ferait une hémorragie.

Elle vous vénère presque autant que la pilule du lendemain.

Moi aussi.

Incroyable, je parle à Francisco Vega.

Regardez-moi ça,

une journaliste qui retombe en adolescence.

Vous êtes Francisco Vega.

Je sais.

Mais la vraie question est qui êtes-vous ?

Qui suis-je ?

C'est ce que vous me demandez ?

Mon identité.

Ça vous revient ?

C'est pas vrai, j'ai un blanc.

Sur vos papiers, peut-être ?

Oui.

Je m'appelle Ashleigh Enright.

La voilà, la réponse.

J'écris pour la Gazette de Yardley.

Je suis venue à New York interviewer M. Pollard.

Vous êtes vous, mais en mieux.

Je vais vous dire,

vous êtes la plus belle journaliste que j'ai connue.

Vous seriez sexy, en présentatrice.

Vous faites les unes des magazines avec des femmes sublimes !

Montez.

Pas maintenant, laissez-nous tranquilles !

Est-ce bien raisonnable ?

Faites comme chez vous.

Voulez-vous vous asseoir ?

Voulez-vous un verre ?

Voulez-vous dîner avec moi ?

Si je veux faire quoi avec vous ?

Je n'ai rien prévu,

on pourrait dîner tôt et ensuite aller à une fête.

Une fête ?

Dîner...

Et Tiffany Griffin ? Je vous croyais en couple.

On vient de rompre.

Je vais me changer.

Comme ça, vous y réfléchissez.

Zut.

Super, je dois emmener Ashleigh à cette soirée à la con.

En quoi c'est grave ?

Je veux passer la soirée seul avec elle à New York,

pas avec une flopée de WASP ploutocrates.

Une flopée de WASP ploutocrates ?

C'est un plat dans un restaurant fusion ?

Je me fiche de l'euro, du nombre de Basquiat qu'ils ont,

et qu'ils volent en Falcon ou en Gulfstream.

Rien de ça ne me parle.

T'as pas renoncé à l'argent de tes parents.

Et alors ?

Tu pourrais déménager,

travailler, payer tes études.

En faisant quoi ?

Pianiste dans un petit rade.

Ou...

joueur de poker ou de dés.

Tu es vilaine, Chan.

Tu iras droit en enfer.

Je trouve ça romantique, les joueurs,

les vieux airs,

les rendez-vous sous une horloge.

Dans les films, pas dans la vraie vie.

Laisse-la à ceux qui ne trouvent pas mieux.

On a bien tué le temps.

Bonne soirée avec M. Nævus.

Qui ?

Ton dermato.

Lui ne se ferait pas piéger dans une tombe égyptienne.

Francisco !

Merci d'être venus.

C'est toujours comme ça ?

Là, c'est rien.

Un seul autographe, merci.

Pardon, on doit y aller.

Qui est la demoiselle ?

- Personne. - Qui êtes-vous ?

Je ne suis personne.

J'ai été élue Miss Sympa, à Scottsdale. C'est pas grand-chose.

Où vous êtes-vous connus ?

On y va.

- Qui est cette fille ? - Y a rien à raconter.

Merci d'être venus.

Ça suffit.

Le public se pose plein de questions.

Êtes-vous vraiment né sur l'Orient-Express,

près de Budapest ?

Vos deux sœurs sont aussi belles que vous ?

Et ne soyez pas modeste.

Oui, elles le sont.

Elles sont même plus jolies.

Taylor, surtout.

On dirait votre compagne, Tiffany Griffin.

Ça pourrait être pire.

Vous envisagez vraiment un remake de L'Enfer est à lui ?

Vous avez un copain ?

Moi ?

Pardon, je ne devrais pas demander ça.

Pardon, c'est l'alcool.

La lumière des bougies donne à votre visage...

un éclat merveilleux.

Pardon, mais votre sourire est vraiment efficace.

Je suis obligé de demander si vous avez un copain,

ou pas.

Si j'ai un copain,

c'est votre question ?

Oui, mais en réalité, non.

Il y a un garçon, à Yardley,

qui...

Mais ce n'est qu'un garçon dans sa prime jeunesse.

On s'est vus quelques fois.

Vous devez l'adorer.

Est-il capitaine de l'équipe de football ?

Football ?

Non, il ne joue pas au football.

Il aime parier sur les écarts de points.

Donc, un mathématicien.

Pas exactement.

Gatsby est...

adorable.

Très divertissant.

Il est spécial.

Pittoresque.

Voilà le mot qui lui correspond.

Pittoresque.

C'est un original.

À la recherche de, disons...

une vision romantique

d'une époque révolue.

C'est quoi, ce vin ?

Château Meyney.

Je ne devrais pas m'enivrer de la sorte.

L'alcool sème le chaos dans mes neurones cérébraux.

Mais encore ?

Je ne me censure plus.

Je deviens

débauchée, désinhibée,

ardente, agressive,

méchante,

délirante, quoi !

C'est ici, la partie de poker ?

- Vous êtes ? - Gatsby Welles.

Qui ?

Ça va, c'est le frère d'Hunter.

Je peux prendre son siège ?

Ah oui ! Hunter a dit que tu viendrais peut-être.

Tu veux vraiment jouer contre nous ?

D'après Hunter, c'est un vautour.

- Faites gaffe. - Plutôt un moineau.

Si ça vous rassure, j'ai un petit paquet.

- Il a plein de blé ! - Assieds-toi.

Je vais suivre.

C'est dingue, qui sait ce qui lui est arrivé ?

Elle a peut-être des ennuis.

Relance. 2 000.

Et si l'article la mettait en danger ?

Si on la kidnappait, l'assassinait ?

J'appelle la police ?

Mais la honte, si jamais elle est vivante !

Petit,

tu suis ou pas ? La mise est de 2 000.

Je relance.

Et je sur-relance.

Tapis.

...autour de 18°.

Il pleuvra ce soir, parfois abondamment.

Ça continue demain, beaucoup de nuages

et risque d'averses en fin d'après-midi.

Plus réjouissant :

Francisco Vega est à NY avec sa nouvelle conquête.

D'après nos sources, il s'agit d'Ashleigh Enright, une Miss de Tucson.

Plus tard, ils ont pris un verre à la lueur des bougies

en se disant des mots doux.

J'ai été élue Miss Sympa, à Scottsdale. C'est pas grand-chose.

Bonne chance, Francisco. On croise les doigts.

Ce couple magnifique n'a pas besoin de nous !

Putain, il me faut un verre.

Un verre et une cigarette.

Et surtout une ballade d'Irving Berlin.

Vous en voulez un autre ?

Oui, un double.

Un double ?

Ça ira, je vais pas conduire un engin agricole.

Maman, fais-moi confiance. Je t'ai dit que je viendrais.

Ashleigh va bien.

Oui, avec une cravate et à l'heure.

Je peux pas trop parler.

Francisco Vega.

Un acteur de merde.

Il est incapable de jouer juste.

Avec ses gestes maniérés

et ses positions de gauche bidon pour faire sa promo.

Il voulait s'immoler par le feu contre le réchauffement climatique,

il fallait le laisser faire.

Ashleigh le trouve beau ?

Le monde est plein de belles femmes.

Pardon, vous me parlez ?

Désolé, je parlais tout seul.

Je connais ça.

Vous avez vu La Griffe du passé ?

Pardon ?

Jane Greer et Robert Mitchum.

Elle lui a été fatale !

Il a tiré la mauvaise carte.

Vous êtes seule ?

Oui, sauf si je me joins à vous.

Allez.

- Terry Ford. - Gatsby Welles.

Vous avez l'air déprimé.

On m'a largué pour une star de cinéma.

C'est connu, on ne peut rien contre le charisme.

Je voulais pas boire seul dans ma chambre.

Vous avez une chambre ici ?

Non, je venais déjà quand on me servait que de la limonade.

J'aime leurs pianistes.

Et j'ai l'âge de commander un martini dry.

Le temps passe vite.

Oui, hélas, comme l'éclair.

C'est-à-dire ?

L'éclair, ça peut brûler.

J'en sais quelque chose.

Que faites-vous ici, seule ?

Mon travail.

Mais encore ?

Je donne vie aux rêves.

Comment ?

Je te laisse imaginer.

On va dans un endroit plus intime ?

D'accord...

Pourquoi pas ?

Je prends 500, chéri.

500.

Bon.

Tu dois trouver la note salée, mais...

on est à New York.

Ça te dirait d'en gagner 5 000 ?

5 000 ?

Pour faire quoi ?

M'accompagner quelques heures à une soirée.

On reste habillés, ni caresses, ni échanges de fluides.

Il suffit de jouer un rôle.

Quel genre de soirée ?

Ma mère organise chaque automne

un gala qui me gonfle.

J'ai gagné 15 000 au poker.

Il me faut une fille au bras.

Une gosse classieuse qui réponde au nom d'Ashleigh Enright.

Je suis assez bien habillée ? C'est assez chic.

T'es nickel.

Ça peut être assez ennuyeux, tu sais.

Merci d'être là.

Tu connais Harri.

Il cuisine super bien.

Tu referas ta paella ?

Salut, toi.

Je peux te parler 2 mn de ton planning d'automne ?

- Là ? - J'ai un projet pour toi. Oui, là.

Ça t'ennuie pas ? Deux minutes, ça va aller ?

Je fais vite.

Gabriella Summers !

J'ai plein de questions à vous poser.

Pour mon article.

C'est plus très loin, juste à l'angle.

J'aime bien marcher.

C'est la maison où j'ai grandi.

T'as dû aller dans un lycée chic.

Oui, exact.

C'est vrai que ces gamins ont des comptes chez Bergdorf ou Prada,

dépensent et se droguent beaucoup ?

Je fréquentais pas ceux-là.

Je regardais des vieux films et j'écoutais mes vinyles.

C'est pas banal.

T'es un rat de bibliothèque ?

Pas vraiment. Ma mère, c'est culture à la dure :

je dois voir tel musée,

tel récital de piano,

ou tel opéra.

Je dois lire du Henry James même si ça m'endort.

Moi, j'aime Charlie Parker.

C'est qui ?

Laisse tomber.

T'es vraiment de mauvais poil.

Vous voilà.

- Pardon de vous interrompre. - Vous ?

Eh oui.

On vous a cherché partout.

Je voulais prendre du recul.

Vous vous êtes volatilisé, M. L'Artiste torturé.

On peut se parler tranquillement ?

Justement, je voulais vous dire...

Votre film est bien mieux que vous le disiez.

Le climax est très émouvant.

C'est du très grand Pollard.

J'avais peur de ne plus vous revoir.

Ne m'en voulez pas...

j'ai un peu bu.

On s'est beaucoup inquiétés.

J'ai passé la journée

à réfléchir à mon travail, à ma vie.

Je veux qu'on se connaisse mieux, Ashleigh.

C'est vrai ?

Vous m'accompagneriez dans le sud de la France ?

Le où de quoi ?

Votre voix est la seule

qui me soit parvenue clairement depuis longtemps.

La seule voix qui m'encourage, la seule que je croie.

Comme une muse.

Je crois que vous avez trop bu.

Moi, c'est sûr !

Venez avec moi.

Au réveil, le matin, vous sentirez les orangers.

Je vous parlerai de mon nouveau film

et j'apprendrai de votre honnêteté intacte.

Et vous, vous pourrez...

sentir les orangers.

Vous me confondez avec l'autre Ashley,

celle qui s'écrit avec un Y.

C'est bien vous !

- Vous êtes là ! - Je suis là !

Tout le monde est là, Roland est là !

Oui, je suis venu avec lui.

Je me demandais comment vous joindre.

Toutes mes excuses, pour aujourd'hui.

Vous avez été très compréhensive, merci.

J'avais mal pour vous.

Ça va.

Je vais aussi bien que possible.

Oui, pour quelqu'un qui vient de découvrir...

que sa femme est avec son meilleur ami.

- Vous êtes à une fête ! - Eh oui !

Une fois chez moi, je me suis demandé pourquoi l'infidélité de Connie

ne me blessait pas tant que ça.

J'ai repensé à ce que vous avez dit de mes films,

et je me suis demandé pourquoi votre avis comptait autant.

C'est vrai !

Et là, ça m'a frappé : nos chemins se sont croisés.

On a essayé de retrouver cette vieille canaille, Roland Pollard,

on a vécu une aventure,

et dans le scénario, mon scénario,

le personnage se rend compte

qu'il est tombé amoureux de la fille.

J'ai joué ça plein de fois.

Un script pareil, c'est rare.

J'appelle Sammy vendredi, sans nouvelles de toi.

Désolé, ça a duré.

C'est drôle, mon père disait toujours :

"Quand on boit, on ne mélange pas grains et grappes."

Mais je trouve que ça le fait !

Tu sais, on devrait bouger.

Bouger ?

Si tu avais l'intention de venir, il fallait le dire.

Tu sais que je n'apprécie pas les surprises.

Maman, papa, voici mon amie, Ashleigh Enright.

Bonsoir.

- Ravie de vous rencontrer. - De même.

Content de vous connaître.

Ravie.

J'ai fait des affaires avec votre père.

Il m'a dit beaucoup de bien de vous.

Je ne le connais pas, je parlais de sa banque.

Oui, il en a tellement.

C'est comment, Yardley ?

Très calme,

beaucoup de neige en hiver, tout ça, très rural.

Mais il y a un excellent programme d'études kurdes.

Envisages-tu une carrière ?

Ton père se plaignait que tu n'aies rien décidé.

En fait si, Leonard,

je veux faire de la physique nucléaire

et ouvrir une boutique de vente de matière noire.

Il te taquine.

Il aime jouer du piano, chanter, et le blackjack.

Quand tu étais petit, ta mère te voyait concertiste.

Oui, elle a toujours vu grand.

Et vous, Ashleigh, que voulez-vous faire ?

Elle veut être journaliste.

Télé ou presse ?

- Politique, reportages... - Télé, la météo.

...depuis les points chauds.

De la météo.

Super.

Tu n'arrêtes pas de regarder Ashleigh,

il y a un problème ?

Elle a un truc qui cloche.

Elle est bien jolie.

Assez sophistiquée, pour son âge.

Entre.

- C'est trop beau ! - Sympa, non ?

Qu'est-ce que tu tramais avec Ted Davidoff et Rollie Pollard ?

On parlait, c'est tout.

Bon.

T'en fais pas.

Je suis sûr qu'ils s'intéressaient à ton article.

Cette journée mérite un article !

Et ça ne fait que commencer.

Je t'en prie, assieds-toi.

Détends-toi.

C'est incroyable, ici.

Elle est charmante.

Et quelle bombe, tu m'avais pas dit !

Je t'ai dit qu'elle était sexy.

Elle est plus âgée que toi ?

Elle fait plus âgée.

C'est bien, pour toi, de l'expérience.

Trouve-toi un travail.

Tu la vois tirer le diable par la queue ?

C'est drôle que tu le dises comme ça.

Perds pas les pédales, Ashleigh.

C'est clair qu'il veut coucher avec toi.

Qu'est-ce que t'en penses ?

T'as un copain.

Oui, mais...

là, y a Francisco Vega !

À part le fait qu'il est super sexy,

c'est une figure internationale.

Comme...

Mahatma Gandhi.

Comment refuser ?

Tu raconteras ça à tes petits-enfants.

Tu viens voir l'étage ?

Bien sûr.

Si ça te plaît en bas, tu vas adorer en haut.

Je nous ai servi du whisky.

C'est là que vous dormez ?

Oui...

quand je dors.

On voit tout l'appart, d'ici. C'est classe.

- Sympa. - Je sais.

Je sais.

Je t'aide un peu.

Ma beauté !

Merde, c'est qui ?

Une seconde.

C'est Tiffany. Je suis là !

Vous êtes pas séparés ?

Ça va aller.

C'est vrai ? Vous m'avez dit que c'était fini.

Va te cacher derrière cette porte.

Vite, faut pas qu'elle te voie. Vite !

Surprise !

T'es déjà là ?

On a fini deux jours plus tôt. Heureusement que t'es là, il flotte !

Je viens direct de l'aéroport.

Je parie que tu m'attendais pas.

J'adore ça, mais...

Pourquoi tu cours comme ça ?

Pour mieux t'accueillir.

Bienvenue !

Je débarque, le tournage a pris deux jours de moins !

J'ai foncé depuis Teterboro.

Ça t'excite, les surprises.

C'est vrai.

Tu m'as manqué.

Toi aussi, tu m'as manqué.

C'était quoi ?

J'ai rien entendu.

Moi, si.

Je reviens.

Reviens, c'était rien.

Vous savez par où c'est, le Waldorf ?

Qu'est-ce que tu me veux ?

J'ai un mot à te dire.

Non, me fais pas ce coup-là ce soir.

Je suis pas d'humeur pour un tête-à-tête perdu d'avance.

Je suis pas en état.

Où est Ashleigh ?

Je lui ai demandé de partir.

Hein ? Pourquoi ?

Ashleigh, mon cul !

J'ai flairé la putain tout de suite.

Tu sais ce que tu dis ?

Oh que oui.

Je suis choqué...

Bon, je te présente mes excuses.

Rencontrée au Carlyle,

je lui ai filé 5 000 $ pour jouer Ashleigh,

qui m'a largué.

5 000 !

Payer autant pour te moquer de tes parents ?

J'étais de mauvais poil, j'ai fait une blague.

Une mauvaise blague.

J'ai beaucoup gagné aux cartes.

C'était de la rébellion.

C'était de l'hostilité.

Et de la rébellion.

Rébellion contre quoi ?

Enseignement privé, belle maison, étés en Europe ?

Contre une vie qui se veut convenable :

amis convenables, écoles convenables,

et femmes convenables soumises à ton approbation !

Tu m'en veux d'avoir mis la barre trop haut.

C'est pas pour ça ! Je veux que tu me voies.

Je serai jamais comme Hunter, un modèle formaté qui fait ta fierté.

Tu m'as menti, "trop occupé" pour venir à ma soirée,

trop occupé par une avalanche de travail à Yardley.

J'ai menti. Je voulais pas venir,

mais passer la journée avec Ashleigh en ville

et m'éclater.

Où est-elle ?

Elle m'a largué, on est séparés.

La ville a pris le dessus.

Et tu es si remonté contre moi que tu viens avec une pute ?

Une escort-girl.

Ne coupe pas les poils pubiens en quatre.

Il fallait secouer tous ces snobs si convenables.

Tu l'amènes ici et la fais passer pour ta copine

pour te moquer de moi ?

Écoute, je suis désolé.

J'ignore d'où je tiens ce côté tordu.

J'en sais rien.

Tu tiens ça de moi.

Mais oui, je tiens ça de toi, la reine du bon goût !

D'accord.

Tu es assez grand pour entendre une histoire peu convenable.

J'ai rencontré ton père

en faisant exactement le même métier.

L'escort.

Ou pour être plus précise,

la prostitution.

Comme la fille que tu as voulu faire passer pour Ashleigh Enright.

Quoi ?

Ne fronce pas les sourcils.

J'ai frappé à la porte de sa chambre car c'était mon gagne-pain.

Je débarquais de l'Indiana.

J'offrais aux mâles esseulés

un peu de détente occasionnelle.

Tarifée.

Sauf qu'avec ton père, on est tombés amoureux.

Non seulement on s'est mariés,

mais Winston s'est servi de mon pécule pour créer la société

qui nous a permis de mener une existence assez privilégiée.

Tu suis ?

Ou je vais trop vite ?

J'ai donc payé mes propres études pour que mon érudit de fils

se moque de mes prétentions.

Ce que je veux dire,

c'est que si je suis allée trop loin

dans ma quête de raffinement,

mon désir de cultiver une image,

et si tu l'as mal vécu,

c'était un excès de zèle de l'ex-professionnelle du Midwest

qui voulait effacer

les souvenirs peu ragoûtants de tant de chambres d'hôtel

qui me réveillent encore la nuit, terrifiée.

Et si tu te demandes

ce qui te pousse mystérieusement à frayer avec le demi-monde...

Tu as hérité de mes gènes.

Navrée de déballer ce récit classé X à mon cher étudiant,

mais quelque chose me dit que c'est le moment.

Mets les chaises sur les tables, et c'est bon.

Salut, Gatsby.

Salut, Johnny.

Je t'ai vue à la télé.

Il ne s'est rien passé.

Je suis crevée,

j'ai marché des heures et je me suis perdue dans le métro.

T'étais avec un acteur super connu.

Il s'est rien passé.

J'aimerais te croire.

Trop d'alcool, trop d'herbe.

Je suis trop fatiguée pour t'expliquer.

Demain, promis.

Je t'assure, il s'est rien passé.

Donne ton imper, je vais te chercher du café.

Je peux pas, j'ai pas de vêtements.

Pour Roland Pollard,

c'était une relation spirituelle.

J'étais une muse, je l'inspirais.

Il traverse une période de désert créatif.

Et j'ai trop le même prénom que sa première femme !

Elle est aussi allée à Yardley.

Il ne l'a jamais oubliée.

Puis Ted Davidoff,

complètement traumatisé

parce que sa femme l'a trompé avec son meilleur ami.

Et comme j'étais là, il avait quelqu'un à qui parler

et qui lui tienne la main, le temps de la crise.

Et Francisco Vega ?

Ce James Dean sans talent...

Il n'en voulait qu'à mon corps,

mais je l'ai vu venir.

Ça me fera un super papier : "Ma nuit avec un beau gosse".

Et toi, alors ?

C'était comment, la soirée de ta mère ?

Pas mal, en fait.

On a eu une conversation assez dingue.

C'est la première fois qu'elle m'étonne en bien.

Et je me sens plus proche d'elle.

Ça a dû être un sacré échange.

À quel sujet ?

Le plus vieux métier...

Le journalisme ?

Ça vient juste après.

C'est un sacré personnage, je l'avais mal cernée.

Je l'ai sous-estimée.

Dommage pour le tour en calèche.

On peut encore le faire.

On a le temps, ça rentre facile...

dit le client à ma mère.

Quoi ?

Rien.

On va laisser les bagages en bas.

Je m'en voudrais de louper le car pour Yardley.

New York sous la brume.

Je sais pas pourquoi, ça change tout, pour moi.

Ma seule balade en calèche et le temps est maussade.

J'ai mal dormi. T'as entendu les pompiers ?

Oui.

"Dehors, le vacarme des taxis

Et moi, seul sur mon lit."

Je connais !

C'est du Shakespeare, non ?

Monsieur, on peut s'arrêter ?

Pourquoi ?

Retourne à Yardley, je reste à New York.

Quoi ?

Sans monoxyde de carbone, je meurs.

Qu'est-ce que tu racontes ?

On est des êtres différents.

T'aimes écouter les criquets, moi les taxis.

Tu t'épanouis au soleil,

et moi, je m'accomplis sous le ciel gris.

Tu as fait un carton, ici, et un reportage d'enfer.

Aimée spirituellement, émotionnellement,

et physiquement par trois grands talents.

Ne reste pas avec moi, tu mérites mieux.

Tu arrêtes Yardley ?

Sans prétention, je veux envisager d'autres voies.

Pouvez-vous l'emmener au Pierre ?

- Prends ça. - Je comprends pas.

Récupère ta valise et attention à toi, au retour.

Tu ne reviens pas à Yardley ?

J'ai besoin de faire le point.

Bonne route, salue les amis pour moi.

Donc, tu ne reviendras plus ?

Attendez, monsieur...

Gatsby, je n'y comprends rien !

Vous pouvez accélérer ? Il commence à pleuvoir.

Comment j'ai su que tu viendrais ?

J'allais pas rater ce moment !

Et le dermato ?

Très beau.

Très riche, très intelligent, mais je suis là.

Avec un mec dont les baisers valent maximum 8 ?

C'est l'automne.

D'ici le printemps, ils vaudront 10.

Adaptation : Michèle Nahon

Sous-titrage : HIVENTY

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